V. JOUISSANCE
jouissance , plaisir
— Encycl. Les moralistes de l'école sensualiste l'ont consister la volupté dans une joie intime et modérée qui résulte aussi bien de la satisfaction rie l'esprit que des jouissances des sens. Ils expliquant par elle toute la physiologie des pa.->sions humaines. Après avoir dit que l'étutde volupté suppose une conscience exempte d'inquiétude, de chagrin -et d'ennui, ayant an fond d'ellemême un bonheur secret toujours prêt à se développer, une conscience pour qui la vie est tissue de sentiments doux où n'entre ni le plaisir vif ni le chagrin amer, ils se défendent du reproche de sensuuli me en faisant ressortir la supériorité des plaisirs de l'esprit sur les plaisirs du corps. Puisque le cœur est de toutes nos facultés celle d'où partent les mouvements les plus ugréables, le génie de vie le plus heureux sera celui où les mouvements de bienveillance domineront davantage.
On tire de la volupté qui dérive de la bienveillance habituelle toute une morale qui fut celle de plusieurs philosophes anciens et du xvnio siècle, Ruusseau a expose les principes de cette morale dans la Nouvelle Héloïse, où Wolmar la personuiiie. Rousseau, comme on doit le supposer d'après sou caractère, trouve cette morale odieuse et froide. Il la considère comme une prescription hygiénique conseillée par l'égoisme, dont le mériie est nul, le mobile plein de bassesse et les effets inefficaces. Ces effets sont, dit-il, tout à fait matériels. En réalité, cette inorale se résume quand on est riche à secourir ceux qui sont pauvres, à les faire dîner, si l'on veut. Si l'on n'est pas riche, on désire qu'ils dînent, et la
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conscience est en repos. On pourrait répondre k Rousseau qu'il faut pour goûter pleinement la volupté dont il s'agit quelque chose de plus qu'un simple et stérile désir; mais ce n'est point ici le Heu d'étudier les vrais principes de la morale.
Quant à la volupté sensuelle, les races efféminées de l'Orient l'ont fréquemment tenue en grand honneur. L'amour est encore en Orient le principal encouragement au mérite militaire. Les Arabes du moyen â"e en avaient fuit, en quelque sorte, lareli-ion du courage, La féodalité rapporta chez nous des croisades ce irait de moeurs ; la chevalerie en a vécu durant plusieurs siècles. Pour donner son cœur, une noble damoisellê exigeait de son amaut qu'il eût fait des prisonniers à ta guerre, qu'il se fût distingué sur les champs de bataille. Elle aimait mieux le voir mourir que fuir. Les chroniques et les fabliaux sont pleins de témoignages caractéristiques à cet égard ; même dans les tournois, la présence des femmes servait de stimulant au courage des combattants. On lit dans une ballade naïve: Servants d'amour, regardez doucement, Aux échnffauds, anges de paradis- Lors jouterez fort et joyeusement Et vous serez honorés et chéris.
Les religions, du reste, comme la législation, ont souvent mis la volupté au service de leurs dogmes. Il en est encore ainsi dans l'Inde; il en a été de même à Babylone, en Syrie, en Asie Mineure. A une époque plus récente, Mahomet n'a mis dans le ciel musulman que de la volupté. Dans le paradis de Mahomet, chacun des élus aura la force de cent hommes pour satisfaire les-désirs de la nature et ses passions; il n'y a que delà volupté sensuelle dans ce paradis; les houris en seront le plus bel ornement, et les houris sont des pucelles d'une beauté ravissante, que Dieu a créées pour le plaisir des élus et qui ont été destinées à chacun d'eux de toute éternité.
Dans certains états de civilisation , on propage le culte de la volupté afin d'amollir les hommes et de les rendre plus faciles à gouverner ; rien ne se manie plus aisément que la boue, dit un proverbe. A Rome, sous 1 empire, les Césars poussaient les Romains dans cette voie, soit afin qu'ils ne s'occupassent point de politique, soit afin d'y gagner de la popularité.
