‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 75 sur 1042 · V. SliPTUMBRK · texte numérisé non relu

V. SliPTUMBRK

Il était donc résolument, comme nous l'avons dit, pour la politique de résistance et de répression. Toutefois, il est juste de rappeler que dans le conseil il opina constamment pour que les accusés d'avril ne fussent pas enlevés k la juridiction ordinaire de la cour d'assises pour être livrés à la cour des pairs.

Lors de la proposition de M. Humann, ministre des finuuces, pour la conversion des rentes (février 1836), une nouvelle crise ministérielle eut lieu et M. Thiers se retira, mais pour remonter au pouvoir quelques jours après, comme ministre des affaires étrangères et président du conseil.

C'est de cette époque que date sa scission complète avec M. Guizot et que les deux partis principaux qui ont amené dans la majorité de la Chambre de fréquentes et curieuses oscillations ont été personnifiés dans ces deux hommes d'Etat, qui ont donné aux affaires la principale direction. Tous deux représentaient deux écoles différentes, ou du moins deux nuances bien tranchées, l'un le centre droit, l'autre le centre gauche, l'un le feuillautisme de 1789, l'autre le système doctrinaire et l'école anglaise. On sent bien que de plus longs développements ne seraient pas à leur place ici. D'aiileurs, cette longue lutte parlementaire, qui n'a plus qu'un intérêt historique, n'avait pas seulement pour mobiles des questions de principes, mais encore, répétons-le, des rivalités de portefeuille et u'ambilion.

Le 22 février 1836, M, Thiers avait été placé à la tête d'un nouveau cabinet. Il pré *

THIE

senta une série de projets de loi empreints de l'esprit libéral du centre gauche, sur les chemins vicinaux, la suppression des maisons de jeu et des loteries d/immeublas, la responsabilité ministérielle, la réforme douanière, l'abaissement des tarifs de la navigation intérieure, etc.

Partisun d'une intervention en Espagne contre les carlistes, il ne put faire agréer cette idée à Louis-Philippe et donna sa dé mission le 25 août 1836,

Il continua à prendre une part active aux travaux de la Chambre et fut l'un des chefs de la coalition contre le ministère Mole, dans la session de 1838. Mais il n'entra pas dans le cabinet du 12 mai 1839 et ne reprit le pouvoir qu'au 1er mars 1840, comme président du conseil, avec le portefeuille des affaires étrangères.

Tout en louvoyant entre les partis qui divisaient la Chambre, suivant ses habitudes invétérées, il fit étendre les effets de l'amnistie politique de 1837, mais maintint les lois de septembre et repoussa la réforme électorale et parlementaire.

On sait que ce fut lui qui, dans le but peutêtre de flatteries préjugés populaires, raviva l'idolâtrie napoléonienne en faisant voter un crédit d'un million pour la translation en France des restes de l'empereur.

Outre ses travaux législatifs sur la conservation du privilège de la banque de France, la question des sucres, l'abolition du monopole de la fabrication du sel, etc., cette période de sa vie est encore marquée par ses velléités de guerre à propos de l'éternelle question d'Orient. Il soutenait Méhéinet-Ali contre la Turquie, dans le but de lui assurer la possession de l'Egypte. Après le traité du 15 juillet, conclu entre la Russie, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la Turquie, qui excluait la France du concert européen et qui tendait à affaiblir la puissance égyptienne, M. Thiers fit un peu bruyamment des préparatifs de guerre, rappela les réserves, lit ouvrir des crédits pour l'armée et la marine, déclarer d'utilité publique et d'urgence les fortifications de Paris, embastillement qui parut moins destiné à défendre la capitale qu'k la comprimer, menaça l'Autriche d'une descente en Italie, etc. Ces préparatifs n'aboutirent, pendant des mois entiers, qu'à des agitations stériles, et le bombardement de Beyrouth par les Anglais, le rappel de notre flotte, lai neutralité de la France au milieu de si graves événements vinrent montrer que le système de la paix armée avait prévalu. C'était évidemment une reculade. Ni le roi, ni les Chambres, ni la majorité du conseil ne voulaient se lancer dans les mesures extrêmes, et peut-être que M. Thiers lui-même voulait surtout faire impression sur l'Europe par ses manifestations belliqueuses.

Quoi qu'il en soit, sa politique avait reçu un grave éehec, et, après avoir déjà offert sa démission, il se retira définitivement le 29 octobre, et cette fois pour ne plus remonter au pouvoir pendant tout le règne de Louis-Philippe. Le règne de M. Guizot allait commencer.

Evidemment, M. Thiers s'était laissé jouer par la diplomatie étrangère. Mais il subit bien d'autres attaques ou insinuations, même au sein de la Chambre; on alla jusqu'à dire

3ue des dépêches télégraphiques annonçant es nouvelles de la plus haute gravité, le traité du 15 juillet, la déchéance de Méhémet-Ali , le bombardement de Beyrouth, avaient été tenues cachées dans un but de spéculation de bourse. Ces bruits étaient sans aucun doute calomnieux, mais ils firent néanmoins impression sur le public, M. Thiers y répondit d'ailleurs avec dignité/

Depuis lors, tenu k l'écart, il se voua k ses travaux historiques, tout en prenant une part active aux travaux de la Chambre. Ce fut lui notamment qui fut le président, puis le rapporteur de la commission chargée de l'examen du projet de loi pour les fortifications de Paris. Il demeura le chef du centre gauche, l'inspirateur de l'opposition contre le cabinet Guizot.

C'est dans cette période qu'il publia son Histoire du Consulat et de l'Empire, vaste ouvrage que nous avons amplement analysé k la suite de l'article consulat, et sur lequel nous n'avons pas à revenir ici.

A la tin du règne de Louis-Philippe, son opposition était devenue plus vive, par conviction sans doute, mais aussi dans le but de reconquérir la popularité et le pouvoir. En général, on peut dire de lui que dans sa longue carrière il se souvenait des principes de la Révolution surtout chaque fois qu'il était retombé du gouvernement dans l'opposition.

Lors de la révolution de Février, il fut appelé par la monarchie expirante' k former un cabinet; mais il était trop tard, et la pâle opposition dynastique dont il était le chef a était plus k la hauteur de U situation. Mal accueilli par le peuple soulevé, il fut impuissant k conjurer la crise et contraint de laisser les événements suivre leur cours.

Il avait certainement, et sans le désirer, contribué à la chute du gouvernement de Louis-Philippe, et ce n'est pas nous qui lui en ferons un reproche. Après la proclamation de la République, il ne voulut pas, comme il le dit alors, « rester étranger aux destinées nouvelles de son pays. > Par tempérament, comme par théorie, M. Thiers était toujours

THIE

disposé k accepter les arrêts de la victoire, quitte k prendre sa revanche le lendemain avec une patiente ténacité, car il n'abandonne jamais ses idées particulières.

Bien qu'il eût dit alors le mot célèbre : ■ La république est le gouvernement qui nous divise le moins, » il est certain qu'il ne se ralliait que provisoirement, alors, k cette forme de gouvernement, se réservant un rôle d'opposition sur le terrain légal.

Ecarté aux élections générales, il fut ramené pur les progrès de la réaction et nommé le 4 juin, dans des élections partielles, par quatre départements. Il opta pour la Seine- Inférieure. Tous ses efforts tendirent dos lors k se placer k la tête du parti qui, sous le prétexte de défendre l'ordre, n'avait d'autre but que de renverser la République,

Outre son rôle dans le parlement, il écrivit, pour combattre les idées socialistes, un petit livre assez faible sur la propriété, et dont nous avons donné une analyse bibliographique k la suite de l'article propriété.

Après avoir voté pour l'élection à la présidence de Louis Bonaparte, qu'il méprisait, il s'associa, dans la Législative, à toutes tes mesures de réaction qui préparèrent l'Empire, dont il redoutait l'établissement. On se souvient de soti fameux cri : • L'Empire est failli Hélas 1 il avait lui-même contribué à le faire. Mais on pourrait signaler, dans sa longue existence politique, plus d'une contradiction de cette nature. Ainsi, par exemple, dans son ouvrage sur le Consulat et l'Empire, on retrouve constamment le même respect pour la force et le succès, et cependant, par une inconséquence honorable, il ne s'est pas mis, lors de la restauration de l'Empire, du côté de la force et du succès. Comme député, il réclama toujours les « libertés nécessaires, » et duns son histoire rien ne paraît lui sembler moins nécessaire que la liberté ; il s'est toujours montré attaché au système parlementaire et hostile au gouvernement personnel et, somme historien, il n'a que des éloges ou des excuses pour le gouvernement le plus personnel, le plus absorbant qui fut jamais; il n'a que des paroles de blâme soit pour les opposants si modérés du Tribunat, soit pour ' le corps législatif de 1813,c'est-a-dire pour les seules manifestations parlementaires qui se soient produites pendant cette période.

On pourrait multiplier ces exemples, qui prouvent combien il y a de mobilité dans les idées de M. Thiers, et combien, lorsqu'il faut agir, il se laisse souvent dominer par des considérations tout k fait personnelles.

Arrêté au 2 décembre et jeté u Mazas, M. Thiers fut eiisuitebanni momentanément du territoire français. Après divers voyages, il put rentrer en France dans le mois d'août 1852. Il vécut dès lors dans lu retraite et se consacra à l'achèvement de l'Histoire du Consulat et de l'Empire et k son culte éclairé pour les beaux-arts.

Aux élections de 1863, il fut nommé député par la deuxième circonscription de Paris, et réélu en 1869. Dans cette période de su vie, au milieu d'un parlement servile, soutenu seulement par l'opinion et par le petit groupe de députés indépendants qui composaient l'opposition, il lui fut donné, dans l'âge du repos, de reprendre un rôle actif et de défendre les libertés publiques si indignement violées. Il le fit avec son talent habituel et sa prodigieuse facilité, et c'est au feu de ces luttes qu'il reconquit une certaine popularité.

On sait avec quelle énergie il combattit le funeste projet de guerre contre la Prusse, malgré les insultes d'une majorité seivile (v. guerre du 1870). Mais le langage de ta raison ne fut pas écouté, et M. Thiers, comme tous les patriotes éclairés , eut la douleur de voir le pays précipité dans une criminelle aventure dont il était facile de prévoir l'issue.

