ACCORDÉE AU ROI. — RENOUVELLEMENT DE LA GRANDE
CHARTE. — Richard , frère du roi, envoyé en Gascogne.— Défaite du comte de la Marche a laRéole. — Mort de j.’évéque d’Ély. — L’an du Seigneur '1225, le roi Henri tint sa cour à Westminster, aux fêtes de Noël, en présence du clergé, du peuple et des seigneurs du pays. La cérémonie ayant été célébrée avec la solennité convenable, Hubertde Bourg, grand justicier du seigneur roi, prit la parole en son nom, en présence des archevêques , des évêques, des comtes , des barons et de tous les autres : il retraça les dommages et injures que le roi avait éprouvés dans les provinces d’outre-mer, et il ditque non-seulement le roi, mais une foule de comtes et de barons avaient été dépouillés de leurs héritages en même
RENiU HI.
temps qae lui. Quand plusieurs sont intéressés dans une affaire, ie concours de plufieurs est nééessaire<
Il demanda doncà tous aide et conseil, afin que, par leur moyen , la couronne d’Angleterre pùt recou?rer sa dignité et sa puissance perdues. Il déclara qu’il suffirait, pour subvenir pleinement aux frais de l’ex^ . pédition, que la qu^zième partie de tous les biens mobiliers dans toute l’Angleterre fût abandonnée, tant par les ecclésiastiques que par les laïques. L’archovêque et les évêques, comtes, barons, abbés et prieurs qui composaient l’assemblée délibérèrent sur la pi^ position d’Hubert de Bourg, et répondirent qu’ils consentiraient volontiers aux demandes du roi , s’il voulait leur accorder les libertés qu’ils sollicitaient depuis longtemps. Pressé d’obtenir l'argent, le roi accé^à la demande des seigneurs. Des chartes furent aussitôt rédigées, munies du sceau royal, et envoyées dans chacun des comtés d’Angleterre. Dans les provinces organisées en forêts une double çbarte fut envoyée, l ’une relative aux libertés générales, l’autre aux libertés des forêts. On a pu voir, plus haut, la teneur de ces chartes quand il a été question de^Aiistonre du roi Jean; et les chartes des deux rois n’offrent ën aucun point aucune différence On prit aussi pour
* Il y eut ce|iendant des articles additionnels dont les principaux méritent d'être signales : Une reu«e aurait pour son douaire le tiers de toutes les terres qui auraient appartenu au mari pendant la dnréo du mariage, à moins qu’elle n’eût été dotée d’une plus petits portion à la porte de l’église. — On posa des bornes aux aliénations en main morte. — Aucun homme libre ne put aliéner sa terre que jusqu’à concurrence d«l serrioes dns su seigneur. — Ues assises de Dgrrein présevimflrt
ANNÉB 439S.
terme un mois après Pâques ; époque à laquelle douze chevaliers et loyaux hommes sei'aient choisis dans chaque comté du royaume, pour faire, sous serment, la «distinction des forêts neuves et des forêts anciennes, et pour que tout ce qui aurait été réduit en forétsaprès le couronnement du roi Henri [!"?], aïeul du présent roi , fât rétabli aussitôt déns son premier état. L’assemblée ayant alors été rompue, un exemplaire de la charte fut porté dans chaqùc coTnté, où tous, sur l’ordre du roi, durent en jurer l’observation en interposant serment par lettres j Lorsque Richard, frère du seigneuf roi, eUl été fait chevalier , ou proclama les libertés générales, tant celles des forêts qu’autres privilèges, pour lesquelles on avait si longtemps combattu contre le roi Jean. Mais ce ne fut qu'une concession illusoire : rien là dedans n’était stable et solide. C’étaient de vagues promesses dont rien ne garantissoit l’observation*.
Cette même année, le jour de la purification de la bienheureuse Marie, Richard, frère du roi d’Angleterre, fut ceint par ledit roi du baudrier militaire, ainsi que dix seigneurs qui furent chargés de veiller sur lui. Le susdit Richard ayant été envoyé en Gascogne par le roi, le jour des Remeaux<, au printemps,
furent renvoyées aus jugea du banc. — Lea cours de comtes durcut so tenir seulement une fois par mois; la tourn'^e des shérifts dut ii'aroii* liati qut! deux (Ula par aU', et l’cxanren' des cnidions fraiicbes {view 6f frank pledge), b la Saint-Michel seulement. — L’escuage dut être levé de la même manière que sous Henri II. (LlNGARD, 111*’ vol. p. 127.)
