‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 11 sur 30 · III. is · texte numérisé non relu

III. is

HENRI m.

exiiortons dans le Seigneur à implorer pieusement son intercession auprès de Dieu. Nous ordonnons, en outre, que sa fête soit célébrée religieusement à l'avenir, chaque année, le jour de ses funérailles*. Donné à Viterbe, le treizième jour avant les calendes de mars, l’an quatrième de notre pontificat. »

Cette même année, le roi Henri, malgré la résistance de Guillaume, comte d’ Albemarle, s’empara à l’improviste des châteaux de Rokingham et de Sanney (?), la veille des apôtres Pierre et Paul. Ledit roi, étant entré dans ces deux châteaux, les trouva tellement dépourvus de toute espèce de provisions, qu’il n’y avait pas même trois pains en fait de vivres. Le samedi, veille de la Pentecôte, fut commencée la chapelle neuve de la Vierge, à Westminster; le roi Henri en fut le fondateur et posa la première pierre de l’ouvrage.

Vers le même temps, on leva la pierre de marbre qui couvrait le corps du bienheureux Tliomas, archevêque et martyr. La cérémonie fut faite par Etienne archevêque de Cantorbéry, en présence du roi, de presque tous les évêques du royaume, des abbés, des prieurs, des comtes et barons, du clergé et d'un peuple nombreux , le lendemain des Octaves des apôtres Pierre et Paul. Le corps du saint fut déposé avec respect dans une châsse artistement tra-

* Drpositio (texte Aie)^ moment où l’on quitte le corpe, ou moment où l’on e«t posé en terre. (Ducange.) Le jour de la mort était ordinairement choisi de préférence pour la commémoraGon de la fête. Le jour de la Saint-Louis (2S août) en est une preuve.

Taillée et ornée de pierres précieuses et d'or. Les archevêques, les évéques, les abbés, les prieurs et beaucoup d'autres du royaume de France, ainsi que de divers pays, 'assistèrent à cette translation. Tous s'étaient fait un devoir de se rendre à cette solennité, par respect et par vénération pour le bienheureux martyr ; car il pai'aissait convenable à tous d'bonorer et de respecter généralement celui qui n'avait pas craint de verser son sang pour l’église universelle et de combattre pour la foi jusqu’à la mort. Cette même année, moururent Henri de Bobun, comte de Héreford, et Saër de Quincy, comte de Winchester.

Troubles en Angleterre. — Qcerem.e entre l’évêque DE Durham et les moines de cette église. — Lettre du pape aux évêques d’Angleterre. — Appel de l’évêque de Durham au pape. — L’an du Seigneur 4224 , le roi Henri tint sa cour à Oxford aux fêtes de Noël, en présence des comtes et des barons du royaume. Les formalités ordinaires ayant été accomplies dans la joie et dans la paix, le roi fit à chacun les largesses auxquelles il avait droit, d'après l'ancienne coutume du royaume. Cependant, Guillaume de Forêt, voulant troubler la paix du roi, quitta sa cour sans permission la nuit suivante et se retira en toute bâte au château de Bibam *. Peu de jours après, ayant réuni des hommes d’armes, il envahit le boui^

' Probablement Iligham , toua les antres lieux dont il est question icj étant également en Northamptonshire. Quant i Bridlington, qui est sitné dans le Holderness, il faut se souvenir que les comtes d'Albemarle possédaient cette province .a-

(le Tenhaoi, le dépouilla et lit porter au château de Biham le blé des chanoines de Bridlington. 11 dépouilla aussi le bourg deDeping et 1^ autres boui^ de la province, se saisit des homines et les 'mit à la torture pour leur faire payer rançon. 11 avait pour soutiens, dans ce soulèvement, Falcaise, Philippe Marci, Pierre de Mauléon, Ingelard de Athies et plusieurs autres, qui lui avaient envoyé secrètement des hommes d’armes pour le mettre à même, de troubler la paix du royaume. Effrayés de ces violences, les gens du pays’se sauvèrent dans les églises et portèrent leurs biens dans les cimetières. Cependant, les grands d’Angleterre avaient été mandés auprès du roi à Westminster pour y régler les affaires du royaume. Le comte, qui avait été appelé comme les autres, fei- ' gnit de s’y rendre ; mais le rusé voyageur, changeant d’avis, tourna du côté de Fotheringay. Ce château, qui était sous la garde de Ranulf, comte de Chester, était alors presque entièrement dépourvu de chevaliers et de sergents. Le comte Guillaume, en étant instruit, appliqua des échelles aux murailles et ouvrit à ses hommes d’armes l’entrée du château. En un instant la place fut prise et le peu de gardiens qu’on y trouva misauxfers. Il plaça ensuite garnisondans ce château et retourna précipitamment à Biham. Cela fait, il ravagea la province avec ses hommes d'armes et approvisionna son château avec le butin enlevé à autrui. Enfin, la nouvelle de ces excès parvint au roi et à son conseil. Aussitôt une grande armée fut rassemblée, et le château de Biham fut cerné la qua-