A son âge, après un demi-siècle de vie militante, il semblait à la lin de sa carrière; mais, après l'effondrement de l'Empire au 4 septembre, il allait être appelé à d'autres luttes et à une nouvelle destinée.

Lorsque la nouvelle du désastre de Sedan arriva k Paris, il fut évident pour tous que l'Empire ne survivrait pas k cette dernier© honte. M. Thiers présenta au Corps législatif la proposition suivante : ■ Art. 1er. une commission do défense nationale est instituée par le Corps législatif. Art, s. Une Constituante sera nommée aussitôt que les circonstances le permettront. » Mais ce projet, dont l'urgence fut déclarée, parut insuffisant à la conscience publique. Quelques instants plus tard, la République était proclamée (4 septembre 1870) et le gouvernement provisoire, dit gouvernement de la Défense nationale, était installé k l'Hôtel de ville. M. Thiers l'ut, avec Bancel, alors gravement malade, le seul député de Paris qui ne fit point partie du gouvernement nouveau. Il refusa d'y entrer.

Dans une réunion tenue le soir du 4 septembre à l'hôtel de la présidence du Corps législatif et k laquelle assistaient un certain nombre de membres de la Chambre virtuellelement dissoute, il prononça ces paroles: «Jo proteste contre la violence que nous avons subie aujourd'hui et contre toutes les violences de tous les temps dirigées contre nos assemblées; mais ce n'est pus le moment de donner cours k nos ressentiments. Est-il possible de nous mettre en hostilité aveu la gouvernement provisoire en ce moment su*

THIE

prêmeî En présence de l'ennemi qui sera bientôt sous Paris, nous n'avons qu'une chose à faire, nous retirer avec dignité, • Puis, s'adrcssant à deux membres présents du nouveau gouvernement : * Vous vous êtes chargés, dit-il, d'une immense responsabilité. Notre devoir à tous est de faire des vœux ardents pour que vos efforts réussissent dans la défense de Paria, des vœux ardents pour que nous n'avons pas longtemps fous les yeux le spectacle navrant île la présence de l'ennemi. ■ M. Thiers ne se borna pas à faire des vœux. Dans la situation terrible cù l'Empire avait mis la France, il ne voulut point rester à l'écart et saisit la première occasion qui s'offrit à lui de pouvoir être utile à son pays. Le nouveau ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, avait pu constater, dès le 5 septembre, à la suite de longs entre- ! tiensavec un ancien ministre, M. de La Tourd'Auvergne, et avec l'ambassadeur d'Angleterre, lord Lyons, que l'inepte gouvernement de Napoléon III avait entrepris la guerre sans une seule alliance, isolé au milieu de l'Europe hostile. S'il était chimérique de chercher des alliances à la France vaincue, on pouvait du moins espérer obtenir des grandes puissances européennes une intervention utile en faveur de la paix. M. J. Favre proposa à M. Thiers de se rendre dans ce but à Londres, Vienne, Saint-Pétersbourg et Florence. M. Thiers s'empressa d'accepter, quitta Paris le 12 septembre et arriva le lendemain à Londres. Il eut plusieurs entrevues avec lord Grnndville, ministre des affaires étrangères, et avec M. Gladstone; mais tout ce qu'il put obtenir du cabinet anglais, ce fut • la réponse suivante, qu'il consigna dans une lettre adressée a M. J. Favre le 14 septembre : « Si, dans un moment qu'il vous appartient de choisir, vous trouvez utile de vous aboucher avec M. de Bismarck, au camp prussien, l'Angleterre se fera votre intermédiaire, portera au camp prussien l'expression de votre désir et l'approuvera fortement, comme le moyen le plus simple de mettre les parties belligérantes en mesure de s'expliquer et de s entendre, et formera au nom de 1 humanité le vœu de voir bientôt, cesser l'effusion du sang et le calme se rétablir en Europe au moyen d'une 'paix également honorable pour les deux parties. • Malgré tous ses efforts, M. Thiers ne put rien obtenir de plus que cette réponse peu satisfaisante. Sans prendre un moment de repos, il quitta Londres, traversa la France en passant par Tours (19 septembre), où venait de s'établir

Vienne, M. de Beust, chancellerie l'empire, lui déclara qu'il s'était efforcé d'ôter à M. de Gramont toute illusion sur la possibilité d'unealliaiiceentrel'AutricheetNapoléonlII; il ajouta que le gouvernement autrichien était dans l'impossibilité d'aider la France et qu'en Russie seulement pouvait se produire une initiative puissante et efficace pour nous. M. Thiers partit aussitôt pour Saint-Pétersbourg. Le prince Gortschukoff, qu'il s'empressa d'aller voir, lui dit: ■ Vous trouverez ici de vives sympathies pour la France; mais ne vous y trompez point; en Russie, l'empereur seul est le maître ;seul il gouverne; or, l'empereur veut la paix et ce n est pas le neveu du roi de Prusse qui résistera à vos instances, mais le souverain qui Se doit à son peuple et à son peuple seul. Du reste, vous" trouverez auprès de lui des secours pour négocier et pas pour autre chose. On vous aidera à traiter sans perte de temps et, crovezmoi, il n'y a pas autre chose à faire. • L empereur de Russie, qui lui accorda une audience, confirma te langage de son ministre. Il déclara qu'il ne ferait pas la guerre, mais qu'il prêterait son appui à la France dans les négociations etferaitson possible pour qu'elle fît en territoire et en argent les moindres pertes possibles. Peu après, l'empereur Alexandre consentait à faire demander au roi" Guillaume, à Versailles, la faculté pour M. Thiers d'entrer à Paris pour se procurer le pouvoir de signer un armistice, qu'il irait ensuite négocier à Versailles même. En quittant Saint-Pétersbourg, M. Thiers repassa par Vienne, puis se rendit à Florence, où il arriva le 13 octobre. D'après M. Hector Pessard, M. Thiers demanda à Victor-Emmanuel d'intervenir en faveurde la France, non d'une façon diplomatique, mais par les armes. Il lui demanda d'envoyer en France un secours de 100,000 soldats, destinés à opérer sous Lyon, de concert avec les 40,000 Fiançais qui s'y trouvaient réunis. « Le roi Victor- Emmanuel, dit M. Pessard, entraîné par la patriotique éloquence de M. Thiers, ému au souvenir des dettes de gratitude contractées par l'Italie vis-à-vis de la France, approuva sans réserve les projets de M. Thiers; mais, roi constitutionnel, il ne pouvait prendre une résolution fans consulter ses ministres. Il dit à M. Thiers qu'il le ferait assister au grand conseil qu'il venait de convoquer, et tint fidèlement sa promesse. M. Thiers, introduit dans le conseil, y plaida pendant de longues heures la cause «le la France et put croire un instant qu elle était gagnée, car tous les militaires approuvèrent son plan. Les ministres seuls reculèrent. Selon eus, la nation italienne voulait la paix et le maintien d'une stricte neutralité. ■ En résumé, à Florence, comme à Vienne, à Saint-Pétersbourg et à

THIE

Londres, tout ce que le négociateur avait pu obtenir, c'était que les quatre grandes puissances appuieraient la proposition d'un armistice entre la France et la Prusse.

En quittant Florence, M. Thiers se rendit à Tours (?l octobre), auprès de la délégation du gouvernement de la Défense nationale, et lui rendit compte de sa mission. Le 28 octobre, il quitta Tours et partit pour Paris. Grâce à un sauf- conduit, qu'avaient obtenu pour lui l'empereur de Russie et le cabinet britannique, il put traverser le territoire occupé par les Allemands et arriva à Versailles le 30, accompagné d'un officier bavarois. Il avnit été convenu avec le comte de Bismarck qu'il n'aurait pas d'entrevue avec lui jusqu'à ce qu'il eût pu faire compléter à Paris les pouvoirs nécessairement incomplets qu'il avait reçus de la délégation de Tours. Toutefois, pendant les quelques instants qu'il passa à Versailles, il vit M. de Moltke et il causait avec ee dernier lorsque M. de Bismarck entra dans la pièce où se trouvaient les deux interlocuteurs. « Monsieur le comte, lui dit M. Thiers, je ne puis vous parler que pour vous dire que je ne puis vous parler. — Je le comprends, » répondit M. de Bismarck. Après une courte conversation, qui roula sur des choses insignifiantes, M. Thiers put s'acheminer vers le pont de Sèvres et se trouva bientôt dans les lignes françaises. En arrivent à Paris'', il alla voir le général Le Flô, puis se rendit au ministère des affaires étrangères, où il trouva réunis les membres du gouvernement. La nuit fut employée en délibérations et, après une résolution prise à l'unanimité, M. Thiers reçut les pouvoirs nécessaires pour négocier et conclure l'armistice,dont l'idéeavaitété conçue et l'initiative prise par les puissances neutres. Il traversa de nouveau les avant-postes le 31 octobre, arriva à Versailles et, le 1er novembre, à midi, il entra en conférence avec M. de Bismarck. Dans un rapport daté de Tours le 9 novembre 1870, M. Thiers a raconté les péripéties et le résultat de cette entrevue. Il exposa au chancelier prussien qu'il avait pour mission de conclure un armistice ayant pour objet de mettre tin h l'effusion du sang antre les deux nations les plus civilisées du monde et de permettre à la France de constituer, au moyen d'élections libres, un gouvernement régulier avec lequel il serait possible de truiter dans une forme valable. ■ L'armistice proposé était plus qVi'à demi obtenu, dit M. Claretie, lorsque la nouvelle de la journée du 31 octobre arrivant au camp prussien modifia aussitôt, et totalement, les dispositions de M. de Bismarck. Après avoir triomphé de plus d'une exigence du chancelier de la Confédération, M. Thiers croyait toucher ai! but poursuivi, lorsque M. de Bismarck, inquiet et préoccupé, lui annonça la constitution d'un nouveau gouvernement parisien. Dès lors, tout fut dit. M. de Bismarck allait exiger des conditions plus dures, refuser le ravitaillement, réclamer une position militaire dans Paris, un fort, plus d'un peut-être. Les négociations étaient rompues et la Prusse prenait devant le monde et 1 histoire la responsabilité de Cette guerre à outrance que la France ne pouvait plus se dispenser d'accepter. • Ainsi que M. Thiers le ut remarquer à M. de Bismarck, refuser le ravitaillement pendant l'armistice, c'était prendre un mois de la résistance de Paris; exiger un ou plusieurs de ses forts, c'était demander ses remparts; c'était, en fait, demander Paris, puisqu'on aurait donné aux Prusiiens les moyens de l'affamer et de le bombarder. Le 5 novembre, muni d'un sauf-conduit, M. Thiers put avoir, vers les avant-postes français, une entrevue avec M. Jules Favre, à qui il exposa la situation tant au point de vue politique que militaire. Ce dernier retourna à Paris et envoya le lendemain au négociateur la réponse officielle du gouvernement de la Défense. M. Thiers reçut l'ordre de rompre les négociations et fut engagé à se rendre à Tours pour se mettre à la disposition du gouvernement, dans le cas où son intervention serait jugée utile pour des négociations futures.

