WIED
(Berlin, 1S52). Consulter l'ouvrage de Kœpke : Widukind de Korvei, matériaux pour la critique des historiens du x<> siècle (Berlin, 1867).
WIDZE, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 123 kilom. N.-E. deWilna, ch.-l. du district de son nom, au milieu d'une contrée parsemée de petits lacs; 4,300 hab.
W1EBEKING (Charles-Frédéric de), ingénieur et architecte allemand, né à Wollin (Poutéranie) en 1762, mort en 1842. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude de la topographie et, à peine âgé de dix-Sept ans, fut chargé de dresser une carte du duché de Mecklembourg-Strelitz,qui fut gravée en neuf feuilles. Le talent avec lequel il s'acquitta de ce travail lui fit confier par le gouvernement prussien le relèvement topographique de la Poméranie, entre Belgard et Zamow. Après avoir encore été employé à des travaux analogues par différents princes allemands, il fut nommé, en 1788, ingénieur hydraulicien du grand-duché de Berg et. deux ans plus tard, devint inspecteur d architecture au service du grand-duc'de Hesse-Darmstadt. Il s'occupait à cette époque de recueillir les matériaux d'un grand ouvrage sur l'architecture hydraulique et exécuta dans ce but plusieurs voyages, notamment en Hollande et en France. En 1802, ii passa au service de l'Autriche et fut chargé d'inspecter les ports de Trieste, de Venise et de Fiume et les autres villes maritimes de la Lombardie autrichienne. En 1805, il repassa au service de la Bavière et fut nommé conseiller intime et directeur général des ponts et chaussées. Il dirigea en cette qualité la construction d'un grand nombre de voies et de canaux qui n'ont encore rien perdu de leur solidité et prit sa retraite en 1818, pour se consacrer tout entier aux travaux scientifiques. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, qui n'ont pas cessé d'être classiques et parmi lesquels nous citerons : l'Architecture hydraulique théorique et pratique (Manheim, 1798-1805,5 vol.; 1811-1817, nouvelle édition avec 153 planches sur cuivre); Documents pour l'architecture des ponts et des routes (Manheim, 1809) ; l'Architecture civile théorique et pratique (Munich, 1821- 1826, 4 vol., avec 109 pi.) ; Explications sommaires et principes d'architecture civile (Munich, 1824); Architecture civile théorique et pratique, en français (Munich, 1822-1830, 7 vol., avec 260 pi.) ; De la nature ou des propriétés des cours d'eau (Stuttgard, 1834); Analyse historique et raisowiée des monuments de l'antiquité, des édifices les plus remarquables du moyen âge, etc. (1840).
WIECK (François -Georges), économiste allemand, né à Slesvig en 1800, mort en 1860. 11 suivit d'abord la carrière commerciale et eut ainsi tout naturellement l'occasion d'étudier les sciences économiques. En 1843, il prit la direction de la Gazette de l'industrie allemande, à laquelle il collaborait depuis longtemps, et, en 1855, il fut nommé président de la Société polytechnique. On a de lui : Principes de la question des patentes (1839); les Manufactures, les fabriques et le commerce du royaume de Saxe étudiés dans leur essence et leur ensemble (1840); les Merveilles du palais de Cristal à Londres (1852); diverses traductions d'ouvrages technologiques anglais, etc. WIED, ancien comté de l'Allemagne occidentale, sur la rive, droite du Rhin, au N.-O. de Coblentz. I! était naguère partagé en Wied-Runkel, chef-lieu Dierford, et Wied- Neuwied, avec un chef-lieu de même nom, appartenant à la Prusse et au duché de Nassau. Depuis les annexions de 1866, le territoire de ce comté appartient tout entier à la Prusse.
WIED (Maximiiien, prince de), voyageur etnaturaliste allemand, né à Neuwied en 1782, mort en 1867. Il entra de bonne heure dans l'armée prussienne, y parvint au grade de major général, prit sa retraite en 1815 et, à dater de celte époque, s'adonna à l'étude des sciences naturelles, de la géographie et de l'histoire, pour lesquelles il avait toujours eu beaucoup de goût. De 1815 à 1817, il exécuta, en compagnie des naturalistes Freirciss et Sellow, un voyage dans les provinces intérieures du Brésil et en publia les résultats dans trois ouvrages, qui renferment de précieux matériaux pour l'ethnographie de cette contrée. Us ont pour titre : Voyage au Brésil pendant les années 1815-1817 (Francfort, 1819- 1S20, 2 vol., avec un atlas in-fol.); Planches pour l'histoire naturelle du Brésil (Weimar, 1823-1831, 15 livraisons) et Matériaux pour l'histoire naturelle du Brésil ("Weimar, 1824- 1833, 4 vol.). De 1832 à 1834, il fit dans les Etats libres de l'Amérique du Nord une nouvelle excursion scientifique, qu'il a racontée dans son Voyage dans l'Amérique du Nord (Coblentz, 1838-1843, 2 vol., avec un atlas de 81 pi. sur cuivre). 11 écrivit, en outre, un grand nombre de mémoires, qui ont été insérés dans le recueil de TAcadémie Léopoldino-Caroline, dont il fut jusqu'à sa mort l'un des membres les plus actifs. Ses riches col-" lections d'histoire naturelle sont conservées dans la ville de Neuwied.
