I1E^RI III
beaucoup de princes «t de puissauU du monde n’avaient pu venir à bout , quelle que. fût la multitude de leurs yens, la grandeur de leurs forces, la terreur qu’ils inspirassent, ou les moyens dont ils se servissent. Mais, pour ne pas tenir en suspens, par trop de paroles votre curiosité, nous désirons qu’il soit notoire à votre sincérité * que nous avons placé fermement notre espérance en Dieu et que nous avons cru que son Fils Jésus-Gbrist, pour le service duquel nous exposions avec tant de dévouement notre corps et notre âme, ne nous abandonnerait pas dans des contrées si inconnues et si lointaines ; qu’au contraire, il nous accorderait conseil et aide salutaires pour sou honneur, sa gloire et sa louange. Nous sommes done parti d’Acre avec confiance et en son nom , le quinzième jour du mois de noven>bre dernier, et nous sommes arrivé heureusement à Joppé dans l'intention de réédifier le château de cette ville, comme il convenait, afin de nous ouvrir, tant pour nous que pour toutle peuple chrétien, un accès non-seulemeot plus facile, mais encore plus court et plus sûr vers la cité sainte de Jérusalem. Alors, tandis que nous nous trouvions à Joppé sous la foi de l’espérance divine, et que nous nous occupions magnifiquement, comme il convenait, delà réédification du château, ainsi que l’exigeaient les circonstances et la cause du Christ; tandis que nous et tous les pèlerins y donnions attentivement nos soins, des députés envoyés vers nous
* £d adoptant la vanantc 5tncen(a(i au lieu de' jaurfitatt.
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par le souiian de Bubylone et par nous vers le même Soudan, allèrent et revinrent plusieurs fois de part et d'autre. Or, ledit Soudan et un autre Soudan son frère, nommé Xapliat, se tenaient près fie la ville de Gaza avec une nombreuse armée et étaient éloignés de nous d’une journée de marche. D’un autre côté, dans la ville de Sichem, qu’on appelle vulgairement Neapolis, et qui est située en plaine, le soudon de Damas, son neveu, avait sous ses ordres une innombrable multitude de cavaliers et de fantassins de sa nation, et il se trouvait près de nous et des chrétiens également à une journée de marche. Après qu’on eut débattu des deux parts la restitution de la Terre- Sainte, Jésus-Christ, Fils de Dieu, regarda du haut du ciel notre patience pieuse et notre piété patiente, et, compatissant miséricordieusement pour nous en lui-méme, il fit en sorte que le Soudan de Babylone nous rendît la cité sainte de Jérusalem, ce lieu où se sont posés les pieds du Christ, ce lieu où les sectateurs de la vraie foi adorent le Père dans l’esprit et dans la vérité. Voulant vous informer de tous les détails qui concernent cette restitution, nous vous annonçons que non-seulement le corps de la ville nous a été rendue, mais encore toute la contrée qui s’étend àqiartir de Jérusalem jusqu’à la côte deJoppé; en sorte qu’à l’avenir les pèlerins pourront se rendre librement au Saint-Sépulcre et en revenir sans être inquiétés. Toutefois la condition suivante a été stipulée : c’est que les. Sarrasins de ce pays ayant en grande vénération à Jérusalem un temple où ils se
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rendent iVéquemment eu pèlerinage pour y prier et s’y livrer aux exercices de leur culte, nous leur permettrions d’y venir librement désormais, nous réservant néanmoins d’en Oxer le nombre : de plus ils devront venir sans armes, ne point demeurer dans la ville, mais hors de la ville, et se retirer aussitôt leurs prières faites. On nous a rendu en outre la ville de Bethléem et toute la terre située entre Jérusafem et cette ville, la ville de Nazareth et toute la terre située entre Acre et cette ville ; toute la province du Thoron, qui s’étend en largeur,, qui est fort vaste et très-commode pour les chrétiens; la ville de Sidon ou Saïde, avec la campagne environnante et les dépendances. Cette possession sera d’autant plus avantageuse pour les chrétiens, .que jusqu’ici les Sarrasins en ont tiré de plus grands proOts. En effet, Sidon est un port excellent d’où l’on transportait à Damas, et dè Damas très-souvent à Babylone, des armes et d’autres provisions nécessaires. Quoique, d’après Ife traité, il nous soit permis de féédifier lë ville de Jérusalem aussi bien qu'elle le fut jamëis, ainsi que le château dë Juppé, le château de Gésaréë, le château de Sidon et le château de Sainte-Marie des Teutoniquès, que lés frères de cet ordre ont commèncé à élever sur les monlagties qui avoiSinëht Acre, chose qu’ilsti’avaîent pu faire jadis en aucun temps de trêve, le soudaii ne doit ni faire ni édifier aücùn bâtiment et château nouveau jusqu’à l'expiration de la tfôve qui a été ëonolue èntrë nous et lui ()our dix dns. Celte trêve a été confirrrléè paf serinent dè part et d’autre, le dix-
ANMlE 1229.
