‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 9 sur 30 · IS · texte numérisé non relu

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luus do leurs bénéfices, el iis furent furcés do so rendre à Rome ; car, aussitôt a près le départ de Louis, le légat envoya dans toutes les provinces d’Angleterre des inquisiteurs qui suspendirent tous ceux qu'ils trouvèrent coupables, ne fût-ee que d’intention, à quelque ordre qu’ils appartinssent , et sans dislinotion de dignité > puis les déférèrent au légat qui les dépouilla de tous leurs bénéfices, en investit les clercs, ses créatures, et les rendit tous riches avec le bien d’autrui. Hugues, évêque de Lincoln, étant venu en Angleterre, donna mille marcs pour le compte du seigneur pape, afin de recouvrer son évêché, et cent mures de bon argent au légat lui- même. Â son exemple, une foule d’ecclésiastiques, tant évêques que religieux, trouvèrent moyeu, à force d’argent, de rentrer en grâce auprès du légat. Par ses exaction sans mesure, ledit légat vida la bourse des clercs et des chanoines séculiers, moissonnant ce qu’il n’avait pas semé, et remplissant scs coffres avec les contributions qu’il exigeait des uns et des autres.

Vers la même époque, les hommes braves et les guerriers '«le Iji province de Colojpie^ et du pays de Frise se levèrent en niasse. Déjà, depuis le moment où la croisade fut prêchée après le concile général, ils s’étaient mis, avec un grand zèle, à fabriquer trois cents vaisseaux pour accomplir, envers le Christ, leurs vœux de pèlerinage. Après avoir traversé la mer à voiles déployées, la plus grandé partie de la flotte, montée par une nombreuse troupe de guerriers, aborda à Lisbonne. Pendant qu'ils étaient occupés

IlEiNKi 111.

au siège d’uii chateau très-fort nommé Alcazar, un dilTérend s’éleva entre les croisés ; les uns voulant aller plus loin , les autres voulant s’arrêter en cet endroit et y passer l'hiver. Alors la flotte s'étant séparée, une partie alla hiverner à Gaëte et à Sorrento!?) '• L’autre partie, commandée par deux capitaines, Guillaume, duc de HoKande, et George, comte de VVide, continua à assiéger Alcazar. Pendant ce siège, les Sarrasins réunirent contre eux une grande multitude d’ennemis; mais les fidèles, combattant avec courage, vainquirent, avec la grâce de Dieu , cette nuée d’infjdèles. Un des rois de ces païens fut tué ; beaucoup d’entre eux furent massa^ crés ou réduits en servitude. Enfin, le château d’AJcazar fut pris par les Allemands et possédé désormais par les chrétiens.

Siège et reddition dd château de Newark. — L’an de grâce ■I2'I8, aux fêtes de Noël, le roi Henri tint sa cour à Northampton : Faicaise fournit à tous les frais que nécessitaient les largesses royales. Il y avait à cette époque, en Angleterre, beaucoup de gens qui, dans la dernière guerre, trouvaient fort agréable de vivre de rapines. Lorsque la paix fut conclue et tous appelés à en jouir, ceux-là ne purent s’abstenir de piller; les mains leur démangeaient. Les principaux auteurs de ces violences étaient Guillaume, comte d’Albemarle, Faicaise et ses châtelains, Robert de

' Tnnietum, dit le le»lc. Nous no voyons pns d’autre interprétation raisonnable.

Vieux-Pool, . Brien de l’isle, Hugues de Bailleul, Philippe Marci, Robert de Gaugi, et plusieurs autres qui se permettaient de détenir les châteaux, les terres et possessions de quelques évêques et seigneurs, contre la défense du roi et le gré des propriétaires. Parmi eux Robert de Gaugi , malgré les fréquentes sommations du roi , refusait de rendre le château et la ville de Newark, avec toutes les dépendances, sur lesquelles Hugues , évêque de Lincoln , avait des prétentions légitimes. Cette résistance excita la colère du grand maréchal qui ayant, par Tordre du roi, rassemblé une nombreuse armée, vint, accompagne dudit roi, faire le siège du château de Newark. Lorsqu’il en approcha , il fit prendre les devants à des hommes d’armes qui devaient empêcher les assiégés de sortir et de mettre le feu à la ville, comme cela se pratique ordinairement. Lorsque Robert et ses compagnons d’armes curent appris l’arrivée des troupes royales , ils sortirent vivement du château ; mais les gens du roi tombèrent sur eux, et les obligèrent de rentrer dans le château. Guillaume de Dive, chevalier du vasselage de Hugues , évêque de Lincoln , fut tué en poursuivant les ennemis à leur entrée dans la place ; plusieurs autres furent blessés. Le roi et le grand maréchal en furent courroucés, et firent disposer les machines autour du château, pour renverser les murailles à l’aide des pierriers qui jouaient sans relâche. Le siège dura environ huit jours, au bout desquels les amis dudit Robert, de I aveu même du nn , traitèrent de la paix avec

HENRI III

l’évéque de Lincoln j il fut convenu que ledit évéque donneraiLà Robert de Gaugi, pour les provisions amassées dans le château, cent, livres sterling. Alors le siège fut levé, et chacun se relira chez soi.

