‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 852 sur 1042 · L. Racine · texte numérisé non relu

L. Racine

Il Qui ne dénature pas les choses, qui les fait voir comme elles sont : La lunette qui rapetisse tes objets n'est pas plus vraie que celle qui les grossit. (A. liarr.)

— Qui justifie son nom, qui a les caractères de la personne ou de l'objet que ce nom désigne : Le vrai Dieu. Un vrai diamant. Un vrai talent. Un vrai repentir. De vrais amis. Je me fais un vrai plaisir de vous être utile. Le vrai moyen d'adoucir ses

VRAI

peines , c'est de soulager celles d'autrtit, (Mma de Maintenon.) Le vrai courage ne se laisse jamais abattre. (Fén.) Il faut distinguer avec soin le vrai besoin, le besoin naturel, du besoin de fantaisie. (J.-J. Rouss.) On a eu raison de dire que le vrai goût est aussi rare que le génie. (Gi'imm.) L'amour vrai est un reflet du ciel. |ll«« Romieu.)

Un ami, don du ciel, est le vrai bien du sage.

Voltaire.

Il Se dit souvent par exagératien : C'est un vrai supplice, un vrai martyre. Sa présence est pour moi un vrai tourment. Cette femme est un vrai fléau. Cet enfant est un vrai prodige.

— Convenable, préférable à tout autre : Voici la vraie place de ce tableau. Voilà des rubans de la vraie couleur qu'il fallait à sa robe. C'est la vraie manière de s'y prendre.

— Elliptiq. Vrai? Cela est-il vrai?./e viendrai vous voir demain. — Vrai? vous serez bien aimable.

— Interj. En vérité : Eh bien, vrai I cellelà est bonne,

— Vrai Dieu I Sorte da juron, d'exclamation : Vrai Dieu! s'écria-t-il, vous êtes un bon enfant. (V. Hugo.)

— Fin», Pas «rai .'N'est-ce pas? Vous viendrez nous voir, pas vrai?

— Aussi vrai qu'il fait jour, Vrai comme il faut mourir, Aussi vrai que nous sommes ici, Aussi vrai qu'il y a un Dieu, etc., Façons de parler employées pour affirmer quelque cfiose avec plus de force.

— Il est vrai de dire que, Il est vrai que, S'emploie lorsqu'on veut expliquer, modifier ou restreindre ce qu'on vient de dire : Il n'a mis que deux heures à faire ces six lieues; il est vrai de dire qub les chemins sont beaux. Je me sens un peu fatigué ; il- est vrai que j'ai travaillé plus que de coutume. (Acad.) a

Toujours est-il vrai de dire que, Toujours ést-it vrai que, Se dit pour néanmoins : Il a quelques moments d'humeur ; toujours i:ST-il vrai de dire Qu'iï est aimable. Vous avez beau contester, toujours est-il vrai que (Acad.)

— Loc, prov. Cela est vrai, ou le roi n'est pas noble, Cela est irrécusable, incontestable.

— Littér. et B.-arts. Qui rend, qui exprime les choses avec vérité, qui les présente sous leur véritable jour: Un style vrai. Un coloris vrai. Des tons vrais. Des chairs vraies. Bien, dans un tableau, n'appelle comme une couleur vraie. (Condill.) Il faut que le style soit vrai et que le mot se modèle sur l'impression, sans quoi il ment à l'esprit. (Lnmart.) Se dit aussi de l'écrivain et de l'artiste dont les œuvres ont un caractère de vérité: // faut être vrai et ne point tromper son lecteur. (Volt.)

— Astron. Temps vrai, Celui qu'on mesura d'après la marche apparente du soleil : Les cadrans solaires inarquent le temps vrai, et les horloges le temps moyen, u Jour vrai, Temps apparent que met le soleil à revenir dans un même méridien. Il Lieu vrai, Celui où l'on verrait un astre, sur la sphère céleste, si l'on était placé au centre de ia terre. Il Conjonction vraie, Celle qui a lieu quand deux corps célestes ont la même longitude et la même latitude, en sorte qu'une ligne droite tirée du centre de la terre par le centre de l'un d'eux passerait par le centre de l'autre. Il Eclipse vraie, Celte dans laquelle l'astre éclipsé est réellement privé de lumière, comme il arrive pour la lune ; tandis que les éclipses dans lesquelles l'astre conserve sa lumière sont appelées éclipses apparentes, ce qui arrive pour les éclipses de soleil.