Pendant la lutte à outrance qui se poursuivit contre les Allemands jusqu'à la capitulation de Paris affamé (28 janvier. 1871), M. Thiers habita successivement Tours et Bordeaux, mais ne joua plus aucun rôle. Lors des élections du 8 février, il l'ut élu député à l'Assemblée nationale par les vingt-six départements suivants : Aube, Bns:>es-Alpes, Bouches - du - Rhône , Charente • In férieure , Cher, Dordogne, Doubs, Drôine, Finistère, Gard, Gironde, Hérault, Ille-et-Vilaine, Landes, Loire, Loir-et-Uher, Loiret, Lot-et-Garonne, Nord, Orne, Pas-de-Calais, Saône-et- Loire, Seine, Seine-Inférieure, Seine- et - Oise et Vienne. Ce fut pour le département de la Seine, où il avait obtenu 102,945 suffrages, qu'il opta. En ce moment, la plus grande partie de la France voulait la paix à tout prix. M. Thiors, qui, après avoir protesté avec tant d'énergie contre la guerre follement entreprise par l'Empire, s'était fait connaître de tous par ses négociations en vue de la paix, devenait l'homme de la situation etse trouvait désigné pour prendre le pouvoir par les vingt-six mandats de député dont il se trouvait simultanément investi. Le 13 lévrier, l'Assemblée nationale tint sa première séance à Bordeaux et accepta la démission du gouvernement de la Défense nationale.

THIE

Quatre jours plus tard, le 17, sur la proposition de MM. Grévy, Victor Lefranc, Dufaure, etc., l'Assamblée nommait presque à l'unanimité M. Thiers chef du pouvoir exécutif de la République française et le chargeait de constituer uti ministère dont il aurait la présidence. Immédiatement après ce vote, les ambassadeurs d'Angleterre, d'Italie et d'Autriche vinrent apporter à M. Thiers, au nom de leurs cours, la reconnaissance du gouvernement que la France s'était donné, et cet exemple fut suivi peu après par les agents diplomatiques des autres puissances. Le cabinet que le chef du pouvoir exécutif forma le 19 février comprenait, avec des anciens membres du gouvernement de la Défense, des représentants des deux partis monarchiques qui se comptaient et songeaient dès cette époque à préparer une restauration. M. Jules Favre prenait les affaires étrangères ; M. Picard, l'intérieur ; M. Dufaure, la justice; M.Jules Simon, l'instruction publique; le général Le Flô, la guerre ; le vice-amiral Pothuau, la marine; M. Lain-. brecht, le commerce, et M. de Larcy les travaux publics.

En faisant connaître à l'Assemblée la composition du ministère, M. Thiers exposa son programme politique, qui fut accepté et qui devait devenir fameux sous le nom de pacte de Bordeaux et de trêve des partis. « Pacifier, réorganiser, relever le crédit, ranimer le travail, dit-il, voilà la seule politique possible et même concevable en ce moment. A celle-là tout homme sensé, honnête, éclairé, quoi qu'il pense sur la monarchie ou sur la république, peut travailler utilement, dignement; et n y eût-il travaillé qu'un an, six mois, il pourra rentrer dans le sein de la patrie le froiit haut, la conscience satisfaite.... Quand cette œuvre de réparation sera terminée, et elle ne saurait être bien longue, le temps de discuter, de peser les théories de gouvernement sera venu, et ce ne sera plus un temps dérobé au pays. Déjà tin peu éloignés des souffrances d'une révolution, nous aurons retrouvé notre sang-froid ; ayant opéré notre reconstitution sous le gouvernement de la république, nous pourrons prononcer en connaissance de cause sur nos destinées, et ce jugement sera prononcé non par une minorité, mais par la majorité des citoyens, c'est-à-dire par la volonté nationale elle-même. » A la suite de ce discours, l'Assemblée nomma unecommission de quinze membres chargés d'assister le gouvernement dans les négociations de paix. Le lendemain, M. Thiers partait pour Versailles, et le 21 il entamait les négociations avec M. de Bismarck. Il lit de suprêmes efforts pour amener ce dernier à n'exiger que des conditions que pût accepter un négociateur français. AU début, le miuistre de l'empereur Guillaume exigeait d'une part 10 milliards d'indemnité, de l autre l'Alsace, la Lorraine avec Metz et Nancy, notre colonie de Pondichéry, une partie de notre Hotte; enfin un traité de commerce et l'entrée à Paris sans condition. Avec de pareilles exigences, il n'y avait plus de possible qu'un appel a la nation et une guerre sans merci avec l'envahisseur. Enfin, après les plus pénibles débats, le 26 février, les préliminaires de paix furent signés sur les bases de la cession de l'Alsace, moins Bolforl, d'une grande partie de la Lorraine, y compris Metz, et le payement de 5 milliards d'indemnité, l milliard au moins devait être payé la première année, et le reste dans l'espace de trois ans. L'ennemi devait occuper une partie du territoire jusqu'à libération Complète; entin les Prussiens devaient entrer à Paris, qui, après avoir enduré héroïquement tant de souffrances, allait recevoir un dernier affront. Le lendemain, M. Thiers retournait à Bordeaux avec la commission qui lui était adjointe, et le 28 il exposa à l'Assemblée le résultat déplorable des négociations. Son discours se terminait par ces paroles : « J'ai engagé ma responsabilité; il faut engager la votre ; tous nous devons prendre notre part de responsabilité. • Le 1er mars, à la suite d'un tràs-remarquable discours de M. Thiers sur les ressources et la situation militaire de la France, l'Assemblée nationale vota les préliminaires de paix par 546 voix contre 107, et ce jour même, à l'unanimité moins 5 voix, elle prononça la déchéance de Napoléon III, comme responsable de l'invasion et du démembrement de la France.

Lorsque l'Assemblée décidu qu'elle quitterait Bordeaux, M. Thiers, voyant la majorité monarchique hostile à l'idée de s'installer à Paris, effrayé du reste de la fermentation qui y régnait, proposa de choisir provisoirement la ville la plus rapprochée, Versailles. A cette occasion (10 mars), M. Thiers prononça ces mots : « J'ai parcouru l'iiurope... Eh bien I j'ai vu que la résistance de Paris relevait le cœur de tous nos amis en Europe, et, pour ma part, je ne pourrais sans me faire horreur à moi-même être ingrat pour cette-grande population qui a relevé la France aux yeux du monde entier, il n'est pas vrai queParis ait été toujours l'auteur oe la guerre civile en France. Il on a été plus souvent le théâtre que l'auteur, a Puis il ajoutait ces paroles : • Quant à moi, je jure devant mou pays et devant l'histoire de ne tromper aucun de vous, de ne préparer aucune solution constitutionnelle à votre insu. Ce serait une sorte de trahison. Je vous le dis ù tous, monarchistes, républicains, ni les

THIE

uns ni les autres vous ne serez trompés. Nous ne nous occuperons que de réorganiser le pays. Si nous sortions de cette tâche, nous nous diviserions et vous aussi. Cependant, qu'il me soit permis de dire aux hommes qui ont donné leur vie à la République : Soyez justes. La réorganisation de la France se fera avec la forme républicaine. Tous les actes émanés du gouvernement s'accomplissent au nom de la République. Ne nous priez pas de ne pas perdre la République. La Ré-

