‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 911 sur 1042 · V. MtGNOSj · texte numérisé non relu

V. MtGNOSj

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Wilhelm Meister lui-même est une nature molle, un miroir dans lequel se reflètent toutes les impressions; son esprit est susceptible de toute culture et a besoin de toute culture, li n'a pas, comme Faust, conscience de ce qu'il veut ; tout le séduit pour un instant ; son activité consiste à s'assimiler les éléments qui l'entourent. Chaque nouvel amour qui l'envahit lui semble le seul vrai.

Les Aimées d'apprentissage sont certainement un roman philosophique et social, le premier chaînon d'une trilogie dont les Affinités élections fuient le seouud et les Années de vnyuye le troisième. La lâche pratique que Gœthe s'impose dans ce groupe de ses œuvres est de représenter ' 1'emuneiputiou de l'individualité sous le triple aspect des facultés naturelles dont ressort notre vocation, de l'amour, dont le mariage est le résultat, et de la propriété ou de la fortune d'après laquelle nous occupons une position dans le monde, sur laquelle nous établissons nos relations et de laquelle dépend notre culture personnelle. Voilà ce qui a été rendu possible pur le principe qui gouverne le monde moderne, lu piiucipe de la. libre subjectivité qui a produit la réforme dans l'Egli.-e en Allemagne et la révoluùon dans l'Etat en France. Pour poser nettement le rôle que dans cette question Goethe a donné à chacun de ses ouvrages, dismis, en un mot, que dans les Années d'apprentissage nous voyons le développement de l'individualité, dans les Affinités électives la lutte de l'individualité libre avec le destin ou la fatalité, et enfin, dans les Années de voyage, la défaite de la fatalité par la résignation et l'activité. La vie de Wilhelm Meister est une de ces révélations qu'il se l'aie a lui-même; à chaque instant il fait une nouvelle découverte dans son for intérieur, et ce n'est pus seulement d'une faculté à l'autre qu'il voltige comme un papillon, mais aussi d'une femme à l'autre. De la sentimentale Marianne il passe à la coquette l'hiline, de la belle comtesse k la ménagère Thérèse, jusqu'à ce qu'il trouve enfin son idéal dans -Nathalie. Il est sérieusement préoccupé de découvrir sa véritable vocation, de combler les lacunes de son éducation et d'èle\er le niveau de sa. culture intellectuelle; avec douleur il constate tout ce qui lui manque encore; avec ardeur il se jette dans une aciivité fébrile dont il attend les progrès, avec étonnement il constate enfin qu'il n'obtient pas de satisfaction absolue dans cette voie spéciale qu'il a choisie. Tout le mouvement qu'il se donne lui semble une profonde erreur qui ne doit le mener à rien. Des souvenirs de jeunesse, un amour naissant le poussent d'abord vers le théâtre, mais il apprend vite à connaître et les misères et les vices de la profession, les défaillances et les défectuosités de l'art. Les comédiens au xvine siècle étaient encore exclus de la société, et Wilhelm Meister en se rangeant de leur côté, en bravant ainsi les préjugés de son temps, croit suivre une vocation décidée. Entre le négociant qui calcule les chances de l'avenir et l'artiste qui prend la fantaisie pour guide de son existence et vit au jour le jour, il y a tout un abîme. Gcclhe a profité de ce passage de son roman pour exposer tout un art dramatique qu'il met dans la bouche de Wilhelm Meister, que ses dispositions à la cri tique ont bientôt dégoûté de sa nouvelle profession. Meister a été mis en contact avec la noblesse ; un autre horizon s'ouvre devant ses jeux; "une indépendance complète, une dignité personnelle lui semblent constituer une vie parfaite : la transition n'est pas aussi étonnante qu'elle apparaît de prime abord, et Gœthe a mis une eer- 'taine ironie dans son exposition. La noblesse a dans ses manières un côté théâtral qui la rapproche de la profession dramatique et rappelle les gestes emphatiques et les dehors pompeux usités à la scène. Meister ne reste pas longtemps dans ses illusions, elles faiblesses du monde aristocratique se- montrent n lui tout aussitôt. 11 se replie alors sur lui-même'; la frivolité de tout ce qu'il a vu l'a dégoûté du monde; des idées religieuses l'envahissent. 11 constate que la propriété ou la possession est la base de la société. Dans la sphère commerciale cette idée est prise trop exclusivement comme but de la vie; chez les altistes, par contre, comme moyen; chez lu noblesse elle-même, la possession est une des conditions de sa grandeur. Un conflit éternel existe entre la propriété foncière et la propriété mobile, c'est-à-dire l'argent; mais la première s'obtient par la seconde. De toutes ces réflexions utilitaires Meister est porté vers des méditations plus esthétiques. Le charme de la musique opère sur lui et le dernier mot des Années d'apprentissage est une kalakaguthie, c'est-à-dire un perfectionnement moral et intellectuel obtenu pur la culture du beau. Dans les Années de voyage Gœthe a donné une pédagogique sociale qui nous apprend à vaincre le destin en luisant un choix raisonné de notre vocation, en concluant une association ou uu mariage basé sur des natures homogènes. La nécessité d'une association libre est le résultat social des Années de voyage. Ce roman, malheureusement inachevé, se compose de deux parties bien distinctes; l'une, une série de nouvelles dans le genre des Affinités électives et dont la conclusion est chaque fois la renonciation ou le départ, le voyage; l'autre, un système do pédagogie que Goethe lui-môme a qualifié

