CHAPITRE VIII
La greffe de corps thyroïde et de capsules surrénales dans les maladies
de ces glandes.
L'idée de substituer un organe sain à un organe malade n'est pas une nouveauté; c'est elle qui a guidé Schiff par exemple dans ses tentatives de greffe de corps thyroïde dans le péritoine, chez des animaux à qui il avait pratiqué la thyroïdectomie. C'est encore à la croyance que l'on avait de pouvoir ainsi remplacer les fonctions compromises ou supprimées par la maladie que l'on doit les méthodes de traitement du myxœdème par la greffe thyroïdienne ou l'ingestion de corps thyroïdes d'animaux, et du goitre par la thyroïdine.
Nous avons nous-même employé, pour traiter l'hypertrophie diffuse de la thyroïde avec noyaux énucléables, la greffe directe de corps thyroïde d'agneau déposée au lieu et place de la niasse goitreuse enlevée. Cette greffe était certainement résorbée, suivant les lois qui régissent l'hétérogreffe. Et nous avons pu obtenir en huit jours une rétrocession complète des lobes latéraux augmentés de volume, après l'énucléation du noyau médian.
Dans des cas analogues qui nécessitent une intervention, au lieu de traiter l'hypertrophie restante par la voie indirecte de r ingestion de produits thyroïdiens, on pourrait utiliser immédiatement la méthode directe qui vient hftter la rétrocession et
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Tatrophie goitreuse en ajoutant son action à l'action analogue bien démontrée aujourd'hui de l'opération môme.
1<^ Nous nous sommes demandé en présence des succès obtenus à Taide de la thyroïodine et des produits du corps thyroïde dans le traitement des goitres, à Taide aussi de la greffe directe de cet organe, si une méthode analogue ne pourrait pas être employée dans la thérapeutique des tumeurs thyroïdiennes malignes, et si ces dernières ne seraient pas influencées par des produits issus de la transformation de la thyroïde en une néoplasie de nature différente. Mais nous n'avons rien observé d'utile après la greffe de goitre ordinaire et de corps thyroïde que nous avions faite à h\ surface de goitre cancéreux chez deux malades.
2'' Il est curieux de constater que les bons effets de la substitution thérapeutique par la greffe des viscères ont été obtenus surtout et presque exclusivement pour les maladies du corps thyroïde, telle que le myxrrdème et le goitre. La maladie d'Addison, par exemple, ne saurait être traitée par la greffe sous-cutanée de capsules surrénales. Cette greffe est, en effet, très dangereuse pour ne pas dire mortelle. Nous l'avons employée à deux reprises chez des malades à qui nous avons inséré sous la peau de l'abdomen une capsule surrénale de chien, de chaque côté, et ces deux malades ont succombé vingt-quatre heures après, ayant présenté des symptômes identiques, de l'hyperthermie et de la prostration. L'opération avait été faite sous anesthésie locale, il ne pouvait être question de choc; d'autre part, il n'est guère admissible que les malades bronzés soient à ce point dépourvus de résistance; il m'a semblé qu'il s'agissait ici d'une véritable intoxication. Cependant cette greffe a été faite avec succès par les physiologistes qui disent être arrivés à prolonger la vie des animaux au préalable décapsulés. Peut-être faut-il attribuer nos insuccès à la toxicité spéciale des capsules surrénales du chien. Mais on ne saurait oublier que l'altération des corps surrénaux chez nos mahides les rendraient incapables de détruire, ainsi que c'est
leur rôle, les toxines surrénales introduites par la voie du tissu cellulaire. Aussi convient-il de fairo des réserves sur les méthodes de traitement de la maladie d'Addison qui auraient quelque analogie avec nos tentatives, malgré les encouragements que donnait en ce sens Brown-Séquard.
Voilîi donc deux glandes vasculaires sanguines, la thyroïde et la capsule surrénale, l'une et l'autre indispensables à l'homme, dont la première peut être remplacée par son homologue empruntée au mouton, et dont l'autre, lorsqu'elle est altérée, non seulement ne peut être suppléée par un corps surrénal de chien, mais est incapable de lutter contre les etiets de cette greffe, laquelle, loin de guérir, empoisonne au contraire le malade plus sûrement que s'il avait eu des capsules surrénales saines.