‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 794 sur 1042 · TEUR · texte numérisé non relu

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VOCATIF s. m. (vo-ka-tiff — lat. vocat ivus; de vocare, appeler). Gramm. Cas des noms et pronoms qui exprime l'interpellation, I des adjectifs et des participes qui s accordent j avec ces noms ou pronoms. Dans le français, ! qui n'a pas de cas, lu vocatif se rend souvent I par la suppression de l'article ou pur l'addi- | tion de l'interjection o'." Sentinelles, prenez ! garde à vous! Liberté, c'est toi que j'invoque.

— Encycl. Dans les langues qui ont admis des cas pour les noms, pronoms et adjectifs, le vocatif est le cas qui exprime la relation de l'appel ou qui ajoute à l'idée primitive du mot décliné l'idée accessoire d'un sujet à la seconde personne. Ainsi, dans cette phrase : Exaudi, Domine, vocem meam, Domine est au vocatif, parce qu'il présente le Seigneur comme le sujet à qui l'on parle de lui- même.

De la définition de ce cas, il résulte nécessairement que les pronoms de la première et de la troisième personne ne peuvent avoir de vocatif, car les idées de première et de troisième personne sont essentiellement incompatibles avec celle de ia seconde personne. . De là il résulte aussi que les adjectifs possessifs de la .seconde personne ne peuvent admettre le vocatif. Et, en effet, ces adjectifs désignent l'idée générale d'une dépendance relative à la seconde personne. Quand on fait usage de ces adjectifs, c'est pour qualifier tes êtres dont on parle par l'idée de cette dépendance, et ces êtres doivent être différents de la seconde personne dont ils dépendent par la raison même de leur dépendance; donc ces êtres ne peuvent jamais, dans cette hypothèse, se confondre avec la seconde personne, et, par conséquent, les adjectifs possessifs qui tiennent à cette hypothèse ne peuvent jamais admettre le vocatif, qui la détruirait en effet.

Voyons maintenant les règles qui déterminent la formation du vocatif émis nos langues indo-européennes, du moins dans lea principales de celles qui admettent la flexion,

Au vocatif des trois nombres, le sanscrit ramène l'accent sur la première syllabe du thème, s'il ne s'y trouve déjà place. Exemples : pitar, père,- dêvar, beau-fière, «idiur, mère, duhitar, fille, rûtjaputra, rils de roi,

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tandis qu'a l'accusatif nous avons pitaram, dévaram, mâtaram, duhitaram, râgaputram. Le grec a conservé quelques restai de cette accentuation ; nous avilis notamment lesuocatifs paier, dâer, mêler, thugater, qui sont, sous le rapport de l'accent, avec leurs accusatifs pâtura, tlaera, Ihvgalera, dans le même rapport que les vocatifs sanscrits que nous venons de mentionner avec leurs. accusatifs respectifs.

Si, de l'accent, nous passons à la forme du vocatif, nous observons ou bien qu'il n'a pas de signe eaauel dans les langues indo-européennes, ou bien qu'il est semblable au nominatif. L'absence de désinence casuelle est la règle, et c'est par une sorte d'abus que le vocatif reproduit dans certains mots la forme du nominatif. Cet abus est borné en sanscrit aux thèmes monosyllabiques terminés par une voyelle; exemple : bis, peur, de même qu'en grec nous avons ki-s; gâu-s, vache, nâu-s, navire; ici, au contraire, le grec a le thème un, boû,»aû.

En sanscrit et en zend, l'a final des.thèmes reste invariable; en lithuanien, il s'affaiblit en e. Le grec et le lutin, dans la déclinaison correspondante, préfèrent également, pour leur vocatif dénué de flexion, le sou de i'e bref a l'o et à Vu des autres cas. On comprend^ en effet, que la voyelle finale du thème a dû s'altérer plus vite au vocatif qu'aux autres cas, où elle est protégée par la terminaison. 11 faut donc se garder de voir dans les vocatifs ippe , eque des désinences easuelles ; ces formes sont avec le sanscrit asva dans le même rapport que le grecpen/e, lutin quinque, avec le sanscrit panca ; l'ancien a, devenu o dans ippos, v dans equus, est devenu e à la fin du mot.