Irième férié après la purification de ta sainte Vierjje. Pour ne pas entrer dans de trop longs détails, nous nous bornerons dire que les machines disposées autour de la place eurent bientôt renversé murailles et édifices et que les assiégés n'eurent plus de lieu où reposer leurs têtes en sûreté. N’ayant plus d'autre refuge, ils sortirent tous des décombres du cftàteau et vinrent se présenter au roi le sixième jour avant les ides de février. Le roi ordonna qu'on les chargeât de chaînes jusqu’à ce qu’il eût décidé ce qu’il conviendrait de faire à leur égard. Pendant ce temps, Guillaume, conte d’Albemarle, grâceà l’intercession de Gaultier, archevêque d’York, et aux sollicitations du légat Pandolphe, rentra en paix auprès du roi. On eut égard aussi aux services fidèles et efficaces qu'il avait rendus audit roi et à Jean, son père, pendant la guerre. Leroi Henri relâcha même sans punition et sans rançon tous les chevaliers et sergents qu’il avait pris : maiscefut là un pernicieux exemple donné aux autres, qui, en cas de révolte se crurent assurés de rimpunÜé.

Vers cette époque, une grande querelle s’éleva entre Ilichard du Marais, évêque de Durham, cl les moines de la même église à l’occasion de certaines libertés et coutumes anciennes que Jes mêmes moines se réjouissaient d'avoir possédées depuis un temps immémorial. L’évêque, méditant une fourberie, fit dire aux moines de venir le trouver avec les privilèges et les titres de leur église, promettant que s’il y avait quelque article à corriger qui pût rendre leurs

HENRI III

libertés plus complètes, il le ferait de bon ^ré. Mais le prieur et les moines, redoutant quelque fraude de la part de l'évéque, refusèrent formellement de laisser voir les titres de la communauté. Furieux de ne pouvoir les examiner, l'évéque jura qu'il mettrait la main sur tous leurs biens ; ajoutant que s'il trouvait quelqu'un des moines hors du couvent, la seule rançon dont il se contenterait serait celle de sa tête. Il jura aussi, en présencedeplusieurSf que tant que lui, Richard, vivrait, la paix ne serait pas rétablie dans l'église de Durham. Peu après, les officiers de l’évéque, ayant tiré par force un moûie hors d'une ^lise, le fouettèrent jusqu'à ce que le sang ruisselât. Le moine s'étant plaint, et ayant déféré ses griefs au tribunal de l'évéque, Richard répondit : « Mes offi- « ciers auraient bien mieux fait de tuer ce moine. » Désormais l’évéque ne cessa d’accabler les moines d’outrages et tie vexations : ceux-ci se virent forcés d’en appeler au seigneur pape, et de se mettre sous sa protection, eux et tous leurs biens. Puis, envoyant à Rome des clercs et des moines de. leur couvent, ils accusèrent l’évéque sur plusieurs chefs ; en vertu de celte accusation, iis obtinrent du pape le rescrit suivant : « Honorius, évêque, etc., aux évéques de Salisbury et d’Ély, etc., salut, etc...- Il nous est si doux de rester en odeur de bonne opinion pour nos frères et coopérateurs, que s’il s’en trouve de gangrenés leurs plaies nous échappent. Mais il ne convient pas, par respect poiA‘ la dignité ecclésiastique , de soutenir des pécheurs que leurs désordres rendent dignes

