VINASSE
— Techn. Résidu de la distillation du vin ou des betteraves : La macération de la betterave coupée dans la vinasse, ou résidu d'une distillation précédente.... (E. Laboulaye.)
— Encycl. La vinasse ne contient ni alcool ni aucun principe alcoolisable, c'est-à-dire pouvant, par un moyen connu quelconque, engendrer de l'alcool. En ajoutant de l'alcool aux vinasses pour la fabrication des eaux-devie fines, on ne doit donc pas espérer retirer plus d'alcool qu'on n'en aura introduit.
Il ne faut donc demander aux vinasses que ce qu'elles peuvent donner : une partie des matières utiles qu'elles renferment, particulièrement les principes essentiels et aromatiques du vin, pour les transmettre à un alcool qui en est dépourvu, afin de produire par ce moyen des eaux-de-vie Unes possédant les qualités du vin, quoique faites avec des alcools d'industrie.
La vinasse est un produit sans valeur et presque sans emploi dans les pays producteurs d'eau-de-vié, quoique riche en principes essentiels, aromatiques et sapides du vin. On pourrait cependant l'utiliser en lui restituant de l'alcool d'industrie à bas prix, pour en retirer par la distillation des eauxde-vie fines, possédant toutes les qualités de l'eau-de-vie de viu, d'un prix élevé.
Supposons que cette opération soit faite dans un des bons cantons de la Charente- Inférieure, et prenons 1 hectolitre de vinasse pour exemple.
A 100 litres de vinasse, qu'on ne peut pas vendre et dont la valeur est oonséquemmeut nulle , nous ajouterons 10 litres de troissix du Nord, extra-lin, au prix de 60 francs l'hectolitre, par exemple, ce qui constituera une dépunse de G francs.
Eu redistillant cette vinasse alcoolisée à 10 yoav 100, nous retirerons 16 litres d'eauùu-vie U €3 degrés centésimaux, valant, au
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cours relatif, 90 francs l'hectolitre, ce qui nous donne 14 fr. 40, en déduisant :
îo Pour l'alcool ajouté ... 6 fr. » 20 Pour les frais de distillation, 1 40
Total ~t~ttT40'
Il reste donc pour bénéfice 7 francs.
Voici comment il faut opérer : on verse d'abord dans un fût les 10 litres d'alcool ; on ajoute par-dessus 90 litres de vinasse bouillante-, on roule fortement le tonneau, pour que le mélange d'alcool et de vinasse soit rapide et intime. On abandonne le fût au repos jusqu'à ce que le liquide soit complètement refroidi.
La chaleur facilite la combinaison de l'alcool et des principes du vin contenus dans la vinasse. Il se forme de nouveau de l'éther œnantique, et le bouquet propre au vin duquel provient la vinasse reparaît et se fond dans l'alcool.
Il suffit de distiller cette vinasse de manière à ne pas élever le degré moyen du produit au-dessus de 63 degrés centésimaux.
Cette eau-de-vie, déposée dans un fût, acquiert rapidement toutes les qualités des eaux-de-yie de vin pur. Son mérite est souvent assez grand pour que les dégustateurs la comparent aux eaux-de-vie de la première distillation de vin pur. —
On a ainsi, au moyen de la vinasse, communiqué à l'alcool d'industrie à bas prix une valeur supérieure dont le producteur bénéficie.Ce produit.qu'on peut appelereau-de-vie de renaissance, est assez bon pour qu'on n'ait pas à rougir de son origine. Les producteurs et les marchands devront le donner toujours loyalement pour ce qu'il est, afin de ne tromper personne.
V1NATA , dans la mythologie indienne , femme de Kasyapa et la mère de Garouda, roi des oiseaux, et d'Around, qui conduit le char du soleil. Comme Léda, elle fit un œuf, d'où est sorti Garouda.
VINATE s. m. (vi-na-te — rad. vin). Chim . Sel produit par la combinaison de l'acide vinique avec une base.
VINAY, bourg de France (Isère), ch.-l. de cant., arrond. et à 10 kilom. N.-E. de Sa'mt- MarcelHn ; pop. aggl., 1,623 hab. — pop. tôt., 2,990 hab. Aciérie, taillanderie, filatures de soie ; fabrication de boutons de nacre; scierie hydraulique. Aux environs du bourg se trouve la chapelle du mont Sibellin, fréquentée annuellement par plus de 20,000 pèlerins, qui témoignent par leur grand nombre de l'ignorance de l'espèce humaine.
VINAY (Martin), volontaire du 3« bataillon de la Drôme, né à Valence, mort en 1793. Il s'acquit une célébrité populaire par sa mort courageuse. Grièvement blessé aux jambes et près de tomber entre les mains de l'ennemi, il se plongea son sabre dans la poitrine, en s'écriant: «Au moins l'ennemi ne m'aura pas vivant 1 » Valence lui éleva un monument, des fêtes civiques eurent lieu en son honneur, les poôtes et les artistes célébrèrent également son héroïsme.
VINCA s. f. (vain-ka — du lat. vincire, enlacer). Bot. Nom scientifique du genre pervenche.
V1NÇA, bourg de France (Pyrénées-Orientales), ch.-l. de caut., arrond. et à 10 kilom. N.-E. de Prades, sur la pente d'un coteau, près de la riva droite de la Tet; pop. aggl., 2,103 hab. — pop. tôt., 2,144 hab. Eaux thermales carbonatées, sulfuriques et sodiques; établissement de bains. Ce bourg, jadis fortifié, a conservé des tours roudes qui flanquaient le mur d'enceinte. Mentionnée en 950 et fortifiée en 1019, Vinça a soutenu plusieurs sièges pendant les guerres de Pierre IV d'Aragon et du roi de Majorque (1344, etc.). Elle fut occupée dans la nuit du 22 oatobre 1592 par 500 Français, qui en furent presque aussitôi chassés. Les huguenots essayèrent vainement de s'en emparer en 1598. Les Espagnols s'en rendirent maîtres le 26 juillet 1792 ; mais les Français les expulsèrent le 31 du même mois.
VINÇARD (Pierre), publiciste français, né en 1820. Neveu du chansonnier Vinçard aîné, avec qui on l'a souvent confondu, il s'essaya dans plusieurs métiers, exploita un commerce de librairie, fournit des articles aux journaux populaires et devint, de 1853 à 1856, secrétaire de la rédaction du journal la Presse. Il y continua l'étude des questions du travail qu il avait commencée dans la Huche populaire et le Bien-être universel; puis il obtint un emploi dans les bureaux d'un chemin de fer. On lui doit une Histoire du travail et des travailleurs (1845, 3 vol. in-8°), statistique faite avec beaucoup de soin et d'intelligence des corps de métiers de Paris; le Banquet des sept gourmands (1853, in- 18); les Ouvriers de Paris (1863, in-18), dont la partie relative à l'alimentation a seule pu paraître, et qui renferme seize études plus ou moins étendues , mais toutes jrès-méthodiques, sur le garçon boulanger, le pâtissier, le vermicellier , le vinaigrier-moutardier , l'ouvrier préparateur des conserves alimentaires, l'ouvrier préparateur de la chicorée, le cuisinier, le brasseur, le distillateur, le préparateur des eaux gazeuses, le raffiueur de sucre, le crémier-glacier, le chocolatier, le confiseur. Chacune de ces éludes, dont l'ensemble retrace la véritable physionomie du
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peuple, forme deux parties tranchées : l'ancienne réglementation et le nouveau régime industriel. « Entre le passé et le présent, il existe un lien traditionnel qu'il ne faut pas oublier, surtout en vue de l'avenir. » Fidèle à cette prescription, l'auteur des Ouvriers de Paris résume avec soin les statuts, les ordonnances et les édits relatifs aux corps de métiers antérieurs à la révolution de 1789. Outre cette divisioD générale, le livre est coupé fréquemment par des paragraphes ainsi conçus : technologie, apprentissage, salaires, chômages, bureaux de placement, statistique, maladies professionnelles, fêtes du métier, mœurs, caractères. Ayant vécu de la vie de l'ouvrier pendant de longues années et manié comme lui et avec lui le marteau et la lime, réduit dès sa plus tendre jeunesse à gagner son pain de chaque jour et à prendre sur les heures de sommeil le temps nécessaire pour s'instruire et ensuite pour écrire ce qu il avait vu et observé, M. Pierre Yinçard réunissait, pour parler des ouvriers, certaines conditions exceptionnelles qui ne se rencontrent que bien rarement dans ceux qui manient la plume. Pour bien parler de 1 atelier, ne faut-il pas y avoir vécu?' M. P. Vinçard a été uo des collaborateurs de l'Illustration, Il a publié dans ce journal, en 1846, une série d'articles sur les compagnons du tour de France. — Le chansonnier Vinçard, connu plus généralement sous le nom de Vinçard aîné, oncle du précédent, exerçait la profession de fabricant de mesures linéaires. On lui doit de charmantes chansons, parmi lesquelles plusieurs sont restées populaires. Nous citerons : Alerte, le Siècle, Ramons tous à bord, la Paille et la Poutre.
V1NCART (Jean), humaniste français, né à Lille en 1593, mort à Tournay en 1679. Entré chez les jésuites, il professa les humanités dans les deux villes que nous venons de citer et se distingua par son talent pour la poésie latine. On a de lui : B. Viryo coneeitala in insigni ecctesia D. Pétri, etc. (Lille, 1636, in-fol.); Sacrjrum heroîdum epistota (Tournay, 1640, in-12).
VINCB (Samuel), mathématicien anglais, né vers 1750, mort en 1821. Il entra dans les ordres, fut promu à l'archidiaconat de Bedford et devint professeur d'astronomie et de philosophie expérimentale à. l'Université de Cambridge. On a de lui : Traité d'astronomie pratique (1790, in-4°) ; la Vraisemblance du christianisme vengée, réponse aux objections de Hume dans son Essai des miracles; Observations sur les hypothèses que l'on a faites pour expliquer la cause de la gravitation par les principes de la mécanique (1806). Il avait en outre écrit, en collaboration avec le révérend James Wood, un Cours de mathématiques et de philosophie naturelle à l'usage des étudiants de Cambridge, qui a été souvent réédité, et fourni aux Transactions philosophiques un grand nombre de mémoires, notamment Sur la théorie du mouuement et de la résistance des fluides, et Sur la résistance des corps qui se meuvent dans les fluides. Il était membre de la Société royale depuis 1786.
VINCELLE (GhîVAUD t>$ La), archéologue français. V. Grivauq.
V1NCENDON - DUMOULIN (Adrien - Clément), ingénieur et voyageur français, né en 1811, mort en 1855. Sorti en 1835 comme sous-ingénieur de l'Ecole polytechnique, il prit part, de 1837 à 1840, à 1 expédition de Dumont-d'Urville autour du monde et recueillit ses observations personnelles dans deux ouvrages, intitulés : les Iles Marquises (1843, in-8°) et Vile Taïti (1844, 2 vol. in-S"). Après l'épouvantable catastrophe où périt Dumont-d'Urville, Vineendon fut chargé de continuer la Relation du voyage an pâle nord, dont il termina la partie historique et dont il écrivit la Physique et l'Hydrographie, qui forment, la première un volume, et la seconde deux volumes de l'ouvrage complet. Une maladie résultant des fatigues de ses voyages l'enleva dans toute la force de l'âge.
VINCENNES, ville de France (Seine), ch.-l. de cant., arrond. et à 18 kilom. de Sceaux, à 7 kilom. E. de Paris, avec lequel il est relié par un chemin de fer; pop. aggl., il, 031 hab.; — pop. tôt., 17,064 hab. Ecole d'artillerie, école de tir, hôpital militaire, asile de convalescents, orphelinat. Vincennes doit sa célébrité à son château fort et à son bois, dont nous allons parler.
— Château de Vincennes. L'enceinte de ce château forme un parallélogramme régulier, d'une étendue considérable; cette enceinte est entourée de larges fossés, de murailles et de tours carrées. Le côté du parallélogramme qui regarde le nord présente à chacune de ses extrémités une vaste tour carrée trèsélevée. Au centre se trouve l'entrée principale; elle consiste en un vaste bâtiment qui conserve encore toutes' les apparences au moyeu âge ; les ponts- le vis, herses et mâchicoulis montrait encore leurs vestiges ; c'est devant cette entrée que passe la grande route de Paris, qui traverse le village. Le grand côté du parallélogramme opposé à l'est offre entre les deux tours carrées qui s'élèvent à son extrémité une tour semblable, à son centre, puis la chapelle du château et un bâtiment moderne. Le côté ouest offre uue disposition analogue ; mais, au lieu d'une tour carr4e, c'est le célèbre donjon
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qui s'élève au centre. Ce donjon a des ponfslevis et des fossés particuliers qui se réunissent au grand fossé de la forteresse. Au sud est un vaste bâtiment moderne correspondait à celui qui est vis-à-vis. La face méridionale du parallélogramme offre une porte centrale s'ouvrant sur le bois de Vincennes; elle conserve son ancienne forme extérieure, mais l'intérieur a été restauré sous Louis XIV, d'après les dessins de Levau. Le pont-levis a été remplacé par un pont de pierre jeté sur des fossés larges et profonds. Tel est en résumé le plan général de la forteresse, à l'extérieur ; les dégradations les plus remarquables qu'elle ait subies sont la démolition d'une partie de ses tours carrées, si élevées jadis et que Napoléon fit raser jusqu'à la hauteur du mur d'enceinte. Des neuf tours qui environnaient autrefois le château, il ne resta debout vers le même temps que la Tour du diable, située du côté du village de Vincennes. A l'intérieur du château, quelques bâtiments méritent aussi une description particulière; la première cour s'appelait cour Royale. A droite et à gauche s'élèvent des bâtiments modernes, ornés d'un ordre dorique. Ces deux bâtiments sont joints à leur extrémité par deux galeries en portiques, couronnées de balustrades. Le bâtiment à gauche renferme l'ancien appartement du roi et celui de Marie-Thérèse d'Autriche. De la cour Royale on pénètre par une porte toscane dans la cour suivante ; d'un côté de cette tour s'ouvre la chapelle, de l'autre se présente le fameux donjon. La chapelle, due £ Charles V, est dans la seconde tour à droite; elle est d'un gothique remarquable et offre un des plus beaux échantillons complets de ce genre d'architecture. L'intérieur était orné de vitraux peints par Jean Cousin sur des dessins de Raphaël; mais la plupart ont malheureusement été détruits. C est dans cette chapelle qu'avaient lieu jadis les cérémonies de l'ordre de Saint-Michel, d'après les prescriptions de Henri IL Ce règlement eut son exécution jusqu'à l'institution de l'ordre du Saint-Esprit qui, sous le règne de Henri III, fut établi aux Grands-Aug ustins ; mais Louis XIV ayant renouvelé 1 ordre ancien de Saint-Michel, les cérémonies en recommencèrent dans la chapelle de Vincennes jusqu'en 1728, époque ou l'église des Cordeliers de Paris fut adoptée pour lesreceptions. La chapelle de Vincennes a d'ailleurs été restaurée avec intelligence ; on y a reconstruit un autel d'un style qui va bien avec celui du reste de l'église et surmonte d'un baldaquin; le sanctuaire est entouré d'élégantes boiseries.
Le donjon, partie essentielle des vieux châteaux, mérite lui aussi une description : à l'extérieur, il est entouré de fossés particuliers, profonds de 40 pieds environ et revêtus de pierres de taille. Ce revêtement est à pic, et vers le haut règne une corniche tellement saillante qu'on ne saurait la franchir sans intelligence au dehors. Une galerie ouverte, bordée de meurtrières, défend le haut des fossés, et une tour, qui fait aussi saillie sur le fossé, flanque chacun des quatre angles. On pénètre dans la citadelle par deux ponts-levis : un petit pour les piétons, un plus grand pour les voitures ; puis on traverse trois portes, dont la dernière ne peut s'ouvrir que par un accord commun de celui qui entre avec celui qui se trouve derrière. Après avoir franchi cette dernière porte, on se trouve dans la cour du donjon, dont trois autres portes ferment encore l'entrée. Le ■ donjon est carré; il a une tour à chacun de ses angles et se divise en cinq étages auxquels conduit un escalier très-hardiment construit. Chaque étage se compose d'une grande salle carrée au centre de laquelle un gros pilier soutient la voûte et où se trouve aussi une cheminée. Aux quatre coins de chacune de ces salles est un cabinet, devenu prison, d'une étendue de 13 pieds carrés et muni également d'une cheminée. A la hauteur du troisième étage, une galerie en saillie règne autour du bâtiment. Le comble du donjon forme une terrasse cintrée. A l'un des angles de cette terrasse s'élève à une grande hauteur une sorte de guérite d'où l'on découvre au loin un splendide panorama. Sous le règne de Napoléon 1", une précaution des plus impitoyables éleva une cloison le long du parapet de cette terrasse, privant de cette vue les malheureux prisonniers extraits un instant de leurs cachots. La grande salle du rez-de-chaussée s'appelait la chambre de la Question, et ce nom en dit assez la destination primitive. On y voyait encore en 1790 les siégea de pierre destinés aux victimes, les anneaux de fer et les lits de charpente. La salle du dernier étage s'appelait salle du Conseil, parce que les rois y tenaient conseil lorsqu'ils habitaient le donjon. La pièce commune était fermée par une porte très-épaisse, et chaque cachot par trois portes ; chacune de ces portes était doublée de fer, garnie de deux serrures et de trois verrous. Ces prisons sont très-faiblement éclairées à travers d'épais grillages de for. En outre, les murs du donjon, conservés intacts à travers les siècles, étaient à l'épreuve même du canon, mais ne résisteraient poiut à l'artillerie actuelle. Les autres tours carrées servent aussi de prisons. Nous citerons notamment la tour de la Surintendance, qui contient quatre cachots de 5 à 6 pieds carrés et où les lits sont en pierre, et un grand caveau où l'on n'a
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accès qu'à l'aida d'un trou pratiqué dans la ■voûte. On retrouve un caveau semblable, sorte d'oubliette, dans presque tous les châteaux du même temps.
Aujourd'hui, le château de Vincennes est une forteresse, une caserne, un arsenal et principalement une école de tir. C'est à Vincennes que se font les expériences se rattachant au perfectionnement des armes à feu. C'est à Vincennes qu'a été formée parle duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, le premier bataillon des chasseurs à pied, un des plus célèbres de notre armée. Ainsi qu'on l'a vu par ce qui précède, l'histoire de Vincennes n'est que celle de son château. Le village s'est formé peu à peu et n'offre aucun souvenir particulier digne d'attention, sinon sa promenade, le bois, qui fait l'objet du paragraphe suivant.
— Bois de Vincennes. C'est une forêt d'une superficie de 904 hectares, qui prend son nom de la petite ville placée sur sa lisière et qui est aujourd'hui devenue avec le bois de Boulogne, grâce aux immenses travaux qui y ont été accomplis, une des plus belles promenades parisiennes. Le bois de Vincennes est une des plus anciennes forêts de France ; il a eu cette fortune d'échapper à tout démembrement, et les souverains qui ont résidé à Paris y ont, au contraire, apporté à plusieurs reprises des développements dont nous allons donner un résumé. Philippe-Auguste fit enceindre de murs une partie du bois de Vincennes, alors d'une étendue de 100 arpents, afin d'y renfermer les daims et les chevreuils que lui avait envoyés Henri II d'Angleterre. Saint Louis étendit les limites du bois jusqu'à la Marne. En 1274, -Philippe le Hardi acquit du prieur de Saint-Mandé une portion de territoire qu'il réunit au bois, dont la superficie n'était encore, sous Louis XI, que de 200 arpents. Le bois de Vincennes fut coupé en 1419 pour fournir au chauffage de la population parisienne, éprouvée par un redoutable hiver. Sous Louis XI, Olivier le Daim y fit planter 3,000 pieds de chêne. Henri II y fit couper le bois qui fournit la charpente nouvelle de la Sainte-Chapelle, et le fit ensuite replanter. En 1667, par suite de nouveaux agrandissements , on construisit une clôture de murs allant de la porte Saint- Mandé à celle de Saint-Maur. Sous Louis XV, le bois de Vincennes, dont l'étendue avait atteint 1,467 hectares, fut de nouveau coupé et replanté ; on dépensa 1,100,000 francs pour le reboisement et l'établissement d'allées et de ronds-points destinés à faire de la vieille forêt une promenade parisienne. En 173S, on construisit sur l'emplacement de l'ancienne enceinte et longeant la Marne, entre Charenton et Saint-Maur, une terrasse qui servit "plus tard d'hippodrome pour les premières courses de chevaux introduites d'Angleterre en France. Le bois demeura sans modifications importantes jusqu'à la construction des fortifications de Paris, dont la.- conséquence fut le développement du fort de Vincennes et l'établissement des redoutes de la Faisanderie et de Gravelle, prises sur le terrain de la forêt. Le polygone, qui avait été créé en 1816, fut augmenté en 1843; 116 hectares, d'une part, et 125, de l'autre, turent successivement défrichéâ pour diverses affectations militaires. C'est ce terrain défriché qui forme aujourd'hui la plaine livrée aux exercices des troupes et au tir du canon et du fusil. En 1858, 50 hectares furent aliénés pour l'établissement du chemin de fer de Paris à La Varenne. C'est alors que furent commencés les premiers travaux qui depuis ont fait du bois de Vincennes une promenade rivale du bois de Boulogne. Par une loi du 24 juillet 1860, cession du bois de Vincennes fut faite par l'Etat à la ville de Paris ; la ville s'engagea à conserver et à entretenir à perpétuité le bois de Vincennes en promenade publique et à étendre ses limites entre les portes de Picpus et de Charenton jusqu'aux fortifications, devenues les limites de la cité agrandie en 1860.
Avant d'aborder l'exécution des travaux qui ont fait du bois de Vincennes la magnifique promenade que uous connaissons, nous croyons intéressant de rappeler quelques souvenirs historiques se rattachant à l'ancien bois dont nous venons de résumer brièvement l'histoire. Dans ses Mémoires intéressants pour servir à l'histoire de France, imprimés en 1788, Poncet de La Grave nous a laissé des détails très-circonstanciés au sujet de ce bois. Connu avant l'ère chrétienne, le bois de Vincennes servait déjà à cette époque de promenade et de lieu de délassement aux habitants de Paris. Les Romains y avaient fondé un collège consacré au dieu Sylvain et dont les restes subsistèrent longtemps au prieuré du bois, desservi par les religieux de l'ordre delarammont, et, en dernier ressort, par les minimes. Suivant Poncet de lia Grave, il y avait dans le temple de Sylvain un nombre considérable d'hommes occupés au service du dieu qu'on y honorait : « Ce collège ou communauté, dit-ii, fut rètabii et augmenté par un nommé Hilarus, affranchi de l'empereur Marc-Aurèle. La religion catholique ayant été portée dans les Gaules et implantée à Paris par les ordres du roi Clovis, cette communauté fut abolie, et les bâtiments furent occupés successivement par la suite de nos rois qui, même sous la première race, se plaisaient beaucoup à aller faire la
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chasse dans ce bois. » Nous aurons l'occasion, en faisant l'historique de Vincennes, de rappeler la légende célèbre du chêne de saint Louis, sous lequel ce monarque aimait, diton, à rendre la justice. Nous mentionnons également à son ordre l'encei.ite de Philippe- Auguste. Lors du défrichement qui eut lieu, comme nous l'avons dit, sous Louis XV, vers 1731, la vieille enceinte, qui était percée de sept portes, fut abattue. Le défrichement terminé, on éleva vers le milieu du chemin qui conduit de Vincennes à Saint-Maur un obélisque destiné à rappeler le souvenir de la nouvelle plantation que le roi lit faire. Cet obélisque, que le temps a respecté, vient d'être restauré avec soin.
Le bois de Vincennes, avant les récents travaux qui l'ont transformé , n'était en somme qu'une forêt coupée par de grandes routes pavées qui n'offraient que des alignements droits, d'un aspect monotone, et d'où s'élevaient au moindre vent des nuages de poussière. Les allées de traverse, restes de la création de l'ancien bois, étaient défigurées par des abatages irréguliers et successifs qui leur enlevaient toute espèce d'attrait pour les promeneurs. Aussi la population parisienne délaissait-elle ce bois, si bien placé cependant, aux portes de la capitale et à proximité d'une population ouvrière, affamée d'air et de fraîcheur. En outre, le bois de Vincennes excita longtemps les défiances du bourgeois placide qui, sous la foi des romanciers, persista jusqu'à la fin à voir en lui le Pré aux Clercs moderne, le rendez-vous des duels et même au besoin un coupe-gorge nocturne. Inutile de dire que les duels n'ont jamais établi leur quartier général au bois de Vincennes, qui a subi longtemps les conséquences d'une mauvaise réputation bien peu méritée. Et cependant Vincennes, si l'on en croit le Vergier d'honneur, composé en 1495, et un Abrégé manuscrit de l'histoire de France, écrit vers 1498, méritait toute la faveur des Parisiens. Dan3 les ouvrages que nous venons de citer, on donne fréquemment à cette localité le nom de Vie saine, Vita sana, à causa da la salubrité reconnue de son air.