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d'utopique. Comme base de l'édifice social Gœthe prend la famille, et son organisation comme couronnement de l'association libre .de toutes les professions. L'éducation doit mener à la prudence et à la sagesse. On obtient ce résultat directement par une observation attentive du temps; aussi Gœthe demandet-il dans sa province pédagogique, qui doit servir de modèle, la multiplication des horloges et des instruments chronométriques. La première loi du travail est d'arriver jusqu'à la perfection dans une science; par elle, et implicitement par la comparaison, nous apprendrons à connaître les autres. L'homme doit avoir trois vénérations : 1° pour ce qui est au-dessus de lui ; Z<> pour ce qui est audessous de lui , c'est-à-dire la terre, la nature, et 3° pour son semblable. De cette triple vénération sort une quatrième qui les résume, c'est la vénération de nous-même. Dans l'éducation , ou observera avec soin la hiérarchie d'apprenti, de compagnon et de maître. Chacun est élevé selon son individualité dans la province pédagogique ; chacun est séparé dans son cercle d'activité, mais peut aisément, en voyant ses facultés mûrir, passer à d'autres parties. Les arts sont divisés en arts sévères et arts liBres; et le mot métier, par suite de lu mauvaise acception qu'il a prise, est écarté. Le plus sévère de tous les arts est l'architecture, car il n'est pas admissible qu'on puisse y commettre une faute comme dans la peinture ou dans la musique. La liberté des religions est admise; mais la religion chrétienne est adoptée comme la dominante. Goethe, en harmonie avec les trois vénérations, distingue trois religions : la religion ethnique, qui prêche l'adoration de la divinité; il comprend dans celle-ci tous les cultes païens; la religion philosophique, qui cherche à établir l'union de l'homme et de l'univers; et la religion d'amoiir%que le Christ nous a enseignée et qui prêche l'oubli du mal et le pardon pour •les pécheurs. Ces trois, religions se trouvent réunies dans la religion absolue qui est l'adoration de ce qu'il y a de suprême, la raison e.t le sacrifice. Toutes les fortunes particulières sont la propriété publique et commune; chacun reste gérant de ce qu'il possède. Ce n'est pas là du communisme. Gœthe ne cherche qu'à produire une évolution dans les idées qui existaient à son époque sur la propriété. Le dimanche, chacun va avouer aux juges ou aux anciens de la province dans quel état sont ses affaires matérielles, et ceux-ci décident sur les moyens à prendre pour écarter une catastrophe et soutenir chacun dans un état d'aisance relulif. Pour les affaires spirituelles, l'habitant de la province pédagogique ne relève que de lui-même. Gœthe ne veut ni grande ville ni petite ville ; l'une engendre la corruption et l'autre l'étroitesse de pensée. Wilhelm Meister est enfin arrive à une harmonie Complète dans sa culture; mais, pour obéir aux lois de l'association, il faut qu'il arrive dans une spécialité au grade de maître. Dans sa vie accidentée, il a pu souvent constater les misères du corps humain, et les nombreux accidents qui peuvent l'endommager. Il apprend donc la chirurgie et tâche de sauver ses semblables de la mort et de ' leur épargner des souffrances. La première récompense est de rappeler à la vie par une saignée habile un jeune -homme précipité avec son cheval dans les flots d'un fleuve. Ce jeune homme est son fils.

Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister ont été truduitos eu français par Levelinges (1802/3 vol. in- 12), travail où l'œuvre de Goethe disparaît presque eniierement; par Th. Toussenel (1829, 4 vol. in-12), et par Mme la baronne de Carlowitz (2 vol..iu-l2 de la bibliothèque Charpentier). Les Années de voyage (première partie) ont été traduites en français par Th. Toussenel. Une dernière traduction, à laquelle nous n'hésitons pas à donner lu préférence, comme exactitude et comme élégance à lu fois, est celle de M. Théophile Gautier lils.

WILHELM! (Charles), théologien et géographe allemand, mort en 1857. Il fut ministre évangélique à Bade et fonda à Sinsheim une société d'antiquaires qu'il dirigea jusqu'à sa mort. On a de lui : Option et conduite ou Religion et fanatisme (1818, 2 vol.); Du chant spirituel et en particulier des anciens chants d'église (1824); les Apôtres du Christ ou les Premiers cn.yunts, histoire des apôtres et de leurs épitres (1825) ; Description de l'antique monticule des morts mis à découvert en 1827 et 182S près de Sinsheim (1830); Carte géographique du duché de Bade (183-1) ; Voyages en Amérique cinq cents ans avant Christophe Colomb (1842), etc.

WILHELM IKK, reine de Prusse. V. Lodise nu Mucklembourg-Strki.itz.

WILHELMIN1EN s. m. (vi-lèt-mi-niain).

Hist. leiig. Membre d'une secte fondée au xme siècle par une Bohémienne du nom de Wilhelmine, qui prétendait être une incarnation du Saint-Esprit.

WILHELMSGLUCK, hameau du Wurtemberg, à 2 kilum. de' Hall, dans le cercle de l'faxt. Riches mines de sel. •

WiLHELMSllAI'EiN, c'est-à-dire port de Guillaume, port militaire de la Prusse, sur la nier du Nord, dans le territoire acheté pur la Prusse en 1854 au duché d'Oldenbourg, près-du golfe de Jahde. Ce port, autour duquel s'élève une ville appelée sans doute à

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prendre un grand développement, a reçu son nom du roi Guillaume, qui l'a inauguré au mois de juin 1869. On y a établi des chantiers de constructions navales pour l'Etat, et on xi protégé cette importante position maritime par des batteries, des ouvrages détachés et par un grand fort appelé Hoppensfort.

Wilbclnuhoebe (CHÂTEAU DE). V. WaHLERS- HAUSEN.

WILHEM (Guillaume -Louis Bocq.oili.on, dit), compositeur français»et fondateur des écoles populaires de chant en France, né à Paris en 1781, mort dans la même ville en 1842. Son père, ayant embrassé la carrière des armes, exigea que le jeune Guillaume vint auprès de lui faire le rude apprentissage militaire.

