‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 12 sur 30 · LA BANLIEUE. — SUITES DE CE COMBAT. — SÉDITION · texte numérisé non relu

LA BANLIEUE. — SUITES DE CE COMBAT. — SÉDITION

EXCITÉE PAR Constantin. — ’I'empêtes mémorables. Faits divers. — Fin de la querelle .entre l ëvéque de Londres et l’abbé de Westminster. — Cette même année, le jour de saint Jacques apôtre, les habitants de Londres et ceux de la campagne des environs, s^étant déGés à la lutte, se réunirent à l’hôpital dela reiné Mathilde, hors de la ville, aOn de savoir quels étaient les plus robustes dans ce genre d’exercice. La lutte se prolongea longtemps, et, après de grands efforts de part et d’autre, ceux de Londres eurent l’avantage, à la grande confusion de leurs adversaires. Celui qui prit la chose le plus à cœur, fut le sénéchal de l’abbé de Westminster, et il chercha les moyens de se venger, lui et ceux de son parti. Ayant donc arrêté dans son esprit un plan de vengeance, il porta un nouveau déü pour le jour de saint Pierre aux liens et Gt publier dans le canton que tous vinssent à Westminster pour y lutter, et que celui qui resterait vainqueur aurait un bélier pour récompense. Cela fait, ledit sénéchal fissembla des hommes robustes et habitués à la lutte pour obtenir la victoire parce moyen. Les habitants de Londres, désireux de se distinguer uuese-

« nique de cette ville. » Le» deux récit» relatif» à la mort du diacre »e ooncilient facilement, si l’on songe qu’il était souvent d'usage de pendre le coupable avant de le brOler.

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coude fois, viorenl en grand nombre au rendei-vouü. Le combat commença : les uns et les autres cbercfaèr rent à se porter par terre; mais le sénéchal dont j'ai parlé, accompagné des gens du faubourg et de la campagne, fit dégénérer le jeu en un combat qui put servir sa vengeance. 11 courut aux armes sans être provoqué, et chargea avec fureur, et non sans verser le sang des bourgeois de Londres, qui étaient sans armes. Ceux-ci, insultés et blessés, prirent la fuite et rentrèrent en désordre dans In ville. 11 s'ensuivit un grand tumulte : la cloche de la commune sunna et rassembla la population. La chose fut racontée en grands détails ; chacun donna son avis et proposa son moyen de vengeance. Enfin Serlon, maire de la ville, homme prudent et pacifique, conseilla de porter plainte de cet outrage à l'abhé de Westmiuster, et dit que s’il consentait à en donner ré|>arati<Mi convenable pour lui et pour les siens, chacun devrait se tenir satisfait. Mais Constantin, homme puissant dans la ville, déclara, aux grands applaudissements du peuple, qu’il fallait abattre et raser jusqu'au sol tous les édifices de l’abbé de Westminster ainsi que la maison du sénéchal. Aussitôt on rédigea un arrêté qui enjoignait d'exécuter au plus tôt la décision de Constantin. Que dirai-je de plus? Une multitude aveugle, une populace furieuse remit à Constantin le soin de cette guerre civile, se rua en tumulte sur les ■possessions de l’abbé, démolit plusieurs bâtiments et commit de grands dégâts. Au rfjilieu de cetto scène, ledit Constantin ne cessait de proclamer l’arrêlc et décrier de

HENRI ill.

toute sa force : « Montjoiel Montjoiel Dieu nous soit « en aide, et Liouis notre seigneur ! » Ce cri surtout indigna les amis du roi et les excita à tirer vengeance de la sédition, comme nous allons le dire. Le fait fut bientôt connu : il parvint aux oreilles d'Hubert de Bourg, grand justicier d’Angleterre, qui, s’étant mis à là tête d'un corps de troupes, s’avança jusqu’aux portes de Londres et ebvoya un message dans la ville, mandant aux plus âgés de venir le trouver sans délai. Lorsque ceux-ci furent introduits en sa présence, il leur demanda quels étaient les principaux auteurs de cette sédition, quels étaient ceux qui avaient osé troubler la cité royale et violer la paix du roi. Alors Constantin, qui avait été intrépide dans l’action, se montra plus intrépide encore dans sa réponse. Il assura qu’il était sous la garantie d’un traité et n’hésita pas à dire, en présence de tous, qu’il aurait encore été dans son droit en poussant plus loin la chose; qu’il s’en rapportait au serment juré tant par le roi que par Louis, d’après lequel les amis et partisans de l’un et de l’autre ne devaient point être inquiétés. Aussi la violation de ce serment, que le roi transgressa le premier lui fut reprochée dans la suite et fournit à Louis un motif plausible de se refuser aiix restitutions demandées par le roi d’Angleterre Le grand justicier, en entendant l’aveu de Constantin, se saisit

• Objecta fuit regni primo fama ab eo , nous litons ; ol^ecta fait régi primo facta ab eo. „

2 Ce passage prouve que le système de défense adopté par Constantin avait alors une valeur qu’il n’aurait guère aujourd'hui.

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de sa personne et'de deux autres chefs, sans que les séditieux s’y opposassent. Le lendemain matin il chargea Falcaise et quelques hommeé d’armes de les conduire par la Tamise à uii gibet dressé pour eux. Lorsque Constantin se vit la corde au rou et se sentit abandonné de toutsecours, il offrit quinze mille marcs d’argent pour avoir la vie sauve; mais son offre fût repoussée, et il fut pendu avec sou neveu Constantin et un certain Geolfroi, qui avait proclamé l’arrété dans la ville. Ainsi la sentence portée contre Constantin reçut son exécution à l’insu des bourgeois et sans aucun désordre. Cela fait, le grand justicier entra à Londres avec Falcaise et les hommes d’armes qu’il avait emmenés ; il ht saisir tous ceux qui furent convaincus d’avoir trempé dans ladite sédition, les emprisonna' et ne les remit en liberté qu’après leur avoir fait couper les pieds ou les mains. La terreur s’empara d’un grand nombre d’babitants, qui s’enfuirent de Londres pour n’y plus revenir. Le roi, pour compléter le (bâtiment de la ville, déposa tous les magistrats et établit à Londres de nouveaux officiers. ■ ‘

Cette même année, le sixième jour avant les ides de février, on entendit d’horribles coups de. tonnerre. Leur choc fit jaillir la foudre , qui tomba sur l’église de Groham, dons le comté de Lincoln, et y fit de grands ravages, laissant une odeur si fétide, que plusieurs personnes qui se trouvaient dans l’église s’enfuirent pour n’étre pas suffoquées. Enfin , on alluma un cierge consacré, on aspergea

