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k Faulquemont (Meuse) en 1851. Elève du Conservatoire dès l'âge de onze ans, elle obtint les deux premières médnilles de solfège et de piano. Elle suivit ensuite la classe de Régnier et remporta au concours de 1868 le second prix de comédie. MM. Ernest Legouvé et Jutes Claretie lui auraient accordé volontiers le premier prix, ■ Voilà, dit ce dernier, ou je me trompe fort, une comédienne véritable. » Elle débuta le 4 mai 1869, au Théâtre-Français, par le rôle de Mrao de Cressey, dans Julie de M. Octave Feuillet Engagée comme pensionnaire] elle joua dans l'ancien répertoire : l'Infante, du Cid ; Elise, de l'Avare; Clélie, de l'Etourdi; Zéphire, de Psyché; Lucrèce, du Menteur; Marotte, des Précieuses ridicules ; Marianne, de Tartufe, Angélique, du Malade imaginaire; Henriette, des Femmes savantes; Céiie, de Sganarelle. Dans le répertoire moderne, elle interpréta . Ursule, du Mari à la campagne; Isaure, du Voyage à Dieppe; Julie, de Mercadet ; Célie, de \' Aventurière; Hippolyte, de la Ciguë. Valentine de Santis, du Demi-monde; Lucienne, du Mari qui pleure, etc. Elle créa aussi le rôle d'Adrienne dans Christian», de M. Gondinet (décembre 1871), et Mme Calineron, dans l'Etrangère d'Alexandre Dumas fils (février 1876). Nous devons signaler encore la remarquable création que cette jolie et intelligente comédienne a faite dans les Deux reines de France, tragédie lyrique de M. Legouvé, représentée exceptionnellement au théâtre Ventadour (salle des Italiens) en 1872.
THOLÈRE s. f. (to-lè-re — du gr. tholeros, bourbeux). Éntom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuîdes.
THOLÊRIE s. f. (to-lé-rt — du gr. ikoleros, bourbeux). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des py~ ralides.
THOLIA s. f. (to-li-a — mot gr. dérivé de tholos, voûte). Antiq. gr. Sorte de chapeau de femme.
— Encycl. On portait la tholia pour se garantir du soleil. Les femmes grecques et romaines se servaient, ainsi qu'on peut le voir sur les vases antiques, d'ombrelles dont la forme était à peu près semblable à celle des ombrelles modernes; comme celles-ci, elles pouvaient facilement s'ouvrir et se fermer. Quand les femmes grecques n'avaient pas d'ombrelle ou qu'elles ne voulnient pas s'en servir, elles prenaient, pour se garantir du soleil, un cha"peau pointu a bords évasés; c'est ce chapeau qui reçut le nom de tholia, ce qui signifiait • en coupole » (tholos, coupole). Les hommes, pour aller au soleil, portaient de même le pétase.
THOLOS s. m. (to-loss — mot gr.). Antiq. Edilice circulaire, couvert d'une coupole. ; — Encycl. A Athènes , on donnait plus spécialement le nom de Tholos au nouveau Prytnnée, construit près du palais du sénat, etqu'ilne faut pas confondre avec l'ancien Prytanée, situé au pied de l'Acropole. Ce fut dans le Tholos que les prytanes offrirent leurs sacrifices et prirent leurs repas en commun. Il était orné de quelques petites statues d'argent. Près de l'entrée se trouvaient, dans le Céramique, les dix statues des éponymes qui avaient donné leur nom aux dix tribus attiques.
D'autres villes de la Grèce avaient des monuments publics auxquels leur forme valut, comme au précédent, la dénomination de tholos. Tel était celui que Polyelète bâtit a Epidaure, en marbre blanc, et que Pausias décora de peintures. Il fut primitivement entouré de colonnes, dont six seulement restaient debout au siècle de Pausanias, qui nous a transmis ces détails. Sur les colonnes se trouvaient inscrits les noms des personnes qui avaient été guéries de quelque maladie par Esculape, et en même temps les noms de ces maladies et l'indication des remèdes par lesquels la guérison avait été obtenue. Le tholos d'Kpidaure était donc un temple. Il y eut en Grèce un assez grand nombre de temples de forme circulaire, surmontés d'une voûte hémisphérique. Les auteurs anciens nous apprennent effectivement que les tholos furent presque tous des temples, dont les dimensions quelquefois ne dépassaient pas celles d'une chapelle.
THOLOCK (Frédéric-Auguste-Gottreu), célèbre théologien allemand, né à Breslau en 1769. Fils d'un orfèvre, il était primitivement destiné & la même profession, mais son goût pour l'étude l'emporta et il put suivre sans obstacle les cours de l'université de sa ville natale, puis de celle de Berlin, où il eut pour protecteurs l'orientaliste Von Diez et le ministre Altenstein. Mais bientôt ses relations avec quelques-unes des personnalités éminentes de la -société féminine de Berlin et l'influence de Neander le jetèrent dans une grande exaltation religieuse, dont les fruits turent deux ouvrages : la Vraie consécration du sceptique (8" édition, 1867, sous ce titre : la Doctrine du pécheur et du réconciliateur; traduit en français, en anglais, en danois, en suédois et en hollandais) et Explication de l'Epitre aux Romains (Berlin, 1824; 1856, 60 édit.). Nommé en 1824 professeur extraordinaire de théologie, M. Tholuek exécuta, l'année suivante, aux frais du ministère prussien, un voyage en Angleterre et en Hollande
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et, à son retour (1886), il succéda k. Knapps dans la chaire de théologie de l'université de Halte. Mais l'état de sa santé le força d'aller passer une année a Rome, où il fut attaché, comme aumônier, à l'ambassade de Prusse. Il revint à Halle en 1829, et depuis cette époque il n'a cessé d'y déployer une activité aussi grande que féconde, tant par ses leçons sur la dogmatique et la morale et par ses ouvrages que par ses prédications et ses rapports personnels avec les étudiants. Il est devenu, en 18-13, membre du consistoire de Magdebourg et, en 1867, conseiller supérieur consistorial. Au point de vue religieux, il appartient à la théologie dite médiatrice." Adversaire du rationalisme, qui, à l'époque de son arrivée à Halle, dominait dans cette université, il montra dans ses attaques contre cette doctrine des talents et une érudition bien supérieurs à ceux de ses adversaires. Mais il fut moins heureux dans sa polémique avec Strauss. Parmi ses écrits exégétiques, il faut citer : Commentaire pratique sur les Psaumes (Hambourg, 1843); Commentaire pratique sur l'Evangile de saint Jean (Gotha, 1857, 7e édit.) : Commentaire sur i'Epilre aux Hébreux (Hambourg, 1850, 3B édit.) ; Explication philologique et théologique du sermon sur la montagne (Gotha, 1856, 4^ édit.). 11 a exposé avec beaucoup de clarté ses idées dogmatiques dans son Indicateur littéraire pour la théologie et surtout pour la science chrétienne (Halle, 1830 et années suiv.j; dans l'Authenticité de l'histoire de l'Evangile (Hambourg, 1837), ouvrage dirigé contre Strauss et traduit en français par Valroger, sous le titre d'Essai sur la crédibilité de l'histoire évangélique (1847, in-8°); dans la brochure intitulée : les Prophètes et teurs prophéties (Gotha, 1860) , et dans les Heures de recueillement chrétien { 184 4- 1 852, 3 vol. in-12), traduit en français par Sardinoux. Comme fruit de ses études orientales, nous citerons : Sufismus sine theosopàia Persarum pantheistica (Berlin, 1821); Antholuuie du mysticisme oriental (Berlin, 1825): la théorie spéculative de la Trinité dans 1 ancien Orient (Berlin, 1S26). On trouve un grand nombre de documents pour la théologie historique dans ses Œuvres mêlées (Gotha, 1864, 2 vol., 2° édit.). Knfin, on lui doit encore plusieurs ouvrages relatifs à l'histoire de l'Eglise et de la théologie protestante, et écrits d'après des sources la plupart inexploitées jusqu'ici , savoir : l'Esprit des théologiens luthériens de Wittenberg au xvue siècle (Hambourg, 1852); Histoire primitive du rationalisme (lre partie, la Vie académique du xvn» siècle, Halle, 1853? 1854, 2 vol.; II* partie, la Vie religieuse du xvijts siècle, Halle, 1861-1382,2 vol.); Epreuves de l'Eglise luthérienne (Gotha, 1859); Histoiredu rationalisme (Berlin, 1865, l'e partie) ; le Caractère moral du paganisme (Gotha, 1867, 30 édit.).
THOLY, village de France (Vosges), cant. de Vagney, arrond. et à 16 kiloin. de "Remicourt, sur le versant d'une montagne ; 1,510 hab. Ce village doit son origine a un prieuré fondé vers 1660. Scieries, tissage mécanique de lin ; commerce assez important de bois, de fromages, de coton, de toiles, etc.
TllOM (James), sculpteur anglais, né dans le comté d'Ayr en 1799, mort en 1850. D'abord maçon, il apprit seul la sculpture et exécuta quelques statuettes dont il avait emprunté le sujet aux poûmes de Burns. Le succès obtenu par ces premiers essais l'encouragea à faire des statues de grandeur naturelle, et il exécuta en grès celles de Tarn O'Shanter et de Souther Jérémie, qui obtinrent une popularité extraordinaire. Après avoir été exhibées dans toute l'Ecosse, elles furent transportées à Londres, où elles n'excitèrent pas moins l'attention, et le, sculpteur qui n'avait pas eu de maître devint le lion du moment. Il dut faire un grand nombre de reproductions de ces statues, où il y a sans doute de l'esprit et de l'humour, mais qui pèchent beaucoup sous le rapport de la conception et de l'exécution. 11 exécuta ensuite une statue de Otd mortalily (la vieille mortalité) et plusieurs autres œuvres; inais.il retomba dans son obscurité première vers 1836 et alla s'établir en Amérique, où ses travaux, comme sculpteur 'et comme architecte, lui procurèrent une assez grande aisance.
THOM (William), poâte tisserand anglais, né à Aberdeen -en 1799, mort en 1850. Envoyé en apprentissage chez un tisserand, il parvint, pendant ses courts loisirs, à apprendre la lecture, l'écriture, la musique, se maria en 1829 et mena une existence des plus précaires. Vers 1838, Thom fut cruellement frappé dans ses affections de famille, et la douleur le fit poète. Une pièce de vers, l'Enfant aveugle, qu'il envoyaà \' Aberdeen Herald, fut très-reinurquée et lui attira des protecteurs. L'un d'eux le conduisit à Londres, où il fut recherché et fêté; mais ce moment de vogue fut de courte durée. De retour à Inverrary, il publia, sous le titre de Mimes et souvenirs d'un ouvrier tisserand (lUi.), un recueil de vers qui manquait de puissance et d'originaliléetquieutpeu de succès. Une tarda pas k retomber dans le dénûmént et vécut ainsi jusqu'à sa mort. t .
THOMAN (Maurice), missionnaire allemand, né à Leutkuch (Souabe) en 1722, mort vers 1790. Elevé chez les jésuites, il entra
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dans leur congrégation et fut envoyé, comme missionnaire, en Afrique d'abord, puis en Asie. Il se trouvait dans l'Inde' portugaise lorsque ses confrères en furent expiilsés (1758). Transporté en Portugal, avec cent soixante autres membres de la congrégation, il fut renfermé dans les cachots de la citadelle Saint-Julien, où il subit une rigoureuse détention, a laquelle mirent fin la mort de Joseph II et la chute de Pombal (1777). Réclamé alors par l'ambassadeur d'Autriche, il recouvra sa liberté, en même temps que onze autres jésuites allemands, et se retira à Botzen (Tyrol), où il résida jusqu'à sa mort. Ce fut là qu'il écrivit son autobiographie, qui parut sous ce titre : Vie et voyages de Maurice Thoman, ex-jésuite et missionnaire en Asie et en Afrique, écrits par lui-même (Augsbourg, 1788, in-8»). Indépendamment du récit émouvant des souffrances de l'auteur, cet ouvrage renferme des détails précieux pour la géographie, encore si peu connue de nos jours, des contrées que Thoman avait visitées.
THOMAN DE HAOELSTEIN (David), érudit allemand, né dans la seconde moitié du xviio siècle. Il fit partie du sénat d'Augsbourg et fut député par cette villa h la diète de Ratisbonne. Il a publié en allemand, vers 1700, sous le titre : Actes publics, constitutions et propositions relatifs au système monétaire en Allemagne (Augsbourg, in -fol., sans date), un traité devenu classique pour l'histoire des monnaies en Allemagne.
THOMANDER (Jean - Henri) , théologien suédois, né dans la province de Schoneu en 1798. H s'adonna tout jeune à l'enseignement, entra dans les ordres en 1821, fut chargé cinq ans plus tard d'un cours de théologie au collège de Lund, devint professeur en titre en 1833, docteur en théologie en 1836 et pasteur de la cathédrale de Gothembourg en 1850. Il avait fuit partie, en 1838, d'une commission chargée de reviser le droit canon de l'Eglise danoise. Thomander a acquis dnns son pays une grande réputation par son éloquence et par ses idées libérales. Il a rédigé de 1828 a. 1832 le Journal de théologie. On lui doit des recueils de sermons, divers traités de théologie et d'instruction religieuse, des traductions de diverses pièces de Shakspeare, du Manfred de lord Byron, etc.
THOMANN (Joseph-Nicolas), médecin allemand, nô à Grunsfeld en 1764, mort à Wurzbourg en 1805, Il fut reçu docteur en médecine à Wurzbourg et pratiqua l'art de guérir dans plusieurs villes. Devenu médecin en chef de l'hôpital Julius de Wurzbourg, professeur de clinique médicale et de thérapeutique spéciale, il mourut d'une attaque d'apoplexie à peine âgé de quarante et un ans. Observateur habile et praticien judicieux, il promettait à la science des travaux importants; il n'a laissé que des recueils utiles d'observations rédigées sous ses yeux, a sa clinique de l'hôpital Julius, et des mémoires insérés-dans div.ers journaux : Disscrtatio sistens peripneumonise theoriam (Wurzbourg, 1788, in-8°);#« fluxu menstruo ejusque vitiis (1796, in-go); De mania et ameatia (1798,'in-8<>), etc.