(l'autaut de morts qu'ils o'iit donné d'exemples de perdition à ceux qui leur sont soumis, gens disposés à imiter de préférence les mauvais exemples qu'ils ontsous les yeux. Nous disons cela, parce que maintes fois on nous avait fait sur notre vénérable frère, l'évéque de Durham, des rapports qui le représentaient comme s'écartant de l’honnêteté épiscopale, et qu’enfin aujourd’hui les clameurs soulevées étant devenues comme des cloches en branle, nous avons résolu de né plus laisser ledit évêque se plonger dans ses excès, à la perdition de plusieurs. Un concert de voix est venu jusqu’à nous l’accusant de s'êlre souillé de sang, de simonie, d’adultère, de sacrilège, de parjure, de rapines et de dilapidations multipliées, depuis l’époque de son élévation à la dignité pontificale. Il ne craint ni d’opprimer les clercs , les orphelins et les religieux , ni de mettre obstacle aux testaments des mourants , ni de s’autoriser des privilèges royaux , contrairement ' aux décisions de notre cher fils Pandolphe , élu évêque à Norwich , ni de célébrer les mystères divins, étant enveloppé dans les liens de l'excommunication. De plus, il ne prend nul souci des appels interjetés en cour de Rome , il n’observe pas les statuts du concile général, il ne prêche jamais au peuple la parole de Dieu, et donne à ceux qui lui sont soumis de pernicieux exemples par ses discours et par sa conduite. Un moine de Durham s'étant plaint à lui d’avoir été tiré hors d’une église par

* L’édition de 1640 ajoute avant scieiUiam le mot contra qui donne un Mna à cette phraae.

ses ofBciera et d’avoir été fouetté jusqu’à ce que le sang ruisselât, il a répondu que ses officiers auraient bien mieux fait de tuer ce moine. Enfin il a foulé complètement aux pieds en tous points la r^le de continence apostolique imposée à fout évêque. C’est pourquoi, afin de ne pas paraître les auteurs d’excès qui nous sont étrangers , si nous fermions jes yeux sur les graves et nombreux désordres dudit évêque, après le cri d’indignation qui est monté jusqu’à nous, et comme il est impossible dè dissimuler plus longtemps, nous avons jugé bon et regardons comiQe ujl devoir de descendre à une enquête pour savoir R tous ces faits sont vrais ou non. Noos recommandons en conséquence à votre fraternité, parce reseritapostolique, de rechercher et d’examiner soigneusement l’exactitude de ces faits, et de nous faire passer le résultat de votre enquête par une lettre bien et dûment scellée, afin qu’avec l’aide de Dieu nous statuions sur ce qu’il y aura à faire. Donné à Viterbe, l’an quatrième de notre pontificat. »

Lorsque les lettres du seigneur pape furent parvenues à la connaissance des deux évêques , ils citèrent devant eux, à Durham, d’après la mission dont ils étaient chargés , l’évêque de Durham , les abbés, les prieurs, les archidiacres, les doyens et tous autres clercs ou laïques de la province, dont le témoignage pouvait être de quelque valeur. Lorsque tous, au lieu et au jour fixé, eurent comparu devant les exécuteui-s de l’ordre pontifical , on lut à haute et intelligible voix devant l'assistance les lettres du seigneur pape.

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Lorsqu'elles eurent été lues et comprises, les clercs de l’évéque de Durham se levèrent , récusèrent les évéques chargés de l’enquête en alléguant quelques réfutations frivoles et mensongères, et en appelèrent à l'audience du seigneur pape pour qu'ils ne procédassent pas à ladite enquête. Alors, après avoir interjeté appel , l’évêque se retira avec ses clercs , fixant jour à ses adversaires pour comparaître contre lui en présence du seigneur pape. Cet appel ayant suspendu l’enquête, ledit évêque songea à se rendre à la cour de Rome; mais il fit prendre les devants à ses clercs, et les chargea de him dispo>er le pape en sa faveur pour le moment de son arrivée ; d’où il advint qu’avant que les moines de Durham fussent parvenus à Rome, les clercs de l’évêque avaient beaucoup affaibli les accusations des moines susdits. Après de longues discussions de part et d’autre, devant le pape, et des sommes énormes dépensées , l’évéque et les moines furent renvoyés en Angleterre devant les juges dont nous avons parlé plus haut, afin qu’ils statuassent en prononçant sentence sur ce qui serait juste. Cependant cette quefelle dura encore longtemps, jusqu’à éeque la mort de l’évéque, comme lui-même l’avait annoncé, terminât le différend.