HE^RI III

l'église d’eau bénite, et l'inoeiidie s’éleigitil quoique avec peine. Les traces de cet événemenl subsistent encore dans ce mônaslère. Cette même année, le jour de l’exaltation de la saiiUe croix, le tonnerre gronda d’une manière effrayante dans toute l’Angleterre, et fut suivi par des torrents de pluie et des tourbillons de vent. Cet orage, qui dura jusqu’à la puritication de la bienheureuse Marie, venant se joindre à la rigueur de la saison, rausa de grands maux à beaucoup de gens et surtout aux habitants de la campagne. Dans l’été qui suivit, le froment se vendait douze sols. Cette même année, le jour de la fête de saint André apôtre, un nouvel ouragan exerça sa fureur dans toute l’Angleterre ; des églises, des clochers d’églises, des maisons, des édiCoes, des murs et des rem^mrts de châteaux furent renversés. Dans une bourgade nommée Pilardeston, située au caulou de Warvick, cet orage renversa les édifices d’un obevolier et écrasa sous les ruines sa femme et huit personnes des deux sa^es, au grand 9tonnementde«eux qui furent témoins de ce malheur. Dans le même pays, ce tourbillon furieux, en passant sur une tourbière entourée d’eaux profondes et de marais, sécha la place en un clin d’œil, au point qu’il u’y laissa ni herbe ni boue, et qu’on n’y trouva plus que des pierres. Enfin, la veille de la fête de sainte Lucie vierge, un vent terrible s’éleva tout à coup et fit de plus grands ravages eneore que le précédent ouragan. On eût dit que l’Angleterre s’agitait sous un souffle diabolique; les édifices furent renversés, les

églises et leurs clochers abattus, les arbres des forêts et les arbres à fruits déracinés; en sorte que presque personne ne fut à l'abri du désastre et ne put s'en garantir.

Cette même année, maîtrê Étienne de Langton tint un concile général à Oxford : on y fit plusieurs statuts pour la réforme de l'église anglicane et des or-« dres monastiques; comme il est dit ailleurs, d'une manière plus explicite , au sujet dudit concile. Cette même année, mourut Guillaume de Humet,' abbé de Westminster, le douzième jour avant les calendes de mai. Il eut pour successeur Richard de Berking, prieur de la même église, qui, cette même année, le quatorzième jour avant les calendes d'octobrcf reçut la bénédiction* du seigneur Pierre, évêque de Winchester, dans l’église de Westminster. Cette même année, Ranuif, évêque de Chicester, jadis official, puis prieur de Norwich, alla où va toute créature. Il eut pour successeur Raoul de Nevil, qui était auparavant gardien et porteur du sceau du roi, et qui, aux applaudissements de tout le royaume , exerçait fidèlement les fonctions de chancelier. Il avait même été décidé qu’on ne lui retirerait pas la garde du sceau sans l’avis et la volonté de l’assemblée générale du royaume. Promu évêque, U conserva sa charge : U fut élu vers la fête de la Toussaint, et confirmé l'année suivante. Cette même année , mourut Guillaume d’Ély, trésorier d’Angleterre. Cette même année, fut apaisée la querelle entre Eustacbe, évêque de Londres, et le chapitre de Saint-Paul d’une part,

et ral)l)é Guillaume et le couvenl de Westminster de l’autre, par Étienne, archevêque de Cantorbéry, Pierre évêque de Winchester, Robert, évêque de Salisbury, Thomas, prieur de Merton, et Richard (trieur de Dunstable. Le^ deux parties s’en remirent à eux comme arbitres et régulateurs de la paix.

« Ceux-ci déclarèrent le couvent de Westminstèr entièrement exempt de toute dépendance envers l’évêque de Londres , ainsi que de la juridiction qu’on voulait lui imposer : il fut réglé que l’église de Staines, avec ses dépendances, serait affectée en propre à l’église de Westminster, que le manoir de Sumnebus(?) deviendrait la propriété de l’évêque de Londres , et que I^glise du même manoir serait affectée en propre à perpétuité à l’église de Saint-Paul.

Henri IU confirme les libertés et cobtdmes. —

Combat entre les Gallois et Guillaume Maréchal. — Mort de Philippe -Auguste. — Réclamations de Henri III. — L’antipape des Albigeois. — L’an du Seigneur -1223 , le roi Henri tint sa cour à Oxford aux fêtes de Noël. Peu après, pendant l’octave de l’Épiphanie, il se rendit à Londres pour assistera l’assemblée des barons. Là il fut requis par l’archevêque de Cantorbéry et les autres seigneurs de coufirmer les libertés et libres coutumes qui avaient donné lieu à la guerre contre son père. L’archevêque montra évidemment que ledit roi ne pouvait se dispenser de le faire, puisque , au moment où Louis avait quitté l’Angleterre, il avait juré, et toute

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ia uoblessti du royaume avec lui , d’observer les libertés susdites , et de les faire observer par tout le inonde. Â ces mots, Guillaume Bruer, qui était l’un des conseillers du roi, répondit en son nom et dit :

« Les libertés que vous demandez ont été extorquées 0 par force, et on ne doit pas les observer eu bonne « justice. » Alors l’archevêque, ne pouvant dissimuler son chagrin : « Guillaume, dit-il d’un ton de « reproche , si vous aimiez le roi, vous ne mettriez « pas obstacle à la paix du royaume. » Le roi s’aperçut de l’émotion et de la colère de l'archevêque , et (lit à son tour : » Nous avons juré ces privilèges, et « tousnoussommestenusd’observernotreserment. »

Le roi, ayant aussitôt tenu conseil à ce sujet, envoya des lettres à tous Iqÿ vicomtes du royaume, afin que, dans chaque comté," douze chevaliers ou loyaux hommes fussent chargés, sous la foi du serment, de s’enquérir des libertés usitées en Angleterre au temps du roi Henri , son aïeul ; laquelle enquête de- • mit lui être envoyée à Londres, dans la quinzaine après Pâques.

Cette même année, tandis que Guillaume Maréchal, comte de Pembroke, se trouvait en Irlande, Léolin,roi des Gallois, suivi de troupes nombreuses, s’empara de deux châteaux appartenant audit Guillaume, fit trancher la tête à tous ceux qu’il y trouva, et se retira après y avoir mis garnison de ses Gallois.

Peu de jours après, la chose étant venue à la connaissance dudit Maréchal, il revint en toute hâte en Angleterre, rassembla une nombreuse armée, assié-

HËNHi 111.