Les croisés passent de Saint-Jean-d’Acre a Damiette.— Phénomènes. — Lettre dü pape Honorids A Henri III.— Siège de la todr de Damiette. — Prise DE LA TOüR. — Cette même année, fut mis à exécution le projet du seigneur pape Innocent , projet adopté dans le concile de Latran, et qui consistait à faire passer en Egypte la milice dû Christ. Au mois de mai, on équipa un grand nomhrede coquets', de galères et de vaisseaux de transport. La flotte partit d’Acre ; elle était montée par Jean , roi de Jérusalem, le patriarche, les évêques de Nicosie (?), d’Acre, de Bethléem; le duc d’Autriche, les grands-maîtres de l’ordre du Temple, de l’ordre des Hospitaliers de Saint- Jean, de l’ordre Teutonique de Sainte-Marie, et une foule nombreuse de chrétiens. Poussée par Borée , l’armée du Seigneur arriva heureusement le troisième jour au port de Damiette* ; et quelques-uns des

' Nous adoptons pour traduiro cogonc.i, le vieux mol coquet qui, plus tard, ne signiHa que de fort petites barques. .

1 La ville de Damiette, qui fut prise par Jean de Rriennc, en 124 9, et par saint Louis, eu 1249, était située à un mille de la mer, sur la rive droite du principal bras du Nil, entre ce fleuve et le lac Mcnsaleh. Elle avait une triple ^ceinte de murailles du cdté de la terre, et un double rempart du côté du Nil, à l’embouchure duquel se trouvait une tour de chaque côté. Une nombreuse garnison les défendait, et l’on tendait une grosse chaîne de fer entre ces deux tours, pour empêcher les vaisseaux d’entrer dans le Nil. Celle qui fut j>risc par les croisés, était la

chrétiens ayant abordé les premiers, mirent le pied sur la terre ennemie sans répandre le sang : seulement quelques cavaliers sarrasins s’étant avancés pour reconnaître les croisés, un Frison mit le genou droit en terre, et, se couvrant de son bouclier, qu'il ramenait de la main gauche, fit tournoyer sa lance de la main droite. A cette vue, un Sarrasin crut d’abord que ce n’était qu’un jeu ; mais tout à coup il fut atteint par le Frison , au moment où ses compagnons lâchaient pied. Cheval et cavalier furent renversés par terre. Les fidèles, n’ayant donc trouvé aucun obstacle, campèrent et posèrent leurs tentes entre le rivage de la mer et les bords du lleiive du Nil. Dieu fit alors un miracle pour ses défenseurs; c’est qu’à leur arrivée, l’eau du fleuve, malgré son mélange avec la mer, se trouva douce et bonne à boire, tandis que plus loin, jusqu’à Casel ', qui est éloigné d’un *

tour occideDtale, c’est à-dire la plus voisine de leur camp : car, dans les deux expéditions, ils débarquèrent au Gizé de Damiette, espace de terre qui formait angle entre la rive gauche ou occidentale et la mer. Avant Jean de Brienne et saint Louis, Damiette avait été prise par les empereurs grecs et par les Normands de Sicile. Aussi 1^9 Mamciucks, la trouvant trop rapprochée de la mer, la détruisirent sous le règne d'Ibegh, et l’on rebâtit deux lieues plus haut eu remontant, mais du même côté du Nil, une ville nouvelle sous le même nom. Comme les bruits d’invasion se renouvelaient fréquemment, Bibars Bendokdar, pour être plus à portée de secourir la nouvelle Damiette , lit construire la fameuse chaussée de Kiloub.

** Nous ne connaissons aucun lieu de ce nom aux environs de Damiette, et les cartes n’en font pas mention. Peut-être faut-il entendre simplement par Casale, un village. C’est là le sens ordinaire de ce mot dans les auteurs du moyen âge et dans Matt. Péris lui-même. Il donne même ce nom à une ville fortifiée :■ Casale nomine Munsor (Mansourab) : villas

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HENRI m.

mille (le Damielte en remontant, cette eau était salée.

Peu après l’arrivée des chrétiens devant Damiette, eut lieu une éclipse de lune presque totale. Les chrétiens y virent le présage de la défaite des Sarrasins, et les Sarrasins de celle des chrétiens.

Vers le même temps , le pape Honorius, désirant ' encourager le roi dans ses vertus , lui écrivit en ces termes : « Honorius au roi d’Aiigleterrel'^Nous désirons vivement, d’après le sincère amour que nous vousportonscommeau 61s spécial de l'église romaine, que vous croissiez auprès de Dieu et parmi les hommes en sagesse et en âge; et nous vous donnons de grand cœur desconseilssalutairesqui doivent pénétrer d’au- i tant plus profondément dans votre âme qu’ils procèdent d’une plus vive affection de notre part. Or, comme la crainte du Seigneur est la source de vie, qu’elle préserve du péché ceux qui s’y abreuvent, qu’elle enseigne la voie du salut, qu’elle donne la conliance et la force à ceux qu’elle anime, et leur fait un rempart contre les ennemis de l’âme et du corps, nous avertissons et exhortons instamment votre sérénité royale de vous accoutumer dès l’adolescence à lu craiute du Seigneur, d'y persévérer fortement; de vous garder des vices , de chercher avec le plus grand

et casalia christianurum, etc. Ce qui Koiifirmc notre remar<|uc, c’est que Joiuville appelle du uom (’énerique de Casel le lieu où saint Lcqiis fut fait prisonnier : « Et ainsi (Geoffroi de Serginej l’emmeua jusqu’au « lieu de Casel, et là fut descendu au giron d’une bourgeoise qui étoitde « Paris, et là le cuidèrent voir passer le pas de mort , et n’esperoieiit ■ poiut que jamais il pùt passer celui jour sans mourir. '>

