‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 10 sur 30 · III · texte numérisé non relu

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seurs de. Damiette , au grand détriment des chrétiens, qui ne sauvèrent que les échelles. Après ces attaques réitérées et infructueuses, le Soudan n’osa plus livrer bataille aux chrétiens; mais il dressa ses tentes non loin du camp des croisés et se tint en embuscade.

Cependant l’armée chrétienne, après avoir eu recours aux pierriers, aux trébucbets et aux autres machines pour battre en brèche les murailles de la ville, n’avait obtenu, malgré ses longs efforts, auoun résultat. Les sages d’entre le peuple sentirent parfaitement et comprirent en vérité que Damiette ne pouvait être prise que par l’intervention divine. Bientôt des murmures se firent entendre dans le camp, et, eu punition des péchés de tous, la discorde divisa les opinions. Les uns avaient la présomption d’attaquer le Soudan, qui se tenait en embuscade non loin du camp chrétien, de lui livrer une bataille en plaine et de le vaincre; prétendant que sa déttKb serait le signal de la prise de Damiette. D’un autre côté, le roi de Jérusalem et beaucoup d’autres avec lui, étaient d’avis qu’on devait persévérer dans le siège commencé, jusqu’à ce que la protection divine ou la famine eût triomphé de la résistance des assiégés.,, o Voy^a, disaient-ils, « ceux qui sortent de la ville par la dérobée on « ceux qui descendent préoipitamm^t du. haut des « murailles, ils sont gonflés [par la maladie (/)] ou af- « faiblis par la faim ; ce qui annonce évidemment « l’extrémité où sont réduits leurs concitoyens. '» Cependant, ceux qui étaient fermement résolus à livrer

bataille au Soudan ânirentpar l'emporter, et le jour He la décollation de saint Jean-Baptiste, ils sortirent en foule, malgré la discorde qui les désunissait, pour aller attaquer le camp des Babyloniens ; la foule était telle qu'il resta à peine quelques homines d'armes au siège delà ville. EnGn, étant arrivés dans une grande plaine, entre la mer et le fleuve, dans laquelle il était impossible de se procurer de l'eau douce pour boire, ils aperçurent les ennemis de la foi qui étaient encore dans leur camp, mais qui aussitôt levèrent leurs lentes et firent semblant de fuir. Les fidèles eurent beau s’avancer davantage, il devint évident que leurs adversaires ne voulaient pas engager de bataille rangée. Alors les capitaines de l'armée chrétienne tinrent longuement conseil pour savoir s’ils devaient aller plus loin ou revenir sur leurs pas. Les avis furent partagés ; mais, pendant même la délibération, les troupes rompirent imprudemment leurs rangs*, sans tenir aucun compte de ce bon ordre qu’imposent la discipline et l’obéissance militaires. Les cavaliers de Chypre, dont le poste était à l'aile droite, déployèrent toute leur lâcheté, lorsque les Sarrasins vinrent les' prendre en flanc. Les fantassins romains prirent la fuite les premiers, et après eux des cavaliers de divers pays et même quelques hospitaliers de Saint- Jean. Eu vain le légat et le patriarche qui portait la croix les supplièrent avec instance de tenir ferme. Les rayons du soleil étaient brûlants; une chaleur étouffante venait se joindre à la fatigue de la roule pour les fantassins, écrasés sous le poids de leurs

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nrmes. Ceux qui avaient apporté du vin avec eux, pressés par la soif et manquant d’eau, se mirent à le boire pur : puis, se mettant à courir à la suite des premiers fuyards, cette course précipitée les fit tomber morts quoique sans blessures. Le roi de Jérusalem, avec les templiers, les chevaliers tetitoniquesel les hospitaliers de Saint-Jean, les comtes de Hollande, de Wide, de Salzbourg et de Chester, Gaultier, fils de Berthold, Régnault de Pons, les Français, les Pisans et des chevaliers de diverses nations, soutinrent tout l’effort des païens et servirent de rempart aux fuyards, tant qu'ils tinrent têteaux ennemis. Cependant le roi de Jérusalenj fut presque entièrement brûlé par le feu grégeois. Dans ce malheureux combat, les chrétiens laissèrent beaucoup de prisorvniers, entre autres l’évêque élu à Beauvais, son frère André de Nanteuil, le vicomte de Beaumont , Gaultier, camérier du roi de France avec son fils, Jean d’Arcis et Henri de rOrme.Trente^trois templiers furent prison tués ainsi que le maréchal de l’hôpital de Saint-Jean et quelques frères du même ordre. Les chevaliers teutoniques eurent aussi plusieurs pertes à regretter : une foule d’autres furent ou massacrés ou emmenés en captivité. La milice du temple, qui est ordinairement la première à l’attaque, fut la dernière à la retraite elle resta en dehors du fossé qui défendait le camp chrétien , résista vigoureusement aux assaillants et rentra laderhière, quand tous furent à l’abri derrière les remparls. Alors les incrédules se retirèrent pour emmener leurs captifs et ramasser les dé-