Tel était donc le bois de Vincennes, mal connu et peu fréquenté, lorsque, en 1858, on eut l'idée de faire pour lui ce qu'on avait fait pour le bois de Boulogne. Un projet fut présenté par les ingénieurs qui avaient dirigé les travaux du premier. Par -ce projet, le bois voisin du donjon de Vincennes était augmenté de tous les terrains situés entre Charenton, Saint-Mandé et les fortifications, puis entre Charenton et la Marne, de façon à rapprocher de Paris, d'un côté, le nouveau parc, en lui donnant les fortifications pour limites, et de le faire descendre, de l'autre côté, jusqu'à la Marne. Deux lacs creusés, l'un près du château de Vincennes, l'autre près de la barrière de Picpus, devaient être réunis pur une rivière, tandis que d'un monticule formant réservoir, placé derrière Charenton, une perspective était ménagée sur le château de Bercy, sur le donjon, sur la barrière du Trône et sur les lacs. Ceux-ci, placés dans les parties basses du nouveau parc et non sur le point culminant comme au bois de Boulogne, devaient former le but naturel des promenades. La totalité des propositions du projet entraînait une dépense de t6 millions environ, qu'un contre-projet réduisit à 9 millions. ■ Le nouveau plan, dit un document officiel, comprenant moins de terrain du côté de Paris, supprimant les acquisitions entre la terrasse de Charenton et la Marne, s'étendait au delà du château de Vincennes, an utilisant les parties du bois qui, placées du côté de l'ancien couvent des Minimes, devaient être aliénées suivant l'ancien projet. Les ri1 vières et les pièces d'eau étaient conservées, et l'on y ajoutait même un lac immense, avec île au centre, creusé en forme de croissant autour des Minimes, qu'il enveloppait presque de tous côtés. » Ce contre-projet fut adopté ; la Société du chemin de fer de l'Est, demandant à faire un emprunt dans le bois de Vincennes pour les remblais qui lui étaient nécessaires, fit cet emprunt en creusant à ses frais le lac des Minimes. On va voir, au surplus, par la description que nous allons faire, quelle fut définitivement la distribution adoptée.
Le creusement du lao dest Minimes, du ruisseau qui l'alimente et l'établissement des nouvelles routes qui l'entourent furent les premiers travaux entrepris au bois de Vincennes. Ces premiers travaux terminés, un second lac fut creusé à Saint-Mandé, dans l'emplacement d'une ancienne retenue de moulin, près de Saint-Mandé. Son étendue est de 1 hectare 50 ares environ, sans y comprendre l'île conservée au centre. Placé au fond d'une vallée verdoyante, avec les routes sinueuses, les plantations luxuriances, les méandres des ruisseaux qui l'ali- ■ mentent et les chutes d'eau qui lenviron-# : nent, le lac de Saint-Mandé est une des parties les plus attrayantes de la nouvelle promenade. Enfin, on doit encore à la liste civiie la création d'un lac de plus de 1 hectare sur le sommet du plateau de Gravelle, Dès 1860, époque où la ville de Paris prit possession, les travaux furent poussés avec une grande activité. Plus heureux qu'au bois de Boulogne, les ingénieurs de la ville trouvèrent dans les parues conservées du bois, dont le sol est beaucoup plus fertile, de magnifiques futaies de chênes, dé bouleaux,
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de châtaigniers et de tilleuls. Tout le bois fut, en outre, sillonné par de spacieuses allées soigneusement entretenues , par des sentiers perdus sous les ombrages et enfin par de nombreux cours d'eau dont les cascatelles argentines égayent le paysage en entretenant la fraîcheur. Les principaux de ces cours d'eau partent du lac de Gravelle, qui forme le réservoir supérieur des eaux du bois, et se dirigent vers les lacs des Minimes et de Saint- Mandé. Ils vont de même se jeter dans le grand lac qui a été récemment terminé dans la plaine de Bercy, réunie au bois par la ville. Deux autres petites rivières, celles de Joinville et de Nogent, dirigées vers le lac des Minimes, prennent leur source dans de petits lacs secondaires situés à l'ancien carrefour de Beauté et à la porte de Nogent, et qu'alimentent les conduites de distribution des eaux d'arrosage du bois. Enfin, un dernier ruisseau, souterrain dans son parcours à travers le polygone, conduit les eaux qui traversent le lac des Minimes dans celui de Saint-Mandé.
Un des premiers et des plus curieux ouvrages exécutés par la ville de Paris consiste dans l'établissement à Gravelle d'une butte formée avec le produit du creusement du lac et les déblais des spacieuses allées qui y conduisent. Du haut de cette butte, l'observateur jouit d'un délicieux panorama qu'on irait chercher bien loin, mais qu'on dédaigne parce qu'on le trouve aux portes de Paris ; à vos pieds coule la Marne, traversant une vallée d'une végétation plantureuse, et vous apercevez le cours sinueux de la rivière et le tracé du canal de la Marne au Rhin, qui, d'un côté, se perdent dans les bois avec les constructions et les charmantes villa* de Saint-Maur, de Chennevières et de La Varenne, et, de l'autre, disparaissent vers les rives de la Seine, au milieu des pittoresques collines de Saint-Maurice et de Charenton. Au loin, on aperçoit Paris, Bicêtre et les coteaux dominant Versailles. En face s'étend un horizon sans fin, couronné parles coteaux boisés qui limitent le bassin de la Seine, et deux chemins de fer, celui de Lyon et celui d'Orléans, animent tout ce paysage. Du côté opposé, l'oeil embrasse l'antique donjon de Vincennes et les hauteurs de Be'.leville; en face, Fontenay et Nogent s'étagent sur les collines de Rosny, et tout au fond apparaissent le viaduc du chemin de fer de Mulhouse et la riche vallée de la Marne. Un kiosque élégant couronne le plateau. -
Afin de conserver la vue splendide que nous venons d'esquisser, la ville de Paris a acquis toute la colline qui sépare les anciennes limites du bois de la route de Saint-Maurice à Saint-Maur. Elle a, eu outre, transformé l'ancienne et aride plaine de Bercy, qui maintenant se trouve, elle aussi, réunie au bois de Vincennes. Au centre de cette plaine, dans un vallon artificiellement creusé, on a créé une immense pièce d'eau;' les deux îles qu'elle renferme sont couvertes de plantations de grands arbres précieux, choisis dans les essences à feuilles caduques- et dans les essences résineuses, et transplantés au chariot. De nombreux massifs d'arbustes et de fleurs, de commodes embarcadères, deux ponts suspendus de l'effet le plus pittoresque, une grotte, une cascade avec chute d'eau au milieu des rochers, de vastes pelouses vertes, des point3 de vue obtenus à l'aide de percées habilement ménagées, de magnifiques avenues, tout un réseau de sentiers sablés, font de l'ancienne plaine une promenade qui semble avoir été improvisée par une baguette magique. Cette promenade sera plus merveilleuse encore lorsque les jeunes plantations auront acquis un certain développement, ce qui ne saurait tarder, grâce au sol artificiel sur lequel on les a établies.
La forêt de Vincennes, assise sur un sol sablonneux très- perméable, manquait d'eau; dès le début des travaux, un traité fut passé avec les propriétaires des grandes usines de ■ Saint-Maur pour élever les eaux de la Marne dans le bois, au moyen de pompes mises en mouvement par une turbine. Depuis, la ville est devenue propriétaire de la totalité des chutes d'eau de Saint-Maur, et le bois de Vincennes est pourvu d'eau en abondance.
■ Telle est la topographie du bois de Vincennes actuel. 11 nous reste à dire un mot des constructions qu'on y rencontre. Indépendamment du fort que nous avons décrit ailleurs, le bois de Vincennes contient les redoutes de la Faisanderie et de Gravelle et une école de pyrotechnie, établie dans le eauton de Saint-Mandé, à 500 mètres du tort. Cette école, fondée en 1864, occupe une superficie de 2 hectares et 50 ares environ. Un autre établissement important, c'est la ferme nationale, créée en 1859 sur l'emplacement de l'ancienne faisanderie. C'est sur une partie des terres affectées à ce domaine qu'ont été établies en 1860 les constructions au Tir national. Cet établissement occupe une superficie de 8 hectares. Les bâtiments, eu fer et en bois, rappellent par leur décoration lu destination deTédifiee et contiennent 51 cibles pour la carabine, 4 pour le pistolet, 4 pour l'arc. Enfin, parmi les nombreuses habitations conservées dans le bois et transformées par la ville en élégants pavillons destinés au logement du personnel, nous citerons une ancienne brasserie située dans la plaine de Bercy et qui sert aujourd'hui de caserne prin-
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cipale pour les gardes forestiers et de dépôt central et de bureau pour tous les services ; le logement du conservateur, les deux pavillons dits des Minimes; enfin, nous aurions tort de ne pas mentionner le séduisant chalet lie la porta Jaune, le restaurant du lac dont la réputation est établie.
— Histoire. On trouve mention pour la première fuis du bois de Vincennes dans un ancien titre de l'abbaye de Saint-Maur-les- Fossés, qui le désigne sous le nom de Vt'ecenna et comme faisant partie de la paroisse de Fontenay. Plus tard, en 890, on le re-trouve sous le même nom dans une bulle du pape Benoît VII, et, en 1037, dans un acte du roi Henri 1er. En 1075, enfin, Philippe I«r fit donation à l'abbaye de Saint-Magloire d'une charge de fagots et de bûches provenant de la forêt de Vicenne. Be ce mot, l'usage a fini par faire Vincennes. . L'époque de la construction du premier château de Vincennes est incertaine. On sait que Louis VII y fonda, en 1164, un couvent de religieux de Grandmont qui furent remplacés plus tard par les minimes, et que Philippe-Auguste, en 1183, fit enfermer le bois de murailles, afin d'y accumuler une chasse giboyeuse. En 1274, l'enclos fut agrandi, et, dans la suite, Charles V ordonna que toutes les nuits quatre habitants du village de Montreuil et deux de celui de Fontenay seraient tenus d'y veiller et dy faire le guet contre les braconniers. On sait le séjour fréquent que faisait saint Louis à Vincennes. Il y rendait, rapporte Joinville, la justice sous un grand chêne que Sauvai, dans son ouvrage sur les Antiquités de Paris, affirme avoir vu encore debout. C'est dans le château de Vincennes que saint Louis, à son arrivée de Sens, fit en 1259 mettre en dépôt la couronne d'épines, et c'est de là qu'il la transporta pieds nus à Notre-Dame. C'est encore à Vincennes qu'il coucha en 1260, la veille de son voyage d'outre-mer pour la croisade. Philippe le Hardi, son fils, accrut encore le domaine de Vincennes; c'est à Vincennes qu'il épousa Marie de Brabant, sa seconde femme. Jeanne de France, épouse de Philippe le Bel, mourut à Vincennes le 2 avril 1304, et Louis le Hutin en 1316. Par son testament, ce dernier léguait le domaine à Clémence de Hongrie, sa seconde femme, qui le céda plus tard à Philippe le Long en échange de la maison du Temple et de l'hôtel de Nesle. Charles le Bel mourut à Vineonnes le 2 février 1327, et sa seconde femme, Jeanne d'Evreux , y accoucha deux moi3 après. L'ancien château de Vincennes, comme on le voit par ce bref résumé historique, fut doue une résidence fréquente de la royauté. Vers 1337, il menaçait ruine, quand Philippe de Valois le fit abattre et commença celui qui, encore aujourd'hui, est connu sous le nom de donjon de Vincennes. 11 mourut avant d'avoir pu le voir achevé. Jean le Bon poussa les travaux jusqu'au troisième étage, mais les désastreuses guerres anglaises les interrompirent, et ce fut Charles V seulement qui parvint à les mener à bonne fin. Dans la Vie de Charles V,son historiographe, Christine de Pisan, assure que l'intention de ce prince était de créer à Vincennes un bourg royal fermé de murs, et qu'à cet effet il avait même acheté à plusieurs de ses chevaliers « les mieux amez » des emplacements propres à y construire de « baulx manoirs. » Ce projet n'eut pas de suite. Charles V, comme ses devanciers, résida souvent à Vincennes, qu'il ne quittait guère que pour son hôtel Saint- Paul. Sous la domination anglaise, qui s'abattit peu de temps après sur la France, Vinceniies devint la proie des envahisseurs; le roi Henri d'Angleterre y mourut, sous Charles VII, en 1422. Le successeur de ce dernier roi continua à résider parfois à Vincennes, mais le vieux château de Charles V perdit, à l'ayénement de Louis XI, sa primitive destination de maison de plaisance. Avec Louis XI, Vincennes devint la sombre prison d'Etat que nous voyons encore. Néanmoins, les rois successeurs de Louis XI y tirent encore de courtes visites, notamment Charles IX. Louis XIII, plus tard, ajouta à Vincennes de nouveaux bâtiments, entre autres la grande galerie qui existe encore. Il fit aussi commencer les corps de logis du midi ; l'un fut destiné au roi, l'autre à la reine; mais les séjours passagers de la royauté n'enlevèrent point au donjon de Vincennes sa définitive destination. Sous ce règne, notamment, le donjon de Vincennes reçut, entre autres prisonniers illustres, en 1617 le priuce de Condé, et quarante ans après le grand Coudé, fils du précédent, et le duc de Beaufort, surnommé le roi des Halles.
Le due de Beaufort parvint à s'évader, grâce, dit-on, à une échelle de corde qui lui fut envoyée dans un pâté par ses amis. Saus parler des nombreux prisonniers moins illustres dont Vincennes fut le tombeau vivant, nous devons rappeler que beaucoup plus tard, au xviiie siècle, Diderot, le créateur de l'Encyclopédie, passa six mois dans la sombre forteresse. Jean-Jacques Rousseau alla l'y visiter plusieurs fois. Mirabeau fut aussi enfermé pendant trois ans dans le donjon de Vincennes, sur la demande de son père, ce prétendu philanthrope dont quelques-uns ont voulu faire si grand bruit au siècle dernier. C'est pendant cette douloureuse captivité que l'illustre orateur composa sa traduction de Tibulle, son ouvrage contre les lettres de cachet et ses Lettres à Sophie. La prison de
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Vineennes fut enfin ouverte peu de temps avant la Révolution. Elle demeura libre jusqu'en 1791. A cette époque, on donna des ordres pour la mettre en état de rendre les services qu'elle avait rendus autrefois; mais le peuple de Paris, qui, deux ans auparavant, venait de renverser la Bastille, ne voulut pas souffrir qu'une nouvelle Bastille ressuscitât aux portes de Paris, à deux pas du faubourg Saint-Antoine. Une foule considérable se
Ïiorta à Vineennes et se mit en devoir d'abattre a vieille demeure royale. La municipalité envoya demander du secours; le général La Fayette, qui, dans ces temps difficiles, ne manqua jamais, sans s'en douter, une occasion de se dépopulariser, accourut; il y eut une mêlée à la suite de laquelle le peuple eut le dessous, et La Fayette faillit être assassiné à son retour. Mais la victoire morale n'en demeura pas moins au peuple ; car, le 8 mars, 1 Assemblée nationale, devant l'effervescence générale, ordonna la cessation des travaux k faire au donjon de Vineennes. Depuis lors jusqu'en 1794, Vineennes servit de prison aux femmes de mauvaise vie, transférées à cette dernière époque k la maison Saint -Lazare.
Napoléon 1er, peu soucieux du sentiment populaire, rétablit les prisons d'Etat, et, dans cette triste restauration, Vineennes ne fut pas oublié. Non-seulement le donjon, sous ce règne, mais tout le château, reçut cette destination et renferma tous ceux que la police de Fouché soupçonnait hostiles, non à la France, mais à son dictateur. Nous rappellerons ici la date funèbre du 20 mars 1804; c'est dans la nuit de ce jour que le duc d'Enghien, enlevé contre tout droit des gens par les grenadiers impériaux, fut conduit au château de Vineennes, interrogé, jugé, condamné à mort et fusillé. Son exécution eut lieu dans le fossé, du côté de l'esplanade, k droite du pont-levis, dans l'angle rentrant formé par la tour de la Reine. C'est également à Vineennes que le terrible autocrate fit enfermer les cardinaux et autres prélats hostiles au concordat et arrêtés dans un conciliabule qu'ils tenaient au Mont-Valérien. Lors de la chute des Bourbons en 1830, Vineennes reçut les ministres de Charles X. En tin, dernier et tout récent souvenir, Vineennes servit encore de prison, lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, à un grand nombre de députés arrêtés pendant la nuit.
Mais Vineennes, a côté de ces souvenirs sombres, en a un de très-glorieux ; nous voulons parler de l'héroïque défense du général Daumesnil, surnommé la Jambe de Bois, en 1814 et en 1815, et dont nous allons dire quelques mots à la partie de cet article consacrée aux sièges de Vineennes.
Vlneenuei (SIEGES DE), 1814-1815. Napoléon 1er avait rendu Vineennes k sa destination primitive en en faisant une place de guerre. La reprise des hostilités contre la Russie ne tarda pas k donner à cette place, qui n'était rien ou presque rien en temps de paix, une haute importance. Lorsque l'empereur partit pour lu désastreuse campagne de Russie, il manda devant lui le général Daumesnil et l'investit du gouvernement de Vineennes : « J'ai besoin d'un homme sur lequel je puisse compter, lui dit-ii, et j'ai songé à vous. C'est de Vineennes que doivent partir le matériel et les munitions nécessaires à mes armées. > De 1812 à 1814, on fabriqua à Vineennes environ 350,000 cartouches d'infanterie et 40,000 gargousses par jour. On y vit arriver jusqu'à 150 voitures de poudre en une seule journée. Au moment où survinrent les événements de 1814, le matériel militaire que contenait la place fut estimé à 90 millions. Cependant 1 ennemi s'approchait chaque jour davantage de Paris, et le général Daumesnil, à la tête d'une garnison composée en partie de soldats invalides comme lui et en partie de jeunes recrues, ne se dissimulait pas la terrible responsabilité qui lui incombait. Des commissaires étrangers lui furent expédiés en parlementaires, afin de sonder ses intentions : « Mes intentions sont de faire sauter la place plutôt que de me rendre, » répondit l'héroïque gouverneur. Les commissaires se retirent. Daumesnil rassemble sa petite garnison et, prenant à part chaque soldat, lui demande s'il peut compter sur lui : « Général, s'écrie le plus grand nombre, nous nous ensevelirons avec vous sous les débris de Vineennes 1 Vive la Jambe de Bois 1 • On se rappelle que c'était le glorieux surnom de Daumesnil. A peine si quelquesuns hésitentj timorés. On prétend néanmoins qu'un misérable osa ajuster le général, mais que l'arme meurtrière fut rapidement détournée par la main d'une cautinière. Daumesnil se borna à dépouiller ces craintifs de leur uniforme et à les chasser de la place en les faisant sortir par une poterne qui fut murée aussitôt après. Cependant, le 30 mars 1814, à cinq heures du soir, la capitulation de Paris était signée. Aux termes de cette capitulation, l'immense matériel qui couronnait les hauteurs de la capitale devait être livré à l'ennemi dès le lendemain, au point du jour. Pendant la nuit, Daumesnil sort de Vineennes k la tête des 250 chevaux composant toute sa cavalerie, enlève les canons, fusils et munitions formant le matériel en question et introduit le tout dans la forteresse dont il referme les portes derrière lui. Les alliés apprirent dès le matin ce hardi coup de main du gouverneur de Vineennes, et de
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nouveaux commissaires lui sont expédiés en toute hâte, le sommant de livrer sans retard l'objet de sa capture. En vain les commissaires, devant un premier refus de Daumesnil, lui représentent-ils que Paris est vaincu, la France envahie et que toute résistance ne ferait que prolonger inutilement une lutte impossible. Daumesnil persiste, impassible. « Eh bien I puisqu'il en est ainsi, disent les commissaires, nous serons réduits à vous faire sauter, général. — Vous me menacez de me faire sauter? répond Daumesnil railleur. Eh bien, suivez-moi donc. » Il descend alors avec les commissaires dans les magasins souterrains d'approvisionnement de la place, leur montre, entassés, environ 1,800 milliers de poudre et ajoute : « Si dans vingtquatre heures l'ennemi qui bloque Vineennes ne s'est pas retiré, sur mon honneur, je mets le feu k ceci et nous sauterons ensemble. Allez reporter ma réponse à ceux qui vous ont envoyés. » Les commissaires partirent terrifiés, et les alliés, désespérant de venir à bout de l'opiniâtreté de Daumesnil, jugeant en dernier ressort la .prise de Vineennes d'une importance relative et redoutant surtout que le brave général ne mît k exécution sa terrible menace, battirent bientôt en retraite devant une poignée d'hommes commandés par un invalide à jambe de bois 1 La seconde invasion (1815) trouva de nouveau le général Daumesnil k son poste. Cette fois, le dépôt confié à sa garde était encore plus précieux, car le matériel amassé à Vineennes était le seul qui restât à la France. Les alliés le savaient et investirent Vineennes. On somma le gouverneur de se rendre : « Rendez-moi ma jambe, je vous rendrai la place 1 » répond Daumesnil toujours gouailleur. Et une volée de boulets accompagne cette réponse railleuse. Blùcher, alors, a l'idée, quon peut sans exagération qualifier de naïve,de faire proposer au brave soldat 1 million comptant contre une capitulation. L'histoire a enregistré cette autre réponse de Daumesnil, insensible aux promesses comme aux menaces : « Mon refus servira de dot à mes enfants. » L'ennemi alors presse l'attaque et ordonne à ses troupes d'en finir avec cette bicoque qui, seule, l'arrête maintenant. Daumesnil fait une sortie brillante à la tête d'un bataillon d'invalides mutilés comme lui, puis rentre dans la place sans que l'artillerie ennemie ait pu atteindre ce groupe de héros : « Les alliés, dit-il en riant, ont respecté le jeu de quilles; ils n'ont pas osé y jeter leurs boules de fer. » Trois fois, par des sorties plus terribles encore, il prend et reprend le village de Vineennes. Un jour même, il sort de la place, monté sur un cheval de brasseur, et rentre bientôt, ramenant pour trophée une batterie de canons prussiens, l.e blocus de Vineennes dura cinq mois, sans que l'ennemi, qui n'avait pas oublié la menace de 1814, osât se risquer à tenter l'assaut, et quand Daumesnil eut' bien acquis la certitude que tout était perdu et que Napoléon avait à jamais terminé son rôle historique, ce fut avec le gouvernement de la France, et non avec les alliés, que le brave général conclut une capitulation dont les conuitions glorieuses furent rédigées par lui-même. La population de Vineennes et les ennemis virent défiler avec respect ce groupe superbe de défenseurs qui avait su tenir tête à l'Europe coalisée et narguait encore sa formidable puissance. La hestauration, en dépossédant Daumesnil de son commandement (dans lequel il devait rentrer après 1830), commit une de ces mauvaises actions justement flétries par l'histoire. •
Vineennes (donjon de) , drame en cinq actes, de MM. Dennery et Grange. V. Donjon DE VlNCBNNES (t. VI, p. 1096).
V1NCENNES, ville des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat de l'Indiana, à 230 kilom. S.-O. d'indianapolis, sur la rive gauche du Wabash et près de son embouchure dans l'Ohio ; 5,500 hab. Académie. C'est la ville la plus ancienne de l'Indiana: elle fut fondée en 1735 par une colonie d émigrés français et resta jusqu'en 1813 la capitale du territoire de l'Indiana.
VINCENS-DEVILLAS (Alexandre), publiciste français, né k Nîmes en 1725, mort en 1794. Commerçant dans sa ville natale, il acquit des connaissances étendues en économie politique et en jurisprudence. Appartenant à la religion réformée, il te fit le défenseur des droits de ses coreligionnaires, et les mémoires qu'il écrivit contribuèrent beaucoup k amener l'édit de 1787. qui accordait tous les droits civils et politiques aux protestants. Ses écrits sont en partie inédits e"t en partie insérés dans le Mercure et dans le Journal des savants. Ses Réflexions sur les greniers d'abondance furent imprimées en 1809, par ordre du conseil général du Gard.
VINCENS (Jean-César), statisticien français, fils du précédent^ ne k Nîmes en 1755, mort en 1801. Député, en 1791, à l'Assemblée législative, il fut emprisonné pendant quelque temps sous la Terreur. On a de lui : Topographie de la ville de Nimes et de sa banlieue (1802, in-4o).