CONSTRDCTIOM d’dK NOUVEAU CHATEAU A MoNTCOMERT. — Nouvelles désastreuses de la Terre-Sainte. — Faits divers. — Cette même année , vers la nativité de la bienheureuse Marie , Léolin , roi de Galles , vint assiéger , avec une armée nombreuse , le châ-

teau qu’on appelle Buel*.. Léonin de Brause, à qui appartenait ce château, implora avec instance le secours du roi , le priant de faire lever le siège , parce que ses seules forces ne suffisaient pas.. Le roi , qui ne doit jamais faire défaut à ses barons , se dirigea de ce côté avec de nombreuses troupes. Les Gallois prirent la fuite, selon leur coutume, et le siège fut levé. Puis , marchant vers Montgomery avec son armée , il fit saisir, au profit des siens, tout le bétail et les troupeaux appartenant aux Gallois , et ravagea leurs biens sur sa route. Etant venu ensuite à Montgomery , il parcourut ces lieux à main armée. Les plusçprudents de ses conseillers remarquèrent un en droit propre à la construction d'un château par sa position que tout le monde trouvait inexpugnable. Le roi ordonna donc , poifr la sécurité du pays, et pour le protéger contre les fréquentes incursions des Gallois , que l’on construisît un château fort en ce lieu. Celd fait, chacun eut la permission de se retirer chez soi, et les seigneurs consentirent à payer deux marcs d’argent par bouclier.

Tandis que ces événements le passaient , les Occidentaux reçurent , de gens dignes de foi , les nouvelles suivantes , relatives à la Tèrre-Sainte : « Frère Pierre de Montaigu, grand-maître de la milice du Temple , à son révérend frère en Jésus-Christ , N. , par la grâce de Dieu , évêque d’Elne (?), salut. Nous annonçons à votre paternité par les présentes lettres,

< Probablement Built. La liste des surnoms, au lieu de Léonin, dit Régnault.

quelles oui été les opérations de l’armée du Cbrist Notre-Seigneur après la prise de Damiette et du château de Tapbnis. Sachez donc que dans la première traversée qui a eu lieu après la prise de Damiette , un si grand nombre de pèlerins ont abordé en Égypte que , joints au reste de l’armée , ils pouvaient suffire à garder Damiette et à défendre les châteaux. Le seigneur légat ainsi que le clergé, désirant que l’armée de Notre-Seigneur Jésus-Christ fit quelque expédition avantageuse, a exhorté avec zèle et plusieurs fois les troypes à courir sus aux iiiGdèles. Mais les barons de l’armée , tant ceux d’au delà que ceux d’en deçà de la mer, s’y sont opposés, alléguant que l’armée était trop faible pour garder à la fois la ville et les châteaux conquis , et pour marcher en avant, de manière à ce qu’il en résultât proGt pour la croisade. Cependant le sultan de Babylone , avec une innombrable multitude d’inGdèles, est venu camper non loin de Damiette , et il a jeté des ponts sur les deux bras du fleuve pour empêcher les chrétiens d’avancer, et il reste en expectative avec une telle foule de combattants, qu'il y aurait grand danger pour les Gdèles à venir l’attaquer dans le présent état de choses. Mats nous avons forliGé et retranché ladite ville de Damiette, les châteaux et le rivage de la mer, et nous attendons que le Seigneur nous console, en envoyant des renforts à notre secours. Les Sarrasins, informés de notre détresse, ont armé en guerre un grand nombre de galères qui tiennent la mer depuis quelque temps, et causent de grands dommages aux

IIEMU 111.

chrétiens qui viennent ou secours delà Torhe-Sainte. ] l/ai’jjent, en outre, commençait à nous manquer , et nous ne pouvions espérer de garder longtemps nos galères. Comprenant donc combien cet armement • des Sarrasins était nuisible à la croisade , nous avons armé sur-le-champ nos galères , galions et autres '

bâtiments , afin de tenir tête à la flotte des infidèles. ;

Sachez aussi que Coradin , Soudan de Damas , a i

rassemblé une immense armée de Sarrasins , et !