En 1795, un décret de la Convention créa à Liancourt (Oise) une école nationale pour les (ils des officiers défenseurs de la patrie. Le noyau de cet établissement devait être formé par les élèves de l'ancienne école de Liancourt, fondée par le duc de La Rochefoucauld, auxquels viendraient se joindre ceux de l'institution du chevalier Paulet, casernes à Popincourt, et ceux de Léonard Bourdon, qui, jusqu'alors, avaient occupé l'église Saint- Martin-iles-Champs, où se trouve aujourd'hui le Conservatoire des arts et métiers. Le jeune Guillaume Bocquillon fut admis dans le nouvel établissement. S'il faut en croire Wilhem lui-même, ce fut dans cette maison qu'en entendant un enfant de l'église de Liancourt chanter une mélodie de Gossec, le futur créateur de l'orphéon s'écria pour la première fois : • Moi aussi, je suis musicien! » Dès lors, il ne songea plus qu'à apprendre la musique; mais les moyens de l'étudier manquaient à peu près complètement à l'école. Il n'y avait d'artiste à Liancourt qu'un brave militaire appelé Guette, et quel artiste 1 Ce père Guette était un homme prodigieux, enseignant la clarinette, le basson, le cor, la trompette, voire même la grosse caisse et les cymbales. Wilhêm lui fit part de son projet d'organiser une musique militaire à l'école. Le père Guette recrute quelques élèves, distribue des instruments et met en répétition le premier pas redoublé. Mais il manquait à cet orchestre si singulièrement improvisé une flûte, par cette raison peut-être que la flûte était .le seul instrument dont Guette ne jouât pas. « Prends cette petite flûte et cette méthode de Devienne, dit-il à Guillaume; va et souffle. » L'enfant ne se le fit pas dire deux fois. 11 étudia si bien qu'en quelques semaines il se trouva en état de faire convenablement sa partie.

Mais- une autre ambition mordit bientôt au cœur l'élève de Liancourt; il voulut composer. Sans ressources pour se diriger dans l'étude ardue de l'harmonie, il s'avisa d'analyser à sa manière les morceaux qu'il avait sous les yeux et qui se réduisaient presque absolument aux chants patriotiques de Gossec et aux exemples de la méthode Devienne. A force de recherches, il finit par découvrir dans la bibliotiièqua du château les traités de Rameau, et, à dater de ce moment, il n'eut plus d'autre livre entre les mains. Uinguené, auteur de THistoire littéraire de l'Italie et musicien consommé, vint inspecter l'école. Il distingua immédiatement celui qui, sans maître et encore enfant, était parvenu à concevoir et à écrire de la sorte et donna aussitôt l'ordre d'envoyer le jeune Bocquillon à, Gossec, qui venait d'être placé à lu tête du Conservatoire.

Wilhem partit et fut reçu. Mais il ne suffisait pus d'être reçu. Il fallait rester; à cela consistait la difficulté grande. Le père Bocquillon, en effet, devenu commandant de la citadelle de Perpignan, voulait absolument que son fils suivît la carrière des armes. Prières, supplications, tout fut inutile. Gossec, qui avait déjà apprécié la valeur du jeune Wilhem, ne se laissa pus rebuter. Le candidat revint à Liancourt; mais les leçons .du professeur l'y suivirent. Le travail de l'élève soigneusement annoté lui était retourné, et chaque envoi nouveau constatait des progrès Si grands que Crouzet, que l'on avait intéressé au jeune homme, sollicita et obtint une pension de 600 francs. Wilhem quitta dès lors Compiegne, où avait été transférée l'école, et vint s'établir à Paris. Là, il se perfectionna dans la lecture musicale, acquit sur la flûte un talent remarquable et s'appliqua sérieusement à l'élude du chant et du piano. Quant à la composition, on peut affirmer que, malgré les conseils de Gossec, il n'apprit l'harmonie que de lui-même et au moyen de livres qu'il put se procurer. Bien que Méhul s'intéressât au jeune élève, l'antipathie de ce maître pour les formes méthodiques ne pouvait être que d'un faible secours à son protégé. Si Wilhem parvint à coordonner et à préciser ses connaissances musicales, il le doit surtout à François-Louis Peine , le' très-habile professeur. L'élève conserva d'ailleurs pour ses maîtres la plus grande vénératidn.

Malgré les succès obtenus par Wilhem au Conservatoire, le commandant de la citadelle de Perpignan refusait de croire à une vocation qui s'affirmait cependant tous les jours de plus en plus. La pension n'ayant pas été payée, le jeune compositeur demanda inutilement des subsides à son père, et il se vit obligé de demander à Crouzet un emploi de répétiteur de mathématiques et de gram-

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maire au prytanêe de Saint-Cyr. Mais le démon de la musique le possédait plus que jamais, et trois mois après, à la distribution des prix, il faisait exécuter une composition de Gossec. Comme récompense de son zèle, on le chargea officiellement de donner dans le prytanêe des leçons sur l'art musical.

Pendant les années qui suivirent, Wilhem écrivit un grand nombre de morceaux tels que hymnes, scènes et chœurs avec ou sans orchestre, qui furent exécutés dans diverses solennités. On remarqua particulièrement un opéra de circonstance, composé et représenté à l'occasion du couronnement de l'empereur, et un chant guerrier écrit à la mêm*? époque et dont Gossec fit partout le plus grand éloge. Cependant, la pensée constante de Guillaume Bocquillon était de revenir à Paris. 11 put mettre enfin son projet à exécution en 1807.

Wilhem prit le parti que doit suivre tout musicien sans fortune et se mit à donner des leçons. En même temps, comme la ressourça des écoliers est toujours incertaine, il entra dans les bureaux de la commission chargée de la rédaction et de l'impression du grand ouvrage publié par le guuvernement sur l'Egypte et dont la direction était confiée à Joinard. Là, il se trouva en relations- suivies avec plusieurs savants et littérateurs distingués et eut de nombreuses noufèrences avec Villoteau, dont les mémoires relatifs à la musique des anciens et des modernes habitants de l'Egypte offrent tant et de si consciencieuses recherches. •