THOMAR, ville de Portugal, province d'Estramadure, à 150 kiloni. de Lisbonne, sur la rive droite du Nabao, dans une contrée riante couverte d'oliviers; 4,000 hab. Filatures de coton, savonneries, fabriques de soieries et de chapeaux, tanneries; commerce actif. On y remarque un des plus beaux couvents du Portugal, bâti en 1180 par D. flaldin Paez, grand maître de l'ordre des Templiers. « Cette vaste habitation, dit un écrivain portugais, se composait de trois pfirties bien distinctes : le couvent proprement dit avec son église, ses cloîtres, ses dortoirs et toutes les divisions qui appartiennent à une maison régulière ; le château avec son enceinte et ses boulevards, et, en troisième lieu, ht quinta ou le parc muré du couvent. » L'architecture • présente, dit M. Germond Delavigne, un cachet particulier, des ornements nautiques, des sphères, des cordages, des amarres, qui symbolisent la mission d exploration que s'étaient donnée les chevaliers du Christ. La chapelle, qui est fort remarquable, renferme un retable doré, peint et sculpté, d'une exécution parfaite. Sa reconstruction partielle» date du xvs siècle. Le château appartient au célèbre ministre Costa Cabrai, qui porte le titre de comte de Thomar. On remarque encore le fameux aqueduc commencé par Philippe II, en 1595, et fini pur Philippe III, en 1613. La ville, dont l'aspect est fort agréable, a pris un certain essor sous ie rapport de l'industrie. Il s'y trouve d'importantes filatures de coton, des fabriques de soieries et de chapeaux et des tanneries. D'après une opinion accréditée, il faudrait considérer Thomar comme occupant l'emplacement d'une ville fondée par les Romains, et qui portait le nom de Coueordia. »
THOMAS S. m. (to-ma. — L'origine de ce mot très-familier est inconnue. Quelques-uns l'ont fait venir des mots latins Vide, Thomas, ■Vois, Thomas, «qu'on chante dans une hymne de Pâques, et ont admis un jeu de mots irrespectueux sur les mots vide, vides. Bien que cette interprétation ne paraisse pas avoir été donnée sérieusement, elle n'est pas cependant inadmissible). Pop. Pot de chambre.
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THOMAS (SAINT-), village de France (Pyrénées-Orientales), arrond. de Prades. Il a donné son nom à trois sources sulfureuses jaillissant a 500 mètres en amont sur la rive gauche d'un torrent. Un petit établissement de bains y a été construit.
THOMAS (SAINT-), île du golfe de Guinée, à 73 milles au S.-O. de l'Ile du Prince et a 105 milles au N.-E. de colle d'Annobon; entre 0°2'-o°30' de latit. N. et 40 22'-4°3l' de longit. E. Elle a 28 milles dans sa plus grande longueur, mesurée depuis la pointe l'igo, la pointe du Morro-Carregado ou celle du McrrQ- Peixe, rangées toutes trois sur une mTSSffis ligne au N., jusqu'à la pointe de Baléu"$vj'S., et 19 milles dans sa plus grande largeur. La superficie est de 270 milles carrés, ou â peu près 92,900 hactares; le développement total des côtes est de 75 a 80 milles. Autour s5nt disséminés plusieurs Ilots. « L'Ile, dit V Univers pittoresque, est généralement montagneuse. Vers la côte occidentale surgit un pic très-élevé, couvert d'arbres touffus si nombreux et si denses, qu'on ne peut le gravir, par un chemin escarpé et tortueux, qu'au prix de peines infinies. La cime en est couverte d'une neige épaisse qui réiiStff & toutes les ardeurs du soleil équinoxiaf, et d« tontes les parties de la montagne descendent vers la mer des ruisseaux considérables. Ce pic n'est pas le seul qui domine la masse générale de l'Ile : à moins d'une lieue dans l'E. tse dresse la cime pyramidale du pic d'A.nnade-Chaves, haut de plus de 2,000 mètres. De ce massif central se détachent deux chaînonsélevés,* l'un courant à l'E. vers la baie de Mecia-Alves, où il se termine à pic; l'autre projetant au S.-E. le pic de Mana-Fernandez etle pic Mocondom, puis tournant au S.-O., jalonné par Ie3 cimes de Cào-Grande, Câo- Pequeno, Ponta-Preta et le pie aigu de la Praia-Lança. qui sans doute lui doit son nom. La partie septentrionale de l'Ile présente une vaste et fertile plaine, arrosée par une multitude de ruisseaux et coupée en deux par un troisième chaînon, qui court au N., en simples collines onduleuses. Une autre plaine plus petite se développe au S.-O., à la base d'un amphithéâtre de montagnes, autour de cette flexion du rivage appelée baie de Praia-Lança. De grandes et fécondes vallées pénétrent d'ailleurs au sein des terres élevées, et des eaux abondantes surgissent de toutes parts, pour rendre nu sol l'humidité quo lui enlève 1 action incessante des rayons solaires.
Les côtes présentent un assez grand nombre de petites baies et d'anses d'un facile accès pour les chaloupes, les balandres et autres embarcations de petit tonnage ; c'est par lit que se font la plupart des communications et des transports. Mais les grands navires n'y trouvent que deux ports, l'un a la baie d'Anna-de-Chuves. an fond de laquelle est bâtie la ville de Sao-Thomé; l'autre à la baie de Sùo-Joâo, tous deux sur la côte orientale, et quatre mouillages, savoir: celui de l'Ilheo das, Cabras, au N.-E., le plus fréquenté de tons; ceux de la Praia das Conchas et de l'Agoa-Ambô, au N., et celui de la baie Sainte - Catherine a l'O. Les localités les plus importantes de l'île Saint- Thomas sont : la ville de Saint-Thomas et les bourgs de Nossa-Senhora-da-Guadalupe, de Santo-Amaro et de la Trinidad.
L'île de Saint-Thomas possède l'un des sols les plus fertiles de l'uuivers, sol qui n'a jamais besoin d'engrais, sans cesse arrosé d'eaux abondantes, abrité par des arbres touffus et dans la position la plus favorable pour l'acclimatation des plantes précieuses des régions équatoriales. Malheureusement, les bras et les capitaux lui t'ont défaut,
THOMAS (SAINT-), CHAVES on PANOA-
SAN, ville ch.-l. de 1 île Saint-Thomas, dans" le golfe de Guinée, par o°22'30" de latit. N. et 40 28' 32" de longit. E., au fond de la baie Anna-de-Chaves; 5,000 hab. L'aspect en est gai et agréable. Les rues, larges, propres et Bien percées, sont bordées d'environ 900 maisons, presque toutes en bois. Au-dessus de leur masse confuse s'élancent les clochers des églises, en pierre pour la plupart et dont la plus remarquable est la cathédrale. Les principaux édifices de la ville sont, après les églises, le palais du gouverneur, vaste construction empreinte d'une certaine majesté, l'hôtel de ville et la douane. Il s'y tient chaque jour un marché bien approvisionné. Au S. de la ville s'étend un vaste marais que les pluies transforment en lac et d'où s'exhalent tes miasmes les plus infects; aussi le climat de Saint-Thomas est-il tristement renommé pour son insalubrité,
THOMAS (SAINT-), portdu Guatemala(Amêrique centrale), au fond de la baie de Honduras, entre le Potochic au N. et la Montagua au S. Ce port est d'une rare beauté. Entouré de tous côtés par de hautes montagnes, il offre la plus grande sécurité aux vaisseaux, .qui y sont à l'abri de tous les vents; les plus grands navires qui aient été construits jusqu'à ce jour peuvent mouiller près du rivage, où il y a 6 brasses de profondeur. Ils peuvent y entrer et en sortir en tout temps. On doit mentionner, sur cette partie du littoral et dans le territoire de la Vera-Paz, l'essai de colonisation que tenta la Belgique en 1843, essai poursuivi jusqu'ici avec- plus de persévérance que de succès décisif, malgré l'appui que lui a prêté le gouvernement belge.
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THOMAS (SAINT-), Ile des Antilles, la principale du groupe des Iles Vierges ; superficie, 60 kilom. carr; 16,000 hab.Ch.-l., Saint-Thomas. Le sol, qui est généralement montueux, atteint par endroits une altitude de 500 mètres et ne se compose guère que de rochers; puis les pluies torrentielles qui y régnent une partie de l'année entraînent la terre des montagnes, en sorte qu'il ne reste que fort peu de sol arable. Le climat y est très-chaud et le thermomètre centigrade s'y maintient presque toujours, en été, à 310 au-dessus de zéro. Mais cette lie est dé vastée par la fièvre jaune, qui y sévit presque continuellement, • et par des tremblements de terre, qui, se faisant sentir du S. au N., y ont souvent causé d'affreux désastres, notamment en 1867. Plus terribles encore sont les ouragans, qui, de 1713 à 1867, en ont bouleversé huit fois la surface. Parmi les habitants, on compte 3,000 Européens appartenant à toutes les nationalités ; le reste se compose de nègres et de mulâtres émancipés depuis 1847. La consommation propre de l'île est insignifiante. Le commerce d'importation s'y fait principalement avec la Grande-Bretagne, les villes hanséatiques, la France, l'Italie, la Belgique, le Danemark et les Etats-Unis; la valuur totale des importations s'élève à 37 millions de francs, dont plus de la moitié appartiennent au commerce anglais. L'exportation est h peu près nulle.
— Histoire. L'Ile Saint-Thomas et les lies voisines furent découvertes par Christophe Colomb pendant son second voyage en 1494, et, plus tard, les Hollandais, les Anglais, les Français et les Danois en prirent successivement possession. En 1625, les Anglais et les Hollandais s'y établirent, notamment à Saince-Croix,.la plus petite de toutes ces îles, dont les Français s'emparèrent à leur tour en 1650, mais sans réussir à en tirer aucun parti. Les circonstances devinrent plus favorables lorsqu'en 1671 la compagnie danoise des Indes occidentales commença à faire travailler les plantations par des noirs, et surtout en 1685, époque où un traité avec le gouvernement danois permit à d'actifs négociants brandebourgeois de s'établir à Saint- Thomas. En 1755, ces lies passèrent de la dépendance de la Compagnie sous celle de la couronne de Danemark, qui proclama, en 1764, la liberté du port de Saint-ThomusTTombèes, en 1801 et 1807, au pouvoir des Anglais, et rendues en 1802, puis en 1815, au gouvernement danois, ces Iles ont été cédées, en 1868, jar ce dernier aux Etats-Unis, moyennant
a somme de 12 millions de thalers danois (138 millions de francs).
THOMAS (SAINT-), chef-iieu de l'Ile du même nom , dans l'archipel des Antilles ; 13,000 hab. Il est situé à l'extrémité S. de l'île, dans le fond d'un beau port entouré de montagnes de tous côtés et pouvant contenir 300 vaisseaux. Les maisons, remarquables surtout par leur propreté, sont construites en terrasses sur les trois montagnes de la ville et sur le bord de la mar; elles forment une grande rue principale, le long de laquelle sont disposés les bureaux d'affaires et les magasins de marchandises. Les seuls éditices publics sont les trois temples protestants, l'église catholique et la synagogue. La langue de la conversation est l'anglais, mais c'est l'espagnol que l'on emploie dans les correspondances et les affaires commerciales. Depuis plus d'un siècle et demi, il a suffi de la liberté du commerce pour faire de ce rocher aride l'un des centres les plus importants de l'archipel. Dès 1701, un voyageur français, le Père Labat, parlait avec enthousiasme « de ce lieu riche et toujours plein de toutes sortes de marchandises, de ce port ouvert & toutes les nations et servant dentrepôt au commerce que les Français, les Anglais, les Espagnols et les Hollandais n'osaient faire ouvertement dans leurs îles. » Labat y achetait pour 5 écus ce qui en valait 25 à la Martinique, et pour 15 ce qui en eût coûté 100 en France. Le gouvernement danois eut le bon esprit de consacrer of ficVellement cette liberté en 1764, et, depuis lors, les sottes entraves apportées au commerce des Iles voisines n'ont cessé de donner à la prospérité de Saint-Thomas uu essor dont il est impossible de ne pas être frappé dès le premier coup d'œil jeté sur la ville. Tout y est mouvement et animation, tout y respire la confiance et. la richesse."*Les débarcadères sont incessamment couverts d'une foule active et bariolée, occupée a charger ou à décharger les navires de toute nation qui peuplent le port, car chacun vient y chercher fortune, Danois et Américains, Fiançais et Anglais, Allemands et Espagnols. De plus, c'est là qu'aboutissent les diverses lignes des paquebots transatlantiques; c'est le centre du réseau, l'étape obligatoire de tous les voyageurs. Deux fois par mois, la rade se couvre en un jour ou deux des nombreux courriers secondaires qui se rattachent a l'artère principale.
TIIOMAS-LA-GARDE (SAINT), village de France (Loire), cant. de Saint-Jean-Soleymienx, arrond. de Mon tbrison ; 323 hab. Ce village fut nommé primitivement Saint-Thomasles-Nonnains, à cause d'un couvant de bénédictines, dont la chapelle sert aujourd'hui d'église paroissiale. Au N. de Saint-Thomas s'élevait le château de la Garde, qui appartint au maréchal de Villars. Les coteaux voisins produisent d'excellent vin.
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THOMAS (saint) ou DIDTMB, c'est-à-dire jumeau, un des douze apôtres de Jésus- Christ, né en Galilée d'une famille de pêcheurs. Il suivit le Christ pendant les. trois années que dura sa prédication et lui montra le plus grand attachement. Cependant, quand les disciples lui annoncèrent sa résurrection, il refusa d'y ajouter foi, disant qu'il ne le croirait point s'il ne voyait dans ses mains la marque des clous et s'il ne mettait le doigt dans ses plaies et la main dans son côté. Huit jours après, Jésus apparut de nouveau dans l'assemblée de ses disciples :
■ Portez ici votre doigt, dit-il à saint Thomas; voyez mes mains et mon côté, et ne soyez pas incrédule, mais fidèle. » Suivant la tradition, l'apôtre serait allé prêcher l'Evangile aux Parthes et jusque dans l'Inde, et aurait subi le martyre. Les divers ouvrages qui lui ont été attribués sont apocryphes.
L'incrédulité de saint Thomas est devenue célèbre ; il est resté le type de ceux qui ne croient une chose qu'à bon escient, qu'après avoir vu, examiné, touché du doigt la vérité de ce qu'on leur affirme. Ces allusions sont le plus souvent plaisantes.
« Un débiteur promettait à son créancier d'acquitter sa dette dans un avenir prochain. Celui-ci, auquel la même assurance avait déjà été donnée vainement plusieurs fois, marquait un peu d'incrédulité. Le débiteur s'en offensa et murmura entre ses lèvres le nom de saint Thomas : « Certainement, reprit le créancier; je professe envers le débiteur l'incrédulité de l'apôtre : je ne crois qu'après avoir touché. •
«A parler franchement, interrompit le docteur, je vous avouerai que mon désir le plus ardent a toujours été de pouvoir disséquer une âme, — Et comme on n'en a point étendu sur vos tables d'amphithéâtre, vous refusez d'y croire? Plus difficile que Thomas, qui voulait toucher la vérité du doigt, il vous faut la toucher du scalpel. »
Clément Cabagbel.