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pouilles. Cinq ceuls têtes de cbrélieas t'ureut présentées au Soudan, comme les croisés l'apprirent de la bctuche même des infidèles. Mais ils purent se flatter aussi que les ennemis avaient éprouvé de grandes perles surtout parmi leurs meilleurs soUats. En effets le Soudan envoya un des prisonniers 9^1 avait faits vers les chrétiens pour traiter avec eux de la paix ou au moins d'une trêve. Les chrétiens profitèrent des négociations pour réparer leurs retrancliements et leurs machines.

A cette époque, quelques marins, traîtres à la chrétienté, et plusieurs chrétiens avec eux, se retirèrent avant l'époque du passage ordinaire, et laissèrent l'armée en grand péril : cette désertion eunslerna les chrétiens et augmenta l’audace des fiahyloniens. Ceux-ci, rompant brusquement les négociations de paix, vinrent la veille de saint Côme et dki saint Damien, ainsi que le jour suivant, attaquer les chrétiens sur l'eau, avec des galères armées et des vaisseaux à éperons; sur terre, avec des mangouifeauti, des tai^s, et des fascines destinées à combler le fossé. Us les as^illirent avec leur impétuosité habituelle et leur férocité barbare; et, dans cette attaque imprévue , plusieurs fidèles perdirent U vie. Mais le Dieu tout-puissant , le triomphateur en Israël, pourvut au salut des croisés, et leur envoya par mer Savary de Mauléon , avec des galères armées et une foule de guerriers. A la vue de ce renfort, les chrétiens, près de succomber, poussèrent des cris vers le ciel, louant Dieu et ne tremblant

plus. Ils résistèrent courageusemeut à leurs ennemis, et forcèrent les incrédules à se retirer, par la protection de celui qui sauve ceux qui espèrent en lui.

( Â cette époque, iiorissait en Âllemagne la trèsillustre princesse sainte Elisabetb, fille du roi de Hongrie, et femme du landgrave de Tbtiringe. Ses miracles et la sainteté de sa vie l'avaient élevée audessus de son sexe. C'était par ses exhortations que le landgrave son époux, nommé Louis, avait pris la croix. 11 mourut à Damiette, et fut reçu aü ciel par l'intercession de sa très-sainte épouse. Devenue veuve par.sa mort, sainte Élisabeth reçut l’habit de religieuse des mains de maître Conrad, très-saint homme, et elle monta tellement de vertu en vertu, qu'avant et après sa mort, toute l’ÂlIemagne fut édifiée de ses mérites et de sa gloire. Il faut savoir que sainte Élisabeth était la fillé de cette reine qui donna lieu à cette fameuse phrase amphibologique que le pape Innocent interpréta favorablement en faveur de l’accusé, unanimement condamné. Le p^e l'expliqua ainsi * : « Ne tuez pas la reine; il esl bon « de le craindre, et si tous sont de cet avis, j’en suis « aussi ; » tandis que, dans cette phrase, l'intention malveillante était celle-ci : « Ne craignez pas de tuer « la reine : cela est hon ; et si tous sont de cet avis, « j'en suis aussi. » Àprès cette interprétation offi-

* Il est difficile de traduire ce passage exactement. La différeuce du sens repose sur la transposition de la virgule. Ce fait, s’il est vrai, semble avoir préparé les esprits an fameux sophisme soutenu dans le moyen Ige ; Licet occidere reginam.

cieuse due à de riches présents, l’accusé fut mis en liberté )

