LA CONTRIBUTION RÉCLAMÉE PAR LE PAPE AU PROFIT DE
l'Église romaine. — Résistance et objections. — Cependant le roi d’Angleterre était en pleine convalescence à Marlborough, lorsque Guillaume, comte de Salisbury, vint l’y trouver. Après avoir longtemps couru de grands dangers sur mer, il avait'abordé, non sans peine, dans le comté de Cornouailles, le jour de Noël. Quand il eut été reçu avec grande joie par le roi, il porta plainte auprès du seigneur roi contre le grand justicier : « Pendant que j’étais occupé à votre « service, dans un pays lointain, lui dit-il, le justi- « cier a envoyé un homme de basse naissance, qui, « de mon vivant, a voulu avoir commerce avec ma « femme, et contracler par force avec elle un ma- <1 riage adultère. » Il ajouta que si le roi ne faisait bonne justice de son ministre, il tirerait vengeance par lui-méme d’un pareil outrage, dùt-il causer de grands troubles dans le royaume. Alors le justicier, qui se trouvait là , convint de ses torts, et se réconcilia avec ledit comte en lui donnant de grands présents et des chevaux de prix. La paix ainsi rétablie entre efux, le justicier invita le comte à un repas, où on assure que le comte fut empoisonné : toujours est-il que de retour dans son château de Salisbury, il se mit au lit gravement malade. Bientôt il connut aux progrès du mal que sa mort était certaine, et il (U prier l’évéque de la ville de se rendre auprès de lui pour qu’il pùl, en bon chrétien, se confesser, recevoir le saintviatique, et disposer par testament légitime de ses
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biens mobiliers. L'évêque étant entré dans la chambre où le comte était couché entièrement nu, à l'exception de son haut de chausses, le majade sortit de son lit pour aller à la rencontre du prélat, qui portait le corps du Seigneur; il se mit autour du cou une corde très-rude, se prosterna sur le pavé en versant d’abondantes larmes, s’avoua hautement traître envers le roi des rois*, et ne voulut pas quitter sa positioy avant de s’être confessé, et d’avoir, reçu le sacrement de communion, qui vivifie, pour se montrer le serviteur de son Créateur. Pendant plusieurs jours encore, il persévéra dans son repentir éclatant, et rendit enfin son âme à son Rédempteur. Il arriva que, pendant qu’on portait le corps, du château à l’église neuve, dans un parcours d'un mille jusqu’au lied de la sépulture, les cierges allumés qui étaient portés, selon la coutume, avec la croix et l’encensoir, donnèrent toujours la même lumière malgré des torrents de pluie et des tourbillons de vent : ce qui ' prouva évidemment que le comte, si sincèrement repeutant, était déjà au nombre des fils de la lumière, voici l’épitaphe dudit Guillaume :
F.a fleur des comtes , le noble Gnillauine , de race royale , est mort. Sa longue ^pée est désormais renfermée dans an court fourftau.
Vers le même temps, maître Romain se rendit en France, envoyé par le seigneur pape pour y exercer les fonctions de légat. Lorsqu’il fut arrivé en France,
' Prodiior tummi regis. Le sens ne serait-il pas : Traître envers son seigneur le roi, par allusion à son ancienne alliance avec Louis T Sauf le mot summf, ce sens parait raisonnable.
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il convoqua à un concile le roi de France, les ardiC' vèquco, les évéques et le clcr(jé français, ainsi que le comte de Toulouse, au sujet duquel il avait été spécialement chargé de ladite mission, comme la suite du récit le n^ntrera. l-es archevêques de Lyon, de lleims, [de Sens], de Rouen , de Tours, de Bourges, d’Auch, s'assemidèrent dans la ville de Bourges ; l’archevêque de Bordeaux se trouvait à Rome, et l’église de Narbonne était vacante. Les suffragants des neuf provinces s’y trouvèrent aussi au nombre de cent environ, avec les abbés, les |jrieurs, les procurateurs des chapitres pour y entendre la volonté du souverain pontife. Mais comme l’archevêque de Lyon revendiquait la suprématie sur l’archevêque de Sens, et l’archevêque de Rouen, de sou côté, sur les archevêques de Bourges, d’Auch, de Narbonne, et leurs suffragants, on craignait qu’il y eût discorde, et pour cette raison on ne siégea pas comme si on était eu concile, mais simplement en conseil. Lorsque tous eurent pris place, etqiie les lettres du légat eurent été lues publiquement, comparurent le comte de Toulouse, d’une part, et Simon’ de Montfoi’t, de l’autre, qui demanda qu’on lui restituât la terre de Raymond, comte de Toulouse, que le seigneur pape et le roi de France , I^Iiilippe , lui avaient donnée à lui et à son père. 11 exhiba, relativement à la donation susdite, des titres scellés à la fois par le pape et par le roi. H ajouta que le comte Raymond avait été déshérité à Rome dans le concile général , à cause de l’hérésie
' .■\inaurv de Monlfort.
