‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 17 sur 30 · AN^ÉE · texte numérisé non relu

AN^ÉE

ceux qui l’observeront en jeûnant volontairement seront bénis de Dieu , et ceux qui ne voudront pas l’observer n’y seront pas tenus; mais l’autre carême, qui dure jusqu'à la résurrection du Sei([neur, est obligatoire. Aux autres époques de l’année, on ne sera point tenu de jeûner, si ce n’est à la sixième férié.

En cas de nécessité manifeste, les frères ne seront point tenus au jeûne corporel. Je donne conseil, avertissement et exhortation à mes frères en Jésus- Christ de ne point engager de discussions quand ils vont par le monde, de ne point quereller en paroles, et de ne pas juger les autres; mais de se montrer doux, pacifiques, modestes, affables, humbles, et de , parler amicalement à tous, comme il convient. Ils ne devront se servir de cheval que dans le cas de nécessité manifeste ou de maladie ; quand ils entreront dans une maison, la première parole qu’ils diront, ce sera : « La paix soit sur cette maison. » Et, selon l’Étangile, il leur sera permis de manger de tousles aliments qui leur seront présentés.

« J’enjoins formellement aux frères tous tant qu’ils sont, de ne recevoir ni par eux-mêmes, ni par tierce personne, en aucunefaçon des deniers ou quelque argent que ce so^t. Cependant que les généraux et les gardiens, mais eux seuls, veillent avec sollicitude par le moyen d’amis spéciaux sur les besoins des malades, et sur les vêtements à donner aux frères, d'après les lieux, les temps, la rigueur des climats et selon qu’ils jugeront bon de pourvoir à la nécessité : toujours en faisant réserve, comme nous l’avons dit, pour les deniers

HEiNRI 111.

Oil l’argent que les frères ne devront pas recevoir.

■ « Que les frères à qui Dieu a donné la grâce de travailler, travaillent fidèlement et dévotement : de façon que tout en chassant l’oisiveté qui est l'ennemie de l’âme, ils n'éteignent pas en eux l'esprit de méditation etde prière, àqui tous les soins temporels doivent être subordonnés. En récompense de leur labeur, ils pourront recevoir pour eux et pour leurs frères les choses nécessaires au corps, mais non les deniers ou l’argent; et cela avec humilité comme il convient à des serviteurs de Dieu, et à des sectateurs de la trèssainte pauvreté.

« Que les frères ne s’approprient rien, ni maison, ni terrain, ni chose aucune; qu’ils soient comme des pèlerins et des étrangers dans le siècle, qu’ils servent le Seigneur dans la pauvreté et l’humilité, qu'ils recueillent les aumônes avec confiance, et il ne faut pas qu’ils en rougissent, parce que le Seigneur s’est fait pauvre pour nous dans le monde. C’est cette élévation d’une pauvreté sublime qui vous rend, mes trèschers frères, les héritiers et les rois du royaume des deux, qui vous fait pauvres en biens, mais riches en vertus; c'est elle qui conduit à la terre des vivants; qu’ellesoit notre partage. Attachez-voçs^complétement à elle, mes très-chers frères; ne possédez jamais rien autre chose sous le ciel, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Que partout où les frères seront et se rencontreront , ils soient de bons serviteurs les uns pour les autres, et que l'un ne craigne pas de s’ouvrir à l'autre sur ses besoins, avec confiance et

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sons détour. Car si uue mère nourrit et chérit son fils selon la chair, avec combien plus de zèle encore un frère doit nourrir son frère spirituel? Si quelqu'un des frères tombe malade, les autres frères devront le servir comme ils voudraient être servis eux-mêmes.

« Si quelqu’un des frères^à l’instigation del’ennemi des hommes, vient à pécher mortellement, et si ce sont des péchés de telle nature qu’il ait été réglé entre les frères qu’on s’adresserait aux seuls généraux provinciaux, les susdits frères devront le faire le plus tôt qu’ils pourront et sans délai. Les généraux, s’ils sont prêtres, infligeront la pénitence avec miséricorde ; et s’ils ne sont point prêtres, ils la feront infliger par d’autres prêtres de l’ordre, ainsi qu’ils jugeront le plus convenable selon Dieu; et ils doivent prendre garde de se mettre en colère et de s’emporter à cause du péché de quelqu’un ; puisque la colère et l’empoi*tement nuisent à la charité en eux et dans les autres.