« M. Tardif n'entend pas raillerie sur sort assassinat. Il vient de publier un mémoire dans lequel il se défend hautement d'avoir été son propre meurtrier. M. Tardif prouve, clair comme le jour, qu'il n'a nullement trempé la main dans son sang de substitut. Et puis, à ceux que n'aurait point encore satisfaits cette justification, M. Tardif offre des preuves irrécusables et positives. Comme Jésus-Christ disait à Thomas, M. Tardif dit aux incrédules : « Approchez, je me montre ; «venez voir mes vingt-quatre blessures à la
• poitrine. »
(Bévue des Deux-Mondes.)
« Je suis loin d'accuser le ministère actuel ;-je suis même disposé à croire que d'une mauvaise affaire il a cherché à en faire une bonne et à s'en tirer le moins mal possible. L'ancien ministère seul est coupable d'avoir si mal placé l'argent de la France, et il me tarde d'être convaincu que l'administration actuelle a agi pour le mieux. Mais je dirai toujours comme notre cher collègue M. Thomas:'Je ne refuse pas de croire, mais f e
• veux voir; sans cela, je reste incrédule.»
Dupin aîné.
Thomm (saint) .Iconogr. On lit dans la vingtdeuxième livraison des Analecta juris pontificii, revue dogmatique publiée à Rome : «Les peintres ont l'habitude de reléguer saint Thomas au dernier rang des apôtres. Néanmoins, saint Marc lui donne la huitième place, saint Luc la septième, les Actes des apôtres la sixième; le canon de la messe 1 énumère aussi à la sixième place. Si les peintres semblent avoir une petite opinion de cet apôtre, on peut soupçonner que c'est à cause de son incrédulité à la résurrection du Sauveur. Ils se trompent aussi sur le genre de martyre qui couronna sa vie; le martyrologe romain uous apprend formellement que saint Thomas fut percé de coups de lance par les ordres d'un roi de l'Inde. Un fait entièrement apocryphe et dont les peintres doivent se défier, c'est celui de la ceinture que la sainte Vierge, en montant au ciel, aurait laissée à l'apôtre saint Thomas, à cause de son incrédulité. » Ce dernier trait, qui n'est pas l'un des moins curieux de la légende de saint Thomas, a été représenté par Domenico Ghirlandajo dans une fresque qui décore la sacristie de l'église de Saint-Nicolas, à Florence; l'Académie des beaux -arts de la même ville possède un tableau de fra Paûlino da Pistoja et un bas-relief en terre cuite vernissée de Luca délia Robbia, représentant le même sujet. Au musée de Bruxelles est un volet de triptyque, de l'ancienne i école flamande, provenant de l'église du Sa-
■ blon et sur lequel sont représentés divers épisodes de la légende de saint Thomas : son incrédulité; sa présence aux noces de la fille de Gondofore, roi de l'Inde, où il est reconnu comme Israélite par une joueuse de flûte juive ; l'insulte qui lui est faite par un échanson et la mort de celui-ci, qui est déchiré par un lion, et dont un bras est rapporté à l'apôtre par un chien ; le baptême d'Abgare. roi
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d'Edesse ; la conversion de Sintice , dans l'Inde, etc. Dans l'oratoire de Saint-Thomas, à Gênes, on voit un tableau de Gio.-B. Carlone, représentant cet apôtre prêchant les Indiens, et un tableau de Gio. -Andréa Ansaldo, qui a pour sujet Saint Thomas baptisant trois rois dans un temple. Dans l'église de Saint-Marc, à Venise, une mosaïque exé- i cutée par L. Gaetano, d'après Tizianello, représente Saint Thomas en présence d'un roi. j L'Incrédulité de saint Thomas est l'épisode , de la vie de cet apôtre que les artistes ont le ! plus fréquemment retracé. Parmi les plus j anciennes compositions que nous connaissons sur «ce sujet, nous citerons un tableau de Buffalmacco, qui a été gravé par J.-C. Barth, et une peinture sur soie, par Cosme, au musée de Cluny (n» 720). Nous décrivons ciaprès les tableaux peints par Rubens, Van Dyck, le Guerchin, le Calabrèse. Le musée du Louvre possède deux peintures de \'Incréditlité de saint Thomas, l'une par Girolamo Muziano et l'autre par le Salviati; elles représentent l'apôtre agenouillé et touchant le côté du Christ, debout au milieu des autres disciples. Elles ont été gravées l'une et l'autre dans le recueil de Landon (V, pi. 39, et VII, pi. 41). Un tableau de Simone Cantarini, qui appartient à la pinacothèque de Munich, nous montre Jésus accompagné de deux disciples seulement et écartant, des deux mains, sou mauteau, pour découvrir la plaie de son côté, où Thomas, l'incrédule, enfonce ses doigts. La même scène a été retracée d'une façon très-énergique et très-réaliste par le Caravage (tableau ayant fait partie de la célèbre galerie Giustiniani, et estampe), Gérard Honthorst (musée de Madrid), Bernardo Strozzi (au palais Brignole-Sale, k Gênes), Fr. Herrera le vieux (tableau de 1 ancienne collection Standlsh), Finsonius (à la Cathédrale d'Aix), etc. Une Incrédulité de saint Thomas, par Rembrandt, a été payée 100 florins à la vente de Philippe Van Dyck en 1753; elle est connue par la gravure de R. Lawrie. Une belle composition sur ce sujet a été gravée par Gérard Audran, d'après le Poussin. Signalons encore : une fresque de Lorenzo di Bicci (dans une chapelle de la cathédrale de Florence) ; une mosaïque exécutée d'après un tableau de V. Camuccini {à Saint- Pierre de Rome); un tableau d'Annibal Carrache, qui était au xvine siècle dans le cabinet de M. Canlet d'Hautevilte, à Paris; diverses peintures, par Giannicola (église San-Tommaso, à Pérouse), Luca Giordano (gravé par Luetzenkirchen) , H. de Hess (fresque dans l'église de Tous-les-Saints, à Munich) , E. Le Sueur (gravé par F. Briot), Carie Maratte (gravé par J. -P. von Langer), le Padovanino (église des ErOmitani, à Fadoue), Salvator Rosa (église délia Morte, a Viterbe), le Titien (gravé par P. Meyer) , Santi di Tito (cathédrale de Borgo-San-Se; polcro) , Ph. Veit (gravé par Schœffer) , Alexandre Véronèse (tableau payé 3,470 livres à la vente du priuce de Conti en 1777), A. van der Werff (gravé dans la Tresham Gallery), etc. Parmi les peintres français de notre époque qui ont représenté l'Incrédulité de saint Thomas, il nous suffira de citer Alphonse Masson (Salon de 1839), Adolphe Sturler (Salon de 1844), Hugues Fouran (Salon du 1842), Louis Lamothe (Exposition universelle de 1855), Eugène Delacroix (esquisse).
Le Martyre de saint Thomas a été gravé par Jacob Neefs, d'après Rubens.
Les figures isolées de saint Thomas le représentent tantôt avec le livre de l'Evangile a la main, tantôt avec une lance, instrument de son supplice. Des statues de cet apôtre ont été sculptées par Le Gros (église de Saint -Jean-de-Latran, à Rome, gravé par Aquila), Vincenzo Rossi (cathédrale de Florence), Ippolito Scalza (cathédrale d'Orvieto), Jérôme Duquesnoy (église Sainte-Gudule, à Bruxelles), J.-B.-J. de Bay (église Saint-Eustache,à Faris),Doublemard (église de la Trinité, a Paris), Barthélémy Frison (église de la Trinité, à Paris), etc. Des figures de saint Thomas ont été peintes par Wohlgemuth (musée du Belvédère, à Vienne), Ribera (musée de Madrid), le Guide (à Pesaro), le Dominiquin (musée de Berlin), F. Boucher (gravé par L. Jacob, 1726), etc.
Thomas (l'incrédulits de saint), tableau de Rubens;musée d'Anvers. Rubens, dans ce tableau, a suivi exactement le texte de l'Evangile; le Christ, debout et à moitié nu, montre ses plaies à saint Thomas qui paraît les considérer avec curiosité ; mais le peintre, à part les beautés incontestables de 1 exécution, n'a pas mis dans sa composition le sentiment qu'on aurait dû attendre de lui, et l'incrédulité de saint Thomas, examinant les cicatrices de Jésus, n'a rien d'intéressant, tandis que sa conversion subite à l'apparition de son maître aurait offert une scène plus intéressante ; c'est, au reste, ce dernier moment que le Poussin a choisi pour faire un tableau, tandis que le Titien, le Guerchin, le Mutian, Michel- Ange de Caravage et Le Sueur ont comme Rutiens représenté le fait matériel. • Ce n'est pas sans quelque étonnnement, dit Duchesne, qu'on retrouve la même figure du Christ dans d'autres tableaux de Rubens; néanmoins celui-ci est peint avec beaucoup de soin, et les teintes sont fondues avec une recherche dont on trouve rarement des exemples dans les ouvrages de Rubens. 11 a orné
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le tombeau du bourgmestre Rockox, et, après avoir été au musée do Paris, il a été réporté à Anvers.
Thomas (INCRÉDULITÉ de saint), tableau de Van Dyck; galerie de l'Ermitage, à Saint- Pétersfiourg. Jésus, debout, presque nu, tend à saint Thomas ses mains percées par les clous de la croix; le saint regarde avec effroi et surprise la preuve sanglante qui doit confondre son incrédulité; au fond, deux disciples contemplent Jésus avec stupéfaction.
Van Dyck, dans ce tableau, a bien montré l'expression d'incrédulité de saint Thomas se rendant, quoique avec peine, à l'évidence, et son divin maître lui reprochant avec douceur d'avoir refusé de croire ce que lui avaient affirmé les autres disciples. L'attitude du Christ est d'un abandon plein de grâce, mais on désirerait plus de correction dans le dessin, afin qu'il répondit davantage à l'extrême beauté du coloris. Ce tableau, qui fait aujourd'hui l'ornement de la galerie de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, a été gravé par Réveil dans le Musée de peinture.
Thomas (l'incrédulité de saint), tableau du Guerchin; au musée du Vatican. L'apôtre incrédule approche le doigt vers te côté de Jésus ressuscité et examine , avec l'expression de la plus vive curiosité et de la. surprise la plus complète, les stigmates de la passion. Les figures sont peintes à mi-corps^ la tête du Christ est fort belle, et toute sa personne est bien éclairée; les autres parties du tableau ont beaucoup noirci. Cette composition, qui fut transportée à Paris sous le premier Empire, a été gravée par Giuseppe Craffonara et par Gio.-B. Pasqualmi (1G19). Les biographes du Guerchin assurent qu'il a traité plus de cent fois ce sujet de l'Incrédulité de saint Thomas.
Thomas (l'inckédulité db SArNï) , tableau du Ualabrèse; au musée de Dresde. Le Christ, n'ayant d'autre vêtement qu'une draperie autour des hanches, tient de la main gauche la croix; de l'autre main, il prend celle de Thomas et l'approche de la blessure de son côté. L'apôtre, enveloppé d'un vaste manteau qui laisse à découvert une partie de ses épaules, sepencheavec une curiosité mêlée de crainte et tend le doigt vers la plaie; sa tête chauve est vue de profil. Quatre autres disciples assistent à cette scène ; l'un d'eux est assis k droite, le dos tourné au spectateur , et cause avec saint Jean. A gauche, un apôtre, au crâne dénudé, écarte les mains, en signe d'étonnement et d'admiration. Les figures, do grandeur naturelle, sont vues jusqu'uux genoux.
Ce tableau a été gravé par Giuseppe Canale et Beuuvarlet, dans la Galerie de Dresde (I, n<> 34), et par J. Robert, sur bois, dans Vllistoire des peintres, de toutes les écoles. Une autre peinture du Calabrèse sur le même sujet se voit au musée du Belvédère, k Vienne.
THOMAS DB CANTORBÉRY (saint), célèbre prélat anglais. V. Beckkt.
Thomas-du-LoUTre (ÉGLISE Sniui-). Dans les premières années du règne de Philippe- Auguste, Robert de Dreux, frère de Louis VII, éleva en l'honneur de saint Thomas de Cantorbéry, martyr, une église qu'il érigea en collégiale ; il établit autour de l'église un hôpital et un collège pour de pauvres étudiants. Telle fut l'origine de l'église à laquelle on donna le nom de Saint-Thomasdu-Louvre, parce qu'elle était située près du château royal.
En 1733, cette église menaçant ruine, le roi avait accordé aux chanoines 150,000 livres pour les aider à la reconstruire ; les travaux s'avançaient, lorsque le 15 octobre 1739 le clocher s'écroula, écrasa la voûte, un des côtés du chœur et la salle capitulaire; des onzo chanoines, six furent ensevelis sous les décombres. A cette époque , le chapitre do Saint-Thomas fut joint à celui de l'égliso \ oisine de Saint-Nicolas ; en 1749, le chapitre de Saint-Maur-des-Fossés fut adjoint aux deux premiers.
L'église Saint-Thomas reconstruite changea de patron et fut dédiée à saint Louis, roi de France. On voyait dans cette église le mausolée du cardinal Fleury, sculpté par Lemoine. Saint-Louis-du-Louvre servit pendant la Révolution au culte protestant; depuis il a complètement disparu, ainsi que la rue qui avait conservé le nom de l'ancienne église, dans les travaux de réunion du Louvre aux Tuileries.
THOMAS ou TOMASO, chroniqueur dalmate, né à Spalatro vers 1200, mort en 12SS. Il fut chanoine, puis archidiacre de l'église métropolitaine de sa ville natale et se fit remarquer par ses vertus. Thomas a laissé, sous le titre A'Sistoriasalonitana, une intéressante chronique en cinquante et un chapitres sur les événements anciens et modernes de sa ville natale. Elle a été publiée avec notes à la suite de l'ouvrage de Jean Lucius sur la Dalmatie.
THOMAS (Hubert), diplomate et historien, né à Liège. Il vivait au xvie siècle. Après avoir été secrétaire de l'assesseur du tribunal de Worms, il devint secrétaire de l'électeur palatin Louis V le Pacifique, puis entra au service du palatin Frédéric II, qui l'emmena dans ses voyages et lui confia des missions importantes auprès de Charles-Quint,
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de François 1er, de Henri VIII, etc. On lui doit : De Tuugris et Eburonibus aliisque inférions Germanis populis (Strasbourg, 1541, in-80), ouvrage savant et curieux; Bellum Sickingense, écrit relatif à la guerre de François de. Sickingen contra 1 archevêque de Trêves (1522) et publié dans les Scriptores rerum Germanicarum de Marquard Freher; Annales de vita et rébus gestis illustrissimi principis Frederieill comitis Palatini (Francfort, 1624, in-4°); Stemma Leostenianum, seu genealogia illusirium et generosorum dominorvm ac heroum comitum in Loweinstein (Francfort, 1624, in-40).
