‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 814 sur 1042 · ORGANISATION DU' VOL. LES BANDES · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU' VOL. LES BANDES

L'association , ce levier puissant du progrès moderne, ne pouvait échapper à l'industrie des coquins, toujours prêts à calquer les procédés sociaux ou plutôt k les contrefaire. Les voleurs se sont donc fréquemment réunis par groupes d'aptitudes, ont choisi un chef dont ils oui reconnu l'autorité; chacun de ces groupes, fonctionnant sous une oireolion spéciale, dans un but déterminé, a été désigné, dès l'origine, sous le nom de bande. Chaque bande varie, pour le nombre de ses membres, entre six, douze, dix-huit, quelquefois plus, selon l'importance du coup à tenter ou la série d'affaires à entreprendre. La plupart sont'des hommes éprouvés, c'est-àdire des repris de justice. Leur chef, qui s'est recommandé à leur choix par un ou plusieurs coups particulièiement audacieux et bien conduits, par des aptitudes exceptionnelles, ou par une longue expehfciice, dirige les opérations de la bande et concentre en lui la diversité des ressorts a meure en jeu. Nous allons raconter brièvement l'histoire des bandes de voleurs qui ont le plus fait parler d'elles.

— Bandes de Paris, Bande de Cartouche (1721). La bande de Cartouche ne comptait pas moins de deux mille affidés : c'était une véritable société secrète dans toute l'acception du mot. A l'époque du mouvement d'intrigues et d'argent suscité par le système de Law, elle comptait des adeptes et correspondants dans les classes chez lesquelles on les eût soupçonnés le moins. Il y en avait jusque dans l'année. Et on sait que le fameux bandit fut trahi et livré par un certain du Châ.telet, gentilhomme poitevin et soldat aux cardes françaises, soupçonné, avec raison, d'affiliation à la bande. Cartouche avait installé, en plein Paris, une sorte d'Etat dans l'Etat, mettant à contribution les grands et les petits, au moyen d'une force armée mieux organisée pour I attaque que ne l'étaient les forces sociales pour la résistance. Le nombre des complices jugés après la mort de Cartouche s'éleva à 3661 Que sont les bandes modernes auprès de celle-là ? De ce côté, il y a véritablement une heureuse décadence.

Bande Sonfflard et Lesage (1836-1838). Le grand nombre de vols qualifiés qui effrayèrent la population parisienne à cette époque avait déjà fait soupçonner l'existence d'une de ces associations monstrueuses de malfaiteurs,

?ui s'organisaient alors avec la plus grande acilité, quand, le 5 juin 1838, un assassinat horrible, commis en plein jour, dans la chambre et sur la personne de la femme Renaud, marchande au Temple, vint mettre sur la trace d'une bande des plus dangereuses. Les membres s'en recrutaient parmi les quatre à cinq mille condamnés libérés qui, aux termes de la loi de 1832, pouvaient rendre la surveillance à laquelle ils étaient soumis illusoire en payant un cautionnement. Quarantesix individus, accusés de ce meurtre et des vols s'y "rattachant, furent traduits en justice, ainsi que huit autres, accusés de vols antérieurs avec circonstances aggravantes. Les principaux étaient deux forçats libérés, nommés Souffla rd et Lesage, le commis voyageur Micaud, la femme Volard, soeur de Lesage, la fille Aliiette, maltresse de Soufflard et de Micaud ; Levieil, Colénie, Bicharelle, Lemonnier et l'introuvable Piednoir. Soufflard et Lesage, condamnés à mort, se suicidèrent après le prononcé de l'arrêt, le premier en s empoisonnant avec de l'arsenic, le second en s'étranglant à l'aide de sa cravate.

Bande Châtelain, Bug, etc. (1836-1842). A peu près à la même époque, diverses bandes tombèrent également dans les filets de la police : en 1836, c'est la bande Châtelain ; en 1840, la bande des cinquante-cinq; en 1841, la bande Hug. La découverte de ces bandes amena quatre-vingt-dix-sept voleurs qualifiés sur les bancs de la cour d'assises. Cette même année 1841, on découvrit la bande Chivat, la bande Jamet et la bande Dagory , dont la première eut sept membres, la seconde quinze et la troisième neuf, condamnés sur preuves.

Bande Charpentier (1843). Cette bande, très-nombreuse, fut jugée en 1843. Charpentier, son chef, s'est amendé depuis et est devenu un travailleur et un honnête homme. La cour d'assises prononça contre cette bande fameuse soixante-dix condamnations.