VJNCENS - SAINT - Ï.AUHENT (Jacques) , agronome français, frère du précédent, né à Nîmes en 1758, mort k Paris en 1825. Souslieutenant k l'âge de vingt ans, il quitta le service pour se marier et s'adonna k l'agri-
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culture. Quand la Révolution éclata, il fut, en 1792, nommé capitaine des volontaires du Gard, puis devint commissaire des guerres à l'armée des Alpes. Mis hors la loi en 1793, il se réfugia eu Suisse, rentra en France après la chute de Robespierre et vécut pendant l'Empire dans l'obscurité, uniquement occupé de travaux agricoles. Elu membre de la Chambre des représentants en 1815, il devint plus tard vice-président de la Société biblique et fut nommé membre correspondant de l'Académie des inscriptions. Il a puissamment contribué, par les expériences qu'il fit dans ses domaines et par ses écrits, au développement de la culture du 'mûrier et de l'éducation des vers à soie dans le département du Gard. On a de lui : Mémoire sur l'industrie manufacturière du département du Gard, excellent écrit placé en tète de l'ouvrage de son frère ; une traduction du tome II du Manuel historique du système politique des Etats de l'Europe et de leurs colonies de Heeren (Paris, 1821, in-8°); Epitre d'un journaliste à l'empereur (1805) ; la traduction du théâtre de Kotzebue, insérée dans les Chefsd'œuvre des théâtres étrangers de Ladvocat (1822).
VINCENS (Marie-Antoine-Emile), économiste français, frère des précédents, né k Nîmes en 1764, mort en 1850. Banquier k Gênes pendant vingt-cinq ans et membre du conseil municipal et de la chambre de commerce de cette ville, il revint en France en 1814 et fut nommé chef du bureau du commerce, puis chef de division et directeur du commerce intérieur au ministère de l'agriculture et du commerce. Il reçut, en outre, en 1840, le titre de conseiller d'Etat en service ordinaire. On a de lui : Eloge de Michel Montaigne (Paris, 1812, in-8°) ; Exposition raisonnée de la législation commerciale et examen critique du code de commerce (3 vol. in-8°) ; Des sociétés par actions et des banques (1837, in-8") ; De l'organisation sociale, et en particulier de l'organisation industrielle, l'écrit le plus remarquable de l'auteur, suivant l'appréciation du Journal des économistes ; différents travaux insérés dans les recueils consacrés à l'économie politique.
VINCENS (Bernard de), publiciste français, né à Clermont-Ferrand en 1764, mort vers 1840. Il fit partie, au début de la Révolution, des assemblées de sa ville natale, mais n'adopta pas les idées nouvelles et fut l'un des agents royalistes du Puy-de-Dôme. Plus tard, il s'adonna exclusivement k l'étude des sciences et, dans ses écrits, s'attacha à combattre les erreurs populaires relatives à quelques-unes de ces sciences. On a de lui : Brèves observations sur le principal vice de toutes les constitutions qu'on suppose qu'a eues ta France, etc. (vers 1798); Becneil des opinions, tant en prose qu'envers, publiées pendant la Révolution (1814, in-go) ; Forme des pôles, cause des marées, etc. (Paris, 1820, in-8») ; Lettres ou observations adressées à M. Azaîs sur son ouvrage intitulé : Explication universelle, etc. (1826, in-so) ; Erreur élémentaire et générale en astronomie et sa cause, etc. (vers 1830) ; Eléments ou Cours d'astronomie primaire, etc. (Paris, 1834); Etonnante découverte. La lune ne tourne pas autour de la terre (1836, in-8»).
VINCENT (cap SAINT-), le Promontorium Sacrum des anciens, promontoire du Portugal, sur la côte S.-O. de la province d'Algarve, projeté dans l'Atlantique parla serra de Monchique et formant la pointe la plus occidentale de l'Europe, par 37° %' de latit. N. et II» 19' de longit. O. Tourville y battit la flotte hollandaise en 1693, et l'amiral anglais Jervis y défit les Espagnols en 1797.
VINCENT (SAINT-), île des Antilles anglaises (Petites-Antilles), dans le gouvernement des Iles-du-Vent, à 90 kilom. S.-O. de Sainte-Lucie, par 13» 17' de latit. N. et 65» 30' de longit. O. ; superficie, 35,000 hectares ; 32,000 hab. Ch.-l., Kingston. C'est une île très-belle, bien arrosée et, dans beaucoup d'endroits, très-fertile ; le sol est très-bien employé k la culture du sucre, du café, du cacao, du coton, du tabac, de l'indigo. Ce fut le 22 juin, jour de Saint-Vincent, que Christophe Colomb découvrit cette île, à laquelle il donna ce nom. Elle a été exclusivement habitée par les Caraïbes jusqu'au milieu du xvn« siècle ; vers cette époque, un bâtiment négrier y ayant fait naufrage , les esclaves s'echappèrentdans les montagnes et y devinrent en peu de temps si nombreux, qu'ils reléguèrent les aborigènes dans la partie N.-O. de l'île. Ceux-ci s'en plaignirent aux Anglais et aux Français, qui venaient faire de l'eau parmi eux. En 1719, ces derniers y envoyèrent un corps de troupes assez considérable, mais qui, mal secondé par les Caraïbes, fut battu. Toutefois, ou fit la paix de part et d'autte, et les choses en étaient à ce point, lorsque les Anglais , en vertu d'une charte de George l«r en faveur du duc de Montague, vinrent pour s'emparer de Sainte-Lucie et de Saint- Vincent, occupées par les Français, et dont ils furent repoussés. L'île devint ensuite le théâtre d'une guerre entre les nègres et les Caraïbes. Ceux-ci furent pour ainsi dire exterminés; mais les premiers, qui avaient adopté la plupart de leurs coutumes, ont reçu pour cela le nom de Caraïbes noirs. Saint- Vincent ayant été cédée k l'Angleterre en 1763 par suite du traité de Paris, la pre-
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mière mesure du gouvernement anglais fut de partager les terres sans avoir égard à aucune réclamation de la part des naturels. En 1795, les Caraïbes noirs, excités par les Français, qui débarquèrent des troupes sur l'île, se révoltèrent contre les Anglais et soutinrent contre eux, pendant deux ans, une guerre héroïque. Ils furent enfin soumis et envoyés, par ordre du gouvernement, dans l'île de Riittan, dans la baie de Honduras, avec des vivres suffisants pour les nourrir pendant'un certain temps et les ustensiles nécessaires pour cultiver la terre.
VINCENT (SAINT-), île de l'océan Atlantique, dans le groupe du Cap-Vert, entre l'Ile Saint-Antoine au N.-O. et l'Ile Saint-Nicolas au S.-E., par 15° 54' de latit. N. et 27° 24' de longit. O. Elle mesure, de l'E. à l'O., 26 kilom. sur 11 kilom. dans sa plus grande largeur. Sur la côte N.-O. s'ouvre le havre spacieux et abrité de Porto-Grande. On y trouve des troupeaux de chèvres sauvages et des tortues.
VINCENT- DE-TYROSSE (SAINT-), bourg de France (Landes), ch.-l. de canton, arrond. et à 84 kilom. S.-O. de Dax; pop. aggl., 519 hab, — pop. tôt., 1,215 hab. Fabrication de goudron, résines, bouchons, planches, jambons. Commerce de bois, laines et viande de porc salée.
VINCENT (saint), martyr, né à Saragosse, mort en 304. Ordonné diacre par l'évêque Valère, il fut enveloppé (303) dans la persécution de Dioclétien. Plongé dans les cachots, où il subit les plus horribles tortures, il fut martyrisé le 22 janvier suivant. Sa constance héroïque au milieu des supplices convertit, dit la légende, son geôlier k la foi chrétienne. L'Eglise l'honore le 22 janvier.
VINCENT, chroniqueur tchèque du xne siècle. Chanoine de l'église épiscopale de Prague, il suivit comme chapelain, en 1158, son evêque, qui accompagnait le roi de Bohême Viadislas dans l'expédition que ce prince avait entreprise en Italie au secours de Frédéric Barberousse; il revint plus tard dans la même contrée et fut créé par l'empereur juge à la cour impériale. Il a écrit en latin une chronique des événements arrivés en Bohême depuis l'an 1140 jusqu'en 1197. Elle a été insérée par Dobner dans le tome 1er ue ses Monumenla historica Bohemis.
VINCENT, dit de Beauvaia, savant dominicain du xm* siècle, né en France vers 1190, mort en 1256 ou 1264. Il jouit d'une haute faveur à la cour de saint Louis et fut chargé par ce prince de composer fine sorte d'encyclopédie de toutes les connaissances de son temps. Ce curieux répertoire a pour titre : Spéculum majus (imprimé pour la première fois à Strasbourg, 1473); il est divisé en quatre parties principales ; le Miroir naturel, exposition des merveilles de la nature et des phénomènes de l'univers, où l'auteur suit l'ordre de création de la Genèse; le Miroir moral, traité où la morale est divisée en quatre vertus; la Miroir scientifique, dont la substance, sauf pour ce qui concerne la théologie, est presque entièieraent empruntée k Aristote ; enfin, le Miroir historique, compilation remarquable par l'érudition de son auteur, mais qui n'a aucun mérite intrinsèque. M. l'abbé Bourgeat a donné (Paris, 1856) des Etudes sur Vincent de Beauvais. Les autres ouvrages de Vincent de Beauvais sont plus particulièrement consacrés k la théologie; en voici l'énumération : De sancta Trinitate, résumé des commentaires sur ce sujet des Pères de l'Eglise ; De Dei Filio, mundi redemptore, complément du précédent; Laudes Virginis Maris; Tractatus de sancto Joanne evangelista; De eruditione filiorurn regalium, ouvrage composé à la demande de la reine Mar- ' guérite de Provence, épouse de saint Louis ; Tractatus consolatorius de morte amici, écrit à l'occasion de la mort du fils de saint Louis. Ces cinq ouvrages que nous venons de citer n'ont été imprimés ensemble qu'une fois, en un fort volume in-folio, k Bâle, par Hammerbach, sous ce titre .collectif : Opuscula Vincentii Bellouacensis (Basilese, 1481). On a encore de Vincent de Beauvais : De pœnitentia, Sur l'Oraison dominicale et la Salutation angélique, deux écrits manuscrits, conservés dans les collections de la Bibliothèque nationale de Paris, et Expositio Orationis dominiez et Salutationis béais Maris Virg inis.
VINCENT (Philippe), pasteur de l'Eglise réformée, né k Saumur vers 1600, mort a La Rochelle le 20 mars 1651. Il fit ses ,études k Genève et fut donné pour pasteur k l'Eglise de La Rochelle, vers 1626, par le synode national de Castres. Lors du siège de La Rochelle en 1627, il fut envoyé en Hollande et en Angleterre pour demander des secours. Le roi Charles, dont il eut une audience, fut tellement ému par son langage, qu'il promit de hâter le départ de la Hotte anglaise, dont l'intervention fut inutile. A la conclusion de la paix, Vincent eut des luttes ardentes k soutenir contre les capucins et les jésuites; il eut aussi une discussion assez vive avec Amyrant. En 1645, il assista au synode national de Charentoii, qui le députa en cour. • Théologien instruit, disent MM. Haag, il n'était point orateur; aussi n'a-t-on presque rien imprimé de ses serinons. Son style sec et dur rend d'ailleurs ses ouvrages peu agréables k la lecture. On a de lui : le Décret du
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ttmcile de Constance en la session XIX interprété selon son vrai sens (1630) ; Récit au vrai de ce gui t'est passé au changement de religion fait par M. le marquis de Villedieu. Item en l'abouchement qu'ont eu à ce sujet le sieur Tranquille, supérieur des capucins de La Rochelle, et Ph. Vincent, l'un des pasteurs de l'Eglise réformée en ladite ville (Niort, 1631, in -12); Extraict de quelques sermons, etc. (Sanmur, 1635, iii-go); V Imposture confondue, etc. (La Rochelle, 1635, in-12); le Procès des danses débattu entre P. Vincent et aucuns des sieurs jésuites (La Rochelle, 1648, in-S») ; Traité des théâtres (La Rochelle, 1647, in-12).
VINCENT (Guillaume), philologue et archéologue anglais, né à Londres en 1739, mort en 1815. Il rit ses études à l'université de Cambridge, y prit ses grades en 1761, devint successivement professeur et sous-directeur (1771) de l'école de Westminster, puis, la même année, chapelain du roi et, après avoir obtenu, en 1776, le diplôme de docteur eu théologie, fut nommé pasteur d'une des" paroisses de Londres, En 1788, il succéda au docteur Smith comme directeur en chef de l'école de "Westminster, qu'il quitta en 1803 pour devenir doyen de l'abbaye de ce nom. Outre des sermons et des discours académiques, on a de lui : Lettre au docteur Richard Watson, à propos des principes politiques exposés par ce dernier dans un discours prononcé devant l'université (1780) ; De legione Manilla, qusstio ex Liuio desumpta (1793), traité dans lequel l'auteur explique ce qui semble être une divergence inconciliable entre deux récits de Polybe (1. V, ch. icr) et de Tite-Live (1. VIII, ch. vm) ; {'Origine du verbe grec, hypothèse (1794; 2e édit., 1795); le Voyage de Néarque à l'Euphrate, recueilli d'après le journal original conservé par Arrien (1797), l'une des productions les plus remarquables de l'auteur, traduit en français par Billecocq et publié aux frais du gouvernement français (1800, 3 vol. iu-SÇ); le Périple de la mer Erythrée (1800-1805, 2 vol. Cet ouvrage fut réédité avec le précédent en 1807 (2 vol.), et ils furent complétés plus tard par un troisième volume renfermant le texte grec-avec la traduction anglaise, ainsi qu'une partie de l'Histoire des Indes d'Anien. C'est, sans contredit, l'un des meilleurs traités qui aient été publiés sur la géographie ancienne; il fut cependant attaqué par Barbie du Bocage, auquel Vincent répondit dans une lettre qui n'a pas été rendue publique. Dans une autre, adressée à l'évêque de Meath sous ce titre : Défense de l'éducation publique (1802), il répondait à certaines attaques lancées contre les écoles publiques anglaises, auxquelles on reprochait de trop négliger 1 instruction religieuse; ce fut cette défense qui valut a Vincent le doyenné de Westminster. Il avait, en outre, fourni un grand nombre d'articles au Journal classique et au Critique britannique.
VINCENT (François-André), peintre d'histoire, né à Paris en 1746, mort en 1816. Il était fils d'un peintre genevois. Elève de Vien, il remporta le grand prix de Rome a l'âge de vingt-doux ans; son tableau de concours, Germanicus faisant ■une harangue à ses troupes, produisit alors une profonde sensation. Le Président Mole résistant aux factieux, qu'il fit plus tard, n'eut pas moins de succès; Louis XVI en ordonna l'exécution en tapisserie. Vincent brillait dans la hardiesse de la conception ; il disposait admirablement ses masses dans une composition pittoresque; mais il péchait parles détails; aussi est-il resté un peintre du second ordre. On compte parmi ses élèves Horace Vernet, Thévenin et Meynier, A celles de ses toiles déjà citées, il faut ajouter les suivantes : Zeuxis choisissant un modèle; V Enlèvement d'Eurythie, tableau de réception à l'Académie ; Arrie et Pétus, aux Gobelins ; la Piscine miraculeuse, à l'hôpital de Rouen ; le 'Christ donnant les clefs à saint Pierre; Guillaume Tell précipitant Gessler dans le lac; Henri IV rencontrant Sully blessé après la bataille d'Ivry; Saint Jérôme éveillé par un ange.
VINCENT (Adélaïde La. Billk des Vertus, dame), artiste française, épouse du précédent, née en 1749, morte en 1803. Elève de Vincent père et de Delatour, elle épousa en premières noces le peintre Uuyard, devint premier peintre de Mesdames de France et de Monsieur et fut reçue, en 1783, à l'Académie de peinture, sur le Portrait de Pajou, qui se trouve au musée du Louvre. Les galeries de Versailles renferment les portraits de Mesdanes de France, exécutés par cette artiste. On connaît aussi deux portraits de Mme Vincent, l'un exécuté par Mlle Capet, une de ses élèves, et l'autre par l'artiste ellemême. Ce dernier a été popularisé par la gravure et a figuré, en 1848, à l'exposition organisée au profit de lu caisse de secours des artistes.
VINCENT (François-Nicolas), agent révolutionnaire, né à Paris en 1767, mort en 1794. Clerc de procureur lorsque éclata la Révolution, il se jela a cette époque dans les plus grands excès et, devenu membre du club des Coideliei's, surpassa tous ses collègues par la violence de son langage et par l'exaltation de ses idées. Après avoir pris une part im-
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portante à la révolution du 10 août 1792, il devint chef de bureau, puis, en 1793, secrétaire général au ministère de la guerre. Les cordeliers exercèrent dès lors dans cette administration un pouvoir sans bornes, et les violences de Vincent, ses menaces contra la Convention furent poussées à un tel point, que Fabre d'Eglantine le dénonça, ainsi que Ronsin, son ami (v. ce nom). Ils furent arrêtés l'un et l'autre; mais l'influence des cordeliers les fit bientôt relâcher. Vincent n'en devint pas plus modéré : i C'était, a dit M. Thiers, une espèce de frénétique, dont le fanatisme allait jusqu'à la maladie, et chez lequel il y avait encore plus d'aliénation que d'ambition personnelle. > Vincent fut enveloppé dans le procès des hébertistes et périt sur l'échafaud le 24 mars 1794.
VINCENT (Jacques-Louis-Samuel), pasteur de l'Eglise réformée, né à Nîmes en 1787, mort dans cette ville en 1837. Il manifesta, jeune encore, une vivacité d'intelligence peu ordinaire et un goût très-prononcé pour l'étude; mais rien chez lui ne dénotait un esprit supérieur. Dès l'année 1809, c'est-à-dire à l'âge de vingt-deux ans, il fut appelé à Nîmes en qualité de pasteur catéchiste. Ces fonctions, quoique pénibles et délicates, n'absorbèrent pas tout son temps ; il se perfectionnait dans la connaissance des littératures anciennes et modernes, lisait Platon et Virgile, Milton et Calderon, et publiait une traduction de la Philosophie morale de William Paley. En 1819, il traduisit les Preuves et autorités de la révélation chrétienne, par Chalmers, et, en 1820, les Sermons de Sintenis. Le principal ouvrage de Vincent, intitulé : Vues sur le protestantisme, fut publié en 1829 et réédité en 1859 par M. Prévost-Paradol, avec une introduction. Ses Méditations religieuses furent rééditées en 1863 par M. Ath. Coquerel fils, avec une notice sur sa vie et un discours prononcé à son occasion devant l'Académie de Nîmes par M. Fontanès père. En 1830, Samuel Vincent avait fondé un recueil périodique sous ce titre : Religion et christianisme. La révolution de Juillet fit disparaître ce journal.
VINCENT (Louis-Charles-Marie, baron de), administrateur français, né au Cap-Français (Saint-Domingue) en 1793 . Il entra en 1809 à l'Ecole militaire, fit la campagne de Russie, de Saxe, de France, assista à la bataille de Waterloo et reçut en 1816 le grade de capitaine. M. de Vincent quitta le service en 1835, après avoir fait la campagne d'Espagne. En 1825, il entra dans 1 administration comme sous-préfet de Toul. Rendu à la vie privée après la révolution de 1848, il fut appelé, à la tin de la même année, à la souspréfecture du Havre, puis devint successivement préfet du Lot, du Jura, du Rhône(185l). Nommé conseiller d'Etat en 1852, il revint à Paris, fut appelé à siéger au Sénat (1859) et rentra définitivement dans la vie privée après la révolution de septembre 1870.
VINCENT (Alexandre - Joseph - Hidulphe), mathématicien et érudit, membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres),né à Hesdin (Pas-de-Calais) le 20 novembre 1797, mort en 1868. Admis à l'Ecole normale en 1816, dans la section des sciences, et chargé, en 1820, du cours de physique au collège de Reims, il se fit remarquer, en 1824, par des Considérations nouvelles sur la nature des courbes exponentielles et logarithmiques, qu'il publia dans les Annales de Gergonne, et fut nommé, l'année suivante, professeur de mathématiques spéciales au même collège de Reims. Son Cours de géométrie élémentaire (1826) , supérieur de beaucoup par la méthode et par le fonds à la géométrie de Legendre, le fit appeler a Paris, où il fut successivement chargé du cours de mathématiques spéciales aux, collèges Rollin, Bourbon et Saint-Louis. Les principaux ouvrages mathématiques qu'il a publiés depuis sont : Mémoire sur la résolution des équations numériques (Journal de M. Liouville, 1834 et 1835) et Théorie du parallélogramme de Watt et de la courbe à longue inflexion (1837).
Très-versé dans les langues grecque et orientales, Vincent a porté ses investigations sur une foule de points débattus de l'histoire des sciences mathémathiques et physiques. Nous citerons, entre autres dissertations de lui : Origine de nos chiffres (1839); Sur la théorie mathématique de la gamme; Sur la musique des Grecs; Sur la poésie lyrique grecque; Sur la versification au moyen Age; Sur tes porismes d'Euclide; Sur différents passages de Proclus, etc. Vincent, après avoir pris sa retraite comme professeur, fut nommé conservateur de la collection des mémoires des sociétés savantes au ministère de l'instruction publique, 11 était, depuis 1863, officier de la Légion d'honneur.
VINCENT (Isabeau), fanatique dauphinoise. V. Bergère de Crbst.
VINCENT FERU 1ER (saint), dominicain espagnol , dont le nom véritable est Viccnie Forrer, né à Valence en 1355, mort à Vannes en 1419. Doué d'une vive intelligence, dès l'âge de douze ans il faisait sa philosophie. A dix-neuf ans, il entra dans l'ordre des dominicains, fut chargé d'enseigner la philosophie, puis s'adonna à la prédication et se rit recevoir docteur en théologie à Lerida en 1384. Sa renommée comme prédicateur lui valut d'être emmené en 1391 a Paris par
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le légat Pierre de Luna. Ce dernier, devenu pape sous le nom de Benoît XIII, le prit pour confesseur et le nomma maître du sacré palais. Toutefois, il ne tarda pas à reprendre le cours de ses prédications. Comme il connaissait plusieurs langues, il put prononcer des sermons en Espagne, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, et produisit partout, par son débit oratoire, par la terreur qu'il savait exciter, une vive impression sur les masses. En 1412, il prit part à l'élection d'un roi d'Aragon et contribua à faire donner la couronne à Ferdinand de Castille. Au concile de Constance en )415, il proposa de mettre fin au schisme en déposant les trois papes qui se disputaient le pouvoir. Ce conseil ayant été adopté, il se déclara en faveur de Martin V. Deux ans plus tard, à l'appel du duc de Bretagne, il se rendit à Vannes, où il mourut. Vincent Ferrier fut canonisé en 1455 par Calixte III. L'Fglise l'honore le 5 avril. On lui doit des sermons, des lettres publiées à Lyon (1530, in-8°) et divers traités théologiques : De vita spirituaii (1568, in-16); De saarificio misss ; De fine mundi ; Suppositionum liber; Tractatus consolalionis. Ses œuvres complètes ont été publiées à Valence (1591, in-4°).
VINCENT DE LÉRINS (saint) , religieux du va siècle, mort vers 450. D'origine gauloise, il remplit des charges publiques importantes, embrassa ensuite la.viq religieuse dans le monastère de Lérins (aujourd'hui Saint-Honorat), sur les côtes de Provence, et se distingua par ses connaissances en théologie. Il a laissé un Commonitorium peregrini, c'est-à-dire Avertissement du voyageur. Ce livre, très-estimé des chrétiens, composé contre le nestorianisme et trois ans après la condamnation de cette hérésie, est une énergique affirmation de l'autorité et de la tradition. Il a pour but de combattre toute innovation religieuse. La meilleure édition est celle de Baluze (1663).