zèle à vous pénétrer de vertus; de vénérer humblement l’église, qui est la (lancée du Christ, ainsi que les niinistres (leDieu ; c’est l’hoiiorer que les honorer, le mépriser que les mépriser ; en sorte que, marchant degrâce en grâce et de vertu en vertu, vous gouverniez le peuple qui vous est confié et le fassiez jouir d’une paix riante et d’une féconde tranquillité; que les jours de votre royauté s’ajoutent les uns aux autres; que le Seigneur multiplie les années de votre vie, et qu’enfin il vous fasse passer du royaume terrestre et périssable au royaume céleste et éternel. Kt comme le caractère prend toujours l’empreinte de ceux qu’on fréquente, ayez soin de vous entourer d’amis prudents et honorables qui, sincèrement zélés pour votre salut et pour votre gloire, vous conseillent sans relâchecequi doit plaireà Dieu etaux hommes. » Cependant les fidèles croisés remarquèrent une tour élevée, fortement bâtie en pierres et d’une belle .structure, qui était située au milieu du Nil, non loin de la ville de Damiette. Une chaîne de fer d’une grosseur énorme partait de cette tour, barrait le fleuve, et allait rejoindre la ville située sur l’autre rive du Nil. Tous furent d’avis de s’emparer de cette tour avant d’assiéger Damiette; mais les’Frisons, d’après leur impétuosité habituelle, traversèrent le Nil et se saisirent des bétes de somme des Sarrasins; puis , ré’solus à camper sur la rive opposée, ils soutinrent plusieurs combats contre les païens qui sortaient de la ville pour venir à eux. Le patriarche réussit à les faire obéir et à les rappeler. En effet , il paraissait dange-

reux aux chefs de l’armée chrétieune de laisser derrière eux le pays couvert de païens. Or iescliefsde la milice du Christ étaient fort désireux de s’emparer de la tour du Nil ; mais ils voyaient bien qu’on ne pouvait la prendre par famine à cause du voisinage de la ville ; ni en minant le terrain , puisque cette tour était entourée d’eau ; ni au moyen des pierriers et des trébuchets, puisqu’on en avait essayé pendant plusieurs jours sans arriver à aucun résultat. Les fidèles s’arrêtèrent alors unaniment à ce projet : ce fut d’attacher ensemble les vaisseaux et les coquets , de disposer des échelles à l’extrémité des mâts et d’y faire manœuvrer des arbalétriers et des hommes d'armes qui pussent mener l’affaire à bonne fin. Alors le duc d’Autriche et le grand maître des hospitaliers de Saint-Jean firent construire deux coquets et deux échelles qui furent dressées contre la tour, vers la fête de Saint-Jean-Baptiste. Les Sarrasins se défendirent avec vigueur , et, par un affreux malheur , l’échelle des hospitaliers se rompit, et précipita dans le fleuve les guerriers dont elle était chargée. La seconde échelle, celle du duc d’Autriche, fut brisée pareillement, ainsi que le mât qui la soutenait; une foule de nobles chevaliers et autres gens d’armes furent noyés dans le Nil. Il est pieux de croire que leurs’ âmes , couronnées d’un victorieux martyre, furent enlevées au ciel. A cette vue, les Egyptiens se réjouirent ; ils poursuivirent les fidèles de leurs railleries,.et firent sonner en dérision leurs trompettes, tandis que la douleur et le chagrin régnaient dans le

ciiinp chrétien. Les Frisons et les Allemands, qui avaient pour chef le comte Adolphe du Muni , seigueùrillustre et puissant, n’en disposèrent pas moins un vaisseau dont ils firent une espèce de forteresse, et construisirent un petit cbôteau en haut du mât. ('e vaisseau fut exposé au feu grégeois et aux traits lancés par ceux qui combattaient du haut des remparts de la ville et de la tour, et sur le pont*. Le feu s’y étant mis, les chrétiens commencèrent à craindre qu’il ne fût entièrement consumé ; mais ses défenseurs s'empressèrent d’éteindre la flamme et firent beaucoup de mal aux Sarrasins par les traits des arbalétriers, montés sdr ledit vaisseau. Pendant que les efforts se portaient de ce côté, les autres navires de la flotte chrétienne, bien garnis de moyens de défense, s’approchèrent et jetèrent l’ancre dans les fondements de la tour, non sans éprouver de grandes pertes en hommes et en choses. Le landgrave de Thuringe, époux de sainte Élisabeth , périt en cette occasion.

Cependant, grâce à la nécessité qui est mère de l’industrie, et par les soins de quelques architectes, qui furent secondés par les ressources et le zèle des Allemands et des Frisons, on parvint à attacher ensemble deux coquets avec des pièces de bois et de fortes cordes ; on y dressa quatre mâts et autant d’antennes, à l’extrémité desquels on construisit un petit château établi en poutres et en cloisons solides,

' CVlait un pont de bâteaux qui joignait la tour à Oamiette.

recouvert eu outre de cuir pour amortir l’effet des machines enuemies. Au dessous du château on dressa une échelle suspendue par des cordes énorjjies' et dépassant la, proue de trente coudées. Ces ouvrages immenses furent terminés en très-peu de ten\ps. Les chefs de l’armée chrétienne furent invités à venir les visiter, afin que, s’il y avait quelque défaut auquel les ressources ou les forces de l’homme pussent remédier, on s’empressât d’y pourvoir. Mais les chefs ayant déclaré qu’ils n’avaient point vu jusqu’alors d’ouvrages en bois aussi considérables et aussi parfaits, les fidèles furent d’avis qu’il fallait se hâter d’approcher cet eugin de la tour ; éar leurs machines à force de chocs avaient réussi à rompre en grande partie le pont [ de bois ] qui conduisait les ennemis de lu foi, de la ville à la tour. La sixième férié avant la fête de saint Barthélemy, ou fit une procession nupieds, en chantant des psaumes et des litanies et en implorant humblement le secours divin, afin que l’entreprise ne fût arrêtée ni par jalousie ni par fol orgueil de la part des nations diverses qui composaient l’armée chrétienne. Les chefs exhortèrent un grand nombre de croisés à prendre part à l'attaque, quoique les Frisons et les Allemands pussent suffire à remplir et à gouverner les vaisseaux.