Bandes Courvoisier, Gautier, etc. La même année 1843, une autre bande, dirigée par Courvoisier et par le. serrurier Mignard, tomba entre les mains de la justice et y perdit vingt de ses membres. La découverte, trèsrapprochée, des bandes Souque, Gautier et Chapon amena bientôt la condamnation de quatre-vingt-dix autres malfaiteurs.

Bandes Poutmann, Hénon, etc. Ici nous allons rencontrer l'assassinatescortantle vol, La bande Poulmann (1843), bien que composée de sept membres seulement, fut la plus dangereuse qui eût paru depuis longtemps. Son chef, trop célèbre, rivalisait de froide férocité avec Lacenaire, cette autre illustration du crime. Vinrent ensuite la bande Boudin, la bande Hénon, la bande Marchetti, dite des vanterniers (v. plus haut, pour le sens de ce mol), lesquelles comptaient quarante et un individus; enfin la bande Courtoi, qui en comptait quarante-deux k elle seule. Tous ces malfaiteurs furent découverts et condamnés.

Bande des escarpes. Escarpe, on le sait, veut dire en argot assassin. C'est dire assez ce que fut cette bande dangereuse qui fut décuuverte en 1844. Elle se- réunissait chez un logeur nommé Pageot. Ses chefs se nommaient Teppaz et Magnien : c'étaient des repris de justice. Elle comptait neuf membres principaux et un grand nombre de membres secondaires. Quinze furent arrêtés; un seul fut condamné à mort. Les deux chefs achetèrent la vie uu prix d'infâmes révélations.

Bande des habits tioirs (1844). V. Habits noirs.

Autres bandes diverses (1845-1847). En 1845, la bunde des habits noirs vit sa. succession reprise par le sieur Mallet, capitaine de la garde nationale et négociant, place de la Madeleine, d'où lui resta le nom de M. Madeleine que lui donnaient communément ses affiliés. La bande Mallet tomba bientôt entre les mains de la justice, qui prononça contre elle dix-buit condamnations. Puis ce fut le tour de la bande des porteurs d'eau, composée de treize Auvergnats, tous condamnés sur les aveux de Gaillard, leur chef, comme voleurs avec circonstances aggravantes ; puis de la bande Peyron, de la bande Privât, de

la bande Pichery, de la bande Auquez, de la bande Lepaire : quarante-sept condamnations furent le dénoûment de ces diverses associations dont le vol était te mobile unique. Citons encore, la même année 1847, la bande Lancfepaëp, dite des endormeurs (dix-sept condamnations), et la bande Marchand, composée de soixante malfaiteurs, dénoncés par leur chef. -

Bande Thibert. Cette bande fit son apparition vers le même temps : ce fut la plus célèbre après celle des habits noirs, bien qu'elle ne fût jamais composée que de voleurs à la roulotte. Les débats établirent qu'elle renfermait près de huit cents individus réunis dans un intérêt commun et remplissant des fonctions diverses : marchands forains, es- Crocs de grande ville, tireurs vulgaires, receleurs, etc. Quarante et une condamnations furent prononcées; mais la bande ne fut pus totalement dissoute pour cela : un fragment de huit associés fut encore découvert en 1856. Entre autres attentats, ces malfaiteurs avaient volé à M. de Ségur d'Aguesseau une grosse malle sur la voiture même qui le conduisait du chemin de fer d'Orléans à son hôtel.

Bande des Nathan (1802-1852). Il s'agit ici d'une famille de plusieurs générations de voleurs. Le doyen des Nathan, dit l'historien déjà cité par nous, fait remonter sa première condamnation pour vol à l'an XIII de la république ; il subit la dernière en 1852, à l'âge de soixante-dix ans. La tribu des Nathan, composée du père, de la mère, de six filles et de six gendres, réunissait sur ses diverses têtes, à cette dernière époque, deux cent neuf ans de condamnations judiciaires. Tous étaient voleurs à la carre ou à la détourne, chacun suivant sa spécialité ; le père joignait à son travail actif le métier de receleur.

Bande du café du xixe siècle. Cette bande, découverte en 1860, avait élu pour quartier général le café d'où lui vient son nom et qui n'était, d'ailleurs, nullement un repaire de voleurs. Ses exploits se bornaient à des vols généralement simples, commis avec adresse et sans violences, en profitant habi-" lement des circonstances. La justice lui demanda compte de quatre-vingt-onze méfaits, accomplis en un très-court espace de temps.