huitième jour (Hj mois de février dernier, un dimaiiche, jour où le Christ, ['ils de Dieu, est ressuscité d’entre les morts, et est honoré et adoré dans l’iinivers, aussi généralement (jue solennellement, par tous les chrétiens, en mémoire de ladite résurrection. 11 semble véritablecnent que pour nous et pour tous ce jour a brillé de nouveau , où les anges chantèrent : « Gloire q Dieu au haut des cieux et paix sur la terre 0 aux hommes de bonne volonté. » Sachezaussi que pour reconnaître un si grand bienfait et un si grand honneur, que Dieu nous a accordés miséricordieusement, malgré notre indignité et contre l’opinion de plusieurs, à la gloire éternelle de su miséricorde, et pour lui offrir en personne dans son saint lieu le sacrifice de nos lèvres ', nous sommes entré, le samedi dix-septième jour du mois de mars de cette seconde indiction , dans la cité sainte de Jérusalem , avec tous les pèlerins qui avaient embrassé fidèlement avec nous le service du Christ^ Fils de Dieu. Aussitôt, ainsi qu’i^ convenait à un empereur catholique, nous avons adoré respectueusement le saint sépulcre : le lendemain nous avons ceint la couronne que le Seigneur tout-puissant avait songé à nous donner dji haut de son trône de majesté, en nous exaltant prodigieusement par une grâce spéciale de sa piété parmi tous les princes du nionde, et en nous faisant parvenir à une si grande dignité, qui nous revenait d’ailleurs à titre de royaume, pour qu’il soit
• Mol à mot : le reau de nos lèvres.
de plus en plus notoire à tous que la main du Seigneur a fait toutes ces choses. Et comme ses miséricordes sont sur toutes ses œuvres, les sectateurs delà foi orthodoxe connaîtront et raconteront en tout lieu parle monde, que celui qui est héni dans les siècles a visité et a racheté son peuple, et a élevé pour nous la trompette de salut dans la maison* de son père David. Enfin, avant de quitter la cité sainte de Jérusalem, nous nous sorymes proposé de régler la magniGque réédification de ses tours et de ses murs de telle façon, et nous voulons nous en occuper avec tant de soin, qu’en notre absence on s’en occupe avec autant de sollicitude et de diligence que si ifous y assistions en personne. De plus , pour qift la présente lettre ne respire que la joie dans tout son œntenu; qu’en fait de bonnes nouvelles sa fin réponde à son commencement, et que l’accroissement de la joie et de l’allégresse dont je vous ai entretenu charme votre âme royale, nous désirons qu'il soit notoire à votre amitié que ledit Soudan doit nous remettre sous peu tous les captifs qu’il n’a pas rendus, comme il l’aurait dû faire d’après le traité conclu entre lui et les chrétiens à l’époque de la perte de Damiette, ainsi que les autres qui ont été faits prisonniens depuis. Donné dans la sainte ville de Jérusalem, le dix-septièmejour ' du mois de mars, l’an du Seigneur \ 229. »
Ml y a là quelque légère erreur de date, à moins qu’on ne suppose, ce qui est 'probable , que l’empereur, pour donner à sa lettre un caractère plus authentique , a voulu la dater du jour même de son entrée triomphale.