C'est pendant cette époque que, indépendamment des leçons qu'il donnait, Wilhem trouva le temps de se livrer à la composition. La plupart de ses morceaux se distinguent par une grande pureté de mélodie, par une expression de sentiment qui n'est ni forcée, ni embarrassée, par une manière* de prosodier toujours irréprochable, enfin par la simplicité et l'originalité des pensées. Quelques-unes ont obtenu un succès populaire. Parmi ces dernières, nous signalerons principalement les Adieux de Charles VII. L'auteur auquel il emprunta le plus souvent ses paroles fut Béranger, dont il venait, à cette époque, de faire la connaissance. Oa suit que Béranger a composé toutes ses chansons sur des airs connus et que la pensée ainsi que la forme poétique se sont toujours arrangées dans le travail du p'oëte d'après des coupes données auxquelles s'adaptait la chanson nouvelle. Eh bien, s'il «rrivait à Wilhem de rencontrer dans les productions récentes de son ami quelque pièce qui lui inspirât un chant nouveau dont il fût content, le poète n'avait plus de repos qu'il n'eût appris cet air tout neuf pour lui, ne voulant pas en chanter d'autre, afin que la musique se répandit en même temps que les vers; or, ce travail est fort pénible lorsqu'on n'est pas musicien. Béranger ne se rebutait pas; l'élève était aussi patient que le maître, et ils riaient ensemble de bon cœur du mal qu'ils se donnaient l'un et l'autre... avec tant de plaisir. Wilhem avait atteint sa vingt-neuvième année, lorsqu'il obtint la place de professeur de piano au collège Heuri IV. U songea alors à se marier, et Béranger, tout en disant que c'était là une leçon que son ami ne lui ferait jamais apprendre, signa à sou contrat à sa manière, c'est-à-dire en composant une de ses plus jolies chansons.

Tout en composant des romances qui obtinrent le plus grand succès dans les salons à la mode, Wilhem ne négligeait pas sou instrument de prédilection et publiait une édition fort améliorée de la méthode de flûte de Devienne. A cette même époque, il donnait aussi des leçons d'harmonie. Si nous notons cette particularité, c'est que ce fut en enseignant cette partie de l'art qu'il conçut l'idée d'une portée vide collée sur une planche et garnie de trous propres à recevoir des fiches représentant les signes de ia musique en notes mobiles, procéué excellent dont il devait tirer un si grand purti pour faire concevoir aux élèves la théorie du renversement des accords. L'occasion de développer cette idée féconde ne tarda pas à se présenter, et c'est sur elle que repose, au moins pour une large part, le système d'enseignement, la méthode qui fit et fera toujours la gloire de Wilhem. Pendant les courts instants de son ministère (20 mars-22 juin 1815), Carnot avait rêvé d'améliorer l'instruction du peuple, et, à cet effet, il avait tenté d'adapter aux classes fréquentées par les enfants pauvres le mode d'enseignement mutuel, si commode, si économique, si avantageux à Ictus égards. 11 était homme de trop grand sens pour écarter la musique de son programme, et il avait eu déjà quelques entretiens à ce sujet avec Choron, lequel, pour faire justice des attaques et des préventions dont il avait été l'objet, réunit un certain nombre d'enfants et leur fit exécuter, en présence du ministre, deux ou trois morceaux appris en fort peu de leçons. Waterloo vint se mettre en travers de si beaux projets; mais une société destinée à répandre l'instruction dans les classes populaires reprit en sous-œuvre le projet de Carnot. Wilhem y fut admis sur la présentation de Joinard le 5 avril 1816, et des écoles furent ouvertes à Paris sous le patronage de M. de Chabrol, préfet de lu Seine. Dès que ces écoles furent organisées, on songea que l'étude du chant pourrait y être avantageusement introduite, et l'on s'adressa à Choron, dont on avait adopté la Méthode de lecturt

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et d'écriture, po%r en former des tableaux destinés a l'enseignement. Peut-être Choron décida t-il un peu trop vite que l'application du mode de l'enseignement mutuel était impraticable. Toujours est-il que, lorsque, le 25 juin 1819, M. de Gérando fit à la société d'instruction élémentaire la proposition d'introduire renseignement du chant dans les écoles populaires, cette proposition fut vivement discutée; elle ullait même être abandonnée faute d'un homme à mettre k la tète de cet enseignement, lorsque le hasard mit en présence Béranger et M. de Gérando, qui fit part au chansonnier de l'embarras où la société se trouvait, • J'ai votre homme, • dit celui-ci, et il désigna Wilhem. Le lendemain, ce dernier avait disposé le tableau synoptique du travail successif et simultané des huit olasse's. Il présenta immédiatement ce tableau à. M. Joiuard, l'un des membres de la coin mission chargée par la société d'examiner les méthodes d'enseignement musical. > Tout en approuvant l'ensemble, dit M. de Lafage, que nous avons déjà cité, M. Jomard pensa que, pour apprécier exactement ta valeur de l'invention, il fallait voir le plan de l'inventeur mis à exécution; la commission pourrait alors comprendre comment l'étude tle chaque intervalle isolé, le chant successif et simultané de chacune des classes, les lectures mesurées sans intonation musicale, les dictées parlées, en un mot toute la manœuvre de l'enseignement s'accommoderait au mode actuel, c est-à-dire à l'emploi des moniteurs, ù la division eu cercles, à lu disposition locale et autres habitudes des classes de ce genre. Pendant un mois, Wilhem s'occupa de préparer cette séance, et ayant réuni dans une salle prêtée par M. de La Haye, instituteur d'ans l'he Saint- Louis, plusieurs de ses élèves- des deux sexes au nombre de quarante a cinquante, il opéra de la manière la plus heureuse en présence de la commission ; il mu dos lors eu pratique plusieurs des procédés ingénieux qu'on lui doit. Ou exécuta un beau chœur sur le quatrain de Voltaire : Tout amour d'un Dieu. Les six parties de ce morceau étaient calculées de tulle façon que chaque classe ne déliassait pas l'un des six intervalles depuis l'unisson jusqu'à la sixte. Ce morceau a été depuis retouché et inséré dans l'Orphéon. L'effet de cet ensemble fut excellent, et tout se passa ue manière k contenter des juges même un peu difficiles. • Voila qui est bien, dirent tout d'une ■ voix les membres de la commission; mais » ces jeune» gens possédaient des connuissun- » ces musicales, et renseignement tel que nous » le désirons doit s'adresser à des élevés qui » ne savent rien. >

Cette nouvelle "difficulté ne rebuta pas Wtlliein. Il accepta le déti, et l'on choisit comme lieu d'essai l'école de la rue Saiut- Oean-de-Beauvais, premier berceau de renseignement mutuel en France.