Le grec a assez bien conservé ses vocatifs. Dans plusieurs classes de mots, il emploie le thème nu, on le thème ayant subi les altérarations que les lois euphoniques ou l'amollissement de Sa langue ont rendues nécessaires; exemples : talan par opposition k talas; citarien au lieu de cltarienl, par opposition à çharieis; pai au lieu de puid, par opposition à pais. Les thèmes terminés par une gutturale ou une labiale n'ont pu se débarrasser, au vocatif, du s du nominatif, ks elps étant des combinaisons qu'ailectiornie le grec et pour lesquelles il a même créé des lettres spéciales. Remarquons toutefois le vocatif ana, qui coexiste à côté de auaks (anax) et qui est conforme à l'ancien principe; en effet, un thème anakt, privé de flexion, ne pouvait conserver le kt, ni même, selon les règles ordinaires du grec, le k. • Au reste, ainsi que le fait observer Buttmann, on comprend sans peine que des mots qui ont rare- ■ ment occasion' d'être employés au vocatif, comme poûs, pied, par exemple, prennent plutôt, le cas échéant, la forme du nominatif. .

VOCATION s. f. (vo-ka-si-on — lat. ooeaiio; de vocare, appeler). Intention de la Providence qui appelle chaque homme à un genre de vie particulier : Suivre sa vocation. Résister à sa vocation. Etudier sa vocation. Se faire prêtre sans vocation. Sans ta vocation, le cloître est un enfer. (Mme ae Pompadoui.) Les vocations manquées déteignent sur toute l'existence. (Balz.) Il Destination naturelle : Lu vocation de l'homme est d'être utile à ses semblables. (Acad.) On ne travaille que pour jouir; cette alternative de peine et de jouissance est une véritable vocation. (J.-J. Rouss.) Le bonheur est la vocation de l'homme. (Lacordaire.) Nous n'avons pas d'autre vocation que de cultiver notre cœur et notre intelligence. tProudh.) Le dévouement aux lettres et le pur enthousiasme de l'élude est ta première vocation et la dernière préférence des talents faits pour ta gloire. (Villein.)

J'ai fait trois mille vers : allons, c'est d merveille.

Baste! il faut s'en tenir a sa vocation.

A. de Musset.

Il Inclination , penchant qui est considéré comme un signe de destination à une carrière spéciale : Avoir une vocation irrésistible pour les lettres.

— Théol. Vocation extérieure ou simplement Vocation, Appel des supérieurs ecclésiastiques qui engage certains fidèles à entrer ou a avancer dans l'état eoe.ésiasiique.

— Hist. sainte. Vocation des gentils, Dans la croyance des chrétiens, Appel que Dieu fit aux gentils par Jésus-Christ et les apôtres, pour les admettre à la foi religieuse, d'où ils avaient été exclus jusque-là. il Vocation d'Abrultam. Choix que Dieu fit du patriarche Abraham pour être ie père des croyants, le chef de son peuple : La vocation d'Abraham fait époque dans la chronologie.

— Syn. Vocation, disposition, coût, etc. V. DISPOSITION.

— Encycl. Théol. Dans le Nouveau Testament, le mot vocation signifie ordinairement le bienfait que Dieu a accordé aux Juifs et aux gentils en les appelant à croire en Jésus-' Christ par la prédication de l'Evangile. Saint Paul nomme les fidèles les bien-aimés de Dieu appelés à la sainteté. Aujourd'hui cette vocation est une grâce accordée il ceux qui, nés dans un pays chrétien, ont été baptisés et ont ensuite reçu une instruction religieuse. Ou peut dire en ce sens qu'il y a beaucoup d'appelés; malheureusement, il y a peu d'élus, et pour ceux qui doivent être damnés,

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on ne voit guère qu'ils aient à se féliciter de leur vocation.

11 y a ensuite une autre vocation beaucoup moins générale qui consiste dans les grâces particulières que Dieu accorde à quelques personnes pour les,rendre propres à exercer certaines fonctions' religieuses. Ainsi, il y a des grâces particulières pour l'état ecclésiastique, il y en a d'autres pour lès femmes qui vivent dans les cloîtres, et nul ne doit choisir ce genre de vie s'il ne se sent une vocation bien marquée, c'est-à-dire s'il n'y est attiré par des motifs complètement étrangers aux avantages matériels qui peuvent s'y trouver attachés, c'est-à-dire par une aorte d'inspiration venue d'en haut. Il va sans dire que de telles vocations paraissent complètement chimériques à ceux qui rejettent tout ce qui est d'ordre surnaturel.