Sublique est dans vos mains ; elle sera le prix e votre sagesse et pas d'autre chose. » Au moment où il fuisait appel à la conciliation, à la sagesse, M. Thiers, ainsi qu'il l'a déclaré dans sa déposition devant la commission d'enquête sur les événements du 18 mars, était sous le coup de la plus vive anxiété. I.a fermentation la plus grande régnait à Paris, aigri par les souffrances du siège, déçu dans toutes ses espérances, exaspéré de la capitulation et de l'entrée des Prussiens dans ses murs, et dont l'irritation avait été portée à son comble en voyant que la majorité de l'Assemblée nationale était hostile à la République. Or, Paris possédait, outre les 2,000 bouches à feu en batterie sur ses murailles, 250 bouches à feu de campagne et des armes et des munitions en quantité. En cas d'insurrection, le gouvernement se trouvait dans la situation la plus difficile, car il ne pouvait disposer que d'environ 25,000 hommes.' M. Thiers avait nommé, le 5 mars, M. d'Aurelle do Paladines commandant en chef des gardes nationales de la Seine. C'était un choix malheureux, parce que ce général, notoirement connu comme royaliste, ne pouvait qu'exciter les défiances de la population parisienne. Le chef du pouvoir exécutif essaya ensuite de se faire remettre les 250 canons qui avaient été réunis à Montmartre lorsque les Prussiens étaient entrés à Paris; mais ses négociations échouèrent et il résolut de les faire enlever de vive force. L'ordre fut donné au général Vinoy de s'en emparer le 18 mars au matin ; mais l'opération ayant été mal conduite ne réussit point : le peuple s'ameuta, empêcha les troupes d enlever les canons, et l'on vit alors commencer cette formidable insurrection du 18 mars qui pendant plus de deux mois resta maîtresse de Paris. M. Thiers concentra à Versailles 22,000 hommes, fit occuper le Mont-Valérien et, malgré le traité qui limitait à 40,000 hommes Tannée de Paris, il obtint de M. de Bismarck que cette armée fût portée à 100,000, puis à 130,000 hommes, et qu'il facilitât cet accroissement de forces en renvoyant un nombre considérable de prisonniers. En même temps, M. Thiers faisait transporter devant Pans une artillerie formidable et donnait au maréchal de Mac-Mahon le commandement de l'armée assiégeante (il avril). En ce moment, toute tentative de conciliation avait échoué, La mission de l'amiral Saisset n'avait pas abouti ; Paris avait élu les membres d'une Commune qui prit en main le gouvernement de la ville. Vainement, M.Tbiers avait dit dans son discours du 27 mars : « A ceux qui nous accusent de préparer une solution monarchique, je donne un démenti formel. Je le répète encore une fois : nous avons trouvé la République comme un fait accompli; nous avons pris le gouvernement avec ce fait. Rien dans nos actes no tendra à changer ce fait établi. Je ne trahirai pas la forme du gouvernement que nous avons trouvée. Je le jure devant Lieu et devant les hommes. » Ces paroles furent accueillies avec défiance à Paris, et le 3 avril la guerre civile éclata. Nous n avons pas à raconter ici ce lugubre épisode de notre histoire, ni la compression rapide des mouvements communalistes qui éclatèrent à la fin de mars à Lyon, à Marseille et à Toulouse. M. Thiers, pour empêcher le mouvement de s'étendre, s engagea formellement envers des délégués municipaux de plusieurs grandes villes de province à maintenir le gouvernement de la République, et il demeura fidèle à cet engagement, ce qui commença à lui aliéner une partie des monarchistes de l'Assemblée. Le 8 mai, il adressa aux Parisiens une proclamation pour les engager à secouer euxmëines le joug de la Commune. Le comité' de Salut public se chargea de lui répondre en prenant, le 10, un arrêté portant que les biens meubles du chef du pouvoir exécutif seraient saisis et que sa maison de la place Saint-Georges serait rasée. Ce même jour, M- Jules Favre signait à Francfort le traité de paix avec la Prusse, qui fut ratifié huit jours plus tard .par l'Assemblée. Le 11 mai, s'adressant à des membres de la majorité qui se plaignaient de la lenteur des opérations contre Paris, M. Thiers les apostrophait en ces termes : « 11 y a parmi vous des imprudents qui sont pressés. 11 faut huit jours encore ; au bout de ces huit jours, il n'y aura plus de danger et la tâche sera proportionnée a leur courage et à leur capacité. •

Dix jours plus lard, le 21 mai, l'armée de Versailles pénétrait dans Paris. 11 ne fallut pas moins île sept jours pour vaincre la plus formidable des insurrections, qui fut étouffée dans'des flots de sang. Dans celte effroyable lutte, il appartenait au chef de l'Etat, alors tout-puissant, de l'aire entendre la voix de l'humanité et d'empêcher l'horrible hècatoffibu humaine qui marquera parmi les plus tristes pages de notre histoire. M. Thiers ne songea point à intervenir. Devenu maître de Paris,

THIE

il continua avec une ardeur juvénile, avec une infatigable activité, à diriger les affaires île l'Etat et à intervenir directement, avec une extrême fréquence, dans les débats de l'Assamblée. Le 5 juin, il nomma M. Lambrecht ministre de l'intérieur, M. Victor Lefranc ministre du commerce et le général Cissey ministre de la guerre. Trois jours l'ius tard, il intervint dans la discussion du projet de loi relatif à l'abrogation des lois qui bannissaient les princes de la maison de Bourbon. Il déclara qu'il avait toujours considéré les lois dites de proscription comme des lois de précaution, renouvela ses déclarations en faveur du maintien de la République, demanda qu'on continuât la politique du pacte de Bordeaux et prononça ces paroles, si souvent répétées depuis parles monarchistes : «On a dit ; « La République n'a » jamais réussi ; •>. c'est vrai, j'en demande pardon à ceux qui m'écoulent, dans les in;iins des républicains. «Mais ce paradoxe d'u ne République dirigée par les adversaires déclarés de ce régime, M. Thiers en devait reconnaître plus tard l'inanilé. Le 20 juin, il lit voter par l'Assemblée la loi qui autorisait Un emprunt national de 2 milliards pour commencer k payer la rançon exigée par la Prusse. Le 22, il déclina le droit de grâce qui lui avait été conféré le 17 du même mois, et l'Assemblée y suppléa par la nomination d'une commission de quinze membres dite commission des grâces. Lors des élections complémentaires du S juillet suivant pour l'Assemblée nationale, le pays envoya en très-grande majorité des républicains, et l'on remarqua que, sur vingt-cinq députés nommés en remplacement de M. Thiers, qui avait- opté pour Paris, vingt-deux étaient favorables à la République. Le rôle de modérateur que le chef du pouvoir avait cessé de remplir depuis qu'il était à la tête des affaires, surtout pour combattre les exigences impolitiques de la majorité, il dut le remplir de nouveau lorsque le 22 juillet, eut lieu devant l'Assemblée la discussion relative à la pétition de plusieurs évéquesqui exigeaient que le gouvernement intervint auprès des puissances étrangères pour rétablir le. pape dans son ancien pouvoir temporel. Aux outrecuidantes prétentions des cléricaux, U répondit par ces paroles pleines de sens : ■ L'Italie est faite. Il y a une Italie, il v a-un royaume d'Italie qui a pris place parmi les puissances considérables de l'Europe, Que voulez-vous que nous fassions? 11 faut parler net; il ne faut pas nous imposer une diplomatie qui aboutirait à ce que vous désavoueriez publiquement , c'est-à-dire ta guerre... Lorsque toute i'Europe, les yeux fixés sur l'avenir, compte avec une des grandes puissances que le malheureux aveuglement du gouvernement déchu a créée, lorsque tout le monde compte avec elle, vous voulez que, seul, je, prépare contre elle des rapports qui pourraient compromettre l'avenir, Eh bien I messieurs, non, je ne puis j>as en prendre l'engagement. » Le 2 août, M. Thiers appela M. de Rémusut à succéder ù M. J. Favre comme ministre des affaires étrangères et fit payer à la Prusse le premier milliard de l'indemnité de guerre.

Cependant, la lutte entre le gouvernement, qui s inspirait de l'esprit du pays et la majorité réactionnaire de l'Assemblée commençait à se manifester visiblement. Dans le but d'affermir le pouvoir précaire du chef de l'Etat, M. Rivet fit à l'Assemblée, le 12 août 1871, la proposition suivante : i Considérant qu'il importe, pour répondre aux vœux du pays, de satisfaire aux intérêts les plus pressants du travail et du crédit, de donner des garanties nuuvelles de durée et de stabilité au gouvernement établi, l'Assemblée nationale décrète : Article l*'. M. Thiers exercera, sous le litre de président de la République, les fonctions qui lui ont été dévolues par le décret du 17 janvier dernier. Article 2. Ses pouvoirs sont prorogés de trois ans. » Le même jour, M. Adnet présentait la proposition suivante : t L'Assemblée, confiante dans la sagesse et le patriotisme de M. Thiers, lui continue son concours et, au nom du puys reconnaissant, lui continue les pouvoirs qu'elle lui a confiés à Bordeaux. » Pendant que ces deux propositions étaient soumises k l'examen d'une commission, un incident très-vif se produisit à l'occasion du vote de dissolution de toutes les gardes nationales exigée par la majorité {24 août). Près de quatre cents membres ayant demandé que la dissolution fût immédiate, M. Thiers essaya de leur prouver qu'ils avaient tort. Interrompu bruyamment et fréquemment, il se sentit pi que uu vif et dit : « Si, lorsque le gouvernement que vous avez institue croit que vous vous trompez, vous ne voulez pas l'écouter, il n'a qu'une chose à faire I » lit les rumeurs continuant : < Je n'ajoute plus qu'un mot, dit-il, je sais la résolution que me commande le spectacle auquel j'assiste. Je n'ai rien de plus 11 iire à l'Assemblée, i M. Thiers descendit de la tribune aux applaudissements de la gauche, et lu majorité, comprenant qu'cl.e était allée trop loin, déclara qu'elle donnait carte blanche au gouvernement pour procéder, quand il le jugerait opportun, au désarmement. Le 30 août, l'Assemblée vota la proposition de M. Vitcl, par laquelle elle se reconnaissait le pouvoir constituant, et le lendemain elle vota la proposition Rivet, amendée en ce sens que les pouvoirs de M. Thiers, à qui e'Ja conférait le titre de président de la

THIE

République, ne devaient (Inh qu'avec la dissolution de l'Assemblée.

Pendant les derniers mois de Vannée 1871, M. Thiers s'occupa de l'éiablissement de nouveaux impôts pour équilibrer le budget et des moyens de libérer le plus promptement possible le territoire. Dès te 11 septembre, le ministre des affaires étrangères, M. do Rémusat, annonçait que les Allemands venaient d'évacuer les forts de la rive droite de la Seine, les départements de la Seine, de Seineet-Oise, de Seine-et-Marne et de l'Oise. Du 16 septembre au 4 décembre, pendant la prorogation de l'Assemblée, on vit se produire peu de faits notables. Nous nous bornerons à, citer l'envoi de M. Pouyer-Quertier à Berlin pour terminer les négociations relatives au traité douanier (7 octobre), l'élection des conseillers généraux (8 octobre), la nomination de M. Casimir Pêrier au poste de ministre de l'intérieur (11 octobre), la promulgation de la convention additionnelle au traité de paix entre la France et l'Allemagne, signée a Berlin le 12 octobre, et la convention séparée conclue à la même date relativement à l'évacuation, par les troupes allemandes, de six départements et au payement du quatrième demi-milliard de l'indemnité deguerre; la suspension des journaux l'Avenir libéral et le Pays (17 novembre) et du. Kappel (2* novembre).