VINCENT DE PAUL (saint), ou DEPAUL, en un seul mot, comme il paraît qu'il" l'écrivait lui-même, l'un des plus illustres héros de la charité chrétienne, né près de Dax, dans les Landes, en 1576, d'une famille noble peut-être, mais pauvre et qui cultivait elle-même son petit héritage. Dans son enfance, il garda les troupeaux, entra à l'âge de douze ans au couvent des cordeliers pour y commencer ses études et fit des progrès si rapides qu'on le jugea capable de remplir, à seize ans, les fonctions de précepteur des enfants du juge de Pony.Cetie;nou- velle position lui permit d'achever ses classes. Il reçut la tonsure en 1596, se rendit à Toulouse pour y suivre un cours de théologie, tout en continuant de donner des leçons pour vivre, et fut ordonné prêtre en 1600. Des affaires d'intérêt l'ayant conduit à Marseille, il revint par mer à Narbonne et fut pris par des pirates barbaresques qui croisaient audacieuseinent dans le golfe du Lion et jusque sur les côtes de France, dans le but de piller les barques qui revenaient de la foire de Beaucaire. Emmené captif à Tunis (1605) avec ses compagnons d'infortune et vendu comme esclave, il servit successivement plusieurs maîtres, dont le dernier était un renégat de Nice, qu'il eut le bonheur de ramener à la religion chrétienne et qui s'échappa avec lui de Tunis pour revenir en France (1607). Cette conversion et les malheurs de sa captivité l'avaient, bien malgré lui, mis en évidence. Le vice-légat d'Avignon l'emmena à Rome, où son mérite fut apprécié par le pape Paul V et par l'ambassadeur de France, qui le chargea d'une mission auprès de Henri IV. Il se fixa alors à Paris , s'occupa d'œuvres de charité et projeta dès cette époque la plupart des grandes institutions qui ont illustré son nom. Nommé aumônier de Marguerite de Valois (1610), curé de Clichy, près de Paris (1611), précepteur des enfants d'Emmanuel de Gondi (1613), curé en Bresse (1617), il fit éclater, dans toutes ces fonctions, son infatigable charité et l'enthousiasme de sa foi. C'est dans ce dernier poste qu'il institua, pour les pauvres et les infirmes, une confrérie de charité qui devint le modèle de toutes celles qui s'établirent en France. Au milieu de tous ses travaux, il trouvait encore le loisir de prêcher une infinité de missions dans diverses parties de la France et de travailler à la réforme des mœurs du clergé. Les criminels des galères fixèrent aussi son attention ; ému de leur sort misérable en même temps que de leur perversité, il se consacra à l'adoucissement de leurs souffrances et à leur moralisation. Son admirable dévouement pour ces êtres maudits et rejetés de la société est resté célèbre dans les fastes de la charité chrétienne. Louis XIII le nomma aumônier royal des galères de France (16 19). Ouraconte qu'en visitant le bagne de Marseille, il fut tellement touché du désespoir d'un forçat dont la famille était réduite à la misère par son absence, qu'il se substitua a ce malheureux et prit ses fers. Toutefois, ce trait a été contesté, mais il prouve au moins la haute idée qu'on avait de la géuérosité de ce saint prêtre. En 1625, il fonda les Prêtres de la mission, congrégation destinée à instruire et soulager les populations rurales, ainsi qu'à former des prêtres dans les séminaires. Parmi ses nombreuses institutions, l'une des plus importantes fut celles des sœurs de charité,
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consacrées au service des malades pauvres (1634). On sait qu'il fut aidé dans cette œuvre par le zèle et le dévouement de Mme Legras (Louise de Marillac). Ce fut lui qui assista Louis XIII à son lit de mort (1643). La régente Anne d'Autriche le nomma président du conseil de conscience, et il mit tous ses soins à ne donner à l'Eglise gallicane que des prélats savants et vertueux. C'est à la même époque qu'il travailla à la réforme d'un grand nombre d'abbayes de filles, livrées en général à de scandaleux désordres (notamment l'abbaye de Longchamp). Depuis longtemps déjà, il avait senti que son œuvre ne serait pas complète tant qu il n'aurait pas créé un refuge pour les enfants abandonnés, malheureuses victimes de l'incontinence et de la misère. L'exposition des enfants sur les marches des monuments publics et jusque sur le pavé des rues était une des plaies les plus hideuses de cette époque. Le cœur de Vincent de Paul saignait à la vue d'aussi cruelles misères. On !e vit d'abord courir dans les rues de Paris, la nuit, sous la neige et la pluie, allant à la découverte des pauvres délaissés et les confiant aux soins de sa digne émule, Mmo Legras. Dans une de ces courses nocturnes, il tomba au milieu d'une bande de voleurs ; mais son nom était l'objet d'une telle vénération, qu'il n'eut qu'à le prononcer pour voir ces malfaiteurs tomber à ses genoux en implorant sa bénédiction. Toutefois, malgré son admirable dévouement et sou activité, ce ne fut qu'en 1648 qu'il put constituer définitivement l'établissement des" Enfants trouvés, institution qui suffirait à elle seule à couvrir son nom d'une impérissable gloire. Pendant les troubles de la Fronde, il se multiplia pour secourir les victimes de la guerre civile, montra un zèle ardent à poursuivre le jansénisme, fonda la Salpêtrière en 1655 et mourut en 1660. Béatifié en 1729, il fut canonisé par Clément XII en 1737. Son panégyrique a été prononcé par les plus illustres orateurs sacrés. On cite particulièrement celui du cardinal Maury. Sa vie a été écrite par Abelli, par Collet et Demonville (1818) et par M. Capefigue (1827). Saint Vincent de Paul peut être placé parmi les plus grands hommes que la France ait produits-, car il eut le plus noble génie, celui qui vient du cœur, et son existence tout entière fut consacrée, non à la poursuite d'une fausse gloire, mais au soulagement dé toutes les souffrances et à l'amour de ses semblables.
Vf peent-de-Paul (ÉGLISE Salai-), une des plus belles églises modernes de Paris. Elle a été construite en 1S24, sous la direction de deux habiles architectes, MM. Lepàre et Hittorf. Son plan offre une réminiscence de la basilique clés premiers âges du christianisme. On 1 éleva avec intention sur un terruin qui dominait Saint-Lazare, résidence habituelle de Vincent de Paul, à qui on voulait la dédier. Elle fut consacrée en 1844. La façade, précédée d'un perron de soixante marches, de l'effet le plus grandiose, se compose d'un portique a trois rangs de colonnes d'ordre ionique, surmonté d'un fronton triangulaire et flanqué de deux tours carrées; ces tours sont réunies par une galerie décorée de statues. Le fronton, sculpté par Lemaire, représente la glorification du patron de l'église. La porte principale est de bronze ; on y voit Jésus-Christ, les apôtres et les Vertus théologales. Les trois nefs de l'intérieur sont séparées par des colonnes revêtues de stuc, audessus desquelles s'élève une seconde rangée de colonnes d'ordre corinthien supportant la charpente. L'édifice n'a ni voûte ni plafond ; la charpente est richement peinte. Les huit chapelles latérales sont éclairées par des verrières très- remarquables. On admire dans cette église une frise où Hippolyte Flandrin a déployé tout son talent; cette œuvre magistrale se développe sur un stylobate de 3 mètres de hauteur qui règne à droite et à gauche de la nef principale entre les deux rangs de colonnes. La double frise aboutit à. une abside voûtée, où M. Picot a peint saint Vincent de Paul agenouillé et présentant des petits enfants à un Christ colossal assis sur son trône. M. Flandrin a composé son sujet avec une simplicité apparente qui exigeait une singulière variété d'invention pour ne point tomber dans la plus cruelle monotonie ; il a dirigé vers le trône du Sauveur une longue procession de saints et de saintes qui s'avancent lentement daus l'attitude de 1 adoration. A droite, il a placé les saints, les saintes à gauche. Il a divisé chacune des deux longues théories en six groupes, séparés par un palmier. Toutes lus figures nimbées s'enlèvent, comme au chœur de Saint- Germain-des-Prés, sur un fond d'or. Les apôtres, s!iint Pierre en tête, puis saint Paul, armé du glaive, saint Jean, etc., ouvrent la marche sacrée. Derrière eux viennent les saints martyrs, chargés de palmes, précédés par saint Etienne; le groupe se termine par saint Christophe agenouillé , pliant sous le poids de l'enfant Jésus , qui supporte le monde dans une de ses petites mains; suivent les saints docteurs , qui forment le groupe le plus étudié au point de vue de la variété du coloris ; la figure de saint Ambroise, celle de saint Hilaire méditant, la visage appuyé sur la main; celle de saint Grégoire, écoutant les révélations de la colombe symbolique, et celle de saint Jérôme, ac-
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compagne du lion légendaire, sont les plus belles de ce groupe. Les saints évêques s'avancent ensuite; parmi eux, le personnage le plus remarquable est saint Eloi, couvert du marteau d'orfèvre. La série des saints se termine, enfin, par deux groupes de confesseurs, d'où se détachent, par une beauté exceptionnelle, saint Joseph, portant le lis fleuri, emblème de chasteté; saint Hubert, armé de flèches; saint Charlemugne, couronne en tête et l'épée à la main; saint Lazare, le pouce passé dans une palette; saint Marin, architecte; saint Bruno, au profil austère ; saint François d'Assise , marqué des stigmates; le roi saint Louis, portant la couronne d'épines ; saint Roch, enfin, et saint Antoine de Padoue. Parallèlement se déploie la suite admirable des saintes : 1° les saintes vierges et martyres avec la longue palme et les instruments de leurs tortures; l'une d'elles, sainte Agathe, porte sur un plat, comme offrande, ses deux seins coupés; 2° les saintes vierges; la dernière, sainte Zita, une hximble lille, a dans le geste la beauté sculpturale de certaines figures de Nicolas Poussin ; 30 et 4» les saintes femmes, mêlées avec un goût exquis à une troupe d'enfants adorables, couronnés de roses blanches; 50 les saintes pénitentes, brûlant leurs atours profanes, détachant leurs bijoux , s'avançant comme Madeleine, les cheveux épars, les bras roidis, s'offrant au regard du juge, dépouillées de toute pompe, à peine vêtues d'un sarrau grossier; 6» les saints ménages, réunis par couples harmonieux et marchant la main dans la main. L'ar.tiste a choisi pour texte de décoration du bandeau qui fait face à l'abside la mission de l'Eglise, saint Pierre et saint Paul enseignant les nations. Au centre s'élève un autel orné du monogramme du Christ et surmonté de la croix. Sur les degrés, d'un côté saint Pierre, la main droite étendue, catéchise les peuples de l'Occident; de l'autre côté, saint Paul enseigne les peuples de l'Urieut. « Cette longue frise, dit M. E. Chesneau, où tant de figures sont assemblées dans une attitude presque identique en apparence, est cependant extrêmement variée dans le détail de l'exécution. Le dessin y est d'uue correction sévère et d'une extrême élégance. La couleur elle-même y est .combinée dans une série d'harmonies toujours heureuse. Il faut louer en particulier les blancs rompus avec habileté par des teintes chaudes et transparentes. » M. H. Flandrin a reproduit lui-même cette admirable frise dans une série de 13 planches litliographiées avec le soin le plus minutieux. Sauf la couleur, cet album, très-recherché aujourd'hui, est la frise même détachée de la muraille.
Divers autres morceaux artistiques méritent d'être signalés ; à l'extérieur, le bas-relief du fronton, par M. Lemaire ; les statues des évangélistes, par MM. Barre, Brion, Foyatier et Valois ; de belles portes de bronze, exécutées par M. Farochon; les statues de Saint Pierre et Saint Paul, sculptées sur la taçade par M. Ramey; à l'intérieur, un Calvaire, par Rude, surmontant le maître-autel; dans le chœur et dans le sanctuaire, des statues de saints, par M. Derre; des bas-reliefs de J. Duseigneur , la Foi, V Espérance,, la Charité, la Prédication de saint Jean-Baptiste, entourent la chaire.
Vinecnt-de-Poul { SOCIÉTÉ DE Saint-). En
1828, M. Bailly de Surcey, fervent catholique, fonda à Paris, dans le quartier des Ecoles, une société composée d'étudiants et qu'il appela Société des bonnes études ; les jeunes sociétaires étaient invités k parler, dans leurs réunions, sur divers sujets, mais principalement sur des sujets religieux. On comprend que ces pieuses assemblées ne réunirent qu'un nombre fort restreint de jeunes gens; aussi, lorsque la révolution de Juillet éclata, la Société des bonnes études était morte.
La Société de Saint- Vincent-de-Paul naquit des débris de celle des bonnes études. M. Bailly de Surcey avait établi vers 1831 dans la rue des Fossés-Saint-Jacques, une maison qui tenait k la fois du pensionnat, de l'hôtel garni et du restaurant. On y comptait une trentaine de chambres occupées par de jeunes étudiants de province, qui trouvaient chez M. Bailly professeurs et répétiteurs orthodoxes, table d'hôte, d'où la viande était scrupuleusement bannie aux jours fixés par l'Eglise, bibliothèque pieuse, etc. Tous les soirs, M. Bailly réunissait dans son salon tous ses pensionnaires et quelques jeunes visiteurs , auxquels il donnait des conférences religieuses et littéraires. C'est dans ces reunions que fut projetée, selon toutes probabilités, sinon fondée, la Société de Saint- Vincent-de-Paul. D'autres disent que les premières réunions de la société eurent lieu dans un hôtel garni de la place de la Sorbonne; d'autres, enfin, dans la maison du baron Rendu. Quoi qu'il en soit du lieu précis de la première réunion, il est bien certain que ce fut sous l'impulsion de M. Bailly de Surcey que huit étudiants en droit se réunirent en mai 1833 et fondèrent la Société de Suiut-Vmcent-de-Paul. Le plus connu des huit fondateurs est le Lyonnais Frédéric Ozanara , dejjuis professeur de littérature étrangère k la Sorbonne, mort en 1853, à peine âgé de quarante ans.
Le but apparent de la société se trouve
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danslesart. ie'et2 des statuts, ainsi conçus ! « Article l". LaSociété de Saint- Vincentde-Paul reçoit dans son sein tous les jeunes gens chrétiens qui veulent s'unir de prières et participer aux mêmes œuvres de charité, en quelque lieu qu'ils se trouvent.
» Art. 2. Aucune œuvre de charité ne doit être regardée comme étrangère k la Société, quoique celle-ci ait plus spécialement pour but la visite des familles pauvres. Ainsi, le3 membres de la Société saisissent les occasions de porter des consolations aux malades et aux prisonniers, de l'instruction aux enfants pauvres, abandonnés ou détenus, des secours religieux k ceux qui en manquent au moment de la mort. • Nous verrons si ce but est le seul que se propose la Société.
Le premier directeur général delà Société de Saint-Vincent-de-Paul fut M. Bailly, qui conserva ce poste jusqu'en 1844. Le second président élu fut M. Gossin, ancien conseiller a la cour royale de Paris, fondateur et président de la congrégation de Saint-François- Régis. Il fut remplacé en mars 1848 par M. Baudon. Dès 1845, la Société de Saint- Vincent-de-Paul sollicita l'approbation et les indulgences du pape Grégoire XVI. Le pape répondit pur un bref qui fut, aussitôt après sa réception, adressé k tous les archevêques et évêques de France pour obtenir les ordonnances d'exequatur dans leurs diocèses respectifs, ce que les prélats se hâtèrent d'accorder. Tous les prélats de France, de Belgique, d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie, d'Irlande et même d'Amérique envoyèrent leurs adhésions au comité central de Paris. Le 24 juillet 1851, le cardinal Antonelli informa le nonce apostolique de Paris que le pape venait d'accorder un cardinal protecteur k la Société de Saint-Vincent-de- Paul, afin d'empêcher des branches de la Société formées hors de France de se soustraire k l'autorité du comité central. Ce n'était pas assez que la Société eût un protecteur à Rome, il lui fallait l'appui direct du pape lui-même. Pie IX s'y prêta de bonne grâce, conseillé par le Père Becks, général, des jésuites. Pendant les fêles qui eurent lieu a l'occasion de l'immaculée conception, quatre cents membres de la Société se trouvaient réunis à Rome. Le pape dit la inesse en leur présence et leur distribua la communion ; il promit même qu'il présiderait luimême les conférences de la Société dans la salle consistoriale après les fêtes de Noël.
La Société patronne lesorphelius, les pauvres, le3 apprentis, les écoliers; à ses adhérents qui sont en procès, elle donne des avocats ; elle tient bureaux d'affaires et de consultation ; elle loge, elle est partout, voit tout, sait tout, inspire tout. Elle a essayé d'embrigader les soldats pour les faire aller le dimanche k la messe, et cette propagande est devenue si gênante, que l'autorité militaire a dû intervenir, etc. Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer tous les points où la Société porte les mains; mentionnons, cependant, l'œuvre du patronnage, qui consiste à réunir le soir, après le travail, ou tous les dimanches seulement, déjeunes ouvriers, à qui on donne divers moyens de distraction et que l'on envoie fanatisés et embrigadés faire des prédications aux familles secourues. N'oublions pas non plus de parler de I'iniluence occulte qu'exerce la Société dans le monde des affaires, comme dans le grand monde, et du grand nombre de jeunes gens, sans conviction aucune, qui se font affilier pour obtenir une position avantageuse ou pour faire un bon mariage. La domesticité elle-même est condamnée à se faire affilier; un cocher, un cuisinier, un valet de chambre recommandé par quelque membre de la Société est généralement préféré dans les ■ classes élevées. »
La Société de Saint-Vincent-de-Paul et avec elle une foule d'autres sociétés religieuses devinrent si puissantes, si envahissantes k la suite de la guerre d'Italie; il y eut à Paris et dans les départements un tel débordement d'uitramontanisme , toujours sous les dehors et les auspices de la charité, que l'oninion publique s'émut. Diverses pétitions turent' envoyées au Sénat, k propos de captatious scandaleuses de testaments et autres faits de ce genre. LaSociété de Saint- Vinceut-de-Puul était la plus importante de ces associations, et M. Billault déclara que son organisation lui donnait une puissance extraordinaire. Le gouvernement, averti en même temps de mille petites intrigues du parti noir et de conspirations de sacristie, prit le parti d'intervenir. Le 7 octobre 1861, M. de Persigny , ministre de l'intérieur, adressa à tous les préfets, au sujet de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une circulaire qui, tout en exaltant les prétendus services rendus à l'humanité par la Société de Saint-Vincent-de-Paul et le zèle charitable des conférences, déclare illégale l'existence du conseil supérieur de Paris. « Le gouvernement, y est-il dit, ne saurait approuver cette espèce de comité directeur qui, sans être nomme par les sociétés locales, se recrutant de lui-même et de sa seule autorité, s'arroge le droit de les gouverner pour en faire une sorte d'association occulte dont il étend les ramifications au delà des frontières de la France et qui prélève sur les conférences un budget dont l'emploi reste inconnu, ■ Dès que cette circulaire eut paru, le clergé éclata en vociférations et en iuvec-
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tives; le conseil central que le gouvernement ne voulait plus tolérer fut comparé à Jésus- Christ pendant la passion par quelques évêques en délire. Alors ce conseil délibéra s'il devait s'exiler. On parla de Gand, d'Anvers et autres villes de Belgique ; on proposa Vienne et même Berlin; puis, tout accord devenant impossible, on décida que le conseil n'émigrerait pas, qu'il resterait k Paris où il fonctionnerait comme par le passé, mais pjus secrètement. Le gouvernement crut que c'était fini; sa quiétude fut courte. Le 26 février 1862, M. Billault vint lire au Sénat une lettre publiée par les journaux étrangers et écrite par M. Baudon au président des conférences italiennes, et dans laquelle M. Baudon faisait connaître k l'étranger « qu'il est maintenant chargé seul du pouvoir directeur qui appartenait au conseil général. » — ■ De sorte, ajouta M. Billault, que, pendant que nous croyions le conseil général dissous, M. Baudon s'en faisait délivrer tous les pouvoirs, et cette concentration que l'Etat blâme dans ce conseil se trouve relevée pour reposer avec bien plus d'énergie dans un seul homme, sous la forme d'une véritable dictature. » Ainsi, rieç n'a pu faire contre la puissante organisation de cette société. Le gouvernement, l'opinion publique, la presse ont échoué contre 1 entêtement jésuitique. Les conférences sontaujourd'hui plus puissantes que jamais, et M. J.-M, Cayla a calculé qu'elles réunissent un total de 201,900 membres actifs, sans compter les membres honoraires et affiliés qui forment un total approximatif de 700,000 à 800,000 individus pour le monde entier.
VINCENTIE s. f. (vain-san-st — de Vi'nceiit, sav. fr.). Bot. Genre do plantes, de la famille des cypéracées, tribu des rhynchosporées, dont l'espèce type croît aux îles Sandwich, il Syn. de grbwib, genre de tiliacées.
VINCÉTOXICUM s. m. (vain-sé-to-ksikonim — du lat. vincere, vaincre, et du gr. toxikon, poison). Bot. Nom scientifique du genre dompte-venin.
V1NCHIÀTURO, ville du royaume d'Italie, province de Molise, district de Campo-Basso, ch.-l. de mandement; 3,700 hab.
VINCHON (Auguste-Jean-Baptiste), peintre d'histoire, né k Paris en 1789, mort k Ems, duché de Nassau, en 1855. Dès l'âge de quinze ans, il entra dans l'atelier de Louis David et, sous une telle direction, i! fit des progrès rapides qui lui valurent le second grand prix 'en 1813, sur le thème de la Mort de Jacob. L'année suivante, il remporta le premier grand prix avec Diagoras porté en triomphe par ses fils, tableau déjk savant, mais froidement académique, et résumant d'ailleurs parfaitement les tendances de l'époque, les traditions exclusives de David et les exigences de l'Ecole des beaux-arts d'alors. Vinchon partit pour Rome et, en 1815, il envoya au Salon le Cyparisse, gravé depuis par Caron et qui compte parmi ses meilleures peintures. On fit bon accueil k cette étude consciencieuse, remarquable comme sentiment, et l'on conçut de l'auteur les plus belles espérances. Pendant son séjour à la vilia Médicis, le jeune pensionnaire, jaloux de continuer les traditions du xve siècle, étudiait avec un soin particulier, non-seulement la composition des couleurs de la fresque, mais encore la préparation des murailles qui les conservent le mieux ; aussi n'eut-il rien de plus pressé, k son retour k Paris, que d intéresser a ses découvertes les ministres de la maison du roi et de l'intérieur, ses protecteurs tout-puissants. Grâce keux, M. Chabrol, alors préfet de la Seine, lui offrit de choisir parmi les chapelles de Paris celle qu'il voudrait décorer de fresques. «Vinchon, usant de la permission qui lui était accordée fit choix, dit M. Bellier de La Chavignerie, de Ja chapelle Saint-Maurice, dans i'égiise Saint-Sulpice, et ce ne fut qu'en 1822, par suite de la lenteur qu'éprouve k sécher la peinture, surtout quand la fresque est appliquée sur la pierre, que la chapelle fut ouverte au public. « Le résultat ne fut pas brillant, et la presse, qui n'ignorait pas la faveur dont le peintre jouissait k la cour, mit quelque sévérité k constater cet insuccès. Vinchon crut devoir prendre la plume pour se défendre; il publia une brochure imprudente, Notice sur les peintures à fresque exécutées à Saint-Sulpice dans ta chapelle de Saint-Maurice (Paris, 1S22J. Sa cause n'eu devint que plus mauvaise. Cette même année, au Salon du Louvre, Vinchon exposa le Dévouement du docteur Mazet, mort k l'âge de vingt-sept ans, victime de la fièvre jaune, qu'il avait sollicité et obtenu la trop périlleuse mission d'aller combattre k Barcelone. Quel que soit le talent que l'on puisse mettre dans une œuvre de ce genre, il est bieu difficile de trouver de l'intérêt et du charme dans un thème si aride. Ces deux productions relativement importâmes ne furent donc pas favorables k la notoriété de l'artiste. Néanmoins, il ne désespéra pas de l'avenir, et il le prouva victorieusement en rentrant dans la lice, eu 1835, avec son Boissy d'Anglas. « De toutes ses œuvres, dit M. Bellier de La Chavignerie, c'est, sans contredit, la plus complète, la plus inattaquable, la plus importante ; Jazet l'a vulgarisée par la gravure ; la ville d'Annonay devait posséder et
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possède effectivement cette belle page, qui représente un des plus nobles traits de la vis -de l'homme qu'elle avait choisi comme député du tiers état en 1789. Quand ce tableau fit son apparition au Salon, la sensation fut grande dans le public; c'était justice. En effet, dominé par un sujet aussi éminemment dramatique, l'artiste s'était tout simplement élevé à la hauteur de sa mission ; il reproduisait avec une chaleureuse et rétroactive éloquence cette mémorable séance du l«r prairial an III... Ce jour-là l'artiste s'était surpassé ; il avait t'ait entendre sa note suprême; la critique eût vainement cherché k l'attaquer, même au point de vue de l'exécution, ce côté trop souvent vulnérable chei Vinchon... * Boissy d'Anglas obtint un succès véritable, qui valut k l'auteur et de la vogue et des travaux. Citons, parmi les nombreuses commandes qu'il exécuta alors, la Séance royale pour l'ouverture des Chambres et la Proclamation de la charte constitutionnelle le ijuin 1814. Cette toile fait partie de la galerie de Versailles ; elle fut exposée en 1842. En 1847 parut au Salon YEpisode de l'histoire de Venise, que l'on voit au Luxembourg, et qui représente le martyre d une jeune patricienne. Ce tableau est intéressant, quoique inférieur au précédent. Les Enraiements volontaires du 22 juillet 1792, du Salon de 1851, appartenant aussi au musée de Versailles , auraient été acclamés peut-être trois ans plus tôt; mais, en 1851, l'enthousiasme se mourait pendant qu'on tuait la liberté. Cette œuvre consciencieuse passa presque inaperçue ; il en fut de même des Martyrs sous l'empereur Dioclétien, l'an 304 après J.-C. La plupart des œuvres de Vinchon, celles qu'il jugea les meilleures, furent réunies par lui-même dans son exposition de 1855. C'est k grand'peine qu'elles lui valurent une 2-e médaille ; il attendait mieux et mourut peu de jours après. Nous n'avons indiqué au courant de cette notice qu'une partie des peintures de Vinchon; nous en compléterons le catalogue, d'après M. Bellier de La Chavignerie : Jeanne barc blessée (1824, musée d'Orléans); au palais de la Bourse, salle du tribunal de commerce, deux tableaux, \' Abondance récompensant l'industrie, la Vérité dévoilant la fraude et plusieurs figures en grisaille (1826); Sujet grec moderne, donné au Louvre par M"»o Vinchon ; Présentation de la Vierge au temple (k Notre-Dame-de-Lorette, 1836); Sacre de Charles VII à Beims (Versailles, 1837) ; Entrée des Français à Bordeaux en 1451 (Versailles, 1839) et quelques portraits de généraux, Marceau, Brune, etc.
