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qui ont été légués au parasite. Volpone sent alors la nécessité d'avertir son serviteur; il commence à s'inquiéter de ce testa'ment dont Mosca pourrait bien abuser. Il accourt au tribunal et dit tout bas à Voltore qu'il est vivant et qu'il n'a feint d'être mort que pour éprouver son monde. Nouvel argument de l'avocat contre Mosca, qui prétend avoir enterré son maître. « Fourbe, lui dit Volpone, tu vas trop loin. — Donnez-moi la moitié de vos biens, répond-iï à son maître, et je dirai que vous êtes vivant. 1 Volpone hésite d'abord ; il refuse, puis il consent. > Tu en aunis la moitié, dit-il à son parasite. — Ce n'est plus assez, » dit l'autre. Volpone, se voyant perdu, jette le déguisement sous lequel il s'était rendu à l'audience et se fait reconnaître. Les juges voient enfin clair dans ce dédale d'intrigues et de manœuvres souterraines qui les ont abusés; ils démêlent la part de culpabilité de chacun et ils prononcent contre tous ceux qui ont participé au crime un jugement sévère , mais juste.
Mosca, l'âme du complot, est condamné au fouet et aux galères a perpétuité: Volpone voit sa fortune confisquée au profit de l'hôpital des incurables et il est emmené en prison ; Voltore est chassé du barreau; Bonario héritera du vivant de son père ; Corvino, enfin, sera promené sur le grand canal avec un bonnet d'âne en place de cornes et sa femme retournera dans sa famille avec un douaire triplé. « Cette comédie donne la mesure exacte des qualités et de3 défauts de Ben Johnson, dit Mézières, qui consacre à cette pièce un savant et long article; quand on la lit, on éprouve un- mélange d'admiration pour la force de son style et sa verve comique, et de mécontentement, quelquefois même de dégoût, en voyant les moyens bizarres et violents dont il se sert pour amener les meilleures scènes. 11 connaît bien les difformités de l'espèce humaine, et il les met en relief avec une rare énergie, mais il aime les peintures étranges, singulières, excessives. Ce ne sont pus des hommes qu'il nous présente, mais des monstres. Les principaux personnages ont quelque chose d'odieux et en même temps de singulier; ils ne se contentent pas des fautes ordinaires ; ils aspirent à se singulariser dans le crime. Ils arrivent par là à frapper vivement les imaginations, mais c'est toujours aux dépens de la vraisemblance. Ces caractères exceptionnels, qui sortent de la mesure commune, ne peuvent pas nou plus se mouvoir dans le cercle habituel des événements humains. Le poëte en vient nécessairement à inventer pour eux une action spéciale, dont son esprit fait tous les frais, comme il a fait tous ceux de leurs portraits... Johnson se serait donné beaucoup moins de peine, et il aurait mieux réussi,' s'il s'était contenté, comme Shakspeare, de prendre ses sujet3 dans les recueils de nouvelles italiennes ou dans les contes populaires. Il y aurait trouvé ce que ses laborieuses méditations n'ont jamais pu lui fournir, des fables intéressantes, des situations vraisemblables et des plans suivis.» Il faut cependant reconnaître chez Ben Johnson des qualités qui manquent à ses contemporains et même à ses successeurs : l'érudition, le goût et le respect des>ègles classiques. En résumé , si Johnson n'a pas les qualités aimables du poète comique, il possède, du moins, toutes celles que donnent la force de la raison et l'originalité do l'esprit; s'il n'a pas laissé une comédie parfaite, il a écrit des scènes que le génie seul pouvait concevoir et achever, et nulle part on n'en peut trouver un plus grand nombre que dans le Volpone.
VOLPULE s. m. (vol-pu-le — dimin. du lat. vulpes, renard). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentainères, de la tribu des hydrophiliens, comprenant deux espèces, qui habitent l'Ile Maurice.
VOLSINIOM, nom latin du lac de Bolsena,
VOLSK, ville de la Russie d'Europe, gouvernement et à 130 kilom. N.-E. de Saratov, sur le Volga, ch.-l. de district; 6,000 hab. Ecole des sciences, dite les Propylées. Tanneries, briqueteries. Commerce en poissons et graines.
VOLSQUES {Voici), ancienne et puissante nation de l'Italie. Ces peuples, dont l'établissement remontait à une haute antiquité, occupaient la côte de la mer depuis Antium jusqu'à Torracine et les terres qui s'étendent des frontières des Latins jusqu'à l'Apennin et an pays des Samnites, Malgré la différence de leurs mœurs avec celles des Osques, ils n'étaient pas sans affinité d'origine avec ceux-ci. C'est dans les terres qu'ils possédaient avant d'être assujettis aux Romains qu'étaient situés les Marais Pontins, sur les bords desquels étaient Suessa Pomelia, leur capitale, et Privernum, aujourd'hui Piperno, située sur une montagne trèa-élevée at escarpée de tous les côtes, excepté du côté de Rome, où la pente est un peu plus douce, jusqu'à l'entrée de la ville, où elle devient très-rapide. D'après les légendes mises en œuvre par Virgile, la guerrière Camille était de Privernum, d où son père Metabus fut banni par une faction qui lui était opposée. Au delà du Liris, les Volsques avaient Arpinum, futurs patrie de Marius et de Cieéron, et Aquinium.' D'après Virgile, les Volsques prirent les armes en faveur de Turnus contre les Troyens
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conduits par Enée (Enéide, 1. VII). Dans leur année parut avec éclat cette Camille que Virgite a chantée. Ces légendes symbolisaient sans doute la longue résistance que les Volsques firent a la puissance naissante de Rome. C'étaient des peuples belliqueux et indépendants. Lorsque les Etrusques franchirent le Liris et vinrent s'établir dans la Campante, les Volsques se réfugièrent dans les Apennins, où les envahisseurs n'osèrent les attaquer; ils reprirent même un peu plus tard le pays plat sur les Etrusques et furent continuellement en guerre avec leur3 voisins, les Marses, les Samnites et les Latins. Tite-Live dit qu'ils semblaient avoir été donnés au soldat romain pour le tenir sans cesse en haleine.
Au moment de leur plus grande puissance, ils possédaient, outre les villes citées plus haut : Velletri, Cora, Norba, Segni, où il reste encore des vestiges des murailles dont ils avaient entouré la ville; Cireeis, Sulmone, Sora et Frigelles, sur les bords du Liris; enfin Atina et Casinum. Leurs ports principaux étaient Antiuin et Terracine. Les Volsques étaient d'excellents marins et leurs navires sillonnaient toute la mer Tyrrhénienne et une partie de la Méditerranée. Leurs luttes continuelles contre touies les petiies nations du Latium eurent pour effet de faciliter les conquêtes de Rome, qui ne trouva plds devant elle que des peuples à demi détruits; mais il lui fallut soumettre les Volsques eux-mêmes et la résistance fut longue. Les annales romaines ont conservé le souvenir de quatre guerres des Volsques. Dans la première, les Romains furent d'abord vaincus; les Volsques leur prirent Antiuin, dont ils tirent leur principal port, et (Jirceis (265-270 de la fondation de Rome); Coriolau leur reprit la petite ville de Corioles, d'où il tira son surnom, et Autium; banni de Rome, il se réfugia chez les Volsques, se mit a leur tête, reprit aux Romains les conquêtes que ceux-ci lui devaient et vint camper aux portes de Rome avec son armée victorieuse (295). Il se retira sur la priera de sa mère, et les Volsques consentirent aussitôt, avec une condescendance bien rare, à perdre le fruit de cette rapide campagne. Toute cotte histoire a été traitée avec raison de fubla par Niebuhr. Dans la seconde guerre, les Romains, sous la conduite du dictateur Atilus Tubertus Posthumius, parvinrent à refouler les Volsques et les battirent complètement sur les bords de l'Algidus (306 de Rome). La troisième guerre eut des effets encore plti!> marqués ; Rome, faisant face à la fois aux Eques et aux Volsques, prit à ceux-ci Terracine (319). La quatrième guerre fut la plus longue et la plus acharnée ; les Volsques, vaincus par Camille à Satricum, se relevèrent promptemaut et battirent à leur tour les Romains en 376; mais ceux-ci s'emparèrent de Vélhres (Velletri) après un siège de trois ans ; une partie du territoire volsque fut incorporée dans la tribu appelée Pomptina (402); les Volsques d'Antium et de Privemum furent vaincus en «9 et Vélitres incorporée a la tribu Scaptia en 417; les vaisseaux d'Antium, devenus la proie des vainqueurs, furent conduits dans les arsenaux de Rome. Il y eut encore çà et là des tentatives de résistance, mais la nationalité volsque avait vécu.
VOLT s. m. (voltt — lat. vuttus, même sens). Visage. Il Vieux mot.
— Superst. Figure de cire soumise à certains mauvais traitements, que la personne représentée par cette figure était censée subir elle-même.
VOLTA s. f. (vol-ta — mot ital.). Mus. Fois, reprise. Il Mot usité dans les expressions italiennes Prima voila, Seconda volta, etc., Première fois, seconde fois.
VOLTA, ville du royaume d'Italie, province de Brcscia, district de Castiglione-delle-Stiviere, à 17 kilom. N.-O. de Mautoue, ch.-l. de mandement ; 4,400 bab.
VOLTA, petit fleuve d'Afrique, dans la Guinée septentrionale. Ii descend du versant méridional des monts Kong, dans le royaume de Dahomey, coule au S., entre le royaume des Achanns et le Dahomey, et se jette dans le golfe de Guinée, sur la côte d'Or, près du cap Suint- Paul, après un cours de 620 kilom. Des rochers et surtout de vastes bancs de sable en obstruent l'embouchure.
VOLTA (Alexandre), illustre physicien italien, né a Corne (Milanais) le 18 février 1745, tnort dans la même ville le 6 mars 1827. Il était déjà à dix-huit ans en correspondance avec l'abbe Nollet sur toutes les questions importantes de ta physique. A vingt-quatre ans, il tenta de donner une théorie de la bouteille de Leyde ; mais ce premier essai ne contient que des idées systématiques, souvent peu justes, dont la science n'a tiré aucun profit. Un second mémoire, donné par lui en 1771, Ï produisit une impression plus profonde et vaut au jeune physicien la place de régent de l'Ecole royale de Corne et bientôt après celle de professeur de physique. Dans ce second mémoire, Volta étudiait les différentes manières de produire les phénomènes électriques par pression, pur percussion, etc., et essayait de déterminer dans chaque cas le genre d'électricité développé sur le corps soumis à l'expérience. Peu da temps après, il imagina l'électrophore perpétuel, dont l'u-
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sage est si commode dans toutes les recherches continues où l'on se propose de comparer entre elles les quantités d'électricité développées dans une série d'expériences, d'étudier la loi de la distribution de l'électricité à la surface des corps, celle de sa déperdition dans l'air, etc. C'est encore vers la même époque que Volta fit l'invention du condensateur électrique, au moyen duquel des quantités, autrement imperceptibles, d'électricité peuventétre rendues facilement sensibles. En 1776 et 1777, des recherches sur la nature et la composition du gaz inflammable des marais suggérèrent successivement à Volta l'idée de l'eudioroètte, qui a rendu tant de services aux chimistes ; celle de la lampe perpétuelle à gaz hydrogène ; enfin celle du pistolet électrique.