THOMAS (Artus), sieur d'Embry, littéraieur, né k Paris vers le milieu du xvie siècle, mort après 1614. On ne possède aucun détail sur sa vie. C'était un écrivain médiocre et sans goût, qui publia une édition de la traduction des Tableaux de Philostrate; par Vigenère, en l'accompagnant d'épigrammes, et une édition de la Vie d'Apollonius de Tyane (1611), avec des commentaires. D'après L'Estoile, il est l'auteur de la Description de Vile des Hermaphrodites, vigoureuse satire contre les mœurs immondes de la cour. On lui attribue aussi le Discours de Jacophile à Limone, allégorie sans goût, publiée k la suite de Vite des Hermaphrodites.
THOMAS (le Grand) OU lo Docteur Thonia», célèbre charlatan du xviie siècle. Il avait d'abord été chirurgien dans le régiment des
fardes-françaises, puis garçon chirurgien de Hôtel-Dieu. En 17 19, peut-être même dès 171 1, il s'établit vis-à-vis de la statue de Henri IV, qu'on nommait alors le Cheval de bronze, arrachant les dents et vendant un élixir qu'il qualifiait ù'esprit solaire. Vêtu l'hiver comme Fêté, il se tenait sur un char construit dans un,e forme extraordinaire, recouvert d'une espèce de toiture, entouré de barrières et porté sur quatre petites roues. Une chanson, qui était à la mode au siècle dernier vers 1755, célèbre les mérites du Docteur Thomas : 11 y débitait pour cinq sous La médecine universelle
Et par une secrète cause
Qu'il connaissait dans tous les maux,
H ordonnait la même dose
Pour leB hommes et les chevaux.
Sa main surpassait son conseil; J'en atteste l'expérience Et le titre de Sans-Pareil Que lui mérita sa science.
Dentiste, honorez son talent, Rendez hommage à sa mémoire :
Il arrachait une mâchoire Plus vite que vous une dent.
Aussi avait-il auprès de lui, à ce qu'on rapporte, un homme avec un drapeau portant cette inscription encourageante : Lentem si non maxillam. La dent une fois arrachée, le Grand Thomas envoyait le patient se rincer la bouche avec de l'eau-de-vie à la boutique d'une femme, qu'il avait surnommée Mme Rogomme. Le 4 septembre 1729, au moment où la nouvelle se répandit que la reine était accouchée d'un fils à cinq heures du matin, lo Grand Thomas fit conduire son char sur le pont Neuf, monta dessus et ordonna à son valet de battre la caisse. Lorsque le peuple fut rassemblé, il annonça dans un éloquent discours qu'en réjouissance de la naissance du dauphin il arracherait pendantquiuzejoursles dents et donnerait ses remèdes gratis. Puis il alla en cérémonie complimenter le roi et la reine. On a conservé une gravure qui représente l'opérateur se rendant à Versailles. Cette estampe, une autre qui le représente opérant sur le théâtre ordinaire de ses exploits, au pont Neuf, et la chanson dont nous avons reproduit quelques vers, voilà les titres qui ont conservé jusqu'à nous le nom et les hauts faits du Grand Thomas.
THOMAS (le Père), Capucin français, né vers 1670. Envoyé en mission dans le Levant, il se rendit k Constantinople et gagna l'affection du Père Alexis de Sommevoir, gardien des missions de l'ordre en Orient, qui le chargea en mourant de publier un ouvrage auquel il travaillait depuis quarante ans. Pour remplir cette tâche,"le Père Thomas repassa en France, où il publia lo Trésor de la tangue grecque vulgaire et de la langue italienne (1709, 2 vol. in-4°), et, comme complément nécessaire à l'ouvrage de son ami, il lit paraître la même année une Nouvelle méthode pour apprendre les principes de la langue grecque vulgaire } divisée et partagée en douze heures (1709, m-8°).
THOMAS (Elisabeth), femme poète anglaise, née en 1575, morte en 1730. Elle aimait depuis longtemps avec passion un jeune homme, nommé Gwynet, et allait être unie à lui, lorsqu'il mourut subitement. Cette mort brisa le cœur d'Elisabeth, la plongea dans une profonde mélancolie et éveilla, dit-on, ses talents, poétiques. Elle était liée avec tous les hommes remarquables' de l'Angleterre par l'esprit ou la naissance. Ayant entre ses mains des lettres de Croraweil avec les réponses de Pope, elle les conlia au libraire Curbi qui les livra à l'impression. Le poste en fut piqué, et pour se venger il donna à Elisabeth une place peu agréable dans sa Dunciade. Miss Thomas n'écrivait point pour le public, mais seulement pour elle et quelques amis intimes. Ce n'est que deux années
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après sa mort que furent publiées ses lettres et ses poésies. Elle fut, en son vivant, surnommée la Corinne do l'Angleterre.
THOMAS (Thomas), capucin français, né à Charmes-sur-Moselle (Vosges) en 1703, mort à Nancy vers 1760. Il professa longtemps la théologie et devint définiteur de sa province. On lui doit : Totius theologix moralis luculentats dilucida elucubratio (1749, 3 vol. in-8»); Theologia universa (1750, 6 vol. in-8°), ouvrage qui eut un très-grand succès et dont Thomas donna lui-même un abrégé très-bien fait, intitulé : Compendium theologix universa ad usum examinandorum.
THOMAS (Ant.-Léonard), littérateur français, né à Clermont-Ferrand en 1732 , mort au château d'Oullins , près de Lyon, en 1785. Il fut quelque temps clerc chez un procureur , puis professeur au collège dit de Beauvais, à Paris, et se lit connaître par quelques travaux littéraires et par des Réflexions philosophiques et littéraires sur le poème de la Religion naturelle, réfutation médiocre de Voltaire, que l'auteur a désavouée plus tard. Quand arriva le terrible désastre de Lisbonne, Thomas composa un Mémoire sur les causes des tremblements de terre, et l'opuscule remporta le prix-accessit à l'Académie de Rouen (3 août 1757). On ne trouve point ce mémoire dans les éditions de ses œuvres complètes, ce qui semble indiquer qu'il n'en faisait pas grand cas. En 1759, il donna Jumo'iville, poème en quatre chants , dont le sujet est le meurtre d'un jeune ofticier de ce nom assassiné en Amérique par les Anglais en 1753, sans nul respect pour le titre inviolable d'envoyé français. Thomas dit ceci, dans sa préface : «Puisque, pour le malheur du genre humain, il n'y a point de tribunal où 1 on puisse citer les nations coupables, du moins que la postérité en tienne lieu, qu'elle les flétrisse, et Que la crainte de l'infamie soit au inoins un frein qui les retienne. »
On ne peut qu'applaudir k ce langage honnête et patriotique. Il y a dans cette oeuvre quelques' beaux vers, au milieu de beaucoup de vulgarités. A cette époque, l'Académie française, voulant donner, plus d'intérêt à ses concours, ouvrit une voto nouvelle en proposant pour sujets d'éloquence les éloges des grands hommes de la nation. Thomas publia alors son Eloge dumaréchal de Saxe, qui obtint le prix (1759). Grimm ne trouva dans ce discours « que du verbiage, • et Fréron appelle ce morceau > dissertation historique en style pompeux , gazette ampoulée. • Thomas tint compte des critiques et retoucha cette élucubration par trop emphatique. C'est, du reste, par l'emphase que se distinguent toutes ses productions. VBloge du chancelier d'Aguesseau lui valut encore un prix académique en 1760, et Thomas concourut la même année pour le prix de poésie ; son Epître au peuple obtint le premier accessit; Delille eut le deuxième. Marmontel, ami de Thomas, s'était aussi mis sur les rangs. Le fragment suivant de VMpitre au peuple suffit pour donner une idée des vers de Thomas :
Je te rends grâce, 6 ciel, dont la bonté propice M'écarta de ces rangs qui sont un précipice; Je n'ai point, en naissant, reçu de mes aïeux De l'or, des dignités, l'éclat d'un nom fameux; Mais si j'ai des vertus, si mon mâle courage A toujours dédaigné l'intrigue et l'esclavage, Si mon cœur est sensible aux traits de la pitié, S'il éprouve les feux de la tendre amitié, Et si l'horreur du vice et m'anime et m'enflamme, Mon sort est trop heureux: j'ai la grandeur de rame.
Ce sont des vers de rhétoricien ; leur seul mérite est de bien faire connaîtra le caractère de l'auteur, la droiture de son esprit et la noblesse de ses sentiments.
VEloge de Duguay-Trouin obtint la palme académique en 1761. La prosopouée qui termine le discours fit même sensation. En 1762, le prix de poésie fut décerné k son Ode sur le Temps, où l'on remarque quelques belles strophes. Thomas avait, en outre, envoyé au concours un autre morceau sur les Devoirs de la Société, ode adressée à an homme qui veut passer sa vie dans la solitude, a Ne voulant rien dérober aux devoirs de sa place de professeur, Thomas, dit un de ses biographes, était obligé de passer une partie des nuits k l'étude, afin de pouvoir satisfaire son ardeur pour la célébrité. Ce travail opiniâtre alluma bientôt dans sa poitrine une ardeur dont il eut k souffrir toute sa vie et qui sans doute en abrégea la durée. » L'usage des eaux du mont Dore, du lait, son aliment ordinaire, et les séjours qu'il fit à la campagne purent seuls le soutenir et retarder la catastrophe. 11 occupait une chaire de troisièmelorsqu'il renonça k la carrière de l'enseignement. C'était un excellent, un très-intelligent professeur, qui compta parmi ses élèves Dupaty, futur magistrat, et Desforges, futur auteur dramatique, k qui notre théâtre doit la Femme jalouse, comédie.
Thomas abandonna sa chaire, pour raison de santé, et le duc de Praslin, ministre des affaires étrangères, le prit pour son secrétaire particulier. Ce fut alors qu'il composa VEloge de Sully, couronné en 1763. Grimm dit de. cet Eloge qu'il « mérite" lui seul plus de couronnes que les trois autres ensemble. » Fonianes n'était nullement de cet avis; il aurait dû pourtant estimer, pour cause personnelle, ce genre de composition où la pompe et l'emphase oratoire jouent un si grand rôle.
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Une particularité digne de remarque, c'est que les docteurs de Sorbonne chargés d'examiner Ce discours en supprimèrent l'épigraphe, qui consistait dans cette seule exclamation : 0 utinaml Ils virent là une réticence menaçante pour le repos de l'Etat. Un fait qui honore Thomas, c'est que, porté pour l'Académie par le duc de Praslin, ennemi de Marmontel, Thomas, qui affectionnait ce dernier, repoussa l'offre qui lui était faite. Par suite de ta froideur qui s'ensuivit, il abandonna son emploi et ne garda que sa place de secrétaire-interprète des cantons suisses. Marmontel fut élu, et Thomas n'eut le fauteuil qu'en 1766. VEloge de Descartes avait été couronné l'année précédente. Il renferme des beautés incontestables, enveloppées comme toujours de phrases ambitieuses et d'expressions forcées. Thomas l'ayant envoyé k Voltaire, celui-ci lui adressa une lettre des plus aimables, dans laquelle il l'engageait à venir le rejoindre dans sa solitude, « pour y vivre avec lui comme un frère que l'éloquence, la poésie et la philosophie lui avaient donné. » Ce ne fut pas probablement en ce temps-la que le vieillard de Ferney se permit aux dépens de l'orateur ce jeu de mots si cruel et si connu : « Il ne faut plus dire du gali- Malhias, mais du gali-Thomas, •
En 1766, Thomas, k la prière du comte d'Angivillor, son ami, composa l'Eloge de Louis, dauphin de France; ce prince, fils de Louis XV, était mort l'année précédente. L'Eloge eut k subir plusieurs critiques assez mordantes. En 1767, année où il prononça son discours de réception à l'Académie, l'orateur, voulant s'essayer dans un autre genre de composition, fit jouer Amphion , opéra en un acte, musique de La Borde, premier valet de chambre de Louis XV. Cette tentative ne fut point couronnée de succès. Parut ensuite l'Eloge de Marc-Aurèle, lu à l'Académie le jour de la Saint-Louis 1770. « Ce fianégyrique, dit Saint-Surin, était la meileure réponse qu'il pût opposer à ses détracteurs ; toutes ses beautés s'y fortifient, presque tous ses défauts y disparaissent. » En qualité de directeur de l'Académie française, il eut aussi, la même année, k répondre au discours que M. de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse prononça k l'Académie française le 6 septembre, jour de sa réception. On doit encore à Thomas : Essai sur le caractère, les mœurs et l'esprit des femmes, dans les différents siècles (17J2); Œuvres en prose (1773, 4 vol. in-8<> et in -12); Essai sur les éloges (1773, in-8°); A la mémoire de madame G..., poème (1777, in-8<>). M™eGeoffrin, que désigne cette initiale, était l'amie de l'auteur et sa bienfaitrice. Thomas fut, eu outre, intimement lié avec Ducis , Delille, d'Alembert, Marmontel, Chamfort, Cbabunon et Barthe. Watelet, plein d'estime pour sa personne et son talent, lui offrit une pension de 1,200 livres, qu'ilrefusa. Il avait presque perdu la vue par excès de travail, quand il succomba au château de M. de Montazet , membre de l'Aeadémiefrançaise.k la suite de l'émotion violente que lui causèrent la mort presque subite de Bartheetle terrible accident de voiture qui faillit enlever Ducis au retour d'un voyage à Chambéry. L'archevêque de Montazet fit graver sur sa tombe une ample épitaphe. Quelques années avant sa mort, on avait composé pour son portrait le quatrain suivant :
On ne sait en l'aimant ce qu'on chérit le plus
De son âme ou de son génie.
Par ses nobles talents il irrite l'envie.
Et la soumet par ses vertus.
Quelles que soient, en effet, la pompe et l'enflure de son style, Thomas, littérateur consciencieux et d une instruction fort étendue, fut, de plus, uu homme d'un caractère honorable, ce qui a fait dire de lui qu'il pratiquait avec simplicité la vertu, mais qu'il n'en pouvait parler sans emphase. Ses Œuvras complètes ont été recueillies et publiées par Saint-Surin (1825, 6 vol. in-8<>). On y trouve, outre les ouvrages cités plus haut, un Traite' sur ta langue poétique , la Correspondance de Thomas avec Afnie Necker, Ducis, etc., et de grands fragments d'un poBme médiocre auquel il travaillait au moment de sa mort, la Pétrèide. Des extraits de ses divers écrits ont paru sous ce nom : Esprit de Thomas (Leyde, 1788, in-12).
THOMAS (Jean), général français, né à Cheminot (Moselle) en 1770, mort en 1853. Il entra dans l'armée en 1791, fut élu capitaine quelques jours après, se distingua pendant les campagnes de 1792 k 1796, particulièrement au siège de Thionville, k Frcesohwiller (1794), au siège de Charleroi, k la prise du village de Melke (1796), et passa, en 1799, en Italie, avec le grade de chef de bataillon. Pendant treize ans qu'il resta dans ce pays, il donna de nombreuses preuves de son intrépidité, fut blessé au siège de Gaëte (1806), devint, l'année suivante, adjudantcommandant et reçut le commandement de l'Ile de-Capri, qu'il garda jusqu'en 1812. A cette époque, il passa k la grande armée, combattit k Lutzen , où il fut de nouveau blessé, devint général de brigade (1813) et prit alors le commandement du département de la Manche. Nommé gouverneur de Sarrelouis pendant les Cent-Jours, il défendit cette place avec une inébranlable fermeté et fut mis en non-activité après le retourdeLouisXVIII.
