ANNI^E
couronne en léte, jusqu’au palais des Hospitaliers.
[ Le pape ajoutait : « L’empereur] a donné dans son ‘ palais, à Acre, un repasà des Sarrasins, et il a fait venir des courtisanes chrétiennes pour danser et jouer devant eux*. On assure môme qu'il y a eu en celte occasion de honteuses débauches. Il a conclu un traité * avec le Soudan ; mais nul, excëpté lui seul, ne sait à quelles b^nditions pareille paix a été faite. Il paraît aussi clairement démontré, autant ^u'on peulen juger par ses actes extérieurs, qu’il préfère la loi des Sarrasins à notre foi ; car en plusieurs occasions il a jmilé les pratiques de leur culte. Dans l'écrit qui a été passé entre lui et le Soudan, écrit qu'on appelle mosrpha en langue arabe, il a été stipulé que pendant la trêve, lui Frédéric, aiderait le Soudan contre tous les hommes chrétiens et Sarrasins, et que le Soudan en ferait autant de son côté. Il a dépouillé les chanoines de la sainte Croix à Acre, de quelques revenus qu’ils devaient percevoir sur le port d’ Acre. Il a dé- .pouillé l'archevêque de Nicosie en Chypre, U a pro-
' Fecit fis iwhere mulieres Christianas , etc. ÉTidemment le texte eit fautif ou mutilé, et nous n’héaitooa pas k adopter la leçon donnée par l’édition de tô7t, LoniiM (Bib. Ste-Gen.) : Fecit convivari Sararevos et fecit fis hfthere mulieres cAn.f(imia$. Ôp accusait aussi Frédéric Il d’avoir eu des conférences philosophiques avec l'émir de Jérusalem; d’avoir plaisanté sur la stérilité du sol de la Palestine , • et d’avoir ■ en l’impiété de dire que si Jéhovah eât connu le royaume de Naples , t il n’aurait pat choisi la Palestine pour l’héritage de son peuple cbrri,r (Gibbon), l'oÿ. Villani, livre Vl, chap. feVj pour le portrait de ce prince ; mfis Villani est Guelfe : c’est dire que son jugement est exagéré.
tégé par le bras séculier, contre l’autorité du patriarche, un évêque de Syrie qui avait été ordonné par un excommunié et un schismatique. 11 a dépouillé les chanoines du Saint-Sépulcre de toutes les offrandes faites audit sépulcre , le patriarche des offrandes * faites au Calvaire et au Golgotha , les chanoines du saint Temple des offrandes faites eii ce lieu; et il s’est emparé, par la main de ses satellites, dt^produit . de toutes ces offrandes. Pour lequel fait, frère Gaultier l’a excommunié dans la ville de Jérusalem, lui et tous ses satellites. Le jour des Hameaux il a fait ignominieusement et violemment arracher de leur chaire où ils prêchaient les frères prêcheurs ; il lésa fait ipaltraiter et emprisonner. Quelques jours avant la passion du Seigneur, il a assiégé le patriarche, les évêquesde Winchester et dîExeter, ainsique les Templiers dans leurs maisons’, et voyant qu’il ne pouvait l’emporter, il s^st retiré couvert débouté. » C’était sur ces motifs et sur d’autres encore que le sefgneur pape s’appuyait pour déclarer nul tout ce que l’empereur avait fait en Terre-Sainte et pour soulever la guerre contre lui ; assurant qu’il était juste et utile à la foi chrétienne qu’un si violent persécuteur de l’église fût dépouillé de la dignité impériale ; puisque, ce qui était encore plus odieux que le reste, il avait excité une persécution terrible contre sa mère l’église romaine; qu’il s’était emparé de ses châteaux, de ses terres et de ses possessions, et qu’il les tenait encore eu son pouvoir, comme un ennemi public.
Vers le même temps , maître Étienne , chapelain
el nonce du seigneur pape, oj'ant exposé nu roi d’Angleterre les désirs du pape et l’objet de sa venue, le roi fit convoquer à Westminster, le dimanclje où l’on chante : a La miséricorde du Seigneur, etc., «lesarclievéques, les évéques, les abbés, les prieurs, les Templiers. les Hospitaliers, les comtes, les barons, les recteurs des églises et ceux qui tenaient de lui en chef, à l’effet de se trouver au lieu et an jour fixés, pour y entendre ladite proposition et pour y statuer d’un commun accord sur ce que les circonstances exigeaient. Tous étant dftnc réunis , tant clercs que laï(|ues ainsi que ceux de leur obédience , maître Etienne lut à haute voix, en présence de l’assemblée, H lettre du seigneur pape, par laquelle il demandait la dîme de tous les biens meubles en Angleterre, en Irlande et dans le pays de Galles, imposable à tous laïques et clercs, pour soutenir la guerre qu’il avait entreprise contre l’empereur des Romains Frédéric.