Il faut voir dans Tacite et Juvénal de quels ratfinements est susceptible l'art de corrompre les nations en les' plongeant dans une volupté effrénée. Toutes les institutions convergent vers ce but. On y fait contribuer la religion, le trésor public, tontes les passions de l'âme. Les fêtes de la Volupté sont les fêtes nationales; à celles de Flore, instituées en 516 de Rome, les «ourtisanes allaient en procession dans les rues au son de la trompette (tuba (lorali) et toutes nues; on avait mis le divorce à la portée de tous ; au lieu de dater par les consulats, les femmes dataient par les maris qu'elles avaient eus : tel événement éiait arrivé sous leur septième mari, par exemple. Les gens célèbres étaient les histrions et les courtisanes. La gloire d'Api- Cius dépassait celle des Scipions. Les sciences, les arts, les lettres étaient des instruments au service de la volupté. Tout cela s'est terminé par un effondrement gigantesque. La société s 'écroula dans sa fange. Il reste donc acquis que la volupté, au lieu de produire le courage et de contribuer au développement de la civilisation, est leur pierre d'achoppement. La chute du monde romain en eat un exemple, que tous les sophismes ne parviendront pas à détruire.
Les moralistes n'ont pas besoin de l'histoire pour condamner le débordement de la volupté. Il y a des besoins naturels et par cela même légitimes, qu'on est obligé de satisfaire sous peine d'outrage a la nature. Le tout est d'user d'une façon modérée des biens qui sont à notre portée, et quand il s'agit des plaisirs seusuels, l'excès est plus blâmable qu eu toute autre chose, puisqu'il détruit en même temps la vigueur du corps et celle de l'âme. Les easuistes < hrétiens ont uuturrllemeni suivi des principes tout opposés ; ils sont allésjusqu'a condamner la votuj, té qu'on éprouve à faire du bien et à exercer la charité, lorsque cette volupté prend sa source dans des sentiments tout humains. L'homme doit retrancher de son rceur tout ce qui le rattache aux créatures; il doit chercher son unique bonheur en Dieu, et c'est de Dieu même que doivent venir les mou vements qui le portent ainsi h s'absorber en lui. Cette théorie conduit tout droit à l'ascétisme, et le véritable manuel de l'ascétisme est l'Imitation de Jésus-Christ.
— Mythol. La Volupté, que quelques mythologues appellent aussi Voiupie, était chez les anciens une divinité allégorique, Û.le de l'Amour et de l'syché. Lorsque cel.e-ci, encore simple mortelle, fut présentée à la cour céleste par son époux clandestin, Jupiter l'accueillit par ces vers affables, à en croire Demousiier (Lettres à Emilie) :
Venez, Payi-hé, soyez ma alla, Recevez l'immortalité ; Bientôt l'aimable Volupté Doit avec vous entrer dans ma famillo
Quelques jours après, en effet, Psyché mettait au monde une fille qui devait être la
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Volupté, et que Noël (Dictionn. de la Fable) dêci'ti ainsi :
■ Cette niolîe déesse est une reine facile et fort peu occupée de l'opinion publique. Rien n'est plus séduisant que ses yeux, plus tendre que sa voix, plus enchanteur que ses bras; mais souvent une pourpre empruntée brille sur ses joues, et tout l'éclat de son front ne lui appartient pas. Avec un air si naturel, l'artifice ne lui est pas étranger. Sa belle chevelure attire par les douces odeurs dont elle est imprégnée; ses épaules d'albâtre exhalent iou< les parfums de l'Asie. Elle laisse flotter négligemment sa robe d'or et de soie; une gaze. légère ne fait qu'ombrager 'es trésors de ;-on sein ; a peine cachc-l-elte aux yeux une seule de ses beautés ; entourée de Génies légers et d'Amours brillants qui voltigent sur ses pas, elle promène sur eux des regards enchanteurs et leur jetie en souriant des roses-quine sont pas sans épines. »
Les artistes et les poètes représentent ordinairement la Volupté sous les traits d'une belle femme, aux joues colorées du plus vif incarnai, aux regards languissants, a l'altitude lascive. Elle est couchée sur un lit de fleurs et tient dans s» main une boule de verre qui a des ailes, symbole de la fragiliié et de la rapidité du plaisir. La Volupté avait à Rome un t'iinple dans lequel la statue d'Augeronn, déesse du silence, était placée à côié de la sienne, alliance dont le sens est sans doute que le mystère est l'assaisonnement du plaisir.