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En 1830, Louis-Philippe lui donna le commandement du département de la Creuse, puis il prit sa retraite. On lui doit un ouvrage intitulé : De ta force publique en France (Metz, 1830, in-40).
THOMAS (Jean-Baptiste), peintre et dessinateur, né à Paris en 1781 , mort dans la même ville en 1854. Après des études sérieuses et divers succès k l'Ecole des beaux-arts, Thomas obtint le grand premier prix de Rome en 1816. Son séjour k la villa Médicis parut révéler un instant des tendances nouvelles dans son tempérament. Ainsi, au lieu de se livrer a l'étude des maîtres anciens, d'en faire des copies ou des dessins, il se mit k courir la campagne de Rome, vivant de la vie des paysans, observant sur nature leurs mœurs les plus intimes, prenant des notes et faisant des croquis charmants, à la fois pleins d'humour et de réalisme. De ce travail de plusieurs années, il publia un Recueil (1823, in-fol.) qui renferme soixante-douze planchas et quarante-quatre pages de texte. Cet album eut un succès mérité et mit l'auteur en vogue ; aussi les éditeurs et les publications illustrées s'empressèrent-ils de lui demander k son retour des travaux de ce genre. Mats, tout en satisfaisant k quelques-unes de ces demandes, Jean Thomas se rappela qu'il était peintre et prix de Rome. La ville de Paris venait d'ailleurs de lui commander un tableau, le Christ chassant les vendeurs du temple. Cette composition, savante et réfléchie, mais sans originalité, est aujourd'hui k Saint- Roch. Deux ans plus tard, il fut chargé par le gouvernement de deux toiles décoratives pour le conseil dEtat. La première représente Achille de Hartay résistant aux menaces de Bussy-Leclerc, et la seconde la Journée des barricades. Il faut citer, comme étant des morceaux estimables, une Procession de saint Janvier à Naples et l'Ermite cherchant un abri par un temps d'orage.
THOMAS (Clément), homme politique français, né k Libourne en 1809, fusillé k Paris le 18 mars 1871. Lorsqu'il eut terminé Ses études k Paris, il s'enrôla dans l'armée, devint maréchal des logis, prit part alors au complot de Lunéville et se signala par l'ardeur de son républicanisme. Compris au nombre des accusés du fameux procès d'avril, il fut condamné k la détention (1835); mais, peu après, il parvint k s'enfuir de Sainte- Pélagie avec quelques-uns de ses codétenus, passa en Angleterre et y resta jusqu'à ce que l'amnistie proclamée en 1837, à l'occasion du mariage du duc d'Orléans, vînt lui rouvrir les portes de la France. M. Thomas revint alors k Paris et devint un des rédacteurs du National. Lors de la révolution de 1848 , le gouvernement provisoire nomma Clément Thomas commissaire dans le département de la Gironde, où dominait l'esprit de réaction. Lors des élections pour la Consti-, tuante, il fut néanmoins élu représentant du peuple dans ce département, mais seulement le treizième sur quinze. De retour k Paris, il devint, k l'élection, colonel de la 2a légion de la garde nationale, puis il dut au zèle qu'il mit k secourir l'Assemblée constituante, lors de la journée du 15 mai, d'être nommé commandant en chef de la garde nationale de la Seine, k la place du général Courtais. Il conserva ces fonctions jusqu'au moment où éclata la formidable insurrection de Juin et fut alors remplacé lui-même par le général Changarnier. A l'Assemblée, il vota avec le parti républicain du parti du National, se prononça, dans une discussion qui eut beaucoup de retentissement, contre l'institution de la Légion d'honneur, traita la décoration de « hochet de la vanité » et souleva contre lui, pour cette qualification aussi juste que hardie, de très-vives récriminations. Après l'élection de Louis Bonaparte comme président de la république, il fit k son gouvernement réactionnaire une opposition constante et ne fut pas réélu, en 1849, k l'Assemblée législative. Lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, Clément Thomas se rendit dans la Gironde pour y organiser la résistance ; mais ses efforts furent vains. Exilé par une commission mixte, il passa en Belgique, puis résida dans le grand-duché de Luxembourg.
Lors de l'amnistie de 1859, comme Victor Hugo, Louis Blanc, Quinet, Charras, etc., il ne voulut point en bénéficier et publia k cette occasion une lettre dans laquelle il disait : « A ceux qui me demandent si je rentrerai en France par la porte qu'ouvre l'homme de décembre, je réponds : Jamais. ■ Il est permis de penser qu'il eût peut-être mieux fait de rentrer pour lutter avec les jeunes contre l'Empire.
Lorsque Clément Thomas, qui se trouvait alors en Suisse, apprit la honteuse capitulation de Sedan et la révolution du 4 septembre 1870, il accourut k Paris et apporta au gouvernement le concours de son dévouement. Elu, au début du siège de Paris, chef du U8« bataillon de la garde nationale, il fut presque immédiatemeut appelé nu com-mandement du 3» secteur des fortifications. Après la journée du 31 octobre, Clément Thomas fut adjoint, avec le titre d'adjudant général, au général Tamisier (lBr novembre); mais celui-ci ayant donné sa démission, Thomas devint, le 3 novembre, commandant supérieur des gardes nationales de la Seine. A ce titre, il fut chargé de l'organisation des
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bataillons de guerre fournis par les soldats citoyens et devint, le 4 novembre, lorsque trois années furent créées à Paris, commandant en chef de la première armée, comprenant 266 bataillons de la garde nationale. Dans ces fonctions si difficiles, ClémentThomas déploya plus de zèle que d'énergie. Le 19 janvier 1871, il commanda la garde nationale mobilisée dans la sortie sur Montretout et Buzenval , sortie qui fut sans résultat, mais qui montra ce que Paris aurait pu faire s'il s'était trouvé k la tète de la défense un générai k la hauteur de la situation. Aux élections du 8 février, Clément Thomas déclina toute candidature. Le 14 du même mois, au moment où expiraient les pouvoirs du gouvernement de la Défense nationale , il adressa sa démission au général Trochu et rentra dans la vie privée. Lorsque éclata à Paris l'insurrection du 18 mars , Clément Thomas, ayant appris qu'un de ses anciens aides de camp avait été arrêté par des insurgés, partit, en habits bourgeois, pour se rendre à Montmartre. Lorsqu'il arriva sur la place Pigalle, un garde national, l'ayant reconnu k sa grande barbe blanche , alla k lui et lui dit: «N'ètes-vous pas le général Clément Thomas? — Eh bien I quand ce serait moi, riposta le vieux républicain, est-ce que je n'ai pas toujours fait mou devoir? — Vous n'êtes qu'un misérable et un traître I • s'écria le garde national en le saisissant au collet. Aussitôt survinrent d'autres individus qui entraînèrent le général dans la direction de la rue des Rosiers, où siégeait, au n" 6, le comité central de Montmartre. Le sort de l'infortuné Clément Thomas fut décidé séance tenante, et, sans qu'il eût même été procédé k un simulacre de jugement, un groupe de gardes nationaux le conduisirent dans le jardin de la maison, l'adossèrent contre un mur et le fusillèrent presque à bout portant. Peu après, le général Lecorate subissait dans le même lieu le même sort. L'Assemblée nationale décréta le SC mars qu'une pension viagère serait accordée aux veuves des deux généraux et qu'un monument leur serait élevé aux frais de l'Etat. Ce monument a été construit au Père-Lachaise, eu granit de Flandre, et a 8 mètres de hauteur. Les restes des généraux Thomas et Lecomte y ont été déposés le 26 décembre 1875.
THOMAS (Frédéric-William), romancier et poète américain, né à Baltimore vers 1810. En 1830, il alla se fixer à Cincinnati, où il cultiva les lettres et ne tarda pas k se faire avantageusement connaître par des productions en vers et en prose. Parmi les premières, on cite surtout : l'Emigrant ou Réflexions en descendant l'Ohio (1833), poème; le Hêtre, conte en vers. Parmi les secondes, nous mentionnerons des romans dans lesquels l'auteur s'est particulièrement attaché k faire connaître la vie et les mœurs des habitants de l'ouest des Etats-Unis. Tels sont : Clinton Dradshaw (1835); Est et Ouest (1836); Howard Pinckuey (1840), etc.
THOMAS (Charles-Louis-Ambroise), compositeur français, né à Metz le 5 août 1811. Son père, professeur de musique, .commença de très-bonne heure son éducation musicale, puis il lui fit apprendre le violon et le piano. Admis k dix-sept ans au Conservatoire' de Paris, il étudia le piano sous la direction de Zimmermann et de Kalkbrenner, l'harmonie et l'accompagnement sous celle de Dourlen, et eut pour maître de composition Lesueur, pendant que Barbereau lui apprenait le contre-point. M. Ambroise Thomas remporta successivement le premier prix de piano (1829), le premier prix d'harmonie (1830) et le premier grand prix de composition musicale (1832). Il partit alors pour l'Italie où il passa trois ans, visita les principales villes de la péninsule, se familiarisant avec la musique italienne dont il adopta le style, et, après un voyage en Autriche, il revint k Paris en 1836. Il débuta l'année suivante, en faisant représenter à l'Opéra -Comique la Double échelle, en un acte; puis il donna successivement le Perruquier de la Régence, opéra-comique en trois actes (1838) ; la Oipsy, ballet eu deux actes, avec M. Benoit, représenté au Grand-Opéra (1839); le Panier fleuri, en un acte (1839) ; Carline, opéra-comique en trois actes (1840) ; le Comte de Carmagnola, en deux actes, joué au Grand-Opéra (1841); le Guem'llero, en deux actes (1842); Angélique et Médor, opéra-comique en un acte (1843). Ces derniers opéras ayant eu peu de succès, M. Ambroise Thomas resta quelques années sans rien faire représenter. Le Caïd, opéra-comique en trois actes,, joué en 1849, eut un très-vif succès, et le Songe d'une nuit d'été, en trois actes, représenté en 1850, ne fut pas moins bien accueilli. A partir de ce moment, M. Thomas fut classé parmi nos compositeurs les plus distingués. Depuis lors, il a donné successivement : Raymond, opéra-comique en trois actes (1851); la Tonelli, en deux actes (1853) ; la Cour de Célimène, en deux actes (1855); Psyché^ eu trois actes (1857); le Carnaval de Venise, en trois actes (1857) ; Mignon, charmant opéracomique en trois actes (1§6G), arrangé depuis en grand opéra; Hamlet, grand opéra en cinq i»ctes (186S), son œuvre capitale, à laquelle nous avons consacré tin article spécial, ainsi qu'aux meilleurs opéras de ce compositeur; eufin Gille et Gillotin, opéra-comique en un acte (1S74). Outre ces opéras,
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M. Thomas a composé des fantaisies , une messe de requiem, des caprices, des rondos, des nocturnes, des chœurs, des quatuors, des trios, etc.
En 1851, M. Ambroise Thomas a succédé k Spontini comme membre de l'Académie des beaux-arts. Nommé commandeur de la Légion d'honneur en 1868, iLfut appelé, le 9 juillet 1871, à remplacer Âuber comme directeur du Conservatoire. En lui annonçant sa nomination, M. Jules Simon, ministre de l'instruction publique, dit k l'auteur ù'Mamlet : t Vous êtes si unanimement désigné pour la place de directeur du Conservatoire, que, si je ne vous nommais pas, j'aurais l'air -de signer votre destitution. » Dans la plupart de ses opéras-comiques, M. Thomas a imité Auber et fait des pastiches de la musique italienne. Ses œuvres laissent à désirer au point de vue de l'imagination. Ainsi que le t'ait remarquer M. Weber, quand les idées lui manquent, et'elles lui manquent souvent, M. Ambroise Thomas sait, comme Meyerbeer, en déguiser l'absence si habilement par le métier, que le public s'y trompe fort bien. C'est, du reste, un très-remarquable compositeur. « Talent fin, gracieux, élégant, toujours distingué, dit Fétis, ayant l'instinct de la scène, souvent mélodiste, écrivant en maître et instrumentant de même, cet artiste a je charme délicat et l'esprit; mais quelquefois il lui manque la force... Homme d'esprit, ayant de l'instruction et de la littérature, il a plusieurs fois porté la parole à l'Institut comme directeur de l'Académie des beauxarts ou comme rapporteur, et ses travaux en ce genre se sont fait remarquer par un style pur, élégant et facile. »
THOMAS (Frédéric), avocat et littérateur français, né à Castres le 6 janvier 1814. Il lit ses études dans sa ville natale et son cours de droit k Toulouse. Entraîné de bonne heure par un penchant irrésistible vers la littérature, il concourut aux Jeux floraux et fut l'un des élus du cercle de Clémence Isaure. En même temps, il envoyait des articles à la Bévue du Midi et k la. France méridionale. Possédant quelque fortune, il voulut user de ses ressources pour développer le goût des lettres chez les Toulousains et fonda une feuille littéraire intitulée le Gascon; puis il créa, en 1835, un journal politique, la Patrie. Poursuivi pour un article eu cour d'assises, M. F. Thomas se défendit lui-même par un plaidoyer en vers, qui arracha k la justice des applaudissements et un acquittement bien gagué. Le procureur général fut tellement charmé de 1 esprit de l'accusé, qu'il le prit en amitié et l'envoya k Paris avec une chaleureuse lettre d'introduction pour Armand Carrel. Grâce au rédacteur en chef du National, M. Frédéric Thomas se vit ouvrir successivement les colonnes de la Minerve, du Figaro et de la Presse. Les succès dramatiques tentèrent alors sa nature ardente, et il composa une douzaine de pièces dont l'une, la Chaîne électrique, jouée aux Variétés en 1840, a fourni k Scribe le sujet de la Part du diable. Ce n'était point encore assez pour une activité débordante comme la sienne; il publia près de trente-cinq volumes de nouvelles, dont une grande partie en collaboration avec Michel Masson. Les plus connues sont : Un coquin d'oncle (1843, 2 vol.), Un mariage pour i'autre monde, le Capitaine dps trois couronnes et la Chanson des trois capitaines. C'est encore M. Frédéric Thomas qui osa se charger avec M. Charles Babou d'achever un roman inachevé de Balzac, les Petits bourgeois. Lorsque éclata la révolution de 1848, M. Frédéric Thomas revint dans sa ville natale, où il fonda l'Electeur du Tarn, et s'attira cinq procès et quatre duels, dont il se tira heureusement. Il exerça la profession d'avocat à Castres à partir de 1850, puis vint k Paris, où il fut inscrit au tableau des avocats le 2 mai 1855. Le conseil de l'ordre réduisit k une année les trois ans de stage obligatoires qu'il devait faire, appuyant cette faveur sur la solidité de quelques articles qu'il avait publiés dans des journaux de droit. Le nouveau stagiaire était déjà à cette époque rapporteur du comité de la Société des gens de lettres et décoré de la Légion d'honneur. C'est alors qu'il commença la publication d'un recueil mensuel, qu'il poursuivit pendant trois ans sous ce titre : les Petites causes célèbres, et qui contribua puissamment à établir sa réputation. Encouragé par le succès de cet ouvrage, M. Frédéric Thomas ne cessa plus d'exploiter cette mine dont le premier lilou avait donné de si heureux I résultats. Dans le Figaro, l'Estafette, la I Presse, l'Audience et le Siècle depuis 1850, il I a rédigé la chronique judiciaire avec une verve et un esprit qui ont pu être égalés, mais non dépassés. Sa revue, qui porte dans le Siècle le titre de Lettres du palais, paraît à l'article Variétés et étincelle de verve. M. Frédéric Thomas a été élu président de la Société d-es gens de lettres en 1868 et réélu en 1869 et 1870. Ses opinions républicaines bien connues lui valurent d'être nommé par le gouvernement de la Défense nationale préfet du Tarn le 6 septembre 1870. Il remplit ces fonctions jusqu'au 9 février 1871, époque où il donna sa démission. Il revint alors k Paris et posa sa candidature aux élections partielles du 2 juillet 1871, mais ne fut point élu.