Enfin, la sixième férié de l’octave du bienheureux Barthélemy, quoique le Nil eût débordé et que la violence des eaux contrariât beaucoup les opérations, la machine fut mise en mouvement non sansdegrands obstacles et de grands dangers. Le vaisseau qui la

ANNÉE m».

trainait s'avança à pleines voiles, tandis que le putriai'clie et le clergé marchaient pieds nus sur le rivage en adressant des prières au Seigneur. Au moment d'approcher de la tour, les deux coquets unis ensemble qui supportaient la machine ne purent d’abord être tournés du côté* de l’ouest. La direction qu’ils suivaient en droite ligne les aurait entraînés vers le rivage au nord, si l'on n’eût réussi à les rendre immobiles avec les cordes et les ancres, malgré la force du courant et quoique les eaux grossies vinssent les repousser sans cesse. Les Sarrasins, s’en étant aperçus, dressèrent six,, machines sur les tours de la ville, afin de briser l’ouvrage des chrétiens; mais l’une d’elles, plus à craindre que les autres, fut bientôt rompue et hors de service. Ils n’en continuèrent pas moins à lancer sans relâche d’énormes pierres. Le navire qui traînait la machine, se trouvant placé au pied de la tour, ne fut pas exposé à un moindre péril ; car le feu grégeois lancé du haut de la tour venait tomber comme la foudre et jetait l'effroi parmi les fidèles; maison l'éteignait avec un melange de vinaigre et de sable et les autres moyens ordinaires. Alors les chrétiens, qui mettaient en jeu la machine dont j’ai parlé, tentèrent une attaque terrible, tandis que le patriarche était prosbn'iié sur le sol devant le bois de la croix et que le clergé, debout et pieds nus, s'adressait au ciel. Les ennemis de la croix et les défenseurs de la tour se présentèrent la

' LitluSy iioui adoptons la variante iatus.

HENRI III

liiiice en arrêt et arrosèrent d'huile la partie antérieure de l'échelle. Puis, y lançant le feu {^régeois, ils pesèrent de tout leurpoids sur la tête de l'échelle, en sorte que le pont-levis, qui déjà s'était abaissé sur les créneaux de la tour, perdit son point d'appui. Celui qui portait la bannière du duc d'Autriche tomba de l'échelle; les païens s'emparèrent de la bannière du duc avec de grandes railleries, et, se croyant déjà vainqueurs, hrent retentir les airs de leurs bruyantes vociférations. Les chrétiens, à cette vue, se prosternèrent pour supplier, et ne cessèrent d'invoquer le Seigneur en battant des mains*. Cette pieuse dévotion du peuple chrétien et cette élévation des mains vers le ciel portèrent leur fruit. La bonté divine releva l’échelle et les larmes des fidèles éteignirent l’incendie. Aussitôt les soldats de la croix reprirent courage; et, à coups de lances, d'épées, de massues, de flèches et autres armes offensives, ils engajfèrent un combat furieux avec les défenseurs de la tour. Un jeune homme du diocèse de Liège, d’un courage éprouvé, parvint le premier sur les remparts; un autre jeune homme du pays de Frise y arriva à son tour : il tenait à la main un fléau de fer pareil à ceux dont on se sert pour battre le blé, mais fait exprès pour les combats. 11 en donnait à droite et à gauche des coups terribles qui renversaient les ennemis de la foi ; il atteignit même un Sarrasin qui portait l’éten-

' Le sens serait ptns oaturet en tisant manibus compressis au tien de complosis, surtout à cause de ta phrase suivante.

dard jaunedusoudanets’empara de ce trophée. Bientôt les chrétiens parvinrent sur le haut de la tour les uns après les autres, et, malgré la résistance vigoureuse et acharnée qu'ils rencontrèrent, triomphèrent enfin des païens. Pour les fidèles, la joie et l'enthousiasme de la victoire succédèrent aux pleurs et aux gémissements. La foule des Sarrasins, pressée dans l’étroit espace sur lequel elle combattait, chercha à s’échapper en se jetant par les fenêtres : un grand nombre, ne pouvant boire le fleuve, périrent noyés : cent d’entre eux environ furent pris vivants et réservés pour être mis à rançon. Mais les Sarrasins qui s’étaient retirés dans les tours intérieures allumèrent des flammes qui produisirent une chaleur si insupportable sur la plate-forme de la tour, que les chrétiens vainqueurs furent obligés de se replier sur les échelles. Alors les soldats du Christ abaissèrent un pont qui avait été disposé à cet effet dans la partie inférieure de la machine et le joignirent au pied de la tour, «léfendu de tous côtés par la profondeur des eaux. Les fidèles attaquèrent à coups de maillets de fer la porte de la tour que les Sarrasins barricadaient à l’intérieur. La machine restait toujours immobile auprès de la tour; mais les ais qui composaient les échelles furent en grande partie disjoints. Quoique l’ouvrage en bois des chrétiens eût été percé eir plusieurs endroits par les coups des machines ennemies, il n’en resta pas moins inébranlable depuis la neuvième heure de la sixième férié

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jusqu'à lu disième heure de la férié suivante *. EnGn, les Sarrasins se voyant hors d'état de défendre la tour plus longtemps, demandèrent à traiter de la paix et se rendirent au duc d'Autriche, sous promeüse d'avoir la vie sauve. Maîtres de la tour, les fidèles là réparèrent, y mirent des vivres et une garnison et espérèrent soumettre bientôt pareillement la ville de Damiette.

Mort de Saphadin. — Destruction des murs de Jérusalem. — Arrivée en Terre-Sainte de divers croisés. — Attaque des Sarrasins. — Inondation du Nil

DÉSASTREUSE POUR LES CHRÉTIENS. PeSTE. — TrANS- '

LATION DE SAINT UlSTAN ET FAITS DIVERS EN ANGLETERRE.