Jusqu'alors, Volta n'était pas sorti de sa ville natale. En 1777, il visitu Haller à Berne, Saussure à Genève, Voltaire à Ferney, et apporta la pomme de terre à ses compatiiotes. La relation que Volia a écrite de ce voyage scientifique a été imprimée en 1827. Une chaire de physique ayant été créée en 1779 à l'Ecole de Pavie, il fut appelé à la remplir et il l'a occupée avec éclat jusqu'en 1819. De 1780 à 1782, il visita la France, l'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre, pour y lier des relations scientiliques avec Lavoisier et Laplace, Luhtenberg, Van Marum, Priestley, et rassembla les éléments du cabinet de physique de l'Ecole où il venait d'être appelé. C'est pendant ce voyage qu'il concourut avec Lavoisier et Laplace à l'importante découverte de la cause à laquelle on peut attribuer l'électricité atmosphérique. La célèbre expérience qui conduisit à cette découverte est de 1780 : les trois illustres savants, ayant fait évaporer l'eau contenue dans un vase métallique isolé, constatèrent, a l'aide du condensateur de Volta, que ce vase se chargeait d'électricité négative. Cette découverte a malheureusement donné lieu à des revendications amères entre Volta et les deux savunts français. De 1785 à 1787, Volta s'occupa d'expériences sur 1 électricité' atmosphérique. Il avait déjà imtiginé son électromètre à pailles sèches, dont l'écart mesure à peu près exactement l'intensité électrique de la source; il conçut ridée heureuse d'augmenter la puissance de la tige dont s'était servi Saussure pour tirer l'électricité de l'air environnant, en terminant cette lige pur une mèche enflammée. Le succès de cette expérience lui avait donné l'idée de paratonnerres à flammes, qui n'ont pas été expérimentés en grand.
Nous arrivons maintenant à lu découverte de lu pile voltaïque. On sait que l'origine de cette merveilleuse découverte se trouve dans la singulière observation, qui se présenta fortuitement aGalvani, des mouvements excités dans les membres d'une grenouille dépouillée par l'interposition d'un arc métallique entre deux parties différentes du tronc. Ualvani avait cru remarquerque l'effet obtenu était plus considérable lorsque l'arc métallique réunissait un muscle et un nerf. Là-dessus il avait imaginé que les muscles et les nerfs, chargés d'électricité contraire, formaient comme les deux armatures d'une bouteille de Leyde et que l'are jouait le rôle d'excitateur. Voila, en variant les expériences de plusieurs manières, en vint de son côté a se persuader que la commotion était produite par l'accouplement de deux métaux ditTereuts dans l'aie employé pour former le circuit, que c'était dans ce contact de deux métaux que se trouvait la source de l'électricité produite, et que la grenouille servait simplement de conducteur. Il est certain que le phénomène se présente avec des caractèies plus tranchés dans les circonstances indiquées par Volta, mais il réussit toujours plus ou moins dans toutes les autres, c'est-àdire quel que soit l'arc métallique, simple ou composé, et quelles que soient les parties de la grenouille que cet arc touche par ses extrémités. On ne savait, du reste, pas encore s'il se dégageait véritablement de l'électricité dans ces expériences. Les galvuuistes, à la recherche de découvertes physiologiques, continuèrent de varier ces expériences et de les étendre aux débris de tous les animaux récemment morts; quant à Volta, te retirant sur le terrain ferme de la pure physique, il marcha pas à pas à la découverte de sa pile. 11 remarqua d'abord que, lorsqu'on place la langue entre deux rondelles métalliques de natures différentes, se touchant à l'extérieur, on ressent une saveur alcutine ou acide, selon l'ordre dans lequel les deux métaux sont places. Cette remarque venait confirmer l'hypothèse qui s'était déjà présentée à lui; pour la mettre hors de doute, il imagina de mettre en contact deux larges disques de cuivre et de zinc, tenus à l'aide de manches isolants, et, après les avoir séparés, de les présenter l'un après l'autre à l'électromètre condensateur. Les deux disques se trouvèrent sensiblement chargés d'électricités contraires, le zinc portant l'électricité positive et le cuivre l'électricité négative. En renouvelant plusieurs fois le contact, Volta parvint à charger une bouteille de Leyde. C'était déjà un grand pas de fait. Volta franchit le dernier eu 1800, et ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans cette longue série de recherches qu'il venait de parcourir, c'est qu'il avait été théoriquement amené de l'une à l'autre par u'habiles
inductions fondées sur des analogies heureusement comprises. C'est,' au reste, le caractère général de toutes les découvertes de Volta, qu'aucune n'est due au hasard, et que ses plus savantes combinaisons étaient fuites pour ainsi dire à coup sûr.
La découverte de la pile, bientôt suivie de celle des nombreux effets physiques et chimiques qu'on en obtient, excita l'admiration de toute l'Europe. Bonaparte en appela l'heureux auteur à Paris en 1301, pour y répéter Ses expériences devant l'Institut, et il voulut y assister lui-même. Il proposa de décerner une médaille en or à l'illustre physicien, ce qui fut voté par acclamation, ajouta 2,000 écus au nom du gouvernement et fonda un prix de 60,000 francs en faveur de celui qui fui ait faire à la science un nouveau pas comparable à ceux qu'on devait à Franklin et à Volta; il nomma en outre celui-ci comte et sénateur du royaume d'Italie, Depuis lois, Napoléon ne cessa de s'intéresser à l'illustre savant. « Je ne saurais consentir, dit-il en 1804, à la retruite de Volta; si les fonctions de professeur le faiiguent, il faut les réduire. Qu'il n'ait, si l'on veut, qu'une leçon à faire par an; mais l'université de Pavie serait frappée au cœur le jour où je permettrais qu'un nom aussi illustre disparût de la liste de ses membres. D'ailleurs, un bon général doit mourir au champ d'honneur. » Toutes les Académies d'Europe tinrent à honneur do s'associer l'heureux professeur de Pavie.
Postérieurement à 1800, Volta ne donna plus que deux mémoires, l'un en 1806, sur le Phénomène de la grêle, l'aure en 1817, sur la Périodicité des orages et le froid gui les accompagne. A partir de 1819, il cessa à peu près toute relation avec le monde savant. Une légère attaque d'apoplexie vint le surprendre en 1823 et donna de graves inquiétudes. Une fièvre l'enleva en quelques jours en 1827. Il s'était retiré depuis huit ans dans sa ville natale. Côme célébra ses obsèques avec la plus grande pompe et toute l'Italie s'associa au deuil du Milanais. Un beau monument lui a été élevé près du village da Cumiiago, dont sa famille était originaire.
i Intelligence forte et rapide, dit Arugo, idées grandes et justes, caractère affectueux et sincère, telles étaient les qualités dominantes de Volta. L'ambition, la soif de l'or, l'esprit de rivalité ne dictèrent aucune dé ses actions. Cliez lui, l'amour de l'étude resta pur de toute alliance mondaine. >
Volta s'était marié en 1794, à l'âge de quarante-neuf aîis, et il eut trois enfants. Il prenait un soin particulier de leur éducation et ressentit vivement lu perte de l'un d'eux, qui donnait de grandes espérances et déjà montrait une aptitude singulière pour les mathématiques. Toutes ses découvertes ont été. exposées par lui, avec non moins de clarté que de simplicité, dans des Lettres et des Mémoires, qu'avec une trop grande modestie il n'a pas même pensé à recueillir en une seule édition. C'est à un Toscan, amateur éclairé de ces études, le chevalier Vincent Antinori, que le public est redevable de la Cotlezione délie opère del eau. conte Alessaiidro Volta (1816, 5 vol. in-8°). En lisant ce recueil, on aime à voir avec quelle sagacité ce. grand homme surprenait la nature dans ses opérations les plus secrètes, et on ne se lasse pas d'admirer les moyens et les appareils si simples et si ingénieux qu'il inventait pour s'assurer par l'expérience de ce que ses réflexions lui avaient fait entrevoir. 11 faudrait, pour compléter l'œuvre d'Alexandre Volta, joindre aux cinq volumes donnés en 1816 par Vincent Antinori : un poème latin sur les principaux phénomènes de la physique et de la chimie, la vocation de l'auteur aux recherches sur l'électricité y pêne dans plus d'un endroit ; un petit poëme italien sur le voyage fait par Saussure au mont Blanc et plusieurs autres pièces de vers; des observations et expériences sur les vapeurs, ouvrage resté inédit ; de nombreux articles de physique et de chimie, disséminés dans différents recueils périodiques d'Italie , de France, d'Angleterre et de Suisse.
VOLTA (Léopold-Camille), littérateur italien, né à Mautoue en 1751, mort en 1823. Reçu avocat dans sa ville natale, il se rendit à Vienne dans le but d'y compléter ses éludes et se lia dans eette ville avec différents personnages influents, grâce à la protection desquels l'impératrice Marie-Thérèse le nomma, en 1778, secrétaire de délégation et directeur de bibliothèque. Il revint plus tard dans sa patrie, où, jusqu'à sa mort, il s'adonna avec ardeur à la culture des lettres. On a de lui : Panégyrique en vers de Marie-Thérèse (Mautoue, 1774) ; Essai historique sur la typographie mantouane du xve siècle (Venise, 1786) ; Journal de ta littérature (Mantoue, 1793- 1795, 5 vol.); Journal de la littérature étrangère (Mantoue, 1793, 2 vol.l ; Compendium chronologique et critique de l'histoire de Mantoue (Mautoue, 1807J, etc.
J70LTAÏQUE adj. ( vol-ta-i-ke). Physiq.
Se dit dé la pile électrique de Volta et en général de l'électricité développée par les piles : Pile voltaïque. Électricité voltaïque.
VOLTAÏQUEMENT adv. (vol-ta-i-ke-mun — rad. voltaïque). Physiq. Au moyen de la pile voltaïque : Electricité développée vot.-
TAÏQUISMBNT.
VOLTAIRE s. m. (vol-tè-re — de l'écri-
vain de ce nom). Grand fauteuil dont le siège est bas et le dos assez élevé pour y appuyer la tête: S'asseoir dans un voltaire. En 1817, deux choses étaient populaires : le voltaire Touquet et la tabatière à la charte. (V. Hugo.)
VOLTAIRE (François-Marie Arooet de), l'un des plus puissants génies des temps modernes, né à Chàteuay, près de Sceaux, ou plus vraisemblablement a Paris, le 20 février 1694, mort à Paris le 30 mai 1778. Il naquit si débile, qu'on ne put le baptiser que neuf mois après sa naissance. Son père, François 'Arouet, étajt trésorier de la chambre des comptes. Il eut pour parrain l'abbé de Châteauneuf, qui fut aussi son premier maître d'incrédulité. Au collège Louis-le- Graml, où il fut élevé, il étonna ses maîtres, les Pères Porée, Tournemine, Lejay, par la hardiesse et la vivacité do son esprit, à ce point que ce dernier pressentit en lui le futur coryphée du déisme. Quelques vers heureux qu'il fit à douze ans, ses reparties spirituelles charmèrent la fameuse Ninon de Lenclos, qui lui laissa par son testament 2,000 francs pour acheter des livres. L'abbé de Chilteauneuf le conduisit de bonne heure dans les sociétés épicuriennes, et notamment au Temple, où de beaux esprits et quelques grands seigneurs spirituels professaient, avec les maximes de l'épicuréisuie, l'indépendance philosophique et le scepticisme religieux. Mais le père du jeune Arouet, qui rêvait pour lui un avenir dans la magistrature, l'arracha à cette société brillante, pour l'envoyer en Hollande comme page du marquis de Châteauneuf. L'éclat d'une intrigue amoureuse le força bientôt à le faire revenir à Paris, et il le plaça quelque temps dans l'étude d'un procureur. Un séjour à la campagne, auprès d'un ami de sa famille, M. de Caumartin, vieillard qui lui racontait longuement les événements des règnes précédents, lui fournit, dit-on, la première idée de la lienriade et du Siècle de Louis XI V. Il revint à l-'aris comme ce prince venait de mourir. Faussement accusé d'une satire politique qui courut à ce moment, il fut jeté k la Biistille, où il fit l'esquisse de son épopée historique, qu'il nomma d'abord la Ligue, et composa en partie sa tragédie d'Œdipe. La découverte du véritable auteur de (a satire le lit mettre en liberté pur le régent, qui la dédommagea, suivant l'usage du temps, par une gratification, et qu'il remercia spirituellement de vouloir bien continuer à se charger de sa nourriture, mais en le priant de ne plus se charger à l'avenir de son logement. Ce fut alors qu'il changea son nom d'Arouet en celui do Voltaire, emprunté a un petit domaine de sa mère. Bientôt il fit représenter sa tragédie A'Œdipe (1718), qui fut accueillie avec un enthousiasme dont on n'avait pas d'exemple depuis Corneille et Racine. Dans cette tragédie, ses tendances philosophiques se révélaient déjà par des traits singulièrement hardis, tels que les deux fameux vers :
Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense ; Notre crédulité fait toute leur science.