qu’ayant appris que les villes d’Acre et de Tyr n’avaient que de faibles garnisons, peu en état de lui résister, il ne cesse de causer, soit ouvertement , soit secrètement, de grands dommages à ces deux villes, lia paru plusieurs fois devant le château qu’on appelle le château des Pèlerins , et a fini par placer ses tentes en ce lieu , voisinage fort incommode pour nous. Il a assiégé et pris le château de Césarée en Palestine, quoiqu’on ce moment un grand nombre de pèlerins se trouvât à Acre. Sachez de plus que Séraph , fils de Saphadin , et frère des sondans de Babylone et deDamas, fait la guerre avec'de grondes forces aux Sarrasins orientaux ; il a déjà remporté des avantages signalés sur les plus puissants de ceux qui lui résistent ; mais sa victoire n’est pas «omplète, et grâce à 'Dieu , il ne pourra les subjuguer tous : car s’il parvenait â terminer la guerre qui l’oocupe maintenant , le pays vers lequel il tournerait ses armes , Antioche, Tripoli, Acre ou l’Égypte , serait exposé aux pins grands périls ; et s’il venait assiéger quelq^i’un de nos châteaux , nous serions entièrement

\^ÎSjiE ^221. 2Vf

hoi's d’état de le repousser. Néaninoios cette guerre entra Séraph et les Sarrasins nous donne joie et consolation. Nous attendons déjà depuis longtemps l’empereur et plusieurs autres princes sur lesquels nous comptons pour relever nos affaires. Leur arrivée , nous l’espérons y conduira à bonne (in l’ouvrage commencé par les mains de plusieurs. Mais si la croisade était frustrée de ce secours l’été prochain (ce dont Dieu nous garde), les possessions chrétiennes d’Orient, tant celles de Syrie que celles d’Égypte, le pays nouvellement conquis aussi .bien que le pays qui est à nous depuis longtemps , seraient placés dans la position la plus fâcheuse. Pour nous et pour les autres chrétiens d’en deçà de la mer , nous nous sommes imposé de si grands et de si nombreux sacrifices afin de mener à bien les affaires de Jésus- Cbrist , que maintenant nos ressources sont épuisées, si nous ne sommes secourus au plus tôt par la clémence divine et par les subsides des fidèles. Donné à Acre, le douzième jour avant les calendes d’octobre. » Cette même année, Guillaume, évêque de l’église de Sainte-Marie à Londres , résigna volontairement l’épiscopat, le lendemain de la conversion de saint Paul. Ëustache de Paucombridge, alors trésorier de l’échiquier, fut élu évêque de Londres, le cinquième jour avant les calendes de mars : son élection fut confirmée par le légat Pandolpbe, et il fut consacré à Westminster, le septième jour avant les calendes de mai. Cette même année, Pandolpbe, en retournant à Rome, cessa d’exercer les fonctions

Di

HENRI in.

de légat. Le roi Henri donna pour époase à Âlexandre, roi d’Écosse, Jeanne, sa sœur ainée. Les fiançailles eurent lieu à York , le lendemain de la fête de saint Jean-Baptiste , et les noces furent ensuite célébrées solennellement en présence des deux rois. Hubert de Bourg épousa aussi , dans la même cité d’York, la sœur dudit roi d’Écosse. Cette même année mourut, en revenant de Damiette, et dans les | pays du continent, Guillaume d’Albinet, comte '

d’Arondel. Son corps fut rapporté en Angleterre par (

Thomas , moine de Saint-Albans , pour être enterré à Wimund, prieuré ''de Saint-Albans , dont ledit comte était le patron. Eustaclie, évêque de Londres, ayant exigé du couvent de W^tminsteret de l’abbé Guillaume les droits de procession , de procuration et de visite , ainsi qu’une complète dépendance , il y eut un appel interjeté en cour de Rome à. ce sujet.

Fins DIVERS. — Philippe d’Albinÿ part poor la Terre-Sainte. — Sa relation todchant la perte de Damiette. —Autre LETTRE DO GRAND-MAÎTRE DES TeMPLIERS.