— Bandes en province. Bandes de voleurs de diligences (1819-1824). Pour nous, habitués aux chemins de fer, ce genre de malfaiteurs nous paraît fossile, antédiluvien : il fut un temps, cependant, et ce temps est encore bien près de nous, où il faisait trembler les voyageurs. En 1819, quinze voleurs de diligences furent jugés aux assises de Montpellier. Deux ans après, une autre bande attaqua à main armée la diligence venant de Rodez et qui portait une somme de 200,000 francs, produit des recettes de l'Aveyron. Mais l'escorte de gendarmes qui accompagnait la voiture publique parvint à disperser les assaillants. Moins heureuse, la même année, la diligence de Bergerac, attaquée dans des circonstances identiques, fut en quelque sorte prise d'assaut, après une lutte sauvage où deux gendarmes trouvèrent la mort. En 1823, ce fut le tour de la diligence de Moissac : cette fois, il y eut transaction moyennant 33,000 fr. Inutile de dire qu'il n'y avait pas d'escorte militaire. Les bandits ne doutant plus de rien, après de tels succès, eurent le tort de vouloir en rapprocher le théâtre des abords de la capitale. Ce fut leur perte. En 1824, lu police, avertie que la diligence venant de Lyon devait être attaquée dans la forêt de Senart, posta dans cette forêt, aux environs delà grande route , un véritable bataillon d'agents déguisés. Ces agents, après un combat acharné, parvinrent à se rendre maîtres de vingt et un bandits, parmi lesquels trois, Convaincus de meurtres antérieurs, furent condamnés à mort et exécutés. Cet exemple semblait avoir mis lin aux bandes de grande route quand, tout récemment encore, nous les avons vues reparaître dans le midi de la France, Ajoutons que ces réactionnaires du vol out été pris et condamnés : la plupart étaient Italiens (I866-I8ti7).

Bande des brigands de la Vienne (1834). Cette bande, commandée par Praust, exploita pendant six ans la bourse de la plupart des habitants du département, mais sans avoir jamais recours au meurtre. Tombés entre les mains de la justice, douze de ses membres furent, ainsi que Praust, condamnés aux travaux forcés, à perpétuité ou à temps, suivant leurs méfaits.

Bande de l'auberge aux tueurs (1835). Ce nom, véritablement mélodramatique, rappelle une des bandes les plus terribles de ces dernières années". Elle avait pour repaire une auberge de Guiilac, dans le Tarn, et pour chef un nommé Fabre, dit Mina, dont la longue impunité ne s'explique que par la terreur qu'il inspirait aux habitants d'alentour. Mise enfin, par une révélation, sous la main de la justice, cette bande eut pour bilan : trentecinq accusés, cinq procès successifs, quatre condamnés à mort et tout le reste des accusés aux travaux forcés.

Bande du grand creux de Rassat (1837).

Cette bande ne fut pas moins terrible que la précédente, et, comme pour elle, la lâche terreur des habitants laissa s'accomplir, pendant un espace de dix ans, environ huit assassinats ; le théâtre de ces meurtres était le grand chemin creux de Rassat, où les passants

j tombaient victimes d'Aumaître, dit Comte, vieux bandit de soixante-dix ans, et de Jean Gadrat, son .complice, âgé de vingt-quatre ans. La découverte, due au hasard, de quatre cadavres, amena la condamnation à mort d'Aumaître et celle de Gadrat à quinze ans d'emprisonnement seulement, en raison de ses nombreuses révélations.

Bande Graft (1857). Nous touchons à la fin de cette nomenclature sinistre. Tout le monde se rappelle encore l'effet produit en [857 par la nouvelle de l'assassinat de l'horloger Péchard, à Caen, assassinat qui révéla l'existence et amena la capture d'une bande des plus dangereuses. Graft et Pascal, chefs de cette bande, furent condamnés à mort et exécutés. Mayer, leur principal complice, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité ; le reste de la bande à la réclusion et à l'emprisonnement. Cette bande était composée tout ensemble d'industriels et d'assassins- La physionomie de Graft, l'homme important de l'association, se détachait des autres par un caractère tranché d'audace froide et réfléchie, auquel se mêlait une certaine distinction extérieure de formes et de langage.

Bande Lernaire (1821-1857), Cette bande nous offre, comme la bande Nathan, une longue génération de voleurs, avec le meurtre en plus comme auxiliaire. Etablie dans tout le pays appelé le Santerre, formé d'une partie des arrondissements de Péronne et de Montdidier, dans la Somme, ellese composait d'une véritalile dynastie de voleurs et d'assassins, exerçant leur industrie de meurtres et de rapines, de père en fils, comme un héritage de droit successif, paisiblement, au même point, quasi au grand jour, et cela pendant plus de trente ans, vivant côte a côte avec d'honorables familles, qui n'osaient dénoncer les coupables à l'autorité. En 1821 cependant, sur une dénonciation timide, quatre des aïeux