Comme poète tragique, Voltaire ne s'est pas élevé u la hauteur de Corneille et de Kacine ; mais il vient immédiatement après eux. Ses plans sont généralement bien conçus ; son style est pur, élégant et limpide, souvent frappant d énergie, quelquefois prosaïque ; ses caractères sont bien peints, quoique un peu uniformes; il trouve souvent des situations d'un grand effet et des passages isolés pleins de force et de passion ; mais ii tient trop peu compte de la vérité locale, et ceux qui placent en première ligne l'il.usion dramatique lui reprochent d'avoir surtout considéré le théâtre comme une tribune pour la diffusion de ses idées. A l'Œdipe succédèrent Artémire, Mariamne et le poème de la Ligue, audacieuse tentative du jeune poète pour enrichir lu langue française d'une épopée. Avec le succès vinrent les ennemis et les envieux, dont les attaques passionnées faillirent attirer sur lui les rigueurs ecclésiastiques. A ce moment, une aventure cruelle vint changer le cours de sa vie et dessiner plus nettement sa carrière. Le chevalier de Rohan, personnage décrié, qu'il avait contredit dans une discussion, eut la làcheto de l'attirer dans un guet-apens et de le faire' frapper par ses vuleis. Le poète provoqua en duel son indigne. ennemi, qui le fit meure pour six mois à la Bastille, puis bannir du France (1726). Réfugié en Angleterre, il dut à ce séjour la conscience ua sa mission comme philosophe et comme penseur. Un nouvel hoiizuu s'uuvrit devant ses yeux. L'étude de la langue, de l'histoire et de lu littérature de l'Angleterre, le spectacle d'institutions libérales, la fréquentation des esprits les plus distingués donnèrent à ses pensées un cours nouveau, et après trois ans de séjour il put faire connaître à la France la métaphysique de Locke, le déisme de Bolingbroke, les théories scientifiques de Newton, la poésie de Shakspeare et d'Addison. C'est à cette époque que se rapportent les Lettres sur les Anglais, les tragédies de Brutus, la Mort de César, Zaïre, etc. Il vécut quelque temps tranquille à Paris ; mai3 à la mort d'Adrienne Lecouvreur, à qui la sépulture chrétienne ai ait été refusée, il publia une élégie qui lui fit craindre des poursuites. 11 se réfugia secrètement à Rouen, où il fit imprimer l'Histoire de Charles XII et les Lettres philosophiques, qui furent brûlées
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par la main du bourreau. Une autre production de lui, X'Epitre à Uranie , où la divinité de Jésus-Christ était mise en question, lui suscita de nouveaux embarras, bien qu'il l'eût désavouée, par un artifice familier aux temps de compression et dont il usa souvent. Il jugea prudent du s'éloigner pendant quelques années et accepta l'asile que lui offrait Mme Du Chàielet dans son château de Cirey. 1! s'occupa activement avec cette dame de géométrie et de sciences physiques, concourut en même temps qu'elle pour un pris sur la nature du feu, et offrit à cette époque l'exemple le plus remarquable de ses facultés brillantes et multiples, en produisant coup sur coup ses éléments newtoniens, Alzire, Zulime, Mahomet, Mérope, les Discours sur l'homme, etc., pendant qu'il préparait le Siècle de Louis XIV et i' Essai sur les moeurs. Le séjour de plusieurs années qu'il fit à Cirey fut entrecoupé de divers voyages. Déjà l'Europe était pltine du bruit de son nom; le prince royal de Prusse (depuis Frédéric 11) recherchait pur lettres son amitié et le chargeait de publier son Auti- Machiavel. Ces succès brillants, toutefois, étaient troublés par les attaques d'obscurs pamphlétaires dont il eut le tort de triompher dans des l'aciums aussi violents que les attaques. Irritable à l'excès, il ne gardait plus aucune mesure quand son amour-propre littéraire était blessé; mais chez lui l'impétuosité du caractère était tempérée par la bienveillance naturelle et la bouté du cœur. Kn 1743, après le succès de Alérope, il reprit quelque faveur à la cour, obtint, par la protection de Mme de Pompadour, le brevet d'historiographe de France et la charge de gentilhomme do la chambre du roi. Eu même temps, l'Académie française, qui l'avait repoussé deux fois, l'admit dans son sein. Ses compositions de celte époque se ressentent de sa vie frivole. Ce sont les opéras du Temple de la Claire, de Samson, de Pandore; le ballet de la Princesse de Navarre, etc. Bientôt il se lassa de celte existence de poète de cour, d'autant plus que le roi le traitait froidement et que Mine de Pompadour lui préférait Crébillon. Il quitta Versailles pour la petite cour de Sceaux, où il relit en les surpassant quelquesunes des tragédies du rival qu'on lui opposait : Electre (dans Oresie), Catilina (Home satinée), le Triumvirat, etc. Après la mort de la marquise Du Châtetct, il céda aux sollicitations de Frédéric II et se rendit h la cour de Beilin (1750), où l'attendaient une position brillante, la clef de chambellan et un traitement considérable. On connaît le résultat de celte liuiaon célèbre entre un roi et un philosophe. Des deux amis, l'un ne put dissimuler longtemps l'humeur altière du maître, ni l'autre effacer sa supériorité intellectuelle, malgré son extrême souplesse. Les jalousies des hommes de lettres français, une querelle avec Maupertuis, que soutenait le roi, des mots piquants et inverses autres causes précipitèrent la rupture. Voltaire quiua la Prusse en 1753, non sans avoir essuyé plus d'une avanie. L'ouvrage le plus important qu'il publia pendant sou séjour à Berlin est le Siècle de Louis XI V, qui est resté son chef-u'oeuvre historique. Ayant acquis la certitude que le gouvernement français ne verrait pus avec plaisir sa présence à Paris, il voyagea pendant plusieurs années en Allemagne, en Suisse et en France, et finit pur se fixer à Feruey (1758), où il fit Construire une habitation somptueuse et où il passa les vingt dernières années de sa vie. Il exerçait alois une véritable dictature intellectuelle en Europe. Des souverains iui écrivaient les lettres les plus (lutteuses et s'efforçaient de mériter ses éloges ; d'illustres per.-onnages, des grands, des princes venaient comme en pèlerinage visiter celui qu'on nommait le l'niriupclie de Ferucy; en Un tous les penseurs, tuus ceux qui luttaient pour la dif- . fusion des lumières, le progrès, la tolérance, tournaient les yeux vers lui et s'inspiraient de ses conseils. Celte dernière période de sa vie est marquée par de prodigieux travaux et par de nobles actions qui recommanderont a jamais son nom et feront oublier bien des égarements. 11 dote une petite-nièce du grand Corneille tombée dans le denûment; il recueille la famille de Calas et fait réhabiliter la mémoire de cet infortuné après trois années de luttes et de travaux; il s'élève avec indignation contre le supplice atroce du chevalier de La Barre; il sauve les époux Sirvun et la veuve de Muiubailly; il prend la défense du malheureux Lally ; il plaide pour l'affranchissement des serfs au Jura ; il poursuit enfin le redressement d'une foule d'injustices et la réforme de lois barbares et d'abus révoltants.
Quelle que soit l'opinion définitive que l'on adopte sur ses doctrines philosophiques et sur ses nombreux écrits contre les dogmes chrétiens, on ne saurait contempler sans admiration un exercice aussi plein, aussi soutenu des plus nobles facultés de l'âme. Cet amour pour les opprimés et les malheureux, cette haine vivace et active de l'injustice et des violences de toute nature, ces efforts persévérants pour faire triompher l'humanité, la tolérance, la modération, justifient en quelque sorte l'étrange paradoxe de Diderot, qui écrivait de-lui au moment de l'affaire Calas : • Quand il y aurait un Christ, je vou3 assure que Voltaire serait sauvé. ■ Rien dans sa conduite uâ saurait faire oublier tant de ser-
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vices rendus à la cause des lumières et de la civilisation, de la raison et du droit. D'ailleurs, il se méprenait lui-même sur le fond même de ses idées, et quand il parlait «d'écraser l'infâme, » il n'entendait certainement désigner que la superstition, le fanatisme .et l'intolérance, restes impurs du moyen âge, qui non-seulement n'ont rien de religieux, mais sont même subversifs de toute idée religieuse. On l'a souvent accusé d'athéisme; mais il n'était que déiste, ainsi que l'avait prédit le Père Lejay. Pendant un temps, il s'abandonua, il est vrai, au scepticisme ; mais il revint définitivement au déisme dans les dernières années de sa vie, comme le témoignent ses écrits de cette époque. On se rappelle aussi sa réponse à Franklin, qui lui présentait son petit-fils à bénir. 11 étendit simplement la main au-dessus de la tête de l'enfant et ne prononça que ces paroles : « Dieu et la liberté ! »
Pour donner une idée du genre de vie que menait Voltaire à Ferney, nous rapporterons le récit de Moore, qui, dans un voyage fait en France à cette époque, ne manqua pas d'aller voir le patriarche de Ferney :
« Les yeux les plus perçants que j aie vus de ma vie, dit Moore, sont ceux de Voltaire, âgé maintenant de quatre-vingts ans. On découvre à la fois Sur sa physionomie le génie, ta pénétration et une extrême mobilité de sentiments.
• Le matin, il a l'air inquiet et mécontent; mais cela s'efface graduellement, et, après le dîner, il parait assez enjoué. Cependant une teinte d'ironie n'abandonne jamais sa ligure ; on peut toujours l'observer dans ses traits, soit qu'il sourie ou qu'il fronce le Sourcil.
» Lorsque le temps est favorable, il sort en earrosseavee sa nièce ou avec quelques-uns de ses hôtes. Quelquefois il se promène dans son jardin, et si le temps ne lui permet pas d'aller dehors, il emploie ses heures de loisir ii jouer .Vix échecs avec le Père Adam, ou à recevoir les étrangers, ou enfin à dicter ou à, lire des lettres. Mais il passe ta plus grande partie de son temps dans son cabinet, et, en lisant ou en écoutant lire, il a toujours une plume à la main pour prendre des notes ou faire des remarques.
• Un auteur écrivant pour vivre ne saurait travailler plus assidûment, ni un jeune poète courant avec ardeur après la renommée se montrer plus avide de gloire que le riche seigneur de Ferney.
» Il vit d'une manière hospitalière, et sa table est très-bonne. H a toujours chez lui deux ou trois personnes de Paris, qui y restent un mois ou six semaines. Quand elles partent, elles sont aussitôt remplacées par d'autres; il y a ainsi une circulation continuelle de commensaux à Ferney. Ces habitués, avec la famille de Voltaire, composent mi cercle de douze ou quinze personnes qui dînent journellement à sa table, soit qu'il y paraisse ou non ; car lorsqu'il est occupé k préparer quelque nouvelle production pour la presse, indisposé ou de mauvaise humeur, il ne dîne pas avec la compagnie et se contente de venir passer quelques minutes avec elle avant ou après le dîner.
» Le matin n'est pas un temps favorable pour visiter Voltaire. Il ne peut souffrir que ses heures d'étude soient interrompues; cela seul suffit pour le mettre en colère. D'ailleurs il a souvent quelque disposiiion à quereller, so'tt qu'il souffre des infirmités inséparables de la. vieillesse, soit pour toute autre raison ; en un mot, il est toujours moins bien disposé dans cette partie du jour que dans toutes les autres.
• .Ceux qui sont invités à souper le voient de la manière la plus avantageuse; il se livre très-vivement k la conversation avec ses convives et semble heureux de dire des choses spirituelles. Mais quand une remarque vive ou un bon mot vient d'un autre, il y applaudit, s'en amuse, et l'indulgence qu'il a montrée ajoute à sa gaieté. Lorsqu'il est entouré de ses amis et animé par la présence des femmes, il semble jouir de la vie avec la sensibilité de la jeunesse. Son génie, dégagé alors des entraves de l'âge, brille et sème les observations fines, les traits heureux, empreints souvent d'une ironie délicate.