«Que tous les frères soient tenus d’avoir toujours un des frères de cet ordre pour général et pour serviteur de toute la fraternité, et qu’ils soient tenus de lui obéir expressément. .S’il vient à décéder, l’élection de son successeur sera faite par les généraux ' provinciaux, et par les gardiens, dans le chapitre de la Pentecôte , où les généraux provinciaux seront toujours tenus de se trouver, quel que soit le lieu où le général de l’ordre aura convoqué ledit chapitre. Il aura lieu au moins une fois en trois ans, ou à un terme plus

* Miniitr«i provinciaux, dit Fleury.

HENRI III

éloigné ou plus rapproché, selon ce qu'aura établi et réglé ledit général. S’il vient à êlre notoire à la totalité des généraux provinciaux et des gardiens , que ledit général ne peut suffire au service et a l'utilité commune des frères, les susdits frères à qui l’élection est conflée , sont tenus au nom de Dieu d’élire un autre pour gordien. Après le chapitre de la Pentecôte, les généraux provinciaux seulement et les gardiens , s’ils le veulent et selon qu’ils le jugeront convenable, pourront, une fois dans la même année, convoquer dans leurs gardes les frères à un chapitre.

« Que les frères ne prêchent point dans l’évêché de quelque évêque , lorsqu’il s’y sera opposé. Qu’aucun des frères n'ose prendre sur lui de prêcher au peuple, s’il n’a été examiné par le général de tout l’ordre, et s’il n’a reçu de lui avec l’apgrobation permission et office de prédication. J’engage aussi et j’exhorte les mêmes frères à user dans les prédications qu-’ils feront de paroles pesées et retenues, qui tournent au proBt et à l’édification des peuples, leur exposant le bien et le mal, la peine et la récompense, et tout cela en termes brefs ; parce que le Seigneur ne s’est pas servi sur la terre de longs discours.

«Quelesfrèresqui sont les généraux et lesserviteurs des autres frères, visitent et avertissent leurs frères humblement et qu’ils lescorrigentcharitablemeot, ne leur ordonnant rien qui soit contre leur conscience et contre notre règle. Que les frères qui sont soumis, se souviennent qu’en vue de Dieu ils ont fait abné- , gation de leur propre volonté ; aussi, je leur enjoins

formelleineut d'obéir à leurs généraux, dans tout ce qu’ils ont promis à Dieu d’observer, et qui ne sera point contraire à leur conscience et à notre règle. Partout où se trouveront les frères, s’il arrive qu’ils sachent et connaissent qu’ils ne pourront observer la règle spirituellement, ils devront, s'ils le peuvent, s’adresser à leurs généraux. Les généraux devront les recevoir charitablement et affectueusement, et les traiter avec assez de familiarité pour que ceux qui viennent les trouver, puissent {varier et agir comme avec leurs serviteurs. Et ils doivent être ainsi, puree que les généraux ne sont que les serviteurs de tous les frères. J’exhorte et j'engage les frères eu notre Seigneur Jésus-Christ, à se garder de tout oi'giieit, vaine gloire, envie, avarice, soin et souci de ce monde, médisance et murmure; qu’ils ne cherchent point 6 apprendre les lettres, s'ils les ignorent; mais qu'ils fassent attention que par-dessus tout ils doivent avoir l’esprit du Seigneur et sa sainte coopération, le prier sans cesse avec un cœur pur, posséder l'humilité, la patience dans les persécutions et dans les maladies, eoUii chérir ceux qui les persécutent, les réprimandentetles accusent; car leSeigneur a dit : « Chérissez « vos ennemis. — Priez pour ceux qui vous persécutent « et pour ceux qui vous calomnient. — Bienheureux « ceux qui ^offrent la persécution ponr la justice, « parce que le royaume des cieuxest àeux. — Celuiqui « aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. » «J’enjoins formellement à tous les frères de n’avoir ni commerce, ni conversation suspecte avec desfem-

* HENRI Ilf.

mes, et de ue point entrer dans des monastères cfe religieuses, à moins qu'une permission spéciale du saint-siège apostolique ne leur ait été accordée. Qu'ils ne deviennent tes compères ni d'iiommes ni de feonmes, de peur qu’à ce sujet il ne naisse scandale soit entre les frères, soit sur les frères.