Disons maintenant quelque chose de ce qui se passait dans l’intérieur de la ville. Damiette, éppisée par un long siège, par le fer, la famine, et une peste terrible , enfin, par des calamités qu’on ne peut ni croire ni raconter, n’avait plus d’espoir que dans la promesse que lui avait faite le Soudan de traiter avec les chrétiens, s'il le fallait, plutôt que de laisser périr ses habitants. En attendant, la famine était affreuse, et tout aliment leur manquait. Le grain se conserve mal en Égypte à cause du terrain humide dans lequel il vient, et ce n'est que dans des contrées plus hautes, aux environs de Babylone, qu’on peut le garder pendant un an. Les incrédules avaient fermé toutes leurs portes, de peur que quelqu’un d’entre eux ne sortît et ne fit part de leur misère aux fidèles : car , les jours de I'affliction étaient venus pour ces malheureux. Quant à l’armée du Soudan qui tenait la campagne et assiégeait les fidèles, la disette commençait à se mettre dans son camp. Un seul muge salé se vendait jusqu’à douze besans. Entre antres fléaux auxquels les Sarrasins étaient exposés le jour et la nuit, ils étaient frappés d’une cécité ‘ qui les empêchait de voir, les yeux ouverts. En outre, le Nil, qui a coutume de déborder après la fête de saint JeaiiiBaptiste jusqu'à l'exaltation de la sainte

' lotercalatioD foornie par le manuscrit de Cotton. ’ .^urtsta, du grec àopa<ngt.

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Croix, et d’arroser la plaine d’Égypte, ne s’éleva pas cette année-là à sa hauteur habituelle, ^ laissa à sec la plus grande partie du terrain ; ce qui ne permit ni de semer ni de labourer. Aussi le Soudan, redoutant la disette, et désireux de conserver Damiette, songea à conclure la paix avec les chrétiens. La prise de la tour du Nil, conquête qui tenait du prodige, l’avait confirmé dans son dessein, et depuis il avait eu lieu d’admirer la fermeté des chrétiens, qui, tant de fois , quoique en petit nombre, avaient attaqué intrépidementtoutes les forces du paganisme, avaient fait fuir honteusement ses s<^dats, et en avaient tué plusieurs milliers.

Le socuan fait des paorosmoNs de paix adx assiégeants. — Prise de Damiette. — Dëpooilles préciEDSEs. — Importance de la ville de Damiette. — Prise dü chateau de 'Eaphnis. — Lesoudun, se trouvant dans cette perplexité, convoqua les princes de son armée et ses conseillers les plus fidèles, et leur parla en ces termes : « Le Dieu des chrétiens , dit-il, « est grand, fidèle et puissant dans les combats, « comme nous l’avons tous éprouvé, et surtout dans « les circonstances présentes , où il combat manifes- « tement contre nous pour nos ennemis : sans aucun « doute, tous nos efforts seront inutiles, tant que les « croisés l’auront pour aide et pour soutien. Voici « que la prise de Damiette , qui est la clef de toute « l'Égypte, est imminente; si cette ville est prise, ce « sera un grand malheur pour nous et pour notre

« loi. Or, nous savons bien qu’elle a été assiégée a plusieurs fois par les chrétiens; mais je ne sache a pas qu’ellè ait jamais été conquise. Je pense donc a qu’il nous est utile de rendre au Dieu des chrétiens H tout ce qui a été à lui, de peur que, par les mains a des siens, il ne nous enlève ce qui est à nous, a Comme il est juste, et qu'il ne désire pas le bien « d’autrui, si les chrétiens refusent la paix que nous a leur offrirons, paix équitable et honorable pour « eux, ils s’attireront lu haine de leur Dieu par leur a injuste ambition, t'omme il méprise les orgueil- « leux, il se retirera d’eux, et ils auront pour advera saire celui qui leur avait été jusqu’ici propice etfaa voreble. » Quoique cet avis ne fût pas goûté par tout le monde, lesoudan envoya une ambassudè aux chrétiens; il leur offrit la restitution de la vraie croix, qui avait été prise anciennement par Saladiu, ainsi que de tous les captifs qu’on pourrait trouver vivants ' dans les royaumes de Babylone et de Damas; il promit de fournir aux frais nécessaires à la réparation des murs de Jérusalem, et au rétablissement de la ville dans son premier état. Il s’engagea de plus '■ à leur rendre lu totalité du royaume de Jérusalem, à l’exception de Crak et de Montréal : j)our les garder il paierait tribut, et donnerait par an douze mille besans, tant qu’il occuperait ces deux places. Ce sont deux châteaux d’Arabie qui ont sept tours très-bien i<)rtifiées, et par où les marchands païens et les pèlerins qui se rendent à la Mecque ont coutume de passer : celui qui en est maître |)eut ravager les vignes