WIED-NEUW1ED (Guillaume-Charles-Hermann, prince db), général et littérateur allemand, neveu du précédent, né en 1814, mort en 1864. Il entra, comme son onclo, dans l'armée prussienne, y servit avec distinction et était à sa mort lieutenant général et commandant d'un régiment de la landwehr. Il
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avait consacré ses loisirs à l'étude des questions philosophiques de notre époque et publié sous le voile de l'anonyme différents ouvrages, entre autres : la Vie instinctive de l'esprit et la révélation divine (Leipzig, 1859, 2 vol.); Une conséquence de la critique de ta doctrine de Kant sur la liberté (Leipzig, 1861); Réplique et seconde réplique au sujet de l'ancienne querelle sur la liberté de la volonté (Leipzig, 1863). Représentant d'une des plus anciennes familles de l'Allemagne, dont les membres portaient dès la lin du xje siècle le titre de comtes de Wied, il a eu pour successeur son fils, le prince Guillaume db Wikd- Neuwied, né en 1845.
WlBDEBCRG (Jean- Ernest-Basile), mathématicien allemand, né à Iéna en 1733, mort en 1789. D'abord bibliothécaire (1756) et professeur à l'université d'Erlangen, il obtint plus tard dans sa ville natale une double chaire de mathématiques et de physique, qu'il occupa jusqu'à sa mort. Ou a de lui : Description d'un microscope solaire perfectionné (Nuremberg, 1759, in-8») ; Cours pratique et abrégé de mathématiques à l'usage de ceux gui se destinent à la jurisprudence, à la politique, etc. (Iéna, 1762, in-8»); Nouvelles conjectures sur les taches du soleil, les comètes et la première histoire de la terre (Gotha, 1776, in-8°); Introduction à la cosmologie physique et mathématique (Gotha, 1776, in-S«); Description de ta ville d'Iéna (1785, 3 vol. in-8°) ; Mathématiques à l'usage des médecins, etc.
W1EDEMANN (Chrétien- Rodolphe -Guillaume), médecin danois, né à Brunswick en 1770, mort en 1839 à Kiel, où il avait été successivement professeur d'accouchement à l'université, premier professeur et codirecteur à l'institut des sages-femmes. On a de lui : Manuel d'anatomie (1796; 3eédit., 1812); Instruction pour ramener à ta vie les noyés, les asphyxiés, etc. (1797) ; Instruction destinée aux sages- femmes (1802) ; Nova dipterorum gênera (1820); Analecta entomologica (1824); Insectes à deux ailes extra-européens (1828- 1830). Il avait, en outre, rédigé, it partir de 1800, tes Archives de zoologie et de sootomie et, à partir de 1818, le Magasin soologique. WIEDEMANNIE s. f. (vié-de-mann-nî — de Wiedemann, botan. russe). Bot. Genre de plantes, de la famille de labiées, tribu des staehidées, comprenant trois espèces, qui croissent dans l'Asie Mineure.
WlEDE^iBRUCK, ville de Prusse, province de Westphalie, régence et à 90 kiloin. S.-O. de Minden, ch.-l. du cercle de son nom, sur l'Iîms; 2,900 hab. Fabrication de rils, tabac, bonneterie.
WIEDMANNIE s. f. (viè-dmann-nl — de Wiedmann, natural. allem.). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, réuni par plusieurs auteurs au genre empis.
WIEGLEB (Jean-Chrétien), chimiste allemand, né à Langensalza en 1732, mort en 1800. Il étudia la chimie et la pharmacie à Dresde sous la direction de Sartorius et s'établit ensuite, comme pharmacien, dans sa ville natale. On a de lui plusieurs ouvrages, dont le plus important est son Manuel de chimie générale appliquée aux arts (Berlin, 1779, 2 vol. iu-S°; 3<s èdit., 1796). Nous citerons encore : Essais chimiques sur les sels alcalins (Berlin, 1774, in-8<>) ; Recherches historiques et critiques sur l'alchimie (Weimar, 1777; 2e édit., 1793); Essais chimiques avec quelques espèces artificielles des métaux dont étaient fabriqués les instruments des anciens (Erfurt, 1773, in-8°) ; Histoire des progrès et des découvertes en chimie chez les anciens et dans te moyen âge (Stettin et Berlin, 1790-1792, 2 vol. iii-8», avec supplément), ouvrage plein d'érudition et où l'on trouve de précieux renseignements sur l'alchimie au moyeu âge. \Viegleb avait, en outre, traduit et continué la Magie naturelle de Martius (1779 et années suiv., 20 vol. in-8")..