Il annonçait dans ladite lettre qu’il avait entrepris seul cette expédition au nom de l’église universelle que ledit empereur, depuis longtemps excommunié et rebelle, s’efforçait de détruire, comme cela était évidemment démontré; qu’aussi les richesses du saint- ' siège apostolique ne suffisaient pas pour accabler l’empereur, et que l’église romaine, forcée par la nécessité, implorait auprès de tous ses enfants une aide qui lui permit de conduire au terme désiré l’expédition commencée et qui en grande partie avait déjà heureusement réussi. Enfin, en terminant, le seigneur pape cherchait à persuader à tous le.s membres
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de l'église qu’ils devai^t, comme fils naturels de l’église romaine, qui est la mère de toutes les églises, la secouj'ir puissamment, de peur que si ellerenaità périr (ce qu’i Dieu ne plût), les membres ne succombassent avec la tête. Telles étaient les raisons et d’autres encore exposées clairement dans le bref du seigneur pape. Alors maître Étienne exhorta tous ceux qui étaient présents à donner leur consentement, alléguant l’bonneur et l’avantage qui en pourrait résulter pour ceux qui accéderaient aux demandes du pape. Or, le roi d’Angleterre^ en qui chacun espérait trouver secours et défense, devint (et cela ne pouvait être autrement) un bâton de roseau dont ées éclats blasèrent ceux qui avaient confiance en lui. % ainsi que nous I avons dit plus haut, il s était engagé, par ceux qui agissaient en son nom à Rome, à payer cette dîme : il ne pouvait revenir sur sa parole; et comme il ne répondait rien, son silence parut une approbation réejle. Quant aux comtes, aux barons et à tous les laïques, ils refusèrent formellement de payer la dîme, ne voulant pas engager envers l’élise romaine leurs baronnies ou leurs possessions laïques. Les évéques, les abbés, les prieurs et lesautres prélats des églises, après une délibération de trois ou quatre jours et de violents murmures , consentirent à la fin, craignantd’encourir sentence d'excommunication nu d’interdit, s’ils déclinaient les ordres apostoliques. En consentant bon gré, mal gré, iis auraient ternliné l’aiTaire et livré seulement une somme d'argent qui ne les grevait pas trop , si (comme on l’assure) Étienne
deSégrave, alors conseiller dti roi, liomnie qui n’é- ' (ait ami quedelui-méme, et dont le cœur était incliné au mal , n'eût conclu un pacte simoniaque avec maître Étienne et n'eût amené les choses à cé point, que la dîme pleine et entière fnl exigée et obtenue, à l'inestimable détriment de l’église et du royaume. Alors maître Etienne montra à tous les prélats des lettres de créance du seigneur pape, par lesquelles ledit [>ape l'établissait son agent pour la levée de la dîme; levée qui devait être faite non point selon la taxe établie pour le vingtième qu'on avait accordé peu auparavant au roi, à l'effet d'obtenir la confirmation des libertés , mais selon que tous les biens et meubles de chacun pourraient être taxés le mieux et le plus fructueusement à l'avantage du seigneur pape; c’està-dire que cette levée devait porter sur les revenus, provenances, fruits de charrues', offrandes, dîmes, nourritures d’animaux, fruits [delà terre?], biens échus, tant des églises que des autres possessions, à quelque titre qu’ils fussent tenus : sans faire déduction, sous aucun prétexte, des dettes et dépenses. Les mômes lettres investissaient maître Étienne du droit d’excommunier les 0|)posants et d’interdire les
Il s'agit probablemeot ici de l'argeat qui pouvait provenir de la lo- ^■^^eèiion des charrues , car on distinguait trois espèces de charrues : les charrues propres , celles que le colon possédait en propre ; les charrues / ordinaires , celles qui se louaient chaque année pour faciliter le l.ihonrage; les charrues précaires, celles que dans quelque besoin pressant un colon empruntait à son voiais possesseur k titre de précaire. Telle est do moins l’explication du Glossaire du texte.