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Voici la forme du sceau d’or de l’empereur : d’un côté était frappé son portrait, autour duquel était écrit en rond : Frédéric, par la grâce de Dieu, empereur des RomaijjpSf et toujours auguste. Au-dessus de l’épaule droite dû portrait de l’empereur était écrit : Roi de Jérusalem, efiiu-deSsus de l'épaule gauche du même portrait ^ait écrit’: Roi de Sicile. Sur l’autre côté du sceau était frappée une ville représentant Home, autour de laquelle était écrit en rond : Rome, capitale du monde, lient les rênes de la terre. Le sceau de l’empereur était un peu plus grand que le sceau du pape.
- L’armée chrétienne étant donc entrée, comme nous l’avons dit, dans la sainte cité de Jérusalem, le patriarche et les évêques suffragants purilièrent le temple du Seigneur, l’église du Saint-Sépulcre, celle de la Sainte-Résurrection, les autres églises et les lieux vénérables et sacrés de la ville, en lavant le pavé et les murailles avec de l’eau hénite, en conduisant des processions, en chantant des hymnes et des cantiques. Eu6n, iis réconcilièrent avec Dieu tous les lieuT^longtemps profanés par les souillures des infidèles. Mais tant que l’empereur, qui était excommunié, demeura dans l'enceinte de la ville, aucun des prélats ne prit sur lui de célébrer la messe. Gepèilfdûpt maître Gaultier, frère de l'ordre des Prêcheurs, Anglais de nation, homme religieux, prudent, discret et élégamment instruit dans les lettres divines, qui avait reçu du seigneur pape l’office de prédication dans l’armée des croisés, fonction où il
lilüiNKI III.
était singulièrement fameux et habile , et dont il s'était heureusement acquitté pendant quelque temps, célébra les divins mystères dans les églises des faubourgs. Là, il échauffa plus eimoi;|ida dévotion des fidèles et les attacha plus étroit^iim au service <lu Dieu mort sur la croix. Ensuite 1rou6.|ès prélats, tant petits que grands, et les religfreux ,furerit reriiis en jouissance de leurs églises et de leurs anciennes possessions : tous se réjouirent d^ bienfaits divins qui avaient dépassé leurs espérances et s'occupèrent unanimement, ainsi que les autres pèlerins, à relever les murs de la ville et à remettre en état, à force de travaux et à grands frais, les fossés, les tours et les remparts. On en agit ainsi non-seulement dans la cité sainte de Jérusalem, mais encore dans tontes les villes et châteaux de cette terre que Notre-Seigneur Jésus- Christ a consacrée par les saintes traces de ses pieds et a sanctifié par son très-glorieux sang. L’enthousiasme, parmi tous les chrétiens, était tel que les félicités du ciel semblaient être descendues sur la terre.
Ces choses ayant été ainsi réglées, grâce à Dieu, Satan , ce vieil artisan de schismes et de discordé , en fut jaloux et souffla sa jalousie aux habitants de cette terre, et principalement aux Templiers et aux Hospitaliers, qui, enviant la gloire de l’empereur, prirent de l'audace dans la haine que lui portait le pape. Us savaient que déjà le pape avait attaqué l’empire à main ai*mée. Voulant donc que ce grand succès leur fût attribué, à eux qui reçoivent de la chrétienté tout entière tant de richesses destinées iini-