W1EGMANN (Louis), théologien danois, nô en 1782, mort en 1841, pasteur de l'hôpital d'Elmshorn. On a de lui : Histoire de la religion et des affaires ecclésiastiques dans les Etats danois, en particulier dans te Slesvig et le Holstein (Kiel, 1840) ; Esprit de ladoctrine de l'Ecriture sainte au sujet du salut de l'humanité par te christianisme, etc.
WIEGMANN (Arend-Frédéric-Auguste), naturaliste allemand, né à Brunswick en 1802, mort en 1841. Il lit ses études a l'université de Leipzig et, indépendamment des sciences naturelles, s'y appliqua aussi k la philologie, dans l'intention d'entreprendre une série de travaux sur les naturalistes de l'antiquité; malheureusement, une mort prématurée ne lui laissa pas le temps de réaliser ses projets dans toute leur étendue. On a de lui : Observationes zoologico-criticx in Aristotelis historiam aiiimalium (Leipzig, 1826); Manuel de zoologie, en collaboration avec Ruthe (1*32; 2e edit., 1845) ; Herpetologia mexicana seu descriptio amphibiorum Novs-Hispanise (Berlin, 1834), ouvrage dont il ne put publier que le premier volume.
WIEGMANNIE s. f. (viè-gmann-nî — de Wiegmanu, natur, alletn.). Bot. Genre de sous-arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des cotféacées, dont l'espèce type croît aux lies Sandwich.
WIEL
WIELAND (Chrîstophe-Mariin) , poste et littérateur allemand, né à Oberholzheiin , près de Biberach (Wurtemberg), en 1733, mort à Weimar le 20 janvier 1813. Son père, ministre protestant, commença son éducation littéraire,et les progrès de l'élève répondirent aux soins du maître. Wieland lisait à douze ans Horace et Virgile. Il rend compte dans une lettre de l'émotion prématurée que lui inspiraient ces lectures ; « A douze ans, dit-il, j'étais enthousiaste de la poésie, delà il attire et de l'antiquité ; je gritfonnais des milliers de vers clégiaques. Lu solitude faisait mes délices; il fallait me voir passer des nuits entières dans le jardin de mon père, essayant de reproduire en odes détestables les sensations que me causait le spectacle des beautés naturelles dont j'étais environné, i 11 conçut le plan d'une grande composition épique, la Destruction de Jérusalem, dont il n'écrivit que les premiers vers. A quatorze ans, Wielund entra au collège de Klostciberg, qui était alors le centre de ce mysticisme exalté que l'Allemagne protestante avait adopté et qui semblait rapprocher les disciples de Luther de lu religion d,e'Fénelon. Le jeune homme, que la gaieté satirique et la vivacité de l'imagination devaient distinguer plus tard, commença par se livrer h la théosophie rêveuse. Bientôt, toutefois, se contentant d'admettre dans son ensemble le système théologique qu'on lui enseignait, il passa des discussions subtiles de la polémique religieuse k l'étude plus attrayante de Platon et de Xénophon ; puis, lorsque les ouvrages de Bayie, de Voltaire, du marquis d'Argens tombèrent entre ses mains, il s'éleva dans son esprit un conflit de pensées ennemies et de doctrines hétérogènes, dont la lutte devint d'abord son supplice.
Revenu à Biberach en 1750, il s'éprit d'une jeune fille du pays, Sophie de Guttermann, et cette passion eut une grande influence sur le développement de ses idées. Son premier ouvrage, un grand poème, De la nature des choses, audacieuse réfutation de Lucrèce, fut le résultat d'une de ses conversations avec l'objet de son amour. Cette œuvre d'un jeune homme de dix-buit ans, écrite en trois mois, était, malgré ses imperfections, au-dessus de la plupart des productions poétiques de l'époque; elle obtint un succès éclatant, que peu de temps après, en 1751, vint doubler celui des Luîtes morales, nouveaux poèmes où l'enthousiasme de la jeunesse laisse cette fois percer la pointe d'ironie socratique qui caractérisa plus tard le talent de Wieland. V Anti-Ovide , qu'il fit paraître ensuite, a moins de valeur. Successivement étudiant à Tubingue et a Gœttingue, où il mena une vie austère, toujours sous l'empire du culte platonique qu'il avait voué à Sophie, le jeune homme finit par tomber dans une exagération de rigidité et d'ascétisme qu'accrut presque jusqu au fanatisme la connaissance qu'il lit de Bodtner, écrivain aujourd'hui presque oublié, qui régnait alors sur la littérature allemande. Bodnier l'avait appelé auprès de lui à Zurich et bientôt, charmé de son caractère et de son esprit, l'avait prié d'habiter sa retraite, d'y partager ses éludes et d'y seconder ses travaux .Wieland s'enthousiasma du vieux poète, de ses œuvres, de ses doctrines, de sa vie pure et philanthropique. Il ne tarda pas à partager le platonisme religieux qui, mêlé à la sévérité stoïque, formait le caractère de sa philosophie; Wieland y joignit la tendresse naturelle de son âme, la vivacité de son imagination, et de cet étrange amalgame naquit un système à la fois désespérant et mystique, qui tenait du quiétisme de Fénelon et de [exaltation philosophique de Jean-Jacques. Tous les ouvrages qu'il publia de 1753 a 1756 sont empreints d'une sorte de folie pieuse et austère ; ce sont : les Lettres écrites par les morts aux vivants, VJïpreuve d'Abraham, les Bymnes et Psaumes, les Contemplations platoniques sur te genre humain, Timoclée, les Sympathies, la Vision de Mirza, Coup d'oeil jeté dans un monde d'innocence.