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églises Celui-ci, eu conséqueuce, institua des agents dans chacun des comtés du royaume, et excommunia tous ceux qui se permettraient, soit par eux-mémes, soit par d’autres, d'empécher l’exactrtqde de la levée du dixième ou de la taxe à établir, par connivence, pacte inique, soustraction ou fraude c^lconque. Et comme l’affaire ne pouvait souffrir atmun retard, il enjoignit, sous peine d’excommunication, à tousles prélats et autres de lui remettre sans délai l’argent requis, soit en l'empruntant, soit de toute autre façon, pourqu’il fût transmis sur-le-champ au seigneur pape ; quitte à être indemnisés pleinement, lorsque la dîme due par chacun serait régulièrement taxée : ajoutant que le seigneur pape était embarrassé par de si nombreuses et de si grandes dettes, qu’il ignorait absolument comment soutenir la guerre qu'il avait entreprise. Cela fait, l’assemblée se sépara, non sans de violents murmures.
Alors maître Étienne envoya sur-le-çhamp ses lettres à chacun des évêques , abbés , prieurs et monastères de quelque ordre qu’ils fussent, leur ordonnant , sous peine d’interdit et d’excommunication , ^ de lui faire passer, à jour fixe, une somme d’argent
‘ CVUit an moyen puissant, dit M. Augustin Thierry, de réveillyr les mécontentements populaires ; car l’exécution d’une sentence d'interdit était accompagnée d’un appareil lugubre qui frappait vivement les esprits. On dépouillait les autels , on renversait les crucifix , on tirait de leurs châsses les ossements des saints, un enlevait les portes qu’on remplaçait par des amas de ronces et d'épines, et aucune cérémonie religieuse n’avait plus lieu, si ce n’est le haptSmé des enfants nouveau-nés et la confession des mourants.
en bonne monnaie neuve, poids de denier , et assez forte pour qu'il pùt satisfaire aux créanciers du sei* gneur paj)e , et qu’eux-mémes échappassent au châtiment de l’interdit. Or, cet homme se montra si impitoyable dans ses exactions , qu'il força chacun à lui donner le prix de la dîme sur les fruits de l’automne prochain , fruits qui étaient encore en herbe. Les prélats , fauté d’autres moyens, vendirent une partie des calices, Qoles, reliquaires, et. autres objets consacrés; d’autres les livrèrent en gage pour contracter des emprunts. En outre, ledit maître Étienne avait avec lui quelques exécrables usuriers qui se faisaient passer pour marchands, palliant leurs usures sous le nom de négoce, et offrant de l’argent à ceux qui en avaient besoin , pressés qu’ils étaient par les exactions dudit Étiennè. Celui-ci ne leur laissait pas de répit , leur prodiguait les menaces , et ceux qui furent obligés de prendre de l’argent à intérêts se trouvèrent plus tard en proie à ces usuriers et encoururent d’irréparables dommages. L’Angleterre faisait entendre des malédictions qu’on n’osait prononcer tout haut; mais des imprécations étaient dans toutes les bouches; chacun disait : « Puisse cette exaction n’étre tt jamais fructueuse pour ceux qui la commettent ! » Le vœu du peuple se réalisa ; car :
Bien mal acquis ne prufite jamais.
Aussi, depuis cette époque , pullulèrent en Ang'eterre des ultramontains \ qui sous le nom de mar-
‘ C’est-A-dire les Lombards on Caursins.
HENRI III
chaods , n’étaient que d’impies usuriers, et ne cherchaient qu’à faire tomber dans leurs pièges ceux surtout qui étaient pressés par les exigences de la cour de Rome. Aussi maître Étienne , chapelain |du seigneur pape et vrai tondeur d’argent , laissa parmi les Anglais d’odieux souvenirs. Lecomte de Chester Rauuif fut le seul qui résista vigoureusement; il ne voulut pas réduire sa terre en servitude , et ne permit à aucun religieux ou clerc de son fief de payer le susdit dixième ; tandis que l’Angleterre , le pays de Galles , l’Écosse et l’Irlande étaient forces de s’exécuter. Ce qui fut en cette occasion une consolatiorf et un soulagement pour plusieurs, ce fut que les royaumes d’au delà de la mer et même de fort éloignés ne furent point exempts de celte exaction. Lorsque cette énorme quantité de richesses fut parvenue aux mains du seigneur pape , il les distribua laidement à Jean de Brienne et aux autres chefs de son armée , ce qui tourna grandementau détriment de l'empereur; car en son absence ils ruinèrent ses châteaux et ses forteresses. Cette même année , maître Robert de Bingham , élu à Salisbury , reçut le bénéfice de consécration à Shipton , le 6 avant les calendes de juin , des mains de Guillaume , évêque de Worcester , en présence de Jocelin , évêque de Bath , et d’Alexandre , évêque de Coventry. Robert inaugura ses fonctions épiscopales sous d'heureux auspices. 11 pressa avec vigueur la construction delà nouvelle église que son prédécesseur Richard avait hardiment commencée pour y transférer son siège. La construction avança ,
grâce à Dieu, au roi et au peuple , ce qui fit dire à un versificateur élégant :
Le roi donne l’argent , le prélat ses conseils, les ouvriers leur peine ; il faut le concours de ces trois choses pour qnel’ouvrage s’achève.