Des ce moulent, Wilhem conçut l'idée de populariser la musique par l'introduction du chaut élémentaire dans les écules primaires, et il n'eut plus d'autre but. Persuadé que, pour rendre facile et non rebuuiule l'étude de l'iutouatioii et du rhyihme, il fallait surtout une bonne répartition du travail et une graduation parfaite des difficultés, il s'efforça de disposer les premières études musicales dans l'ordre le plus naturel, ie plus clair, le plus rationnel. Il n'eut même pas l'idée de refaire le système de notation en usage ; il comprenait irop bien le paru qu'on pouvait tirer du dessin même que présentent les combinaisons uujouru'hui en vigueur.

Dès tors on peut dire que sa méthode était fondée. Deux fois interrompu dans ses travaux par la maladie qui devait l'enlever à l'art et à l'enseignement populaire, Wilhem trouva d'abord le chant par écho, qui, en l'absence de toute idée musicale , de tout seniimetil, amené k 1 idée d'imitation si inhérente k la nature humaine ; puis vint le chant sur la main, cette trouvaille si simple, si heureuse, «tout l'idée première revient h Rameau et qui consiste à se servir des cinq doigts de la main comme des cinq lignes d'une portée musicale vijc, lin s'empanuit de cette idée, Wilhem la modifia fort heureusement.' Nous n'avons pas à expliquer ici la méthode Wilhem. Disons seulement que bien des critiques assaillirent le maître courageux et infatigable. Il ue se laissa jamais rebuter, lier n'avoir pour lui l'approbation de tous les hommes coinpéteiîïs. Choron, après avoir assisté à plusieurs exercices des élevés de Wilhem, déclara- publiquement, avec une honnêteté dont on ue saurait trop lui tenir compte, qu'il s'était trompé lorsqu'il avait cru l'enseignement mutuel inapplicable à l'étude de la nautique. En 1820, Al. Francœur lit un tableau, comparatif sur diverses méthodes proposées pour renseignement tlu chant dans les écoles, et, à la suite de ce rapport, celle de Wilhem fut adoptée par tous les établissements d'enseignement mutuel.

Le préfet de la Seine ratifia ce choix et nomma Wilhem directeur d'une école modèle de chant. Malheureusement, cette école était encore à l'état de projet en 1842.

Cependant, la méthode écrite qui devait vulgariser le système de Wilhem marchait lentement. Dès les premières livraisons, Choron avait remarqué que la nombre des tableaux était fort considérable et hors de proportion avec le reste des études. Wilhem sentit la justesse de cette critique, et il refondit en

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entier son travail , qui parut en 1832. De nouvelles modifications ayant encore fait simplifier le travail, une édition, pour ainsi dire définitive, parut en 1834- Les tableaux de Wilhem furent ensuite publiés in-8û en 1836, traduits en anglais et adoptés dans toutes les écoles d'Angleterre.

Les préoccupations d'un système à fonder n'empêchaient pas Wilhem de répondre à des demandes que lui adressaient soit des sociétés d'enseignement, soit des instituteursdésireux d'être éclairés sur quelque point de sa méthode, et la correspondance de Wilhem serait sur bien des points utile à consulter. De plus, il écrivait pour satisfaire soit des amis poètes, soit des éditeurs. Aucun travail ne le rebutait. L'Eglise réformée de Paris réclamant une exécution convenable du chant des psaumes, Wilhem composa pour l'école du consistoire un travail spécial k l'aide duquel on pouvuit, au bout de douze leçons, déchiffrer les psaumes, en observant la valeur des durées. Voici le titre (un peu long) de cet ouvrage : Douze leçons hebdomadaires de musique vocale à l'usage des jeune;, élèoes gui suivent te cours de chant sacré institué par le consistoire de l'Eglise réformée de Paris, extraites, d'après la délibération du consistoire, de la méthode élémentaire de mutisique et de ehunt. Wilhem a publié dans le même genre : Choix de trente psaumes et Nouveau choix de mélodies des psaumes rhythmées et disposées à trois parties.

Les autres œuvres publiées par Wilhem k cette époque sont les Chants religieux et les Chants muraux, qui, presque tous, ont été publiés de nouveau dans l'Orphéon.

Tant de travaux ne pouvaient passer inaperçus. S'ils n'ont pas été récompensés comme ils méritaient de l'être, il convient de dire qiie, à défaut du gouvernement, la ville de Paris s'est efforcée de reconnaître les trèsgrands services rendus par l'illustre novateur k l'enseignement des classes populaires. En 1835, par arrêté du préfet de la Seine et sur la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, Wilhem fut nommé directeur-inspecteur général de l'enseignement du chaut dans les écoles primaires de la Seine, et, plus tard, lorsque cet enseignement fut introduit dans l'Université, délégué général pour renseignement universitaire du chaut. Ce choix de 1 administration était naturellement indiqué par les nombreux travaux dont nous avons déjà parlé et aussi par le succès de certaines réunions formées par Wilhem sous le nom de réunions de l'Orpiiéon. Voici quelle en avait été l'origine.

En. 1833, Wilhem réunit dans le passage Pecquai des élèves choisis parmi ceux qui fréquentaient les onze écoles existantes. t>es élèves devaient venir une fois par mois au lieu assigné comme rendez-vous. On ne tarda pas à reconnaître les difficultés d'un tel arrangement, qui1 forçait un grand nombre d'enfants k se déplacer. Frappé de cet inconvénient, aidé d'ailleurs par le conseil municipal, Wilhem chercha à rendre ces déplacements moins considérables en réunissant tour à tour ses éieves dans trois arrondisseseiuents. Un règlement fut délibéré au comité central d'instruction primaire et approuvé au conseil royal par le ministre de l'instruction publique le S mars et le il novembre 1836. Tous les élèves admis aux cours de l'Orphéon, et que l'on nomma orphéonistes, devaient être rassemblés à des époques convenues pour concourir à l'exécution publique de divers morceaux. Le premier exercice de ce genre eut lieu en 183il dans la salle Saint-Jean. A l'époque même à laquelle avaient commencé les réunions orpliéoniques, Wilhem avait publie les premiers cahiers d'un Répertoire de musique vocale sans accompagnement, composé de pièces inédites et de morceaux choisis à voix seule ou à plusieurs parties. Cette collection, qui prit ensuite le litre d'Orphéon, a été continuée et compte 5 volumes in-S°.