' Nous avons essayé de donner un sens net à cette phrase mtilileedans Isquelfe IVdlteuV anglais croit voir nlle interpolation.
Digl^- -ni i-..' Googli-
HENRI III
avec Guillaume, comte de Salisbury, Philippe d’AU biny, et soixante chevaliers, arriva, après une heureuse traversée, dans la ville de Bordeaux, où ils abordèrent tous sans encombre. Avertis de leur venue, l’archevêque et les habitants les reçurent avec honneur. Richard, frère du roi, ayant convoqué tous les habitants en présence de l’archevêque et des députés du roi, donna connaissance à toute l’assemblée des lettres de son frère. Par ces lettres, le roi suppliait instamment tous ses féaux, hommes du pays, de recevoir son frère avec bienveillance, et de lui donner aide et conseil pour ‘qu’il pût recouvrer les terres que la France avait conquises. Tous firent très- bon accueil à Richard, et prêtèrent sermen t d’obéissance au roi d’Angleterre, entre ses mains. Bientôt il se vit entouré d’une foule de chevaliers et de sergents du. pays, jaloux d’obtenir des présents et des récompenses. Richard, leur ayant fixé une solde convenable, trouva en eux des gens bien disposés à le servir. Le roi, avant de l’envoyer dans les provinces d’outre-mer, lui avait donné le comté de Cornouailles avec tout le Poitou; ce qui le faisait appeler par .tout le monde, comte de Poitou. Alors le comte Richard, accompagné de son oncle Guillaume, comte de Salisbury, de Philippe d’Albiny, et d’une nombreuse chevalerie, s’avança en Gascogne, s’arrêtant aux villes et aux châteaux. Toutes les fois qu’il trouvait des seigneurs qui refusaient de prêter hommage au roi, et de lui jurer fidélité, il assiégeait leurs châteaux et leurs villes, et les réduisait par la
ANNI^Ii 4225.
force des armes. Il s'empara, après un long siège, de là ville et du château qu’on appelle La lléole, se saisit de la ville et de la forteresse de Saint-Macaire, assiégea le château de Bergerac , et en fit rentrer le seigneur sous l’obéissance du roi. Pendant que Itichard était occupé à battre sans relâche le château de La Kéole, Louis, roi de France, chargea Hugues, comte de La Marche, et d’autres barons poitevins, de se rendre avec des troupes audit château, de lui amener le comte Richard prisonnier, et de délivrer les assiégés du péril qu’ils couraient. Le comte de La Marche ayant réuni quelques barons, chevaliers et hommes d’armes, s'avança en grand appareil pour faire lever le siège dudit château. Mais le comte Richard, et ses compagnons, averti par ses éclaireurs de l’arrivée des ennemis, leur prépara une embuscade ; il laissa au siège une partie de son armée, et, prenant avec lui une troupe d’élite, alla se poster non loin delà, dans un bois où il attendit les ennemis qui devaient le traverser. Lorsqu’ils eurent dépassé le lieu de l’embuscade en se dirigeant vers le château, le comte Richard et ses compagnons s’élancèrent sur eux au son des trompettes et en brandissant leurs lances. Après un combat acharné, ils mirent en fuite leurs advemires. Le comte Richard les poursuivit de près, tua un grand nombre des fuyards, et resta maître des chariots, des bêtes de somme, des ustensiles d’argent, et de tous les bagages des Poitevins. Ainsi il eut bientôt soumis toute la Gascogne. Cette même année, expira Jean, évêque d’Ély; il eut pour successeur
(ieoffroi de Boui^, archidiacre de Norwich, qbi ftit consacré évôque à Westminster, lejoorde Id pdsSton des apôtres Pierre et Paul.