Volupté , roman de Sainte-Beuve (1834 , in-8°). (Je livre, le Seul de ce genre qui soit sorti de la plume de l'émiiieut critique, est moins un roman qu'une étude. Sainte-Beuve l'a dit lui-même : « Le véritable objet de Vtiluplé est l'analyse d'un penchant, d'une pa*siun, d'un vice même et de tout le côté de 1 aine que ce vice domine, et auquel il donne le ton, du côté languissant, oisif, attachant, secret et privé, mystérieux et furtif, rêveur jusqu'à la subtilité, tendre jusqu'à la mollesse, voluptueux entin. > La scène se passe en Bretagne. Un prêtre, parti pour les missions d'Amérique, occupe la traversée à évoquer le souvenir de sa vie avec ses égarements et ses amertumes; il écrit sa coufe.-sion, jour pour jour, souffrance par souffrance, à un ami qu'il veut arracher aux mêmes angoisses. Il lui raconte comment le jeu de la destinée l'a conduit, degré par degré, jusqu'au sacerdoce. Il a ressenti d'abord comme un premier amour frais et printanier ; il a aimé une jeune tille ravissante de grâce et d'innocence, rapide et transparente vision du mutin qui s'évanouit aussitôt. Puis, la connaissance de Mul° de Couaën est venue effacer l'image d'Amélie de Liniers. Amaury (c'e.-tleiiomdu héros) était alors dans ce qu'on pounait appeler le second âge, dans ce moment critique où les sens s'éveillent et brûlent, où ta nature fait impérieusement entendre sa voix et demande satisfaction. Cette seconde passion traîne eu longueur et n'a point de résultat. Alors une sorte de dédoublement d'amour se produit dans le cœur d'Ainaury , et, sans cesser de penser a Mme Je CotiiiBu, il va s'adresser aux amours banales pour donner libre cours aux exigences de ses sens. Bietnôt, la passion d'une demi-coquette vient compliquer la situation. Mais Mme de R., légère et faible aux premiers abords, demeure inexpugnable, et, pour la troisième fois. Amaury se voit condamné k ne rien espérer de son amour. "Voyant alors que toutes les femmes qu'il a aimées lui manquent, il se lasse, se méprise et rougit de lui-même. Les trois femmes qu'il a pièlerèes tour à tour disparaissent par trois sentiers différents. 11 en reste un quatrième, le seul qu'Aniaury puisse choisir : la grâce survient, elle triomphe et le voilà dans le port. Mais à peine Amaury a-t-il revêtu l'habit de prêtre quHl est appelé auprès d'une mourante, etla femme sur laquelle il récite la prière des morts, c'est M"'* de CouaBu. On a vu les trois sortes d'amour emre lesquelles il a été donné a Amaury de choisir, Amélie lui promettait le calme d'une exjsieuce toute de dévouement et de teu- ' dresse; dans Mu>e de Oouueu il aurait trouvé toutes les ardeurs, tous les élans passionnés de l'amour romanesque; avec Mme de R., il pouvait passer quelque temps d'un bonheur facile et souriant. Amaury n'a su rien vouloir. 11 a demandé à Amélie d'attendre deux ans avant de prendre une détermination aussi importante que celle de leur mariage. Pendant ce temps, un autre amour est venu, mais il ne s'est pas senti assez de courage pour entreprendre ia lutte dont il eût été bescin pour triompher du cœur de Mme ue Couaën. Enfin, il lui suffisait pour obtenir M"1* de R: tfe ne pas lui laisser voir qu'elle avait deux rivales ; il lui a laissé voir qu'elle n'avait de son amour qu'une faible part, et elle a renoncé à lui. Ainsi dune Amaury a fait le malheur des trois êtres qu'il a aimés, etcelupiirce que, après avoir puisé aux sources de la volupté 1 t'ffttiuinntiou, lu mollesse, et l'énervement, il n'a pu trouver en luimême ni volouté ni puissance. On ne saurait demander à un livre une morale plus sûre, un enseignement plus "salutaire, et nul, mieux que l'auteur, n'a fait résonner la libre humaine d'une façon plus savante. Volupté peut être regardée comme le type en France du roman purement psychologique. Il n'est