^ea et prit à sou tour les deux châteaux ; et, comme Léulin avait fait couper la tête à tous les hommes du comte Maréchal qu'il avait pris dans ces châteaux, Guillaume Maréchal, en représailles, fit décapiter aussi tous les Gallois. Puis, pour se veuger plus encore, il entra à main armée sur les terres de Léôlin, et ravagea, par le fer et par le feu, tout ce qui se présenta à lui. Léolin, à cette nouvelle,' marcha à sa rencontre avec de grandes forces; mais Maréchal, secondé par la fortune, se précipita sur les enueatts, eu tua un graud nombre, et mit le reste en fuite. Le vainqueur poursuivit les Gallois dans leur déroute, et les égorgea sans pitié. Ou estima le nombre des morts etdes prisonniers à neuf mille hommes ; trèspeu réussirent à échapper par fuite. Cette même année, vers la fête de l’ascension de Noire-Seigneur, Gaullier-k-Mauvais {?), clerc, fut consacré évêque de Carlisle par la main de Gaultier, archevêque d’York. Vers le même temps, dans l’église cathédrale, à York, de l’huilè très-claièe découla de la tombe du bienheureux Guillaume, jadis archevêque de cette même église. Cette même année, à Rome; la terre suinta du sang pendant trois jours, à la stupéfaction de plusieurs.

Vers le môme temps, aux approches de la fête de saiotPierre aux liens, Philippe, roide France, expira. Sa mort fut annoncée par une comète ardente et chevelue, qui avait paru peu auparavant. Lorsque le bruit de celte mort se fut répandu, Henri, roi d’Angleterre, envoya l’arehevéque de Cantorbéry, avec

trois évéques, vers Louis, üls de Philippe, et déjà éoun^né roi, pour lui demander la restitution de la Noràiandie et des autres provinces d’outre-mer, ainsi qu'il s’y était engagé à son départ d’Angleterre, lorsque là paix avait été conclue entre lui et le roi d’Angleterre, du consentement de tous les seigneurs. Lirais répondit à cela qu'il possédait justement la ^^rmandie et les antres provinces, comme il était prêt à le prouver dans sa cour, si le roi d'Angleterre voulait y venir et s'y soumettre au droit. 11 ajouta que lu serment fait en Angleterre avait été violé par le roi d’Angleterre,- puisque ses partisans, pris à Lincoln, àVàieotiété imposés à d'énormes rançons; que, quant AUX' libertés du royaume d’Angleterre, qui avaient donné-lieu à la guerre, qui avaient été octroyées à eou départ, et jurées par tous, un avait agi de façon que non-seulement les mauvaises lois avaient été rétablies sur i’ancien pied, mais que de plus iniques encore iraient été introduites généralement dans tout le royaun\e d’Angleterre. A ces mots, l'ar-* obevêque et les évéques, ne pouvant obtenir d’autre répoufi^ retournèrent chez eux, et rapportèrent au roi d’Angleterre ce qu’ils aVaient entendu.

En ces temps-là les bérétiqfifés albigeois se donnèrent uU certain Bartbélemy pour antipape, dans Jes pays de Bu%arie, de Croatie et de Datmatie. Cette superstition avait fait tant de progrès dans ces contrées,' que beaucoup de gens, et jusqu’à des évêques, étUieut infectés de ces erreurs. A ce sujet, Conrad, évêque de Porto et jégat du saint-siège apostolique

dans ce pays, écrivit en ces ternaes à l’archevêque de Rouen : « Aux vénérables pères, l’archevêque de Rouen elles évêques, ses suffraganls, par la grâce de Dieu, salut en notre Seigneur Jésus-Christ. Tandis que nous sommes forcé d implorer votre aide pour l’épouse du vrai Dieu, mort sur la croix, nous ne pouvons retenir nos pleurs ni les sanglots qui nous déchirent. Nous disons ce que nous avons vu, et nous certifions ce que nous savons. Cet homme de perdition qui doit s’élever au-dessus de tout ce qu’on adore et de ce qu’on appelle Dieu, a pour précurseur en abomination un hérésiarque que les hérétiques albigeois appellent leur pape, et qui habite dans les pays de Bulgarie, de Croatie et de Dalmatie, non loin de la nation des Hongrois. Les hérétiques albigeois affluent auprès de lui et viennent le consulter pour qu’il leur réponde. Un nommé Barthélemy, natif de Carcassonne, évêque des hérétiques et vicaire de cet antipape , en témoignage de son respect impie , lui a cédé pour siège et pour place un jieu nommé Porlos, et s’est transféré lui-même dans le pays de Toulouse. Ce Barthélemy écrit des lettres qu’il répand de tous côtés, et s’intitule ainsi dans la formule de safutalion qui commence lesdilès lettres; « Barthélemy, servi- « teur des serviteurs de la sainte foi, à un tel, salut. » Entre autres énormités il nomme des évêques, et. j)rétend, indigne qu’il est, conférer les pouvoirs ecclésiastiques. Nous vous prions donc avec instance, et par l’aspersion du sang de Jésus-Christ, vous supplions ardemment, et vous enjoignons formellement,

ANNÉE rm.

en ?ertu de l'aatorité apostoliqne dont nous sommes revêtu à eet égard, de vous rendre à Sens, aux prochaines ocUfves des apôtres Pierre et Paul. Là, Dieu aidant, les autres prélats de France se réuniront aussi, prêts à donner leur avis sur cette affaire, et à aviser aux moyens de réprimer les Albigeois, avec le concours des autres qui assisteront au concile. Autrement nous aurons soin de signifier votre désohéissanee an seigneur pape. Donné à Plan', le sixième jour avant les noues de juillet. » Mais la chose en resta là, ledit antipape étant mort peu

Les basons mcrmbrent contre Hubert de Bourg. — Le fafe déclare le roi majeur. — Un fragment de la CHOIX DU Sauveur est apporté a Bromholm en Angleterre.— Miracles qu’il opère. — Cette même année, les barons d’Angleterre firent entendre de violents murmures contre le grand justicier Hubert de Bourg, etcbercbèreut à troubler la paix du royaume. Ils se disaient les uns aux autres qu’Hubert animait l’esprit du roi contre eux, et ne régisàait pas le royaume par des lois équitables. L’arrivée des députés que le roi avait envoyés à Rome augmenta encore ces semences de baine : ceux-ci rapportaient une bulle du seigneur pape adressée aux archevêques d’Angleterre et à leurs suffragants. Voici ce qu’elle conteuait. Le seigneur pape déclarait le roi d’Angleterre en âge

Le leste donne Planium. Nous lisons Plan près d’Égra : peut-être Plsss , ntenaslère de Pordre de Ctteaox en Bohême.