Vers le même temps , le roi d’Angleterre Henri , ceignit le baudrier militaire à Jean , fils d’Hubert , grand justicier du royaume , le 5 avant les nones de juin , jour de la Pentecôte.
Vers le même temps , le jour de la sainte Trinité , les évêques suffragants de l’église de Cantorbéry s’assemblèrent dans ladite ville. Maître Richard , élu à Cantorbéry , y fut consq^ré par les mains de Henri , évêque de Rochester ; mais il ne reçut pas le palliuAi, en sorte qu’il ne ' pouvait ni célébrer l’ordination , ni dédier les églises. Le même jour furent consacrés, par les mains du même évêque , dans l’église de la Sainte-Trinité, devant le maître-autel, Roger élu à Londres , et Hugues, élu à Ely ; c’était le quatrième jour avant les ides de juin. Cette même année , le dix-buitième jour avant les calendes.de décembre , mourut Martin de Patesbull , doyen de Londres , homme d’une admirable prudence et d’une science profonde dans les lois civiles.
Grand concours de seigneurs anglais four passer DANS les provinces FRANÇAISES. — MoRT d’uN USURIER EN Bretagne. — Sévérité de Pierre Mauclerc. — Retour DE l’empereur Frédéric. — A la même époque ,
^ J^ajoule non qui e»t indispensable pour le sens.
HUSRl in.
■ISO
aux approches de la fêle de Saiot-Micbel , le roi Henri réunit à Porstmouth toute la noblesse du royaume d’Angleterre. Comtes , barons et chevaliers y vinrent avec une telle multitude de cavaliers et de fantassins, que nul des prédécesseurs de Henri ne paraissait en auêun temps avoir réuni une pareille armée. Les pays d’Irlande,^, d’Écosse , de Galles et de Galloway (?) fournirent en outre un si grand nombre de chevaliers et d'hommes d’armes , que c’était pour tout le monde un sujet d’étonnement. Le roi rassemblait ces forces imposantes pour passer la mer et faire rentrer sous sa domination les terres que son père avait perdues. Mais quand les chefs et^ lesvmaréchaux de la milice du roi se furent approchés du rivage pour procéder à rembarquement des vivres et des armes , ils trouvèrent si peu de vaisseaux qu’ils n’étaient pas en nombre sufBsant pour contenir la moitié de l’armée. Le roi étant instruit de cet obstacle , entra dans une violente colère , et fit retomber toute la faute sur Hubert de Bourg , son justicier : eu présence de tous, il l’appela vieux traître , lui reprocha d’avoir préparé cet obstacle, comme il l’avait déjà fait auparavant, l’accusa d’avoir reçu cinq mille marcs de la reine de France , pour entraver son projet ; puis , emporté par sa fureur , le roi tira son épée et voulut en percer le justicier. Mais Ranuif , comte de Chester , et d’autres qui étaient présents , s’interposèrent et sauvèrent Hubert de la mort. Celui-ci jugea prudent de se soustraire aux regards du roi , jusqu’à ce que sa colère fût passée et son esprit plus calme. En
ANNEli 1229.
ce moment, le 7 avant les ides d'octobre, aborda à Porslmoutii , Henri', comte de Bretagne, homme d’un esprit turbulent , qui devait faire descendre le roi dans sa province sous sauf-conduit, ainsi qu’il avait été convenu et juré entre eux. Le comte et d’autres seigneurs de l’armée conseillèrent au roi de différer l’expédition jusqu’à Pâques prochain , parce qu’il était dangereux de s'engager dans une pareille entreprise au moment de l’hiver. Sur cet avis , le roi donna permission à tous de retourner chez eux. Le justicier rentra en grâce auprès du roi. Le comte de Bretagne fit hommage au roi d’Angleterre pour la Bretagne contre tous hommes , et le roi lui rëndit toutes ses possessions en Angleterre : il lui octroya de plus cinq mille marcs pour la garde de sa terre et le renvoya dans son comté. Cette môme année , Richard , archevêque deCantorbéry , reçut, le -H avant
* Il faut lire Pierre et non Henri; Pierre de Dreux, arrière-petit-Gls de Louia-lc-Gros. Philippe-Auguste , pour maintenir son influence eu Bretagne , lui avaitfait épouser Alix, fille de Constance et de Guy de Thonars, son troisième mari , en 1212, après avoir promis d’abord an représentant de la maison do Peathièvre la main de cette riche héritière que les Bretons avaient reconnue pour leur souveraine comme sœur d’Arthur. Pierre était surnommé Maucicre , soit par son défaut d’instruction , soit parce qu’il persécutait les églises. Le trait si connu que Malt. Péris rapporte un peu plus bas ptouve suflisammcnt celte antipathie. Mauclerc a^it entrepris en Bretagne d’etre absolu malgré les prêtres et les seigneurs; en France, d’ahaisser la royauté en appelant les Anglais et en se mettant à la tête de la féodalité dont il était le chef, depuis la défection du comte de Champagne ; c’était entreprendre plus qu’il ne pouvait. Une vieille animosité éloignait les Bretons des Anglais qui, pour eux, étaient toujours des Normands, et d’ailleurs ces alliés memes les secondèrent mal.