— Faits DIVERS. — L’aii du Seigneur J222, le roi d’Angleterre Henri célébra les fêtes de Noël à Winchester; l’évêque de la ville, Pierre, fournit ce qni était nécessaire. Vers le même temps, Philippe d’Albiuy, brave chevalier, recommandable par l’honnêteté de ses mœurs, et qui avait été aussi le maître et le précepteur zélé du roi d’Angleterre, se mit en route pour Jérusalem. H arriva en Palestine heureusement etsans avoir éprouvé aucun dommage. Dès qu’il eut

été iaformé de l’état de la Terre-Saiule, il écrivit en ces termes à Ranulf, comte de Chester :

^ « Â son respectable seigneur et ami Ranulf, comte de Chester et de Lincoln , son dévoué en toutes choses, Philippe d’Âlbiny, salut et assurance de sincère affection. Je fais savoir à votre excellence que nous sommes partis du port de Marseille le jour de l’assomption de la vierge Marie, et que le lundi qui précède la nativité de ladite Vierge, nous sommes arrivés devant Damiette. Là nous avons trouvé une foule de navires qui s’éloignaient de la ville : nous sommes parvenus à héler une barque. Ceux qui la montaient sont venus nous parler [moyennant quelque argent (?)], et nous ont donné les nouvelles les plus affligeantes. 11 paraît que nos croisés de Damiette, ainsi que les princes qui s’y trouvaient, à savoir : le roi de Jérusalem, le légat. Je duc de Bavière, le grand maître du Temple, le grand maître des Hospitaliers, et une foule d’autres ; le tout montant bien à mille chevaliers, plus cinq mille hommes de cavalerie, et quarante mille d’infanterie, se mirent en marche vers la terre de Babylone , contre le gré du roi de Jérusalem, à ce qu’on dit, et partirent le jour de la fête de saint Pierre-aux-Liens. Ils étaient en chemin depuis trois semaines et plus, et étaient arrivés à peu près à moitié route, entre Damiette et Babylone, lorsque le Soudan de Babylone, et son frère Coradin, parurent avec la plus nombreuse armée qu’ils avaient pu rassembler ; ils harcelèrent nos troupes, les assaillirent fréquemment, non sans

illüNIU III.

perdre bou nombre de leurs gens. Mais quand nos croisés voulurent retourner à Damiette, la crue du Nil arriva, et il sortit de son lit pendant plusieurs jours. L’armée chrétienne se trouvait alors entre les deux bras du fleuve. Les Sarrasins joignirent un bras à l’autre, en creusant un fossé derrière les croisés, et le fleuve déborda bièntôt tellement, que nos gens, h leur grande misère et douleur, étaient dans l’eau jusqu’aux braies et à la ceinture; aussi ils auraient été tués ou pris, si le Soudan l'avait voulu. Ils acceptèrent alors une trêve de huit ans qu’il leur offrit, à condition qu’ils rendraient Damiette et tous les prisonniers qu’ils gardaient dans cette ville. En garantie de ce traité, le roi de Jérusalem, le légat, le duc de Bavière et plusieurs autres'gens de marque , restèrent en otage. Lorsque nous avons appris ces nouvelles, nous avous ressenti une grande douleur, et tous les chrétiens doivent en être fort affligés. C’est pourquoi, ne voulant pas assister à la reddition de Damiette, nous nous sommes décidés à faire voile vers Acre, où nous avons abordé le lendemain de la nativité de la bienheureuse vierge Marie. Le jour suivant, Damiette a été remise au Soudan, et, de son côté, il a relâché tous les prisonniers qui étaient en son pouvoir. Je vous avertis en même temps que le seigneur roi de Jérusalem doit se rendre en Angleterre. Je vous supplie donc instamment de réaliser, en lui donnant des secours, les promesses qui lui ont été faites au nom du roi et des autres seigneurs. En effet, il est impossible de dire tout

ce que la chrétienté lui doit. Portez-vous bien. » « Frère Pierre de Montaigu, humble maître de la milice du Temple, à son cher frèr« en Jésus-Christ, Alain (?) * Marcel, tenant lieu de précepteur en Angleterre, salut. — Si jadis nous vous avons fait savoir les événements heureux qui secondaient- nos efforts dans l'œuvre de Jésus-Christ, il faut aujourd'hui que nous vous jacontions, dans l'ordre des faits, les malheurs qui nous ont accablés sur la terre d’Égypte : nos péchés sans doute en sont cause. Après la prise de' Damietlej l’armée chrétienne était depuis longtemps dans l'oisiveté, et les gens tant d'au delà que d'en deçà de la mer ne cessaient de nous accuser d’indplence, et de nous adresser des reproches. Arriva alors le duc de Bavière, lieutenant de l’empereur, qui déclara aux troupes qu'il était venu pour attaquer les ennemis de la foi chrétienne, et non pas pour languir dans le repos. Un conseil fut tenu à ce sujet entre le seigneur légat, le duc de Bavière, les grands maîtres des templiers, des hospitaliers, et des chevaliers teutoniques, les comtes, les barons et autres chefs; tous, d’un accord unanime, furent d’avis de marcher en avant. L'illustre roi de Jérusalem, qu’on avait appelé à prendre part à l’expédition arriva à Damiette avec ses barons et une flotte ^ .