Exil de Falcaise. — Libertés RELAttvES adx fo^-
HÊTS. CONC0BINE3 DES FRÉTltES. VCTS le tnôttie
temps, au mois de mars, le roi d’Angléterre' et ses barons s'assemblèrent à WestihinStei* t le roi ordonna qu’on statuât par sentence définitive Sur ce qu'il convenait de faire dn traître Falcaisc. En cette occasion les seigneurs partagèrent l'avis du roi qüi était de ne punir Falcaise ni dans sà Vie ni ddnS ses membres, parce qu'il avait serti fidèlement Jèâû, père dudit roi, pendant longues années 'mais tous furent d’accord pour le condamner à ud bannissement perpétuel. Cela fait,*" le roi dodna iniSsiôn à Guillaume, comte deWarenrtC, de conduire FalCtfiSè sain et sauf jusqu’à la mér, de le placer sur tIW vàtîssean, et de l'abandonner aux ventS et aut voilés. Le comte ayant accompli sa mission, FdlcàfsC, an moment de s’ènobarquer, le côhjura en pletfrant de saluer de Sa pnrt son seigneor le roi, Ct de lui assurer que c'étarit à l'îdstigation des seigneurs du royauttié d’Angleterre qu’il âvait causé lons^ Ces frottbfes dans le royaume. Il partit donc accompagné' Seulement dé cinq sergents : oU le déposa stfT tés côtés de Ndr'mandie ; mais, aussitôt après' Son débarquement, if fut saisi par les officiers dn roi de France, et mené atfdit ror. Cortinue il avail causé de grandis maux aux Françaisen Angleterre, il eôt été pCUfdu, et U'éclttfppa
qu’à grand’peine, en juroiil qu’il éldlt croisé. La clioso ayant été prouyée^ on le laissa partir, êt il se rendit aussitôt à Rome, après avoir été maintes fois dépouillé en chemin. A Rome, il fut admis eu présence du pape avec Robert Passelewe, son clerc, comme llous le dirons en temps et lieu.
Cette même année, un mois après Pâques, le roi d’Angleterre envoya dans le royaume Hugues de Nevil et Brien de l’isle, ainsi que plusieurs ailtres désignés à cet eflét, pouc veiller à ce que, dans chaque province forestière, douze chevaliers, ou hommes libres et loyaux, fussent choisis, qui parcourraient l’étendue des forêts, et sur le serment desquels on déterminerait ce qui devrait rester en forêts comme par le passé, ou n’être plus forêts. Les ordres du roi ayant été bientôt exécutés, non sans de grandes difficultés de la part de plusieurs, on Commença à jouir des bienfaits dus à ces libertés : chacun put mettre en vente ses propres bois, abattre ses arbres, vendre ses bestiaux, convertir des lieux incultes en ferres labourables ; enfin, disposer à son }yré des bois qui n’étaient plus forêts royales; et rron-seulement les hommes, mais encore les chiens, que précédemment on avait coutume de mettre hors d’état de chasser, ressentirent les effets de cette liberté. Les barons, les chevaliers et les tenanciers fibres usèreOt si amplement de ces- libertés générales, qu’on tira tout le parti possible des articles contenus dans là charte royale, sans faire grâce d’un iota.
Vers la même époque, on fil la collecte, au nom
HBINRi III.
du roi , de la moitié du quinzième imposé dans ' le royaume sur tous les biens meubles et choses acquises. On donna trêve pour l'autre moitié jusqu'à la fête de saint Michel. Cette même année, Hugues Bigod, comte d'Estanglie, paya tribut à riiumaiae nature. Le roi mit toutes ses terres et biens sous la garde du grand justicier.
Vers le même temps, un décret fut rendu par l'ar* chevéque de Cantorbéry et parles évêques sessuffragants. Il portait que les concubines des prêtres et des clercs reçus dans les ordres sacrés et investis de bénéfices, seraient privées de la sépulture ecclésiastique, à moins qu’elles ne fussent venues à résipiscence, et cela en pleine santé, selon qu'il est écrit :
« Vivant, vivant, il se confessera à toi; » ou ‘bien à moins que, se trouvant à l'extrémité, elles ne fissent voir un si grand repentir qu'on pût décemment communiquer avec elles; qu'elles ne seraient point reçues au baiser de paix ni ne prendraient le pain bénit dans l'église, tant que leurs amants les garderaient dans leurs maisons ou les entretiendraient ostensiblement hors de leurs maisons; que, si elles avaient des enfants, elles ne seraient point admises à la purification, à moins qu’elles n’eussent fourni auparavant caution suffisante à l'archidiacre ou à son official, de donner satisfaction dans te prochain chapitre, après leur pyrification ; que les prêtres, dans les paroisses de qui les concubines des gens d’église habiteraient, seraientsuspendus, s’ils n’en avaient averti l’archidiacre ou son official, et qu’avant d’être rele-
vés de la sentence, ils seraient soumis à une lourde pénitence; qu’enfin toute femme, sur le compte de laquelle il serait prouvé qu’un prêtre l’avait connue charnellement, ferait pénitence publique et solennelle comme si elle eût été convaincue d’adultère ', et serait punie comme pour un double adultère, afin que l'impunité d’un tel désordre ne servît pas d’encouragement aux autres, vers de pareils délits.