quement â la défense de la Terre Sainte, et qu’au lieu de cela ils engloutissent et font disparaître dans un gouffre sans fond, les Templiers, dis-je, et les Hospitaliers firent savoir perfidement et traîtreusement au Soudan de Babylone que l’empereur se proposait de se rendre au fleuve où le Christ avait été baptisé par Jean-Baptiste; qu’il devait y aller à pied, en habits de laine, accompagné de peu de monde et en secret pour adorer humblement en ce lieu les traces du Christ et de son précurseur, qui n’a été effacé en grandeur par aucun des fils des femmes; et que lui, le Soudan, pourrait en cet endroit prendre ou tuer l’empereur, à son choix. Le Soudan ayant reçu cet avis et ayant remarqué en outre que la lettre était scellée d’un sceau qui lui était connu, détesta la perfidie, l'envie et la trahison des chrétiens et principalement de gens qui portaient l’habit religieux et le signe de la croix : il fil venir deux de ses plus secrets et plus prudents conseillers, leur fit part de l’avis qu’on lui avait donné, leur montra la lettre à laquelle le sceau appendait encore et leur dit : « Voilà la fidélité des « chrétiens! » A la vue de cette lettre, ses conseillers lui répondirent, après mûre et longue délibération :
« Seigneur, une paix à l’amiable a été conclue des « deux côtés : la violer serait chose honteuse; mais,
« à la confusion de tous les chrétiens, envovez cette « lettre avec le sceau qui y est attaché à l’empereur « lui-méme. Vousvousen ferez un grand ami ; car ce « n’est pas un petit service. » Le Soudan accéda à leur conseil; il envoya ladite lettre à l’empereur et lui fit III. 27
part de toute la trame dont nous avons prié. Tandis que ces choses se passaient, l'empereur, averti déjb par des éclaireurs très-habiles et très-acti^^ hésitait dans son premier dessein, ne pouvant cependant croire qu’une pareille méchanceté eût été ourdie par desreligieui. Aumomentoùil était dans cette anxiété, le messager du Soudan vint le trouver, et lui apporta ladite lettre, qui ne pouvait plus laisser de doute sur la trahison. L’empereur, se réjouissant d’avoir échappé aux pièges qui lui étaient tendus, dissimul^prudemment sou ressentiment jusqu’à l’heure de la vengeance, et fit préparer tout Ce qui était nécessaire pour opérer son retour dans ses états. Telle fut l’origine de la haine entre l'empereur d’une part, les Templiers et les Hospitaliers de l’autre : les Hospitaliers toutefois parurent en cette occasion moins coupables et moins infâmes que les Templiers. Depuis cette époque,' le cceûr de l’empereur fut uni avec le cœur du Soudan d’une manière indissoluble par le ciment de l’affection et de Vamitiè. Ils se confédérèrent et s’envoyèrent réciproquement des présents précieux. On remarqua entre autres un éléphant envoyé par le Soudan à l’empereur. Or, les Templiers, les Hospitaliers et leurs complices, sachant que le pèlerinage que l’empereur s’était proposé de faire au fleuve du Jourdain était. différé, comprirent perla et par d’autres indices que leur ruse n’aurait point de succès. Alors Jls entraînèrent dans leur complot le patriarche de Jérusalem, qui écrivit, dit-on, la lettre suivante pour diffamerl’einpereur ;
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« Gérold, patriarciie de Jérusalem, à tous les fidèles du Christ, salut dans le Seigneur. Si l’on examine pleinement, depuis le commencement jusqu'à la fin, la conduite qu’a tenue l’empereur dans les pays d’en deçà de la mer, et combien prodigieusement il a agi au grave préjudice de l’affaire de Jésus^Christ et au mépris de la foi chrétienne, on ne pourra dans toute sa personne , depuis la plante des pieds jusqu’à la (witite des cheveux, trouver quelque chose de rai> sonnable. En effet, il est venu ici excommunié, amenant avec lui quarante chevaliers à peine, et tout à fait dépourvu d’argent ; il espérait sans doute soutenir sa misère avec les dépouilles des habitants delà Syrie. D’al)ord à son arrivée en Chypre, il s’est emparé, avec fort peu de courtoisie, d’un noble seigneur, Jean de Ybelin , ainsi que de ses fils, qu’il avait fait venir sous prétexte des affaires de la Terre-Sainte, et qu’il avait invités à sa table. Ensuite il a retenu, pour ainsi dire, prisonnier le roi [de Jérusalem], qu’il avait appelé auprès de lui ; et ainsi il a mis la main sur son royaume par violence et par fraude. Cela fait, il est passé en Syrie. Au commencement, il a promis en paroles de faire merveilles, et tandis que sa jactance séduisait l’esprit des simples, il a envoyé ^ aussitôt au Soudan de Babylone des messagers de paix -Jee qui l’a rendu méprisable aux yeux du soudan et de ses païens^ surtout parce qu’ils comprenaient que l’empereur n’avait pas amené avec lui un assez grand nombre d’hommes d’armes pour qu’ils eussent quelque chose à redouter de lui. Sur