. » Son aversion pour le clergé le conduit k laisser ramener souvent la conversation sur ce sujet et k éco.iter là-dessus des gens qui n'ont pas toujours l'esprit nécessaire pour rendre leurs railleries tolérables.
• Il compare la nation anglaise à un baril de bière, dont le dessus est écumeux, le fond chargé de lie et le milieu excellent.
» Avec ses inférieurs, Voltaire parait sous un jour très-favorable ; il est affable, humain et généreux pour ses tenanciers et tous ceux qui dépendent de lui; il aime aies voir prospérer et s'occupe de leurs intérêts particuliers avec l'attention d'un patriarche; il emploie tous les moyens qu'il peut inventer pour animer autour de lui l'industrie et les manufactures. Par ses soins et sa protection, le misérable village de Ferney, dont les habitants croupissaient dans la paresse, est devenu une petite ville commode et florissante....
» Voltaire avait autrefois dans sa maison un petit théâtre; les pièces étaient représentées par des personnes de sa société, et luimême prenait ordinairement quelque rôle important ; mais, si t'en crois tous les récits.
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il ne brillait jamais oeaucoup dans cet emploi.
.» Les amusements dramatiques de Ferney donnèrent l'idée k une troupe de comédiens français de venir y donner, l'été, des représentations.
» J'ai été fréquemment h ce théâtre : les acteurs sont médiocrement bons. Le fameux Lekain, qui est maintenant k Ferney, vient y jouer quelquefois; mais je suis principalement attiré par le désir de voir Voltaire, qui se rend assidûment au spectacle toutes les fois qu'on représente une de ses pièces ou que Lekain joue.
» Il s'assied sur la théâtre, derrière la scène, mais de manière à être vu de la plus grande partie de l'auditoire, et il prend autant d'iniérét il l'exécution de la pièce que si sa réputation en dépendait. Si quelqu un des acteurs fait un contre-sens, il semble chagrin et choqué ; mais s'il trouve qu'il joue bien, il lui donne, du geste et de la voix, les marques d'approbation les plus vives. Il entre dans les situations touchantes avec tous les symptômes d'une émotion réelle, et même verse des larmes avec l'effusion d'une jeune fille qui assiste pour la première fois à une tragédie. »
Quoique Voltaire eût fait reconstruire kses frais l'église de Ferney, il eut plus d'une fois d'assez vifs démêlés avec son curé, qui se plaignit à, l'évêque. On dit que, dans un de ces moments de crise, il fit ses pâques publiquement dans l'église de Ferney sans s'être confessé, voulant, disait-il, remplir ses devoir de chrétien, d'officier du roi et de seigneur de paroisse. Un autre jour, empiétant sur la prérogative curiale, il s'avisa de monter en chaire et de faire aux paroissiens une espèce de sermon sur le vol. Nous no donnons pas ces faits connue certains; mais quand on songe au caractère et au genre d'esprit de Voltaire, ils n'ont rien d'invraisemblable.
Kn 1778, Voltaire quitta Ferney pour faire un voyage à Paris, où il n'avait pas paru depuis vingt-sept ans. On sait le triomphe inouï qui l'attendait. L'Académie, le théâtre lui envoyèrent des députations; les hommes les plus illustres par le talent ou la naissance, les femmes du plu? haut rang vinrent lui présenter leurs hommages; le peuple entier l'accueillit par des ovations sans exemple chaque fois qu'il parut en public ; son buste fut couronné dans tous les théâtres. Ce n'était |';is seulement le génie qu'on acclamait ainsi, mais encore le défenseur du Calas, le protecteur des opprimés, l'apôtre de la tolérance universelle. Après la représentation de sa 'tragédie d'Irène, il fut reconduit en triomphe jusque chez lui. ■ Vous voulez m'étouffer sous des roses 1 • s'écria le vieux poète, qui s'enivrait de sa gloire. Tant de fatigues et d'émolions hâtèrent en effet sa fin et ranimèrent une straiiguriequi l'avait déjà tourmenté et qui le conduisit lapideinent au tombeau. Il avaitd'ailleurs près de quatre-vingtquatre ans. Pressé par des ecclésiastiques, il ri t,dit-on, quelques eoncessiousde paroles pendant sa maladie; mais il est hors de doute qu'au dernier moment, sommé par le curé de Saiut-Sulpice de souscrire au dogme de la divinité de Jésus-Christ, il ne répondit que ces mois: • Laissez-moi mourir en paix. » Il parait que le rapport écrit de cet ecclésiastique exisie dans les archives de l'archevêché. Une circonstance qui suffirait à trancher la question, c'est que la sépulture chrétienne fut refusée à l'illustre îitorl, dont le neveu, l'abbé Mignot, lit conduire hâtivement le cadavre k son abbaye de Scellières, où il demeura jusqu'au jour où la Révolution le rapporta triomphalement au Panthéon.
Il faut rejeter comme une fable odieuse et ridicule des récits inspirés par un fanatisme haineux et d'après lesquels Voltaire serait mort comme un damné, fou de 'terreur et de rage, « mangeant ses excréments et portant k sa bouche son vase de nuit pour éiancher la soif ardente qui le dévorait. • Plus d'un prédicateur a répété cette fable en chaire et a présenté cette mort horrible comme une juste punition des sarcasmes que Vollairo avait lancés contre un passage de la Bible où le prophète Ezéehiel joue un rôle si singulier.
Le 30 mai 1791, l'Assemblée nationale décréta que Voltaire était digne de recevoir les honneurs décernés aux grands hommes et que ses cendres seraient transférées au Panthéon. Cette translation, k laquelle on uun m le caractère d'une fête nationale, eut lieu le lundi 11 juillet. David et Cellerier en furent les ordonnateurs, et M.-J. Chénier composa l'hymne suivant, que Gossec mit en musique :
Ah! ce n'est point des pleurs qu'il est temps daré-
(pandre; C'est lo jour du triomphe, et non pas dos regrets. Que nos chants d'allégresse accompagnentlu cendre Du plus illustre des Français.
Jadis par les tyrans cette' cendre exilée Au milieu des sanglots fuyait loin de nos yeux; Mais, par un peuple libre aujourd'hui rappelée, Elle vient consacrer ces lieux.
Salut! mortel divin, bienfaiteur de la terre; Nob murs, privés de toi, vont te reconquérir; C'est à nous qu'appartient tout ce qui lut Voltaire; Nos murs l'ont vu naître et mourir.
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Ton souffle créateur nous fit ce que nous somme»; Reçois le libre encens de la France à genoux; Sois désormaisle dieu du temple dus grands hommes> Toi qui les as surpassés tous.
Le flambeau vigilant de ta raison sublima Sur des prêtres menteurs éclaira les mortels; Fléau de ces tyrans, tu découvris l'abîme
Qu'ils creusaient au pied des autels.
Sur cent tons différents ta lyre enchanteresse, Fîdele à la raison comme à l'humanité. Aux mensonges brillants inventés par la Grcco Unit la simple vérité.
La Barre, Jean Calas, venes, plaintives ombres, Innocents condamnés dont il fut le vengeur. Accourez un moment du fond des rives sombres; Joignez-vous au triomphateur.
Chantez, peuples pasteurs, qui des monts helvétiques Vîtes longtemps planer cet aigle audacieux; Habitants du Jura, que vos accents rustiques Portent sa gloire jusqu'aux cieux.
Fils d'Albion, chantez ; Américains, Bataves, Chantez; de la raison célébrez le soutien ; Ah ! de tous les mortels qui ne sont point esclaves • Voltaire est le concitoyen.
Outre les ouvrages déjà cités, Voltaire a encore donné : Philosophie de l'histoire; la Bible commentée; Examen important ; Histoire de l' établissement du christianisme ; Dielionnuire philosophique ; Histoire delà Russie sous Pierre te Grand; Histoire du Parlement; les romans et les contes de Candide, Micromégas, Zadig, YHomme aux quarante éctts, la Princesse de Bubytone, Y Ingénu, etc.; les tragédies de Taucrèae, ['Orphelin de la Chine, Olympie, les Guêtres, les Lois de Alinos, Dom Pèdre; les comédies de Charlot, Y Ecossaise, le Dépositaire infidèle, etc.; les poëines de la Pucelle, du Désastre de Lisbonne; le Précis de i'Ecclésiaste; YEpilre aux Délices ; la Loi naturelle; les satires le Pauvre diable, le liusse à Paris, Pégase et le Vieillard, etc.; des contes en vers, des poésies légères, des mélanges, vingt volumes de correspondance, etc.
Les caractères les plus saillants du génie de cet homme extraordinaire sont la souplesse merveilleuse avec laquelle il passait sans effort du familier au sublime, de la prose à la poésie, du plaisant au pathétique, de l'invention épique aux plus riants caprices d'une imagination intarissable ; la noblesse naturelle, la limpidité, l'élégance, la précision et la pureté de son style. Nul écrivain n'a jamais apporté plus de grâce dans le badinage, plus de verve et de sel , dans la raillerie, plus d'éblouissante gaieté dans la controverse. 11 a cultivé tous les genres littéraires, et, s'il est resté médiocre dans quelques-uns, il a montré dans tous la richesse de son imagination et la puissance génératrice d'un esprit qui semblait réparer ses forces par le travail, qui ordinairement les épuise.
V. dans ce Dictionnaire l'analyse des principales œuvres do Voltaire aux articles qui leur sont consacrés.
Un génie aussi vaste quo celui de Voltaire dut nécessairement avoir beaucoup d'admirateurs, mais la vivacité de ses attaques contre tout ce qui lui paraissait faux, injuste ou entaché de superstition lui valut autant de détracteurs et l'on pourrait dire d'ennemis acharnés. Nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques-unes des apprécialions auxquelles ont donné lieu sa personne et ses écrus.
Voici d'abord un passage emprunté uu livre de Mm" de Siaël suKla littérature .
• Les courtisans, ne réfléchissant pas sur lu connexion intime qui doit exister entre tous les préjugés, espéraient tout à lu fois se maintenir dans une situation fondée sur l'erreur, et se parer eux-mêmes d'un esprit philosophique ; ils voulaient dédaigner quelques-uns (le leurs avantages, et néanmoins les conserver; ils pensaient qu'on n'éolairerait sur les abus que leurs possesseurs et que lo vulgaire continuerait k croire, tandis qu'un petit nombre d'hommes, jouissant , comme toujours, de la supériorité de leur rang, joindraient encore k cette supériorité celle de leurs lumières ; ils se flattaient de pouvoir regarder longtemps leurs inférieurs comme des dupes, sans que ces inférieurs se lassassent jamais d'une telle situation. Aucun homme ne pouvait mieux que Voltaire profiter de cette disposition des nobles do France; car il se peut que lui-même il la partageât.
> Il aimait les grands seigneurs, il aimait les rois; il voulait éclairer la société plutôt que la changer, La grâce piquante, le goût exquis qui régnaient dans ses ouvrages lui rendaient presque nécessaire d'avoir pour juge l'esprit aristocratique. 11 voulait que les lumières fussent de bon ton, que la philosophie fût à la mode ; mais il ne soulevait point les sensations fortes de la nature; il n'appelait pas du fond des forêts, comme Rousseau, la tempête des passions primitives, pour ébranler le gouvernement sur ses antiques buses. C'est avec la plaisanterie et l'arme du ridicule que Voltaire affaiblissait par degrés l'importance de quelques erreurs; il déracinait tout autour ce que l'orage u depuis si facilement renversé; mais il ne pré-
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voyait pas, il ne voulait pas la Révolution, qu il a préparée.
• Une république, fondée sur un système d'égalité philosophique, n'étant point dans ses opinions, ne pouvait être son but secret. L'on n'aperçoit point dans ses écrits une idée lointaine, un dessein caché;cette clarté, cette facilité qui distinguent ses ouvrages, permettent de tout voir et ne laissent rien à deviner.
» Rousseau, portant dans son sein une âme souffrante, que l'injustice, l'ingratitude, les stupides mépris des hommes indifférents et légers avaient longtemps déchirée ; Rousseau, fatigué de l'ordre social, pouvait recourir aux idées purement naturelles. Mais la destinée de Voltaire était le chef-d'œuvre de la société, des beaux-arts, de la civilisation monarchique; il devait craindre même de renverser ce qu'il attaquait. Le mérita et l'intérêt de la plupart de ses plaisanteries tiennent à l'existence des préjugés dont il se moque.