et les champs de Jérusalem. Le roi de Jérusalem, le comte de Chester, tous les Français et les chefs allemands assurèrent que cette paix devait être acceptée, et appuyèrent sur les avantages qu'elle offrait à la chrétienté. 11 ne faut point s'en étonner, puisque les chrétiens se seraient contentés de la paix, bien moins avantageuse, qui leur avait été offerte précédemment. Mais la sage résolution du roi de Jérusalem fui combattue par le légat, qui désirait que la ville lui fût remise. Le légat entraîna le patriarche et tout le clerçé qui s'opposa à la paix , ne cessant de répéter qu'il fallait prendre Damiette avant tout. Cette diversité d'opinions engendra la discorde, et les députés du Soudan se retirèrent joyeux de voir les chrétiens désunis. Lorsque cette nouvelle fut annoncée au soudan , il Ht partir secrètement une troupe nombreuse de fantassins qui devait se rendre à Damiette par les marais. Deux cent quarante d'entre eux franchirent les barrières du camp, et y entrèrent pendaht le sommeil des chrétiens , la nuit du dimanche qui suivit la Toussaint ; mais les cris des sentinelles réveillèrent l'armée : les uns furent tués, les autres furent pris, et le nombre des captifs s'éleva à plus de cent.

Bientôt le peuple chrétien livra à la ville un assaut furieux ; s'apercevant que les murs et les remparts étaient laissés sans défenseurs, il appliqua en toute hâte des échelles aux murailles, et les fidèles entrèrent à l’envi dans la ville. Ainsi, par la protection du Sauveur du monde, Damiette fut prise aux nones de novembre, sans résistance, sans désordres, ni

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violeuce, ni piHage, pour que la victuirefût attribuée au seul fils de Dieu. Pemient que la ville était prise sous les yeux du roi de Babylone, il n’osa pas, selon sa coutume , attaquer les chrétiens ; mais il prit la fuite , couvert de confusion , et en brûlant son propre camp. Les soldais de la croix, sous la conduite du Christ, étant donc entrés à Damiette, trouvèrent les rues encombrées de cadavres d’où s’exhalait une odeur insupportable, et qui présentaient un spectacle hideux. Les niorts avaient tué les vivants ; le mari et la femme, le 'père et le fils, le maître et l’esclave, s’étaient mutuellement donné la mort en corrompant l’air qu’ils respiraient. Non-seulement les rues de la ville étaient pleines de morts, mais encore des cadavres gisaient dans les maisons et dans les chambres. Les jeunes gens et les enfants demandaient du pain, < mais il n’y avait personne pour leur en donner. Les petits à la mamelle, suspendus aux seins de leurs n^|es mourantes, qui les serraient dans leurs bras, ouvraient la bouche (comme pour demander leur nourriture]. Les riches délicats étaient morts de faim sur des monceaux de blé. Pendant le siège il périt quatre-vingt mille personnes à Damiette, excepté ceux que les fidèles trouvèrent ou eu bonne santé, ou seulement languissants: leur nombre pouvait s’élever à un peu plus de trois mille. Parmi eux, trois cents des plus nobles furent réservés vivants par les chrétiens pour servir à l’échange des prisonniers; furent aussi épargnés ceux qui reçurent le baptême et qui crurent au Christ. On sait que cette ville fut assiégée,

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la première fois, par les Grecs, qui furent obligés de se retirer; la seconde fuis, par les Latins, sous la conduite d’Amaury, roi de Jérusalem^ qui n’eurent pas plus de succès; cette troisième fois, elle fut livrée aux ûdèles chrétiens par le roi des rois et le seignemdes seigneurs, notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et qui règne dans les siècles des siècles.

Les croisés trouvèrent à Damiette de l’or et de l'argent en quantité , des étoffes de soie , des vêtements précieux , des ornements mondains^ des meubles de tout genre et fort nombreux. Tous jurèrent en commun que chacun rapporterait le butin trouvé dans la ville pour être ensuite partagé également entre les vainqueurs. Le légat en donna l’ordre exprès sous peine d’anathème , mais la concupiscence des yeux fil beaucoup de voleurs. On apporta à la masse, et au profit de la chose commune, une grande partie des richesses de l’Égyple en or et eu argent , en perles , fruits , ambre, fils d’or , sachets, étoffe iprécieuses : tout cela fut distribué à l'armée du Seigneur , ainsi que le blé trouvé dans la ville*. L’évêque d’ Acre bajH tisa tous les petits enfants qui furent trouvés vivants dans la vijie, et offrit ainsi à Dieu les prémices des âmes. De la grande mosquée de Damiette , le légal fit une église en l’honneur de la hienheureuse Vierge Marie et de toiis les apôtres , .à la gloire et à l’exaltation de la foi chrétienne et delà sainte Trinité. La