d: iby
HENRI III
ces entrefaites, il est parti avec l’armée chrétienne du côté de Joppé, sous prétexte de fortifler cette place; mais en réalité pour se rapprocher du Soudan , et pour que des négociations pussent plus facilement s’entamer relativement à la conclusion d'une paix ou d’une trêve. Que dirai-je de plus? Après de longues et secrètes négociations, sans avoir pris l’avis des personnages du pays, il a déclaré un jour tbut à coup qu’il avait fait la paix avec le Soudan. Nul ne connaissait le contenu de cette paix ou de cette trêve, quand déjà ledit empereur avait juré par serment d’en observer les conventions. Combien ce traité est pernicieux, et combien il trahit les intérêts de la chrétienté, c’est là une chose dont vous pourrez vous assurer évidemment, en considérant la teneur de quelques articles que nous avons jugé bon de vous transmettre par écrit. L’empereur, pour glorifier sa parole , se contenta de donner sa parole et d’obtenir celle du Soudan. Il annonça, entre autres choses, que la sainte cité lui était rendue, et il y vint avec l’armée chrétienne la veille du dimanche où l’on chante : . « Mes yeux [et cæt.]. » Le lendemain dimanche , il entra, au mépris de toute règle et de toute idée reçue, excommunié comme il était, dans l’église du sépulcre du Sauveur, et se plaça la couronne sur la tête, au préjudice manifeste de l'honneur et de l’excellence impériale; pendant que les Sarrasins retenaient en leur pouvoir le temple du Seigneur et le temple de Salomon, et que la loi de Mai^omet était publiquement proclamée comme auparavint, non
sans que les pèlerins en ressentissent grande honte et grande douleur. Puis le lundi suivant, ledit empereur, qui précédemment avait maintes et maintes fois promis de fortifier la ville, en sortit le premier au point du jour, sans avoir salué personne, et quoique les frères du Temple et de l’Hôpital lui eussent offert solennellement et inftamment leur coopération et leur aide autant qu'il serait en eux, s'il voulait, selon sa promesse, fortifier la ville. Mais lui , qui se souciait peu de remédier au mal, et qui voyait bien que l'occupation de Jérusalem n’était qu'un fait sans importance, puisque la ville, dans l’état où on la rendait, ne pouvait ni être défendue ni résister, se contenta du seul mot de restitution ^ jet partitee jourlà pour Joppé avec ses hommes. A cette vue, les pèlerins, qui étaient entrés avec lui dans la ville , ne voulurent pas y rester après lui. Le dimanche suivant, jour où l’on chante : « lléjouis-toi, Jérusalem, » il arriva à Âcre, dont il se concilia lès habitants en leur octroyant quelques |)riviféges , pour mériter leur faveur par ce moyen. Dieu sait pourquoi il a fait cela , et la suite de ses œuvres l’a démontré. L’époque de la traversée approchant, tous les pèlerins , petits et grands , regardant leur vœu comme accompli , puisqu'ils avaient visité le saint sépulcre, se disposèrent, d’un commun accord, à partir. Nous alors, qui n’avions point fait de trêve avec le Soudan de Damas, considérâmes que la Terre-Sainte allait être quittée et abandonnée par les pèlerins. Dans cette position dangereuse, nous résolûmes de retenir, pour
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HENRI nr.