Confrère plein de bienveillance, dès qu'un
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journal ou un homme de lettres a quelque difficulté avec la justice, M. Frédéric Thomas lui prête l'appui de son talent si généreux, si dévoué et si éloquent. Il en est quitte pour raconter lui-même le lendemain sa victoire dans le Siècle; le palais et les abonnés du journal y gagnent tous les deux. Comme avocat et comme écrivain, M. Frédéric Thomas se distingue par un style incisif et spirituel, et cependant plein de naturel et de fraîcheur. Il s'est fait plus d'une fois applaudir dans des conférences et des cours publics. Outre les ouvrages précités, on doit à M. Frédéric Thomas : les Vieilles lunes d'un avocat, premier quartier (1863, in- 12); flu châtiment et de la réhabilitation (1874; in-8"), œuvre forte et originale, résumé d'intéressantes études.
THOMAS (Félix), architecte, archéologue et peintre français, né à Nantes en 1815. Ses aptitudes nombreuses, puissantes et variées se révélèrent de très-bonne heure. Il entra en 1837 à l'Ecole des beaux-arts, où il eut pour maître H. Lebas et d'où il sortit en 1845 avec le premier grand prix d'architecture. Son concours, Un projet de cathédrale, fut très-remarque par l'archaïsme de son style, l'originalité de la silhouette, le bon goût des détails. En 1849, ii envoya de Rome k l'Ecole des beaux-arts le Temple de Neptune, qui reparut k la grande exposition de 1855 et ne fut pas moins remarqué à la seconde exhibition qu'à la première. L'œuvre méritait cette attention k plus d'un titre. Elle était d'un archaïsme irréprochable, et de plus elle avait le charme d'un tableau. A son retour k Paris en 1851, M. Thomas fut envoyé en Babylonie comme architecte et dessinateur attaché k la mission scientifique dirigée par M. V. Place. En 1857, il rentrait à Paris avec une riche collection de dessins, d'études, de documents précieux, qui devaient former toute une Description pittoresque de ces contrées encore mal ou incomplètement explorées.
Deux ans plus tard, au Salon de 1859, il exposa quelques-uns de ces dessins et deux ou trois peintures, qui lui valurent une 2« médaille. Sa notoriété dès lors n'a fait que s'accroître, grâce aux tableaux excellents qu'il n'a cesse d'envoyer k chaque exposition. Citons, parmi les meilleurs : Une ferme dans la campagne de Home, les Dunes d' Escoublac, Entrée de la rivière de Nantes (1861); Environs de Pornic, Vue d'une mosquée persane , Visite du pacha de Mossoul aux fouilles de Khorsubad (1863); Bords du Tibre, Vue prise dans l'ile de Noirmoutiers (1864) ; Vue d'Oslie, l'Anse des Etangs (1865); Environs d'Alcamo (Sicile) ; Environs de Pornic (1860) ; Chevaux en pâturage, Bords de la Neva (1868); les Hoches Scironiennes , Pâturages dans les dunes 'de Samt-Michel (1869) ; 1 Cirage , Environs de Pornic (1870); Soir de mai à Fiuminiccio (1873), etc. M. Thomas a obtenu une médaille de 20 classe en 1859, une médaille en 1865, une médaille de 3e classe k l'Exposition universelle de 1867 et, cette même année, la croix de la Légion d'honneur.
THOMAS (Georges-H.), général américain, né dans la Virginie en 1816, mort en 1870. Entré, k vingt ans, k l'école militaire de West-Point, il devint, quatre ans plus tard, lieutenant d'artillerie, servit dans la Floride et dans le Texas et donna des preuves de bravoure pendant la guerre du Mexique. Colonel de cavalerie au moment où commença la guerre de Sécession, il prit une part brillante au combat de Falling-'Waters (2 juillet 1861), le premier de laeainpagne. Le vieux général Winlield Scott, qui aVait pu apprécier ses qualités militaires, demanda aussitôt pour lui le grade de major général et l'envoya dans l'Ouest. Le 19 mars 1862, il livra la bataille de Mill-Spnng (Kentucky méridional), dans laquelle il battit le général sudiste Zollikofer. Il servit ensuite sous les ordres du général Mac-Clellan, combattit k Shiloh et à Perryville et prit part k toutes les opérations de son chef dans le Kentucky. Lorsque le général W.-S. Rosencranz eut pris le commandement en chef k la place de Buell, Thomas fut l'un des officiers dans lesquels il eut le plus de confiance et devint, en peu de temps, le général le plus populaire de l'armée du Tennessee. La fermeté et la décision de son caractère, sa sagesse dans l'élaboration et son énergie dans l'exécution d'un plan, sa loyauté et l'abnégation qu'il faisait de toute ambition personnelle lui avaient gagné les cœurs de tous ses collègues et de tous ceux qui servaient sous ses ordres. On ne le connaissait dans l'armée que sous le sobriquet de pana Thomaa. Dans chaque bataille, c'était toujours lui que l'on plaçait au poste le plus important ou le plus périlleux. Ce qui mit le comble k sa réputation militaire, ce fut son énergique et brillante conduite à la bataille de Chickamauga, qui fut si fatale k l'armée de l'Union. Tandis que Rosencranz se trouvait séparé de son armée par suite d'une fausse manœuvre et que le corps principal essuyait une défaite complète, Thomas se maintint dans ses positions et, après avoir soutenu le choc de l'armée ennemie entière, opéra sa retraite en bon ordre. A la bataille des Deux-Jours ( n et 20 septembre), son sang-froid et sa calme intrépidité sauvèrent l'armée fédérale d'une entière destruction. Mais il fallait ensuite conserver l'importante ville de Chattanooga, dont la prise par les
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sudistes eût compromis l'issue de la guerre. L'inquiétude était générale dans les Etats du Nord ; mais elle cessa comme par enchantement lorsque Thomas eut répondu k Grant, qui lui demandait par le télégraphe s'il pourrait s'y maintenir : « Je tiendrai jusqu'à ce que nous soyons morts de faim. » En 1864, Thomas commandait un des corps de l'armée de Sherman, pendant la marche de ce dernier sur Atlanta, en Géorgie, et, k la fin de cette campagne, il fut appelé k un commandement indépendant dans l'Etat de Tennessee. Il avait k défendre l'arrière-garde de Sherman, qui exécutait alors sa marche hardie sur Savannah, contre J.-B. Hood, l'un des plus intrépides généraux de l'armée des rebelles. Ce fut là qu'il eut la meilleure occasion de montrer ses talents de général, et non-seulement il excita encore une fois l'admiration des Américains, mais il sut aussi gagner les suffrages des tacticiens les plus autorisés. Ses opérations avant et pendant la bataille décisive de Nashville (15 et 16 décembre 1864) sont peut-être la plus habile application qui ait été faite à notre époque des principes de l'art militaire. Pour cette campagne, le congrès lui adressa des remercîments publics, et l'Etat de Tennessee fit frapper en son honneur une médaille d'or.
Après la guerre, il reçut le commandement militaire des Etats du centre de l'Amérique du Sud, et, dans cette position qui entraînait une haute responsabilité, il s acquit la réputation d'un homme modéré et équitable, d'un ami de la paix et de l'ordre, usant d'une égale justice envers tous les habitants de son district militaire, sans distinction do race et de position sociale. Il eut encore une fois l'occasion de donner une preuve brillante de la noblesse et de l'indépendance de son caractère en résistant k toutes les tentatives de séduction du président Andrew Johnson et en refusant de lui servir d'instrument contre le général Grant. Le général Thomas était un homme d'une taille athlétique ; la lenteur et la régularité de ses mouvements lui avaient valu dans l'armée le surnom de Vieux iroi icui {Old slow-trot), et rien ne pouvait jamais le faire sortir de ses habitudes méthodiques.
THOMAS (Alexandre-Gérard), littérateur, né k Paris en 1818, mort k Bruxelles en 1857. A la suite de brillantes études, il entra dans l'enseignement, professa l'histoire au collège Bourbon, la rhétorique au collège Charlemagne et se fit recevoir docteur es lettres en 1844, avec une thèse remarquable, intitulée Une province sous Louis XIV, qui fut couronnée en 1845 par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Thomas fut alors nommé professeur d'histoire k la Faculté de Dijon et devint collaborateur du Journal des Débats et de la Revue des Deux-Mondes. En 1847, il fut chargé par le directeur de cette revue de se rendre à Berlin pour examiner sur les lieux mêmes la situation politique de la Prusse. Sur ces entrefaites, le ministre Salvandy, qui avait contre lui quelques griefs, lui enleva sa chaire d'histoire. Thomas en appela au conseil général de l'instruction publique, qui lui donna gain de cause. En 1848, il alla habiter Clerinont-Ferrand, puis se rendit k Versailles et continua sa collaboration k la Revue des Deux-Mondes, où il fut chargé de la chronique politique de la quinzaine. Après le coup dEtat du 2 décembre, il quitta Paris, passa k Bruxelles, y rédigea le Bulletin français, dans lequel il attaqua avec vigueur Jt) gouvernement de Napoléon III, se rendit en* suite en Angleterre, où il collabora h la Re^ vue d'Edimbourg; puis, fatigué par le climat de ce pays, il retourna en Belgique et y mourut. On cite, parmi les études qu'il a fait paraître dans la Revue des Deux-Mondes : Négociations de l'Angleterre et de la Russie au. sujet de la Perse et de l'Afghanistan (1845) et Tableau des affaires extérieures ; lesRe'votu* lions et les nationalités européennes (1849),
THOMAS (Gabriel-Jules), sculpteur, né à Paris en 1824. Elève de M. Dumont, il entra de bonne heure k l'Ecole des beaux-arts, où il eut le premier grand prix en IS48. Son concours, Philoctète partant pour Troie, est même regardé comme un des bons morceaux de l'école. A son retour en 1855, M. Thomas exposa une figure d'Orphée; un bas-relief, Soldat Spartiate rapporté à samère, et en 1857 une statue en plâtre, Attila, qui obtint une 3e médaille. Cet encouragement stimula le statuaire, qui exposa, eu 1859, une Eve d'une belle exécution, dont le mérite fut constaté par une 2e médaille. De plus, elle valut k l'auteur la commande d'un Virgile pour le ministère d'Etat. Ce marbre fut exposé en 1861. On sait combien les commandes officielles nuisent d'ordinaire k l'inspiration des artistes, combien elles nous ont valu et nous vaudront encore, probablement, d'œuvres ennuyeuses, péniblement élaborées. Par exception, l'œuvre de M. Thomas fut excellente. L'exécution en est large et facile, mais sobre pourtant, sans tours de force de ciseau. C'est un marbre excellent et la plus heureuse création du maître. Elle lui procura Un succès brillant et légitime, que vint consacrer une lro médaille. M. Thomas a encore exposé : la statue de Lucien Bonaparte, prince de Canino (1863) ; Aflle Mars, élégante statue en marbre (1865) ; Jeune guerrier, statue en marbre, achetée par M. de Rothschild (1866); Saint Denis, statue en marbre
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(1867) ; deux bustes (1868) ; la Pensée, Statue en marbre (1870); les Quatre parties du monde, statues en bois pour la Banque de France (1878); Christ en croix (1875), eto. Citons encore de lui un bas-relief représentant la Mort de saint Etienne (1864), qui se trouve à l'église Saint-Etienne-du-Mont, à Paris. Cet artiste distingué, au faire élégant, mais sans grande originalité, a obtenu une médaille de lt0 classe k l'Exposition universelle de 1867 , où figura la statue de Mlle Mars, et, cette même année, la croix, de la Légion d'honneur.
THOMAS (Pierre-Emile), publiciste, né k Paris en 1822. Elève de l'Ecole centrale des arts et manufactures, il en sortit avec le diplôme d'ingénieur civil et devint, en 1846, professeur d'économie rurale k l'Athénée de Paris. Après la proclamation de la république en 1848, M. Marie, ministre des travaux publics, ayant dû organiser les ateliers nationaux, en donna la direction à M. Emile Thomas, qui la conserva jusqu'au 27 mai suivant. A cette époque, il fut conduit k Bordeaux sous le prétexte d'y remplir une mission, qui n'existait pas en réalité. A la fin de la même année, il partit pour les colonies afin d'.y étudier la question du travail libre et du travail forcé. De retour en France, il prit part k la rédaction du journal le Dix décembre et, après le coup d'Etat de 1851, il reprit ses travaux d'ingénieur civil. On doit à M. Emile Thomas, outre de nombreux articles sur la liberté commerciale : Histoire des ateliers nationaux (1848, in-B°); Rapport sur la réorganisation du travail libre et l'immi*. gralinn européenne aux Antilles (1849); Des conditions vraies de la science économique, de la théorie de la renie etjiu principe dépopulation (1850); l'Organisation de l'industrie (1852), traduit de M. Banfield, etc.
THOMAS A KEMPIS, célèbre écrivain ascétique allemand. V. Kempis.