' Désigné seulement par l’initiale A.

» Jean de Bricnoc, fatigue de l’arrogance du légat Pélage, (’était en effet retiré à Ptolémaïs, peu de temps après la prise de Da.-niette, et son exemple avait été suivi par une foule de seigneurs. L’armée affaiblie ne put rien entreprendre pendant l’été de 4220. Mais de nouveaux renforts III. iC

HEi>IRi ill.

(ie plusieurs galères et vaisseaux armés, il trouva l'armée chrétienne campée sous les tentes hors des palissades. Âprè»la fête des apôtres Pierre et Paul, te seigneur roi, le lé^at et toute l'armée chrétienne, marchant eu bon ordre, tant par terre que par eau, rencontrèrent le soudan , et avec lui une multitude d'ennemis de la croix; mais les infldèles prirent la fuite devant leur face. On avança ainsi, sans obstacles, jusqu'à ce qu'on fût parvenu en face des tentes du Soudan. Là on fut arrêté par un fleuve que l’armée ne put passer [à gué], et on campa sur le bord, en préparant dès ponts pour traverser et atteindre le Soudan : ce flettve qui nous séparait alors du camp du soudait était lé fleuve Taphnis, formant en cet endroit un embranchement avec le grand fleuve do Nil. Tandis que nous étions arrêtés en ce lieu, beàucoupde gens abandonnèrent l'arméesans permission, en sorte que nos forces diminuèrent dé dix mille homines d’armes et même plus. Cependant le soudan, à l’aide d’un fossé anciennement creusé, et qui se remplit par la crUe du Nil , fit descendre dans le fleuve ses galères et ses galions, afin de mettre obstacle à notre navigation , et d’empêcher, dans la disette où nous nous trouvions, que les vivres nous vinssent par Damiette. Parterre les Sarrasins étaient

envoyéa par Frédéric II, sous les ordres du duc de Bavière et des évéqaes d^Mets et de Gatane, ainsi que d’autres secours amenés par l’évéque de Brescia, par les areberéques de Milan, de Géoes et de Candie, permirent aux croisés de reprendre l'olfensive. Ib voulurent cependant avoir pour chef le roi de Jérusalem, et celui-ci, cédant aux sollicitations des princes oroisés, consentit à revenir à Damiette.

Digilizûd by G

ANNÉE m2.

là pour les iulercepter. Alors larmée, voyant qu’elle ne pouvait se procurer les choses de première nécessité, ni |)ar la route de terre ui par la voie de l’eau, qui toutes deux étaient fermées, son{][ea à opérer sa retraite; mais les frères ilu suudan, Séraph et Coradio, soudons d’Alep et de Damas, ainsi que d’autres soifdaus, ceux de la Chamelle, d’Hama, de Coilanbar *, une foule de rois païens, et une multitude de païens, venus à leur aide, mirent obstacle à notre retraite. L’armée chrétienne s'étant mise en route par terre, et marchant pendant la nuit, [lerdit dans le fleuve le peu de vivres qu'elle avait encore, et plusieurs doi siens ; car la crue du Nil ayant commencé, le Soudan lit dégorger l’eau par des conduits souterrains, par des canaux et des fossés creusés de temps immémorial; en sorte que le peuple chrétien se trouva arrêté. La terre devint un vaste marais où l’armée perdit ses bétes de somme, ses elfets, ses bagages, ses chariots , et presque tous les objets de première nécessité. Nul moyen d’avancer ou de reculer, de trouver un reluge, de se procurer des vivres ou même d’engager bataille avec le Soudan , engagés que nous étions au milieu d’un lac, enfermés (|e tous côtés par les eaux, et pris comme des poissons dans un filet. L’armée, dans cette extrémité, accepta malgré elle un traité qui portait que Damiette serait rendue au Soudan, ainsi que tous les prisonniers sarrasins qu’on pourrait trouver à Tyr et à Acre, mais qu’en échange le Soudan restituerait la vraie croix et tous les prison-

' Probablement Cologombal sur l’F.uphrate.