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plein, et capable désormais de régler lui>méme d’une manière souveraine, avec le conseil de ses familiers, les affaires de l’état. Le seigneur pape ordonnait eu même temps aux archevêques et aux évêques chargés d’exécuter son mandat, d’annoncer, en vertu de l’autorité apostolique, aux comtes, barons, chevaliers et tous autres qui avaient la garde des châteaux, terres et bourgs appartenant au domaine royal, qu’ils devaient les rendre au roi sur-le-champ à l’inspection de la présente lettre; leurenjoignanLs’il se trouvait desopposants, de les forcer par la censure ecclésiastique à donner satisfaction. La majeure partie des comtes et des barons, dont les cœurs étaient possédés de concupiscence, s’indigna de cette bulle du pape ; tous furent d’accord pour se préparer à la guerre; et, un complot s’étant forgé sans soufflet, ils mettaient en avant les prétextes dont nous avons parlé pour troubler la paix du royaume. Sommés par les archevêques et par les évêques de rendre la garde des châteaux au roi, ils refusèrent, aimant mieux recourir aux armes que de satisfaire le roi à cet égard ; mais n’anticipons point.

Cette même année , à Bromholm eurent lieu des miracles divins, à la gloire et à l’honneur de la sainte croix qui donne le salut et sur laquelle le Sauveur du monde a daigné souffrir pour la rédemption du genre humain. Puisque la Bretagne, entourée de tous côtés par l’Océan, a mérité d’être béatifiée par un semblable trésor dû à la munificence divine, il est convenable et très-convenable de raconter à ceux

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qui viendront après nous comment d'un pays trèséloigné la sainte croix fut portée en Bretagne. Le comte de Flandre Baudouin , de comte devenu empereur de Constantinople, vécut glorieusement pendant longues années : il arriva que des rois infidèles vinrent faire des incursions dans ses états. Baudouin marcha à leur rencontre avec précipitation et témérité; il négligea en celte occasion de se placer sous la protection du bois de la croix et de plusieurs autres reliques qui étaient ordinairement portées devant lui par le patriarche et les évêques, toutes les fois qu’il devait livrer bataille aux ennemis de la foi chrétienne. Ce secours lui manqua, et ce jour-là il en fit la triste expérience : car, ayant attaqué l'ennemi avec une faible armée sans considérer que la multitude des barbares était dix fois plus nombreuse ,il s'élança sur eux ; mais il fut enveloppé en un instant par les ennemis de la croix, lui et les siens. Tous furent ou tués, ou emmenés en captivité. Le peu qui réussirent à s’échapper ignoraient complètement quel avait été le sort de l’empereur et ce qu’il était devenu. Baudouin avait alors pour cbapelaUi un Anglais de nation, qui avec ses clercs célébrait les divins mystères dans la chapelle de l’empereur. C’était l’un des gardiens des reliques, anneaux et autres objets précieux appartenant à l’empereur. Cet homme ayant appris l’événement et la mort probable, au dire de chacun, de son seigneur l’empereur, se saisitdesdites reliques, des anneaux, des pierreries et autres objets, quitta secrètement Constantinople, et parvint jusqu’en An-

HEMU HI.

glelerre. Étant venu à Saiut-Âlbaus , il vendit à un ^ moine du lieu une croix d’argent doré , deux doigts de saiate Marguerite, des anneaux d’or et des pierres précieuses. Tout cela est encore aujourd’hui en grande vénération au monastère de Saint-Albaus. Puis ledit cba|)elain tira de sa besace une croix en bois et la montra à quelques moines, eu leur jurant avec serment que cette croix sans aucun doute était faite avec le bois sur lequel le Sauveur du monde avait été attaché pour la rédemption du genre humain. Mais comme on n’ajoutait point foi à ses paroles, il s’en alla, envportant avec lui ce trésor inestimable, quoiqu’inconnu. Ledit chapelain avait deux filsencore enfants ; fort inquiet sur les moyen» de pourvoir à leur entretien et aux soins qu’ils exigeaient, il se présenta à plusieurs monastères et offrit de donner la eroix dont nous venons de parler,, à condition que lui et ses 61s seraient reçus dans la cmnmunauté. Après avoir éprouvé maintes fois des refus de la part des riches, il arriva à une chapelle appelée* Brombolm» située dans le territoire de Norfolk ; c’est un lieu trè»' pauvre et dépourvu d’édifices commodes. Là il se présenta au prieur et à quelques-unsdes frères, leur montra ladite croix faite de deux morceaux de bois mis en travers et ayant à peu près la longueur de la main, les supplia humblement de le recevoir lui et seslUs dans leur couvent, et leur offrit'la croix et les autres reliques qu'il possédait. Lia prieur et les frères se réjouirent à la vue d’un pareil trésor : aussitôt, par l'inspiration du Seigneur qui protège toc^urs

uue honorable pauvreté, ils ajoutèrent foi aux paroles du chapelain, reçurent avec res{>ect le bois sacré, le portèrent dans leur oratoire, et le déposèrent avec les plus grands témoignages de dévotion dans l’endroit le plus convenable. Enfin , cette année, comme nous l’avons dit, des miracles divins commencèrent à s’opérer dans ledit monastère, à la gloire et à l’honneur de la croix qui vivifie. Là les morts recouvraient la vie, les aveugles la vue, ; les boiteux pouvaient marcher droit; les plaies des lépreux étaient guéries, les possédés du démon délivrés. Tout malade qui s’approchait avec foi du bois miraculeux s’en retournait guéri et sain et sauf. On se rend en pèlerinage à la croix de Brombolm, non-seulement de l’intérieur de l’Angleterre, mais encore des pays les plus éloignés. On se prosterne, on l’adore et tous ceux qui ont entendu parler de ces miracles divins honorent avec dévotion le pieux gage à qui on les doit. — Le trèssage roi de France Philippe était mort comme noos l’avons dit , le troisième jour avant les ides d’août. Il fut enterré à Saint-Denis. Il monta sur le trône du vivant même de son père Louis, à l’âge de quinze ans. Il régna quarante-quatre ans, et eut pour successeur son fils Louis, bien dissemblable à son père i l’un futon homme, l’autre un enfant. Jean de Brienne, roi de Jérusalem et le grand maître des frères Hospitaliers de Jérusalem, se rendirenten Angleterre vers l’octave des apôtres Pierre et Paul, afin d’y solliciter des secours pour la Terre-Sainte. Celte même année, Simon d’ApnIie, évêque d ’Exeter , mourut vers la