qu’oil appelle l'iiérésie des Albi|][eois, au moins pour la majeure partie de la terre quMI tenait maintenant. De son côté, le comte Raymond offrit de faire, auprès du roi de France et de l’église romaine, tout ce qu’il conviendrait de faire pour recouvrer son liérilage. Et comme la partie adverse exigeait qu'il se soumît au jugement des douze pairs* de France, Raymond reprit ; « Que le roi reçoive mon hommage,
« et je suis prêt à me soumettre ù ce jugement : car,
« sans doute , ils ne me regarderaient pas comme « leur pair, s’il en était autrement. » Après une longue discussion de la part des prétendants, le légat ordonna à tous les archevêques, alors présents, de convoquer, chacun à part, leurs suffragants, de délibérer avec eux sur l’affaire en litige, et de lui faire passer leur décision rédigée par écrit. Cela fait, le légat excommunia tous ceux qui révéleraient le résul-
' Ce passage prouve , qu'eu 1226 , te nombre des pairs était fixé à dome, et Matt. Péris, à l'année (25T, donne aussi très-exactement les titres des douze pairs de France. Malgré l'opinion de Ducange qui pense que ce nombre n’était pas encore flié en 121 ü, il est certain qu’il fut invariablement déterminé entre les années 1202 et |207. Dutillet assure que Louis VII, au sacre de son fils Philippe, choisit parmi les prélats et lea seigneurs , vassaux immédiats de la couronne (c’est-à-dire pairs), les douze qui restèreut ensuite en possession de figurer au sacre des rois. Toutefois, si le noi^re était fixé sous Louis VIII, la préséance des douze pairs n'était pas aussi bien décidée. Un règlement fait par saint Louis au sujet des juifs, et au commencement de son règne, fut souscrit indistinctement par les barons et pairs. On sait, à cet égard, que oc ne fut qu’au quatorzième siècle que la dignité féodale do baron commença à être regardée comme moindre que celle de duo ou de comte. Le passage que Doua annotons, montre aussi que la cérémonie de l'hommage au roi était indispensable pour avoir rang de pair.
D‘ >2 b, l'.oogll
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tat de leur délibération, se réservant d'en donner connaissance au seigneur pape, et d’en parler au roi de France.
Ensuite, le légat donna à mauvaise intention aux procurateurs* des chapitres permission de retourner chez eux, ne gardant avec lui que les archevêques, lesévéques, les abbés et les simples prélats. Aussi craignit-on , et non sans raison , qu’après avoir éloigné ceux qui étaient le plus renommés pour leur sagesse et leurexpérience, et dont le grand nombre rendait l’opposition puissante, le légat ne fit prendre quelque mesure au préjudice des prélats' absents. Aussi les susdits procurateurs , après une mûre délibération , députèrent vers le légat les procurateurs des églises métropolitaines qui- lui parlèrent ainsi: « Seigneur, nous avons appris que vous avez des lettres <1 spéciales de la cour de Rome par lesquelles elle ré- « clame des prébendesdans toutes les églises, tant con- « ventuelles que cathédrales. Aussi nous sommes fort «surpris que vous n’ayez point fait cette proposition « en notreprésence,puisquec’estnousqu’elle intéresse « spécialement. Nous vous prions dans le Seigneur, « pour qu’un pareil scandale ne naisse point par vous
' On entendait par procurateur ou procureur, celui qui était chargé de repréaeuter et de défendre devant les juges ecclésiastiques ou civils , les intérêts d'une personne, d’une communauté. Ce terme revient ii l’ancien mot alounie (attorney), également usité alors en Pranee et en Angleterre. Le mot avtor, fréquemment employé, revenait à celui de procureur, et siguiBait ordinairemeut celui qui agisaait au nom du demandeur contre le défendeur.
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•«dans l'église gallicane, certains (|uc nous sommes « qu’un tel projet ne pourrait être mis à exécution sans «un grand scandale et une inexprimable confusion. « Caren admettantque quelqu'un y consentît, soncon- « sentement serait nui dans une affaire qui intéresse « tout lemonde,etsurtoutquand |)resqué tousles chefs « et généralement tous les sujets, ainsi que le roi lui- « même et tous les seigneurs, sontdécidésà s'y opposer,
• dussent-ils y exposer leurs têtes et y perdre tous leurs
• biens et honneurs : tant ce scandale parait menacer « leroyaumeet l’église d’une subversion générale. Or, «nous avons raison de craindre, puisque vous n'avez « pas parlé de cela aux autres royaumes chrétiens, et « que vous avez ordonné à (ifertains évêques et abbés de «réserver à la disposition du seigneur pape les pré- « bendes qui viendraient à vaquer. »
Sur ces représentations, le légat n'en chercha pas moins à obtenir le consentement de tous , et montra alors pour la première fois un bref authentique du seigneur pape, par lequel il exigeait deux prébendes de chaque église cathédrale, l’une du chapitre, l'autre de l’évêque ; et semblablement dans les communautés où la portion de l'abbé et la portion du couvent sont distinctes, il exigeait deux prébendes, l’une du couvent , l’autre de l’abbé, c’est-à-dire ^ c’est du moins ainsi que le légat interprétait la chose), pour le couvent ce qui revient à un moine*, après partage égal de ses biens, et pour l’abbé autant. Puis il mit
‘ C« (]u’on appellr unr plaça mnnaealc. Voir plua haut.