« Quiconque des frères par une inspiration divine, voudra aller parmi les Sarrazins ou les autres infi> dèles, en demandera permission à ses généraux provinciaux, et les généraux ne devront accorder cette permission , qu’à ceux qu'ils jugeront propres à pareille mission. En outre j’enjoins aux généraux en vertu de l’obédience, de demander au seigneur pape qu’un'des cardinaux de la sainte église romaine, soit le gouverneur, le protecteur et te réformateur de l’ordre; alin que toujours soumis et prosternés aux pieds deladite église, nous restions inébranlables dans la foi catholique , et que nous observions , ainsi que nous l’avons formellement promis, la pauvreté, la liberté d’action , et l’Évangile de notre Seigneur J ésus- Cbrist. »

Cette même année , Robert de Bingbam , chanoine de Salisbury, fut fait évêque de cette même église.

Noüveaox bègleménts dü roi d’AngleI&be.-— Mort DE Roger de Thoky. — Faits divers. — L’an du Seigneur 1228 , le roi d’Angleterre Henri célébra solennellement à York les fêtes de Noël ; il quitta aus- , sitôt celte ville et se rendit à Londres en droite ligne.

ANNÉE 1228. r,V,t

Dans ce voya(je , il prétendit que les mesures de blé, de vin et de cervoise étaient fausses ; il Kt briser les unes et bcùler les autres , leur substitua de nouveaux vaisseaux contenant davantage, ordonna que le pain durait un poids plus élevé , et voulut qu'on punît d’une grosse amende ceux qui contreviendraient à cette ordonnance.

Vers le même temps , au mois de janvier , expira non loin de Reading, Roger de Thony', bomnie illustre et brave chevalier. Son frère aîné Raoul , homme expérimenté dans la guerre, désirant voir ledit Roger avant sa mort , et avoir un entretien avec lui, partit sur un cheval rapide , et Qt avec célérité une course de trente milles. Mais ce frère qu’il chérissait de toutes ses entrailles était déjà mort , et il le trouva sans voix et sans connaissance, déjà raide et froid. Alors , ne pouvant retenir ses larmes et ses sanglots : « Je t’adjure au nom du Seigneur , s'é- « cria-t-il-, de me parler, mon frère chéri. » Et comme il redoublait ses cris , ses prières et ses gémissements en présepce de ses chevaliers et d'une foule d’assistants , il ajouta qu’il ne prendrait pins désormais de nourriture , s’il n'obtenait ce dernier entretien. Alors le mort revenant à la vie , dit à son frère d’un ton de reproche : « Pourquoi troubler mon « âme, et la rap|îeler de nouveau par tes cris impor- (< tuns dans ce corps [(ju'elle avait quitté.] J’avais

' M. Aog. Thierry appelle eette famille de 7\>énés , et Dugdale de 'l'uni. La principale résidence des Thony était le manoir de Flamited, Toisin de Saint-Alhani. Aussi Matt. Péris revient souvent sur les Thony.

HlüNRI ill.

« vu déjà le châtinieot des méchants et la joie des « bienheureux; et mes yeux ont été témoins des « {jrauds supplices auxquels je suis condaipné , mal- « heureux que je suis! iMalheur, malheur à moi! O Pourquoi me suis-je adonné au.\ tournois? Pour- « quoi les ai-je recherchés avec tant d'ardeur. » Alors son i'rère : « Est-ce que tu ne seras pas‘ sauvé? » Et lui : « Oui , je serai sauvé , car j'ai pour moi une (I bonne œuvre , bien petite il est vrai , une olfraude, « bien petite il est vrai , que j’ai faite en l’honneur « de l'immortelle vierge Marie ; par là, et grâce à la « miséricorde de Dieu , j'ai l’espérance certaine d’étre « délivré. » Kaoul reprit : « Est-ce que les supplices « dont tu me parles ne pourraient pas être adoucis « par de bonnes œuvres, par des messes et par des « aumônes?' — Oui, répondit Roger, — Eh bieni dit « Raoul , je te promets en vérité de fonder, pour « notre salut et celui de nos prédécesseurs , uneniai- « son religieuse, destinée à d'bonorables.persouiies « qui invoqueront sans cesse je Seigneur pour In dé- (I livrance de nos âmes. » Alors Roger ; « Certes] ai Il besoin de pareils secours; niais, je t’en prie, ne <1 me promets rien que tu ne désires et veuilles réali- « ser en effet. >» Puis, disant adieu à son frère et à tous les assistants, il rendit l'âme dè'nuuveau. Son frère Raoul , comme il l’avait promis, fonda une maison religieuse dans les contrées occidentales de L’Angletejre , et il y affecta des métairies et de riches bénéfices.