Le comte de Salisbohy sacvé du naufrage par un MIRACLE. — Autre péril du comte a l’île de Rhé. —
OtHON, NONCE DU PAPE, EN ANGLETERRE. — Il ESSAIE DE FAIRE LA PAIX DE FaLCAISE AVEC LE ROI. — ImPÔT LEVÉ AD NOM DD PAPE. — Vers le même temps, Guillaume, , comte de Salisbury, qui avait fait la guerre avec le comte Richard dans les provinces d'outre-mer, s’embarqua pour repasser en Angleterre. Mais pendant plusieurs jours et plusieurs nuits le vaisseau fut ballotté par la tempête et par les vents. Le comte ainsi que les matelots et tous ceux qui se trouvaient sur le vaisseau, désespéra de sauver ses jours et jeta à la mer tout ce qu’il possédait en anneaux précieux, en or, en argent et en riches habits, afin que, de même qu’il était venu au monde tout nu, il passât au royaume éternel dépouillé de tout honneur terrestre. Au moment où les passagers étaient dans la plus terrible angoisse et couraient risque d’être engloutis, ils aper-
' La variante rend le aena plus complet en diaant : Et mime qxMnd elle serait libre de son corps-, que «i n'était une femme mariée, elle ferait punie comme pour un double adultère, etc.
DigI*' i . • .:
çurent un [jrand cierge jclaiil une vive clarté ù l’cx— tréinité du mût : près de ce cierge se tenait unejeui^e lille d'une admirable beauté, qui défendait contre 1e vent et contre la pluie la lumière de ce cierge clincelant au milieu des ténèbres de la nuit. A la vue de cette clarté céleste, le comte et tous les matelots eurent conliance dans la protection divine et reprirent courage. Tout le monde dans le vaisseau ignorait ce que signifiait cette vision. Le comte Guillaume se l'expliqua seul et l’attribua à la bienveillante faveur de la sainte Vierge Marie. En effet, ledit comte, le jour où il ceignit pour la première fois le baudrier des chevaliers, avait voué un cierge à l’autel de la bienheureuse mère de Dieu et avait voulu qu’on l’allumât chaque jour, pendant la messe qu’on récite pieusement avec les Heures canoniques eu l’honneur de la mère de Dieu, afin que celle lumière temporelle se changeât pour lui en lumière éternelle.
Le lendemain de cette vision,*au point du jour, le comte et ses compagnons furent poussés par les vents vers une île de la mer qu’on appelle Rhé, et qui est éloignée de trois milles de, La Rochelle. Alors ils entrèrent dans de petites barques et se dirigèrent vers l’île. Or, il y a dans cette île une abbaye de l’ordre de Cileaux :'le comte y envoya des messagers et demanda la permission de s’y cacher à l’abri de ses ennemis, en attendant un vent plus favorable. L’abbé du lieu y consentit gracieusement et le reçut lui et les siens avec honneur. L’ile de Rbé était alors sous la garde de Savary de Mauléon, qui, à cette époque,
AiNNIÎJi 422 V
était au service du roi de France Louis, cl visitait les iles de la côte avec un nombreux corps d’hommes d’armes. Deyx sergents dudit Savary, qui connaissaient bien le comte et qui avec plusieurs au très étaient commis à la garde des îles, vinrent le trouver trois jours après son arrWée à l’abba*J^e, et ravertirent complaisanimentque, s’il ne quittait File avant le jour du lendemain, il serait pris par leurs compagnons chargés d’explorer les îles et les abords de la mer. Aussitôt le comte, ayant fait présent aux deux sergents de vingt livres sterling, sa rembarqua précipitamnaent et s’abandonna aux flots de la mer; mais il eut encore à passer près de trois mois d’une pénible et périlleuse navigation avant d’aborder en Angleterre.