Après la rentrée en session de l'Assemblée, M. Thiers'lui lut un long message (7 décembre), dans lequel il exposa le tableau de la situation politique, financière et économique du pays. Dans les derniers jours de cette année, le président de la République se prononça, devant la commission d'initiative, en faveur de la proposition Duchâtel, demandant le retour de l'Assemblée à Paris, et prit une part des plus importantes aux questions relatives aux impôts qui furent alors débattues. Partisan acharné du vieux système protecteur, il manifesta son intention de demander l'abrogation des traités de commerce qui avaient pour base les idées libre échangistes, combattit avec une ardeur passionnée le projet d'impôt sur le revenu (26 et 27 décembre) et proposa avec non moins d'ardeur l'impôt sur les matières premières au commencement de janvier 1872. Ce fut pendant le cours de ces débats qu'eurent lieu, le 7 janvier, dix-sept élections complémentaires à l'Assemblée'nationale, élections qui montrèrent une fois de plus quels progrès la République avait faits dans le pays. Après dix-huit jours de discussion , l'Assemblée adopta k soixante-dix voix de majorité la proposition Feray, aux termes de laquelle le principe de l'impôt sur les matières premières était momentanément" écarté (19 janvier). Irrité de cet échec, M. Thiers adressa à M. Grévy, président de l'Assemblée, un message dans lequel il donnait sa démission. Mais cette démission, l'Assemblée ne voulut point l'accepter, et dans un ordre du jour elle déclara, le 2C janvier, que le vote de la veille ne saurait impliquer le refus du concours qu'elle avait toujours donné au gouvernement. Sur les instances d'un grand nombre de membres de la gauche, M. Thiers consentit à. reprendre le pouvoir. Le 2 février, l'Assembléo accorda au président de la République la faculté de dénoncer les traités de commerce avec l'Angleterre et la Belgique; muis.ee jour même, la majorité repoussa la proposition Duchâtel, demandant le retour de l'Assemblée à Paris. M. Casimir Périer, à la suite de ce vote, remit sa démission de mi- , nistre de l'intérieur et fut remplacé par M. V. Lefranc (6 février). Nous n énuméreroiis pas ici les nombreuses lois financières ou politiques qui furent votées à partir de cette époque sur l'initiative ou avec l'approbation du gouvernement; nous nous bornerons à citer celles contre l'Internationale (13 mars) et sur la déportation (23 mars).

Bien qu'avant soixante-quinze ans, M.Thiers continuait a mettre une activité infatigable au service de l'Etat et de ses idées, qu'il tenait essentiellement à imposer. Lorsque M. Pouyer-Quertier eut donné sa démission de ministre des finances (5 mars), à la suite de sa déposition, qui fit scandale, dans le procès de M. Janvier de La Motte, M. Thiers, n'ayant point encore de ministre des finances définitif, s'empressa de saisir cette occasion pour en jouer le rôle et traiter la question du budget. Il demanda l'augmentation des dépenses de l'armée (15 mars) et, trois jours plus tard, il soumit à la commission des tarifs des douanes un nouveau projet de tarif sur les textiles. Le 22 murs, il demanda et obtint l'ajournement indéfini de l'interpellation sur la pétition des évêques, donnant ainsi le coup de grâce k une démonstration ultramontaine aussi stérile qu'iinpolitique. Enfin, le 30 mars, à l'occasion de la prorogation de l'Assemblée jusqu'au 22 avril, il prononça un grand discours sur la situation de la t-ance et de l'Europe.

Pendant les vacances de l'Assemblée , M. Thiers nomma M. de Goulard ministre des finances et lui donna pour successeur au ministère da l'agriculture .M. Teisserenc de Bort, qui partageait ses idées économiques quelque peu surannées (23 avril). Le 27 mai commença la discussion de la loi sur le recrutement de l'armée. M. Thiers s'empressa d'y intervenir. Malgré son étonnante lucidité d'esprit, le présideut de la République n'avait point paru comprendre la nécessité du ser-

THIE

vice obligatoire universel, nécessité surabondamment démontrée par la guerre de 1870-1871. Aussi routinier sur cette question que sur les questions commerciales, il n'hésita point à se jeter en travers des idées qui .s'imposaient non-seulement à la nation, mais même k la majorité de l'Assemblée. Toutefois, il finit par en accorder le principe, mais il y ajouta des tempéraments qui tendaient k l'annuler et exigea un long temps de service sous les drapeaux. La vive résistance que lui opposa la commission de la loi militaire l'amena à transiger; néanmoins, il voulut que le temps du service militaire actif fût au moins de cinq ans. Dans deux grands discours qu'il prononça devant l'Assemblée, le 8 et le 10 juin , il demanda impérieusement à la Chambre de repousser les quatre ans de service proposés par le général Chareton, en déclarant qu'il donnerait sa démission si cet amendement passait. Cette persistance à poser à la Chambre une sorte d'ultimatum toutes les fois qu'il voulait emporter un vote, produisit l'impression la plus déplorable. Ceux-là mêmes qui pensaient que le chef du pouvoir avait rendu les plus grands services protestaient intérieureiiientcoiitre ce qu'ils regardaient, à juste titre, comme une violence réelle faite à leur liberté.

Bien que M. Thiers fût toujours l'homme de la situation, sa politique d'équilibriste ne satisfaisait absolument aucun parti. Les républicains voyaient toujours en lui l'ancien ministre de Louis-Philippe, gouvernant avec l'état de siège et avec des fonctionnaires pris pour la plupart dans la réaction, acceptant la République, mais k la condition qu'elle fût coulée dans le moule de la monarchie constitutionnelle et qu'on exclût du gouvernement les républicains demandant la réalisation des idées démocratiques. D'autre part, les partisans de la monarchie, convaincus au début que M. Thiers s'empresserait de jouer le rôle de Monk, n'avaient pas vu sans inquiétude, puis sans irritation, cet homme

. d'Etat répéter k diverses reprises qu'ayant été charge, comme d'un dépôt, de la République, il rendrait ce dépôt intact, et que la République bénéficierait de ce qui avait été fait en son nom. Tous, du reste, reconnaissaient que M. Thiers avait fait preuve d'autant d'intelligence que de dévouement dans la tâche qui lui était incombée de réparer les maux que l'Empire avait légués à la France ; mais tous se demandaient également avec inquiétude ce qu'il adviendrait le jour où l'œuvre de réparation terminée, le territoire délivré de l'étranger, on verrait Se poser fatalement la question de savoir qui l'emporterait, de la République ou de la monarchie. Les républicains, bien qu'en minorité k la Chambre, voyaient leur nombre s'accroître à chaque nouvelle élection partielle. Les monarchistes en éprouvaient une vive irritation, et bientôt ils en arrivèrent à rendre M. Thiers responsable du mouvement qui se produisait contre eux dans le pays. Pour eux, il importait au plus haut point de mettre un ternie à cet étal de choses, et ce fut dans ce but que les députés de la droite et du centre droit envoyèrent, le .20 juin 1872, neuf de leurs memLires,.MM. Changurnier, de Broglie, Saint-Marc Girardin, d'Audiffret-l'asquier, Audren do Kerdrel , Batbie , Depeyre , La Rochefoucauid-Bisaceiaet deCumont, auprès de M. Thiers pour lui demander de s'inspirer dans tous ses actes des vues de la majorité monarchique. Tout en affirmant qu'il était autant que personne attaché aux idées conservatrices, le président de la République leur répondit qu'il était en désaccord avec eux sur la conduite à suivre pour la défense de ces mêmes idées, et qu'il ne pouvait s engager dans la voie qu'ils lui indiquaient. L'échec de la • manifestation des bonnets h poil • causa à la majorité monarchique une irritation profonde contre M. Thiers, et dès lors sa chute fut résolue. Bien que partisan de la monarchie constitutionnelle, cet homme d'Etat avait trop de clairvoyance pour ne pas comprendre que, si les légitimistes, les orléa-

'nistes et les bonapartistes pouvaient s'entendre pour renverser la Republique, il était devenu impossible à aucun d'eux d'obtenir une majorité dans le pays, et que, si par impossible une restauration quelconque avait lieu, la France se trouvait fatalement poussée vers de nouvelles révolutions. Quelque discutable que soit en M. Thiers l'homme politique, ou ne saurait lui dénier un ardent patriotisme, et c'est au nom du salut de Ja patrie que ce monarchiste en était arrivé k conclure que le seul gouvernement possible était la République, mais aussi que la République devait, pur la prudence et la modération de son gouvernement, se concilier les intérêts, toujours si prompts à s'effrayer. Aussi n hésita-t-il point à faire, le 12 juillet suivant, au milieu des protestations indignées des monarchistes, la déclaration suivante : • Je ne sais quelle sera la forme future du gouvernement; mais si je puis quelque chose à celle-ci, ce sera la République conservatrice, oui, la République conservatrice. ■

Au moment où avait lieu la manifestation des bonnets à poil, le chef de l'Etat était occupé à hâter la grande œuvre de la libération du territoire , son plus beau litre de gloire. Le 29 juin 1872, M. de Rémusat, ministre des affaires étrangères, signait avec le comte d'Arniin, ambassadeur d'Allemagne, une convention qui réglait les condi-

THIE

tïonsde payement, parla France, des sommes qu'elle devait encore à la Prusse pour l'indemnité de guerre et de l'évacuation du territoire par les troupes allemandes. Le 10 juillet, l'Assemblée vota la loi qui autorisait le gouvernement à contracter dans ce but un emprunt de 3 milliards. La souscription k l'emprunt, ouverte le 28 juillet, fut close le lendemain. Le total de la souscription s'éleva à plus de 41 milliards, succès colossal qui montrait l'étendue du crédit de la France sous le gouvernement républicain. Quelques jours auparavant, le 17 juillet, M. Thiers avait soulevé de nouveau la question d'impôt sur les matières premières, en demandant, celte fois, un débat h fond, et repoussé l'ajournement qu'on avait proposé sur ce sujet. C'est dans cette discussion que M. Thiers, abordant la solution qu'il désirait, prononça avec une grande vivacité ces mots, qui firent demander un rappel à l'ordre : « Je défie qu'on trouve un homme sérieux qui ne pense pas comme moi sur cette question. iA la demande du rappel à l'ordre, M. Thiers répondit :' ■ Soit! un rappel à l'ordre ou un vote de confiance! ■

Pendant les vacantes de l'Assemblée (4 août-ll novembre 1872), les seuls événements notables qui se produisirent furent l'expulsion du territoire , par ordre de M. Thiers, du prince Napoléon Bonaparte, qui se trouvait chez M. Maurice Richard; les élections législatives du 20 octobre, qui envoyèrent à Ta Chambre six républicains sur Sept députés; enfin le choix fait par la reine d'Angleterre et le roi de Portugal de M. Thiers pour statuer, comme arbitre, sur un différend existant depuis plusieurs années entre les deux gouvernements.