VJNCI, bourgdu royaume d'Italie, province et à 22 kilom. O. de Florence, district de San-Miniato, mandement d'Empoli ; 6,000 hab. Lieu de naissance de Léonard dé Vinci.
VINCI (Léonard de) , un des plus grands artistes de la Renaissance italienne, k la fois peintre, sculpteur, musicien, poète, architecte, ingénieur et savant de premier ordre, né en 1452, au village de Vinci, près de Florence, mort au château de Clou, près il'Amboise, le 2 mai 1519. La plupart des biographes font descendre Léonard de Vinci d une ancienne famille noble du val d'Arno. La vérité est qu'il était fils naturel d'un obscur notaire de la .seigneurie de Florence , ser Piero, qui l'éleva avec beaucoup de soin. L'enfant grandit vite-et étonna son père par ses précoces aptitudes. Il apprit, sans le secours d'aucun maître, la grammaire, l'arithmétique et le dessin, passant d'une étude k une autre avec cette inconstance qu'il devait montrer durant tout le cours de sa carrière. Très-jeune, ii était bon musicien et s'accompagnait de la lyre en chantant des vers qu'il improvisait; mais, déjk à cette époqua, le goût du dessin le dominait. < C'était là, dit Vasari, sa fantaisie la plus forte. > Ser Piero, frappé des dispositions extraordinaires de son fils, demanda conseil à son ami André Verrocchio , un des maîtres de l'école toscane, qui discerna aussitôt le génie naissant du jeune homme et tint k honneur de l'avoir pour élève. Léonard entra dans son atelier pour y apprendre la peinture et la sculpture. C'est pendant qu'il travaillait sous la direction de Verrocchio que le jeune artiste peignit cette fameuse rondache, le premier de ses ouvrages dont l'histoire fasse mention, et dans lequel il montrait déjk k un si haut degré, s'il faut eu croire la description que Vasari nous a laissée de cette peinture, les deux traits caractéristiques de son génie, la préoccupation scientifique, l'étude minutieuse des objets naturels et la transformation de ces objets en une œuvre ordonnée" par l'imagination de l'artiste. Un paysan, voisin de ser Piero, que celui-ci employait souvent k la chasse et k la pêche, ayant coupé un gros tronc de figuier, en lit une sorte de bouclier et le pria de le lui faire peindre k Florence. Ser Piero le porta k son fils, qui commença par le redresser au feu, puis, l'ayant enduit d'une couche de blanc et préparé k sa guise, résolut d'y représenter quelque chose d'effrayant, un épouvantail comparable k la Méduse des anciens. Il rassembla dans une chambre, où lui seul entrait, tous les animaux ies plus horribles qu'il put trouver, sauterelles, chauves-souris, serpents, lézards, scorpions, crapauds, etc., et, bravant l'infection que répandaient ces animaux, ne quitta son travail que lorsqu'il
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eut achevé un monstre hideux , qui sortait d'une caverne obscure, puis il fit venir son père. Il avait placé son ouvrage dans son meilleur jour sur le chevalet. Ser Piero « oubliant ce qu'il venait chercher et ne pouvant se persmuler que ce qu'il voyait fût une peinture, s'élança pour fuir précipitamment.
Léonard le retint et lui dit : « Mon père, cet ouvrage produit l'effet que j'en attendais. Prenez-le donc et emportez-le. » Ser Piero loua chaudement le travail de son fils , emporta la rondache, se hâta d'en acheter une autre chez un marchand, sur laquelle était peint un cœur percé d'une flèche , ei qu'il donna au paysan; puis, en homme entendu qu'il était, il vendit 1 ouvrage de son fils pour 100 ducats à des marchands florentins , qui le revendirent 300.
Les progrès de Léonard paraissent avoir été très-rapides; il était a peine depuis quelques mois dans l'atelier de Verroechio, qu'il aidait son maître dans ses travaux les plus importants, et sa précoce supériorité excita même la jalousie de l'ombrageux Toscan.
André, ayant chargé Léonard de peindre un ange dans le Baptême du Christ qu'il faisait pour les frères de Vallombrosa, et qui se trouve aujourd'hui à l'Académie des beauxarts de Florence, aurait été tellement désespéré de se voir surpassé par son élève , qu'il aurait renoncé dés lors et pour toujours à la peinture. Quelle que soit l'exactitude de cette assertion, qui pourrait bien n'être pas plus vraie que celle qui fait mourir Francia de désespoir en voyant la Sainte Cécile de Raphaël, on peut supposer que, vers 1472, Léonard, âgé de vingt ans, avait quitté l'atelier de Verroechio et qu'il pratiquait déjà, livré à ses seules forces, les arts dont il devait bientôt tirer tant d'honneur et de profit. Vasari, assez malveillant du reste à l'endroit de ce grand artiste, ne nous a laissé que des détails très - sommaires-, et parfois trèsinexacts, sur les dix ou douze années que Léonard de Vinci passa alors dans la ville des Médicis, Lomazzo n'est guère plus explicite. Mais cette absence de documents chronologiques a moins d'importance pour Léonard de Vinci que pour tout autre. Comme le fait observer avec beaucoup de justesse M. Charles Clément, « la fantaisie qui gouvernait ses actions présidait aussi à ses études, et il est probable que, même avec plus de documents, il serait difficile de trouver de l'unité à' sa vie, et dans son talent ce développement normal, et pour ainsi dire logique, si vivementaccusé chez Michel-Ange, et plus nettement encore chez Raphaël. (Jet homme étonnant, chez qui le savant l'emporte peut-être sur l'artiste, préludait, dès ce premier séjour a Florence , à ces études de mécanique, d'hydraulique , d'optique , de géologie, qu'il n'abandonna jamais, et dans lesquelles il se trouve être le précurseur et souvent l'émule des Bacon , des Laplace et des Cuvier. > Aucune branche du savoir humain ne lui était inconnue. Il était poëte à ses heures, chantait à merveille et était musicien habile ; avec cela, bien fait de sa personne, d'une rare beauté et d'une force physique surprenante , nageur infatigable, brillant cavalier, maître d'armes rompu à toutes les ruses du l'escrime et de la gymnastique, on eût dit que la nature semblait avoir pris à tâche de réunir en lui tous les avantages physiques en même temps que tous les dons de l'esprit. La peinture n'était alors pour lui qu'une distraction, et il cherchait surtout à appliquer à l'art son esprit inventif. Toujours en quête de procédés nouveaux, il faisait des maquettes pour les figures qu'il voulait peindre , afin d en étudier le relief dans ses moindres détails; aussi sa science du clair-obscur et de la dégradation des tons était-elle prodigieuse; mais, autant qu'on en peut juger par les quelques peintures de sa jeunesse qui nous sont restées, cette imitation pour ainsi dire textuelle de la nature était son but principal, et ce n'est que plus tard qu'il étudia avec une rare perspicacité,
?lu'il exprima en praticien consommé les efets des passions et des affections de l'âme sur la forme et dans l'expression du visage.
De tous les ouvrages que Léonard de Vinci fit pendant son séjour à Florence, et sur ce point toute contestation est impossible, trois seulement, l'Ange, dans le Baptême du Christ de Verroechio (à l'Académie de Florence) , la Tête de Méduse et l'Adoration des mages de la galerie des Offices, sont parvenus jusqu'à nous. Quant aux autres œuvres énumérées par les biographes, Neptune trahie par des chevaux marins, qu'il peignit pour Antonio Segni ; un grand carton a' Adam et d'Eve, où tous les détails du paysage, les tteurs et les animaux étaient traités avec une minutieuse précision ; d'admirables portraits au charbon à'Amerigo Vespucci et du chef de bohémiens Scaramuccio, elles paraissent irrévocablement perdues. Il en est de même de la Vierge qui appartenait au pape Clément VII, et que d Argenville vit encore au Vatican au milieu du xvme siècle ; l'imitation de la réalité y était poussée à un degré extraordinaire, et Vasari ne manque pas de remarquer qu'il se trouvait dans ce tableau une earafe pleine de fleurs couvertes de rosée, qui avaient une fraîcheur qu'on aurait crue dérobée à la nature. On a contesté que la Tête de Méduse dos Offices fût du jeune maître florentin ;
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mais cet ouvrage, si important par sa date, a pour lui les deux seules preuves qui comptent en matière d'authenticité, l'histoire et l'évidence. Il se trouvait, au temps de Vasari, dans la collection du duc Cosme de Médicis. Il n'est pas probable que les contemporains de Léonard aient pris une copie pour un original, et ce tableau ne parait pas avoir jamais quitté Florence. Il faudrait d'ailleurs supposer qu'il existait k cette époque un peintre inconnu, plus habile que ue l'était dès lors Léonard de Vinci, sous le rapport du naturalisme et de la science du praticien. Il est vraisemblable aussi que le tableau du Louvre , connu sous le nom de Vierge au rocher, date de la fin du séjour de Vinci à Florence. Le style, le type des têtes et la manière violente dont le tableau est peint ne permettent pas de le rapporter à une autre époque. Cet ouvrage, qui a beaucoup noirci, dont la composition est bizarre, est loin d'être une des meilleures inspirations de Léonard, et les figures des enfants en particulier sont parmi les moins bonnes qu'il ait faites. On eu a également contesté l'authenticité ; mais, comme cette Vierge appartenait à François 1er, il n'est pas admissible que, du vivant de l'auteur, on se fût permis une fausse attribution. Il est d'ailleurs impossible de méconnaître une précision et une finesse de dessin , une force de modelé qui décèlent la main du maître ; enfin, l'aspect peu agréable de la peinture est loin d'être un argument contre l'aiîthenticité de cet ouvrage, car on sait que les œuvres les plus incontestables de Léonard sont loin d'avoir le coloris brillant, l'exécution facile et séduisante de celles de ses meilleurs élèves, et c'est même à cette circonstance qu'est due en grande partie la confusion qui lui a fait attribuer la plupart des travaux sortis de son école.
Avec l'Adoration des mages se termine la série des oeuvres qui occupent les dix ou douze premières années de la vie d'artiste de Léonard de Vinci. Sans en préciser la date , on suppose qu'il avait fait pendant Cette période un court séjour à Rome, où il aurait exécuté, dans l'église San-Onofrio, la belle fresque représentant la Vierge avec l Enfant et le donataire, que le style ne permet guère de rapporter a une autre époque. Il partageait son temps entre les études les plus sérieuses et les distractions de toutes sortes, et il n'est pas probable qu'il soit tout à fait innocent des plaisanteries d'un goût douteux que Vasari s'est plu k rappeler. Sa curiosité était insatiable; tout ce qui prêtait à l'observation lui était bon. Il fréquentait les marchés et les tavernes, accompagnait les condamnés au supplice, ou bien rassemblait chez lui des paysans qu'il faisait boive outre mesure. Il leur racontait alors les histoires les plus risibles et profitait de leur ivresse pour noter leurs gestes et contorsions. De là sont nées toutes ces têtes d'expression et ces caricatures dont la plupart ont été souvent gravées; les unes révèlent une profonde connaissance du cœur humain et offrent un véritable intérêt, les autres ne sont que grotesques. Sa riche nature lui permettait de braver les fatigues et les plaisirs ; il était alors fort recherché par cette société florentine si brillante sous les premiers Médicis. Sa nature sympathique plaisait à tous ; son esprit, sa gaieté, sa libéralité laissèrent de tels souvenirs à Florence que Vasari, malgré la rancune qu'il lui gardait de s'être posé en rival de Michel-Ange, en parle ainsi : « Tous les cœurs étaient à lui, tant il avait de prestige et de charme dans sa conversation. Ne possédant presque rien et peu assidu au travail, il eut toujours des domestiques, des chevaux, qu'il aimait par-dessus tout, et une ménagerie d'animaux de toute espèce, qui faisaient ses délices et qu'il soignait avec une patience et un amour infinis. Souvent, en passant par l'es lieux où l'on vendait des oiseaux, il en payait le prix demandé, les tirait lui-même de la cage et leur rendait la liberté. ■
Malgré l'immense talent dont il avait déjà donné tant de preuves, il ne paraît pas avoir joui d'une grande faveur auprès de Laurent le Magnifique. On l'estimait plus comme ingénieur que comme peintre, et cependant le plan qu'il donna pour la canalisation de l'Arno fut repoussé ; il est bien possible que la vie de plaisirs qu'il menait et aussi la multiplicité de ses études, la mobilité de son caractère, son indifférence pour les questions politiques et religieuses qui passionnaient alors les esprits aient empêché ses compatriotes d'apprécier complètement son génie. Toujours est-il qu'il résolut de chercher fortune hors de su patrie, et que, encouragé peutêtre par quelques avances de Ludovic le More, qui projetait d'élever un monument à la mémoire de son père , il partit pour Milan'en 1483, et peut-être même en 1480. C'est vers cette époque, en effet, qu'il écrivit à Ludovic le More la curieuse lettre conservée k la bibliothèque Ambrosienne de Milan et publiée par Amoretti (Memorie, p. 20-24). Cette lettre n'est pas un modèle de modestie, et sur ce point Léonard paraît avoir partagé l'opinion des anciens, qui tenaient cette Vertu pour un vice ; mais la nomenclature qu'il y donne de ses études et de ses recherches démontre à quel point ce jeune homme de vingt-huit ou trente ans poursuivait les problèmes de la science en dehors de ses travaux d'art et malgré les distractions de sa
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vie mondaine. L'artiste se recommandait surtout comme ingénieur de guerre. Ses offres furent acceptées, et Vasari nous a conservé le curieux récit de sa première entrevue avec Ludovic le More. « Léonard, précédé de sa grande réputation, vint à Milan et fut présenté au duc Ludovic Sforza, successeur de Jean Galéas. Le duc aimait beaucoup k entendre pincer de la lyre... Aussi Léonard arriva-t-il avec un instrument qu'il avait fabriqué lui-même. Cette lyre, presque entièrement en argent, avait la forme d'un crâne de cheval, disposition bizarre, qui donnait aux sons quelque chose de plus vibrant et de plus sonore. En cette occasion, il surpassa tous les musiciens qui avaient été appelés pour se faire entendre, et de plus il fut jugé le plus habile improvisateur de son temps. Le duc, après l'avoir entendu, fut tellement ravi de ses talents qu'il le combla d'éloges et de caresses. Il lui demanda aussitôt un tableau d'autel, la Nativité de Notre-Seigneur, que le prince offrit à l'empereur quand il fut achevé, » Le patronage du voluptueux et prodigue duc de Milan répondit a tout ce que Léonard en avait attendu, et les seize ou dixhuit années de son séjour dans la haute Italie furent les plus heureuses et les plus fécondes de sa vie. Le faste d'une cour brillante convenait à ses goûts de plaisir. Moins scrupuleux que ne l'eut été Michel-Ange en pareil cas , son pinceau se prêta plus d'une t'ois aux fantaisies licencieuses de son maître. Il ordonnait des fêtes dont il était lui-même l'ornement, et les mariages de Jean Galéas avec Isabelle de Naples, du duc lui-même avec Béatrice d'Esté lui fournirent l'occasion de déployer toutes les ressources de son esprit inventif. Ces distractions ne ralentissaient cependant ni ses études ni les travaux d'un autre ordre dont le duc l'avait chargé. Son premier soin parait avoir été de grouper autour de lui quelques élèves et d'organiser cette Académie de Milan dont le but même est encore aujourd'hui -mal connu. 11 l'avait créée, ou du moins complètement réorganisée; elle porta son nom, comme l'indiquent une phrase de Vasari et un sceau sur lequel sont inscrits ces mots : Leonardi Vinci Academia, dont il existe une très-ancienne gravure, de la main du maître probablement , qu'Ainoretti a reproduite en tète de son ouvrage, et qui représente un de ces bizarres enroulements de cordes, une sorte de nœud compliqué qu'où rencontre si souvent dans les dessins de Léonard. Toutefois, on ignore quelle était la nature précise des études .gui se faisaient dans cette Académie et de quelle importance était le rôle qu'y jouait son fondateur lui-même. Ecole ou corps savaut, Léonard paraît s'en être beaucoup occupé, et, à en juger par un très-grand nombre de ses manuscrits, qui semblent être bien plutôt des préparations sous forme de notes pour des leçons publiques que des ouvrages définitivement rédigés, on peut croire qu'il en était le principal, sinon l'unique professeur. Si, comme on le croit généralement, la plupart de ces manuscrits se rapportent a son enseignement, il faut en conclure que les études qui se faisaient à l'Académie de Milan embrassaient à peu près l'universalité des sciences qui, de près ou de loin, intéressent les beaux-arts, c est-à-dire, d'après l'opinion bien souvent exprimée par Léonard luimême, tout, à l'exception de la théologie, de la philosophie et du droit. Il est probable, d'un autre côté, que c'est le Traité de la peinture, le plus considérable do ses ouvrages et le seul qui ait été publié dans son entier, qui formait Je cadre général de son enseignement. Ses traités spéciaux , en partie perdus, en partie conservés manuscrits à Paris, à Milan et à Londres, étaient destinés à le compléter en développant les principaux sujets qui se rattachentaux arts du dessinT A plusieurs reprises, dans son Traité de la peinture, Léonard lui-même parle des ouvrages qu'il avait écrits ou qu'il se proposait d'écrire. C'est ainsi qu'il mentionne un Traité de la lumière et des ombres, dont on possède le manuscrit, qu'il commença le 23 avril 1490. Il travaillait, en 1498, à un Traité du mouvement local, dans lequel il s'occupait du repos, du mouvement et de la pondération du corps humain. Il avait commencé un ouvrage qui devait être d'une grande importance sous ce titre : De la théorie et de la pratique. Léonard mentionne encore un Traité des mouvements de l'homme , et un autre Sur les proportions du corps humain, où il donne tes mesures de la tête, manuscrit dont il nous reste un fragment. Cette idée de l'harmonie entre les différentes parties du corps humain, cette proportion, comme il l'appelle, semble l'avoir tout particulièrement préoccupé. C'est la perfection de l'art qu'il se reproche de n'avoir pas atteinte, quoiqu'il ait sans cesse dirigé ses efforts vers ce but : Mirator veterum discipulusque memor, Defuît una miki symtftçtria prisca; peregi Quod potui, Veniam da mi'/it, posteriias!
lit-on dans sa propre épitaphe, que le poète Platino Piatto avait faite de son vivant et probablement sur sa demande : « Admirateur des anciens et leur élève reconnaissant, une seule chose m'a manqué, leur science des proportions : j'ai fait ce que j'ai pu. Que la postérité me pardonne! > Vasari parle également d'un Traité de perspective, qui aurait formé l'introduction de tous ses ouvrages sur
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la peinture, et dont Benvenuto Cellini assure même avoir possédé une copie.
Léonard de Vinci avait étudié l'anatomie à Pavie sous le savant Marco-Antonio délia Torre; il faisait même des dessins au crayon rouge, qu'il retouchait à la plume d'après ses dissections ; il rédigeait les leçons du professeur en les développant et en les commentant, et au temps de Vasari ce manuscrit appartenait à Francesco Melzi , l'ami de Léonard. Enfin , Vasari cite eucore un Traité d'anatomie du cheval, que Léonard avait composé pendant qu'il travaillait à la statue équestre de François Sforza et qui fut détruit, assure-t-on, lors de l'arrivée des Français en même temps que ce beau monument. Le Traité de la peinture est une sorte d'encyclopédie des arts du dessin. Ce n'est cependant ni dans ce livre ni dans ces volumineux manuscrits qu'il faut chercher Léonard de Vinci tout entier. Le livre n'est qu'un programme ; ses manuscrits sont loin d'avoir été déchiffrés, et il est probable qu'ils ne le seront jamais. Luca Pacioli dit positivement que Léonard était gaucher ; l'inspection de ses dessins semble indiquer que c est en effet de la main gauche qu'il travaillait ; il est .certain du moins que c'est de cette main qu'il écrivait en commençant par la droite, comme font les' Orientaux, à rebours par conséquent, et il est presque impossible de lire son écriture autrement que dans un miroir. Homme à recettes, a mystères, k secrets, né dans un temps où l'alchimie était encore en honneur, peut-être, sans être gaucher, écrivit-il ainsi dans le désir de soustraire ses inventions à la curiosité et à l'indiscrétion. Quoi qu'il en soit, si ses livres restent en partie illisibles, on a ses nombreux dessins, en quelque sorte la contre-partie de ses ouvrages, et ce n'est pas sans un certain effroi qu'on parcourt, guidé par d'admirables vestiges, tous les replis de cette intelligence prodigieuse, dont l'étendue et la variété étaient presque sans égales. A cet égard , Paris n'a rien à envier £ Oxford, à Londres, à Milan. Le musée du Louvre a fait naguère l'acquisition du recueil que possédait le libraire Vallardi, et cette belle acquisition complète et rend unique au monde la collection des œuvres de Léonard que renferme notre grand établissement national. Cet énorme volume, possédé d'ubord par Melzi, ne contient pas moins de trois cent soixaute-dix-huit dessins. Plus de deux cents, dont une quarantaine du premier ordre , sont indubitablement de la main de Léonard. Tout ce qu'embrassaient ses immenses études s'y trouve représenté : des bijoux et de merveilleuses pièces d'orfèvrerie, des études d'architecture pour la cathédrale de Milan, des épures de la plupart de ses machines , des pompes d'épuisement, des bateaux à nageoires, des armes de toute sorte, des canons de toute grandeur, de toute proportion, une admirable planche de son Anatomie du cheval, un Alphabet illustré, celui probablement qu'il fit pour le jeune duc de Milan. On y remarque encore de très-nombreuses études d'après les médailles de Victor Pisanello, des séries entières d'animaux, chevaux , ânes, chevreuils, buffles, chameaux, singes, chiens, jusqu'à, des loirs, des lézards, des tortues et des colimaçons, de merveilleux oiseaux peints à l'aquarelle, enfin les fleurs les plus élégantes. Chacune de ces esquisses, dessinées à la plume, à la mine de plomb, à la pointe d'argent, par cette main si puissante qu'elle tordidt le battant d'une clocha, semble tracée avec l'aile d'un oiseau. Conception nette, observation profonde, exécution ferme et légère, intelligence et habileté, telles sont les qualités qui se trouvent dans ces dessins et que nous retrouverons dans l'œuvre entier du maître.