Wilhem donnait ses soins k plus de cent écoles toutes florissantes, et il s'occupait d'un Truite de composition musicale, auquel il comptait mettre la dernière main aussitôt après les séances annuelles de l'Orphéon, lorsque la mort de sa femme et de l'un de ses (ils arrêta le cours de cutte brillante carrière. 11 se retira à Chaillot, se rapprochant de sou ami Déranger et comme s'il eût eu dès lors le pressentiment d'une lin prochaine. A dater dé ce moment, Wilhem resta sombre et maladif jusqu'en 1842. Tout absorbé qu'il était de la fixation detiuitive du 'programme des grandes réunions de cette année, il fut atteint tout à coup, le mardi 19 avril, d'une liuxion de poitrine, et le 26, à six heures du soir, il expirait dans les bras de sou dernier (ils. L'homme est mort; l'œuvre est restée ; elle est immortelle.

WILHEMSIE s. f. (6ui-lèuim-s! — de Wilhems, n. pr.). Bot. Syn. de mkrckia, genre do caryophyllées.

WILIÀ, rivière de la Russie qu'Europe. Elle pre-nu sa source dans le gouvernement de Minsk, à l'E. de Wileika, coule à l'U., entre dans le gouvernement de Wilua, baigne Wileika et Wilna et se jette dans le Niémen, à Kowno, après un cours de 630 kilom., dont 500 sont navigables.

W1LUK (Guillaume -Georges- Constant), agronome allemand, né à Weimar en 1761, mort en 1188. Il est connu par les ouvrages

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suivants : Règles principales que l'on doit observer dans la culture des arbres (Leipzig, 1783, in • 8») ; Recueil de règles à observer dans la culture des jardins à légumes (Halle, 1784, in-8°) ; Livre élémentaire pour ceux qui veulent établir des jardins de plaisance et cultiver , les fleurs (Halle, 1785, in-8°); Nouveau recueil de règles pour le jardinage ( 1787,

WILKEN (Frédéric), historien allemand»

né à Ratzeburg en 1777, mort en- 1840. 11 fit ses études à l'université de Gœttingue, y devint, en 1800, répétiteur de la Faculté de théologie^ et accepta, trois ans plus tard, l'emploi de précepteur du jeune prince Georges- Guillaume de Sehaumbourg-Lippe, qutil accompagna à l'université de Leipzig, puis dans un voyage en Allemagne. Eu 1805, il fut nommé professeur d/histoire a Heidelberg et joignit à cette chaire, en 1805, les fonctions de directeur de la bibliothèque de l'université. La restitution, en 1815, des trésors scientifiques et artistiques que les Français avaient emportés a. Paris quelques années auparavant lui suggéra l'idée de réclamer pour l'université d'Heidelberg la bibliothèque Palatine, qui avait été pillée pendant la guerre de Trente ans et donnée au pape régnant à cette époque. En dépit des obstacles que rencontra cette réclamation d'un trésor k la propriété duquel la cour de Rome faisait valoir comme titre indiscutable une possession de près de deux cents ans, Wilken réussit k obtenir la. restitution de 891 manuscrits, qui formaient une partie notable de cette bibliothèque. Nommé, en 1817, bib.iothécaire en chef et professeur k l'université de Berlin, il y devint successivement membre de l'Académie des sciences (1819), historiographe royal, professeur d'histoire k l'Ecole militaire, conseiller au collège supérieur de la censure et enfin, en 1830, conseiller intime du gouvernement. Après avoir visité l'Italie en 1826, il exécuta, en outre, aux frais du gouvernement, doux voyages scientifiques en Angleterre et en France (1820), puis k Wiesbaden etk Munich (1*38). Eu 1839, il fut atteint d'une maladie mentale qui dura jusqu'à ^a mort. Wilken s'était formé surtout par l'étude des écrits de Sylvestre de Saoy et avait cherché à marcher sur les traces de cet illustre modèle. Parmi ses ouvrages, qui ont principalement pour objet l'histoire de l'Orient et la langue persane, pour laquelle il publia le premier, en 1805, une grammaire et une ohrestoinalhie, le plus remarquable est son Histoire des croisades d'après tes relations des historiens orientaux et occidentaux (Leipzig, 1807-1832, 7 vol.), dont le mérite consiste surtout en ce quelle est la première qui s'appuie sur des sources orientales ; elle pèche, toutefois, au point de vue de la critique historique, parce que l'auteur y a mêlé trop facilement la légende à l'histoire. On a encore de Wilken : De betlorum cruciatorum ex Abutfeda historia (1798), étude critique, couronnée par i'universué de Gœttingue; Histoire de la formation, du pillage et de l'anéantissement de ta collection de livres d'Heidelberg (Heidelberg, 1817); Histoire de la bibliothèque royale de Berlin (Berlin, 1828).

Wll.il ES (terre de), prétendue terre des régions antarctiques, découverte par le lieutenant américain Wilkes en 1840. Les explorations du capitaine anglais Ross ne confirmèrent pas cette découverte, qui peut passer pour chimérique.

WILKES (John), publiciste et orateur anglais, ne à Londres en 1727, mort en 1797. U fut d'abord grand shérif du comté de Buckingham et colonel de la milice, puis fut envoyé en 1754 par le bourg d'Aylesbury à la Chambre des communes; il se jeta duns l'opposition et devint le plus 'redoutable adversaire des tories. John Wilkes agita le pays pendant dix ans et créa au gouvernement anglais les plus graves embarras. En 1762, il publia en l'honneur de la politique étrangère de lord Chatham un pamphlet concernant la rupture avec l'Espagne, qui eut un certain retentissement, et l'année suivante il adressa k tord Bute, le ministre alors tout-puissant, une dédicace ironique de la pièce historique de Ben Johnson, intitulée la Chute de Mortimer. On sait que Mortimer, parvenu au pouvoir par l'amour de la reine. Isabelle , mère d'Edouard III, fut pendu par ordre du Parlement. L'allusion était manifeste. Wilkes regardait cette épître, empreinte d'une moquerie sanglante, comme son chef-d'œuvre.