» Voltaire a rempli à lui seul cette époque de la philosophie où il faut accoutumer les hommes comme les enfants à jouer avec ce u'ils redoutent. Vient ensuite le moment 'examiner les objets de front, puis enfyi de s'en rendre maître. Voltaire, Montesquieu, Rousseau ont parcouru ces diverses périodes des progrès de la pensée , et, comme les dieux de l'Olympe, ils ont franchi l'espace en trois pas.
» La littérature du xvine siècle s'enrichit de l'esprit philosophique qui la caractérise. La pureté du style, l'élégance des expressions n'ont pu faire des progrès après Racine et Fénelon; niais la méthode analytique, donnant plus d'indépendance à l'esprit, a porté la réflexion sur une foule d'objets nouveaux. Les idées philosophiques ont pénétré. dans les tragédies, dans les contes, dans tous les écrits même de pur agrément; et Voltaire, unissant la gr6.ee du siècle précédent a. la philosophie du sien, sut embellir le charme de l'esprit par toutes les vérités dont on ne croyait pas encore l'application possible...
» ...L'émotion produite par les tragédies de Voltaire ett plus forte, quoiqu'on admire davantage celles de Racine. Les sentiments, les situations, les caractères que Voltaire nous présente tiennent de plus près à nos souvenirs. Il importe au perfectionnement de la morale elle-même que le théâtre nous offre toujours quelques modèles au-dessus de nous; mais l'attendrissement est d'autant plus profond que l'auteur sait mieux retracer nos propres affections à notre pensée.
• Quel rôle est plus touchant au théâtre que celui de Tancrède?
> Les pensées qui rappellent de quelque manière aux hommes ce qui leur est commun à tous causent toujours une émotion profonde; et c'est encore sous ce point de vue que les réflexions philosophiques introduites par Voltaire dans ses tragédies, lorsque ces réflexions ne sont pas trop prodiguées,rallient l'intérêt universel aux diverses situations qu'il met en scène...
» On ne saurait nier que Voltaire n'ait fait faire un pas de plus, sous ce rapport, à l'art dramatique, et que la puissance des effets du théâtre ne s'en soit accrue. »
Goethe a dit : ~
t On n'est point surpris que Voltaire se soit assuré en Ënrope,sans contestation, la monarchie universelle des esprits; ceux mêmes qui aurnienteu des titresà lui opposer reconnaissaient sa suprématie et donnaient l'exemple de n'être que Kjs grands de son empire. Depuis sa mort,la renommée faiteucore retentir d'un pôle à l'autre le bruit de sa gloire immortelle. Voltaire sera toujours regardé comme le ptus grand homme en littérature des temps modernes, et peut-être même de tous les siècles ; comme lu création la plus étonnante de la nature, création où elle s'est plu à rassembler une seule fois, dans la frêle et périlleuse organisation humaine, toutes les variétés du talent, toutes les gloires du génie, toutes les puissances de la pensée, i
Voici maintenant l'opinion de Joseph de Maistre :
«Toujours alliée au sacrilège, sa corruption brave Dieu en perdant les hommes. Avec une fureur qui n'a pas d'exemple, cet insolent blasphémateur en vient k se déclarer l'ennemi personnel du sauveur des hommes; il ose, du fond de son néant, lui donner un nom ridicule, et cette loi adorable que l'Homme-Dieu apporta sur la terre, il l'appelle « l'infâme. ■ Abandonné de Dieu qui punit en se retirant, il ne connaît plus de frein. D'autres cyniques étonnèrent la vertu, Voltaire étonne le vice. 11 se plonge dans la fange, il s'y roule, il s'en abreuve; il livre son imagination à l'enthousiasme de l'enfer, qui lui prête toutes ses forces pour le traîner jusqu'aux limites du mal. Il invente des prodiges, des monstres ijni font polir. Paris le couronna, Sodonie l'eut banni. Profanateur effronté de la langue universelle et de ses plus grands noms, le dernier des hommes après ceux qui l'aiment I Comment vous peindrais-je ce qu'il me fait éprouver? Quand je vois ce qu'il pouvait faire et ce qu'il a fait, ses inimitables talents ne m'inspirent plus qu'une espèce de rage sainte qui n'a pas de nom. Suspendu entre l'admiration et l'horreur, quelquefois je voudrais lui élever une statue... par la main du bourreau. >
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Nous empruntons à Saint-Marc Girardin l'appréciation suivante :
« Voltaire a mieux fait que de réussir; ilavait mérité son succès en soutenant les luttes de sa jeunesse, celles même qu'il s'attirait par ses défauts; il a continué à le mériter par les luttes de sa vie, où il a eu raison. Le mérite de Voltaire, à travers les luttes de sa jeunesse et de sa vie, est d'être toujours resté fidèle au bon goût et au bon sens. Jeune, il n'a pas trahi ses amitiés de l'ancienne cour, et cependant il était le chef et le docteur de l'école nouvelle; il avait des principes nouveaux et des affections anciennes. C'est là ce qui fait son originalité. » I! y avait avant lui, et dans l'ancienne cour même, bien des docteurs d'incrédulité insouciante; c'était la revanche immodérée du despotisme politique et ecclésiastique. Mais, avunt lui, dans cette ancienne cour, parmi les courtisans de Louis XIV, parmi même les plus lassés de son despotisme, parmi les plus injustes envers cette vieillesse accablée de tant de calamjtés, où était le respect de la justice et de" l'humaniié, comme Voltaire la eu toujours? Voyez la défense de Calas, voyez la défense de tous les persécutés. Où était au xvue siècle le goût de la liberté, même de la liberté politique, comme Voltaire l'a prêché dans ses lettres sur l'Angleterre? Où était enfin le bon sens et le goût français appliqué au gouvernement de la société, comme Voltaire l'a sans cesse réclamé et a fini par l'imposer? Où était l'impartialité dans l'histoire? Le plus grand défenseur de LouisXIV, le plus tuile, le plus vrai, le plus sincère surtout, est Voltaire. Et non-seulement il lui a été donné de défendre Louis XIV, il lui a été donné une consolation et une revanche plus grandes que celles-là, il a défendu même le Régent; malgré les rancunes qu'avait dû lui inspirer la Bastille, il a défendu celui qui l'avait persécute. Ce sont là les consolations et les revanches qui plaisent le mieux aux honnêtes gens.
> Voilà ce que j'appelle l'unité du caractère de Voltaire. Je sais les mauvaises pierres que Babouc a pu mêler à la statue; je ne fais pas de cette statue un fétiche que je veuille adorer, à Dieu ne plaise 1 mais, comme Ithuriel, je me garde bien de la vouloir casser. Je sais quelles ont été les petites passions de l'homme, quelles ont été ses erreurs; mais, messieurs, souvenez-vous de l'humanité aimée et défendue sans affectation et sans déclamation; de la liberté défendue sans colère et sans envie ; de la vérité dans l'histoire, cherchée sans malveillance et sans misanthropie; voilà ce que j'appelle l'unité de caractère de Voltaire ! C'est ce que j'aime, ce que j'estime, c'est ce que je me propose de rechercher dans les publications de Voltaire qui feront l'objet de mes entretiens. »
Enfin, M. Peyratjuge ainsi Voltaire dans un article de V Avenir national du 88 janvier 1867 :
« On prétend que Voltaire n'aimait pas le peuple et qu'il n'a jamais songé à l'éclairer... Les vrais sentiments de Voltaire pour le peuple éclatent dans toutes les parties sérieuses et importantes de ses livres. Pour l'instruire, le grand homme prend tous les tons, emploie tous les genres, la prose et les vers, l'histoire et la philosophie. Et il ne se borne pas à écrire et à parler, il agit. Il délivre six lieuesde pays de toutes les oppressions, il fait d'un misérable village une ville florissante, un véritable petit Etat libre. Il donne de l'argent, appelle les ouvriers les plus habiles et leur procure des protecteurs et des acheteurs dans toutes les parties du monde.
» On attaque son patriotisme, et on cite les fragments de sa correspondance avec les rois de son temps. Il nous serait facile de prouver que nul n'a plus aimé la France et n'en a. parlé en ternies plus élevés. Quant aux rois, s'il a été en relation avec eux, c'est pour leur prêcher la raison, la tolérance, l'amour du bien public, le respect du peuple et de ses droits. Il a été le défenseur de tous les opprimés, de toutes les victimes des préjugés et du fanatisme; il a travaillé pendant trois ans à la réhabilitation de Calas, et il a pu dire : « Durant tout le temps, il ne m'est » pas échappé un sourire que je ne me le sois • reproché comme un crime. »
• Ce que ses ennemis et les nôtres ne lui pardonneht pas, c'est justement d'avoir défendu et éclairé le peuple, que ses oppresseurs accablaient de scaiia'ales, d'iniquités et d'impôts. Ce qu'ils ne lui pardonnent pas surtout, c'est la guerre éternellement glorieuse qu'il a faite à ■rinfàme,»c'esl-à-direau fanatisme, à l'intolérance, à la superstition. Dans cette guerre qui s'est faite après lui et que nous sommes forcés de continuer, son esprit est notre auxiliaire le plus puissant, car, en mourant, il nous a laissé, comme il l'a dit lui-même très-justement, « des ciseaux i et des limes pour limer les dents et rogner i les ongles des monstres. »
Les œuvres de Voltaire, publiées d'abord séparément, ont eu un nombre d'éditions considérable j nous nous bornerons ici à mentionner les principaux recueils de ses œuvres complètes ou choisies. Le premier en date, qui est fort incomplet, a pour titre Œuvres de Voltaire (Amsterdam, 1738-1739, 4 vol. ia-8°) et a été revu par 1 auteur, qui
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en corrigea les épreuves. Puis viennent : Œuvres diverses (Londres, 1746, 6 vol. in-IS); Œuvres (Dresde, 1748, 8 vol. in-8») ; Œuvres (Dresde, 1752, 7 vol. in-12) et les éditions de Genève de 1757 (17 vol.), de 1764, (21 vol.), de 1768-1778 (30 vol. in-40), de 1775(40 vol. in-8<>), dite édition encadrée, dont Voltaire revit les épreuves. La première édition des Œuvres complètes de \oltaire est celle de Kehl (1785-1789, 70 vol. in-S° et 92 vol. in-12), commencée par Panckoucke, puis exécutée par Beaumarchais, qui fonda dans ce but une imprimerie à Kehl et se servit de caractères achetés à l'imprimeur Baskerville.
C'est dans cette édition, enrichie de notes de Condorcet , de Decroix, de Beaumarchais, qu'on trouve pour la première fois la Correspondance si pleine d'intérêt du grand philosophe. Parmi les éditions postérieures, nous citerons celles de Poinsot (Paris, 1792- 1800, 55 vol. in-8°), avec notes de Palissot; l'édition Didot des Œuvres choisies (1S09, B2 vol. in- 18); l'édition des Œuvres complètes parDesoer (Paris, 1817-1819, 13 vol. in-8°); celle de Renouard (Paris, 1819-1823, 66 vol. in-8°, avec ISO gravures) ; celle de Fortic (Paris, 1820-1826, 60 vol. in-18) ; de Plancher (1822-1825, 44 vol. in-12); de Lequien (1822-1826, 70 vol. in-8») ; de Touquet (Paris, 1821 et suiv., 75 vol. in-12) ; de Dupont (Paris, 1825-1827,70 vol. in-8°) ; de Dalibon (Paris, 1824 et sniv., 95 vol. in-8°), avec notes, préfaces de Nodier, Daunou, Dubois, etc., et un meilleur classement de la correspondance, augmentée de lettres nouvelles; l'édition compacte de Sautelet (1827,3 vol. in-s°). L'édition de Beuchot (Paris, 1829 - 1834, 70 vol. in-8»), avec S vol.detablespar Miger, est particulièrement estimée, pour le soin avec lequel l'éditeur a revu les textes, recueilli les écrits authentiquesinéditsetécarté ceux qui étaient douteux ou faussement attribués à Voltaire. Cette excellente édition a été utilisée dans les éditions postérieures, parmi lesquelles nous citerons celles rie F. Didot (Paris, 1859, 13 vol. in-80), de Hachette (Paris, 1859-1861, 40 vol. in-18), de Barré (1856- 1*859, 20 vo!.«n-8«) et enfin celle d'Avenel, publiée par le Siècle (1860-1870, 8 vol, in-8°), excellente édition, publiée uniquement dans un but de vulgarisation et dont le bas prix (24 francs) la met à la portée de toutes les bourses.