En 1756, la guerre de Sept ans éclata, et une impulsion nouvelle fut donnée a l'esprit ■ mobile de Wieland ; Frédéric le Grand devint son héros; il crut voir dans ce grand capitaine l'idéal de la perfection, le héros de la sagesse et de l'numanité. Cette erreur produisit un mauvais poerae, intitulé Cyrus, qui n'eut aucun succès. Jeanne Grey, tragédie imitée de Rowe, Clémentine de Poretta, drame emprunté au roman de Grandissou, eurent la même destinée que Cyrus. Le public les répudia, et Lessing, dans ses Lettres littéraires, accabla l'auteur de traits épigraramatiques. Araste et Panthée, roman dramatique tiré de la Cyropédie, mérite d'être distingué au milieu de ces faibles essais, qui terminent la première période de la vie littéraire de Wieland.
C'est alors que se fit dans les idées du poète un changement surprenant; le platonicien se transfoima en épicurien. L'exalté s'évunouit; un sceptique apparut. De nouvelles éludes, surtout des amis nouveaux avaient préparé chez l'impressionnable Wieland cette métamorphose. Il avait quitté la maison de .Bodnier depuis 1754 j échappé à cette influence, il avait vu le monde, observé les hommes et était devenu plus tolérant pour des opinions et des mœurs qu'il avait jusqu'alors abhorrées. Rappelé à Biberach en 17S0 pour remplir une Jonction publique
WIEL
dans le conseil de cette ville, ses idées s'élargirent avec le cercle de ses relations. En 1758, il écrivait déjà à Zimmermann : « Mon ami, vous me croyez trop platoniste. Je commence k me familiariser avec les habitants de ce bas monde. Ma moralité n'est plus celle des capucins; je cesse de confondre ensemble la sagesse et la dureté. Je n'ai plus cette admiration exclusive qui m'enflammait pour les écrivains stoïques. Je pense avec vous que l'homme vertueux doit développer toutes ses facultés physiques et morales, user de tous les plaisirs, mais modérément et jouir de la nature entière. » Ajoutons qu'un événement cruel ne contribua pas peu à renverser le brillant et nuageux édifice de ses chimères. Sophie, it laquelle les plus saintes promesses l'attachaient , épousa un secrétaire du comte de Stadion, ministre de l'électeur de Mayence. Ce mariage éteignit ses dernières flammes mystiques; à l'ardent enthousiasme d'autrefois succéda une froideur ironique qui fut le caractère commun de tous les ouvrages qu'il publia à partir de cette époque. Nadine, Bon Sylvio de Hosatua, roman en 2 vol. (1764); Agathon, autre roman en 2 vol. in-8<> (1766); Idris et Zénide, Musarion (1768), le Nouvel Âmadù, poèmes, sont empreints d'une philosophie railleuse et sensuelle qui fait souvent penser à Voltaire, et plus souvent encore à Diderot. Agathon, son chef-d'œuvre, est, à peu de chose près, l'apologie de3 doctrines matérialistes telles qu'Helvétius les formulait en France à la même époque. Les idées naturelles et positives, la philosophie de l'expérience triomphant des chimères et des illusions , telle est la donnée générale de ce roman, sorte d'autobiographie dans laquelle on peut trouver l'histoire de la révolution morale qui s'était opérée dans Wieland. La plupart des fictions de l'écrivain tournent sur la même idée : c'est toujours l'enthousiasme, l'exaltation, l'exagération des systèmes et des sentiments qu'il attaque et qu'il immole au bon sens et k la réalité. La publication de cette série d'ouvrages remarquables n'empêchait point Wieland de remplir les devoirs de sa place à la chancellerie de Biberach. Poursuivi par la haine de3 prêtres et des tartufes, il n'en était pas moins très-estimé et très-aimé dans cette petite ville. Il se maria en 1765 à la fille d'un marchand d'Augsbourg. « Ce n'est point un bel esprit féminin, dit- il dans une lettre; il ne lui est jamais arrivé de lire une1 de mes pages; mais elle est bonne et je suis heureux. > Il vivait ainsi, satisfait de son sort, lorsqu'il crut pouvoir accepter une chaire de philosophie au collège d'Erfurt. Il ne tarda pas à s'en repentir. Les vexations, les tracasseries de toutes sortes qu'il eut à