— Après la prise de la tour construite au milieu du

Nil , Saphadin , cet homme vieilli dans le mal , qui

avait dépouillé ses neveux ^ et qui avait usurpé à force

de crimes le royaume d'Asie , mourut , dit-on , de la

douleur quil ressentit de cette perte , et fut enterré

dans l'enfer. 11 eut pour successeur son fils Coradin , .

prince cruel et sans pitié , qui , furieux contre les

chrétiens à cause du siège de Damiette , fit détruire,

en dedans et en dehors, l'illustre ville de Jérusalem,

et réduisit en monceaux de ruines les murailles et les

tours à l'exception du temple du Seigneur et de la

tour de David. Les Sarrasins eurent d'abord le projet

de renverser le glorieux tombeau du Christ. Ils pro-

' Depuis le vendredi 24 aoSt, à quatre heures du soir environ, jusqu’au lendemain samedi, à sept beurra du soir. (Vafr le calcul des heures anciennes, note 2, |iaqe 126 du premier volume.}

férèreul même celte menace dans lu lettre (|u'ils écrivirent aux habitants de Damiette pour leur promettre du secours. Mais ce lieu avait une telle réputation de sainteté , que personne d'entre eux n’osa y porter la main; car il est écrit dans l'Alcoran, qui est le livre de leur , que Jésus-Christ notre Seigneur , a été conçu et est né de la vierge Marie , qu3| vécu sans péché parmi les hommes ; ils avouent même qu’il est prophète et plus que prophète. Us assurent qu’il a rendu la vue aux aveugles , qu'il a guéri les lépreux etqu’il a ressuscité les morts; qu’enfin son ascension au ciel est une chose véridique. Aussi , quand à l’époque des trêves , leurs sages se rendaient à Jérusalem et demandaient qu’on leur montrât le livre des Évangiles , ils le heisai^nt et ne pouvaient retenir leur admiration pour la pureté de la loi que le Christ a enseignée, et surtout pour l'évangile de saint Luc : « Gabriel a été envoyé, etc., » que leurs lettrés reliant et répètent sans cesse. Leur loi que , sous la <|iclée du diable et|>ar le ministère du moine apostat «I hérétique Sergius , Mahomet a écrite en arabe , et a donnée aux Sarrasins , a commencé par le glaive , est maintenue par le glaive et finira par le glaive. Ce Mahomet était un ignorant, comme il le témoigne lui-méme dans son Alcoran. Il ne prêcha que ce que l’hérétique plus haut nommé lui dictait, et comme il était puissant et chef chez les Arabes , c’est par la violence qu’il fit observer sa loi. Luxurieux et guert'ier comme il était, il donna une loi d’impureté et de vanité, bonne pour des gens qui vivent dans la

HENRI III

chair et qui u'ont eu vue que la volupté ; tandis que la loi du Christ s'appuie sur la vérité et la pureté , la superstition des Sarrasins n’a pour soutiens qu’une crainte toute mondaine et humaine et que les plaisirs des sens.

Lorsque la tour de Damiette eut été conquise , comme nous l’avons dit , une foule de pèlerins, sortis de diverses contrées, voulurent contribuer à la sainte expédition préchée à cette époque. Parmi eux on remarquait Pelage , évêque d’Albano et légat du saint-siège apostolique , ainsi que maître Robert dé Courçon et beaucoup d’autres Romains. Plusieurs évêques arrivèrent aussi avec le comte de Neversqui,^ lorsque le péril fut imminent , se retira au grand détriment des chrétiens. On distinguait aussi un illustre seigneur , Ranulf, comte de Chester, venu du royaume d’Angleterre avec Saër, comte dé Winchester , Guillaume , comte d’Arondel , plusieurs barons tels que Robert , fils de Gaultier , Jean , constable^de Chester, Guillaume de Harcourt, tous suivis de nouibreux vassaux , et Olivier, fils du roi d’Angleterre Le comte de la Marche , le comte de Bar [sur Seine] avec son fils , Guillaume de Chartres , Itbier de Tacy , Henri de Ourson et beaucoup d’autres se rendirent aussi en Égypte.

Peu après , le jour de la fête du bienheureux Denys ^ les Sarrasins parurent à l’improviste avec des

' C’était un fils bStard du roi Jean et non pas de Henri III, comme le dit fautivement l’auteur du chapitre des croisades, dans VIntrodvciUm <l l’histoire de Pwiicers.

galères montées par des hommes d'armes; ils assaillirent la tète du camp où était le quartier des Romains; mais une petite troupe de chrétiens suffit pour les repousser et leur faire regagner précipitamment leurs galères ; ils ne purent cependant éviter ni les épées de ceux qui les poursuivaient , ni les eauxdu fleuve. Il y en eut environ quinze cents de noyés dans le Nil , comme les fidèles Tapprirent ensuite des païens eux-mémes. Le jour de la fête du bienheureux Démétrius , au point du jour , ils dirigèrent une seconde attaque sur le camp des templiers., mais ils firent peu de mal aux fidèles; car la cavalerie légère des chrétiens les mit en fuite jusqu'au pont qu'ils avaient construit fort loin 9e là , et cinq cents d’entre eux environ furent tués en cet endroit par les croisés.