HENRI III

l'éte de l'Exaltalion de ia sainte croix, et Guillaume de Cornebull, évêque de Chester, mourut aussi vers le même temps. — Cette même année, pendant les douze mois sans interruption , il y eut des pluies si abondantes, des débordements d’eau si fréquents, une température si rigoureuse que la maturité des fruits fut excessivement Üsrdive. Les récoltes furent arriérées au point que, dans le mois de novembre, ce fut à peine si quelques fruits, bien rares, furent resserrés dans les greniers. Au mois de janvier un affreux tourbillon de vents qui s’entrecroisaient renversa les tours et les enclos des églises et déracina les chênes des forêts. — Vers le même . temps, Léolin, prince de Nortwalles, uni à plusieurs Anglais, tels que Hugues de Lascy et quelques autres partisans que 1a haine du roi avait rapprochés et qui désespéraient qu’un bon fruit pût naître d’un mauvais arbre, que du roi Jean pût sortir un héritier supportable, ne cessaient par leurs fréquentes incursions d'inquiéter Guillaiime Maréchal le fils, comme ils avaient inquiété le père. Ils cherchaient à l'obliger àse rendre, lui etd’autres baronsdu seigneur roi ; mais tout le pays prit les armes et se souleva contre eux ; ils furent pressés à leur tour : ceux dont ils avaient été les ennemis en chef devinrent leurs maîtres, et désormais ils furent hors d’état de rien entreprendre.

Les CHATEAUX SONT RENDUS AU ROI EN DÉPIT DES BARONS.

— Louis VllI, roi de France, s’empare de La Rochelle.

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— L’an du Seigneur 4 224, le roi Henri tint sa cour à Northampton, aux fêtes de Noël , en présence de l’archevêque de Cantorhéry , de ses suffr^gants et d’une nombreuse chevalerie. De son côté le comte de Chester, avec les conjurés de son parti, tint sa courà Leicester. Là, il se livra à d’orgueilleuses espérances et proféra des menaces contre le roi et le grand justicier, à l'occasiou de la garde des terres et des châteaux que ledit roi lai avait réclamée. Le lendemain, après avoir solennellement célébré la messe, l’archevêque de Cantorhéry et tous les évêques ses suffragants, revêtus d’habits blancs et à la lueur des cierges, excommunièrent tous les perturbateurs du roi et du royaume, tous les envahisseurs de la ' sainte église et des choses ecclésiastiques. Ensuite le même archevêque envoya une députation à Leicester, au comte de Chester et à ses partisans, pour leur annoncer, à chacun comme à tous, que s’ils ne résignaient le lendemain entre les mains du roi tous les châteaux et terres appartenant à la couronne, lui et tous les évêques les excommunieraient nominalement, ainsi qu’il était ordonné par le seigneur pape. Alors le comte de Chester et ses amis, ayant été informés par leurs espions que le roi avait un plus grand nombre d’hommes d'armes qu'eux-mémes , furent dans une grande consternation : car , s’ils en eussent eu les moyens, ils auraient fait une guerre terrible au roi , par haine pour le justicier ; mais considérant leur infériorité, iis redoutaient d’engager un combat douteux ; craignant surtout que l’ar-

chevéque el les évéqiies ne les exoommuoiasseut, s'ils persistaient dans leurs projets de révolte. Ils prirent | donc le plus sage parti, vinrent tous trouver le roi [ à Northampton, et lui restituèrent, à commencer par le comte de Chester, les châteaux et les municipea , les terres et les gardes qui paraissaient appartenir à ' la couronne. Néanmoins les susditsseigneurs conser- ^

vèreiit leurs mauvaises dispositions contre le roi, j

parce qu'il refusa, iiïalgré leurs instances, d’éloigner |

le grand justicier. Les principaux auteurs de ce sou- i

lèvement étaient le comte de Chester, le comte d’Al- f

bemarle, Jean, constable de Chester, Falcaise et ses |

châtelains, Robert de Vieuxpont, Brien de l’Isle,

Pierre de Mauléon, Philippe Marci,Ingelard de Athies, |

Guillaume de Cnnteloup et Guillaume son hls, ainsi que beaucoup d’autres qui tous faisaient leurs efforts pour troubler la paix do royaume.

Cette même année , le roi de France Louis conduisit une nombreuse armée à La Rochelle, avec l’intention de prendre cette ville, soit par la force , soit par l’argent. Lorsqu’il y fut arrivé, il offrit aux habitants une forte somme pour qu'ils lui rendissent leur ville, lui jurassent fidélité, et devinssent ses su— j jets soumis. Les bourgeois de La Rochelle , se croyant j abandonnés en quelque sorte par le roi d’Angleterre, j se laissèrent gagner tant par prières que par argent , I et remirent leur ville au roi de France. Le roi laissa une bonne garnison tant de chevaliers que de sergents dans la ville et dans les châteaux ; puis , après i

s’être assuré de tout le Poitou, il revint tranquille- i

ment dans ses états, sans elfusiun de saii(;. La Uu- «belle est un port du Poitou où les rois d’Angleterre avaient coutume de faire débarquer leurs troupes pour la défense du pays. Désormais celte voie leur fut fermée, retenus qu’ils étaient en Angleterre par les intrigues de leurs barons. O trahison innée dans le cœur des Poitevins ! il n’y eut personne qui se présentât pour défendre le roi d’Angleterre son seigneur, à l’exception d’un seul bourgeois qui plus tard, ayant été convaincu d’avoir caché la bannière du roi d’Angleterre pour la relever un jour quand ledit roi d’Angleterre serait rappelé, fut livré par la trahison de ses concitoyens et pendu. Comme il mourut pour la justice, il est évident que ce fut un glorieux martyr. Son fils, nommé Guillaume, fut promu, àSaint-AIbans, au gouvernement de l’église de Saint-Julien.

Siège dü chateau de Bedfoht. — Prise du cuateau PAR le roi. — Châtiment des révoltés. — Falcaise dépouillé de ses biens. — Vers le môme temps , pendant l’octave de la Sainte Trinité , le roi, les archevêques, les évêques, les comtes, les barons et autres, tinrent une assemblée à Northampton, pour y régler les affaires de l’état. Le roi voulait demander avis à ses barons relativement aux terres d’outre-mer dont le roi de France s’était emparé peu à peu; mais il en 'arriva autrement qu’il ne l’espérait. En ce moment les justiciers du roi, qu’on appelle justiciers en tournée * , se trouvaient h Dunstable. C’é-

< Ce terme, toat moderae qu’H e«t, ootts temble correepondre i l’idée du texte (jiwtttiarü itinérantes, justices in cyre).

HBNRl III.