Celte même année, maître Othon, nonce du seigneur pape, sé rendit en Angleterre et présenta au roi des lettres relatives è des demandes importantes faites par l’élise ro^naine. Le roi ayant pris connaissance de la teneur de ces lettres, répondit qu’il ne pouvait ni ne devait décider seul une affaire qui in- . téress'ait généralement tous les clercs et les laïques de son royapme. Alors, par le conseil d Étienne, archevêque de Cantorbéry, le roi prit jour pour l’octave de l’Épiphanje, époque où tous les clercs et laïques se rassenibleraient à Westminster, débattraient l’affaire en question et décideraient ce qu’il leur semblerait jnate de faire.
Vers le même temps, maître Othon vint supplier humblement le roi d’Angleterre, an nom du seigneur pape, de rendre sa faveur é Falcaise, de lui restituer
sa femme, ses terres et tous ses biens perdus et d’avoir en boDneamitié,commeileonvenait, un homme <|ui lui avait rendu à lui et à son père tant de fidèles services pendant les boslilités. Le roi répondit que, |)our sa trahison manifeste, Falcaise avait été condamné par les clercs et les laïques et banni d’Angleterre par jugement de sa cour; et que, si l’administration de l’état appartient spécialement au roi, le roi n’en doit pas moins observer les lois et les bonnes coutumes du royaume Maître Othon, ayant reçu cette réponse, cessa désormaisd’intercéder pour Falcaise auprès du roi. A cette époque, ledit Othon exigea de toutes les églises conventuelles d’Angleterre deux marcs.d’argent à titre de procuration. 11 est bon de savoir qu’au moment où maître Othon vint eu Angleterre, le seigneur pape envoya des îégals dans tout runivers et fit recueillir par eux des sommes injustement extorquées, comme nou» le dirons plus bas.
Histoire d’une jeune fille réfugiée dans l’ordre DES Mineurs. — Elle est délivrée far le démon des
ATTAQUES d’uN LIBERTIN. UnE. RELIGIEUSE JEÛNE PEN-
DANT SEPT ANS. — Noble refus de la comtesse de Salisbury. — Vers le même temps, il y avait dans le pays de Bourgogne une jeune fille d'illustre naissance : ses parents, qui devaient la laisser héritière de grandes possessions, avaient résolu de la donner en nia-
* On Toit qne la maxime fondamentale dn régime constitntionnel n’eat point neuve. En générai. Matt. PAris porte une grande liberté d’esprit dans la politique comme dans l’appréciation de la condnite des papes.
hy ricXJÿll
ANNIiË »225.
riage à un homme qui sortait aussi d'une noble famille. Mais la jeune fille, élevée dés sa plus tendre enfance dans l’étude des lettres, avait consacré sa virginité à Dieu dans la secrète pureté de son coeur. Elle abandonna clandestinement le palais de ses parents, prit un habit depèlerin, et, pour se mettre à l’abri des recberches, se retira dans une communauté de frères mineurs. Là, elle voulut absolument observer, dans toute sa rigidité, la règle du couvent : elle ne porta plus de chaussures, se couvrit d’un sac et d’un cilice, coupa avec dédain ses cheveux ( qui sont un indice devanité mondaine), et essaya, par tous les moyens, de changer en laideur la beauté qu’elle avait reçue de la nature; mais ses efforts n’ayant pas réussi et la nature lui ayant conservé toutes les perfections corporelles qui en faisaient un modèle incomparable de beauté, elle persista à faire hommage à l’éternel époux qui est dans les deux et à lui seul, de la pureté intérieure de sa chair. Pour accomplir librement ce pieux dessein, elle se voua à la pauvreté, embrassa les saints devoirs de la prédication, revêtit de rudes habits, coucha sur une natte au lieu de tapis, prit une pierre pour oreiller, macéra sa chair |>ar des veilles et des jeûnes prolongés, passa son temps en prières et s’occupa sans relâche de la contemplation des choses célestes. Elle passa ainsi plusieurs années, ornée de toutes les perfections, menant une sainte vie, plaisanté Dieu, annonçant aux villes et aux châteaux l’Evangile de paix et adressant ses prédications surtout aux personnes de son sexe. Mais l’ennemi du