; de la bande de 1857 portèrent leurs tètes sur l'échafaud. Puis plus de trente ans se passèrent, et ce ne fut qu'en 1852 qu'un redouble- 'ment d'incendies, de vols et d'assassinats appela de nouveau l'attention et la main de

I la justice sur le Santerre désolé. « Quatorze

I accusés, lisons-nous dans un document officiel, prévenus de cinquante-six crimes, comparurent en 1857 devant la cour d'assises de

; Laon, appartenant tous, directement, coilatéralement ou par alliance, aux descendants

! des guillotinés de 1821. C'étaient : Henri Le-

' maire, journalier; Hippolyte Villet, voiturier; Victorine Lernaire, sa femme, et Félicie Villet, sa fille; Prosper Villet, sou fils, et Jean Villet, son frère; puis Louis Hugot, marchand de peaux de lapin ; Rabâche, briquetier, et François Bourse, forçat libéré. "Lernaire, Bourse, Hippolyte Villet et Hugot furent condamnés à mort et exécutés, sauf ce dernier qui, comme révélateur, vit sa peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Les autres furent condamnés à la réclusion ou à l'emprisonnement. Deux seulement furent acquittés. »

Dans le passage des Panoramas, deux individus venaient de soustraire des bagues chez un bijoutier qui, s'en apercevant presque aussitôt, se mit à leur poursuite. Un des deux s'esquiva; l'autre fut arrêté par les passants et conduit au poste. Chemin faisant, il suppliait le bijou Lier de le lâcher. ■ Ce n'est pas pour moi, disait-il; mais si je ne rentre pas, ma famille va être inquiète. » •

Jean Galéas fut le plus célèbre des Visconti, ducs de Milan. Il protégea les arts et les lettres. La cathédrale de Milan, la citadelle de Pavie, le pont du Tessin et la chartreuse de Pavie, où il est enterré, sont ses ouvrages. S'il eût vécu plus longtemps, peutêtre fut-il devenu roi de toute 1 Italie. Il faisait très-sévèrement observer à ses sujets la justice, qu'il violait impunément lui-même : « Je veux, disait-il, qu'il n'y ait point d'autre voleur que moi dans mes Etats. »

L'abbé de Molières était un homme simple et pauvre, étranger à tout, hors à ses travaux sur le système de Descartes; il n'avait point de valet et travaillait dans sou lit, faute de bois, sa culotte sur sa tète par-dessus son bonnet, les deux côtés pendant à droite et à gauche. Un matin, il entend frapper à sa porte. « Qui va là? — Ouvrez... » Il tire un cordon et la porte s'ouvre. L'abbé de Molières, ne regardant point : « Qui êtes-vous?

— Donnez-moi de l'argent. — De l'argent?

— Oui, de l'argent. — Ah I j'entends, vous êtes un voleur? — Voleur ou non, il me faut de l'argent. — Vraiment oui, il vous en faut? Eh bien! cherchez là-dedans. • Il tend le cou et présente un des côtés de la culotte; le voleur fouille : « Eh bien I il n'y a point d'argent. — Vraiment non, mais il y a ma clef.

— Eh bienl cette clef... — Cette clef, prenez-la. — Je la tiens. — Allez- vous-en a ce secrétaire; ouvrez... « Le voleur met la clef dans un des tiroirs. ■ Laissez donc, ne dérangez pas, ce sont mes papiers. Ventrebleul finirez- vous? ce sont mes papiers; à l'autre tiroir, vous trouverez da l'argent. — Le voilà.

— Eh bien I prenez. Fermez doue le tiroir...» Le voleur s'enfuit. « Monsieur le voleur, fermez donc la porte. Morbleu 1 il laisse la porte ouverte 1 Quel chien de voleur 1 11 faut que je me lève par le froid qu'il faitl Maudit va-

fenr! » L'abbé sort du lit, va fermer la porte et revient se remettre au travail sans penser peut-être qu'il n'avait pas de quoi payer son dîner.

CHAMFfnT.

Une dame de Londres, se trouvant un soir, fort tard, égarée dans le parc de Saint-James, est entourée de quelques voleurs qui ne lui parlent pas encore, mais qui la suivent avec affectation. Ne saehant quel parti prendre, elle a recours à la hardiesse, s'adresse à l'un de ces industriels et le prie de la reconduire chee elle. Le voleur fut flatté de cette marque de confiance ; il donna le bras à la dame, fit avec son mouchoir un certain signe à ses camarades qui s'éloignèrent, accompagna la belle égarée jusqu'à sa porte et eut la délicatesse de ne pas accepter l'invitation qu'elle lui faisait de se Reposer un instant dans sa maison.

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