HENRI ill.

iiiers chrétiens qu’on pourrait trouver dans les royaumes de Babylone et de Damas. Nous fûmes alors envoyés à Damiette avec d’autres dépotés, au nom de toute l’armée, et nous fimes part au peuple de toute la ville de la mission dont nous étions chargés. Ce traité déplut beaucoup à l’évéque d’Acre, au chancelier, et à Henri, comte de Maie, que nous trouvâmes ' à Damiette; ils voulurent défendre la ville, et nous aurions adopté ce projet, si la chose avait pu se faire avec succès ; car nous aurions préféré être jetés dans une prison perpétuelle, que de rendre noos-mêmes la ville aux incrédules, à la honte de la. chrétienté. Mais après un examen attentif des ressoihrces que Damiette pouvait présenter , nous He trouvâmes ni en argent ni en hommes les moyens suffisants de la défendre. Alors il a fallu que nous accédions au traité; nous l’avons confirmé par serment et per otages, et noos avons conclu une trêve de huit ans. Jusqu’à l’exécution du traité, le Soudan a fidèlement tenu sa promesse, et il a fourni, pendant environ quinze jours, à notre armée, affamée, du pain et de la farine. Compatissez donc à nos misères, et secourez-nous autant que vous le pourrez. Portez-vous bien. » — Cette année-là, peu de jours avant la tenue du concile célébré à Oxford ' par maître Étienne, archevêque de Cautorbéry, on arrêta un homme qui avait sur le corps et sur les membres, c'est-à-dire au côté, aux pieds et aux mains, les cinq plaies de Jé-

• Canlttariœ (texte hic). Il n’y eut pas de concile tenu i Csntorbëry cette année ; on doit lire Oxoniif.

sus-Christ. On fit conoparaître avec lui, dans ledit concile, un individu des deux sexes, ou hermaphrodite, qui était son complice d’imposture, et qui était aveuglé de la même erreur. Tous deux furent convaincus, et, ayant fait confession publique, furent punis par sentence de l’église. Un autre individu, qui, étant diacre^ avait renoncé à la religion chrétienne pour se faire juif *, fut également condamné par le concile : Falcaise, s’en étant emparé, le fit ' pendre sur-le-champ. Cette même année, mourut Hugues de Nevil, qui, dans sa jeunesse, avait été l’ami du roi Richard, et avait vécu dans l’intimité de ce prince. Pour ne citer qu’un trait de sa valeur et de son audace, il tua un lion dans la Terre-Sainte. Après l’avoir frappé d’une flèche au poitrail, il le perça de son épée, et l’animal expira en perdant son $ang ; c’est ce qui donna lieu à ce vers :

La force du Hou a auccombé sous la force d'IIugucs.

Son corps fut enseveli dans l’église de Waltham, et

' Malgré les termes ambigus du latin, nous adoptons cette traduction, en nous fondant sur une note du Giiillaume Wats (udrer.s.), qui donne en même temps un renseignement utile. La voici : » Les statuts du concile > |d’Oxford| se trouvent dans Lindevrode. Dons cette assemblée, pour le ■ dire en passant , un diacrequiavaitapostasié pour l’amour d’uj|e femme

• juive fut d’abord dégradé par les évêques, et aussitôt après livré au « feu par la main laïque. Henri Bracton, jurisconsulte conlemporain, a t fait cette remarque. On doit donc regarder comme entièrement fausse

• l’opinion de ceux qui prétendent que chez nous personne ne fut livré « aux flammes pour cause d’bérésie avant les lois de Richard 11 et de « Henri IV, Bien plus, Balée parle quelque part d’un Albigeois qui fut

» brftlé vif !i [..ondres, l’an 1210 ; et il rapporte ce fait d'après la chro- *

déposé dans -un magnifique tombeau de marbre 8cufpté>

Lutte entre les habitants de Londres et ceux de

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