* Matt. Piris parte plus haut de richca morts sur des tas de blé. Estce parce qn’il n’avait pn être manipulé, ou parce qn'il était ^arri f Dans ce dernier cas, c’e6t été un présent sans valenr. > '

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ville'^. Damiette , outre sa forte position iTaturelle , est entourée d’un triple mur: elle a en dehors un mur assez bds qui sert à défendre fc fossé extérieur ; 1 la seconde enceinte est pKis élevée , et la troisième t plus haute encore que la seconde. Le mur du milieu a vingt-huit tours principales , chacune contient deux ou trois tortues. Toutes ces tours ne furent point endommagées, à l’exception d’uno seule que les coups multipliés des trébuchets des templiers avaient ébranlée quelque peux Dieu voulut, en effet , livrerèses serviteurs Damietteencore entière, comme la clef et le boulevard de toute la terre d'Égypte. Cette vi|l||^$t située entre Ilamassès et la plaine de Tapbiiis/daiis la terre de Goshen -plaine que les chrétiens pouvaient convertir en pâturages; car c’est un terrain fertile que les fils d’Israël demandèrent à Pharaon au temps de la famine , ainsi qu’on le lit dans l’Aneién-Testament.

,Après avoir pris possession de Damiette , les chrétiens firent partit des éclaireurs au nombre de mille euÿirou , le jour de la fête de saint Clément. Ceuxci montèrent sur des barques, et naviguèrent sur une petite rivière nommée Taphnis , avec mission de cfiéi*cfacr des vivres dans les châteaux et dans les vilet d’explorer avëc soin la position des lieux. Lorsqu'ils furent près d'un château appelé du même Doua que la rivière, lés Sarrasins qui en formaient la garnison crurent , à la vue des éclaireurs chrétiens,

< lÀ$ei Tbanit, dam la Urre de Geaseo.

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que l'armée tout entière arrivait : aussitôt ils' ouvrirent leurs portes et prirent la fuite. Les chrétiens u’y trouvant pas d’autre capitaine que le Christ, s’emparèrent de Taphnis avec grande joie. A leur retour, ils affirmèrent que jamais ils n’avaient vu en plaine de château mieux fortifié. En effet , il est flanqué de sept tours très-fortes , et des tortues y sont disposées en rond. Il est entouré d’un double fossé et d’une double enceinte, avec un avant-mur. De larges lacs l’environnent et font qu’en hiver les abords sont trèsdifficiles pour la cavalerie, et tout à fait impraticables en été : ce qui met ce château à l’abri d’uii siège. Les eaux de ces lacs âont tellement poissonneuses, qu’un tribut annuel de quatre mille marcs est payé au Soudan pour le droit de pèche. Le pays abonde en oiseaux et en salines. Lue foule^de hameaux entourent Taphnis et en dépendent. Avant de n’être qu’un château , c’était une ville très-fameiise, plus importante ménoe que Damiette , mais qui avait été ruinée. Le prophète David , dans ses psaumes , et le prophète Isaïe font mention de cette plaine de Taphnis : « In- « sensés , les princes de Taphnis', etc. » C’est aussi dans celte ville que Jérémie fut , dit-on , lapidé , comme on le voit dans l’Âncien-Testament. Tap^^S est éloigné de Daimette d’une journée de mar^^R par mer, du côté de la terre de promission ; en sorte qu’il est facile d’y envoyer des renforts d’Acre ou de Damiette par terre et par mer , et d’y faire passer des vivres. Cette place fit beaucoup de mal aux chrétiens pendant le siège de Damiette, quand les vaisseaux

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qui venaient rejoindre l’année ou qui la quittaient étaient poussés sur cette côte. En effet , le bord de la mer qui s’étend devant Taphnis est sablonneux , et n'offre point de mouillage. Il forme seulement un golfe assez large dont les vaisseaux ne peuvent se tirer une fois qu’ils y sont engagés, à moins d’un vent extrêmement favorable.