subir de la part de ses collègues et des dévots de la ville furent pour lui une perpétuelle torture. « Dieu veuille, s'écrie-t-il tristement dans une lettre àGessner, que mes ossements ne soient pas condamnés à reposer dans ce lieu de supplice et d'ennui, où le mauvais destin m'a jeté l Quelle race d'hommes I quels méchants esprits 1 quelles vilaines âmes 1 quelle absence absolue d'imagination et de goût 1 J'essaye de les humaniser, tentative inutile! Je serais magicien que je ne réussirais pas. » Ces persécutions ridicules ne firent que l'engager à se concentrer plus complètement que jamais au sein de sa famille et à chercher un asile dans ses propres pensées. Jl publia, pendant les trois années qu'il passa à Erfurt, une série d'ouvrages philosophiques et politiques, dont les plus rematquahlessont : Èoxcox et Kikequetzet, parodie spirituelle des opinions de Jean-Jacques sur le progrès; le Miroir d'or, utopie ingénieuse, ■ espèce de sommaire, dit l'auteur, de ce que l'histoire renferme de résultats utiles pour l'instruction des hommes qui gouvernent le peuple ; » ce travail était à l'adresse de Joseph II, qui venait de monter sur le trône et annonçait l'intention de grandes réformes politiques. Le Afanw scrit de Diogène est une galerie satirique de portraits pleins de feu et d'effet. Le caractère de Diogène lui-même, observateur impitoyable d'une franchise brutale, d'une redoutable sagacité, est un chef-d'œuvre dans son genre. Wieland, dans cet ouvrage, semble avoir voulu justifier le ton licencieux et les mordantes saillies de quelques-uns de ses écrits. Cupidon accusé et Combabus, contes erotiques et comiques, sont les seules productions poétiques de Wieland dans cette période.
Le séjour d'Erfurt était devenu tout à fait insupportable à l'écrivain, lorsque la duchesse de Saxe-Gotha, Anne-Amélie, l'invita à venir auprès d'elle pour surveiller l'éducation de ses deux enfants. Cette petite cour était en quelque sorte le centre intellectuel de l'Allemagne. Là, Wieland rencontra presque toutes les célébrités de son temps : Seckendorff, Einsiedel, Knebel, Voigt, Bertusch, le fabuliste Musaeus, Herder, Goethe et Schiller. Chose remarquable, le .sceptique Wieland et l'enthousiaste- Schiller, dès qu'ils se furent connus, s'estimèrent et s'aimèrent. Ils collaborèrent tous deux au Mercure, recueil auquel Wieland fournit des travaux dans tous les genres : romans, nouvelles, discussions philosophiques, critiques, essais historiques. Ce qu'il aimait surtout, c'était choisir dans l'histoire un personnage mystérieux, prêtant k toutes les hypothèses, et exercer sur lui sa sagacité de critique. Nicolas Fia-
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mel, le derviche de Bruse, Paul Lucas le voyageur, Lucien, Faustine, Julie, Aspasie, Aiîstippe ont tour à tour servi de sujet à son talent de dissection psychologique. Son chefd'œuvre est le portrait de Pérégrinus Protëe, philosophe cynique, figure tracée avec un art admirable, qui trahit une profonde connaissance des hommes et du monde. VAgathod&mon, le pendant de Pêrégrinus Protée, offre une théorie nouvelle et curieuse de la vie d'Apollonius de Tyane. Tous les miracles du thaumaturge y sont expliqués d'une façon naturelle. Les Abdéritains sont un roman d'observation non moins remarquable ; c'est la peinture des petites guerres civiles et des misérables querelles soulevées par un clergé intrigant et une aristocratie ignorante, au sein d'une petite ville. Wieland avait trouvé à utiliser ses souvenirs d'Erfurt ; ce roman souleva un cri général de toutes les villes allemandes qui croyaient reconnaître leurs moeurs dans celles d'Abdère. L'œuvre qui couronna la réputation de Wieland, son plus long et l'un de ses meilleurs poèmes, est Obéron, sorte d'épopée tragi-comique où le burlesque s'ajlie au merveilleux, où les plus grandes disparates s'harmonisent par un prodige de 1 art, où tout est fantastique et où tout semble vrai. Obéron fut le plus grand succès de la carrière littéraire de Wieland.