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point fait à coups d'intrigues, les personnages ne s'y heurtent point; ils passent tour à tour devant le lecteur, éclairés en pleine lumière, analysés de main de maître, et encadrés dans une série de tableaux de famille, de paysages connus, d'intérieurs de monastères , de solitudes , de -pèlerinages. Nous trouvons dans une lettre de Sainte- Beuve, datée de 1863, une révélation fort intéressante à propos d'un de ces tableaux si pleins île vérité qui abondent dans -Volupté : « Lorsque je ris le roman de Volupté qui, au vrai, n'est pas précisément un roman et où j'ai mis le plus que j'ai pu de m»n observation et même de mon expérience, j'avais eu à inventer une conclusion et je voulais qu'elle parût aussi vraie et aussi réelle que le reste. Ayant à conduire mon personnage au séminaire, je m'adressai à l'abbe- Laconlaire pour qu'il voulût bien me donner des renseignements Le lendemain je reçus de lui une longue lettre. C'était un compte rendu exact et minutieux de tous les exercicesdu séminaire, etee compte rendu était relevé de traits d'imagination comme sa plume en faisait jaillir inévitablement devant elle. Je n'eus donc pour ce chapitre de Volupté qui commence par ces mots : Quand on entre au séminaire, etc., qu'a reprendre les paroles mêmes de l'abbé Lacordaire et à les faire entrer dans le tissu
de mon récit » Cette lettre révèle, outre
la petite part de collaborai ion d'un homme illustre à ce roman, le rôle qu'y joue l'auteur lui-même sous le masque d'Amaury, et Gustave Planche a eu raison de dire : Volupté est un beau livre, plein de substance, nourri de pensées et surtout de sentiments vrais, surpris avec bonheur, étudies uvec précision. C'est un livre où ruisselle le sang des blessures, où l'artiste a laissé les lam beaux de son cœur, comme la brebis des lambeaux de sa toison dans la haie qu'elle franchit. • Le style de Volupté est à la hauteur oes idées qu'il exprime, toujours pur, châtié, et surtout plein de mélodie ; le seul reproche qu'on pourrait peut-d'être lui faire est d'être trop luxueux, trop imagé, trop riche en un mot. Mais un tel reproche est si rare que c'est presque un éloge : « Le livra de M. Sainte-Beuve, dit M. J.-J. Ampère, n'est point un hymne païen k la Volupté, c'est une confession écrite au point de vue chrétien: ce n'est pas une paraphrase de ce qu'a chanté Lucrèce ; ce SuUl des aveux repentants et tendres, mêlés de tluuime et de honte, entrecoupés d'élans vers pieu, de méditatiohs subtiles, de prières ardentes, comme dans le livre de Saint- Augustin.
Mais les temps sont profanes; l'âge des saints est passé. Augustin parlant à la jeune Eglise des désordres de son cœur lui parlait en termes couverts et mesurés, comme une jeune fille qui sait encore rougir; le prêtre qui raconte ici des égarera -nts pareils n'a pas observé les mêmes ménagements avec des oreilles moins chastes. Il a déchiré les bandelettes, il a mis la plaie, k nu, il l'a sondée ju;-qu'au fond. C'est qu'il ne parle pas k une jeune Eglise, mais à une société vieillie, et ce n'est pas même à cette société qu'il s'adresse directement, c'est à une âme solitaire et malade, qu'il veut guérir par le spectacle des misères qu'il a traversées. Tel est le cadre du roman, car ce livre est un roman, un roman de l'âme et de la pensée, un récit, non pas d'aventures, mais de sentiments, de rêves, de faiblesses, parmi des situations bizarres, douloureuses, vraies et invraisemblables, comme la plus simple vie en présenterait si on la connaissait tout entière. »
Volupté. Iconogr. Les Romains adoraient la Volupté sous le nom de Volupia; ils lui érigèrent un temple. Les poètes anciens la représentaient assise sur un trône, ayant le teint pâli par les excès et foulant aux pieds les Venus. « La Volupté est communément représentée dans nos tableaux, dit de Prezel (Dictionn. ieonoL, 1779), par une belle femme dont les regards languissants semblent inviter au plaisir. Une draperie légère vole autour de ses charmes, plutôt comme une ombre que comme un vêtement, et ses cheveux, négligemment bouclés et parsemés de fleurs, flottent sur ses épaules. A ses côtés est une cassolette remplie de parfums. Mollement étendue sur un lit de roses, elle présente d'un air enchanteur une coupe faite, d'une pierre précieuse. Mais cette coupe est remplie d'un