Après ces différents succès , la veille de Saint-André , apôtre , au milieu de la nuit , les flots de la mer grossirent tout à coup et vinrent en refoulant porter l'effroi jusqu’au camp des fidèles qui , de l’autre côté, se trouvaient pris à l’improviste par l’inondation du Nil. Les tentes nageaient dans l’eau , les provisions étaient complètement gâtées. Les poissons du fleuve et les poissons de la mer pénétraient sans crainte avec l’eau qui les portait , dans les chambres où reposaient les chrétiens. On pouvait les prendre à la main , quoiqu’on se fût bien passé de pareille pêche. Ce qui sauva l’armée, ce fut qu’un vaste fossé, creusé précédemment pour un tout autre usage , arrêta l’inondation ; sans quoi , la mer unie au fleuve aurait entraîné jusque chez les ennemis hommes et bêles de

HEINRI III.

somme, vaisseaux, provisions et armes. Cependant tes quatre coquets sur lesquels ûn avait dressé les machines pour prendre la tour, ne purent échapper au péril. La force du vent les pou.ssa sur la rive opposée et presque d’un seul coup avec un cinquième vaisseau engagé parmi les quatre autres ; et les chrétiens eurent la douleur de les voir brûler sous leurs yeux par le feu grégeois. Dieu épaïqjna le grand ouvrage de bois qUe les Frisous et les Allemands avaient construit, et qui avait causé la prise de la tour. Quant aux vaisseaux chargés qui étaient à l'ancre dans le port, les cordes se rompirent tout à coup, et ils furent submergés.

Vers le même temps, une maladie pestilentielle, à laquelle tout l’art des médecins ne pouvait trouver de remèdes, fit de grands ravages dans l’armée. On était saisi d’une douleur soudaine aux pieds et aux jambes; bientôt la chair devenait noire et se corrompait. Une tumeur noire et dure faisait gonfler les gencives ', et ôtait aux dents la faculté de mâcher les aliments. Beaucoup de chrétiens , après avoir longtemps souffert , passèrent au royaume de Dieu. D’autres , après avoir été malades jusqu’au printemps, furent sauvés au retour de la chaleur. (Cette même année, eut lieu la dédicace de l’élise de Sainte-Marie de Worcester, et la translation du corps du glorieux évêque Ulstan, en présence d’évêques et de seigneurs qu’il serait trop long de nommer. Ces deux faits se passèrent le

' On ri'cnnuait ici le soorbiU.

même jour, le 7 avant les ides de juin , à la lettre dominicale G , le jeudi de la semaine de la Pentecôte. L'évêque du lieu, Sylvestre, anciennement moine, puis prieur de jadite église, présida à la cérémonie. Les reliques furent partagées pour multiplier le respect voué à saint ülstan. L’église de Saint-AIbans eut pour sa part une côte que l’abbé Guillaume fit précieusement enchâsser dans l’or et dans l'ar-. gent. Gallon quitta l’Angleterre et se rendit à Rome, vers la fête de saint André. Pandolphe, élu à Norwich , lui succéda dans l’office de légat. Le roi Henri troisième commença à se servir en persoune-dusceau royal’.) Cette même année, par les soinsdu légat Gallon, Richard du Marais, clerc qui avait été l’intime et le conseiller du roi Jean , fut fait évêque de Durham, et reçut la consécration, le neuvième jour avant les calendes d’août.

Mort DE Gdilladme Maréchal. — Siège de la ville DE Damiette. — Attaqde des Sarrasins contre les assiégeants.— Dedxième attaqde. — Troisième ATTAQDE.

— Combat en plaine. — Retraite de qdelqdes croisés.

— Histoire de sainte Élisabeth. — Misère des assiégés A Damiette. — L'an de l'incarnation du Seigneur -1Sd9, le roi Henri, dans la quatrième année de son r^ne, passa les fêtes de Noël à Winchester; l’évêque Pierre fournit à tous les frais nécessaires. Vers le même temps, Guillaume le père , grand maréchal,.

‘ Intercalaliun fournie par le manuicrit de CoUon.

HENRI Ht.

tuteur du rui et régent du royaume, expira et fut en> terré honorablement à Londres, dans le (emfile neuf, c'est-à-dire dans l'église, le jour de l'Ascension, qui était le dix-septième avant les calendes d'avril. Après sa mort la garde dudit roi fut contiée à Pierre, évéque de Winchester. L'épitaphe dudit Guillaume est ainsi conçue :

« Je suis celui qui a été Saturne pour l'Irlande, le soleil pour l'Ait- • 0leterrc, Mercure pour la Normandie, et Mars pour la France. •

Eu effet, il avait été le conquérant et l'exterminateur de l'Irlande, la gloire et l'honneur de l'Angleterre, pour les Normands un négociateur habile et souvent heureux, pour les Français un ennemi redoutable et un invincible capitaine. Cette même année eut lieu nn arrangement à l'amiable entre l'église de Lincoln et l’église de Saint- Albans, représentées l'une par Hugues , évêque de Lincoln , deuxième du nom , l'autre parGuillaume, abbé de Saint-Albans. Cet arrangement relatif au vicariat de Luiton est raconté en plus grand détail au livre des Additions V

Vers le même temps, Pélage, légat du saint-siège apostolique, homme fougueux, et qui voulait hâter le siège de Damiette , ne cessait d'exhorter les chrétiens à passer de l'autre côté du Nil, puisqu’ils étaient maîtres de la tour. Ceux-ci, malgré l’évidence du péril, s'embarquèrent donc et se dirigèrent entre la ville et la tour ; mais ils trouvèrent de grands obstacles

' Voir a la fin du volume.