Au milieu de ces travaux, trente-cinq années de la vie de Wieland s'étaient passées à Weimar. 11 avait neuf enfants. Un voyage qu'il fit en Suisse le détermina à quitter Weimar pour les charmes de la vie champêtre. Il acheta, près de Zurich, une petite maison de campagne, appelée Osmanstad, et alla y vivre avec sa famille. Ce fut là qu'il écrivit Aristippe et ses contemporains, tableau admirable des sectes philosophiques de la Grèce. La Révolution française éclatait lorsque parut cet ouvrage. Wieland , comme presque tous les esprits distingués de l'époque, en salua l'aurore; mais il ne tarda pas à s'effrayer de ses excès, et il les combattit avec violence. Odieux par là à tous les partis, il vit ses derniers jours empoisonnés par les diatribes dont il fut l'objet. Des malheurs privés vinrent encqro fondre sur 'lui. Il vit périr sa femme et la fille de Sophie, qu'il avait adoptée ; ses affaires s'embarrassèrent ; il dut vendre Osmanstad et revenir à Weimar, seul et découragé. Les orages politiques troublèrent encore sa vie. Après la bataille d'Iéna , Weimar fut envahi par les troupes françaises; la duchesse avait été obligée de fuir. Au milieu du tumulte, Napoléon voulut que lu maison de Wieland fût respectée, et il fit placer devant elle une garde d'honneur. Le lendemain, le maréchal Ney vint rendre visite au vieillard. Il le trouva seul dans une maison dégarnie, une seule chaise exceptée ; on avait déjà pillé avant que les ordres de l'empereur fussent arrivés. Wieland se leva en priant le maréchal de s'asseoir; mais Ney, prenant le vieillard par la main : « Je sais trop bien, monsieur, lui dit-il, à qui de nous deux il appartient de rester debout devant l'autre. » Plus tard, pendant les conférences d'Erfurt, l'empereur voulut voir le poète et le traita avec [ de grands égards. ■ En dépit de moi-même et de ce qu'il y avait de flatteur dans cette entrevue, raconte Wieland, quand elle fut terminée, il me sembla que j'avais causé avec un homme de bronze. » Wieland mourut en 1813. Il était tombé dans une mélancolie profonde; les maux de son pays l'avaient désespéré, et on l'avait vu, pendant ces dernières années, revendiquer avec force et avec courage les libertés germaniques. Il fut enseveli avec pompe dans les jardins d'Osmanstad. C'est là qu'il repose , sous une pyramide triangulaire de marbre blanc. On y lit son nom et ceux de Sophie Brentano, sa tille adoptive, et de Dorothée Hildebrand, sa femme, avec ces deux vers composés par le poète peu avant sa mort : « Trois âmes aimantes furent unies pendant la vie par les plus tendres liens; leurs restes mortels reposent sous une même tombe. •
« De tous les Allemands qui ont écrit dans le genre frauçais, Wieland, dit Mm* de Staël, est le seul dont les ouvrages aient du génie ; et quoiqu'il ait presque toujours imité les littératures étrangères, on ne peut méconnaître les grands services qu'il a rendus à sa propre littérature, en perfectionnant sa langue, en lui donnant une versification plus facile et plus harmonieuse. Il y avait en Allemagne une foule d'écrivains qui tâchaient de suivre les traces de la littérature française du siècle de Louis XIV; Wieland est le premier qui ait introduit avec succès celle du xvnm siècle. Dans ses écrits en prose, il a quelques rapports avec Voltaire, et dans ses poésies, avec l'Arioste. Mais ces rapports, qui sont volontaires, n'empêchent pus que sa nature au fond ne soit tout à fait allemande. Wieland est infiniment plus instruit que Voltaire ; il a étudié les anciens d'une façon plus érudite qu'aucun poète ne l'a fait en France. Les défauts, comme les qualités de Wieland, ne lui permettent pas de donner à ses écrits la grâce et la légèreté françaises. Les ouvrages de Wieland en vers ont beaucoup plus de grâce et d'originalité que ses écrits en prose; V Obéron et les autres poèmes sont pleins de charme et d'imagination. On a cependant reproché à Wieland d'avoir traité l'amour avec trop peu de sévé-
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rite, et il doit être ainsi jugé chez ces Germains qui respectent encore un peu les femmes, à la manière de leurs ancêtres; mais quels qu'aient été les écarts d'imagination que Wieland se soit permis, on ne peut s'empêcher de reconnaître en lui une sensibilité véritable ; il a souvent eu bonne ou mauvaise intention de plaisanter sur l'amour, mais une nature sérieuse l'empêche de s'y livrer hardiment; il ressemble à ce prophète qui bénît au lieu de maudire; il finit par s'attendrir en commençant par l'ironie. Les nouveaux écrivains, qui ont exclu de la littérature allemande toute influence étrangère, ont été souvent injustes envers Wieland ; c'est lui dont les ouvrages, même dans la traduction, ont excité 1 intérêt de toute l'Europe ; c'est lui qui a fait servir la science de l'antiquité nu charme de la littérature; c'est lui qui a donné, dans les vers, à sa langue féconde, mais rude, une flexibilité musicale et gracieuse ; il est vrai cependant qu'il n'était pas avantugeux à son pays que ses écrits eussent des imitateurs ; 1 originalité nationale vaut mieux, et l'on devait, tout en reconnaissant Wieland pour un grand maître, souhaiter qu'il n'eût pas de disciples. >
Wieland a publié lui-même le recueil de ses œuvres complètes, Sammiliche Werfte (Leipzig, 1794-1802, 42 vol. in-4"). Une seconde édition a été publiée après sa mort, avec des notes de Gruber et une biographie très-étendue (Leipzig, 18JS-1827, 53 vol. in-8").