Poison mortel, et ce n'est que pour en cacher effet funeste que la perfide 1 a mêlé avec du miel. Quelquefois on lui fait tenir une boule de verre, à laquelle sont attachées des ailes, hiéroglyphe qui nous indique que les plaisirs que présente la Volupté sont fragiles, momentanés et passent prompteroetit. » Bans un. tableau qui appartient à la National Gallery et qui est connu sons le nom de liêoe ou Vision du chevalier, Raphaël a représenté la Volupté sous les traits d'une belle jeune femme, vêtue d'une robe rouge, purée de chaînes de corail et tenant des fleurSj emblèmes des plaisirs de lu vie. Le sujet d Hercule entre la Vertu et la Volupté ou te Vice a été retracé par une foule d'artistes, notamment par N. Poussin, qui a figuré la-Volupté avec une draperie flottante, une ceinture brodée, des fleurs mêlées k sa chevelure, une attitude pleine d'abandon et le geste gracieux et persuasif. Annibal Cprraehe, en traita»"
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la même scène dans un tableau qui est au musée de Naples, a représenté lu Volupté se dépouillant de ses vêtements et découvrant les charmes qu'elle croit plus puissants pour séduire Hercule que toutes les remontrances de la Vertu. Une oharmante allégorie de la Volupté, par Prudhon, a été litho-'raphiée par Aubry-Leeomte (Salon de 1853) et par P.-A. Lamy (Salon de 1869). M. Eugène Froment a fait sur le même sujet un panneau décoratif qui a figuré au Salon de 1861. Un délicieux tableau de Greuze, intitulé la Volupté, et qui a été gravé k l'eau- forte par M. de Courtry, représente une jeune tille aux yeux noyés de langueur et. tournés vers le ciel, à In bouche humide, aux épaules deminues. Une autre toile du même genre, que R. Gaillard a gravée sous ce titre : la Voluptueuse, a été payée î,500 francs à la vente du duc de Choiseul en 1778 et 3,600 francs à la vente du prince de Conli en 1777 ; ele représente une jeune femme à une fenêtre, tenant une lettre k la main. M. Glaize a intitulé : l'Esclavage une composition où des hommes de diverses conditions, guerriers, poètes, philosophes, portent sur leurs épaules des femmes jeunes et indolentes, qui symbolisent les passions: une divinité belle et séduisante entre toutes, précédée par trois petits Amours et qui tient à la main uno baguette magique, figure la Volupté. Ce tableau, d'une exècutiou un peu molle, a paru au Salon de 1861.
VOLUPTUAIRE,adj.(vo-lu-ptu-è-re--lat.
volupluarius ; de voluptas, volupté)., Jurispr. Se dit des dépenses consacrées aux constructions ou aux embellissements de luxe et de fantaisie : Le vendeur de mauvaise foi est obligé de rembourser les dépenses voi.UPtuairïss à l'acquéreur évincé. (Acad.)
VOLUPTUEUSEMENT adv. (vo-lu-ptu-euze-tnau — 'rad. voluptueux). Avec volupté, d'une manière voluptueuse : Vl'nre VOLUP- TUEUSEMENT.
VOLUPTUEUX, EUSE adj. (vo-lu-ptu-eu, eu-ze — lut. vrilupluosus ; de voluptas, volupté). Qui aime, qui reiherche la volupté : Homme voluptueux. La femme voluptueuse est féroce jusqu'à la brutalité. (Le V. Ventura.) Il Qui chante, qui célèbre la volupté : L'auteur voluptueux qui célébra Glycere Prodigue au flls d'Octave un encens mercenaire.
Voltaire.
— Qui inspire ou exprime la volupté; qui fait éprouver un sentiment de volupté -.Séjour voluptueux. Itepas voluptueux. Baisers voluptueux. Vie voluptueuse. Attitude voluptueuse. (Acad.) La mollesse est une paresse voluptueuse, (Vauven.) Le sens de l'odorat est celui gui a le plus d'affinité avec les facultés voluptueuses. (Beauchêne.)
— Substantiv. Personne voluptueuse, qui se livre à la volupté : Un de ces voluptueux de Home, se faisant rapporter du bain dans une chaise, demandait à ses esclaves : « Suisje assis, jam sedeo ? » C'est à peu près comme celui qui, étant à la chasse, demandait à ses gens : « Ai-je bien du plaisir? • Ce sont des fatuités des grands, qu il est bon de remarquer. (Nicole.) Le voluptueux se rassasie de plaisirs. (Mass.) Ne sacrifies pas de longs jours à de courtes jouissances ; les voluptueux sont les seuls qui meurent en calomniant la nature. (RéveiUé-Parise.)
On voit avec effroi tous ces voluplveux Pâles, défigurés et la mort dans les yeux.