— Moll. Coquille vraie, Coquille formée d« couches qui s'ajoutent successivement, à l'intérieur, aux couches déjà existantes, il Vrai clocher chinois, Nom vulgaire du cèrithe obélisque, il Vrai tigre, Nom vulgaire du côna damier.

— Bot. Verticille vrai, Celui dont les éléments partent tous à la même hauteur du pourtour de l'axe qui les supporte.

— s. m. Ce qui est vrai, vérité : Voiïà le vrai. Discerner le vrai d'avec te faux. Vous êtes dans le vrai. Cela sort du vrai. (Acad.) Zuvrai se conclut souvent du faux. (Pasc.) // n'y a que le vrai qui touche et qui ne s'épuise jamais. (Vauven.) La souffrance est un des moyens les plus sûrs de remettre duns le vrai ; Afuie'de Staël avait toujours envie de pincer les personnes affectées, pour vuir si elles crieraient naturellement. (Sismondi.) Le beau est le rayonnement du vrai. (Lamen.) Le progrès intellectuel, c'est ia marche dans le vrai; le progrès moral, c'est la marche dans le bien. (Le P. Félix.) Le vrai est absolu. (E. de Gir.)

Si l'on se plaît à l'image du vrai, Combien doit-on rechercher le vrai même ! La Fontaine.

— Littér. etB. -arts. Caractère d'une œuvre qui rend d'une manière juste et saisissante l'objet qu'on veut représenter, et l'offre sous des couleurs naturelles : Il faut exprimée le vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement. (La Bruy.) ■

Le «rai se montre aux yeux et va saisir le cœur.

— adv. Avec vérité, avec sincérité : On parle bien quand on parte vrai. (Michon.J

VRAI

Mais, tien», parla-moi vrai ; nous comme» sans té-

fïiîoina.

CiRESBET.

— Loc, adv. An vrai. Conformément h la vérité : Contez-nous la chose AU vrai. Voilà au vrai comme ta chose s'est passée. (Acad.) Savoir au vrai pourquoi Von est triste, c'est être bien près de savoir ce que l'on veut. (Prévost-Parudol.)

— Ane. administr. Etat au vrai, Etat arrêté au conseil, qu'on envoyait aux receveurs, pour ordonner des payements qu'ils devaient faire, et sur lequel ils comptaient à la chambre.

— De vrai, Véritablement, en vérité :

Le ciel, défend, de vrai, certains contentements.

Molière.

— Pour de vrai, Pour de bon, sérieusement, sans rire, dans le largage des enfants: Avoir une voiture pour de vrai, un cheval pour de vrai. Faisons la dinetle. — Non, je vais diner pour de vrai.

— A vrai dire, Pour parler avec vérité, sans déguisement : A vrai DIRE, les sciences littéraires sont des sciences de représentation. (Latirentie.)

— Syn. Vrai, avéré, véritable V. AVÉRÉ.

— Vrai, véridique. V. VÉRIDIQUE.

— Vrai, droll, loyal. V. DROIT.

— Vrai, vérité. V. VÉRITÉ.

— AlluS. littétv Le vrai peut quelquefois n'êlro pas vraisemblable, Vers de BoilëaU

dans son Art poétique, chant III :

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable ; Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Un merveilleux absurde est pour moi sans appas; L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas.

Ce vers, qui exprime sous une forme concise et élégaute une des censées les plus justes, a éprouvé !e sort des plus belles choses, il a été soumis à l'épreuve de la parodie : Le vrai peut quelquefois n'être pas vrai sans blague.