Wieland, roman anglo-américain, de Ch.
Brown (nesJ.Wietanàjlehéros de Oh. Brown, est un de ces planteurs pensylvaniens chez lesquels le génie de l'inspiration puritaine prédomine toujours, qui, s'enivrant de leurs austères inspirations comme d'autres s'enivrent de la vie' des sens, sont quelquefois conduits par l'exagération de la vie religieuse aux plus épouvantables forfaits. Brown a donc, avec un merveilleux instinct, deviné tout d'abord, parmi les types nationaux, te plus terrible et le plus poétique. Cette sombre figure du fanatisme protestant a été copiée depuis lors, soit en France, soit en Allemagne, soit en Angleterre. Avant Brown, elle n'existait pas en littérature parmi celles que l'imagination des romanciers se plaît à mettre en scène. Wieland est chef de famille; superstitieux par caractère, il a encore aggravé cette infirmité morale, qui peu à peu dégénère en fanatisme parla lecture des livres saints. D'inexplicables circonstances alimentent encore sa folie. Au milieu de ses enfants et de ses serviteurs, des voix mystérieuses viennent lui murmurerde sinistres prophéties. Tantôt elles indiquent un danger à éviter; tantôt, oracles obscurs, elles jettent au hasard les mots d'une langue inconnue. Ordinairement elles troublent les heures consacrées au repos, et le silence de la nuit ajoute à l'horreur qu'elles inspirent. Ce n'est pas tout : les phénomènes visibles se multiplient autour des acteurs de ce drame étrange, qu'une sorte de fatalité semble pousser à un dénoûment terrible. L'heure arrive où Wieland, complètement subjugué, attribue & une puissance surnaturelle les visions et les voix que crée son imagination. Alors une voix plus puissante, plus grave, plus secrète se fait entendre à lui seul. Elle le somme de prouver, par un imposant sacrifice, sa soumisssion aux décrets du Très- Haut. La vie de sa femme est l'offrande ainsi réclamée. C'est sur elle qu'il a concentré toutes ses affections terrestres ; en elle repose son bonheur ici-bas. Il l'avait choisie entre toutes, et ce choix elle l'avait justifié au delà de ses espérances. Qu'importe ? ou plutôt les vertus mêmes, la fidélité, ht grâce de cette chaste épousa et la félicité que Weiland lui doit sont autant de motifs qui la condamnent. Plus la victime est belle et méritante, plus elle doit être agréable au Dieu qui réclame un sacrifice. Cependant, le sacrifice ne s'accomplit pas sans efforts. Au moment de frapper, mille souvenirs, mille angoisses secrètes torturentlecœurdu malheureux époux. La scène du meurtre est admirable: le maheureux halluciné cherche à se trouver seul avec sa femme; il l'attire sous un prétexte dans une chambre écartée, puis, cédant à un remords anticipé, il la renvoie sous un prétexte frivole; elle revient de nouveau, et cette fois il l'étrangla de ses propres mains malgré ses cris et ses supplications. Ce n'est pas tout; lorsqu'il a tué sa femme, la voix retentit encore k son oreille pour lui ordonner le meurtre de ses enfants, et il obéit. Mais Brown a eu le soin de ne pas s'appesantir sur les détails de ce second crime, qui eussent inutilement révolté le lecteur. Traduit devant une cour de justice, son héros est acquitté comme atteint d'une monomania évidente. Cette sentence, en l'humiliant profondément, fait pénétrer jusqu'à lui quelques doutes et quelques remords; aussi se rend-il justice bientôt après : le suicide couronne dignement cette existence criminelle et tourmentée d'un fou fanatique.
Quelle était cette voix prophétique? A quoi attribuer les prodiges qui conduisirent Wieland au crime? Le romancier l'explique d'une façon naturelle par l'existence d un écho; mais cette explication nu nous semble pas assez sérieuse pour figurera, la fit» d'une histoire aussi tragique. Nous renverrons les lecteurs curieux d'en apprendre davantage à l'œuvre même ; peut-être la puissanco des
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résultats obtenus leur permettra-t-elle d'excuser la faiblesse des moyens employés, de même que parfois on pardonne en riant à un ■voleur habile un escamotage sans importance.