THOMAS D'AQUIN (saint), le plus grand théologien de l'Eglise d'Occident, le plus grand philosophe du moyen âge, né dans le royaume de Naples en 1525 ou 1227, de la famille des comtes d'Aquin. Par son aïeule paternelle, Françoise de Souabe, il descendait de la race impériale d'Allemagne ; il était petit-neveu de l'empereur Frédéric Barberousse, cousin de 1 empereur Frédéfic II; par sa mère Théodora, de la maison de Caraccioli, il était issu des princes normands, conquérants de la Sicile. Dans son enfance, il fut envoyé à l'abbaye du Mont-Cassin, de l'ordre de Saint- Benoit, et, un peu plus tard, il fréquenta l'université de Naples, que Frédéric II venait de restaurer et qui était l'objet de la protection particulière de ce prince. Ses premiers précepteurs furent un maître du nom de Martin, sous lequel il étudia la grammaire et la logique, et Pierre d'Hibernle, qui lui enseignait la philosophie et les sciences. Malgré ia brillante destinée qui s'ouvrait devant lui, le jeune héritier des comtes d'Aquin forma dès 1 âge de seize ans le projet de se retirer dans un monastère et d'embrasser la règle de saint Dominique. Ni les prières, ni la violence, ni la ruse ne purent changer son dessein". On raconte que ses frères, après avoir épuisé tous les moyens de persuasion , imaginèrent de le renfermer seul avec une courtisane d'une grande beauté, espérant amollir par la volupté ce coeur trop résolu. Mais la chasteté de saint Thomas repoussa les séductions de la luxure avec non moins de constance que les supplications et les menaces. Vaincue par tant de fermeté, sa famille se résigna et ne combattit plus la vocation irrésistible qui le poussait vers le cloître et la pauvreté.
Sur la tin de l'année 1244, saint Thomas, ayant prononcé ses vœux, quitta le royaume de Naples pour accompagner Jean le Teutonique, supérieur général des dominicains, qui se rendait k Cologne en passant par la France. Ce fut alors qu'il fut confié nux soins d'Albert, qui lui-même, sorti de la noble famille des comtes de Bollstatd, avait renoncé au monde vingt-quatre années auparavant, après avoir entendu les prédications de Jordan, et s'était consacré tout entier, sous la robe de dominicain, aux devoirs de la vie monastique et a la culture de la philosophie. Nul autre maître ne possédait plus à fond Aristote; nul ne s'était livré à, des travaux plus considérables dans tous les ordres de connaissances et ne jouissait d'une réputation de savoir et de génie mieux établie. Sous la direction d'un guide aussi expérimenté, saint Thomas étendit rapidement le cercle de ses idées, compléta sa propre éducation et apprit a diriger celle des autres. Son caractère taciturne l'avait fait surnommer par ses condisciples le Grand bœuf muet de Sicile. Un jour, il fut interrogé par le maître sur des
3uestions très-épineuses, et comme il réponait avec une sagacité surprenante : « Nous l'appelons un bœuf muet, dit Albert; mais sachez que les mugissements de 8a doctrine s'entendront bientôt par toute la terre. • Après avoir pendant quelques années assisté Albert dans ses fonctions, tantôt k Cologne, tantôt à Paris, il fut envoyé en 1252 dans cette dernière ville, pour y recevoir la licence et la maîtrise. Son succès dépassa toutes les espérances, et, dès ses débuts, il se révéla comme le plus utile soutien de sa communauté.
Les temps étaient devenus difficiles pour
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les nouveaux, ordres religieux. L'Université de Paris, qui les avait d'abord accueillis, s'était émue et irritée de la faveur dont ils jouissaient, et elle venait de les retrancher de son corps sous prétexte qu'ils n'avaient pas soutenu ses privilèges ni interrompu leurs leçons lorsqu'elle avait jugé à propos de suspendre les siennes, k la suite de l'emprisonnement de quelques écoliers. La lutte à peine engagée avait pris des proportions considérables. Guillaume de Saint-Amour, ancien recteur de l'Université de Paris, publiait son livre célèbre, Des périls des derniers temps, dans lequel il dénonçait les frères mendiants comme le fléau de la chrétienté et conjurait l'Eglise et les fidèles d'aviser. Soutenu par un puissant parti, répandu dans le clergé et dans le peuple, l'ouvrage obtenait un succès comparable à celui des Provinciales dans des circonstances et pour une cause qui ne son t pas sans analogie avec ces débats oubliés. Il s'agissait, non-seulement de la bonne renommée, mais de l'existence même des dominicains, qui, dans cette querelle également passionnée des deux parts, devaient vaincre ou se résigner à disparaître. Saint Thomas fut désigné, avec Albert et quelques autres, pour la défense de l'ordre. Il se rendit à Rome afin de plaider cette cause devant le saînt-siége, et, tant par ses démarches que par ses réponses écrites au livre de Guillaume de Saint-Amour, il contribua k faire maintenir les frères prêcheurs en possession de leurs chaires et de toutes leurs prérogatives. L'Université de Paris, qui avait d'abord refusé la maîtrise à saint Thomas à cause de l'habit qu'il portait, la lui conféra par nécessité en 1256, et elle montra, il faut le dire à sa gloire, si peu de rancune du succès obtenu contre elle que, peu après,' elle en référa au nouveau docteur pour décider cette question, alors très-agitée parmi les théologiens, si les accidents eucharistiques ont une existence réelle ou s'ils ne sont que de simples apparences.
En 1261, saint Thomas quitte la France pour se rendre en Italie, où il était appelé par le pape Urbain IV, élevé depuis peu au trône pontifical. Il visite plusieurs villes, Orvieto, Viterbe, Anagni, Pérouse, surtout Rome, et y enseigne les sciences divines dans les maisons de l'ordre de Saint-Dominique. Par sa naissance et par son génie, il paraissait appelé aux premiers honneurs de l'Église ; mais, a l'exemple de son maître Albert, qui résigna l'évêché de Ratisbonne, il repoussa toutes les dignités qui lui furent offertes et se contenta de vivre dans une retraite studieuse et honorée. En 1269, il revient à Paris, au couvent de sa communauté, y séjourne environ deux années et va ensuite a Naples, sur la demande du roi de Sicile, frère de saint Louis, prêter son concours et l'autorité de sonnom aux écoles où il avait passé sa première jeunesse. Il débutait sur ce nouveau théâtre, lorsque, vers la fin de l'année 1273, le pape Grégoire X l'appela au concile qui devait se tenir k Lyon en vue de venir au secours des croisés en terre sainte et d'opérer la réunion des Eglises grecque et latine. Malgré l'affaiblissement de sa santé altérée par le travail, il partit accompagné du Père Réginald, qui a été associé à ses travaux, afin de se rendre à l'invitation du souverain pontife. Au château de Maganza, habité par une dé ses nièces, la comtesse de Ceeeano, il tomba dans une longue extase qui l'affaiblit beaucoup et après laquelle il sentit que sa fin était prochaine. Comme il désirait mourir dans une maison de son ordre, il essaya cependant de continuer sa route ; mais la faiblesse l'obligea de s'arrêter à l'abbaye de Fossa-Nuova, do l'ordre de Cîteaux, à peu de distance de Terracine. Son mal était sans remède, et il expira le 7 mars 1274, k l'âge de quarante-sept ou quarante-neuf ans, suivant la date à laquelle on rapporte sa naissance. Les dominicains, dont il était l'honneur, et les cisterciens, qui avaient reçu son dernier soupir, se disputèrent ses restes mortels pendant plus d'un siècle, avec une ardeur intéressée qui toucha au scandale. La querelle durait encore, lorsque Thomas d'Aquin fut élevé au rang des saints, vingt- six ans après sa mort, sous le pontificat de Jean XX.U. Elle ne cessa qu'en 1368, par une bulle du pape Urbain V, qui ordonna que les reliques du saint seraient transportées chez les dominicains de la ville de Toulouse, dans laquelle saint Dominique avait fondé sa communauté ; un bras fut accordé au couvent de Saint- Jacques, à Paris, dont les murs avaient si souvent retenti des- leçons d'Albert le Grand et de son disciple.
Il nous faut maintenant énumérer les ouvrages de saint Thomas d'Aquin et en donner la chronologie, c'est-k-dire retracer brièvement sa vie d'écrivain. Kn 1252 s'ouvre la féconde série des œuvres qui ont immortalisé son nom. Le premier de tous ses ouvrages est le Commentaire sur le Maitre des sentences, résumé lumineux des leçons qu'il avait données de 1252 k 1254. Il le fait suivre k peu de distance de ses Controverses sur la vérité, au nombre de vingt-neuf [Quxsliones disputais de veritate),<ie cinq Questions gitodlibétiques, du Commentaire sur l'Evangile de saint Matthieu et de ses deux, opuscules, De l'être et de l'essence (De ente et essenlia) et Des principes de la nature (De principiis nature). i Ce sont là les fruits de son premier enseij gnement. A ces ouvrages de métaphysique ' religieuse, il mêle des écrits polémiques, et
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pour la défense de son ordre et de ses propres droits contre l'Université de Paris, qui refuse aux. religieux mendiants la faculté d'occuper des chaires publiques, il écrit son Traité contre les adversaires du culte de Dieu et de la religion (Contra impugnantes Deicultum et religionem), en réponse au livre de Guillaume de Saint-Amour, Des périls des derniers temps. Enfin, il réunit les matériaux de la Somme contre les gentils, qu'il va entreprendre, a la demande de Raymond de Pennafort, pour combattre les erreurs des mahométans, des hérétiques et des philosophes.
Urbain IV étant monté, en 1261, sur le trône pontifical, saint Thomas est rappelé en Italie. Il compose, à ià demande du souverain pontife, sa Chaîne d'or, le traité Contre les erreurs des Grecs (Contra errores Grsecorum) et V Office du saint sacrement. Il met la dernière main à la Somme contre les gentils, commente le livre de Job, écrit cinq nouvelles Questions quodlibéiiques et X Abrégé de théologie adressé au frère Réginald (Compendium theologise ad F. Reginaldum). Enfin, il inaugure, pur X Exposition de la métaphysique et de la morale d'Aristote, cette précieuse série de commentaires qui devaient contribuer si utilement à réconcilier le Stagirite avec l'Eglise et k consolider son empire dans les écoles. Sous le pontificat de Clément IV, qui succède k Urbain en 1265, Thomas continue de séjournerdans diverses villes d'Italie. La, il jette les premières assises du monument qui doit surpasser aux yeux de la postérité tous ses autres écrits, la Somme de théologie, pendant qu'aux adversaires des ordres mendiants, et surtout k Gérard d'Abbeville, qui soutient Guillaume de Saint- Amour rentré dans la lice, il oppose de nouvelles apologies de la vie spirituelle (De perfectione vite spiritualis, contra pestiferam doclrinam retrahentium komines a religionis ingressu).
Mais Paris était le centre des études par excellence et, comme disent les philosophes, la cité des philosophes, civilas philosophorum. Après la mort de Clément IV, saint Thomas reparaît sur le théâtre de ses premiers succès, et il y demeure depuis les derniers mois de l'année 1269 jusqu'à la fin de 1271, partagé entre les soins de 1 enseignement et la composition de nouveaux ouvrages. A peine remonté dans sa chaire du couvent de la rue Saint-Jacques, il publie contre les partisans d'Averrhoès dans l'Université de Paris son traité De l'unité de l'entendement (De unitate intelleclus contra Averrois(as), écrit ses dernières controverses sur les créatures spirituelles et sur les vertus, commente l'Evangile selon saint Jean, les premières Epitres de saint Paul, poursuit la Somme de théologie. Enfin, en 1271, le saint docteur quitte la France et se rend à Naples, où il est appelé, îi la demande du roi, par ses supérieurs. Grégoire X occupait alors la chairo de saint Pierre, où il venait de monter après un interrègne de trois ans. Sous son pontificat, saint Thomas rédige la dernière partie de la Somme de théologie, dans laquelle il traite des sacrements et qui, par cette raison, est désignée par quelques historiens sous le titre de Sacramentelle. Mais les événements ne permirent pas qu'il la conduisît au delà de la soixante-douzième question qui a pour objet la pénitence. Désigné pour assister au concile qui devait se tenir au mois de mai 1274 dans la ville de Lyon, saint Thomas tombe malade, s'arrête k l'abbaye de Fossa- Nuova et là dicte d'une. voix affaiblie une explication du Cantique des cantiques qui n'est pas parvenue jusqu'à nous; ce fut sa dernière œuvre.
Nous terminerons cette biographie en mettant sous les yeux des lecteurs divers jugements portés sur saint Thomas et sa philosophie.
Victor Cousin. Saint Thomas ne voulut être que professeur, mais il fut un professeur incomparable. Aussi l'appela-t-on Doctor angelicus, l'Ange de l'école. Mais ce surnom mal entendu pourrait tromper sur la nature ,de son talent. Ce n'est point un homme éloquent dont la parole ou la plume ait une frande élévation ; c'est un maître accompli ont le mérite essentiel est une clarté parfaite. Il décompose, divise et subdivise les questions, au risque de paraître les amoindrir, ne songeant k rien qu'a les éclaircir et sans nul' souci de l'intérêt littéraire. Son style n'a ni éclat, ni grandeur, ni élégance, mais il est d'une fermeté, d'une rigueur, d'une précision qui ne fléchissent jamais. C'est juste la manière opposée k celle de saint Augustin. Celui-ci, comme Platon, son maître, habite dans la région de l'idéal ; il a le souffle puissant, et, jusque dans la plus austère dialectique, il introduit du mouvement, de la vie et de la grâce. Celui-lk, comme son maître Aristote, demeure toujours dans l'école, sévère comme l'analyse et presque aussi froid que l'abstraction, jamais un mot qui parte du cœur, qui élève et qui soutienne. Il ne faut pas non plus rêver dans saint Thomas un membre de la famille des grands philosophes, un rival de Platon, d'Aristote ou de Plotin ; son originalité est bien plus dans la qualité de son esprit que dans celle de sa doctrine. Il n'a mis dans le inonde ni une méthode, ni un principe, ni même une doctrine qui lui appartienne ; mais à défaut degénie, on n'apas plus de justesse, de mesure, d équilibre dans ses pensées. Ajoutez que saint Thomas, tout grand théologien
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qu'il est, ne cesse jamais d'être fidèle à l'esprit philosophique. Si, dans les choses de l'ordre surnaturel, il soumet la raison k la règle de la foi, il n'en méconnaît pas la puissance dans les choses de son ressort, et il se plaît k reconnaître que la lumière naturelle est parfaitement capable par ses propres forces de s'élève!' à la connaissance et même k la démonstration de l'existence de Dieu et de ses principaux attributs. Son chef-d'œuvre est la fameuse Somme. Summa theologm, qui est un des monuments les plus respectables du moyen âge et comprend, avec une haute métaphysique, un système entier de moralo et même de politique, et cette politique est trop chrétienne pour n'être pas libérale.