Cette même année, fut cassée à Rome l’élection

de mettre Guillaume Scot , comme évêque de Durham ; et Robert', évêque de Salisbury, fut élu , postulé et transféré audit évêché deDurliani. Ce fut a|)rès sa promotion que les chanoines de Salisbury élurent un d’entre eux, maître Robert de Riiqjliam, à la dignité d’évêque et de pasteur de leurs âmes. Cette même année , fut terminée la querelle entre les moines de Coventry et les chanoines de Lichfield relativement à l’élection de l’évêque. Il fut décidé à Home, par sentence définitive, que les évêques seraient élus alternativement par les moines qui éliraient à la première vacance, et par les chanoines à la seconde, en observant toutefois cette règle, que le prieur de Coventry aurait la première voix dans l'élection. Cette sentence fut rendue, non sans blesser les droits des moines, qui jusque-là, avaient élu les pontifes sans le consentement des chanoines. Cette même année, l’empereur de Constantinople |)aya tribut à la nature humaine : il laissait pour héritier un Cls tout enfant , qui n’était point en âge do sou- , tenir le poids de l’empire.

EiCOMHDMICATION os L’SMPSBEDa FaÉDÉKIC 11. — LeTTBE DD PAPE A l’aeCHEV^QDE DE CifiTOBBÉBY.*— ColÈBEp PBOTESTATION ET BÉVOLTE DE l’eMPEBEDB FbÉDÉ- BIC. — LeTTBE DD PAPE AO SDJET PE CES VIOLENCES, —

Vers le même temps , le pape Grégoire ne pouvaat laisser impunie plus longtemps , à ce qu’il disait ,

* G’ett évidemment Riehard^le-Paovre.

l’opiiiiâtrelé de l'empcreui’ des Romains Frédéric et son mépris pour la croisade , et ne voulant pas ressembler à un chitii hors d’étal d’aboyer, excommunia l’empereur lui-même sur le conseil de ses cardinaux , et fit publier dans les diverses contrées du monde, par des letlres^apostoliques , la sentence qu’il venait de rendre. L’archevêque Élienne fut un de ceux qui furent chargés de faire cette publication , et il reçut une lettre conçue en ces termes : « Grégoire, évêque, à Étienne, archevêque de Cantorbéry, salut , etc. La petite barque de Pierre , lancée sur la vaste étendue de la mer , ou plutôt exposée aux vents et aux tempêtes , est continuellement agitée par les flots et parles orages ; ses pilotes et ses rameurs peuvent à peine respirer quelques instants au milieu des pluies qui les inondent. Tantôt il leur faut éviter les gouffres de Charybde ; tantôt ils ont à craindre d’être poussés contre Scylla. Si quelquefois un souffle favorable enfle les voiles de la barque , et la conduit au port, 4111 vent contraire arrive tout à coup , soufflé par celui dont l'haleine est brûlante , qui la rejette dans la haute mer et dans les profondes cavités de l'Océan soulevé. La barque entourée par les flots , est inondée, Chais non submergée: carié Seigneur y repose; les cris de ses disciples le réveillent enfin : il met en fuite les souffles malfaisants, il commande à la mer et aux vents , et le calme renaît. Aujourd’hui quatre tempêtes battent notre navire : les armées des païens infidèles font tous leurs efforts pour que cette terre illustre, consacrée par le sang du Christ, devienne

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