WIEL1CZKA, ville de l'empire d'Autriche, dans laGalicie, cercle et à 15 kilom. S.-E. de Craeovie, dans une belle et fertile contrée, au pied de plusieurs collines; 7,ù00 bab. Tribunal de district ; direction impériale des mines.Mines très-considérables de sel gemme, exploitées depuis 125J et s'étendant sous la Ville même à une profondeur de 250 à 300 mètres. On parvient par onze puits dans les mines qui se composent de quatre étages et occupent environ 1,000 ouvriers et 100 chevaux. Ces salines font partie du domaine delà couronne; on en tire annuellement 900,000 quintaux de sel. La plupart des maisons de Wieliczka sont construites en bois ; mais les édifices publics, et surtout le château, sont de belles et solides constructions.
WIELING (Abraham), jurisconsulte allemand, né k Ham (Westphalie) en 16S3, mort en 1746. Après avoir fuit ses études dans différentes universités de l'Allemagne, il se rendit, vers 171Û, en Hollande et professa successivement le droit aux universités de Franeker et d'Utrecht.Nous citerons, parmi ses écrits : Junsprudentia restiluta seu index chronologicusia tolum juris justinianei corpus (Amsterdam, 1727, iu-8°); Jurisprudentix justinianex secundum quatuor institutionum libros specimina (Franeker. 1728, in-8°); Commentationes ad auditores suos de lege Fur ia, de lege Voconia, etc. (Franeker, 1729-1732, 3 vol.); Fragmenta edicti perpetui (Franeker, 1731, in-*»); Lectionum juris civitislibri duo (Amsterdam, 1736, in-80) ; Animad versa de llomano-Gernranorum imperio ( Franeker, 1738).
W1ELIZ ou VEL1GE, ville de la Russie d Europe, dans le gouvernement et à 120 kilom. E. de Witebsk, sur la Dwina, cheflieu du district de son nom; 6,800 hub. Important commerce de grains, lui et chanvre. Cette ville fut fondée en 1536 par le czar Ivan "Vassilievilsch.
WIELOPOLSKI (Alexandre, comte), marquis de Gonzaga-Mïszkowski), homme politique polonais, né en 1803. 11 commença ses études k Vienne et alla les compléter aux universités de Varsovie, de Paris et de Gœttingue. De retour en Pologne, Une tarda pas àsy mêler au mouvement politique, mais se rattacha au parti conservateur qui reconnaissait pour chef le prince Adam Czartoryski. Il venait d'être élu nonce à la diète lorsque éclata la révolution du 29 novembre 1830, dans laquelle il joua uu début un rôle ussez ell'acé. Cependant, en 1831, le gouvernement insurrectionnel l'envoya à Londres solliciter l'intervention de l'Angleterre. Il ne réussit pas dans cette mission, de laquelle il a rendu compte dans un écrit intitulé : Mémoire présenté à lord Palmerston (Varsovie, 1831, in-4»). Après l'insuccès de l'insurrection, il dut se réfugiera l'étranger; mais son exil ne dura que quelques années, et, rentré dans sa patrie, il y reprit sa-plaee à la diète. Il devint à la même époque l'un des rédacteurs du journal Zjednocsenie ù'Onion), qui, dès le début, at'fichades tendances ultra-conservatrices don t cette feuille ne se départit pas jusqu'à la fin. Le comte Wielopolski s'occupait en même temps d'agronomie et de littérature, et réussissait à terminer plusieurs procès importants, que sa famille soutenait depuis de longues années. En 1846, à l'époque des massacres de Galicie, il rit paraître des Lettres d'un gentilhomme polonais au prince de Metternkh, qui eurent beaucoup de retentissement, mais contribuèrent en même temps à isoler le comte de ceux de ses compatriotes qui n'avaient cessé de rêver la reconstitution de la Pologne, car il ne voyait d'autre moyen do Salut, pour cette dernière qu'une fusion complète de l'élément polonais et de l'élément russe au profit de l'idée du panslavisme. Cette brochure souleva de violentes protestations, tant en Pologne qu'à l'étranger. Peu de temps après la guerre de Crimée, il fit entrer son fils aîné dans la garde impériale russe et refusa de s'associer aux tentatives même les plus pacifiques faites par ses compatriotes pour amener la reconstitution de la Pologne. 11 ne voulut pas être membre de la Société agronomique, qui réunissait dans son sein tout ce que la Pologne russe comptait alors de gens éclairés, et qui fut supprimée comme société politique, peutêtre sur l'avis du comte Wielopolski, qui ne s'est qu'imparfaitement lavé de ce soupçon. Nommé, après les troubles de 1861, directeur des cultes et de l'instruction publique, il avait été d'abord bien accueilli ; mais sa conduite, les mesures sévères qu'il prit pour réprimer tout ce qui pouvait éveiller les soupçons du gouvernement russe, enfin son obéissance presque passive aux ordres du prince Gortsehakoff achevèrent de lui aliéner l'esprit des populations, et lorsque, après les massacres du 8 avril, on le vit seul de tous les membres du gouvernement s'abstenir de donner sa démission, l'opinion publique se trouva naturellement portée à rejeter sur lui toute la responsabilité des faits douloureux dont la Pologne venait d'être le théâtre, U chercha alors à se réhabiliter