Vasari accuse avec raison Léonard de Vinci d'avoir gaspillé sa vie et ses admirables-facultés à mille projets chimériques qui n'ont laissé presque aucune trace. Néanmoins, les œuvres utiles qu'il a 'terminées pendant son séjour k Milan, et qu'il poursuivait au milieu des plaisirs et des préoccupations sévères de son enseignement, témoignent d'une activité et d'une souplesse extraordinaires. Vers 1490, les travaux de la cathédrale de Milan se trouvaient arrêtés par les dissentiments qui existaient entre les architectes italiens et allemands qui le3 dirigeaient. Les Italiens cherchaient à faire adopter le style de la Renaissance ; ils étaient soutenus par Ludovic le More et par l'opinion publique; les maîtres allemands défendaient l'art gothique , l'unité de. style et prétendaient que le monument devait être achevé d'après les principes suivis jusqu'alors. Les discussions violentes qui avaient eu lieu à Florence, au temps de Bruuelleschi, pour l'exécution de la coupole de Santa-Mariti-del- Fiore, se renouvelaient à propos du couronnement du dôme de Milan. Les séances du congrès d'architectes que le duc avait assemblé devenaient de plus en plus orageuses. Le 27 juin 1490, quatre projets avaient été présentés et rejetés; les Milanais attendaient impatiemment le résultat de délibérations qui n'aboutissaient pas. Léonard fut adjoint aux architectes rivaux, et, quoiqu'on ne connaisse pas d'une manière précise la part qui lui revient dans la uètermination qui tut prise, il est aupposable que l'autorité que lui donnaient sa haute position et ses connaissances spéciales en mathématiques appli-
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quées contribua à clore le débat. Il s'occupait en même temps de grands travaux d'hydraulique et des premières études pour le canal de la Martesan», qu'il ne compléta que beaucoup plus tard; enfin, il ne cessa, pendant seize années consécutives, de travailler au monument gigantesque que le duc de Milan voulait ériger à François Sforza. L'élève de Verrocchio trouvait encore moyen de faire de petits ouvrages de sculpture, bustes de vieillards, figures de Christ ou de madones, que nous ne connaissons malheureusement que par ce que nous en dit Lomazzo dans son Tratiatc dell' arte délia pittura (ï. II). Encore, ces travaux si variés n'interrompaient point son grand ouvragj. Nous ne voyons guère en Léonard de Vinci qu'uD grand peintre, et c'est comme sculpteur, comme architecte et comme ingénieur que ses contemporains l'ont surtout apprécié. C'est sur la statue équestre de François Sforza qu'il comptait même pour immortaliser son nom, et ses études chez Verrocchio, le goût tout particulier qu'il avait pour les chevaux, les admirables travaux d unatomie qu'il avait faits sur eux paraissaient l'avoir destiné plus qu'aucun autre à réussir dans une pareille entreprise. Malheureusement, il ne nous reste que bien peu de chose de ce travail considérable, accompli par le maître dans toute la force de l'âge et du talent, et qui lui demanda seize années d'un labeur assidu. Un manuscrit de notre Bibliothèque nationale, rapporté de Pavie par Louis XII, jette ft peine quelque jour sur l'ordonnance et le dessin de la Statue équestre de François Sforza. Ce manuscrit, qui fait partie de l'ancien fonds (petit in-foi., n» 9941), est intitulé Gesti di F. Sforza et est dû au Crémonais Bartholomeus Gambagnola.qui en rédigea le texte probablement sur l'ordre de Ludovic le More, en 1490; il est orné de trois miniatures de la plus grande importance, et sans aller aussi loin que ceux qui prétendent y voir la main de Léonard , il est impossible de méconnaître qu'elles ont été vraisemblablement faites sous sa direction, d'après ses dessins et sans doute par quelqu'un des élèves de l'Académie de Milan. Au bas de la première page de l'introduction , couverte elle-même d'arabesques et d'ornements d'un goût exquis, se trouve , dans un médaillon soutenu par deux Amours, un portrait de Ludovic le More, d'une finesse, d une fermeté et d'une largeur admirables. Le frontispice représente François Sforza, k cheval, sous un portique; le cheval, puissant et un peu lourd, marche du pied droit; l'atiatoirtie en est très-belle et paraît avoir été étudiée d'après une statue plutôt que sur le vif; le cavalier, en armure, le bâton de commandement dans la main droite appuyée en arrière sur la selle, semble un peu court ; sa tête, coiffée de la toque, est d'un dessin sec et précis. Le portrait est reproduit eu buste à la page suivante en plus grande dimension. Si l'on rappelle maintenant qu'en 1490 Léonard de Vinci avait fini le premier modèle de la statue de Sforza ; qu il dirigeait à Milan non-seulement l'Académie, mais tout ce qui , de près on de loin, touchait aux beaux-arts, même la décoration du palais de Ludovic le More et jusqu'aux fêtes du duc ; qu'il n'y avait dans cette ville aucun monument de François Sforza qui pût servir de modèle aux miniaturistes, que ces peintures sont bien certaineroentdans le style de Léonard , on conclura avec beaucoup de vraisemblance, que nous possédons la reproduction de sou œuvre au moins telle qu'il l'avait conçue. On peut lui reprocher de se rapprocher trop des statues équestres qui existaient alors en Italie, du Colleoni de Verrocchio, entre autres. L'historien Paul Jove, qui put voir le modèle définitif, assure néanmoins qu'il était aussi remarquable par son originalité que par ses dimensions. La statue de Sforza fut découverte eu 1493, peu de temps après le mariage du duc de Milan avec Béatrice d'Esté. Ell.e excita une admiration prodigieuse; mais Léonard y trouvait toujours quelque chose à corriger, si bien que, lorsque survinrent les événements de 1499, elle n'était point fondue (il eût fallu 100,000 lives de bronze pour la couler, d'après le calcul du maître). Les arbalétriers gascons de , LouisXH trouvèrent plaisant de la prendre pour but et la mirent en pièces.
La fatalité s'est d'ailleurs acharnée k détruire les plus importants ouvrages de Léonard de Vinci. Un autre de ses chefs-d'œuvre, la Cène, du couvent de Sainte-Mariedes-Grâees, k Milan, est en ruine. On ignore même k quelle époque le peiutre entreprit cette fresque; tout porte k croire cependant que les premières études qui s'y rapportent datent du commencement de son séjour à Milan. Vers 1496, le modèle de la statue de Sforza étant achevé , il dut s'occuper avec d'autant plus de suite de la Cène, que l'accès de dévotion dont fut pris Ludovic le More après la an tragique de sa femme Béatrice mit un terme aux fêtes et aux distractions de toute sorte qui interrompaient sans cesse les travaux de Léonard. Un document, cité par Amoretti, prouve qu'il travaillait encore a celte peinture pendant l'année 1497, et c'est vers cette époque qu'il l'acheva, selon toute probabilité. A voir les magnifiques cartous que l'artiste avait préparés pour les tètes des apôtres et du Christ, les uessins très-nombreux que nous possédons encore et qui se rapportent à cette composition magistrale,
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on peut juger, par le soin avec lequel il en étudia les moindres détails, de l'importance qu'il lui attribuait. Il mit k l'exécuter une ardeur et une passion qui ne lui étaient pas habituelles. Bandello raconte qu'il lui est souvent arrivé de voir Léonard quitter brusquement sa statue équestre au milieu du jour, par les plus fortes chaleurs de la canicule, pour venir à Sainte-Marie achever un trait ou un contour de la Cène par deux ou trois coups de pinceau, comme s'il avait eu besoin de se soulager ainsi d'une trop forte préoccupation. D autres fois, il était tellement absorbé et captivé par son travail, qu'il y restait depuis le matin jusqu'au soir sans songer à boire ni à manger {Novella 58). Le prieur des dominicains le tourmentait beaucoup pour qu'il achevât promptement son œuvre. ■ Il ne pouvait comprendre, dit Vasari, qu'il restât quelquefois une demi-journée absorbé dans une sorte de contemplation. Léonard n'en faisait ni plus ni moins, malgré les importunités du moine, qui jeta les haut* cris et alla se plaindre au duc. Le peintr* fut mandé chez Louis, qui lui parla de sa lenteur, mais en lui faisant entendre que les, sollicitations pressantes du prieur motivaient seules ces reproches. Léonard n'eût jamais, consenti à entrer en discussion à cet égard avec le pauvre Père , mais l'aménité et 1* tact du prince l'engagèrent à exposer toutesles difficultés qu'un artiste rencontre souvenl au milieu de son œuvre, k prouver que souvent les grands génies ne travaillent jamais, plus que dans les moments où ils paraisseni ne rien faire... De plus, il confia au duc qu'iî lui manquait deux tètes pour son tableau, celle du Christ et celle de Judas. Il n'espérait guère trouver sur la terre le type divin du Seigneur, dont son imagination était impuissante k concevoir l'idéale et céleste beauté ; il lui semblait aussi difficile de rencontrer sur une face d'homme assez de bassesse et de cruauté pour exprimer d'une manière frappante l'ingratitude et la trahison du monstre; mais, quant à cette dernière, ajouta-t-il, il avait à peu près son affaire dans la tête du moine si tracassier et si importun. • Léonard n'employa malheureusement pas les procédés ordinaires de la fresque pour exécuter cet ouvrage. Curieux de toute innovation , il se servit, selon toute apparence, de couleurs et de drogues de son invention; moins de cinquante ans après avoir été achevée, elle était déjà fort endommagée. Vasari, qui visita Milan en 1556, la trouva dans un état déplorable. En 1723, elle fut restaurée par un certain Bellotti, qui ne laissa intact que le ciel. Les moines pratiquèrent, au milieu de la composition, une porte qui fit disparaître les jambes du Christ' et de plusieurs apôtres. On cloua tout près de la tête du Christ les armes impériales. Les soldats autrichiens et français rivalisèrent de vandalisme pour détruire ce chef-d'œuvre. A la (in du siècle dernier, le réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces fut converti en magasin à fourrage et en écuries et resta livré aux plus vils usages , jusqu'au moment où le prince Eugène le fit restaurer et mettre dans l'état où il est aujourd'hui. On voitque ce n'est pas seulement à l'humidité des murs et aux procédés défectueux dont s'est servi Léonard qu'il faut attribuer la dégradation de l'ouvrage le plus parfait qui soit sorti de la main d'un peintre. La composition de la Cène est très-connue ; elle a été popularisée par la gravure de Morghen, si belle de burin, mais si fausse de caractère. On possède heureusement, dans les copies contemporaines qui ont été faites de ce chef-d'œuvre , ainsi que dans les cartons et les dessins de la main même de Léonard de Vinci , des documents suffisants pour apprécier cette peinture méconnaissable aujourd'hui, mais dont la supériorité était si manifeste que François I", pendant son séjour à Milan, eut sérieusement l'intention de faire transporter à Paris la muraille sur laquelle elle était peinte ; il n'abandonna ce projet vraiment royal que parce que les ingénieurs reculèrent devant les difficultés de l'entreprise. Les dessins qui se rapportent à la Cène sont dispersés dans un grand nombre de collections, et le volume du Louvre renferme deux ou trois tètes d'étude qui paraissent avoir servi k Léonard pour cette composition. Le Christ surtout résume le génie ou grand artiste dans ce qu'il a de plus élevé , de plus original, de plus parfait, et l'école de Phidias, qui avait cherché le type de l'espèce humaine , l'homme abstrait, n'a rien produit qui soit comparable k cette figure du peintre florentin représentant l'homme idéal. Vasari , dans son amour du merveilteux, a prétendu quo Léonard n'avait jamais pu achever là tête de son Christ. C'est du roman. Elle était peinte, et probablement avec intention , d'une manière plus vague , moins afiirmée que celle des disciples. Sou Christ est le plus beau des hommes; rien toutefois daus sa personne ne décèle un dieu; il est g. and, pathétique, sublime , mais il reste homme. L'auteur de la Cène n'est ni liturgique, ni chrétien, ni religieux à aucun degré ; mais son génie remplace ces dogmes abstraits par les. plus sublimes conceptions de l'art. Le lecteur trouvera au mot cbnb une description et une analyse détaillées de cette célèbre peinture. Les tableaux de chevalet qu'on peut, avec quelque certitude, attribuer à Léonard sont excessivement rares. Chef d'une école ha-
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bile et fervente, il a eu de nombreux élèves . qui ont souvent travaillé d'après ses dessins ! ou sur ses cartons, et il est quelquefois si difficile de distinguer leurs ouvrages des siens, que les connaisseurs les plus compétents s'y sont trompés. Selon M. Clément, il faut certainement rayer de l'œuvre de Vinci des tableaux d'une grande beauté et très-im-
fiortants, tels que la Vierge au bas-relief, de ord Monsohn; la Modestie et la Vanité', du palais Sciarra ; le Christ disputant avec les docteurs, de la Galerie nationale de Londres; les trois Hérodiade, de Vienne; celle de Paris, ainsi que celles de la tribune de Florence et de la galerie d'Hampton-Court, q'u'un dessin élégant, mais sans largeur, un modelé sans force, un coloris clair, transparent, léger et brillant- doivent faire attribuer sans hésitation à BernardinoLuini. Il faut rendre à divers élèves du maître, Salai , Beltraffio et quelques autres, la Léda, peut-être même la belle Vierge de Pétersbourg, et cette adorable figure de jeune femme, le sein gauche découvert, une fleur à la main, les cheveux noués à la grecque , qui était connue sous le nom de Colombina dans la galerie d'Orléans, qui passa ensuite dans celle du roi de Hollande, et qui orne aujourd'hui la^collection déjà si riche du palais de l'Ermitage. Oa pourrait prolonger cette liste et contester encore d'uutres tableaux qui ont ètè attribués k Léonard de Vinci, sans cependant aller aussi loin qu'un Allemand trop sévère, M. Kugler.qui réduit à trois les tableaux du Louvre dont l'invention et l'exécution soient de Léonard : la Joeonde, le Saint Jean-Baptiste et le Portrait de Lucrezia CriveUi. Pour ne parler que de Paris , il n'est guère possible de contester sérieusement la Vierge et sainte Amie, ni même le Bacchus. Quant à la Vierge aux rochers, son authenticité n'est pas douteuse non plus, et nous avons dit plus haut pourquoi.
Il n'est pas moins difficile de fixer la chronologie des tableaux de chevalet de Vinci que d'en établir la paternité. Le portrait de Lucrezia CriveUi, au Louvre; ceux de Ludovic le More et de Béatrice d'Esté, à l'Ambrosienne; peut-être la belle Vierge allaitant le Christ du palais Litta, dans laquelle on croit reconnaître l'influence de Jean van Eyck, sont les seuls qu'on puisse rapporter avec quelque certitude à son séjour k Milan. Le dessin de ces ouvrages est élégant, d'une justesse extrême; mais la peinture garde encore un peu de cette sécheresse que Léonard , seuible-t-il, n'a perdue que plus tard. Le portrait de Lucrezia est cependant un chef-d'œuvre. On pense qu'il a été peint vers 1497, lorsque Ludovic le More, revenu de sa dévotion, se fut rattaché à cette jeune femme. Elle est vêtue d'une robe rouge ornée de broderies et de bandes d'or; la tête est de trois quarts; les cheveux, en bandeaux très-lisses, sont retenus par une ganse noire, ornée d'un diamant, qui passe sur le front. On a pris longtemps ce portrait pour celui de la maltresse de François I", la femme du jaloux Féron, celle qu'on nomme encore la Belle Féronnière. Quant k celui d'une autre maîtresse du duc , la belle Cecilia Gallerani, il paraît irrévocablement perdu; Léonard semble l'avoir reproduit plusieurs fois. C'est elle que les caprices erotiques du duo imposèrent le plus souvent comme modèle pour les travaux religieux qu'il lui commandait. Ou a cru la reconnaître dans la Sainte Cé-
' cile de la galerie de Munich ; d'autres portraits d'elle , également déguisée en sainte,
' étaient conserves chez le professeur Franchi, à Milan, et chez les Pallavicini de San-C'olocero. Enfin, Amoretti vit à Milan, chez un marchand de vin, un tableau dont il parle
1 avec admiration. C'était une Vierge tenant
! une rose que l'Enfant Jésus bénissait.
Toutes sortes de chagrins allaient fondre sur le grand artiste et le forcer de quitter Milan. Les grands travaux exécutés par lui étaient loin de l'avoir enrichi ; menant grand train et comptant peu, lorsque la fortune lui souriait il partageait volontiers avec ses élèves et ses amis. Il était bon. Melzi l'appelle dans ses lettres • bon ami et excellent père ; » mais il n'avait ni cette dignité de caractère ni ce goût d'indépendance qui conseillent le stoïcisme et la prévoyance. La lettre que l'auteur de la Cène écrivit au duc de Milan pour lui exprimer sa détresse est d'une tristesse et d'une humilité navrantes. « Il n'a plus de commission de personne.,. Il veut renoncer à son art... Il a dévoué sa via au service du duc... 11 est continuellement prêt à obéir; mais il est en retard de sa solde, il n'a plus rien pour payer ses ouvriers; il demande qu'on lui donne quelques vêtements...» (Lettre citée par Amoretti, Memorie, p. 75.) Louis lui fit présent, par acte du 26 avril 1499, d'une petite vigne de 16 perches, située près de la porte Vercellino. Peu de temps après, Ludovic le More fut chassé de ses Etats par la rapide campagne de Louis XII, et Léonard de Vinci vit de ses propres yeux détruire le modèle de son monument de François Sforza, les peintures qu'il avait faites dans le palais ducal, ses grandes et admirables constructions du palais de Galéas San-Severino. Il ne paraît pas cependant qu'il ait d'abord songé à quitter la capitale des Etats lombards, et on voit par quelques notes de ses manuscrits qu'il se considérait comme attaché k la personne du prince, quel qu'il fût, et qu'il désirait rester
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dans un pays où il avait maintenant quelque bien et où il aurait voulu continuer ses travaux. Les embarras que la guerre donnait à Louis XII ne lui permirent probablement pas d'utiiiser les talents d'un homme qu'il devait si fort apprécier par la suite, et Léonard partit pour Florence avec son élève Salai et son ami le mathématicien Luca Pacioli,dont il avait illustré de nombreuses planches le livre sur la Divine proportion, qui ne fut cependant publié que quelques années plus tard, en 1509. A Florence, il trouva ses amis sous le coup des troubles et des agitations qui suivirent la mort de Savonarole. Fra Bartolommeo s'était fait moine au couvent de Saint-Marc; Lorenzo di Credi, désespéré de la mort du réformateur, avait renoncé k la peinture et voulait se retirer pour mourir à l'hôpital de Sainte-Marie-Nouvelle ; Boticelli, vieux, pauvre et attristé , n'avait plus rien du joyeux compagnon qu'il avait connu vingt arts plus tôt. Pérugin était le seul de ses anciens amis qui n'eût pris aucune part aux événements dont Florence venait d'être le théâtre. 11 était lié de très-ancienne date avec Léonard ; il professait comme lui la plus parfaite indifférence à l'endroit des questions politiques et religieuses, et on sait qu'il vint la voir plusieurs fois pendant le séjour que l'auteur de la Cène fit alors eu Toscane. Léonard , aussitôt après son arrivée , s'était remis k ses études pour la canalisation de l'Arno, qu'il prétendait rendre navigable de Florence jusqu'à Pise. 11 commença peutêtre dès cette époque le portrait de Mo 11 a Lisa del Giocondo et fit celui delà belle Ginevra de' Benci, que Ghirlandajo avait déjà représentée dans une des fresques de Sainte-Marie-Nouvelle. Les études préparatoires que Léonard avait faites pour la Cène, les difficultés qu'il avait dû rencontrer dans l'exécution de ce grand ouvrage, en le rendant de plus ea plus maître des moyens matériels de son art, avaient complété cette somme de connaissances, d'expérience que son esprit sagace et avide de perfection allait bientôt mettre en œuvre d une si admirable manière. C'est à partir de son séjour à Florence, depuis l'année 1500 environ, quo sa peinture, déjà si remarquable par un dessin précis et serré, par un relief vigoureux, prit cette largeur, cette finesse élégante et cette grâce, ce modelé souple , moelleux, inimitable, ce sfumato merveilleux, qui fait dire k Vasari que « cette peinture fait le désespoir de tout peintre excellent. • Trois tableaux conservés au Louvre, la Vierge et sainte Anne, Saint Jean-Baptiste et la Joeonde (un passage obscur dudit Vasari a fait contester l'authenticité du premier), suffiront pour caractériser cette dernière manière de Léonard. Quoiqu'on trouve ça et là dans ses premiers ouvrages, et même dans ceux de son maître Verrocchio, quelques traits de ce type féminin que l'auteur de la Joeonde devait immortaliser dans ses dernières compositions, c'est dans cette Vierge du Louvre qu'il l'accuse avec le plus de netteté et d'élévation. Ce tableau n'est pas achevé; les draperies, les fonds et les accessoires ne sont qu'ébauchés ; la couleur n'est pas aussi solide, le modelé n'est pas aussi puissant que dans le portrait de la Joeonde; la composition même est bizarre et ne vaut pas celle du carton de Londres ; mais les têtes sont admirables : elles ont cet air noble , tendre et un peu dédaigneux, ce sourire ineffable, ce regard souriant et voluptueux des femmes de Léonard, belles et profanes madones, qu'on a si souvent reproduites sans pouvoir jamais les égaler. « Le type de la Sainte Anne, do la Joeonde, du Saint Jean , dit M. Ch. Clément, serait-il une création spontanée du cerveau de Léonard? ou bien le peintre aurait-il rencontré dans la nature cet idéal qu'il avaitobscurément poursuivijusqu'alors?Une découverte faite il y a quelques années, dans des circonstances assez bizarres pour mériter d'être rapportées, pourrait expliquer comment Léonard, qui choisissait pour ses têtes d'hommes les modèles les plus variés, a, pour ses têtes de femmes, adopté ce type unique, si facilement reconnaissable et qui a tant -embarrassé tous ceux qui se sont occupés de son œuvre. Parmi les tableaux appartenant au roi Louis-Philippe et qui furent vendus aux enchères, se trouvait un beau panneau de cèdre sur lequel était peinte une figure qui paraissait médiocre. Uu marchand de tableaux de Paris, M. Moreau, l'acheta, se doutant peut-être qu'un si grossier badigeonnage devait cacher quelque mystère. Le panneau nettoyé , on trouva une admirable peinture, où je n'hésitai point k reconnaître la main de Léonard. On a dit que ce tableau avait été recouvert par les ordres du duc d'Orléans, fils du Régent; qu'il avait été relégué dans les greniers du Palais-Royal, où ou l'avait oublié, mais que le roi Louis-Philippe savait par des papiers de famille qu'il devait posséder un ouvrage de Léonard et qu'il s'en était souvent informé. Quoi qu'il en soit, cette peinture représente une femme à demi couchée, presque nue, évidemment faite d'après nature. C'est la Joeonde, ce sont les mêmes traits, le même sourire de la bouche et des yeux, les mêmes merveilleuses mains. Si l'on ajoute qu'il existe deux portraits en buste et sans vêtements de la même personne, l'un qui était dans la galerie Fesch, l'autre qui se trouve encore k l'Ermitage ; que Mona Lisa Gherardini était la troisième
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femme de Francesco del Giocondo, qui l'épousa en 1495; que peu d'années plus tard Léonard de "Vinci, encore presque jeune, ayant pour lui la séduction du génie, de l'esprit, de la beauté, se trouvait à Florence; que ce portrait, auquel il travailla ou fit semblant de travailler près de quatre ans, bien loin de rester entre les mains du mari, demeura la propriété du peintre , qui le vendit k François 1er 4,000 écus d'or{45,000 francs); qu' enfin, à partir de cette époque, toutes les peintures et surtout les dessins de Léonard offrent une ressemblance frappante avec le portrait de Mona Lisa que nous possédons, on se convaincra qu'il pouvait y avoir dans ces rapprochements, dont je n'ai pas été seul frappé, une explication plausible d'un fait uuique dans l'histoire de l'art, t Les répétitions du portrait de Mona Lisa del Giocondo sont très-nombreuses ; il s'en trouve aux musées de Madrid, de Munich, à Florence,à la casa Mnzzi; à Rome, chez le prince ïorlonia ; dans la villa Sommariva, sur le lac de Côme; à Londres, dans la collection Hume. Le portrait du Louvre a noirci, mais sans rien perdre de son harmonie et de sa beauté, et c'est sans doute par inadvertance que les commentateurs de Vasari ont écrit « qu'il avait été gravement défloré par une restauration maladroite, i La moindre retouche faite à une semblable merveille sauterait aux yeux. Ce tableau est parfaitement intact.