(Ians les inacbiiK's des assiégéfi>et dans le feu grégeuis. Il arriva même qu'un vaisseau des templiers, entraîné par la force du courant, dériva vers la ville. Les ennemis, voyant qu'il venait à eux, rassaillireiit longtemps à coups d'éperons et de crocs en fer, tandis que du haut des tours de la ville on lançait sur lui le feu grégeois. Comme eeux qui défendaient ce vaisseau . » opposaient une vigoureuse résistance, les incrédules y montèrent à l'envi,et s'y précipitant, vinrcntatlaquer les templiers; après un long combat, le navire percé soit par les ennemis, soit par les fidèles (ce qui est plus probable), fit eau de toutes parts, et en enfonçant r engloutit à la fois égyptiens et cbrétiens : bientôt on i n'aperçut plus sur les eaux que l'extrémité du mût; i et de même que Samson tua plus de Pbilistins en mourant qu’il n'en avait tué pendant sa vie, de même ces martyrs du Cbrist entraînèrent avec eux dans le gouffre plus d'ennemis qu'ils n'avaient pu en massacrer par l’épée. Les païens avaient rétabli le pont [de bateauxjety avaient laissé une ouverture tellement étroite, que les vaisseaux des fidèles ne pouvaient y passer sans avoir à craindre la violence du fleuve. Mais les Frisons et les Allemands, enflammés du zèle d'une juste indignation, dirigèrent contre le pont le gros vaisseau à l'aide duquel la tour avait été prise, et u'ayant d'autre secours que le ciel, l’assaillirent violemment. Au nombre de dix environ, ces braves hommes luttèrent contre toutes les forces de Baby lone, en présence de la foule des chrétiens qui assistaient et applaudissaient à ce trait d’audace; ils mon-

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tèreni sur le pool, réunirent à le rompre, s'emparèrent des quatre bateaux qui lui servaient de fondations, et revinrent en triomphe laissant la route libre et ouverte aux chrétiens, qui purent dès lurs naviguer à pleines voiles. Les Sarrasins, sentant tout le danger qui les menaçait, fortifièrent la ri\e du fleuve opposée à celle où campaient les fidèles, par des fossés , des murailles faites d’une terre argileuse, des remparts ° de bois et autres retranchements ils y disposèrent des machines et des pierriers ; et cherchèrent à enlever aux fidèles tout moyen de traverser le fleuve en cet endroit. En outre , de Damiette JftCasel, qui en est éloigné d’environ un mille et où se terminaient | ces palissades, il enfoncèrent en travers du fleuve des pieux cachés sous les eaux et snr l^^éls les vaisseaux i chrétiens devaient se briser ,- «nhiis les soldats du Christ n’en tentèrent pas moins le passage ; les coquets fortifiés et portant châteaux aux mâts, bien garnis d’ailleurs d’hommes d’armes, ainsi que les galères et les autres vaisseaux qui suivaieu^lichappèrent complètement, guidés sans doute par le Christ, aàx piégesqui leur étaient préparés. Les ennemis de la fui dissimulant leur terreur rangèrent leurs gnerriers sur trois rangs, pour s'opposer à ce que les vaisseaux pussent mouiller. Le premier rang, composé de fautassins, se tenait sur la rive du fleuve , en bon ordre et couvert sous les targes ' ; derrière eux venait le se-

' Tar{;e , target , large bouclier en forme carrée ou de croiasaut, aoaiogue à celui dont ae aervaient lea Romaina, Ica Africaioa et les Espaguola. Ducange dit que ce mot était fréquemment employé pour déaigner Ici

rond rang, composé paiement de fautassins. Le troisième était fbrmé par une longue et formidable ligne de cavaliers qui, à coups de pierres et de traits, empêchaient que les fidèles ne pussent aborder. Mais Dieu, qui est fidèle à4eeaBiise1qiii ne veut pas les éprouver au delà de leurs forces, jeta un regard sur le camp de ses serviteurs, et changea en joie et en allégresse la tristesse et le chagrin des croisés. En effet , pendant la nuit de la fêle de sainte Agathe martyre, au moment où la flotte chrélienne avait fait ses dispositions pour passer le tleuve le lendemain, la pluie et le vent firent d'abord craindre aux croisés d'avoir à vaincre de nouveaux obstacles ; mais auj^i cette môme nuit. Dieu inspira un tel effroi au Soudan de Babylone et à ses soldats,' qu'ils abandonnèrent leurs tentes et mirent tout leur espoir dans la fuite, à l'insu même des païens rangés au bord du fleuve pour résister aux fidèles. Aussi un apostat, qui, après avoir renoncé I^Miis iongleqi^ à la Ibt des chrétiens, avait fait la «rre sous les ordres du Soudan, parut au bord du fieove et se mit à crier en langue française : « Que tar- « dez-vous? que tremblez- vous? Lesoudan est parti. » £t à ces mois il demanda qu’on le reçût dans une barque. En se livrant ainsi «omme otage, il animait les chrétiens à passer le fleuve. Au point du jour , lorsqu’on* commençait dans les oratoires chrétiens à célébrer l'office de la messe :« Réjouissons-nous tous

boucliers qni couvraient tout le corps, et dont on se servait dans les as- Mub. Cette arme défensive était connue des Arabes qui rappelaient tarka «U darra.

Diuiîi^sd by CjOOgle

HRNRI III.

dans le Seigneur,» on vint annoncer cette bonne nouvelle au roi et au légat. Le reste des Sarrasins ayant pris aussi la fuite, le passage s'opéra sans obstacle et sans effusion de sang. Cependant le terrain était si glissant et si détrempé par les eaux du fleuve, qu'au moment du débarquement les chevaux pouvaient à peine se tenir debout. Cependant les templiers prirent les devants, et coururent heureusement jusqu'à la ville, renversa ut les païens qui, à l'approche des chrétiens, avaient osé sortir de Damiette. Quand les infidèles y furent rentrés, l'armée chrétienne occupa les tentes du Soudan et s'empara du butin abandonné parles païens. Elle resta maîtresse d'un grand nombre de targes ainsi que de galères, de vaisseaux à éperons et autres navires qui se trouvaient sur le fleuve depuis Casel jusqu'à la ville. Le passage soudain des croisés décida même un grand nombre d’infidèles à abandonner Damiette où ils laissèrent leurs femmes et leurs enfants. Enfin, un siège régulier fut mis devant la ville, et un pont que les croisés construisirent sur le Nil joignit les deux rives du fleuve, ainsi que les deux armées qui s'y trouvaient.