2(>ri

taient Marlin de Pateshull , Tliomas de Muietdn , Henri de Braibroc et d'autres, qui tenaient en ce lieu les plaids royaux, relativement à l’expulsion de possession*. Or, Falcaise, entre autres , avait dépouillé tant de personnes, que si les peines juridiques qu’il avait encourues eussent été rédigées par écrit, elles auraient rempli trente doubles lettres*, dont chacune l’aurait mis à la merci du roi pour une amende de cent livres. Lorsque cet ordre fut signifié à Falcaise, il entra en fureur, et, ne consultant que sa colère, il donna ordre aux chevaliers qui gardaient le cbûteau deBedfort de prendre avec eux des hommes d’armes, de marcher sur Dunstable, d’y saisir les susdits justiciers , de les amener au château de Bedfort, et de les jeter dans une obscure prison. Les justiciers, en ayant eu avis, quittèrent Dunstable avec précipitation, et prirent le premier chemin qui se présenta à eux. Henri de Braibroc, l’un d’eux, fuyant sans précaution , tomba au pouvoir des chevaliers de Falcaise, fut fort maltraité et enfermé audit château dans

' Nova disseisina, saisine et nouvelleté , dans l’ancienne législaliou,

* De plusquam triginta paribus litlerarum. Nous adoptons ici l’explication du glossaire du texte. Ducange donne ici au mot Pares le sens de notre mot poire. Pares litteramm : une paire de lettres. C’était ce qu'on appelait aussi membrana indentata ou simplement indentura, en français endcnture. Les Normands avaient introduit en Angleterre cette forme de procédure, dans laquelle une des parties oontractantes signait la charte qui restait aux mains de l’autre partie. On lit dans l’inventaire des joyaux d’Édouard 1"^ année 1297 : • Et pour « souvenance et cogniscance des joiaus desusdit est fait ebis escris en- « denteis et doubleis.» (Fdi/. C.4.RPENTIER : Indentura.) ■“

une élroile prison. La nouvelle de cette violence s'étant répandue, l’épouse de Henri de Braibroc vint trouver le roi à Northampton, et là, en pleine assemblée, porta plainte en pleurant, au nom de son mari. Le roi , transporté d’indignation ^ demanda conseil aux clercs et aux laïques sur ce qu’il avait à faire en pareille circonstance. Tous déclarèrent au roi, d’un commun accord , qu’il fallait se rendre au château de Bedfort avec un corps nombreux d’hommes d’armes, sans aucun délai et de préférence à toute autre affaire y pour tirer vengeance d’une si. grande insolence. L’avis ayant plu au seigneur roi , il donna ordre à tous les siens de s’armer au plus vite, et de se diriger , tant laïques que clercs , vers le château de Bedfort. Quand on y fut arrivé , le roi envoya des députés aux châtelains qui y commandaient, pour demander que les portes lui fussent ouvertes, et pour les sommer de lui rendre Henri de Braibroc , son justicier. Guillaume doBrente*, frère de Falcaise, et les autres chevaliers enfermés dans la place , répondirent aux députés qu’ils nê rendraient pas le château avant d’en avoir reçu l’ordre formel de leur seigneur Falcaise; se fondant sur ce qu’ils n’étaient tenus à rien envers le roi , ne lui ayant ni prêté hommage, ni juré fidélité. Cette réponse ayant été rapportée au roi, il fut violemment courroucé et ordonna avec colère que le château fût investi et assiégé. Les gens de la place se préparèrent à la résistance , et pour-

Une variante dit Bréante.

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26ÎJ

vurent de tous côtés à la défense de ieui's mura et de leurs remparts. Alora Tarcbevéque et tous lesévéques frappèrent du glaive de l’excommunication, à la lueur des cierges, Falcaise lui-même et tous ceux qui composaient la garnisoii du château. Le siège fut mis devant la place le seizième jour avant les calendes de juin, qui se trouvait le premier jeudi après l’octave de la Trinité. Le roi fit alors venir des machines de guerre , des pierriers et des mangonneaux qui furent disposés en cercle et qui battirent les mure sans relâche. Les assiégés, de leur côté , se défendant vigoureusement, lançaient une grêle de traits mortels. En un mot , des deux parts , beaucoup étaient blessés ettués; un chevalier distingué, nommé Giffard , périt entre autres, percé d’un trait d’arbalète. Pendant ce temps , le roi détacha une troupe d'iiommes d’armes |)our chercher Falcaise etl’ameiier devant lui ; mais celui-ci , averti par ses espions , se sauva jusque dane le pays de Galles. Les messagers, de retour , annoncèrent au roi 'que leur peine avait été vaine. Le roi , transporté de colère , jura sur l’âme de son père que si les assiégés étaient pris par force , il les ferait tous pendre. Ceux-ci , cxas|)éré8 par les menaces du roi, intimèrent l’ordre aux députés royaux de ne plus leur parler de rendre le château. De part et d’autre l’animosité devint implacable, à cause de la multitude des morts : les frères n’épargnèrent point leurs frères , ni les pères leurs fils. Enfin, quand on se fut longtemps entretué, les ouvriers royaux construisirent un château de bois

; by iioogk .

fort élevé et bâti dans les rè(;les de Trt. Oa y établit des arbalétriers qui furent à même de balayer toute la superficie du cbàleau ; eu sorte qu'aucun assiégé ne pouvait paraître en armes sur les remparts, qu'il ne fût aussitôt blessé à mort. Néanmoins les défenseurs de la place ne renoncèrent point à faire du mal à leurs adversaires, ils tuèrent, mais pour leur propre malheur , deux chevaliers de l’armée royale qui s’étaient trop imprudemment exposés à la mort, et plusieurs autres guerriers: ce qui augmenta encore l'animosité de leurs ennemis.

Pendant le siège de Bedfort , le roi fit saisiret confisquer, sur tous les manoirs et toutes les terres que Falcaise possédait en Angleterre, les fruits et les troupeaux, pour faire subsister son armée aux dépens de ce rebelle, tant que le siège durerait. Enfin les troupes royales réussirent, non sans avoir perdu beaucoup des leurs, à s’emparer do deux tours à créneaux , qu’on appelle en français brulesches , pénétrèrent à l’envi dans le château , et forcèrent les assiégés à se retirer bon gré mal gré dans l’intérieur’. Maitresses du château, les troupes royales revinrent au camp joyeuses et riches , avec des chevaux , des arnK's, dos provisions de toute espèce, et un précieux butin. Les vainqueurs songèrent ensuite à attaquer la tour, et renversèrent une grande partie des mors. I>ès lors les assiégés sentirent qu’ils ne pouvaient ré^

* Cett-à-dire dans ta tour principale : eVtait la retraite ordinaire q«ud te chat DW 4tait topaé.

lIRMU III.