Un intrigant célèbre, fort écouté par lord Bute, Bubb Doddington, qui, à force de servir et de trahir toutes les causes, parvint un jour k la pairie, avait fondé un journal, le Breton, pour lu défense de l'administration. En réponse, Wiikes publiais breton du Nord (the Norlh liriton). Eu se donnant pour Ecossais, on prétendait être meilleur Anglais que ceux qui en prenaient le nom. Dans le North Briton, les préjugés nationaux furent exploitésavec passion, et jamais l'invective coutre un ministre ne fut portée au degré de violence qu'elle atteignit contre lorU Bute sous la plume de son adversaire. Cependant lord Bute l'avait dédaigné, mais, quinze jours après sa retraite, il parut un 45e numéro du Norlh Briton, où le roi était positivement accusé d'avoir proféré un mensonge [infamous fallacy) dans son discours pour la prorogatiou du Parlement. Mo.ns endurant que son prédécesseur, George Grenville ordonna

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des poursuites, et un secrétaire d'Eint, lord Halifax, décerna un mandat de recherche et d'arrestation.

Quand 4es officiers publics se présentèrent pour arrêter Wilkes, il les effraya par des menaces, et leur déclara que leur commission était illégale. Ils se retirèrent, mais revinrent le lendemain plus rassurés ou forts de nouveaux ordres, s'emparèrent de sa personne, sans lui donner copie du mandat, aux termes de la loi, et le conduisirent devant le secrétaire d'Etat. Pendant que lord Temple, son ami, averti à temps, requérait en sa faveur de la cour des plaids communs un tarit d'habeas corpus, c'est-à-dire une autorisation de faire juger si l'accusation était légale, le prisonnier, qui avait refusé de faire aucune réponse, était brusquement transporte à la Tour et mis au secret. Mais la loi anglaise .est tutélaire pour la liberté individuelle. Un second writ d'habeus corpus ordonna aueonstable de la Tour d'en ouvrir les portes ; et, conduit devant la cour des plaids communs, dans Westminster-hall , l'accusé devint accusateur. Il dénonça un noir complot contre les libertés de la nation, imputant aux minist< es de l'avoir choisi pour victime, parce qu'ils n'avaient pu l'acheter ni le corrompre. Ses moyens de droit furent examinés, et le chef de la cour, sir Charles Prait, magistrat habile et indépendant, ami constant do Pitt et de sa politique, déclara, au nom du tribunal entier, que sites précédons ne permettaient pas de taxer d'illégalité flagrante l'arrestation et le mandat, M, Wilkes cependant devait être élargi, eu vertu de son privilège de membre du Parlement; car il ne pouvait être poursuivi que pour libelle, et l'immunité parlementaire ne devait souffrir d'exception que lorsqu il s'agissait de plus graves dèhts. Celle décision est célèbre dans lus fastes de ia jurisprudence anglaise, et Pratt, promu (dus tard à la pairie avec le titre de lord Camdeii, est du petit nombre des juges dont le nom est demeuré Cher aux amis de la liberté.

Wilkes, à peine rentré chez lui, écrivit aux secrétaires u'Eial une lettre ainsi conçue : « Milords , à mon reiour de Westminsterhall , où j'ai été relaxé de mou emprisonnement à la Tour en vertu d'un mandai de vos seigneuries, je trouve que nui maison a été pillée, et suis informé que lès objets volés sont en ta possession d'une ou deux de vos seigneuries. J'insiste, en conséquence, pour que vous les fassiez rendre sur-le-champ h votre humble serviteur, • La lettre fut aussitôt imprimée; les ministres eurent la naïveté de répondre que ses expressions étaient inconvenantes et que ses papiers avaient été saisis parce qu'il élait l'auteur d'un libelle séditieux.

Alors commença un interminable et terrible procès reste célèbre duns l'histoire du droit constitutionnel britannique. Julin Wilkes, invoquant tour à tour la force et la loi, la constitution et l'émeute, tantôt se défendant aveu une dignité hautaine, tantôt attaquant avec une violence excessive, parvint, en de certains moments, malgré sa réputation conlestue,Sa probité mise en doute, à conquérir la noble attitude du patriote persécuté, et à voir la presse contemporaine placer son nom décrié auprès des noms glorieux ne Huiupdeu et de Sidney. Lorsque la Chambre ues communes, saisie de l'affaire, eut décidé, k uue majorité de 273 voix contre 111, que le numéro incriminé était un mensonger, scandaleux et séditieux libelle tendant à la trahison, et qu'il devait èire brûle par la main du bourreau, Wilkes dit de sa place que tous les droits de la Chambre étaient outrageusement violés dans sa personne, et fit lu motion de prendre en considération immédiate la question de privilège. Mais la Chambre, qui venait de commettre déjà un étrange abus de pouvoir en prononçant une sorte de verdict île culpabilité eu matière de presse et en conduniuaiil moralement un de ses membres pour un acte eu dehors de sa juridiction, la Chambre vota l'ajournement. Dans le même temps, lord Sandwich uét'eraità ta Chambre des pairs un poème burlesque et indécent attribue à Wilkes et intitulé : Essai sur la femme. Lord Sandwich et tous les pairs manifestèrent une grande indignation k celle lecture , quoiqu'ils partageassent pour la plupart les dérèglements de Wilkes, et <jue ce poBnie leur fût probablement dejk très-familier. Un nouveau procès se préparait, lorsque, k la suite d'une séance orageuse de la Chambre des communes, un duel eut lieu entre un secrétaire de la trésorerie et le pamphlétaire, qui fut blessé d'un coup de pistolet et refusa généreusement de tirer sur sou adversaire.