l’ulilité commune, avec l'aident qui provenait des aumône du roi de France, de pieuse mémoire, une chevalerie suffisante. L'empereur, en éfaot instruit, nous fit savoir qu’il était fort étonné de ce projet, puisqu’il avait conclu une trêve avec le squdan de Babylone. Nous lui répondîmes que le fer restait encore dans la blessure, puisqu'il n’y avait ni paix pi trêve faite avec le Soudan de Damas , et que les deux soudans étaient divisés d’opiuions à cet égard Noos ajoutâmes que même, malgré l’opposition du Sioudaq de Babylone, celui de Damas pourrait nous fairo, beaucoup de mal. L’empereur fit répondre qu’étant devenu roi de Jérusalem, ce n’était que sur sou epor seil ou sa permission’' qu’on pouvait entretenir, dans son royaume, des chevaliers armés en guerre^ Nous répondîmes à cela que nous étions fort chagrins de ne pouvoir, sans péril pour nos âmes, avoir recours à lui sur ce point et sur d’autres semblablçs, puisqu'il était excommunié, L’em'pereur ne nops renvoya aucun message ; mais le jour suivant, il fit couvoquèr hors delà ville, par le prieur public, les pèlerins qui séjournaient à Acre : les prélats et religieux furent sommés, par lettres spéciales , de se rendre au bord de la mer. Là l’empereur comparut eu personne, et il se mit à se plaindre amèrement de nous, entassant faussetés sur faussetés. Puis il s’attaqua au graod-
' Ep effjet , le eoudao de Pamat avail refusé de receroir l’envoyé de Frédéric, chargé de faire ratiDer le traité. (Koir M. WlCUADD : HiSt. dfS Crois. , pour tout ce passage.)
’ Je (raduii en ajoutant stnc ao teste.
niahre des Templiers, homme véuéruble; ilcherclia, par diverses accusalious que rien n'appuyait, à noircir publiquement et j>raudement sa réputation, et voulut ainsi rejeter sur d’autres ses propres torts, qui étaient trop manifestes. 11 ajouta en terminant que nous retenions à son désagrément et préjudice des chevaliers à notre solde. En conséquence, il ordonna à tous les chevaliers croisés, de quelque nation qu'ils fussent, s'ils tenaient à leur vie et à lgur$ hieus, de ne pas rester en Terre-Sainte à partir de ce jour, enjoignant au comte Thomas, qu’il voulait laisser dans le pays à titre de bailli, de punir corporellement tout homme qu'il y trouverait désormais , en sorte que le châtiment d’un seul fût pour plusieurs un exemple terrible. Après avoir ainsi déclaré sa volonté, il n’admit aucune excuse , ne voulut entendre aucune réponse à toutes les indignités qu’il venait de prononcer, et se retira. Aussitôt il fil placer des arbalétriers aux portes de la ville, avec ordre de Hisser sortir les frères du Temple, mais de ne pas les laisser entrer. 11 fit poster aussi des arbalétriers dans les églises et dans les lieux élevés de la ville, et spécialement aux abords de uolre palais , ainsi que de Ip maison des frères du Temple ; or, sachez qup jamais il ne s’ésl montré si hostile envers les Sarrasins, ni n’a lémpi gné contre eux aulppt de haine et d’em|)ortemcut. Alors, considérant sa méchanceté manifeste, nous jugeâmes bon de convoquer les prélats et les pèlerins, et d’excommunier tous ceux qui donneraient conseil ou assistance' à l’empereur contre l’église, ou les frères
du Temple, où les autres religieux et pèlerius du pays. C’est pourquoi l’empereur, de ^lus en plus furieux, fit garder étroitement toutes les entrées, défendant qu’on approchât pour nous apporter des vivres à nous ou à ceux qui étaient avec nous , plaçant partout des arbalétriers et des archers qui ne ména^ geaient ni nous ni les frères du Temple, ni les pèlerins. Pour mettre le comble à sa perversité calculée, ayant appris ^ue quelques frères prêcheurs et mineurs s’étaient rassemblés le jour des Rameaux en des lieux convenus pour y prêcher la parole du Seigneur, il les fit arracher de leurs chaires par ses satellites, renverser et traîner à terre, et fustiger par la ville comme des brigands. Ensuite , voyant qu’il ne gagnait rien à nous tenir ainsi assiégés, il nous fit des propositions de paix; nous lui répondîmes que nous ne voulions pas entendre parler de paix , s’il ne faisait retirer d’abord ses arbalétriers et ses hommes d’arnnes, et s’il ne nous rendait nos biens dans l’état et dans la liberté, où ils étaient au jour de son entrée dans la ville. 