• Le goût si connu des Grecs pour le merveilleux et pour les fables, goût qui leur a été si souvent reproché par les écrivains latins, peut rendre suspecte leur véracité. Mais aussi l'on est tombé dans un autre excès en rejetant trop légèrement tout ce qui ne nous a pas paru conforme à des règles de vraisemblance qu'il n'est pas possible de déterminer d'une manière positive; car, dans l'histoire, comme dans le drame,

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. «

Laharpe.

t Une difficulté surtout qui a fort embarrassé les savants a été de savoir comment on s'y prendrait pour séparer la tribu des outardes de celle des gallinacés proprement dits. Des savants embarrassés pour distinguer un oiseau qui n'a que trois doigts d'un oiseau qui en a quatre 1 La chose est vraie, sur mon honneur, si elle n'est pas vraisemblable. »

Toussenel.

• Quand on veut mettre le roi Henri VIII sur la scène, on est placé entre deux écueils : entre l'inconvénient de le travestir pour le rendre supportable, et le danger de le rendre invraisemblable en le représentant tel qu'il est.

te vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

• Il semble que ce vers ait été fait pour Henri VIII. »

Cuv.-Fleort.

— Bien n est beau que Je vrai, le vrai seul

est aiuiable, Vers de la IX° épi ire de Boi-

leau •

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable Il doit régner partout, et même dans ta fable; ï>e toute Action l'adroite fausseté Ne tend qu'a faire aux yeux briller la vérité.

Ce précepte de Boileau est souvent rappelé par les écrivains. Ducisl'a fuit avec autant de grâce que d'esprit dans l'impromptu suivant, adressé à une dame qui l'avait prié d'écrire sur son souvenir un vers de l'un de nos grands poêles :

Sur votre souvenir, quand vous quittez Paris, "Vous voulez que ma main laisse un vers mémorable.

Or voici le vers que j'écris ; Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable. Que ce vers est charmant et beau de vérité ! Au sévère Boileau votre aspect l'eût dicté; Jean La Fontaine aussi vous avait déjà vue, tjuand il peignit si bien la candeur, la bonté, L'art de plaire sans art, la douceur ingénue. Et la fràce plus belle (jncor que la beauté.

i Le moyen le plus sûr d'avoir un style h soi, ce serait'de s'exprimer comme la nature. Mais si le vrai seul est aimable, il faut avouer qu'il ne l'est pas toujours. Il est donc important de choisir dans la nature des détails dignes de plaire. •

Mahmontul.

*Bten n'est beau que le vrai, a dit le poète; disons de même : Rien n'est fort que le vrai.

VRAI

Tous les mouvements oratoires, tous les \ moyens les plus violents d'intéresser et d'émouvoir sont faibles à, moins qu'ils ne portent sur des motifs sérieux et solides. ■ - Marmontel.

• On voit encor des nids, mais d'une autre saison, Où vinrent s'entr'aimer des couples d'hirondelles. Les couples d'à présent passent a tire-d'ailes. Devinant qu'un malheur a touché la maison.

» Ce trait d'une des poésies de M. André Le: moyne estaussi gracieux que faux. Il me semble que moins une maison est bruyante et ani mée, plus ses fenêtres offrent un abri sûr aux nids d'hirondelles. Il y aurait souvent h répéter aux poètes le précepte si rebattu: Rien n'est beau que le vrai. ■

Vaperbau.

Bien n'est beau que le vrai, dit un vers respecté. Et moi, je lui réponds, sans crainte d'un blasphème ; Rien n'est vrai que le beau, rien n'est vrai sans

[beauté.

A. DE MtSSET.

Vrai (DU), du beau et du bien, ouvrage philosophique, publié en 1853 par Victor Cousin. Ce volume nous offre la réunion des leçons faites à la Sorbonne en 1818, Jiais sévèrement revisées et condensées. L'auteur y a joint un chapitre, entièrement nouveau, sur l'art français au xvue siècle. Ces leçons avaient déjà .été publiées en LS38 par M. Adolphe Garnier, au nombre de trente huit. M. Cousin, par une modestie littéraire bien rare, les a résumées, sentant que le style d'un livre est obligé à plus de sobriété que le st3'led'un discours.