Quand Wilkes eut été rapporté chez lui, le peuplu entourasa maison en poussant des cris de mort contre ses meurtriers. «Si le héros doit en mourir, écrivait alors Horace Walpole, Tévèque de Glocester peut lui assurer en enfer ia place qu'il voudra; Wilkes passera pour un saint et un martyr. »

Cependant ia question vint en discussion, devant la Chambre malgré l'absence du principal intéressé. Il s'agissait de savoir si le privilège de membre du Parlement allait jusqu'à le soustraire au droit commun en cas ue publication séditieuse, eu un mot s'il pouvait être arrêté sans l'autorisation de la Chambre. Pitt, qui souffrait horriblement de la goutte, se fit porter, tout enveloppé de flanelle, à la séance , et défendit vivement

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le privilège parlementaire. Malgré tout ce Hue le grand orateur put dire de fort et d'évident sur cette question, elle n'en fut pas moins décidée contre lui par une majorité de 25$ sur 391 votants. L'ordre du Parlement fut exécuté : le 3 décembre 1763, le IVorth Britan dut être brûlé dans Cheapside. Ce fut le signal d'une émeute. Les imprimeurs et toutes les personnes arrêtées en vertu du mandat général imprudemment lancé obtinrent de Tu. cour des plaids communs des dommages-intérêts pour emprisonnement illicite, et Wilkes intenta un procès contre les ministres. Le sous-secrétaire d'Etat Wood fut condamné par le jury à payera Wilkes Î00 livres sterling. C'est daus cette occasion que le juge Pratt prononça formellement que les mandats généraux étaient inconstitutionnels, illégaux et absolument nuls. Cette décision fut postérieurement confirmée parla cour dubanc du roi.

Un incident vint porter l'excitation des esprits à son comble. Wilkes fut l'objet d'une tentative d'assassinat de la part d'un Ecossais qu'on prétendit soudoj'é par ses persécuteurs. La Chambre des communes déclara l'Ecossais atteint de démence j mais la cour du banc du roi le retint en prison. Enfin Wilkes partit pour la France au moment où son affaire allait venir devant la Chambre des communes, qui, procédant en son absence, prononça l'expulsion de l'auteur du North Briton, et ordonna que les électeurs du bourg d'Aylesbury eussent à faire une nouvelle élection. L'irritation était universelle; des manifestations eurent lieu à Londres, à Dublin et dans d'autres villes importantes aux cris de : Wilkes et liberté 1 Le ministère ne put longtemps résister à l'orage, et Pitt revint au pouvoir.

Mais l'opposition, devenue maîtVesse de la situation, dédaigna le pamphlétaire dont elle avait si bien su se servir. Vainement, "Wilkes demanda aux nouveaux ministres la remise de sa condamnation ; il ne put rien obtenir. Alors, il publia en France, contre lord Chatham, une lettre où il rendait hommage a ses grands services, mais où il lui reprochait amèrement son égoïsme dédaigneux, ses oublis, ses variations, l'abandon de ses anciens amis, son alliance avec des hommes q"'il avait accablés de ses mépris. Lorsque lt Parlement atteignit sou terme (mais 1768), Wilkes revint de France et reparut à Londres, au milieu des inarques bruyantes de la faveur publique. Il se porta comme candidat à Londres, ou il échoua, et dans le comte de Middlesex, où il fut nommé. Une émeute de joie célébra sa victoire. Fort de ce premier succès, il alla devant la cour du banc du roi pour se faire relever du jugement par contumace qui pesait sur lui,, mais, sa requête n'ayant pas élé admise, on le conduisait en prison, lorsque la multitude, dételant ses chevaux, brisant sa voiture, l'emmena triomphant a travers la cité. Le lendemain, il se rendit lui-mèine h la geôle; ce fut alors un soulèvement général dans la ville ; le 10 mai, jour da l'uuverture du Parlement, une collision sanglante s'engagea entre le peuple et les troupes écossaises; la cour du banc du roi, chargée de réviser le jugement par contumace, n'hésita pas néanmoins à prononcer contre Wilkes la peine d'un emprisonnement de vingt-deux mois et d'une amende de 1,000 livres sterling. La Chambre des communes le déclara indigne de siéger dans son sein. Wilkes fut coup sur coU|. deux fois réélu, et deux fois la Chambre renouvela cette déclaration. Enfin, ie ministre opposa à Wilkes un concurrent dont l'élection fut validée par la Chambre, quoiqu'il eût réuni cinq fois moins de voix que cet homme si exécré de l'aristocratie et si populaire. De nombreuses pétitions furent adressées au roi pour demander la dissolution d'une Chambre qui osait violer ainsi l'équité et la constitution. Ce fut la source d'agitations sans tin, mais qui restèrent toutes dans les limites de la légalité. Le roi tint bon et repoussa toutes les adresses en faveur de Wilkes. La ville de Londres, comme protestation, élut ce dernier alderman, quoiqu'il fût encore prisonnier. 11 devint ensuite shérif, puis lord-maire, et il remplit si bien ces fonctions à la satisfaction de ses administrés, que le ministère, intimide , le laissa réélire sans opposition à la nouvelle Chambre des communes, eu 1774, par le comte de Middlesex. Wilkes se montra fortement opposé aux mesures qui provoquèrent la guerre avec les colonies américaines ; mais ses discours ne le placèrent pas, parait-il, au premier rang des adversaires du ministère. Devenu en 1779 chambellan de la ville de Londres, poste aussi lucratif qu'honorable, il ne s'occupa plus beaucoup de querelles politiques et ne lit guero parler de lui à partir de cette époque. John Wilkes est un ue ceux à qui l'on u attribué, mais à tort, la paternité des fameuses Lettres de Junius. On a de lui : Histoire d'Angleterre, depuis la révolution jusqu'à l'avenement de la maison de Brunswick (1768, iu-4<>); Lettres et discours (1769, 3 vol. in-12).

WILKES (Charles), marin américain, né à New-York en 1801. Entré en 1821 dans la marine des Etats-Unis, il fut d'abord attaché à l'escadre de la mer Méditerranée, puis à celle de l'océan Pacifique, et fut promu lieutenant en 1826. Ses connaissances étendues le tirent placer en 1838 a la tête de l'expé-

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