— Allas, hist. C'est la raille à Voltaire, e'e»t lu faute à Houeaenu. Phrase le plus
souvent plaisante par laquelle on rejette sur quelqu'un, avec plus ou moins de justice, les conséquences d'une doctrine qui a eu de funestes résultats.
Les grands événements qui ont marqué la fin du xvui» siècle et qui ont si fortement ébranlé et amoindri pour jamais les deux pouvoirs les plus anciennement constitués, la royauté et la religion, ont été la conséquence de l'esprit d'examen et des idées philosophiques dont Voltaire et Rousseau sont les représentants les plus illustres ; de là l'acrimonie , les haines, les invectives qui ont érigé ces deux écrivains en boucs émissaires, sur la tête desquels retombaient toutes les iniquités d'Israël.
De là ces mots passés en proverbe, mais
?ui ne se disent guère aujourd'hui que par orme de plaisanterie : C'est la faute â Voltaire, c'est la faute à Housseaul
On se sert également, en parlant du premier, de l'expression suivante : Cet affreux Voltaire. M. Ponsard termine ainsi sa comédie de l'Honneur et l'Argent :
Eh bien ! nous disions donc que ce; affrcuxVollaire...
Voici quelqtiesapplicationsde cette phrase pittoresque :
« Après le roman, c'est le théàtrequi passe sous la férule de M. Granier. On disait autrefois : C'est la faute à Voltaire; on dit aujourd'hui : « C'est la faute à la littérature ; » cela varie le refrain. Je comprends, du reste, jusqu'à un certain point, la mauvaise humeur du rédacteur en chef du Pays : M. de Cassagnac avait rêvé la régénération du théâtre, et il avait charpenté dans ce but louable une comédie morale en cinq actes ; cette comédie a été froidement accueillie par le comité de lecture du Théâtre-Français. » Edmond Tbxier.
« Tandis que la religion se perd pour le peuple, elle devient pour les riches, comme la musique et les modes, un embellissement de l'existence, je dirai presque un objet de luxe. Quelle peut être la cause de ce revirement? Est-ce la faute de Voltaire? Est-ce la faute de Rousseau? Ou n'est-ce pas plutôt celle de l'Eglise? »
P.-J. Proudhon.
< Passant de l'histoire à la polémique, nous trouvons, comme gage d'un esprit qui n'est pas tout à fait celui de la tolérance, les Philosophes au pilori, étude historique et catholique, par M. Ch. de Bussy. Nous ne savons ce que l'histoire et le catholicisme peuvent avoir à démêler avec un pamphlet de "cette nature, où, sous le titre de philosophes, les noms les plus célèbres du passé ou les plus distingués du présent sont jetés en pâture à
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des haines, Dieu merci, inoffensives. C'est
une suite de variantes du fameux refrain :
C'est la faute à Rousseau, c'est la faute à
Voltaire. ■
Vapbreau.
Voltaire (vib db), par Condorcet (Genève, 1787, in-8"). Cette Vie de Voltaire, imprimée dans le tome LXX de l'édition in-8° des œuvres de Voltaire faite à Kehl, est plutôt, comme l'a fait remarquer M. Beuchot. un vaste et très-bon tableau de l'esprit de Voltaire que l'histoire de sa vie. «En lisant les ouvrages de Voltaire, dit Condorcet, on voit que personne n'a possédé peut-être la justesse d'esprit à un plus haut degré. Il la conserve au milieu de l'enthousiasme poétique, comme dans l'ivresse de la gaieté; partout elle dirige son goût et règle ses opinions, et c'est une des principales causes du charme inexprimable 'que ses ouvrages ont pour tou3 les bons esprits. Aucun esprit n'a pu peutêtre embrasser plus d'idées à la fois, n'a pénétré avec plus de sagacité tout ce qu'un seul instant peut saisir, n'a montré même plus de profondeur dans tout ce qui n'exige pas une longue analyse ou une forte méditation. Son coup d'œil d'aigle a plus d'une fois étonné ceux mêmes qui devaient à ces moyens des idées plus approfondies, des combinaisons plus vastes et plus précises. Souvent, dans la conversation, on le voyait en un instant choisir entre plusieurs idées, les ordonner à la fois et, pour la clarté et pour l'effet, les revêtir d'une expression heureuse et brillante.
» De là ce précieux avantage d'être toujours clair et simple, sans jamais être insipide, et d'être lu avec un égal plaisir et par le peuple des lecteurs et par l'élite des philosophes. En le lisant avec réflexion, 011 trouve dans ses ouvrages une foule de maximes d'une philosophie profonde et vraie , qui échappe aux lecteurs superficiels, parce qu'elles ne commandent point l'attention et qu'elles n'exigent aucun effort pour être entendues...
■ Tel fut Voltaire, et l'on trouvera peutêtre, en lisant sa vie, qu'il a été plus admiré que connu ; que, malgré le fiel répandu dans quelques-uns de ses ouvrages. polémiques, le sentiment d'une bonté active le dominait toujours ; qu'il aimait les malheureux plus qu'il ne haïssait ses ennemis; que l'amour delà gloire ne fut jamais en lui qu'une passion subordonnée à la passion plus noble de l'humanité. Sans faste dans ses vertus et sans dissimulation dans ses erreurs, dont l'aveu lui échappait avec franchise, mais qu'il ne publiait pas avec orgueil, il a existé peu . d'hommes qui aient honoré leur vie par plus de bonnes actions et qui l'aient souillée pur moins d'hypocrisie. Enfin, on se souviendra qu'au milieu de sa gloire, après avoir illustré la scène française par tant de chefsd'œuvre, lorsqu'il exerçait en Europe sur les esprits un empire qu'aucun homme n'avait jamais exercé sur les hommes, ce vers si touchant :
J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage,
était l'expression naïve du sentiment habituel qui remplissait son âme. •
Dès l'enfance, on est fainillier avec l'auteur de la fienriade, de .Zaïre, de Mérope et de tant de chefs-d'œuvre; aussi Condorcet, tout en le louant dignement, n'insisle-t-il pas sur le génie de Voltaire. Ce qu'il se plaît à nou3 montrer en lui, c'est Voltaire n'ambitionnant qu'une gloire, celle de venger l'humanité et d'ariHcher des victimes à l'oppression ; c'est Voltaire protestant contre l'intolérance ecclésiastique qui refusait les honneurs funéraires à l'illustre actrice MllB Lecouvreur après sa mort ; c'est Voltaire osant dire à M. Hérault, lieutenant de police •. «On fait bien de pendre ceux qui fabriquent de fausses lettres de cachet, en attendant qu'on traite de même ceux qui en signent de vraies;» c'est Voltaire sauvant l'honneur et la vie à l'abbé Desfontaines, ce folliculaire qui^ le couvrait de boue dan3 ses pamphlets; c'est Voltaire recueillant la nièce du grand Corneille en disant : «C'est le devoir d'un soldat de secourir la nièce de son général;» c'est Voltaire protestant contre l'exemple d'atrocité antique renouvelé des Carthaginois par l'Angleterre, qui | unit de mort l'amiral Byng, coupable d'avoir été vaincu ; c'est Voltaire faisant réhabiliter Calas, sauvant Sirven de l'échafaud, forçant les jésuites à rendre ses biens à la famille Desprez de Crassy, plaidant vainement la cause du chevalier de La Barre et de Lally-Tollendal, et délivrant de la servitude ecclésiastique ou de la tyrannie des fermes les paysans de .Gex, de Saint- (Jlaude et de tout le Jura; c'est Voltaire disant : «Pendant trois années que dura l'affaire da l'infortuné Calas il ne m'est pas échappé un sourire que je ne me le sois reproché comme un crime; tous les ans, le jour anniversaire de la Saint-Barthélémy, je suis obligé de me mettre au lit avec la lièvre.»
Voilà le Voltaire que célèbre Condorcet; c'est l'homme da génie faisant concourir toutes ses facultés à la défense du droit et du malheur, aux progrès de la tolérance et au bonheur de l'humanité; c'est le prophète de l'avenir, entrevoyant et facilitant, au prix de son repos, l'avènement de la liberté, de Végalitè et de la fraternité, au triomphe des-
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quelles lui, Condorcet, devait sacrifier sa vie.
Bienfaisance, indulgence, pour les faiblesses, haine de l'injustice et da l'oppression, tel est le fond da caractère de Voltaire, « qu'on peut compter, dit son biographe, farini le très-petit nombre d'hommes en qui amour de l'humanité a été une véritable passion.» Constant dans ses amitiés, s'il le fut dans ses haines, c'est que l'obstination de ses ennemis S'y contraignit. A ceux qui accusent Voltaire de jalousie, Condorcet répond par ce vers de Tancrède :
De qui dans l'univers peut-il être jaloux î
et lui reconnaît autant de justice que de justesse dans l'esprit.
Qu'on ne se figure pas cependant que Condorcet admire aveuglément Voltaire; il est juste dons ses appréciations et ne cache pas ses défauts, comme le prouvent les lignes suivantes : «Les heureuses qualités de Voltaire étaient souvent égarées par une inobi1 lité naturelle que l'habitude de faire des tragédies avait encore augmentée. 11 passait en un instant de la colère a l'attendrissement, de l'indignation à la plaisanterie. Né avec des
fiassions violentes, elles l'entraînèrent trop oin quelquefois, et sa mobilité le priva des avantages ordinaires aux âmes passionnées, la fermeté dans la conduite et ce courage que la crainte ne peut arrêter lorsqu'il faut agir, et qui ne s'ébranle point par la présence du danger qu'il a prévu. On l'a vu souvent s'exposer à l'orage presque avec témérité, rarement on l'a vu le braver avec constance, et ces alternatives d'audace et de faiblesse ont souvent affligé ses amis et préparé d'indignes triomphes à ses ennemis.» Co n'est certes pas la ie jugement d'un flatteur, c'est la postérité elle-même qui semble avoir dicté son appréciation h Condorcet. Son sujet l'a inspiré, et cet écrivain, auquel on reproche ordinairement de l'obscurité, un style entortillé et îles négligences, a imité dans la Vie de Voltaire la clarté, la simplicité et la mesure de celui dont il fait l'éloge.