Lorsque la ville eut été investie par les croisés, les ennemis de la foi, renforcés par le Soudan, lès infidèles d'Alep, et une foule nombreuse, vinrent occuper le lieu par où les chrétiens avaient opéré leur passage contre toute attente. Et si le premier camp, qui était entre le fleuve et la mer, n'eùt été conservé par l'aide et la volonté de Dieu, ainsi que par la valeur des Allemands, la croisade eût couru de grands

périls. En effet, les Sarrasins, pleins de ruse, en vin* reul à un tel excès d'audace, que le samedi qui précède le dimanche où l’on chante : « Toujours mes « yeux tournés vers le Steigneur, etc., » au point du jour, et sans que les fidèles s’y attendissent, ils vinrenten masse se précipiter jusqu’aux retranchements; mais là, cavaliçrset fantassins les reçurent avec intrépidité et les repoussèrent. En effet, les chrétiens • avaient creusé sur les derrières du camp un fossé profond et assez large, par mesure de précaution, afin que, si par hasard les ennemis de la foi venaient les attaquer, ce fossé pût les mettre à l’abri d’une surprise.

Une seconde fois, le jour des Rameaux, les ennemis de la croix ayant rassemblé une armée innombrable et capable d’inspirer la terreur, cherchèrent à franchir sur tous les points le fossé creusé par les fidèles, et dirigèrent surtout leurs efforts contre le pont des templiers et dii duc d’Autriche * : ceux-ci, secondés par les Allemands, le défendirent avec vigueur. Alors les guerriers d’élite de l’armée ennemie descendirent de cheval et engagèrent avec les chrétiens une mêlée furieuse. De part etd’autre tombèrent un grand nombre de morts et de blessés ; mais enfin les incrédules eurent tellemeift l’avantage qu'ils mon-

Après la retraite du soudau, l’armée chrétienne, comme noua l’a- «onsTU, avait jeté un pont sur le Nil pour faciliter son passage sur la rive orientale, et ce pont menait au quartier du duc d’Autriche et des Teutoniques. Toutefois les termes du récit de Matt. Péris sembleraient indiquer une sorte de pont-levis jeté sur le fossé du camp.

lèrent sur ie pont «t en brûlèrent une partie. Alors le doc d'Autriche ordonna aux siens de feindre de se retirer, pour que les ennemis s'engageassent dans le camp : ceux-ci cependant n'osèrent pas y entrer. Les fenimes apportaient aux guerriers chrétiens de l'eau, du vio, du pain et des pierres. Les prêtres étaient en prières, adressant des vœux au ciel et pansant les , plaies des blessés : et dans ce saint jour les chrétiens n'avaient pas le temps de porter d'autres palmes que les arbalètes, les arcs, les lances, les épées, les boucliers et les flèches. Les ennemis, animés du désir de délivrer la ville, combattirent avec tant de fureur et d'acharnement, que depuis le lever du soleil jusqu’à la dixième heure, ils ne laissèrent pas aux fidèles un instant de répit. Enfin, épuisés, iis abandonnèrent ie champ de bataille, après avoir éprouvé de grandes pertes. Une autre fois, le jour de la solennité de FAscension, les infidèles attaquèrent les chrétiens par terre et par eau, selon leur habitude ; mais quoiqu’ils revinssent plusieurs fois à la charge, ils ne purent les forcer. Cependant ils restaient en vue du camp, et il s’ensuivait des escarmouches également funestes aux deux partis.

Enfin, les ennemis de la foi ayant rassemblé toute.s les forces et tous les obmbattants dont ils pouvaient disposer, vinrent attaquer, la veille des calendes d’août, les retranchements chrétiens : ils franchirent Je fossé malgré la résistance des templiers et, après plusieurs tentatives, brisèrent les palissades et mirent en fuite l’infanterie chrétienne j en sorte que l’armée

tifilière courait un grand danger. Trois fois cbevaliei's, cavaliers et fantassins essayèrent de repousser les Égyptiens au delà du fossé : trois fois leurs efforts furent vains. Déjà des cris insultants s'élevaient parmi les païens, et la terreur augmentait parmi les croisés. Muisl'espritde sagesseetde force anima les templiers': le grand maitredu Temple, avec son maréchaletlesau- ^ très frèreside l’ordre, sortit par une étroite issue et sa charge vigoureuse fit reculer les incrédules ; en même ■ temps létgrand maître des chevaliers teutoniques, les Frisons, plusieurs comtes, barons et chevaliers de divers pays, voyant le danger auquel était exposée la milice du temple, s’élancèrent à son secours par les portes qui dépendaient de leurs quartiers. Alors les fantassins infidèles jetèrent leurs boucliers pour fuir : ou les égorgeait par centaines, sans compter ceux qui périrent culbutés dans le fossé. L’infanterie chrétienne revint de nouveau au combat, et eu un instant les ennemis abihdonnèrent les retraucbeinents. Les deux armées restèrent sous les armes, jusqu’à ce que la nuit eût séparé les combattants. Les Sarrasins quittèrent le§ premiers le champ de bataille. Les cadavres des morts restèrent gisants au bord du fossé; ceux qui respiraient encore, quoique blessés mortellement, furent ramenés an camp. Grâce à la protection divine et à l’intrépidité des templiers, il n’y eut parmi les fidèles qu’un petit nombre de morts et de captifs. Pendant <|ue ces choses se [tassaient aux portes du camp, presque tous les instruments de guerre, dressés contre la ville, furent brûlés par les défen-

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