Vers le même temps, le noble seigneur Ranuif , comte de Chester, après avoir combattu pendant près de deux ans au service de Dieu , regagna sa patrie , avec la permission et la bénédiction du légat, et accompagné par les vœux de toute l’armée. Cette auiiéelà mourut Uuguesde Maneport , évêque de Hereford, vers le temps de Pâques; il eut pour successeur Hugues Foliot, qui fut consacré à Cantorbcry , le jour de la Toussaint.

Expédition de Loüis , fils dd roi de France , contre Todlocse. — Mort de Simon de Montfort. — Vers le même temps, Louis , Qls ainé de Philippe, roi de France, réunit, d’après les conseils de son père, une innombrable armée pour combattre les hérétiques Albigeois. Il parut, avec la multitude qui le suivait, devant la ville de Toulouse dont les habitants étaient regardés depuis longtemps comme souillés par les erreurs hérétiques, et en forma le siège. Ses machines ayant été disposées autour de la place, commencèrent à battre les murs sans relâche. A la vue de ces préparatifs hostiles, les habitants eurent recours à leurs moyens de défense, et dressèrent machines contre

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machines. L’armée française , après de fréquentes et vaines tentatives , eut à souffrir de ia disette : la disette fut suivie d’une mortalité terrible qui se jeta sur les hommes et sur les cbeyaux. Simon, comte de Mdhtfort, qui conimandait l’armée, fut atteint à la tête , devant la porte de la ville , d'une pierre lancée par une machine des assiégés ; bientôt meurtri par tout le corps, il expira sur-le-champ. Le frère dudit Simon, en assiégeant un ciiôteau près de Toulouse, fut aussi frappé d’Un coup de pierre, et mourut : ce qui vint augmenter les regrets de beaucoup de gens. L’armée de Louis , comme nous l’avons dit , se trouvant donc frappée de la famine et de la mortalité, qui avaient déjà fait de grands ravages , celui-ci fut obligé de revenir en France couvert de confusion , et ramenant les débris de ses troupes. ' -V< >

Seconu cocbonnement dë Henri 111. — ^ Canonisation DE SAINT HcGUES, ÉVÉODE DE LiNCOLN. — FaITH DI- VERS. — Translation.de saint Thomas, archevêque de Cantorbéry. — L’an du Seigneur 1220, Je roi Henri, placé encore sous la garde de Pierre, évêque de Winchester, passa les fêtes de Noël à Marlborough. Cette même année, le même roi fut couronné à Westminster, le saint jour de la Pentecôte, par Étienne, ar- «faevêque de Cantorbéry, en présence du clergé et du peuple de tout le royaume, le seizième jour avant les calendes de juin, l’an cinquième de son règne. Ensuite, le jour de la fête de saint Barnabé, apôtre, le roi d’Angleterre Henri, et le roi d’Écos.'^e AJexandre

eur^t une entrevue à York : là fut r^lé entre eux le mariage qui devait avoir lieu entre ledit roi d’Écosse et Jeanne, sœur du roi d’Angleterre; l’alliance qui unissait les d^ux princes fut confirnnée et le roi d’Écosse retourna dans ses états. Cette même année fut consacré comme évêque d’Ély, Jean, abbé des Fontaines, à Westminster, la veille de la fête de sainte Perpétue et de sainte Félidté.

Cette même année et ce même jour, saint Hugues, évêque de Lincoln, fut canonisé parle pape Henorius et inscrit au catalogue des saints, sur enquête de ses mérites faite par Étienne, archevêque de Cantorbéry, et Jean, abbé des Fontaines, ainsi qu'il est dit dans le bref suivant du seigneur pape : « Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers 61s tous les fidèles eu Jésus-Christ, qui ces présentes verront salut et bénédiction apostolique. La munificence cle la bonté divine, non contente de placer dans la félicité du royaume céleste ses saints et ses élus, les fait briller encore sur la terre par l’éclat des miracles, afin que la dévotion des fidèles, excitée par ce moyen, demande avec le respect convenable le suffrage de leurs’mérites. Or, comme leSeigneur dans sa munificence a daigné illustrer Hugues, *évêque de lino<dn, de pieuse mémoire, non-seulement pendant ' sa^)|^ mais encore après qu’il eut dépouillé l'enveloppé mortelle, par une fouk^ miracles éclatants, doBtTauthenticité est avéréd^P|P< nous, nous l’avons inscrit au catalogue des saints. Nous vous avertissons en conséquence, tous tant que vous êtes, et nous vous

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