Voltaire.
VOLUPTUOSISÉ s. f. (vo-lu-ptu-o-zi-té — du lat. volupiuosus, voluptueux). Qualité de ce qui est voluptueux.
VOLUSI\NUS(Caïus-Vibius), césar romain,' mort eu 25<. Il était fils de l'empereur Gullus, à. l'avènement duquel (251) il reçut les titres de césar et de prince de la jeunesse, auxquels il joignit, l'année suivante, ceux de consul et d'auguste. Volusianus était, par ses vices et par ses excès, le digne fils de Gallus, et il tomba, en même temps que ce dernier, sous les coups de ses propres soldats, k luteramna.
VOLUSIE s. f. (vo-lu-zl — du lat. volutus, enroule). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athèricères, tribu des muscides, dont l'espèce type vit aux environs de Saint-Sauveur.
Voiu«pn (la), un des plus anciens fragments de l't'dda Scandinave, connu aussi sous le nom de Prophétie de Vota. On sait qu'il y avait parmi les Celtes des femmes qui prédisaient l'avenir, rendaient des oracles et vivaient dans un commerce étroit avec la divinité. Tacite fait souvent mention de celle qui se rendit fameuse chez les Brucheres, peuple germain, sous le nom de Velléda. Il y en avait une en Italie, dont le nom approche encore plus de celui de Vola; c'est cette sibylle qu'Horace appelle AriiuraensU Folia. Ce nom était peut-être un terme g-uérique par lequel on désignait toutes ces femmes. Elles le méritaient, du moins, par l'enthousiasme qui les animait et l'agitation furieuse avec laquelle elles rendaient leurs oracies. Fol signifiait en gothique ce qu'il signifie en français, en anglais' et dans presque toutes les langues du Nord. Le poème attribué k la sibylle du Nord contient, en deux ou trois cents vers, tout le système de mythologie de VEdila. Ce laconisme ne laisse pas que de
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produire des obscurités, mais on remarqne aussi de la grandeur, de la force et quelques belles images dans cette œuvre d'une si hante antiquité.
Le commencement de la Votuspa est une espèce d'invocation poétique imposante et singulière :
« Silence, s'écrie la sibylle, silence, intelligences sacrées, grandes et petites! je suis la tille de Heimdall, et je veux te raconter, ô dieu des batailles, les antiques prophéties qui, dans un temps déjk bien éloigné, à moi seule furent révélées. »
Arrivant ensuite » parler de la création du momie et de l'espèce humninp, elle expose le système cnsmogoniqne des Scandinaves en Une trentaine ue vers.
Voici quelques échantillons de la traduction donnée par Ampère de cet hymne sinistre, qu'on pourrait uppeler l'Apucalypse du Nord :
• La vieille était assise à l'est, dans le bois de fer; là, elle mit au monde les enfants du loup- Fenris, L'un d'eux doit devenir puissant et, sous une forme euchautée, dévorer la lune.
• Il se nourrit de la vie des hommes lâches. Du siège des dieux dégoutte le sang. Les rayons du soleil- deviendront noirs, les vents sont empoisonnés.
» De loin, je vois venir le crépuscule des dieux et le dernier combat.
• Le dévorant (e'est-à-diré le loup Feuris, le principe destructeur) pousse ses hurlements sur la bruyère de Guipa, les liens se brisent et le loup se précipite.
» 11 se précipite k lesta travers les vallées pleines de poison, de tourbe et de fange... »
Plus loin, on rencontre cette description dantesque de l'enfer et du supplice des damnés :
« Klle vit un palais loin du soleil, sur le rivage des cadavres. Les portes en sont tournées vers le nord. Des gouttes de poison y ruissellent à travers les soupiraux. Il est pavé de serpents. Là, elle vit marcher dans des torrents pesants les parjures, les meurtriers • et ceux qui séduisent tes femmes d'autrui. ■
Ce dernier trait peint bien l'esprit du Nord. Séduire la femme, d'autrui, serait-ce chez nous un péché capital? Non, c'est une peccadille toute vénielle; maison est plus sévère en Scandinavie. Encore quelques fragments de cette poésie énergique. Voici le tableau des derniers déchirements qui doivent précéder la fin du monde :
« Alors les frères combattront, et l'un tuera l'autre. Les enfants des sœurs brisent la parenté. Alors il est dur d'être en ce monde. L'adulière y règne. C'est l'âge des haches, l'âge des glaives; les boucliers sont fendus. C'est l'âge des tempêtes, l'âge des meurtres; jusqu'à ce que le inonde suit détruit, aucun homme n'épargnera un autre homme.