sister plus longtemps : la veille de l’Assomption de la bienheureuse Marie, quelques-uns d’entre eux sortirent du château et vinrent se remettre à la merci du roi. Le roi les ht tous charger de chaînes, jusqu’à ce qu’il fût maître des autres. Le lendetnain tous sortirent à leur tour, couverts de blessures èt de plaies mortelles : ils furent menés en présence du roi, (|ui les condamna à être pendus. Les seigneurs pris à Bedfort subirent donc ce supplice au nombre de vingt-quatre, ainsi que les chevaliers et les sergents : ils ne purent trouver merci auprès du roi, à cause de leur orgueil opiniâtre pendant le siège dont j’ai parlé. Henri de Braihroc vint sain et sauf se présenter au roi, et lui témoigna sa vive reconnaissance. Falcaise, trompé par un faux espoir, avait cru que les siens pourraient défendre le château pendant une année entière ; mais quand il apprit d’une manière certaine que son frère et tousses partisans avaient été pendus, il SC rendit à Bedfort auprès du roi , sous le saufconduit d’Alexandre , é\éque de Coventry. Aussitôt il tomba aux pieds du roi, et le sollicita de l’admettre à merci, en lui rappelant les services qu’il avait rendus et les secours qu’il avait fournis à luietàson père au temps des hostilités. Le roi, sur l’avis de son conseil , le dépouilla de ses châteaux , de ses terres et de tous ses biens , et le donna’cn garde à Eustache, évêque de Londres , jusqu’à ce qu’une sentence déünitive eût prononcé sur son sort. Alors eut lieu un appel à la vengeance de saint Paul : en effet, Falcaise, ce traître couvert de sang, avait fait démolir l’église

DIgilized by Oooglc j

ANNËE -1224.

de Saint-Paul, à Bedfori , pour que les matériaux servissent à la construction et aux forlifica lions de son château. Maintenant il se trouvait prisonnier et gardé en quelque sorte par le bienheureux Paul Aussi l’abbesse de Ilelnestne, apprenant que Falcaise avait commis un sacrilège contre le bienheureux Paul, et n’en ayait pas encore été puni , ordonna qu’on enlevât à la statue de saint Paul le glaive qu’elle tenait à la main, et qu’on ne l’y replaçât que quand on aurait tiré vengeance du coupable. En un moment Falcaise passa du comble de la fortune à la dernière misère : exemple mémorable pour beaucoup de gens, et surtout pour les méchants. Ce revers prodigieux fit dire à quelqu’un :

Falcaiae , l’homme i l’^pée toujours tirée , a perdu en un mois tout ce qu’il avait acquis par le crime pendant sa vie

Marguerite de Redviers, femme dudit Falcaise, vint aussi se présenter au roi et à l’archevêque. Elle déclara qu’elle n’avait jamais consenti de bonne grâce à être unie par mariage à cet homme ; qu’au temps des bostilités elle avait été prise par force et mariée contre sou aveu ; que par conséquent elle demandait

' Sans doute, parce que l’évéqne le tenait prisonnier h Saint-Paul de Londres.

‘ Perdidit in msnse Faleo, tam fervidut ente,

Omine luà lavo quidquid qwBiivit ab avo.

Les deux jeux de mots ne peuvent être rendus en français.

DjgitiZfx; iiy Googk

HENHi ill.

le divorce. Alors l'archevêque prit jour avec elle, se réservant le temps de délibérer sur ce qu'il devait faire. Le roi rendit à Marguerite toutes ses terres et possessions en Angleterre, et la donna en garde [noble] à Guillaume, comte de Warenne. Le roi obtint des prélats et des laïques, pour ses travaux et grandes dépenses, un impôt de (kux sois d’argent par cbarrue dans toute l’Angleterre. Le roi, de son côté, remit* aux seigneurs un esooage de deux marcs sterling par bouclier, et chacun retourna chez soi : le château de Bed fort fut rasé et réduit en monceaux de pierres par ordre du«roi, qui donna à Guillaume de Beauchamp le terrain ainsi que les imiisons et tous les édiBces dépendants dudit château. Cette même année, maître Alexandre de Stavensby fut consacré évêque de Chester à Rome, par le seigneur pape Honorius, le jour

* Le mot concessit est vague. Nous traduisons ainsi parce qu'en principe c’était le roi qui levait l’eMUage. Ot> désignait par ce terme Taide pécuniaire qui était due au roi par tout écuyer qui tenait du roi, moyennant service militaire , un fief chargé de cette sorte de redevance. L’escuage ne pouvait être exigé que pour être appliqué immédiatement aux frais de la guerre. Dans ce sens , le terme générique de scutifer disait plus que celai d’armijyer eu serviens. La longue anglaise a conservé le terme honorifique d’e.vquire. A tout prendre, l’escuage était réellement un moyen de se dispenser du service militaire ; le tenant militaire y était seul soumis ; mais aussi le vassal immédiat pouvait se faire rembourser par ses vassaux la somme à laquelle était évalué son escuage, lors même qu’il faisait son service en personne. C’était donc plutôt une faveur qu'un impAt , ou du moins cet impôt ne pesait que sur les vassaux inférieurs. L’argent de l’eseunge servait surtout à payer tes mercenaires que les rois employaient d« préférene»'. {Voy. Mado.X et le dialogue sur l’Echiquier in fine). Le taux de l’escuage resta variable jusqu’à la grande charte. (Hallau , Europe au moyen dge. Const. d’Ànglet.}

ANNÉB

tie Pâques. Guillaume, neveu de Guillaume Bruer le père, fut consacré évêque d’Exeter ; et Raoul de Nevil, évêque de Cliicester, par le seigneur Etienne, archevêque de Caiitorbéry. Ledit Raoul, évêque de Cliicester et chancelier du seigneur roi, lui resta fidèle dans maintes circonstances périlleuses, et montra une singulière habileté pour les affaires de l’état. Ce fut en quelque sorte une colonne inébranlable de fidélité et de vérité. A cette époque [était détenu à Londres] Folcaise de Brente '. Ce Normand, illégitime et bâtard du coté de sa mère, était venu en Angleterre sur un mauvais cheval, portant besace, et s’était attaché au roi Jean quelques années auparavant. A l’époque de la guerre qui s’éleva entre ledit roi et les barons, Jean, de sa propre autorité, lui avait donné le château de Bedfort, qu’il fortilia et agrandit sur le territoire d’autrui. La possession de cette |ilace, les richesses qu’il avait acquises, son alliance avec quelques conseillers du roi , l’avaient enivré d’orgueil ; quoique sa puissance ne fut pas plus solide qu’un roseau, il ne craignit pas de dépouiller injustement de leurs terres et possessions ses hommes libres et ses voisins ; entre autres violences, il expropria sans jugement, dans le manoir de Liiiton, trente -deux tenanciers libres, et s’empara de plusieurs pâturages de la commune. Tous ces faits ayant été portés à la connaissance du seigneur roi, le roi désigna Henri

< Dans tout ce passage. Matt. Pâris ne fait que résumer la vie de ce célèbre aventurier sans y ajouter presque rien de nouveau.

ni. 18

HENRI III

d« Braibroe et quelques autres justiciers , chargés (J'Informef sur les nombreuses plaintes d’expulsion I de possession* Geux-ci ayaut procédé à l'inforcnation selon l’usage, condamnèrent ledit Faleaise, par jugement, à restituer les terres dont il s’était emparé, et à payer les dommages et intérêts. Faleaise, indigné de cet arrêt, osa troubler la paix du royaume, se sair sit, par violence, de Henri de Braibroc,et l’incarcéra dans son château de Bedfort, A eette nouvelle, le roi, qui se trouvait à Northamplou , et qui s’occupait avec | ses barons des moyens de secoumr le Poitou, ne songea, d’un commun accord, qu’à punir cette audace.

