‹ Grand jeu de sociétéChapitre 40 sur 50 · SIBYLLE ÉRIPHILE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SIBYLLE ÉRIPHILE CINQUIÈME

AUGURE IV

La voie franche et nette que vous prenez ne peut que vous être très utile et vous mener à la fortune. On aura toute confiance en vous?

Oui, pendant une année ; mais, une fois qu'ils seront habitués à votre fortune, ils ne songeront plus à vous.

ke.

Non, parce qu'il vous manque la facilité de la parole et la distinction des manières, mais vous serez prisé par vos amis.

Oui, car, outre le bonheur qui vous accompagne

partout, vous trouverez un associé intelligent et

fidèle sur le soin duquel vous pouvez vous reposer.

N'ayez aucune crainte; quoique vous soyez léger de caractère et trop généreux, vous avez un ami qui veille sur vous , et qui est un trésor.

Il l’est beaucoup trop pour la besogne élémentaire qui lui est imposée. Mais il s'occupe moins de cela que de conter fleurette à votre femme.

Il ne profitera qu à quelques-uns de vos amis, plus habiles que vous à saisir l’occasion au vol et à l’exploiter.

Elles le seraient imfailliblement , si un changementinopiné de position, près de vous arriver, ne vous forçait à les rompre.

En aimez-vous un sincèrement? Non. Eh bien !

vous êtes très ingrate, car un petit blond vous adore à la folie.

LÉ

Non , mais vous n'avez rien à vous reprocher de

part et d'autre : vous êtes deux philosophes trans-

cendants.

SIBYLLE HELLESPONTIQUE SIXIÈME.

AUGURE IT

Ne trompez-vous pas vous-même les autres, quand l’occasion s’en présente ? alors de quoi vous plaignez-vous ?

Non, une fatalité pèse sur vous : pourquoi aimer une femme qui vous ruine et vous déshonore ?

L'art est un don de la nature. Vous êtes né plu-

tôt pour être bureaucrate ou commis de magasin,

eu).

Certainement, etce n’est qu'un droit; seulement tâchez d’être moins léger, et de réfléchir davantage

À vos intérêts.

Un peu : avec de la prudence vous pouvez tout réparer; mais consultez, avant fout, une personne qui s'intéresse à vous.

Elle vous aliène à jamais votre famille; tâchez au moins, dans cette triste conjecture, de conserver un ou deux de vos bons amis.

Pas encore, mais 1l est un jeune homme blond et riche qui songe à vous ; tâchez de lui plaire, et vous serez heureuse.

Vous avez déjà été dupe plusieurs fois de ces sortes de services : si vous voulez l'être encore, suivez le même chemin.

Non, si vous continuez à poursuivre sans argent des entreprises qui en exigent, car alors il vous faut emprunter et faire des dupes.

Votre grand malheur est de ne pas vous fier assez

à vous-même, et de trop écouter aux portes ; c'esi

le défaut des gens faibles.

SIBYLLE HELLESPONTIQUE SIXIÈME.

AUGURE 1H

Vous vous repentirez toute votre vie d'en avoir pris une qui, malgré certaines qualités, ne convient pas à votre caractère, et vous fait damner.

Vous n’en aurez qu’un, et vous le découvrirez par un hasard singulier, au milieu d’un bal où il ramassera votre bouquet tombé à terre.

Une seule fille qui sera belle, mais froide et compassée, et ne ressemblera en rien à sa mère sous le rapport du caractère ardent et impétueux.

Oui , et on finira par reconnaître l'injustice dont vous avez été frappé, mais les jaloux qui vous en veulent ne seront pas découverts.

Non; vous êtes joué par des personnes que vous croyez vos compères, et qui tout simplement veulent vous exploiter.

Médiocrement, mais à force d’études vous pourrez y gagner votre vie. Seulement bien des traverses vous y attendent.

Il s’agit pour vous de trouver une femme convenable. Or, ce diamant ne se rencontre pas à toutes les portes.

Vous feriez bien mieux de prendre les avis de la femme qui vous aime. Elle a plus de cerveau que tous vos soi-disant amis.

Avec votre esprit audacieux et votre amour des aventures, vous pouvez réussir, si la probité et la prudence assurent toutes vos démarches.

Non, vous êtes plutôt né pour le barreau, vous

avez trop d’éloquence et de franchise de paroles ;

vous n'êtes. pas assez circonspect.

SIBYLLE HELLESPONTIQUE SIXIÈME.

AUGURE IH

Non, vous vivrez très vieux, et, malgré vos passions de jeunesse, vous aurez une belle vieillesse due à la résistance de votre organisation.

Oui, si vous donnez une forte somme d'argent à votre avocat pour l’encourager ; sinon, 1} perdra votre cause par incurle.

Non, vous n'avez point assez de ruse dans le caractère pour cet emploi, vous ne serez heureux que dans une position modeste.

Quand cela serait, à qui faudrait-il s'en prendre?

Vous ne vous occupez pas plus de vos affaires les

plus importantes que si c’étaient celles d'un autre,

Il ne faut pas y songer, vous avez attaqué au vif des amours-propres très irritables, et vous devez vous rappeler cette maxime : « L'’amour-propre offensé ne pardonne jamais. »

Le principal défaut de votre caractère, c’est la défiance : alors, quand vous doutez, pourquoi vous ouvrez-vous? c'est vous tourmenter à plaisir,

C'est un noble principe social d’accepter les excuses, quand on n a été que légèrement offensé ; n’avez-vous pas vingt fois offensé ainsi les autres ?

Vous êtes loin d’être impuissant, mais vous êtes dominé par une passion brutale, celle du vin et des liqueurs qui vous énervent et vous consument à la longue.

Vous seul l'avez préparé et amené par vos dérèglements de toutes sortes. C’est à vous de réparer tout le mal que vous avez fait.

Cect aurait lieu si votre femme vous laissait faire; mais elle les dirige à sa guise et gâte leur beau caractère.

SIBYLLE HELLESPONTIQUE SIXIEME.

AUGURE IV

Oui, pour votre malheur, car vous n'avez point assez de mérite pour briller dans un degré aussi élevé ; mais vous l'avez voulu.

Dites-moi, avant que je réponde, si vous vous sentez capable d'en éprouver; car l'amour isolé, solitaire est un feu qui s'éteint vite.

He.

Si vous ne changez pas d’allures et de mœurs, quoique vous soyez honnête foncièrement, vous vous dépraverez et ne rencontrerez que des cœurs froids.

ls seront très contents de posséder des richesses

que vous aurez amassées avec beaucoup de peine,

et ils riront de votre parcimonie.

Oui, mais le monde vous abreuvera de chagrins et d’amertumes de toutes sortes, et vous finirez par l’éviter avec bonheur.

Non, vous n’avez point assez de capitaux pour marcher : or, aujourd'hui, les capitaux sont tout, et la haute concurrence doit vous tuer tôt ou tard.

Pour cela, il faut faire un grand effort : renvoyer immédiatement une maîtresse qui vous ruine et qui vous enlèverait plus tard jusqu'à votre dernière chemise.

Je ne vois pas ce que vous avez à y gagner, et je vois que vous avez beaucoup à y perdre. Ne maudissez donc pas le présent au profit de l'avenir.

À peu près tous vos amis le savent et en rient à gorge déployée ; il n’y a que vous qui ne vous aperceviez de rien.

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