La première partie, qui traita du vrai, expose les conditions fondamentales de toute ' connaissance, les principes qui dominent tous les ordres d'étude, depuis l'atialyso de la conscience humaine et des lois qui régissent le inonde extérieur jusqu'à la notion de la divinité et des rapports qui relient Dieu à l'homme et au monde. L'auteur, passant rapidement en revue les opinions capitales qui se sont produites sur l'origine et la légitimité de nos connaissances, va du platonisme et du péripatétisme à l'école écossaise en traversant la France et l'Allemagne. Partant de Socraie pour arriver à Reid, V. Cousin aboutit au spiritualisme, n'accordant pas moins da respect au sens commun -qu'aux idées pures de l'Académie. Chemin' faisant, ' il apprécie en quelques mots les aflirmations de Locke et de Kant, les contrôlant l'un par l'autre. Il touche à tous les points importants de l'histoire et présente à la fois un résumé de notions solidement établies et un programme d'études à entreprendre en prenant la raison pour guide. 11 place une telle confiance en elle qu il s'écrierait volontiers avec Fénelon : « O raison, n'es-tu pas le dieu que je cherche 1 ■

La seconde partie renferme cinq leçons sur le beau, dont la première seule appartient à la philosophie pure; elles sont ainsi divisées : Du beau dans l'esprit de l'homme, Du beau dans les objets, De l'art. Des différents arts et enfin De l'art français au xvue siècle. Dans la première leçon, l'auteur détermine a la fois l'idée du beau pris en lui-même, sans acception de forme, et les facultés qui servent à la perception de cette idée, établissant que l'idée du beau ne peut être confondue avec l'idée de l'agréable. Ce qui plaît n'excite pas toujours l'admiration, sentiment distinctif de la beauté, et l'agréable ne fait naître que le désir. Le xvms siècle, dit-il avec Locke et Condillac, a négligé l'esthétique, non par étourderie, mais par impuissance. Après avoir présenté la sensation comme l'origine de toutes les idées, ils ne pouvaient analyser le sentiment désintéressé d'admiration qu'éveille en nous la beauté. Ils n'ont pas remarqué qu'il peut exister entre l'admiration et le désir un rapport de succession, jamais un rapport de simultanéité, car, dans le premier cas, c'est l'âme qui domino; dans le second cas, ce sont les sens. La doctrine spiritualiste seule a su nettement distinguer le trouble des sens de l'émotion de l'âme.

Si le beau est le but suprême de tous les arts, il est évident que toutes les formes de l'imagination, depuis les arts du dessin jusqu'à la musique, jusqu'à la poésie, ont pour loi une certaine expression. On le reconnaît surtout dans la poésie, le premier de tous les arts.

V. Cousin a eu tort de partir de la conscience pour aboutir au monde extérieur; le contraire eût été plus logique. Procédant du général au particulier, au lieu de procéder du particulier au général, et pratiquant ainsi la déduction avant d'avoir vérifié l'induction, il a commis plusieurs erreurs dans l'histoire esthétique de la France aux/vue siècle. Il les eût évitées s'il s'était élevé de la réalité à la vérité.

La troisième partie, qui traite' du bien, flétrit la morale de l'intérêt pour chercher eu Dieu même le principe de l'idée du bien. Substituer l'utilité au devoir, c'est, d'après V . Cousin, légitimer la violation de tous les droits et l'anéantissement des notions les plus simples de la conscience.

Le style de V. Cousin dans cet ouvrage est élégant et d'un* grande pureté.

VRAIMENT adv, (vrè-man — rad. tirai).

VRAI

Véritablement, effectivement : Il est vraiment 1 sage. Il est vraiment orateur. C'est vraiment un grand frip'on. (Acad.) Jamais un homme vraiment supérieur ne souhaitera le rétablisment du pouvoir arbitraire. (Mme de StaSl.) Les hommes vraiment à plaindre' ne se plaignent plus. (De Custine). La femme n'a vraiment d'existence que dans la famille.(Pvo\iih.) Ce qui est vraiment intelligent, vraiment grand, vraiment beau est éternel et général, (Th. Gaut.)

— Se dit souvent pour affirmer avec plus de force : Oui vraiment. JVoii vraiment. Oui vraiment, H n'est rien da plus doux dans la via Que d'aller, de venir au gré de son envie.

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