Paul Janet. La philosophie de saintThomtis est l'image fidèle de son temps; c'est le nœud du moy«n âge, c'est le moyen âge lui-même ; c'est Ik qu'il a rassemblé, en apparence pour l'éternité, tout ce qu'il a su, pensé et aimé. La philosophie de saint Thomas est un grand et admirable effort de l'esprit pour associer deux éléments bien différents : la philosophie humaine et la philosophie divine, Aristote et le christianisme. Les premiers siècles de l'ère chrétienne nous avaient éloignés de l'antiquité; le moyen aire nous y ramène... La philosophie de saint Thomas est une œuvre artificielle, inférieure par cela même aux grandes doctrines morales de l'antiquité et même à celle d'Aristote, mais qui les complète cependant et leur donne plus de précision qu'elles n'en avaient. Ce vaste enchaînement de principes et de conséquences, ce travail d'un esprit puissamment logique pour constituer une science immobile, absolue, définitive, ces tentatives mêmes de conciliation entre la philosophie humaine et la philosophie divine, donnent k la Somme de saint Thomas une sorte de grandeur et une véritable majesté.
Frédéric Morin. Avec un esprit moins philosophique qu'Albert, moins pénétrant qu'Alexandre de Haies, moins accessible que saint Bonaventure aux influences vivifiantes de la morale évangélique, saint Thomas fit ce que ne put faire aucune de ces trois grandes intelligences : il organisa la révolution intellectuelle qui s'agitait déjà sourdement dans ie xie siècle, éclata au xiie et qui se calma au xma sous la parole du Docteur angélique. La est la gloire de saint Thomas qui, sous ce rapport, apparaît comme le Descartes du moyen âge. Mais la magnifique synthèse philosophique et théologique qu il rêva fut-elle et pouvait-elle être le dernier mot de la pensée chrétienne? Le fut-elle même au moyen âge? Tout, dans les vingt-cinq in-folio de l'illustre docteur, tout est-il vérité pure et infaillible, vérité en physique, vérité eu astronomie, vérité en physiologie, vérité en psychologie, vérité en interprétation des saintes Ecritures, vérité en compréhension des conditions logiques et ontologiques du dogme? Le moyen âge ne le crut pas, et la preuve, c'est que toutes les écoles ne furent pas thomistes à partir de saint Thomas. Le xvne siècle ne pensa pas plus que les précédents qu'on dût croire k l'infaillibilité philosophique de saint Thomas, et personne n'ignore que non-seulement Bossuetet Arnauld.maisFénelonet bien d'autres, dont l'attachement au centre de l'unité catholique est incontestable, crurent devoir en appeler k une tradition très-différente de la tradition péripatéticienne. Ajoutons enfin queles thomistes mêmes du moyen âge ou de la Renaissance, Cajetan, par exemple, et Suarez, ne considéraient pas le thomisme comme l'incarnation de la vérité catholique dans la philosophie et la science... C'est k une date très-rapprochée de nous que se produit une théorie historique qui regarde ou tend à regarder tout l'enseignement philosophique, scientifique et scolastique de saint Thomas comme l'expression suprême du catholicisme. Les écrivains qui soutiennent cette théorie ont dû avoir une grave raison pour la soutenir, et nous allons la présenter dans toute sa force qui est, en effet, considérable. Il y a dans l'histoire de l'Eglise un certain nombre d'intelligences douées k un degré émulent de l'esprit d'organisation. Ces intelligences résument en eïles toute une époque, et en même temps elles la résument en assimilant le plus possible au dogme catholique tous les éléments intellectuels et sociaux de cette époque. Magnifique représentation dans un cerveau humain de ce travail gigantesque et divin par lequel la pensée chrétienne, considérée dans son ensemble, meut, vivifie et organise la raison humaine en prenant dans celle-ci tout ce qu'elle renferme de principes vrais pour les faire éclore et pour les harmoniser eu les mettant en relation avec les idées révélées. Il y a deux hommes qui, venus k deux époques différentes, ont eu, entre tous, le don d'organiser chrétiennement les idées qui s'y étaient développées. Ces deux hommes sont saint Augustin et saint Thomas. Le premier résuma tout le travail des Pères; le second résuma celui du xie et du xno siècle, prépara celui du xive siècle et restera comme l'esprit, sinon le plus original, du moins le plus compréhensif et le plus chrétiennement compréhensif du moyen âge. Ces deux génies incomparables, quel que soit le point de vue philosophique auquel ils se sont placés et qui leur a été donné par leur siècle, ont donc une incontestable parenté par la fonction qu'ils semblent représenter dans et» siècle et qui est l'image humaine et par conséquent lointaine et imparfaite de la fonction
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même du dogme révélé au sein de l'entendement hnmain... Ce n'est donc pas à tort qu'on les compare, qu'on les rapproche, qu'on les identifie, bien que leurs principes métaphysiques soient assez différents, car toutes ces différences sont couvertes en eux par une similitude supérieure, et c'est dans cette similitude qu'éclatent leur gloire et leur originalité.
Il fiiut donc distinguer trois choses daDS saint Thomas ; d'abord son rôle comme représentant de la théologie positive proprement dite, comme témoin des traditions religieuses; puis son rôle comme ayant tenté de faire voir tous les rapports de la théologie positive et du dogme avec la raison en général et en particulier avec la philosophie telle qu'elle régnait de son temps; en troisième lieu, enfin, son rôle comme métaph3'sicien, c'est-à-dire comme adhérent d'une certaine doctrine sur l'être, sur l'ânTe, sur la nature des choses, et nous ferons rentrer dans ce dernier point de vue les idées scientifiques de l'illustre docteur... Sous le premier rapport, saint Thomas a justement une autorité immense; ce serait trop dire sans doute que tout ce qu'il a dit sur le dogme est parfaitement certain et qu'il est défendu de s'en écarter..: Comme représentant d'un essai de systématisation des idées de la raison, telles qu'elles éî.iient comprises de son temps, et des idées rév&Mes telles qu'elles vivent dans leur immutabilité ."<. travers tous les temps, saint Thomas, nous i'^vons dit, peut encore être rapproché de saint Augustin. Les idées philosophiques de ces deux grands génies diffèrent beaucoup, bien qu'elles aient certains points de contact, mais ils se rencontrent dans un désir commun de les élever à une hauteur ou elles rencontrent les notions révélées en se subordonnant à elles; de telle sorte que, réunies en une synthèse vivante, elles constituent le point de vue général du haut duquel tout l'ensemble des phénomènes, des êtres et des rapports se dévoile au regard de l'homme... Reste la troisième question. En métaphysique, c'est-à-dire sur la notion capitale de la substance et sur toutes celles qui s'y rattachent, saint Thomas est péripatéticien. Les idées péripatéticiennes sur la réalité potentielle de la matière et la réalité à la fois spécifique et actualisante de la forme sont-elles le dernier mot de la raison humaine? Et surtout peut-on les considérer comme l'expression philosophique du dogme révélé? Résoudre dans un sens affirmatif la seconde de ces questions serait évidemment le comble de la folie. La révélation ne nous dit rien, au moins directement, sur la nature de l'être en général ou de la substance ; elle laisse cette recherche à nos disputes ou à la science. Quant à la supposition que le dogme catholique ou, si l'on veut, la révélation primitive eût dû produire, par son efficace propre, le théorème péripatéticien sur la substance, elle serait une hypothèse ridicule et une hypothèse qui nous condamnerait à jeter l'anathème aux Pères de l'Eglise.
— Doctrine de saint Thomas. V. thomisme.
— - Bibliogr. Consulter : Vie de saint Thomas d'Aquin, par le PèreTouron (Paris, 1740, in-4<>); Vita D. Thomas Aquinis, Othon Vxnii ingenio et manu delineata (Antuerpiae, 1610, pet. in-fol., avec 30 planches et le portrait de Venius) ; Histoire de saint Thomas d' A quin, par l'abbé Bareille (Paris, Sagnier, 1846, in-80); Histoire de ta vie et des écrits de saint Thomas d'Aquin, par P.-J. Carié (Paris, iraprim. de Bailly, 1846, gr. in-4° ; tiré à 200 exemplaires non destinés au commerce) ; Commentaires de saint Thomas d'Aquin, traduits pour la première fois, avec sommaires, notes et notice, par l'abbé Brûlé (Caris , 1869, 6 vol.).
— Iconogr. Une des plus anciennes peintures relatives à saint Thomas d'Aquin est un tableau qu'un artiste du xmo siècle, Tommaso de Stefani, a exécuté pour l'église San-Domenico, à Naples, et dans lequel il a représenté le miracle du Crucifix parlant à saint Thomas et lui disant ces mots : Bene de me scripsisti , Thoma. « Tu as bien écrit sur moi, Thomas. • Le Crucifix qui passe pour avoir ainsi pris ta parole se voit dans cette même église de Sait-Donienico; on croit qu'il a été peint vers l'an 1200. Un tableau exécuté au xive siècle par un artiste flamand italianisé représente le Docteur angélique en costume de dominicain, coiffé d'une toque noire, vu de face et assis, posant l'index de sa main droite sur le pouce de sa main gauche et semblant l'aire ainsi une démonstration. Cette peinture, provenant de la collection Campana, appartient au Louvre. Dans l'église de San-Domenioo, à Bologne, est un Saint Thomas d'Aquin écrivant, par le Guerchin. Un tableau relatif au saint docteur, peint par Soderiui, appartient à l'église San- Uomenico-nel-Maglio de Florence; un autre, par le Guide, se voit au palais Corsini, uans la même ville. C. Bloemaert a gravé, d'après R. Vanni, une ligure de saint Thomas pour la Vita di san Tommaso d'Aquino, de PaoloTrigerio (Rome, 1668, in-40). D'autres estampes relatives au mémo saint ont été gravées par Anton Birckhardt, d'après Hiebel (1721), J.-Fr. Fisher, Augustin Neuràuter (1708), Gh. Audran, Schelte à Bolswert, Pietro Monaco (1740), etc. Gilbert van Veen a gravé une suite de sujets rslatifs à la Vie de saint
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Thomas d'Aquin. Une gravure attribuée à Lanfranc représente Saint Thomas d'Aquin faisant fuir le démon. Le miracle du Crucifix parlant d saint Thomas a été peint par Santi di Tito (église San-Marco, à Florence), par D. Piola (église San-Domenico, à Gênes), etc. Amédée Vanloo a exposé au Salon de 1763 un Saint Thomas d'Aquin inspiré du Saint-Esprit dans la composition de ses ouvrages,,ile qui Diderot a dit : ■ Rien n'est mal dans cette composition, ni le saint, ni les livres, ni les chaises, ni le pupitre, mais tout est discordant. On dirait que ce tableau a déjà séjourné vingt ans dans une église humide; il est d'ailleurs terne, sec et froid. ■ Un tableau d'Ary Soheffer, Saint' Thomas d'Aquin préchant pendant la tempête, a paru au Salon de 1824 : l'attitude du saint, qui montre le ciel a ceux qui désespèrent , est fort belle ; toute la scène est très-pathétique et parfaitement éclairée. Un peintre contemporain, M.'Omer Cbarlet, a représenté : la Dernière leçon de saint Thomas d'Aquin (Salon de 1809); Saint Thomas d'Aquin à la table de saint Louis (Salon de 1870); Saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure (Saion de 1873). La Visite de saint Thomas d'Aquin à saint Bonaventure a été peinte par M. D.-A. Magaud (Salon de 1857).
Le musée du Louvre possède un tableau de Benozzo Gozzoli, divisé en trois parues: dans le haut, Jésus-Christ, environné de chérubins, ayant à ses côtés saint Paul, Moïse et les quatre évangélistes, prononce les paroles suivantes inscrites au-dessous de lui ; Bene de me scripsisti Thomma (sic). Au-dessous, dans la partie centrale du tableau, saint Thomas est assis entre Aristote et Platon; il tient sur ses genoux plusieurs ouvrages; à ses pieds est étendu le docteur de l'Université de Paris, Guillaume de Saint-Amour, foudroyé par l'éloquence du saint. Dans la partie inférieure du tableau, le pape Alexandre IV , assis sur un trône et assisté par deux eamériers, préside l'assemblée d'Anagni (1256), tenue à l'occasion des discussions survenues entre Guillaume de Saint-Amour et saint Thomas d'Aquin au sujet des ordres mendiants. Outre ces deux docteurs, on remarque, parmi les assistants, saint Bonaventure, les cardinaux Hugues de Saint-Cher et Jean des Ursins, Albert le Grand, maître du palais pontitical, llumbert des Romans, général des dominicains, etc. Cette curieuse peinture, qui se voyait autrefois dans la cathédrale de Pise, à été gravée dans la Storia délia pittura de Rosini (pi. xx). Une composition analogue a été peinte par Francesco Traini pour l'égiise Sainte-Catherine de Pise.
Dans l'église de la Minerva, à Rome, est une belle composition de Fra Filippo Lippi, représentant la Dispute de saint Thomas d'Aquin avec les docteurs; elle a été gravée par Coisi, dans l'ouvrage de Rosini, et par Chapon, dans Y Histoire des peintres de toutes tes écoles. D'autres sujets relatifs à saint Thomas ont été peints à fresque, dans la même église, par Lippi. Un tableau de l'église Santa-Zita, à Païenne, attribué à Antonello de Messine, a pour sujet la Controverse de saint Thomas avec Averrhoès.
Une statue de Saint Thomas d'Aquin, sculptée en marbre par Fraucavilla, est placée dans une chapelle de l'église San- Marco, à Florence. Une statue eu pierre a été exécutée, il y a quelques années, par M. Cavelier, pour l'église Saint-Augustin, à Paris.
THOMAS DE CANT1J1PKÉ ou CAT1MPKÉ,
écrivain légendaire belge et versificateur latin, né à Leuw-Saint-Pierre, près de Bruxelles, en 1201, mort en 1263. Il devint en 1217 chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augustin, à l'abbaye de Cantimpré, près de Cambrai, où il passa seize années, puis se fit bénédictin vers 1232, se rendu ensuite à Cologne, où il suivit les leçous d'Albert le Grand, et à Paris. Vers 1246, il se fixa au couvent des bénédictins de Louvain , devint sousprieur et se livra à l'enseignement.
Thomas-se distingua par ses prédications en Allemagne, en Suisse, en France et composa plusieurs ouvrages qui consistent, pour la plupart, en vies de saints et de saintes, insérées dans le recueil des bollaudisies et qui ne sout qu'un tissu de fictions piuus.es, de miracles et d'apparitions. Nous citerons, de lui : Vie de Jean, premier prieur de Cantimpré; Hymne en l'honneur du bienheureux Jordan; Vie de la bienheureuse Christine surnommée Mirabilis; Vie de sainte Lutgarde; Vie de la bienheureuse Marguerite d ïpres; Donum unioersale de apiûus (Douai, 1597,in-go), sorte de recueil hagiographique en deux livres, composé d'histoires édifiantes et miraculeuses et traduit eu français par ViUart, sous le titre de : le Bien-être universel ouïes Abeilles mystiques (Bruxelles, 1650, in-4»).
THOMAS OU FOSSÉ, littérateur français.