11 finit par accéder à ce que nous exigions ; mais comme l’effet ne suivit pas ses promesses, nous mîmes la ville sous l’interdit. Alors voyant que sa perversité rencontrait des obstacles, il ne voulut pas demeurer plus longtempsenTerre-Sainte; mais comme s’il eût cherché à nous ruiner tout d’un coup, il fit secrètement charger sur des vaisseaux les arbalètes et les armes de toute espèce qui étaient amassées à Acre depuis longues années pour la défense de la Terre-Sainte, et en fit passer la plus grande partie (?}
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au Soudan de Babyloue, son très-cher ami. Puis il envoya en Chypre quelques'uns de ses chevaliers avec mission d'extorquer aux habitants une grosse somme d’argent; et, ce qui nous parut dépasser toute mesure, il détruisit les galères qu’il put rassembler. Lorsque nous en fûmes instruits, nous jugeâmes bon de l’admonester sur ce point. Mais lui, se moquant de nos avis aussi bien que de nos menaces, se dirigea secrèlemeut, le jour des apôtres Philippe et Jacques, vers le faubourg séparé de la ville et,vers le port. Là il s’embarqua sur une galère sans avoii^salué personne, et fit. voile vers Chypre , laissant Joppé dans un état de complet dénùrnent. Il partit : plaise à Dieu qu’il ne revienne jamais. Déjà les baillis dudit soudan ont interdit aux pauvres chrétiens et Syriens toute sortie hors des murailles : aussi plusieurs pèlerins sont morts en route *. Voilà les excès ( avec beaucoup d’autres qui sont au sù de tout le monde , et que nous laissons à d'autres le soin de raconter), qui ont été commis par l’empereur au détriment de la Terre- Sainte et de son âme : Dieu veuille , dans sa miséricorde, y apporter remède quand il lui plaira. Portez-vous bien. » — Cette lettre étant parvenue à la connaissance des Occidentaux, noircit la réputation . de l’empereur, et lui enleva l’amitié de beaucoup de
Plure^peregrini tu cia defecerunt. Cette phrase est vague ; pénétré s’agit-il des pèlerins qui avaient quitté Jérusalem pour revenir à Joppé. il est vrai qu’oii peut comprendre que les pèlerins, enfermés dans lesvilles, n’en pouvaient sortir pour se rendre è Jérusalem , et qu’ainsi leur |>èlerinage était manqué. Mais ce n’est pas le sens ordinaire Je deftcfre.
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gens. Lc pape n'en fut que plus ardent à ie renverser, | et que plus avide à ramasser l'argent [qui lui avait été promis].
GaiEFS DO PAPE CONTHE l’eMPEREDB P'aÉDéMC. — li- PÔT DD DIXIÉME LEVÉ EN ANGLETERRE AO PROFIT DD PAPB.
— Exactions dans la levée de cet impôt. — Refds dd COMTE DE Chester. — Faits divers. — Vers le même temps, vint en Angleterre maître Etienne, chapelain du seigneur, pape et nonce auprès du roi d'Angletérre. Il étfiit envoyé pour faire la collecte des décimes . promises au seigneur pape à Rome pai? les députés / dudit roi et qui devaient servir à soutenir la gnerre ' entreprise contre l'empereur des Romains. Le même pape avait appris sur ie compte dudit empereur plusieurs faits odieux et attentatoires à la loi ebré' tienne. 11 les rédigea par écrit, et eut soin de les faire publier par lettres apostoliques.- dans les différentes contrées du monde. Il lui reppoobait principalement d'étre entré dans l'église du Saiut-iSépjilppe à Jérusalem, étant excommunié; là, de s'étre couronné de sa propre main devant le maître-autel.; de s'ôtre assis ainsi couronné dans la chaire du -patriarche, et d'aï i voir prêché devant ie peuple, en palliant sa perversité, en accusant l'église romaine, en prétendant (ju'elle avait agi injustement à son égard, c4 en l’argUftPt d’nvapiçe ipsntla)3|ç et sÎPîPWqu? »vec eW' portenvent et força invnetive^ ; d'ètye ensuite sorti de l’église escorté par ses satellites, sans avoir fcvec lui aucun personnage ecclésiastique, et d'avoir marché, la
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