Le 13 novembre, M. Thiers lut à l'Assemblée, qui venait de se réunir, un message i dans lequel il proclamait la nécessité de fonder définitivement la République. Cette lecture fut accueillie par les murmures de la droite, et un de ses membres, M. de Kerdrel, demanda aussitôt et obtint la nomination d'une commission chargée d'examiner le message et d'y répondre. Le 18, à la suite d'une interpellation du général Changaruier sur la discours prononcé k Grenoble par M. Gambetla le 6 septembre, le nombre des votants, par suite d'un grand nombre d'abstentions, n'ayant point atteint la majorité exigée par le règlement, M. Thiers, irrité au plus haut point, déclara que, puisqu'on lui refusait un vote de confiance, il donnait sa démission. Ce ne fut que sur les instances de plusieurs républicains , délégués par leurs bureaux, qu'il consentit à ne pas donner suite à une résolution qui eût si bien fait les affaires de la droite. Appelé à prendre la parole devant la commission nommée sur la demande da M. de Kerdrel, M. Thiers y fit, le 23 novembre, la déclaration suivante : • Je soutiens la République parce que mon honneur y est engagé et parce que ma raison me dit que c'est une nécessité. Mon honneur est engagé k soutenir la République, parce que c'est elle dont le dépôt m'a été confié par le pacte de Bordeaux.» Ces déclarations n'étaient nullement du goût de la majorité de la commission, qui choisit pour rapporteur M. Batbie et résolut de renverser M. Thiers s'il n'appelait au ministère les chefs des partis monarchiques. La 28 novembre, M. Batbie engagea le débat devant l'Assemblée en présentant son rapport, dans lequel il demandait un gouvernement de combat; le lendemain, M. Thiers prononça un discours mémorable et obtintencore une fois gain do cause; l'Assemblée vota, par 372 voix contre 335, J'amemleinenl du ministre de la justice, M. Dufaure, demandant la nomination d'une commission de trente membres, chargée do présenter des projets de loi sur les attributions des pouvoirs publics et sur la responsabilité inin;stérielle.

Les monarchistes se vengèrent do cet échec en forçant M. Victor Lefranc k donner sa démission de ministre de l'intérieur (30 novembre) et en obtenant une grande majorité lors de la nomination de la commission des Trente (5 décembre). Le 7 décembre, M. de Goulard prit le portefeuille de l'intérieur; M. Léon Say le remplaça aux finances et M. de Fourtou devint ministre des travaux publics. Le u du même mois, la Chambre repoussa la demande qui lui était faite de se dissoudre, et, le 21, elle abrogea le décret de 1852 qui avait confisqué les biens de la famille d'Uriéans, A partir du vote de cette loi, les royalistes reprirent avec une ardeur nouvello leur projet d'amener la fusion des deux branches de la famille dos Bourbons et le prompt rétablissement de la monarchie.

Pendant les premiers mois de l'année 1873, M. Thiers fut entendu, a plusieurs reprises, par la commission des Trente, qui se livra à d'interminables discussions byzantines et fit adopter par l'Assemblée, le 13 mars, un projet de loi qui avait surtout (jour objet d'empêcher le président de la République de prendre la parole à la Chambre. Le 15 mars, M. Thiers signa avec l'Allemagne un traite pour la libération anticipée du territoire, et le 17 il annonça à la Chambre que, la 5 septembre suivant, le dernier soldat allemand aurait évacué le territoire. La nouvello do ce traité produisit dans le pays tout entier une émotion et une joie profondes. L'Assemblée nationale, en grande majorité, s'associa

THIE

à r.es sentiments et déclara que M. Thiers avait bien mérité de la patrie (17 mars 1873).

Deux mois plus tard, M. Thiers était renversé du pouvoir par cette même Assemblée, A l'article mai 1873 (révolution parlementaire du 24). nous avons raconté comment et à ta suite de quelles circonstances les meneurs des deux partis monarchistes s'étaient coalisés avec les bonapartistes pour renverser RI. Thiers, s'emparer du pouvoir et établir contre les républicains un gouvernement de Combat qui, d'après eux, devait infailliblement amener la restauration de la monarchie, que la France en voulût ou non ; nous avons raconté cette grande lutte parlementaire des 23 et 24 mai, pendant laquelle, avec tin admirable bon sens et une saisissante clairvoyance, M. Thiers démontra à la Chambre et'au pays que, dans l'état des partis, toute restauration monarchique était impossible; que le seul gouvernement qui pût assurer à la France l'ordre et la liberté, la mettre à l'abri des révolutions périodiques était la République ; nous avons dit enfin comment la subite défection du groupe Target donna la majorité aux coalisés et comment M. Thiers, ne voulant pas se faire l'instrument des folles et menaçantes intrigues des monarchistes, descendit volontairement du pouvoir.

Nous n'y reviendrons donc point ici.

M. Thiers, en quittant le gouvernement de la France, recueillit les plus vifs témoignages de sympathie et n'eut plus qu'à attendre quel 'événement démontrât la justesse de ses prévisions. Il avait rendu à la France deux inappréciables services, celui d'avoir débarrassé avec une prodigieuse rapidité le pays de l'occupation étrangère et le service non inoins grand d'avoir attiré a la République toute la partie riche et influente de iabourgeoisie qui, n'étant pas aveuglée par l'esprit de parti, joignait la clairvoyance à un libéralisme véritable. A partir du 24 mai 1873, il ne prit que très-rarement part aux débats de 1 Assemblée, mais il resta le véritable chef du parti républicain conservateur et il contribua puissamment à amener l'union des trois groupes de la gauche, à imprimer au parti républicain tout entier cet esprit de sagesse politique et de modération qui lui ont valu, malgré l'acharnement des partis hostiles coalisés, un triomphe final.

Si M. Thiers parla peu k la Chambre, en revanche il parla beaucoup au pays. Au moment même où, la fusion étant faite, les monarchistes entonnaient un chant de triomphe, le 29 septembre 1873, M. Thiers écrivit au maire de Nancy une lettre qui eut un grand retentissement. • Bientôt, disait-il, nous aurons à défendre, non-seulement la République qui, pour moi, reste le seul gouvernement capable de rallier au nom de l'intérêt commun les partis si profondément divisés, mais tous les droits de la Fiance, ses libertés civile, politique et religieuse, son état social, ses principes qui, proclamés en 1789, sont devenus ceux du inonde entier; son drapeau enfin, sous lequel l'univers la connaît... C'est tout cela qu'il nous faudra bientôt défendre, non par des moyens trop faciles à dénaturer, mais par la froide et solide raison, J'irai donc vous visiter, non pas aujourd'hui, mais plus tard, lorsque, la crise que nous traversons franchie, nous pourrons nous réjouir en sécurité et en repos de la libération du territoire. » Dans ses nombreux entretiens, il ne cessa de proclamer que la tentative de restauration ne pouvait aboutir, que son échec ne ferait qu'ajouter une démonstration nouvelle à la nécessité de la Republique, et, lorsque le piteux avortenient des projets des monarchistes eut prouvé qu'il avait raison, il continua à plaider en faveur de ce qui était devenu le" besoin impérieux du pays, l'organisation définitive du gouvernement républicain.

Pour la première fois depuis le 24 mai, M. Thiers reparut à la tribune de l'Assemblée le 27 mars 1874 pour prendre part à la discussion au sujet des fortifications de Paris. Il se prononça, mais sans succès, pour qu'on fortifiât immédiatement les points que, de l'avis de tout le monde, il était urgent et nécessaire de garantir par des fortifications nouvelles, mais qu'on ajournât jusqu'à plus ample étude le vote des fortifications sur les points contestés. Au mois de septembre de celle même année, il fit un voyage en Italie et eut à son passage à Turin une entrevue avec le roi Victor-Emmanuel. S'étant arrêté, à la fin du même mois, k Vizille , chez M. Casimir Périer, il y reçut la visite des notabilités républicaines de l'I- - sère. Dans un discours qu'il leur adressa, il prononça ces paroles ; « On a renversé un gouvernement qui avait fait la paix, rétabli l'ordre, le crédit, les finances, l'armée, parce qu'il ne se prétait pas au rétablissement de la monarchie. Eh bien! cette monarchie, l'at-on établie? Non. On a usé le temps et les forces du pays en tiraillements qui nous affaiblissent et qui, aux yeux de l'Europe, ne nous laissent ni la realité ni l'apparence d'une politique ferme, arrêtée dans ses vues, sachant et pouvant ce qu'elle veut. La question reste donc la même. La monarchie ne répond pas à l'étal des choses et des esprits en France. D'ailleurs, la concurrence de trois partis voulant des dynasties et des institutions différentes, prêts à se coaliser contre le trône qu'on aurait élevé rond toute monarchie' pratiquement i'n|.".ci-ib!t). Eli bien 1

THIE

puisqu'on ne peut avoir la monarchie, il faut avoir la République, l'avoir sage, bien ordonnée, mais franche, sincère, s'appelant de son nom , pour n'être pas d'avance déconsidérée comme un mensonge. »

Le 25 février 1875 , l'Assemblée nationale faisait enfin ce que, presque deux ans auparavant, lui avait demandé M. Thiers et ce qui l'avait fait tomber du pouvoir : elle votait une constitution républicaine. La République reconnue en principe, il restait la question d'application, la question de savoir quel esprit devait présider aux élections futures. M. Thiers, voulant faire connaître'son opinion sur ce sujet, profita d'une invitation qui lui fut faite à Arcachon, et à laquelle assistaient les principaux représentants du parti républicain dans la Gironde, pour prononcer un discours des plus remarquables (17 octobre 1875). Il y montra la question de la monarchie vidée une fois pour toutes par l'inanité des efforts des monarchistes euxmêmes, rappela que les coalisés du 24 mai n'avaient cessé de donner depuis lors le spectacle monotone et triste de l'impuissancedes partis, s'accusant les uns les autres d'être impossibles ; il réfuta l'une après l'autre les objections des ennemis de la République, expliqua, par un brillant tableau des changements introduits dans la politique des cabinets européens depuis 1830, qu'il était erroné de prétendre que la République française resterait isolée au milieu de l'Europe monarchique par cela seul qu'elle était une République ; enfin, abordant la question relative à la conduite à tenir sur les moyens de faire réussir la République votée, M. Thiers dit ces paroles : « Les élections approchent, et c'est à la France qu'il appartient d'imprimer au gouvernement l'unité dont il a absolument besoin ; que , se gardant de tout esprit d'exclusion, car les' gouvernements exclusifs sont stériles, la France, agissant avec discernement, accueille tous les hommes qui ont su prendre leur parti et se garde de ceux qui, républicains le jour du scrutin, se hâteraient, le lendemain, d'expliquer leur profession de foi par l'article de ny lois constitutionnelles qui stipula la révision. > Comme on le voit, M. Thiers reconnaissait ce qu'il y avait de paradoxal dans la théorie qu'il émettait, trois ans auparavant, aux applaudissements des monarchistes, d'une République sans républicains.