Vôitnirc (le roi), par M. Arsène Houssaye (Paris, 1858). < Quel est le souverain que vous craignez le plus en Europe? demandait-on à Frédéric le Grand. — Le roi Voltaire, ■ répondit-il. Qu'eût-il manqué, en effet, à Voltaire pour lui constituer une royauté? Pour ne procéder ni de la force, ni de la ruse, ni de quelque prétendu droit héréditaire ou divin, sa souveraineté n'en était que plus enviable et plus légitime ; il la devait à son génie. Ministres'et alliés, amis et ennemis, courtisans et flagorneurs, ni plus ni moins qu'un roi de France ou de Prusse, le roi Voltaire avait tout cela. Son royaume était sans limites, sa puissance sans bornes; l'univers entier était peuplé de ses sujets, sur lesquels il ne levait d'autre impôt que celui de la reconnaissance et de l'admiration, en échange des trésors d'intelligence qu'il ne cessait de dépenser à leur profit. Si royauté a jamais pu être déclarée légitime, à coup sûr c'est celle de Voltaire, c'est la royauté de l'esprit humain et de la raison humaine,
Le Roi Voltaire se compose d'une série de chapitres où l'auteur nous peint en pied, de face et de profil, Voltaire dans sa jeunesse, Voltaire h la cour et en exil, Voltaire à la ville et Voltaire à la campagne, les amours de Voltaire, Voltaire chez le grand Frédéric, a Cirey, à Ferney, à Paris, etc. Tous ces tableaux, finement tracés, scrupuleusement étudiés, prouvent chez l'auteur une profonde connaissance du sujet. Mais il est à regretter qu'on n'y trouve que peu d'idées personnelles, point d'aperçus originaux, pas une anecdote inédite. M. Arsène Houssaye s'est volontairement réduit au rôle de compilateur, ainsi que, d'ailleurs, il l'explique lui-même dans sa préface : «J'ai consulté l'oracle, ditil, et j'ai demandé au grand agitateur des âmes le récit des agitations de son cœur. J'ai vu les drames secrets de cette conscience; mais, tout en contant Voltaire, je lui ai laissé la parole chaque fois qu'il parlait de luimême. Voltaire a sculpté sa statue par fragments. Je n'ai eu qu'à reprendre ça et là les précieux débris. Voltaire a dispersé dans son œuvre quelques pages déchirées de sa vie; je n'ai eu qu'à réunir ces pages qui, depuis un siècle déjà, enrichissent le trésor de la mémoire française. » Ou le voit, ce ne sont pas des documents nouveaux qu'il faut chercher dans le livre de M. Arsène Houssaye, mais seulement une compilation ingénieuse, une série de dessins a. la plume trës-adroitement réussis pour la plupart, et qui forment un ensemble très-propre à donner une idée complète de cette immense individualité qui, avec Diderot, personnifie tout un siècle. Le dernier chapitre du volume résume d'une façon excellente la vie da Voltaire, et nous lie saurions mieux faite que d'en donner un aperçu : «La vie de Voltaire, dit M. Arsène Houssaye, est une comédie en cinq actes, en prose, où rayonne la raison humaine dans le génie français. Le premier acte se passe à Paris avec les grands seigneurs et les comédiennes; il commence aux fêtes du prince de Conti et finit à la mort de M'ie Lecouvreur... C'est l'époque de la Bastille et de ï'exil... Voltaire est déjà l'umi des rois et Vennemi de leur royauté, cur il pressent la sienne. Comme les dieux de l'Olympe, il a franchi l'espace en trois pas... Le second acte se tsasse au château de Cirey et à la cour
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du roi Stanislas. Ce second acte peut s'appeler l'amour de la science et la science de l'aiiioiu'... Le troisième acte se passe a la cour de Frédéric II, à Berlin, à Potsdam, à Sans-Souci. C'est une caricature du Suniiim et du Palais-Royal... Le quatrième acte se joue à Ferney. Le roi Voltaire prend pied du même coup dans quatre pays, en attendant qu'il règne partout. Il a une cour, il a des vassaux, il a des curés ; il bâtit une église, il baptise tous les catéchumènes de la philosophie de l'avenir, il apprend l'amour aux puritaines de Genève; il dote la nièce de Corneille, il venge la famille de Calas, il plaide pour l'amiral Byng, pour Montbailly, pour La Barre, pour tous ceux qui n'ont point d'avocat... Le cinquième acte se passe a Paris comme le premier; mais cet homme qui, au début de l'action, était embastillé, proscrit, revient en conquérant. Tout Paris se lève pour le saluer; l'Académie croit qu'Homère, Sophocle et Aristophane sont revenus sous la figure de Voltaire ; la Comédie le couronne de l'immortel laurier. Mais il est bien question du poëte à cette heure suprême I Paris tout entier le tue dans ses embrassements, co roi de l'opinion qui lui apporte en mourant la conquête des droits de l'homme.»
Voltaire ( MÉNAGK ET FINANCES DE ), par
M. Nicolardot. V. Nicolardot.
Voltaire. Iconogr. Deux portraits de Voltaire sont célèbres entre tous : la statue de Pigalle, qui le représente presque entièrement nu, et la statue de Houdon, qui est au Théâtre-Français; nous leur consacrons ciaprès des articles spéciaux. Une statue, par Esperoieux, a été exposée au Salon de 1814. D'autres statues ont é.té exécutées depuis pour la façade de l'Hôtel de ville de Paris et la façade du nouveau Louvre. Purmi les innombrables portraits dus à la gravure, nous citerons ceux de Tardieu (d'après Largillièro et d'après Houdon), Baléchou (d'après La Tour et d'après J.-M. Liotard), L. de Carmontelle (eau-forte représentant Voltaire se promenant dans les environs de son château des Délices), P. -M. Alix, B.-L. Henriquez, J. Barbie, Daniel Berger, Bernigeruih, Blanchard père, 11. Bon voisin (d'après Boitutd), Etienne Fiquet (1*62), J.-.L Haid, Soliman (1829), Mariage, Hopwood (Salon de 1837), Th. -Casimir Regnault (Salon de 1864), J.-D. Huber, etc. Le comte de Caylus a gravé une composition représentant Voltaire à la liastille. Le même sujet a été gravé par A. Fauchery, d'après Deveria (Salon de 1833). Un tableau de Henry Schtesinger, intitulé le premier amour de Voltaire, a paru au Salon de 1848. A. Btancher a gravé, d'après Steuben, Ninon offrant sa bibliothèque au jeune Voltaire. Uue composition de G. de Saint-Aubin, Voltaire écrivant le poème de la Puce/le, a été gravée par Ransonnette. Le poêle, vêtu de sa robe de chambre et assis dans un fauteuil, devant son bureau, regarde en souriant les médaillons de Jeanne Darc et de Charles VII que lui présente un Amour: un petit Satyre tient l'encrier dans lequel lu poëte va tremper sa plume; un autre Amour apporte les médaillons d'Agnès Sorel et de Dunois. M. Léon Dansaert a exposé au Salon de 1865 un tableau intitulé ; Voltaire à Potsdam. P.-C. Baquoy a gravé une composition de Monsiau, représentant Voltaire et Frédéric. Le ^Couronnement de Voltaire au Théâtre-Français a été représenté par plusieurs artistes, notamment par Ch.-Et. Gaucher, d'après Moreau le jeune. Ce dernier est l'auteur des vignettes qui illustrent l'édition des Œuvres de Voltaire publiée par Beaumarchais de 1784 à 1789. Une estampe de Macret, d'après Fauvel, représente la liêception de Voltaire aux champs Elysëes. Le Grand a gravé, d'après Dardel, i'Apot/iëose de Voltaire.
Voltaire (statue de) , par Houdon ; au théâtre de la Comédie-Française, à Paris. Le poète, enveloppé d'une toge, est assis dans uu fauteuil, te corps légèrement penché en avant, la bouche sardonique, les yeux vifs et perçants. Cette statue, exécutée en marbre eu 1779, n'est pas seulement le plus vivant et le plus expressif des portraits que nous ayons de Voltaire, ; c'est encore, au point de vue le plus élevé de l'art, une œuvre d'un arrangement parfait et d'un goût exquis. «Il faut savoir gré à Houdon, dit Quatremère de Quiucy , d'avoir rejeté l'habillement bourgeois et devenu suranné du vieillard de Ferney, costume qui seul eût desenchanté l'aspect d'une statue honorifique. Aussi tout le monde a rendu justice k l'emploi qu'il a eru devoir faire du genre de costume des philosophes antiques, en l'appropriant au caractère ideai d'un monument public. Ajoutons que l'artiste a su y opérer, par une tusion habile, l'heureux accord da la vérité personnelle de détails ou de portrait avec la propriété idéale d'un style conventionnel. > Une reproduction en plâtre de cette statue est au musée de Versailles. Une reproduction eu bronze, dont les frais ont été couverts par une souscription organisée en 1867 parle journal le Siècle, a été érigée en 1870 à Paris, sur l'ancien boulevard du Prinee- ! Eugène, qui a pris depuis ls nom de boule- ; vard Voltaire ; traversée par un boulet lors de l'insurrection de 1871, cette copie a été I très-habilement restaurée et a été placée en-
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suite sur la petite place de TEcole-Polytechnique.
L'année même de la mort de Voltaire, en 1778, le statuaire Houdon avait fait un très-beau buste du philosophe. Ce buste, qui a servi évidemment de modèle pour la tête de la statue, appartient, comme celle-ci, à la Comédie-Française; il est placé dans le foyer. Le musée de Versailles possède un autre buste sculpté par Houdon en 1782. Il y en a un autre au musée d'Angers, qu'on dit être antérieur de deux ans à la mort de Voltaire.
Votmiro (stator de), par Pigalle ; dans la biblothèque de l'Institut, à Paris. Le grand homme est assis sur un rocher; il est presque entièrement nu, n'ayant qu'un manteau juté sur l'épaule gauche ; il tient de la main droite un crayon et de l'autre un volume. Son regard s élève vers le ciel ; un léger sourire effleure ses lèvres; sa tête, que ne couvre pas la perruque historique, est chauve. A ses pieds est un masque.
Cette statue, terminée en 1776, portait primitivement cette épigraphe : «A Monsieur de Voltaire, par les gens de lettres, ses compatriotes et ses contemporains. 1776.» Le projet d'ériger ce monument fut conçu en 1770 par les encyclopédistes, dans une réunion qui eut lieu chez M™e Neeker; la Correspondance littéraire de Grimm et de Diderot , nous fournit à cet égard d'intéressants renseignements : «Le 17 du mois dernier, il s'est tenu chez Mme Necker une assemblée de dixsept vénérables philosophes, dans laquelle il a été unanimement résolu d'ériger une statue en l'honneur de M. de Voltaire... M. Pigalle, vers lequel M. l'abbé Raynal avait été député plusieurs jours auparavant, pour le prier de se charger de l'exécution, et qui avait accepté cette proposition avec la plus grande joie, produisit l'ébauche d'une première pensée modelée en terre, qui fut généralement admirée. Le prince de la littérature y est ussis sur une draperie qui lui descend de l'épaule gauche par le dos et enveloppe tout son corps par derrière. 11 a la tête couronnée de laurier; la poitrine, la cuisse, la jambe et le bras ^Jroit nus. Il tient de lu main droite, dont le bras est pendant, une plume. Le bras gauche est appuyé sur la cuisse gauche. Toute la position est de génie. Il y a dans la tête un feu, un caractère sublime, et si l'artiste réussit à faire passer ce caractère dans le marbre, celte statue l'immortalisera plus que tous ses précédents ouvrages.» Nous ne savons ce qu'est devenu co premier modèle, qui diffère beuucoup de la statue. La Correspondance ajoute : • Les frais de l'entreprise seront un objet de 18,000 à 15,000 livres; les dix-sept pairs du dîner du 17 avril se sont tous déclarés receveurs de l'argent des souscrivants et se sont engagés, indépendamment de leur première souscription, de suppléer solidairement à tous les fonds, qui pourraient manquer à la somme requise. L'argent de la souscription est remis en dépôt chez M. de Laleu, notaire ordinaire de M. de Voltaire, qui fournira k M. Pigalle les sommes dont il aura besoin. L'assemblée des pairs a laissé l'artiste le maître absolu du prix. Ce procédé a paru le toucher. Il a fixé son honoraire à 10,000 livres, indépendamment du prix des marbres et des frais de voyage.» La souscription eut un grand succès. Le roi de Prusse écrivit à, d'Alembert qu'il souscrivait pour la somme qu'on voudrait ; le maréchal de Richelieu, lo duc de Choiseul et beaucoup d'autres grunds seigneurs tinrent à honneur de figurer parmi les souscripteurs. Jean-Jacques Rousseau, qui était l'ennemi de Voltaire, écrivit une lettre spirituelle pour demander la permission de souscrire. Quant à Voltaire, lorsqu'il eut appris le projet des encyclopédistes, il écrivit à M™b Necker : « Ma juste modestie et ma raison me faisaient croire d'abord que l'idée d'une statue était une bonne plaisanterie ; mais puisque la chose est sérieuse, souffrez que je vous parle sérieusement. J'ai soixante-seize ans et je sors à peine d'une grande maladie, qui a traité fort mal mon corps et mon âme pendant six semaines. M. Pigalle doit, dit-on, venir modeler mon visage ; mais, Madame, il faudrait que j'eusse un visage; on en devine à peine la place ; mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé sur des os qui ne tiennent à rien, le peu de dents que j'avais est parti. Ce que je vous dis là n'est pas coquetterie, c'est la pure vérité. On n'a jamais sculpté un pauvre homme dans cet état. M. Pigalle croirait qu'on s'est moqué de lui ; et pour moi, j'ai tant d'amour-propre que je n'oserai jamais paraître en sa présence. Je lui conseillerais, s'il veut mettre lin a cette étrange aventure, de prendre à peu près son modèle sur la petite figure de porcelaine de Sèvres. Qu'importe après tout à la postérité qu'un bloc de marbre ressemble à tel homme ou à un autre î Je me tiens très -philosophe sur cette affaire; mais comme je suis encore plus reconnaissant que philosophe, je vous donne sur ce qui ine reste de corps le même pouvoir que vous avez sur ce qui me reste d'âme. L'un et l'autre sont fort en désordre; mais mon cœur est à vous, Madame, comme si j'avais vingt-cinq ans, et le tout avec un très-sincère respect.»