Il marcha sur le château de Bedfort , où ledit Henri était détenu en prison, et mit le siège devant la place.

Après qu'on eut sommé * par trois fois, pendant trois jours consécutifs , les chevaliers enfermés dans ledit château de le rendre au roi , Étienne , archevêque de Cantorbéry, et les autres évêques qui étaient présents , ainsi que les abbés et autres prélats , exeonq- , munièrent Faleaise et ses adhérents, et le mirent hors la loi. Les troupes royales, tant par brèches que par assauts, s’emparèrent intrépidement dudit obâteaji.

Dans ee siège périrent, sous les traits des arbalétriars de la place, plusieurs chevaliers de l’armée royalo , Qiffard, entre autres, jiomme 4'une grande vàleun , qui mourut d'un coup de flèche. £nfln , la mile l’Assomption, le siège ayant diiré neuf semaines «Br | viron, le château fut pris. Tous les officiers de Fal-

‘ Muiiitioiie ; PTidemmt^t

ANNÉE mA. 275

caise qu’on y trouva, et qui avaient pour cliel Guillaume Mantel de Brente , frère de Falcaise , ainsi qu'une foule de nobles Anglais et Normands furent pendus sans ejiception, ainsi que nous l’avons raconté pleinement tout à l’heure.

Retode en Flandre de Badoouin , empereir de Cowr

STANTINOPLE. 1l EST MIS A MORT PAR SA FILLE.

liaudoiiiu, comte de Flandre etempereur de Constantinople, après avoir subi yne longue et douloureuse captivité, et accompli un pèlerinage d’expiation, revint en Flandre. Malgré l’altération de ses traits,' il y fut reconnu par une foule de gens qui l’avaient vu anciennement; et il reçut l’hommage et le serment de fidélité d’un grand nombre de villes et de bourgs. Mais sa fille, jalouse de son influence, irrita contre lui 1 esprit du i-oi [de France] ; elle affirma que ce n’était point son père, mais un misérable imposteur'; et

‘ On Mit que l’empereur de Constantinuplo Baudouin avait été vaincu et fait prisonnier par Caio-Jean ou Joannice, roi dca Bulnaresj et suivant l’opinion la plus probable, il était mort en prison. « Ceux qui « aiment les histoires tragiques, dit Gibbon, croiront volonGers que le « chaste captif résista aux désirs amoureux de la reine des Bulgares; que • son refus l’exposa aux calomnies d’une femme et à la jalousie d’un « sauvage; qu'au loi coupa les pieds et les mains; que le reste du corps « fat jeté tout sanglant parmi les carcasses des chiens et des chevaux et « qti’il respirait encore au bout de trois jours, quaud les oiseaux de proie « vinrent le dévorer, u Vingt ans plus Urd , 1a Flandre , toujours prèle à la rév.Jte , reconnut pour son souverain légitime , l’homme qui s’an- Doofait pour le vrai Baudouin, miraculeusement délivré de la captivité. Mais la cour de F rance avait intérêt à appuyer les dénégations de la comtesse Jeanne. Louis VIII cits l’imposteur à Peronne, et l’on prétend qu’il

HENRI III

elle fit tant, que son propre père fut pendu ignominieusement : car elle eut soin dç le faire pendre entre deux vieux chiens barbets*. Beaucoup de gens qui entendirent sa confession assurèrent qu’il avait mérité son sort en châtiment de ses péchés. Lui et ses compagnons pris avec lui dans la balaille s’étaient échappés de prison à l’aide d’une jeune fille illustre du pays ; ils lui avaient promis de la faire baptiser, aussitôt qu’ils auraient mis le pied sur une terre chrétienne. Mais l’empereur Baudouin et sescompagnons étant arrivés, guidés par cette jeune fille, dans un paylfchrétien où ils n’avaient plus rien à craindre, égorgèrent secrètement cette infortunée avant qu’elle eût reçu les eaux de la régénération ; or Baudouin, qui ordonna ce meurtre , s’était engagé à la prendre pour épouse, à la rendre chrétienne et à la former aux mœurs des chrétiens-. Enfin, rentré eittlui-méme, il fit une si longue pénitence, que ses amis purenÜt peine le reconnaître ; et cette pénitence, que le pape lui imposa, fut d’autant plus lourde, qu’il avâit tué cette jeune fille avant de l’avoir fait baptiser. Tous ceux qui avaient trempé dans celte méchante action

répondit mal & l’examen qn’on Int fit anbir. Jeanne l’emporta, aontenne par une petite armée de Français. Cependantde graves historiens, adoptant l’opinion popnlaire , accnsent Jeanne' de parricide , et la tradition raconte que la comtesse elle-même, en mémoire de cette exécution 'qui pesait à sa conscience, fit bAtir un hôpital , sur les vitraux duquel une potence était peinte.fKoir BuCAKGE, dans sou Hist, de Consi. Ill, 9.) Quant au récit que fait ici Matt. Péris de la délivrance de Baudouin , Gibbon n’hésite pas i le traiter de fable ridievle.

‘ Inter duosveteres canes mirgos, dit le texte.

ANNÉE n25.

périrent de male mort. L'un d'eux, étant revenu chez sa femm'e, qui avait épousé un autre mari et en avait eu des enfants, fut précipité dans un puits, par ses ordres secrets, et quoiqu’elle l'eût bien reconnu. Les autres ressentirent les effets de la colère de Dieu, qui , ne veut pas qu'on rende le mal pour le bien, et ils moururent de différentes maniées , mais tous misérablement. Baudouin, leur chef, ne put échapper au châtiment céleste, parce que [sans doute] il n’avait pas observé la pénitence qu’on lui avait imposée ; qu’il n’avait pas persévéré dans l’humilité et dans la contrition, et qu’enûn il n’avait eu qu’un repentir incomplet et sans fruit.

La contribution du quinzième des biens mobiliers

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