Lors des élections sénatoriales faites par l'Assemblée, M. Thiers contribua à la tactique habile qui eut pour résultat de faire nommer cinquante-six sénateurs républicains sur soixante-quinze sénateurs k vie (décembre 1875). Il ne voulut point qu'on posât sa candidature au Sénat devant l'Assemblée, préférant faire partie des deux cent vingtcinq sénateurs élus par le suffrage à deux degrés. Plusieurs départements lui ayant offert la candidature, il ne voulut accepter que celle de Belfort, dont il était parvenu, lorsdes préliminaires de paix avec la Prusse, à conserver le territoire à la France. Le 30 janvier 1876, M. Thiers a été élu presque à l'unanimité sénateur dans ce collège électoral.

Outre de nombreux articles publiés dans le Globe, le National, V Encyclopédie progressive, la Revue française, la Revue des Deux- Mondes, ses discours politiques, dont beaucoup ont été publiés séparément, et les deux grands ouvrages dont nous avons parlé plus aut, on doit à M. Thiers : Law et son système de finances (1826), réédité sous le titre d'Histoire de Law (1858, in-lï); la Monarchie de 1830 (1831, in-8») ; Vu droit de propriété (1848, in-18); Ou communisme (1849, in-12); Sainte-Hélène (1862, in-12) ; Waterloo (1862, in-12); Congrès de Vienne (1863, in-12). Enfin, depuis -quelques années, M. Thiers prépare un important ouvrage philosophique dans lequel il doit condenser ses vues sur les questions les plus importantes agitées dans notre temps.

Tbior* (portraits dis), David d'Angers n fait de M. Thiers un médaillon de bronze qui a été lithographie par Marc ; cet homme d'Etat est représente de profil, sans les lunettes qu'il porte habituellement. Cet accessoire n'a rien de sculptural, il faut en convenir, mais il donne à la physionomie un caractère particulier et très-expressif; le supprimer, c'est altérer la ressemblance du personnage qui en est pourvu; les peintres n'ont aucun motif de faire cette suppression. Paul Delaroche, cependant, a cru, comme David d'Angers, qu'il convenait de dépouiller M. Thiers de ses lunettes dans le portrait qu'il a fait de lui en 1S56. M. Louis Ulbach a écrit, au sujet de cette peinture, les lignes suivantes dans la Revue de Paris (1857) : « Nous ne pensions pas qu'on pût faire de ce petit homme vif, spirituel, trivial, la représentation d'un homme d'Etat. Je n'ai jamais cru que M. Thiers ait été ministre en France. J'ai toujours pensé que c'était un faux bruit flatteur que ses amis faisaient courir. Mais le portrait peint par Delaroche m'a ébranlé. Par un habile arrangement, ce petit homme, qui monte l'escalier de la tribune et qui n'y est pas encore, gagne à l'exhaussement des marches une sorte de piédestal par occasion, qui lui donne une taille sérieuse. Il y a dans sa figura, dont on a ôlé les lunettes, de l'esprit et de la fermeté; ce n'est pas Mirabeau, ce n'est pas Danton, ce n'est pas uu tribun

le

THIE

ni un homme d'Etat : mais c'est un homme d'affaires qui porte 1 éclair de l'intelligence dans son oeil, la réflexion et la verve sur les lèvres, et qui tient h la main un rapport sur le budget, dont il va expliquer, détailler, démonter e,t remonter toutes les pièces devant un auditoire surpris et charm". Ce portrait en prose a une éloquence de vérité mathématique qui en fait une oeuvre remarquable, 11 fallait, sans l'idéaliser, faire de M. Thiers un premier ministre. C'est là ce qu'a cherché M. Delaroche, et c'est ce qu'il a merveilleusement atteint. » Le tableau de Paul Delaroche a été gravé par M. Paul-Alphonse Bellay.

Un portrait de M. Thiers, président de la République française , a été exposé par Mlle Nélie Jacquemart au Salon de 1872 et a fait grand bruit à cette époque. M"e Jacquemart n'a pas hésité à laisser les lunettes à son modèle; elle s'est contentée d'en atténuer autant que possible la monture d'acier. Les yeux, de couleur brun clair, dirigent vers le spectateur des regards pleins de finesse et de bonhomie. La bouche a une expression spirituelle, malicieuse , soigneusement étudiée et habilement rendue. Le front, haut et large, est bien éclairé; les veines bleues des tempes transparaissent sous l'épiderine rosé. Le nez légèrement crochu, la petite houppe de cheveux blancs, les favoris également blancs et très-courts complètent la physionomie si connue du premier président de la troisième République française. La main gauche est posée sur la hanche; la droite s'appuie sur une table couverte de papiers et où sont quatre volumes au dos desquels on lit les noms de Tacite et deVauban. Les critiques des journaux réactionnaires ne se sont pas fait faute de dire du mal de ce portrait; l'œuvre de l'artiste leur a servi de prétexte pour attaquer le modèle. La vérité est que le tableau de Mlle Jacquemart n'est pas exécuté dans toutes ses parties avec une fermeté suffisante ; il manque des qualités d'ampleur, de gravité, de style qui conviennent aux portraits des personnages historiques; mais, au demeurant, c'est une œuvre consciencieusement et délicatement étudiée, i On n'a pas assez rendu justice, a dit M. Marins Chaumelin, à la précision avec laquelle l'artiste a accusé la physionomie si fine du président de la République, Si elle n'en a pas traduit la mobilité, qui en est un des caractères dislinotifs, c'est que l'art ne va )as jusque-là. Après cela, je la blâmerai voon tiers d'avoir habillé le grand homme d'Etat d'un paletot couleur chocolat quia déteint quelque peu sur le reste de la toile, et dont le plus grand tort est de ne recouvrir que le vide. »

Un portrait de M. Thiers , peint par M. Georges Healy, artiste américain, et qui appartient à M. Wahsburne, ministre des Etats-Unis à Paris, a été exposé au Salon de 1874.

Parmi les nombreux portraits gravés et lithographies qui ont été faits de M. Thiersi il nous suffira de citer un petit poitrail finement gravé par M. Paunier vers 1849 et une remarquable lithographie exécutée par M. Tony Toullioti au lendemain du 24 mai 1873. Ce dernier ouvrage, qui a été tiré à plusieurs milliers d'exemplaires, traduit à merveille l'intelligente physionomie du président de la République française; il est dessiné avec une délicatesse et une netteté qui le font prendre, au premier aspect, pour une gravure au burin.

THIERSCH (Frédéric-Guillaume), éruditet philosophe allemand, né à Kirseheidungen (Prusse) en 1784, mort à Munich en 1860. Il fit ses études à Fribourg-sur-l'Unstrutt, puis alla étudier le droit et la théologie aux universités de Leipzig et de Gœtiingue et, en 1808, fut nommé professeur au lycée de cette dernière ville. Il fut ensuite appelé, en 1809, pour faire un cours de philologie au collège de Munich, qui eut sur les études en Bavière une grande influence, mais lui suscita beaucoup d'ennemis. Ce fut à cette occasion qu'il publia une brochure intitulée : Dissentiments entre le nord et le sud de l'Allemagne, qui souleva contre lui de telles animoailés qu'il faillit, dit-on, être assassiné. En 1812, il fonda l'institut philologique de Munich, qui se fondit bientôt avec la nouvelle université ; en même temps, il commençait à publier ses Acta philologorum monacensium, qui ont paru à Munich de 1811 à 1826. En 1813, Thiersch prit part à la guerre, de l'indépendance allemande. L'année suivante, il se lia & Vienne avec Capo d'Istria et fut un des fondateurs les plus actifs de la Société littéraire des amis des Muses. Sympathique à la cause des Grecs, il fit plus tard dans leur pays un voyage, à la suite duquel il publia un livre intitulé : De l'état actuel de la Grèce et moyens pour arriva- à sa restauration, qui contribua, dit-on, fortement à faire accepter aux Grecs pour roi un prince allemand. Plus tard, Thiersch travailla activement à la réforme des études en Bavière et se montra partisan déclaré du système de bifurcation, c'est-à-dire du système qui admet au bout d'un certain temps le mélange des études classiques et des études spéciales ou professionnelles. 11 exposa ses vues à ce sujet dans un ouvrage qui a pour titre : Sur les écoles savantes, prïncipalemeni en Bavière (Tubingue, 1S26). il publia ensuite ses Nouvelles attaques contre

THIE

l'université (Tubingue, 1837); Etat actuel de l'instruction publique dans les Etats de l'ouest de l'Allemagne, en Hollande, en France et en Belgique (Tubingue, 1838). Le plan d'études préconisé par Thiersch prévalut de 1830 à 1853, ^râce aux sociétés de professeurs qu'il avait fondéesdans plusieurs villes importantes d'Allemagne. On a de Thiersch un grand nombre de dissertations publiées dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Munich, puis : Grammaire grecque, surtout pour le dialecte d'Homère (Leipzig, 1826); Grammaire classique (Leipzig, 1854); Pindare, édition critique (1820); Des différentes époques de la sculpture en Grèce (Leipzig, 1820); Voyages en Italie ( Leipzig , 1826) , etc. Thiersch, fort célèbre en Allemagne, était lors de sa mort conseiller intime de Bavière.