• Les enfants de Mirmir jouent (traduisez : les vagues de l'océan sont déchaînées). L'arbre du monde s'embrase. Heimdall souffle dans la corne de Giallav ; ces sons remplissent l'air. Odin converse avec la tète de Mirmir. »
A la suite de ces sombres tableaux, nous trouvons dans la Votuspa les plus riantes images. Après l'enfer et les coupables, voici l'Elysée et les bienheureux :
■ Alors elle vit la terre admirablement verte de nouveau sortir de la mer ; elle vit les cascades se précipiter et au-dessus voler l'aigle qui guette le poisson du haut des rochers... Alors les moissons croîtront sans être semées; tout malheur sera détruit. Baldur (ou Balder, le dieu bienfaisant, le génie protecteur de l'humanité) viendra bâtir, avec Hault, son . frère, la belliqueuse demeure d'Odin, le palais sacré des dieux. Cotnprenez-vous ceci? Savez-vous ce que je veux dire? Elle vit s'é- ! lever un palais plus beau que le soleil sur le | haut Garni. Lk, habitent les bonnes races à jamais fortunées. ■
La Voluspa remonte k une haute antiquité. Le mètre des vers, la nature des idées et, plus encore le caractère tout particulier du style qu'on y rencontre en sont autant d'indices manifestes. Malheureusement, le poème offre d'assez grandes lacunes; mais tel qu'il nous est parvenu, c'est un curieux monument.
VOLHTACÉ, ÉE adj. (vo-lu-ta-sé). Moll.
Syn, de voi.UTiDft.
VOLUTADÉ, ÉE adj. (vc-lu-ta-dé). Moll.
Syn. de volutidb.
VOLUTAIBE s. f. (vo-lu-tè-re —du lat.
volutus, enroulé). Bot. Syn. d'AMBERBOA, genre de carduacées. 0 On dit aussi volutarelle.
VOLUTE s. f. (vo-lu-te — du lat. votuta, enroulement, proprement chose enroulée; du part, volutus, tourné, roulé, qui vient de oolvere, rouler, envelopper, v, volubilis). Archit. Enroulement en spirale : Les volutes d'un chapiteau ionique. Il Partie ronde du bas d'un limon d'escalier, pièce sur laquelle pose le pilastre de la rampe.
— Pur anal. Objet quelconque enroulé en spirale : La coquille des ammonites forme une volutu élégante.
— Moll. Genre de gastéropodes pectinibranches, comprenant plus de cent espèces, ré-
Sandues dans les diverses mers, et Beaucoup 'autres fossiles, qu'on rencontre dans Jes I terrains crétacés et tertiaires : La plupart
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des volutes sont remarquables par leur grandeur et leur beauté. (E. Baudement.) [I Volute coniqui, Nom vulgaire des ce nés. Il Volute oreille de Juda, Coquille du genre auricule. U Volute porphyre, Olive de Panama.
— Encycl. Archit. La volute orne les cha- -piteaux des colonnes des ordres ionique et
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corinthien. Pour tracer la volute, les membres du chapiteau ionique étant dessinés, on abaisse, à l'aplomb du talon, une verticale AB, que l'on nomme cathète, etk laquelle on donne une longueur égale à 16 parties du module. On prend, sur cette droite, AE égale à 9 parties. E est le centre de l'œil de la volute, A son point le plus élevé, Lie plus bas
Du point E comme centre et d'un rayon égal à une partie, on décrit l'œil CD ; on partage le diamètre CD en quatre portions égales, Cl = lE = E4 = 4D; sur 1-4, on forme le carré 1, 2, 3, 4 ; du point E, on mène les droites E2, E3; on partage lE et E4 chacune en trois portions égales; par les points de
Du centre i, avec le rayon
division, on mène les ordonnées (5,6), (8,7), (9,10), (11,12); enfin, on mène parallèlement au cliiimètre les droites (6,7), (10,11), et l'on a ainsi 13 centres (l, S, 3, ..., 12, E) numérotés comme l'indique la figure ; cela posé, on trace par quart de cercle, savoir :
1A, l'arc
AF
PL
LO
OQ
GI
IN
NR
RH
HK
lllv, —
KM
MC