Après un séjour de quelque durée k Florence, Léonard de Vinci se mit au service de César Borgia, qui le nomma, en 1502, son architecte et son ingénieur général. Il passa cette année presque tout entière à dessiner des ports, k projeter des fortifications, k parcourir dans tous les sens laRomagne et l'Ombriejil fit aussi un court voyage à Rome. Dès janvier 1503, il était de retour à Florence, où il figura parmi les artistes désignés pour donner leur avis sur la place que devait occuper le David de Michel-Ange, En 1504, il fut chargé de décorer l'une de3 parois de la grande salle du Palais-Vieux. Ayant à représenter un trait de l'histoire de Florence, il choisit un épisode de la bataillo d'Anghiari, gagnée par ses compatriotes contre Piccinino, qui servait alors Philippe-Marie Visconti. Sachant qu'il devait avoir Michel-Ange pour concurrent dans la salle du Palais-
pre terrain. Il ne reste presque aucune trace du carton qu'il exécuta pour cette peinture, elle-même détruite; lu description ambiguë de Vasari, celle que Léonard lit lui-même et qu'Amoretti a publiée, un dessin très-insuffisant de Raphaël , quelques croquis épars' qui paraissent s'y rapporter, entre autres le dessin de la casa Rucellaï, gravé dans VElrw ria pitlrice (Florence, 1791 , grand in-fol., pj. 29) ; enfin, la gravure d'Edelinek, faite d'après un dessin de Rubens, qui, n'ayant pas vu le carton , n'avait pu reproduire qu'une copie plus ou moins ancienne de cette composition, tels sont les seuls renseignements que nous possédions sur ce grand ouvrage. Léonard commença son carton dès février 1504. Il était terminé au mois d'avril de l'année suivante, et il se mit ù la peinture dans la salle du Palais-Vieux. La seigneurie de Florence lui avait alloué 15 florins larges en or par mois et lui avait adjoint plusieurs peintres qui travaillaient sous sa direction. L'ceuvre n'était pas encore achevée en août 1505, lorsque tout a coup il l'abandonna. Toujours préoccupé d'inventions nouvelles, il avait recouvert le mur d'un mastic qui coulait ; mais il se peut que cette circonstance et son insouciance habituelle ne soient pas les seules raisons qui lui aient fait abandonner ce travail ; il est probable que l'éclatant succès du carton de Michel- Ange, la Guerre dePise, ne fut pas sans influence sur sa détermination. La peinture de Léonard de Vinci existait encore en 1513, mais très-détériorée, car les magistrats de Florence avaient été obligés de la faire entourer d'une armature. A partir de cette date , on perd toute trace de cet ouvrage.
En 1505, pendant qu'il travaillait encore k la peinture du Palais-Vieux, il lit les modèles des trois statues coulées par Francesco Rustici qui se trouvent au-dessus de la porte septentrionale du baptistère de Florence. Au mois d'août de 1 année suivante, il retournait à Milan, et Charles d'Amboise, maréchal de Chaumont, gouverneur de la Lombardie pour Louis XII, lui témoignait déjà cette vive amitié qu'il lui garda jusqu'à sa mort. Le maréchal taisait demander à la seigneurie de Florence, le 1 9 août 1505, qu'on permit k Léonard de prolonger son Séjour auprès de lui, à Milan, t parce qu'il avait besoin de son travail pour un petit espace de temps, » La réponse de la seigneurie n'avait sans doute pas été favorable, car au mois d'octobre suivant le maréchal écrit lui-même : « Comme nous avons encore besoin de maître Léonard, Vos Excellences nous feraient grand plaisir de prolonger le congé qu'elles ont accordé audit Léonard, nonobstant la promesse qu'il a faite, arin qu'il puisse demeurer à Milan et achever certains ouvragesqu'il a commencés pour nous.» Le sévère gont'alonier Soderini répondit sèchement : i Votre Seigneurie voudra bien nous excuser de ne pas accorder le délai que vous demandez pour Léonard de Vinci, qui
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ne s'est point comporté comme il devait envers la république, car il a accepté une bonne somme d'argent et donné un petit commencement k un grand ouvrage qu'il s'était engagé à faire, et par amour pour Votre Seigneurie il s'est comporté conime un délalateur (delatore ? peut-être doit-on lire ditatore). Nous désirons n'être pas sollicités davantage, parce que son travail doit satisfaire l'universalité, et que nous ne pouvons pas, sans en souffrir, suspendre plus longtemps.» Léonard partit de Milan, non sans emporter une lettre du maréchal pleine des recommandations les plus chaleureuses, destinées k désarmer le terrible gonfalonier. Celui-ci n'en reprocha pas moins a Léonard son inexactitude, son manque de foi et même les avances qu'il avait reçues pour un travail qu'il ne terminait pas. L artiste, froissé, courut chez ses amis, compléta la somme qu'on lui reprochait d'avoir reçue et la porta à Soderini, qui ne la voulut point recevoir. Dès lors, toutefois, Léonard ne pensa plus qu'à quitter cette ville, où, on doit en convenir, il n'avait jamais été particulièrement apprécié, et il n'y revint que pour très-peu de temps, en 1507 et 1511, pour un procès qu'il soutenait contre ses .frères k propos de l'héritage de son oncle paternel.et en 1514 en serendunt à Rome avec Julien de Médieis pour le sacre de Léon X. De retour k Milan, Léonard retrouva ce qui lui était le plus cher au monde, la tranquillité et ses amis. La Lombardie, déchirée par la guerre et par les factions, renaissait sous l'administration juste et sage du maréchal de Chaumont et dé Jean-Jacques Trivulce. Melzi reçut Léonard à sa villa de Vaprio, et c'est alors qu'ils peignirent dans une amicale collaboration cette gigantesque Madone dont la tête n'a pas moins de 6 palmes, à moitié détruite aujourd'hui par le temps et les injures des soldats, mais dont les restes ont encore tant de majesté. Il avait de nouveau ses élèves autour de lui, et le premier argent qu'il toucha, il le partagea, dit-on, avec son élève Sulai qui voulait doter sa sœur. Rappelé k Milan principalement pour achever la canal de la Martesana, il pouvait se livrer sans trouble, sous la protection éclairée et amicale de Charles d'Ainboise, k ses goûts scientifiques et k la poursuite de ses chimères. En 1507, il termina le grand réservoir et les églises du canal San- Uristoforo, et Louis XII le récompensa généreusement de ce travail en lui concédant en toute proprité une prise d'eau de 12 pouces sur ce canal. Les travaux scientifiques de Léonard sont nombreux, d'ailleurs. Il a clairement indiqué ou soupçonné un grand nombre de découvertes. On a même conclu de plusieurs passages de ses manuscrits qu'il connaissait avant Copernic le mouvement de la terre. Ses observations sur la circulation du sang, sur la capillarité, sur l'aimant, la diffraction, le scintillement des étoiles, la lumière cendrée de la lune, sur le flux et le reflux ; ses études de physiologie botanique, surtout de géologie, dans lesquelles il établit trois siècles a 1 avance et d'une manière très-précise les bases d'une science que l'on croit toute récente, le mettent au rang des naturalistes les plus distingués de 1 école moderne. Il découvrit la chambre obscure et l'hygromètre. Ses connaissances en mathématiques pures étaient très-étendues, mais c'est de les appliquer k l'industrie qu'il s'est surtout préoccupé. Il appelait la mécanique « le paradis des sciences mathématiques. » (Manuscrit E, fol. 8.) On trouve dans ses dessins des machines pour laminer le fer, pour faire des vis, des scies ; pour dévider, tondre le drap, raboter, creuser des fossés, sonder, labourer en se servant du vent comme force motrice ; enfin le plan très-détaillé de son fameux canon (architonnerre, architonitro) prouve qu'il avait eu l'idée d'employer la vapeur d'eau comme agent de propulsion. On voit dès lors que, comme savant, Léonard de Vinci mérite une place à part.
En 1507, Léonard avait reçu le titre de peintre du roi, car on sait que Louis XII aimait les arts ; mais Amoretti se trompe lorsqu'il dit que le chef de l'école lombarde avait l'ait un voyage en France dès 1506. Léonard n'y vint qu'au commencement de 1516, à la suite de François 1er, comme nous le verrons tout à l'heure, lia 1511, la mort lui enleva dans le maréchal de Chaumont un .protecteur qui était un ami. Bientôt après, des événements plus graves vinrent renverser tous ses projets d'étude et de repos. Les soldats de la sainte ligue avaient replacé le jeune duc Maximilien sur le trône de son père. Il paraît que Léonard tenta de se rattacher à lui, on croit même qu'il fit son portrait; mais il était trop compromis pour que la place fût tenable, et, lorsque Louis XII eut définitivement renoncé à sa conquête par le traité de 1514, il se décida à partir pour Rome. Ses élèves voulurent partager la mauvaise fortune de leur maître, devenu vieux et découiagé; ils le suivirent, comme le constate une note de Léonard lui-même : « Aujourd'hui 24 septembre, je partis de Milan avec Giovanni (BelUafrioî), Francesco Melzi, Lorenzo et le Faufoia. » Le troisième jour, arrivés sur la rive gauche du Pô, ils s'arrêtèrent au pied d'une colline, et le vieux maître, voulant garder un souvenir d'un pays qu'il croyait ne plus revoir, dessina un cro- I quis du paysage qu'ils avaient devant les
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yeux. A Florence, Léonard trouva Julien de Médieis, qui l'emmena bientôt à Rome, où il allait lui- même pout assister au sacre de son frère, Léon X. Il y fut accueilli ; les politiques voyaient en lui l'ami du maréchal de Chaumont et de Trivulce, le partisan de la France. Les artistes devaient peu sa soucier de voir un nouveau venu partager avec eux la faveur de Léon. Raphaël ne parait pas s'être employé à le servir. Quant a Michel-Ange, il est peu probable que Léonard lui ait demandé son concours, ou qu'il se soit soucié d'utiliser son crédit ; la rivalité desdeuxgrands artistes florentins datait de leurs travaux pour la salle du Palais-Vieux, et Léonard n'avait sans doute pas oublié avec quelle préférence marquée ses compatriotes avaient accueilli le carton de son jeune rival. De son côté, Michel-Ange ne devait pas avoir beaucoup d'estime pour un homme qui n'avait ni passions politiques, ni opinions religieuses: qui, après avoir servi Ludovic la More, s était attaché à Louis XII pour revenir à Maximilien ; qui avait organisé des fêtes et élevé des arcs de triomphe pour tous les vainqueurs. Sur ces entrefaites, François Ie* venait d'entrer en Lombardie. Léonard, rebuté par l'accueil qu'il avait reçu, l'y rejoignit. Il assista et prit part aux fêtes que l'on donnait au jeune vainqueur; il éleva pour le roi de France des arcs de triomphe, comme il avait fait pour Ludovic le More. A Pavie, il construisit ce fameux lion automate qui marcha jusqu'au roi, se dressa, et dont la poitrine, ens'entr'ouvrant, laissa voir les fleurs- de lis que le peintre courtisan y avaient mises. A Bologne, où le roi eut une entrevue avec le pape, l'amour-propre de Léonard se dédommagea des blessures qu'il avait reçues à Rome. Il prit plaisir à se montrer parmi les courtisans de François 1er, et il se divertit à dessiner en caricatures les personnages qui entouraient Léon X, et dont il avait eu a se plaindre. Le roi l'emmena en France au .commencement de 1516 et lui alloua une pension de 700 écus. Léonard s'établit au château du Clou, près d'Amboise. Son fidèle Melzi l'avait accompagné. Pendant les trois années et demie qu'il passa en France, il ne s'occupa que d'un projet de canal qui devait traverser la Sologne en passant par Romorantin. Il était vieux, fatigué, ennuyé; sa santé déclina de jour en jour, et il mourut le 2 mai 1519. La plupart de ses biographes le font mourir dans les bras de "François le' ; c'est uue erreur : le roi, au moment de la mort de Léonard, était à Saint-Germain, où la reine venait d'accoucher, ainsi qu'en fait foi le Journal de la cour, constatant que François 1er ne fit aucun voyage avant le mois de juillet de cette même année 1519. Vasari, qui ne perd pas une occasion de faire montre d'orthodoxie, a très- nettement accusé l'auteur de la Joconde d'impiété. Le biographe se trompe, car, daus le testament de Léonard, daté d'un an avant sa mort (18 avril 1518), testament qu'Amoretti nou3 a conservé, il y recommande son âme non-seulement à Dieu, mais « à la glorieuse Vierge Marie, à tous les saints et à toutes les saintes du paradis et à monseigneur saint Michel. • Il demande que, dans chacune des trois églises d'Amboise, on dise pour lui trente messes basses, outre les trois grand'messes. On a beaucoup insisté sur ces circonstances ; ceux qui ont étudié le caractère de Léonard dans son œuvre y ont constaté la marque d'un esprit libre ; mais ces retours extrêmes ne sont pas rares chez les indifférents. Quelles qu'aient été les idées religieuses de Léonard de Vinci au déclin de ses jours, elles ne peuvent modifier le jugement qu'on doit porter sur sa personne et sur son œuvre. • Fuis les orages 1 » Ce mot, qu'on lit en tête d'un de ses manuscrits, donne la clef de son caractère et de sa vie, et il explique ce qui lui manque. Pour nous résumer en un mot, Léonard de Vinci captive plutôt qu'il ne remue les profondeurs de l'âme ; il n'ébranle pas autant ni de la même manière que Raphaël ou que Michel-Ange.
t Léonard de Vinci, dit M. H. Taine, est le premier maître accompli de la Renaissance, l'homme en qui se trouve exprimé pour la première fois, d'une manière complète, ce système d'idées, cet ensemble de dispositions que l'on peut désigner sous le nom de • na- • turalisme... » C'est un génie complet, qui a le goût et l'amour de la nature dans ses diversités innombrables -, et, de plus, c'est un génie extraordinairement délicat, chercheur du raffiné et de l'exquis, presque féminin... Cette délicatesse l'a conduit aux observations morales ; il a découvert la psychologie des têtes. Il a été le premier peintre qui ait observé l'effet des passions humaines sur le visage et sur le corps. Auparavant, on connaissait très-bien un corps et un caractère ; mais on ne savait pas rendre la transformation fugitive des traits du visage que produit une émotion. Léonard a profondément étudié cette partie de son art; ses études k cet égard sont innombrables... De tous les peintres anciens, Léonard est le plus moderne; du premier coup d'oeil, il a été jusqu'au bout du naturalisme ; nul n'a compris plus profondément la complexité et la délicatesse de la nature ; nul ne l'a rendue avec une technique plus savante et des procédés plus complets. De même que dans ses œuvres scientifiques il a devancé son temps, possédé des méthodes, pressenti des vérités, entrevu
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un système que nous démêlons à peine aujourd'hui; de même, dans la structure de ses corps et de ses têtes, dans la finesse et la. mobilité de ses physionomies, duns l'étrange et maladive beauté de ses expressions, il a découvert d'avance ces sentiments complets et sublimes, raffinés et délicieux, que les postes exquis de notre siècle sont parvenus k exprimer ; je veux dire la supériorité et les exigences de la créature trop fine, trop nerveuse, trop comblée, qui a tout et trouve que c'est peu de chose. Ce sont ces intuitions qui remplissent les figures de Léonard de Vinci. Ni Michel- Ange, ni Corrége, ni Raphaël n'iront au delà. »
Les principaux ouvrages de Léonard de Vinci sont : la Cène (Milan) ; la Vierge sur les genoux de sainte Aime, le Saint Jean- Baptiste, la Joconde, lo Bacchus, la Vierge aux rochers, le portrait de Lucrezia Crivelli (au Louvre) ; la Vierge à la carafe (au Vatican) ; la Tête de Méduse, Y Adoration des mages (aux Offices de Florence) ; la Madone avec l'Enfant (à Vaprio, dans la villa de Melzi), etc. ; les autres sont perdus ou d'une authenticité douteuse.
Le Traité de la peinture de Léonard a été réimprimé plusieurs fois. La première édition fut faite d'après une copie d'un manuscrit de la bibliothèque Barberini, envoyé par M. del Pozzo à M. Chantelou, sous ce titre : Trattato délia pittnra con la vita deW istesso autore seritta da Rafaelto du Fresne (Paris, Jacques Langlois, 1651, in-fol.). Les gravures faites d'après des traits de Nicolas Poussin, retouchés et ombrés par Errard, sont de Lochon. La même année, M. de Chambrai, frère de M. de Chantelou, publia une traduction de ce livre (Paris, Jacques Langlois, in-fol., avec les mêmes gravures). La traduction française de M. de Chambrai a été rééditée, revue et corrigée (Paris, Giffart, 1716, in-12). Gault de Saint-Germain a donné une nouvelle traduction avec une Vie de Léonard (Paris, 1803, in-8°), réimprimé» àGenève(l820,in-8o). Les collections italiennes sont nombreuses ; nous citerons notamment celle de Milan {Collection des classiques italiens, 1804, in-8»). On possède également une traductiou espagnole de ce livre (Madrid, 1784 et 1829, gr. in-40). Quant aux manuscrits divers de Léonard, ils sont aujourd'hui dispersés dans quelques collections publiques et particulières. La Bibliothèque nationale en possède 1 volume, et l'Institut 12 volumes, qui proviennent de la bibliothèque Ambrosienne de Milan et qui sont tombés au pouvoir des Français en 1796. Ces manuscrits renferment des choses extrêmement curieuses et témoignent des vastes connaissances du grand artiste, Léonard de Vinci passe pour avoir établi l'art de la gravure à Milan. On prétend qu'il est l'auteur de 61 planches, gravées sur bois, du livre de Pacioli, ûivina proporlio. Comme statuaire, il a laissé de beaux chevaux en relief, un modèle de Jésus enfant, un Saint Jérôme, qui se voit encore k Florence, et divers dessins modèles. Comme ingénieur, outre ses beaux canuux de la Lombardie, on cite de lui un, grand nombre de projets dont les hommes compétents admirent encore les vastes combinaisons, notamment son plan d'un canal de navigation de Pise à Florence. Enfin comme mécanicien, indépendamment des machines ingénieuses que nous avons citées plus haut, il perfectionna l'ait du tourneur, inventa plusieurs instruments, entre autres le tour ovale.' Ce génie universel semble même avoir rêvé la navigation aérienne, car il revient souvent dans ses écrits sur la possibilité pour l'homme de voler dans les airs au moyen de machines tenues en équilibre contre les impulsions du vent, et il avait même construit des oiseaux mécaniques.
Vinci (LÉONARD DU) mourant à Fontainebleau dani Ira braa de Fruncoia 18', tableau de M. Gigoux (Salon de 1835). Le sujet de cette toile n'est pas conforme a l'histoire, car il est prouvé aujourd'hui que Vinci mourut au château du Clou, près d'Amboise, et, d'autre part, que le 2 mai 1519 la cour et vraisemblablement François I«f, étaient à Saint-Germuin-en-Laye, où la reine venait d'accoucher. Mais la tradition populaire veut absolument que l'auteur de la Cène soit mort k Fontainebleau, entre les bras du roi. La tradition admise, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le sujet ckoisi par Giroux ne soit heureusement trouvé. L'artiste a fait preuve d'autant de goût dans la composition de son tableau que d'habileté dans l'exécution; aussi son œuvre a-(relle mérité de lut survivre, en mémo temps qu'elle a contribué k assurera sou auteur une place honorable parmi les artistes contemporains.
V1NCIÀC ou VINCY, nom d'un ancien village de la France mérovingienne, situé entre Arras et Cambrai. Charles-Martel y défit les Neustriens en 717. La position exacte da cette localité n'est pas rigoureusement déterminée. Quelques auteurs pensent que c'est aujourd'hui Vinely ou Crèvecœur.
VINC1BLE adj. (vain-si-ble — du lat. vincere, vaincre). Qui peut être vaincu.
VINCIEN, IENNE, s. et adj. (vain-si-ain,
i-è-ne). Geogr. auc. Habitant de Vincium ; qui appartient k cette ville ou à ses habitants : Les ViNCtENS. La population vm-
ClKNNli.
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VINCIGUERRA (Marco - Antonio), poète italien du xve siècle. Il fut secrétaire de la république de Venise, qu'il représenta auprès d'Innocent VIII ; c'est tout ce qu'on sait de sa vie. Il est considéré comme le créateur de la satire en Italie, et l'enthousiasme de ses contemporains pour son talent fut tel qu'on frappa une médaille en .son honneur. Ses œuvres ont été éditées sous le titre de Opéra uuova (Bologne, 1495, in-8°).
Vinciguerra, opérette en un acte, paroles de MM. J. Renard et Hugot, musique da M. Bottesini; jouée au théâtre du Palais- Royal en avril 1870. Cette pièce avait d'abord été représentée à Monaco et accueillie favorablement, comme le sont toutes les opérettes, par le public frivole qui fréquente ces villes de plaisance. 11 s'agit de la passion romanesque et ridicule d'une noble dame pour un brigand des Abruzzes, nommé Vinciguerra; mais lorsqu'elle le voit de près, elle est obligée de reconnaître qu'il répond peu à l'objet de ses rêves. Un soupirant de la dame se déguise en bandit et, prenant les dehors de Vinciguerra, lui tient un tout autre langage, ce qui lui cause quelque perplexité; mais il advient que le faux Vinciguerra est pris pour le vrai, qu'il est arrêté, et qu'en fin de compte la grande dame et lui laissent le brigand regagner ses montagnes et y exercer son joli métier. M. Bottesini est bon musicien, et on sait qu'il est virtuose sur son instrument. Sa musique, tout italienne, est agréable et sans prétention. On a remarqué une jolie valse chantée. On ne s'attendait pas à voir sortir des flancs d'une contre-basse une œuvre aussi légère. Ce petit ouvrage a été chanté par L.uguet, Descharaps, Sl"es Julia Baron et Peyron.
VINCIUM, ville de la Gaule romaine, dans la Narbonaise IIe. C'est aujourd'hui Vknce.
VINCKE (Frédéric-Louis-Guillaume-Philippe, baron de), administrateur et économiste prussien, né à Minden en 1774, mort en 1844. Il fit ses études aux universités de Marbourg, d'Erlangen et de Gœttingue, embrassa ensuite la carrière de la magistrature, devint en 1803 président de la chambre d'Aurich et, l'année suivante, succéda, comme président de celles de Munster et de Hajnm, au baron de Stein, qui venait d'être appelé au ministère. Peu après l'entrée des Français en Prusse, il se retira en Angleterre, d'où il revint après la paix de Tilsitt. Nommé à cette époque président en chef de la régence de Potsdam, il quitta le service administratif en 1810, non sans conserver des espérances et sans former des plans pour l'avenir, et revint dans sa ville natale, où il écrivit un ouvrage, aujourd'hui classique en Allemagne, Sur l'administration de la Grande- Bretagne (publié par Niebuhr, Berlin, 1816). Devenu suspect aux autorités françaises, il fut arrêté, ses papiers furent brûlés et on l'exila sur la rive gauche du Rhin ; mais les événements le ramenèrent bientôt en Allemagne, où il fut appelé aux fonctions de gouverneur civil des provinces westphaliennes. Il déploya alors une rare activité, surtout pour l'armement des volontaires, l'appel de la lacdwehr et l'organisation du" landsturm. En 1815 il fut nommé président de la nouvelle province de Westphalie,. qu'il fut chargé d'organiser ; et, lorsque le retour de Napoléon de l'Ile d Elbe eut ranimé la lutte , il sut éveiller dans les populations l'ardeur la plus vive contre les Français. En 1825, il reçut le titre de conseiller intune. La "Westphalie lui est redevable d'une foule de créations et d'améliorations. Il fît établir un grand nombre de routes, même k travers les landes du pays de Munster, facilita les communications par le "Weser, rendit la Lippe navigable j usqu'à Neuhaus et améliora beaucoup la navigation de la Ruhr, sur laquelle il fit.construire un vaste port près de Ruhrort. 11 s'occupa surtout de régler les rapports des propriétaires fonciers avec les paysans. On peut consulter à ce sujet son remarquable ouvrage Sur le morcellement des fermes (1824), dans lequel il se prononce contre le trop grand morcellement de la propriété foncière. L'agriculture et l'instruction publique furent aussi l'objet de ses soins. Il fonda une maison de travail à Benninghausen (1820), un hôpital à Gesecke, des écoles de sourds-muets à Munster, à Petershayen, à Langenhorst et à Gesecke, réorganisa l'asile d'aliénés de Marsberg et contribua en outre éminemment au développement des institutions scientifiques. Consultez l'intéressant ouvrage de Bodelschwing, intitulé: Vie du premier président baron de Yincke (Berlin, 1853).
VINCKE (Ernest-Frédéric-Georges, baron de), homme politique prussien, fils aîné du précèdent, né à ttusch, près Hagen (comté de ia Marche)en 1811, mort en 1875. Il étudia le droit aux universités de Gœttingue et de Berlin, devint en 1832 juge suppléant au tribunal de Berlin et, après avoir encore rempli différents emplois, fut nommé en 1837 conseiller provincial du cercle de Hagen. En 1843 et 1845, il assista au landtag de Westphalie, comme député de l'ordre équestre du , comté de ~la Marche, et s'acquit dès cette époque la réputation d'un orateur éloquent et subtil. L'activité qu'il déploya aux diètes réunies prussiennes de 1S47 attira l'attention générale. Se retranchant sur le terrain de
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l'exacte légalité pour juger la patente royale du 3 février 1847, il prit une part active aux débats les plus importants des diètes et y défendit les opinions constitutionnelles contre les efforts rétrogrades du parti féodal. Pendant les combats qui commencèrent le 18 mars 1848 dans les rues de Berlin, le roi l'appela dans cette ville et l'on crut à cette époque, mais à tort, que les conseils qu'il avait donnés en haut lieu avaient aidé à amener la fin de la lutte. Elu par lé cercle de Hagen à rassemblée nationale allemande, il s'y montra fidèle à ses principes politiques, combattit les tendances révolutionnaires et fut l'un des chefs du parti de la constitution et de l'empire héréditaire. Après l'octroi de la constitution de décembre 1848, il entra dans la seconde Chambre prussienne, où il combattit la politique du ministère aussi vivement que la gauche démocratique. La Chambre ayant été dissoute a la fin d'avril 1849, il fut de-nouveau élu à celle qui devait se réunir en août de la même année; mais il ne voulut pas accepter ce mandat, parce qu'il ne croyait pas la nouvelle loi électorale compatible avec la constitution. Il consentit cependant h représenter les électeurs de Bochum au parlement de l'Union, qui siégea à Erfurth de mars à mai 1850. Depuis cette époque, sauf de 1855 à 1858 et de 1863 à 1866, il fit toujours partie de la seconde Chambre prussienne et devint, en outre, membre du Reichstag de la Confédération germanique du Nord. Vincke a toujours défendu les opinions du vieux parti libéral prussien. Il était, dans toute la force du mot, ce que les Anglais appellent un debater. Eloquent, insinuant, doué d'un esprit k la fois caustique et sérieux, il occupait une place éminente parmi les hommes parlementaires de l'Allemagne.