THIERSCH (Bernard), philologue allemand, frère du précédent, né à Kirscheidungen en 1794, mort en 1855. Successivement professeur à Gumbinnen (1816), à Lyck, dans le grand-duché de Posen, et à Hulberstadt (1823), il prit en 1832 la direction du gymnase de Dortmund et la conserva jusqu'à sa mort. On cite, parmi ses travaux, les Recherches sur l'époque et sur la patrie d'Homère (Halberstadt, 1832, 2<> édit.) et une édition d'Aristophane, en collaboration avec Ranke (Leipzig, 1830, t. I et II). Il est aussi connu en poésie par sa Chanson de Prusse. — Un troisième frère, Ernest-Louis Thiersch, longtemps forestier en chef, puis maître forestier à Eibenstock, dans 1 Erzgebirge saxon, a publié un grand nombre d'écrits sur la théorie et sur la pratique de la science forestière.

THIEUSCH (Henri-Guillaume-Josias), théologien allemand, connu surtout comme l|un des principaux chefs de la secte des irvingiens, né à Munich en 1817. Il est le fils aîné de Frédéric-Guillaume Thiersch, étudia d'abord la philologie dans sa ville natale, puis la théologie k Erlangen et devint successivement professeur à 1 Ecole des missions de Bàle (1S38), répétiteur et privât docent & Erlangen (1839) et professeur à Marbourg (1843). Dès celle époque, il entra en relation avec les communes « apostoliques • d'Angleterre et d'Ecosse, des convictions desquelles il se rapprocha progressivement de plus en plus. Après avoir fait, en 1849, un voyage en Ecosse, il se démit, l'année suivante, de sa chaire pour se consacrer tout entier au service des communes irvini.riennes qui se formatent à cette époque en Allemagne. Depuis 1864, il se livra à l'enseignement libre à Munich. On a de lui : Essai sur la restuuration du point de vue historique pour la critique des écrits du Nouveau Testament (Erlangen, 1846); Leçons sur le catholicisme et sur le protestantisme (Erlangen, 1848, 3» édit.) ; 6'rai»nnoire de la tangue hébraïque (Erlangen, 1856,2e éd.); Histoire de l'Eglise à l'époque des apôtres (Francfort, 1857. 2e édit.); De la vie de famille chrétienne (Francfort, 1859,4e éd.), ouvrage qui forme avec le précédent les deux productions principales de l'auteur et a été traduii en plusieurs langues; Idée de Dœllinger sur le christianisme primitif (Erlangen, 1862); Destinée de ta Grèce depuis le commencement de la guerre de l'indépendance jusqu'à la crise actuelle (Francfort, 1863) ; Vie de Frédéric Thiersch (Leipzig, 1806, 2 vol.); les Lois pénales en Bavière pour la protection des bonnes mœurs (Munich, 1868), etc.

THIERSCH (Charles), chirurgien allemand, frère du précèdent, né à Munich eu 1822. Il fit ses éludes médicales aux universités de sa ville natale, de Berlin, de Vienne et de ' Paris, prit part, comme chirurgien volontaire, 8 la campagne de 1850 dans le Slesvig et, pendant cette campagne, profila beaucoup do l'enseignement pratique de Stroraeyer. Après avoir élé de 1848 à 1854 prosecteur d'anatomie pathologique à Munich , il fut nommé professeur de chirurgie à Erlangen, d'où, en 1867, il a passé en la même qualité k l'université de Munich. Parmi ses travaux scientifiques, il faut citer: une Recherche sur tedèveloppement des génitales internes, qui n'a pas été sans influence sur la théorie de l'herroaphrodiusme (insérée dans la Revue médicale de Rubner, 1852, t. l^r); une recherche expérimentale sur la propriété infectante du choléra, sujet sur lequel il a publié une brochure intitulée : Essais d'infection sur des animaux au moyen de l'intérieur de l'intestin d'un cholérique (Munich, 1856), qui u été couronnée en 1867 par l'Académie de inédecino de Paris; puis les recherches qu'il a faites à Erlangen sur les excroissances morbides du corps humain et dont il a consigné les résultats dans son ouvrage sur le Cancer épithélial delà peau enparticulier (Leipzig,1865,in-fol.), avec un atlas dont les figures, exécutées par O. Schrœn, dépassent en perfection tout ce qu'on a fait de mieux jusqu'à ce jour ; enfin, dans le Manuel de chimie générale et particulière de BiUroth et Pitha (1867) une recherche sur les transformations anatoiniques des parties molles atteintes de blessures.

THIERSCH (Louis), peintre allemand, frèro des précédents, né à Munich en 1825. Il suivit quelque temps les cours de l'université de sa ville natale, mais se consacra bientôt tout entier à l'art et étudia à 'l'Académie de la même ville d'abord la sculpture sous Sehwanthaler, puis la peinture sous la direction du Jules et de Charles Schnorr. Pendant uu séjour de trois aus à Rome (1849-1852), il accorda toute son attention aux œuvres des

TH1E

anciens maîtres, ainsi qu'aux mosaïques des églises de cette ville. En 1858, il partit pour Athènes, où il fut nommé professeur à l'Ecole des beaux-arts et chargé de la décoration de l'église de PambassHde de Russie. De retour dans sa patrie en 1853, il fut appelé trois ans plus tard à Vienne pour y orner de fresques l'église du Marché k la viande. Da 1860 à 1864, il exécuta k Saint-Pétersbourg, dans les chapelles des palais des grands-ducs Michel et Nicolas, de grands tableaux à la manière stéréoehromique et sur fond d'or, entre autres un Jugement dernier de 16 mètres de longueur sur plus de 10 mètres de largeur. Tous ces tableaux d'église doivent être regardés comme des tentatives faites par l'artiste pour ennoblir, sans lui enlever son caractère typique, le genre traditionnel de la peinture religieuse byzantine. Depuis 1864, M. Thiersch réside à Munich, où il s'occupe presque exclusivement de peinture historique. Il faut encore mentionner, parmi ses œuvres : Caron, nautonier des âmes; Marche triomphale de Baechus; Plaintes de Thétis sur Achille: trois tableaux k l'huile dans la galerie du baron deSina, k Vienne ; deux grands tableaux à l'huile pour une église protestante, k Bade; des portraits, etc.

THIBBY DE MENONVILLE (Nicolas-Joseph), botaniste français, né à Saint-Michel (Lorraine) en 1739, mort k Saint-Domingue en 1780. H exerçait depuis quelque temps la profession d'avocat à Pont-k-Mousson, lorsqu'il y renonça po'nr s'adonner entièrement à son goût pour la botanique. En 1776, il passa à Saint-Domingue dans le but d'y naturaliser la cochenille, qu'on ne trouvait alors qu'au Mexique et d'où les Espagnols l'einpéchaient de sortir. Sous le nom d'un médecin catalan, Thiéry pénétra dans ce pays, apprit l'art de cultiver le nopal, envoya des cochenilles en France, d'aunes k Saint-Domingue, où il retourna, et parvint à les multiplier dans un jardin qu'il avait créé k Portau-Prince; mais il mourut bientôt après, et avec lui la cochenille disparut de la colonie. On lui doit : Traité de la culture du nopal et de l'éducation de la cochenille dans tes colonies françaises d'Amérique (1787, 2 vol. in-8*), publié par la Société des philadelphes.

THIESSÊ (Nicolas- François), homme politique et jurisconsulte français, né k Forgesles-Baius en 1759, mort vers 1840. Reçu avocat au parlement de Normandie (1783), il devint un membre distingué du barreau de Rouen. En 1789, H se prononça hautement pour l'affranchissement delà justice soumise au régime féodal et souffrant de ses abus. Thiessé, étant officier municipal, apaisa une émeute très-menaçante, en proposant aux insurgés d'envoyer des députés au gouvernement. Accusé de modérantisme, il fut jeté en prison; mais le 9 thermidor le rendit a la liberté. 11 fut pendant quelque temps procureur syndic de l'administration du district de Rouen et ensuite accusateur public près le tribunal criminel de la Seine-Inférieure. Thiessé apporta dans l'exercice de ces délicates fonctions un dévouement, un zèle et une conscience qui lui valurent l'estime et le respect de ses concitoyens. En l'an VI, il fut envoyé au conseil des Cinq-Cems, où il défendit l'ordre et la liberté et tit preuve d'un patriotisme sage et éclairé. Devenu, après le 18 brumaire, membre du Tribunat, il fut chargé de l'examen des premiers titres du code civil, s'opposa à l'établissement des tribunaux criminels spéciaux et sortit de cette assemblée le 10 ventôse an X. Il revint à Rouen reprendre la profession d'avocat et devint procureur impérial au tribunal des douanes (18U), fonction qui fut supprimée cette même année. On lui doit : Assassinat commis à Houen le 15 mars 1782 (sur la personne d'un garçon perruquier) par Honoré Bourdon, dit Neuville, directeur du spectacle de la même ville; on trouve des détails sur ce curieux procès dans les Biographies manuscrites d'Adrien Pasquier (art. Thiessé); Plaidoyer pour Laurent de Verlon, citoyen français, prononcé devant le tribunat criminel du départemml de ta Seine- Inférieure (Rouen, 1793, in-8°).

THIESSÉ (Léon), littérateur et administrateur frunÇ&is, fils du précédent, né à Rouen en 1793, mort en 1854. Il vint de bonne heure à Paris, où il se tit recevoir avocat. Thiessé partagea, en 1813, avec Casimir Delavigne le prix iondé par Tissot pour le meilleur éloge en vers de Delille et commença, vers cette époque, k collaborer à divers journaux littéraires et poliliques, au Diable boiteux, au Mercure, k la Bévue encyclopédique, au Constitutionnel, etc., puis il fonda lui-même, en 1820, un recueil périodique intitulé : les Lettres normandes. Après la révolution de 1830, Thiessé, qui s'était l'ait connaître par ses idées libérales, fut successivement préfet des Deux-Sèvres et des Basses-Alpes. Il remplit avec zèle ces fonctions administratives jusqu'en 1841, époque où il rentra dans la vie privée. On lui doit : les Catacombes de Paris, pueine (1815); la traduction de la Fiancée d'Abydos de Byron (181C); Manuel des braves ou Victoires des armées françaises (1817-1819, 7 vol. in-lî), avec Eugène Ballent; Derniers moments des plus illustres personnages français condamnés à mort (1818, in-8°) ; le Tribunal secret (1823), tragédie en cinq actes, représentée a l'Odéon, où elle fut jouée une dizaine de fois; Résumé de l'histoire de Pologne (1824, in- 18); Nouvel

Page 1