— Philos, mor. L'esprit et l'imagination ont quelquefois leurs aptitudes, leurs passions, leur volonté qui les poussent dans l'une des quatre grandes routes du travail humain : science, art, industrie, commerce, et ces aptitudes, ces goûts particuliers prennent le nom de vocation. La vocation, quand elle existe, se décide souvent dès le premier âge, et elle est quelquefois tellement forte qu'elle résiste aux entraînements des pussions, à un labeur impitoyable, à des contrariétés incessantes. Mais on se tromperait beaucoup si l'on se persuadait que tous les enfants ont ainsi une vocation spéciale. La plupart Ses enfants naissent avec des dispositions naturelles qui les rendent propres à tout comprendre, à tout aimer ; si leur intelligence se porte ensuite dans un sens plutôt que dans un autre, si leurs goûts s'attachent à certains objets, c'est tout simplement l'effet des circonstances, de la manière souvent irrationnelle dont ils ont été élevés. Il vient un moment dans la vie où beaucoup d'enfants semblent montrer des vocations spéciales; mais la plupart ne sont que de fausses vocations, et si les parents les jugent mauvaises pour le bonheur de leurs enfants, ils ont le droit de chercher aies modifier, pourvu toutefoisqu'ilsn'aillentjamais jusqu'à la violence physique ou même morale : l'enfant qu'on fait entrer de force dans une carrière quelconque n'y obtient jamais da succès, et il y est toujours malheureux.

Mais ces fausses vocations n'écloraient jamais si nous ne faussions nous-mêmes l'esprit de nos enfants par une fausse éducation. En venant au monde, les enfants ne sont ni des anges ni des dénions. Généralement, l'enfant pleure parce qu'il souffre; s'il pleure sans souffrir, c'est que déjà nous lui avons appris à jouer de notre faiblesse. C'est une preuve d'instinct. Il faut changer de tactique, et le même instinct dira à l'enfant de changer de conduite. Rien de moins étonnant qu'une saillie, qu'un élan, que l'intelligence, que l'activité chez l'enfant, qui est spontané d'essence. Il faut, bien loin d'admirer, démâter l'enfant, considérer comme naturel ce qui l'est, et en revanche il faut nous avouer que l'éducation et la société nous ont enlevé le naturel. Nous sommes monotones, nos intérieurs sont tristes, les écoles sont affreuses, les livres assommants, et nos enfants s'ennuient. Ce qui reçoit usuellement le nom de vocation n'est en réalité qu'un moyen cherché par l'imagination de l'enfant de quitter papa et maman, très-bons pour lui, mais très-peu récréatifs, de déchirer les cahiers et de faire un pied de nez au magister. L'enfant ve.ul être soldat ou marin pour être libre, pour voir du paya, pour" goûter d'une vie nouvelle; il s'engagera à dix-nuit ans. Le père crie, la mère pleure; de l'entêtement d'un côté, de la maladresse de l'autre, et le malheur s'accomplit. Ou bien l'enfant veut être peintre ou musicien, parce que, habitué à voir tout le monde céder à tous ses caprices dans une foule de circonstances, il trouve qu'on ne lui donne pas assez d'images, qu'on ne le laisse pas assez longtemps tirer des sons discordants de la mauvaise trompette de fer-blanc qu'on lui a donnée pour ses étreintes. Les vocations réelles n'existent réellement que pour les natures d'élite, dans des circonstances exceptionnelles de famille et de milieu. Geethe, Pascal, Mozart, Bonnet, Mmo de Staël ont été préparés par des pères qui étaient des éducateurs hors ligne. Le patriarcat nous a donné les deux Racine, les deux Corneille, les trois Jussieu, les deux Bernouilli, les Herschel , etc. Le talent , comme l'honneur, devient l'apanage des familles qui savent faire une guerre à mort à l'ennui et à ta vanité, par suite à la paresse, lillo de l'un et de l'autre et more de tous les autres vices.

Yocatiou do suiui Pierre et de suint André

(la), fresque de Domeuico Uiurluudajo ; dans la chapelle Sixtine, au Vatican. Jé^us, marchant le long de la mer de Galilée, vit les deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, qui jetaient leurs filets; il s'approcha d'eux et leur dit : » Suivez-moi et je vous ferai pécheurs d'hommes. » Ghirlandajo a retracé cette scène avec beaucoup d'ampleur sur l'un des murs de la chapelle Sixtiue. Jésus, debout au centre de la composition, adresse la parole aux deux frères, qui sont agenouillés devant lui et dont l'un joint les mains, tandis ■que l'autre a les bras croisés. Derrière le Messie, un vieillard à barbe et cheveux blancs exprime son admiration et son dévouement par son attitude et ses gestes. Beaucoup

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