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en avaiiiles avanlages qui (touri-aient eu résuller, 1» fin du scandale qui désolait l'église romaine, mère de toutes les églises, et dit,quQ la concupiscence, qui est la racine de tous les maux, n'aurait plus d'aliments dès que personne ne serait tenu, pour traiter une affaire dans la cour de Rome, d'offrir des présents, ou celui à qui on les offrirait de les recevoir.
Le procurateur de l'archevêque de Lyon répondit à cela : « Seigneur, nous ne voulons en aucunefaçon « être sans amis dans la cour de Rome, ni ne trouvons H mauvais d'être généreux. » D'autres firent valoir les inconvénients d’une pareille mesure', ce qu'il faudrait dépenser en biens , en conseils , en aides et en démarches obséquieuses' : car , disaient-ils , dans chaque diocèse ou au moins dans chaque province il y aura perpétuellement un envoyé de Rome à titre de procurateur romain. Il ne se contentera point de ce qu'il aura en propre, mais il exigera des contributions et des procurations fort lourdes des églises principales et même des églises secondaires , en sorte que personne ne sera à l'abri, et que sous le nom de procurateur, il exercera réellement les fonctions de légat. Us ajoutèrent que le trouble serait porté dans les chapitres; ^ue le seigneur pape, quand il voudrait, donnerait mission à son procurateur ou à un autre d'assister en son nom aux élections'; que l'élection serait influencée, et qu'avec le temps elle se tt^ouverait dévolue à la cour de Rome, qui dans toutes ou dans
' Obsequia est pria ici daoa le aena de rétributioaa.
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la plupart des églises, placerait soit des Romains, soit des gens qui lui seraient particulièrement dévoués • en sorte que ni les prélats indigènes ni les princes n'yauraientplusaucune part, puisqu’il y aurait partout des ecclésiastiques plus occupés de défendre les intérêts de lé cour de Home que ceux du roi ou du royaume. Ils déclarèrent, en outre, que si le revenu de ces prébendes étitft distribué avec proportion, toute Ja cour de Rome deviendrait ri- lie, puisqu’elle recevrait beaucoup plus que le roi même; et qu’ainsi les plus grands deviendraient non-seulement riches , mais très riches. Or, comme lever rongeur des riches c’est l’orgueil, il arriverait que les plus grands de la cour de Rome dédaigneraient d’écouler les causes ou les remettraient à des termes fort éloignés , et que leurs inférieurs feraient à regret les expéditions. N’en fait-on pas déjà la trop manifeste expérience, puisque dès à présent ils traînent les affaires en longueur, même après avoir reçu les rétributions ou l’assurance de les recevoir? Ainsi la justice serait en péril et les complaignants réduits à mourir à la porte des Romains qui exerceraient alors une domination absolue : de plus, comme la cupidité a des sources intarissables, ils feraient par d’autres ce qu’ils font maintenant par eux-mêmes, et procureraient à leurs gens de plus grands présents que ceux qui sont donnés aujourd’hui. Car peu de chose, c’est rien aux yeux des riches cupides. De grandes richessesrendraient les Romains insenséset, parmi les familles puissantes s’élèveraient de si violentes séditions qu on pourrait craindre la
HENRI III
ruine de la ville entière : Rome u’eu était pas déjà si complètement exempte. Enûn , ils dirent qu'eu supposant que ceux qui étaient prélats à cette époque s'obligeassent [ pour eux-ménies ], leurs successeurs n'accepteraient pas cet engagement et ne ratifieraient pas celte obligation. Ils conclurent en terminant ainsi leur requête : « Seigneur, soyez touché de zèle pour l'église universelle et pour le saiut siège de Rome; car, si l'oppression devenait générale, on pourrait craindre que la révolte ne le fût aussi ; ce dont Dieu nous garde. » Le légat parut ébranlé par toutes ces raisons et par cette opposition unanime ; il répondit : que quand il était à la cour romaine, il n'avait jamais consenti à celte exaction ; qu'il n'avait reçu les lettres du pape à ce sujet qu'après être entré en France, et qu'il en avait été sensiblement afiligé. Il ajouta qu'en faisant une proposition de celte nature il avait eu en vue une condition tacite, à savoir que l'empiré et auti’es royaumes y consentiraient. 11 déclara enfin qu'il ne ferait plus de nouvelles tentatives sur ce point jusqu à ce que les pi'élats dans les autres royaumes v eussent donné leur consentement, consentement qu'il n'espérait même pas pouvoir obtenir. si
OtHON, NOISCE du pape, est BAPPEEÉ , MAtGRE LUI, A Rome. — Croisade co>the le comte de Toulouse. —
HeNBI 111 AiOURME SON PROJET DE DESCEl^TE EN GuïENNE. — Cette même année, au moment où maître Othon, nonce du seigneur pape, allait partir à l'époque du