Quelques jours plus tard, Pigalle partit pour Ferney, porteur d'une lettre de d'Alem-
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bert à Voltaire, qui commençait ainsi : «C'est M. Pigalle qui vous remet ra lui-même celte lettre, mon cher et illustre maître. Vous savez déjà pourquoi il vient à Ferney, et vous le recevrez comme Virgile aurait reçu Phidias, si Phidias avait vécu du temps de Vir-, gile ot qu'il eût été envoyé par les Romains pour leur conserveries traits du plus illustre de leurs compatriotes. Avec quel tendre respect la postérité n'aurait-elle pas vu pareil monument, s'il avait pu exister? Elle aura, mon cher et illustre maître, le même sentiment pour le vôtre. Vous avez beau dire que vous n'avez plus de visage à offrir k M. Pigniie; le génie, tant qu'il respire, a toujours un visage que le génie, soi) confrère, suit bien trouver, et M. Pigalle prendra, dans les deux escarboucles dont la nature vous a fait des yeux, le feu dont il animera ceux de votre ' statue. » Pendant les premiers jours qu'il resta k Ferney, Pigalle ne put réussir k saisir les traits mobiles de Voltaire, et il faillit renoncer à l'entreprise. «Le patriarche lui accordait bien tous les jours une séance, lisons-nous encore dans la Correspondance de Grimm et de Diderot; mais il était pendant ce temps-lk comme un enfant, ne pouvant se tenir tranquille un instant. La plupart du temps, il avait Son secrétaire à côté de lui
. pour dicter des lettres pendant qu'on le modelait, et, suivant un tic qui lui est familier en dictant ses lettres, il soufflait des pois ou faisait d'autres grimaces mortelles pour le statuaire. Celui-ci s'en désespéra et ne vit pour lui d'autre ressource que de s'en retourner ou de tomber malade à Ferney d'une fièvre chaude. Enfin, le dernier jour, la conversation se mit, pour le bonheur de l'entreprise, sur le veau d'or d'Aaro» ; la patriarche fut si content de ce que Pigalle lui demanda au moins six mois pour meure une pareille machine en fonte, que l'artiste fit do lui, le reste de la séance, tout ce qu'il voulut et parvint heureusement à faire son modolo comme il avait désiré. Il eut une si grande peur de gâter ce qu'il tenait dans une seconde séance, qu'il en fit faire le moula aussitôt par son mouleur, et qu'il partit le lendemain de grand matin et clandestinement de Ferney sans voir personne. J'ai vu lo plâtre de Pigalle ; il est fort beau et très-ressemblant. »
Frappé de la maigreur extrême de Voltaire, Pigalle conçut 1 idée originale de représenter le philosophe nu et tel qu'il était. Les encyclopédistes s'alarmèrent d'un projet dont la réalisation ne pouvait manquer de prêter matière aux railleries des ennemis de Voltaire; le patriarche lui-même s'en émut et écrivit à Pigalle pour le dissuader ; mais l'artiste resta sourd à tous les conseils, à toutes les prières et s'obstina à profiter de l'occasion qui lui était donnée de montrer sa science de l'anatomie en sculptant uu corps réduit presque à l'état de squelette. A la fin, Voltaire comprit que le mieux était de ne contrarier en rien l'inspiration du statuaire. Il écrivit au docteur Tronchin, son médecin: «Mon cher successeur des Délices, je m'en rapporte bien à vous sur la statue; personne n'est meilleur juge que vous. Pour moi, je ne suis que sensible, je ne sais qu'admirer l'antique dans l'ouvrage de M. Pigalle. Nu ou vêtu, il ne m'importe. Je n'inspirerai pas d'idées malhonnêtes aux dames, de quelque façon qu'on me présente à elles. Il faut laisser M. Pigalle le maître absolu de la statue. C'est un crime en fait de beaux-arts de mettre dus entraves au génie. Ce n'est pas pour rieti qu'pu le représente avec des ailes; il doit voler où il veut et comme il veut. Je vous prie instamment de voir M. Pigalle, de lui dire comme je pense, île l'assurer de mou amitié, de ma reconnaissance et de mon admiration. Tout ce que je puis lui dire, c'est que je n'ai jamais réussi dans les arts que j'ai cultivés que quand je me suis écoulé moimême.»
Si l'on ne s'inquiète pas de savoir à quelle occasiou cette statue fut exécutée et quel grand homme elle représente, si l'on n'y cherche pas autre chose que fa pensée de l'artiste, a dit un des biographes de Pigalle , M. P. Tarbé, il faut saluer cette œuvre comme une magnifique étude de l'homme au déclin de ou vie. Mais, considérée cuitutie étant le portrait du poëte le plus spirituel, le plus brillant du xvme siècle, c'esi une œuvre dépourvue de goût. Emeiic David a fait k cet égard les réflexions suivantes, qui sont pleines de justesse : «Vainement dirait-on, pour excuser Pigalle, que cette espèce d'apothéose relevait la gloire du grand homme à qui ce monument était consacré, puisqu'il Se trouvait assimilé aux héros et aux dieux grecs, représentés généralement de cette manière. Il faut avouer que l'idée de montrer un écrivain aussi célèbre, âgé de soixante-quatorze ans, tel qu'il se trouvait alors, maigre, décharné, réduit à l'état de squelette, il faut*, dis-je, avouer qu'une semblable idée devenait, à cause de ces circonstances, totale-
. ment inconvenante. C'était mettre au jour la nature humaine dans sa misère, là où d'ingénieux embellissements devaient, au con traira, en faire admirer la sublimité. L'artiste faisait trop voir, par cette indifférence pour la dignité d'un grand homme, combien le moral' de l'art lui était étranger. Mais si, laissant à part cette faute contre le goût, on considère ia statue en elle-même, si l'on remarque la vérité de l'imitation, la précision presque gé-
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né raie des attaches et des muscles, la fermeté des saillies, la vie qui respire dans l'i'tisemble de l'iimige,-et si l'on se rappelle l'époque à laquelle cette figure appartient, on est étonné d'une étude si approfondie. «
VOLTAIRIAN1SME s. m. (vol-tè-ri-a-nisme — rad. ootiuirien). Esprit voltuirien; philosophie et incrédulité de Voltaire, dans le langage des hommes religieux : Combattre
te VOLTAIRIANISMK.
VOLTAIRIEN, IENNE adj. (vpl-tè-ri-nin, i-è-ne). Qui lient de Voltaire; qui a rapport à Voltaire, à ses idées, à sa philosophie, à son incrédulité : Esprit voltairikn. Rire voltairikn. Philosophie voltairienne. L'empereur philosophe Joseph II était tout empreint d'idées voltairiiiNNEs et enr.yclopcdistes. (Gér. de Nerval.) Le royalisme voltairikn, variété bizarre, a eu un pendant non moins étrange, le libéralisme bonapartiste. (V. Hugo.) || Qui est partisan de Vohaire, qui est imbu de l'esprit de Voltaire : Ce bon-
homme usait du privilège qu'ont les vieux
de m à la messe. (Balz.)
gentilshommes voltairiens de ne point aller
— Substantiv. Partisan de Voltaire et de sa doctrine; incrédule : Un voltairikn est un homme gui aime assez à voir clair en toutes choses. (E, Bei'sni.) L'empereur de Siam est un voltairikn. (De Biéville.)
VOLTÀÏSME s. m. (vol-ta-i-sme — rad.
Volta). Physiq. Electricité développée par la pile de Volta, ou par des actions chimiques analogues à celles qui se produisent dans celte pile.
VOLTAMÈTRE s. in. (vol-ta-mè-tre — de Volta, et du gr. metron, mètre). Physiq. Instrument à l'aide duquel on mesure 1 electrî-, cité d'un courant voltaïque.
— Encycl. L'appareil employé pour la décomposition de l'eau par la pile, disposé convenablement, peut servir à donner des indications comparables sur les intensités des courants expérimentés. Il suffit pour cela que les éprouvettes destinées à recueillir l'oxygène et l'hydrogène soient divisées en parties d'égale capacité et que l'eau acidulée soumise à l'expérience soit toujours chargée du même acide à la même dose; la quantité d'oxygène recueillie dans l'unité de temps pourra servir de mesure à l'intensité du courant. En effet, M. Faraday a constaté par la comparaison d'un grand nombru de faits que, toutes choses égales d'ailleurs, la quantité du poids des éléments séparés, dans une décomposition électro-chimique, est proportionnelle a la quantité d'électricité qui passe dans le courant.
VOLTE s. f. (vol-te — du lut. volutus, enroulé. V. volubilis).. Manège. Mouvement que le cavalier l'ait exécuter à sa monture en la menant en rond; cercle tracé par le cheval dans ce mouvement : Mettre un cheval suites voltes. Faire aller un cheval sur les voltes. (Acad.) Dans la volte, Le cheval plie les reins, le dos et les bras, trousse les jambes de devant et chasse les hanches sous te ventre. (Cardini.) Il Terrain marqué pour la première piste d'un cheval, dans un manège. Il Exercice particulier que les commençants font sur un cheval de bois. Il Voiles dépiste, Celles que le cheval parcourt les hanches suivant les épaules, c'est-k-dire sans aller de côté. Il Voiles de deux pistes, Celles où le cheval va de côté. Il Voiles renversées, Celles que le cheval fuit ayant la tête tournée vers le centre de la volte, et la croupe vers la circonférence. Il Se coucher dans la volte, suites voltes, Se dit lorsque, eu tournant au galop sur les voiles, le cheval penche nu coté ou il tourne, li Couper ta volte, Changer de main en faisant des voltes. Il Serrer la volte, Approcher du centre de la volte. Il Elargir, embrasser la volte, Regagner le terrain qu'on a perdu, après avoir trop serré la volte. Il Fermer ta votte, La terminer. Il Mettre un cheval Sur les voltes, Le dresser à exécuter des voltes. Il Regarder dans la volte, Se dit d'un cheval lorsque, en lais. an des voltes des deux pistes, il a la tête tournée où il va, ou lorsque, dans les vo.tes d'une piste, il a la tête tournée vers le centre de la volte. Il Tenir un cheoal sujet aux voltes. Le soutenir quand il se traverse. Il Demi-volte, Moitié d'une volte, demi-rond que fait le cheval. (| Serrer la demi-volie, Faire revenir le cheval dans la piste sur laquelle la demi-volte a été commencée.
— Par anal. Mouvement en rond : Le lion, par une volte d'une prestesse incroyable, se retourna et se précipita sur le grillage. (E. Sue.) Il obéit machinalement, et, comme un conscrit à qui l'on commande l'exercice, il fil •me volte sur les talons. (L. Euault.)
— Churégr. Ancienne danse , originaire d'Italie, dans laquelle le cavalier faisait tourner plusieurs fois sa dame, et terminait en l'aidant à faire un bond.
— Mus. Air k trois temps sur lequel s'exécutait lu danse de la volte.
— Escrime. Mouvement qu'pn fait pour éviter les coups de l'adversaire : Les deux champions firent des passes et des voltes 'avec agilité. (Volt.)
— Mar. Route, direction que l'on suit : Prendre sa volte au nord. Il Ancien nom de la manœuvre appelée aujourd'hui biîanle-