VINCEE (Charles-Frédéric-Gisbert, baron de), littérateur allemand, frère du précédent, né en 1813. Il étudia le droit aux universités de Heidelberg et de Berlin, exerça quelque temps la profession d'avocat, et entra en 1842 dans la carrière administrative. Successivement membre des régences de Potsdam et de Munster, il prit sa retraite en 1860, à cause de l'état de sa santé, il s'est fait connaître en littérature par différents ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Légendes et tableaux de Westphalie (Hamm, 1856) ; Poésies (Berlin, 1860) ; Dans l'exil de la Jungfrau, recueil de nouvelles (Hanovre,
1864, 3 vol.); Rose et chardon (Weimar,
1865, 28 édit.). On lui doit aussi des traductions de poésies anglaises et il a écrit les paroles du Songe d'une nuitd'étéde Mendelssohn (Munster, 1851).;
V1NCKEBOOM (David), peintre hollandais, né à Matines. en 1578, mort en 1639. Elève de son père, qui possédait un certain talent dans la miniature, il cultiva d'abord le genre de la nature morte, et y renonça plus tard pour s'adonner au paysage. Il acquit rapidement dans ce nouveau genre une réputation que le temps n'a pas détruite, et ses tableaux sont fort recherchés des amateurs. 11$ se trouvent presque tous dans les principaux musées des Pays-Bas et de l'Allemagne. Ils ont aussi été souvent reproduits par la gravure.
VINCRB s. f. (vain-kre). Bot. Nom vulgaire de la pervenche.
VINCULAIRE s. f. (vain-ku-lè-re — du lat. vinculum , lien , qui est pour vinciculum et vient du verbe vincire, lier, lequel est peutêtre allié à vincere, vaincre). Zooph. Genre de polypiers bryozoaires, de la famille des eschuriens, comprenant plusieurs espèces fossiles : Les vinculaires ont les plus grands rapports avec les cellaires. (E. Baudement.)
VINCULABINB s. f. (vain-ku-la-ri-ne — dimin. de vinculaire). Zoopb. Genre d'esoharoïdes. V. escharien.
VINDANA PORTCS, ville de la Gaule romaine, daus la Lyonnaise Ille, chez les Namnèie3, à l'embouchure de la Vindana (Vilaine). Ptolémée, qui nous indique ce port, le place entre l'embouchure de la Vilaine et le Gobatum promontorium (cap Saint-Mahé).
VINDAS s. m. (vain-da. — Ce mot vient du germanique : allemand winde, tour, vindas, de winden, rouler, enrouler, entortiller; ancien haut allemand viintan, gothique 6evindan , ■ anglo - saxon vindan , Scandinave vinda, danois vinde, suédois winda, anglais to wind, hollandais winden. Ce verbe germanique est également entré dans notre langue sous la forme guinder). Cabestan composé d'un arbre vertical qu'on manœuvre avec des leviers,
— Encycl. Le cabestan proprement dit est en chêne ou en orme ; il est formé de deux pièces polygonales, revêtues de linteaux verticaux, pour arrêter le câble, et frettées en bas et en haut. Dans la partie d'enroulement du câble, la pièce est conique et quelquefois à hyperboloïde ; ces formes forcent le câble à serrer ses spires les unes contre les autres. Dans la partie supérieure de cette pièce de bois, on ménage des trous carrés au nombre de 4, 6, 8, etc., dans lesquels on glisse des leviers très-longs, sur lesquels les hommes agissent en poussant. De cette façon, on peut, sans engrenage, produire une très-grande force. Les vindas sont surtout employés dans la marine, à bord des bâtiments, pour opérer le levage des ancres ' ou des pièces lourdes.
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Depuis l'application de la vapeur à la marche des bateaux, on les fait mouvoir au moyen de la machine ; de cette façon, on peut produire une plus grande force, tout en épargnant un travail pénible aux hommes de l'équipage. Si l'on nomme P la puissance ou force motrice agissant dans un plan normal à l'axe du vtndas; p le bras de levier de P, par rapport à l'axe de cette machine ; Q la résistance k vaincre agissant dans un plan normal a l'axe du vindas ; g le bras de levier de Q par rapport k l'axe ; F une force agissant parallèlement à cet axe, comme cela arrive dans les cabestans, qui ne sont autre chose que des treuils à axe vertical, dont le poids, au lieu de se reporter sur le contour des tourillons, agit sur la face horizontale du pivot infé-
rieur ; f'F - r" le moment du frottement de
la face horizontale du pivot; f le coefficient de frottement, qui peut être différent de celui du pourtour du pivot ; W le rayon de la surface frottante du pivot; f le coefficient de frottement des embases de l'arbre sur leurs manchons, on a pour l'équilibre dynamique du vindas :
PP = Qg + fRr + fR'r' + fP\ r".
V1NDASC1N0M, nom latin de Venasqub.
VINDAU, ville de la Russie d'Europe. V.
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VINDÉLICIE, contrée de l'Europe ancienne, entre le Danube au N,, la Gaule à l'O., la Rhétie au S. et le Norique à l'E. Capitale, Augusta Vindelicoruin (aujourd'hui Augsbourg). Elle tirait son nom des deux rivières principales qui l'arrosaient : le Vindo (aujourd hui Wertach) et le Licus (aujourd'hui Lech). Elle était habitée par les tribus germaines des Catenates, des Licates et des Consuanetes. Ce pays fut soumis par les Romains l'an 15 av. J.-C. et forma avec ia Rhétie une province de l'empire d'Auguste. Au ne siècle de l'ère chrétienne, la Vindélicie fut séparée de la Rhétie et forma à elle seule la province de Rhétie IIe. Au ivo siècle, cette province fut comprise dans le diocèse d'Italie. De nos jours, le territoire de l'ancienne Rhétie est réparti entre le royaume de "Wurtemberg et de Bavière.
VINSÉMIAL, ALE adj. (vain-dé-mi-al, a-le — lat. vindemialis ; de vindemix, vendanges). Antiq. rom. Offrandes vindémiales, Celles que l'on déposait en automne sur les tombeaux.
— s. f. pi. Fête des vendanges, instituée, dit-on, par Jules César.
— Encycl. Le3 vindémiales commençaient le 22 août de chaque année et ne se terminaient que le 15 octobre. Elles duraient donc cinquante-cinq jours. Ces jours rentraient dans les fériés. Durant tout ce temps, il y avait suspension d'un grand nombre d'affaires et principalement de poursuites devant les tribunaux. On établit les vindémiales afin de permettre aux habitants de la campagne de faire en liberté la récolte des fruits et les travaux des vendanges. Ces fériés paraissent avoir été instituées par Jules César. Elles furent souvent l'occasion de plaisirs licencieux et de débauches qui rappelaient un peu tes bacchanales. Elles se liaient effectivement au culte de Bacchus, puisque, dans la dernière partie des jours qui leur étaient consacrés, on cueillait et on pressait le raisin. Le dieu du vin semblait y présider, et la récolte des autres fruits avait dans ces fériés une moins grande importance, comme le témoigne le mot même de vindémiales, venant de vindemia (vendange).
vindenne s. f. (vain-dè-ne). -Techn.
Corde attachée sur une signolle.
V1NDEX (Calus-Julius), général gaulois, issu de la race royale d'Aquitaine, mort devant Besançon en 68. Propréteur de la Séquanaise sous Néron, dont les crimes l'indignèrent à ce point qu'il résolut d'en délivrer l'empire, il entraîna plusieurs chefs gaulois dans sa révolte, rassembla dans les plaines de la Saône un^ armée d'Eduens, d'Avernes et de Séquanais et appuya les prétentions de Galba. L. Rufus Virginius, gouverneur de la haute Germanie, reçut l'ordre de marcher contre lui, le rencontra devant Besançon et, après un long entretien, se réunit à lui contre Néron. Les troupes, ignorant l'accord des chefs, en vinrent aux mains sous les murs de la ville. Les Gaulois surpris furent massacrés, et Vindex se tua de désespoir.
VINDHYA (monts), chaîne de montagnes de l'Indoustan anglais, présidence du Bengale, s'étendant entre Bénarès et le golfe de Cambaye, dans les anciennes provinces de Bundelcund et de Malwa, au N. de la Nerbudda, dont elle sépare le bassin de celui du Gange. Ces montagnes, dont le développemenr est d'environ 660 kilomètres, ne sont pas très-élevées et sur plusieurs points ne présentent que des collines aux pentes douces et boisées. Les points culminants des monts Vindhya sont les pics de Cliaizgour (800 mètres) et d'Ambawara (585 mètres).
VINDHYEN (vain-di-ain). Linguist. Y.
DBAVIRJKN.
vindicatif, IVE adj. (vaiu-di-ka-tiff, i-ve — du lat. vindicare, venger). Qui aime k se venger, qui désire et cherche les occa-
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sions de se venger : Ceux qui sont vindicatifs de leur nature ne peuvent être estiméi avoir la probité nécessaire au maniement de l'Etat. (Cal de Richelieu.) Le caractère des dévots est d'être implacables et vindicatifs. (St-Iïvrem.) Les femmes sont en général plus vindicatives que les hommes. (L'abbé Bautain.) (t Qui est inspiré par l'esprit de vengeance : La justice doit être vengeresse et non vindicative. (Boiste.)
— Substantiv. Personne qui aime à se venger : Le vindicatif insensé ne voit que vengeance. (Boiste.)
VINDICATIVEMENT adv. (vain-di-ka-tl • ve-man — rad. vindicatif). D'une manière vindicative.
Vindlcin contra lyranno* (LUS), Ouvrage
politique d'Imbert Languet. C'est sous le nom de Brutus que l'auteur lança les foudres de ses VindicilB. Au lieu de renvoyer à Dieu dans l'autre monde, il aime mieux confier aux hommes ici-bas le soin d'arrêter et de punir la tyrannie. Machiavel est l'ennemi qu'il combat, il oppose le manuel de la résistance par la loi et la raison au manuel de l'oppression par la force et le mensonge. Son ambition est de ramener aux vrais principes la science du gouvernement. Or, quel est le fond du machiavélisme? La négation absolue de tout principe, l'accident substitué à la règle, le fait au droit, l'intérêt au devoir; politique d'expédients, de bascule et de brocantage, que Catherine de Médicis n'a cessé de pratiquer depuis quinze ans. Son chef-d'œuvre a été le massacre de la Saint- Barthélémy. Et qu'a-t-il produit? Rien. Le parti protestant s'est trouvé plus fort le lendemain ; il y a gagné, malgré ses fautes incontestables, les sympathies de l'Europe et le pardon de la postérité. A cette politique sans issue, Languet prétend faire succéder un code fondé sur l'équité et la morale publique. Il veut que ce qui est juste soit fort, et c'est pour trouver cette force qu'il définit et organise le droit de résistance. Son livre n'est pas une déclamation, un recueil de banalités, mais un traité régulier, divisé, construit avec une rigueur géométrique.
Quatre questions principales y sont posées :
îo Doit-on l'obéissance aux princes, s'ils ordonnent contre la loi de Dieu ?
2« A-t-on le droit de résister aux princes, s'ils veulent détruire la loi de Dieu et ravager l'Eglise?
30 Quand le prince opprime ou perd la république, la nation peut-elle lui enlever le pouvoir dont il abuse?
4° Les princes voisins peuvent-ils et doivent-ils porter secours aux peuples persécutés dans leur foi et opprimés par un tyran ?
Questions grosses d'orages, que l'esprit moderne déchaînait sur le monde, et qui l'agitent encore aujourd'hui. Languetles aborde avec calme et résolution. La première est tranchée par l'exemple des saints et des martyrs ; la seconde et la troisième sont plus délicates. Ce formidable droit d'insurrection, dont le xvie siècle devait faire une si triste épreuve, effraye l'honnête théoricien : il le circonscrit, le limite, en distinguant avec soin la résistance de la révolte. Languet n'est point un maniaque, un esprit violent que la haine égare, mais un homme sensé, pratique, formé par les voyages et l'expérience des affaires, instruit à la modération par son maître Mélanchthon. Lui-même sent parfaitement tous les périls de son système et s'efforce de les prévenir et de les atténuer. Le soulèvement des anabaptistes avait été pour lui et les siens un sinistre avertissement. Aussi ne veut-il pas de l'émeute de carrefour. Les magistrats, représentants de la loi violée, sont les chefs naturels de la résistance. Cet instinct d'ordre et de discipline, même dans la sédition, est un trait caractéristique chez les publicistes protestants. On reconnaît là l'influence de Calvin, le sévère organisateur de Genève. Mais là aussi commencent les impossibilités. Où trouver le magistrat idéal, « loi parlante et animée? » Sera-ce Olivier? sera-ce Birague? sera-ce même de Thou, faibles roseaux humains, qui plient au moindre souffie de la volonté royale ou de l'émeute populaire? Enfin, quoi qu'il fasse pour atténuer les effets de son système, quoiqu'il ait soin de distinguer entre les tyrans sans titre, usurpateurs ou étrangers, et les tyrans d'exercice, princes et rois héréditaires, après avoir épuisé les moyens de résistance légale et pacifique, il aboutit fatalement à ce sanglant écueil du régicide, où viennent échouer presque toutes les théories politiques du xvi* siècle. Contre les tyrans sans titre, tout est permis : o Chacun peut crier aptes ce mal comme on crie au feu, et y courir avec crochets et engins, sans attendre le capitaine du guet. > Contre les tyrans d'exercice, quand les remontrances ont échoué, il faut recourir à la force et les déposer, comme cela s'est fait autrefois. Reste la dernière question, celle du droit d'mter^ vention étrangère. Languet, qui offrait k Charles IX l'épée des princes palatins, afin d'assurer le maintien de la paix dans ses Etats, admet le droit d'intervention, mais k condition qu'il soit gratuit et pur de toute pensée d'agrandissement. Autre utopie généreuse, k laquelle la politique devait préférer longtemps encore le système plus lucratif des annexions. Tel est le livre des
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Vindiciie avec ses hardiesses et ses lacune s, mélange de raison et d'éloquence, de nobles sentiments et de théories inapplicables.
Comme Hotman, Languet rêve l'alliance toujours promise, mais vainement attendue, du principal et de la liberté. A ce titre, il est un des pères du droit constitutionnel.
VINDICTE s. f. (vain-di-kte — lat. vindicta; de vindex, vengeur, mot qui appartient à la même famille que le verbe vindieare-, venger, proprement obtenir quelque chose en compensation, prendre une compensation, et aussi réclamer une compensation, sans doute de la racine sanscrite vid, vind, obtenir, acquérir). Punition des crimes : La vindicte publique. La vindicte publique ne prend jamais le nom odieux de vengeance. (De Bonald.) La justice autorise et règle la vindicte légale. (Ch. de Rémusat.)
— Antiq. rom. Petite baguette avec laquelle on frappait la tête d'un esclave, en signe d'affranchissement. Il Mode d'affranchissement au moyen de cette baguette : On a/franchissait par le cens, par la vindicte et par testament.
^ — Encycl. Législ. Vindicte publique. Rien n'est moins exact que ce vocable de vindicte
fiublique employé pour désigner l'action et e fonctionnement de la justice répressive. L'habitude fait tolérer cette locution, qui a cours, malgré son impropriété, même dans le langage judiciaire; il ne peut, il ne doit entrer dans l'action de la justice répressive aucune passion vindicative ni aucune idée de représailles à exercer contre les auteurs des délits. Le principe fondamental de notre législation criminelle est que le droit de réprimer et de punir n'appartient individuellement, dans aucun cas, à la partie prirée lésée par le méfait, ce qui exclut toute idée de talion ou de vengeance dans l'application de la loi pénale. Les individus n ont droit
Sersonnellement qu'à des réparations et à es indemnités; le droit de punir appartient a la société seule. Elle l'exerce par des magistrats, qui ne sont que ses délégués et ses organes. Les passions et l'entraînement des représailles sont absolument antipathiques aux principes et à la nature de ce droit social de punir. Il a des bases toutes différentes. Sa première base, la plus essentielle, est la règle d'éternelle justice que le mal doit être rémunéré par le mal, comme le bien doit l'être par le bien, afin que tous les hommes qui vivent en société sous l'égide de la loi sachent que les avantages personnels qui semblent quelquefois pouvoir être obtenus par le crime sont plus apparents que réels et sont toujours plus que compensés par les conséquences plus ou moins éloignées du crime.
Le second principe constitutif du droit de punir réside dans le droit qu'a la société de se défendre. En d'autres termes, la société puise le droit d'intervenir pour la répression des méfaits dans la nécessité de se conserver et de se défendre ; mais ce droit, elle ne peut l'exercer que dans la mesure de la stricte justice. Aucun intérêt, aucune utilité même de conservation ne sauraient jamais lui permettre soit de frapper un acte exempt de toute culpabilité intrinsèque, quoique nuisible, soit de punir un acte intrinsèquement coupable au delà de la mesure du juste et au delà de la proportionnalité qui doit être constamment recherchée entre la peine appliquée et la criminalité du fait. Voilà la théorie vraie et ce que l'on pourrait appeler la Philosophie du droit criminel, philosophie établie sur des bases définitives par les plus érainents criminalistes modernes, les Rossi, les Ortolan, les Faustin Hélie. L'élévation et la sérénité de ces principes répugnent donc, en théorie du moins, à toute idée de vengeance et à tout mélange de passion dans le fonctionnement de la loi'criminelle.
Il faut donc écarter cette locution barbare de vindicte publique. La recherche et la poursuite des délits, en vue d'en livrer les auteurs aux tribunaux et de leur faire appliquer la peine encourue, porte un autre nom, le seul exact et juridique ; elle s'appelle l'action publique, dénomination qui a l'avantage de la distinguer nettement de l'action civile ou privée, qui appartient à la partie lésée personnellement par le délit et tend uniquement à lui faire allouer des réparations ou indemnités pécuniaires. Tout délit punissable qui se produit donne, en général, naissance à cette double action : l'action publique, tendant à donner satisfaction à la justice générale, à la nécessité de la rémunération du mal moral par le mal affliotif, et l'action civile ou privée, tendant à un but de justice ou de réparation purement individuelle. Ces deux actions peuvent marcher parallèlement «t ont des point3 de connexité, mais elles ne restent pas moins parfaitement distinctes £ar leur nature et leur but final. En somme, tout agent responsable d'un délit contracte, en le commettant, deux obligations simultanées : l'obligation envers 1a société de satisfaire à la justice répressive, en subissant la peine qu'il a méritée, et l'obligation envers le particulier lésé de satisfaire à la justice privée, en réparant le dommage qu'il lui a individuellement causé.
La notion de l'action publique était mal dégagée dans l'enfance des sociétés modernes. Au moyen âge, le droit d'accusation appartenait exclusivement à l'offensé, qui l'exer-
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Çalt à ses risques ou entrait en composition avec l'offenseur. Ce fut seulement au xive siècle qu'apparut une première ébauche encore informent mal définie de l'institution du ministère public. L'institution se régularisa et s'affermit dans la suite; l'action civile et l'action publique se dédoublèrent définitivement, et le droit d'accusation publique se concentra sans partage dans les mains des gens du roi. La Révolution de 1789 modifia l'ancienne organisation du ministère public; le premier Empire l'établit telle que nous la voyons aujourd'hui. Cette organisation rencontre des admirateurs; elle présente, en effet, les conditions d'une action prompte et vigoureuse; mais elle met les fonctionnaires chargés de poursuivre sous l'autorité exclusive du pouvoir, et chacun sait combien cette dépendance a été funeste à la bonne administration de la justice depuis soixante-dix ans. On peut, de plus, regretter qu'elle n'ait placé nulle part fa responsabilité à côté des accusations passionnées ou téméraires et qu'elle ait complètement privé les simples citoyens du droit de se porter eux-mêmes accusateurs, à leurs risques, dans les affaires du grand criminel. Dans les sociétés vraiment libres, ce droit peut être exercé par chaque citoyen sous sa responsabilité.
On vient de dire qu'aussitôt que se produit un délit punissable, il donne naissance à l'action publique, qui peut prendre cours incontinent et saisir la juridiction répressive compétente. C'est la règle générale, mais cette règle comporte des exceptions notables. L'action publique se trouva longtemps paralysée ou au moins suspendue relativement aux méfaits commis, dans l'exercice de leur charge, par les fonctionnaires ou agents du gouvernement. L'article 75 de la constitution de i'an VIII subordonnait la poursuite à l'autorisation préalable du conseil d'Etat. Cette disposition est abrogée depuis 1870. L'action publique pour la répression des délits est suspendue aussi, mais uniquement pendant la durée des sessions, à l'égard des membres des assemblées délibérantes, Sénat et Chambre des députés (constitution du 25 février 1875). C'est le principe antique de l'inviolabilité de la personne des tribuns, principe constamment maintenu au moyen âge pour assurer la liberté individuelle des députés aux états généraux et aux états particuliers des provinces. Le mandat représentatif couvre et rend inviolable la personne des mandataires, et il ne fallait pas laisser au pouvoir le moyen de se débarrasser, à l'occasion, d'une parole éloquente ou courageuse qui l'importune. Néanmoins, les Chambres peuvent autoriser les poursuites et rendre ainsi son libre cours à la justice répressive. Sous l'Empire, un sénateur ne pouvait être poursuivi, même en dehors des sessions, pour délit ou crime entraînant l'emprisonnement, sans autorisation du Sénat (sénatus-consulte du 4 juin 1858). Cette disposition a été abrogée en fait par l'abolition du Sénat au 4 septembre 1870. Ce tempérament à l'immunité du représentant n'a pas été admis dans le droit public de toutes les nations ; on ne le rencontre pas notamment dans la constitution des Etats-Unis d'Amérique,
Des circonstances d'un autre ordre viennent encore suspendre le fonctionnement de l'action publique, en la subordonnant à l'initiative prise par les intérêts privés qui se sont trouvés lésés par le délit. Ainsi, en matière d'adultère, l'action du ministère public ne peut être mise en mouvement que par la plainte de l'époux offensé (art. 236 du code pénal). En matière de rapt d'une fille mineure, l'action publique est arrêtée dans son cours par le fait du mariage intervenu entre le ravisseur et la jeune tille qu'il avait détournée. En matière d'injures et de diffamation, c'est encore à la partie injuriée ou diffamée qu'appartient exclusivement l'initiative de la poursuite. Dans ces différents cas, le respect de l'honneur domestique imposait au législateur le devoir de laisser à l'offensé le droit de couvrir l'offense de son pardon ou de son mépris , et la liberté de se contenter du genre de réparation qu'il juge le meilleur et le moins blessant pour ses légitimes susceptibilités. En dehors de ces situations exceptionnelles, l'action publique s'exerce sans entrave et prend cours dès le moment où le délit punissable a été commis.
— Antiq. rom. L'affranchissement parctndicte semble être le plus ancien de tous et avoir précédé les affranchissements par le cens ou par testament. Il en est question chez Tite-Live dès les temps les plus reculés. On y procédait de la manière suivante : le maître amenait son esclave devant le magistrat et faisait connaître les motifs pour lesquels il demandait son affranchissement. Alors le magistrat prenait la baguette nommée vindicte, qui était probablement détachée d'un faisceau des licteurs, et il en touchait trois ou quatre fois la tête de l'esclave. Horace fait allusion à cette coutume dans la satire où, à l'occasion des saturnales, il donne à son esclave Dave la liberté de lui reprocher ses défauts (livre H, 7): i Tu es mon maître, lui dit Dave, toi, soumis à la volonté des choses et des hommes, que la baguette trois et quatre fois imposée ne saurait jamais affranchir de la misérable crainte ? »