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lescalciules de décembre, le pallium que le seigneur pape lui avait envoyé, et il célébra l’office divin revêtu du pallium à Cantorbéry , dans l’élise cathédrale , en présence du roi et des évêques suffragants.
Il y avait à celte époque , dans la petite Bretagne , un usurier qui, prêtant son argent à de gros intérêts, s’était amassé une immense fortune. Plusieurs fuis il fut réprimandé par l’évêque du lieu, qui lui défendit d’augmenter son bien par l’usure; mais il ne voulut pas écouter l’évêque, et n’en continua pas moins son métier illicite. L’évêque, le voyant incorrigible, l’excommunia et le sépara de l’unité des fidèles. Celuici , s’inquiétant peu , ou plutôt faisant fi de l’excommunication , termina misérablement sa vie peu de temps apres. Cet homme étant mort sans viatique et sans confession, sa femme et ses enfants vinrent trouver un prêtre delà ville, le priant de rendre les honneurs ecclésiastiques au corps du défunt. Le prêtre refusa de le faire , parce qu’il était mort excommunié , et ordonna qu’on l’enterrât hors de la ville, entre deux chemins. L’épouse du défunt en étant instruite, vint trouver le comte avec ses fils , et porta plainte auprès de lui de ce que le prêtre n’avait pas voulu rendre les dernière devoirs à cet homme qui était son paroissien : elle garda le silence sur le motif, à savoir qu’il était mort excommunié. Le comt#, outré de colère contre le prêtre , ordonna à ses officiers d’aller le trouver de sa part, et de lui enjoindre démettre le mort en terre sainte, ou, s’il s’y refusait, d’attacher le vivant au mort, et de les jeter tous deux
daus la même fosse. Cette cruauté ayant été commise, tous les évêques de Bretagne prononcèrent anathème contre le comte. Il s'ensuivit une animosité qui fit que le comte exila et chassa tous les évêques , tandis que lui-même restait sous \e poids de l’excommunication^Ponfirmée par le pape.
Cette même année , Frédéric , empereur des Romains, après avoir rendu la Terre-Sainte à la chrétienté , et avoir obtenu du Soudan de Babylone une trêve de dix ans, conhrinée de part et d’autre par serment, s’embarqua le jour de l’Invention de la Sainte- Croix pour traverser la mer Méditerranée et rentrer dans ses états. Mais ayant appris que Jean de Brienne lui avait tendu des embûches dans les ports d’en-deçà de la mer, il craignit d'aborder sans précaution ; et, afin que ses ennemis ne pussent se réjouir de le tenir prisonnier, il se dirigea vers un lieu sûr, après avoir fait prendre les devants à ses éclaireurs, qui le conduisirent au port de sécurité et de salut. Ayant donc débarqué en Sicile heureusement , mais avec peu de monde , il fut instruit que ses adversaires avaient déjà subjugué plusieurs de ses châteaux et de ses forteresses, que le pape avait à sa solde des troupes qu'il gorgeait d’or et de richesses; qu’enfin ces troupes ne trouvant pas d’obstacle, se répandaient librement sur les terres de l’empire , et y commettaient de grands ravages. Cependant, au bruit de son arrivée , les vassaux naturels de l’empereur vinrent en foule trouver Frédéric, d’après le serinent de fidélité qui les liait à eux. Avec leur aide, et soutenu par de
HÉNRI ni.
nouveaux renforts , il attaqua intrépidement ses ennemis, etcommença à reconquérir peu à peu ses terres et ses châteaux perdus.
EIeNRI 1 11 TIENT Si CODR A YoRK. — MÉHORABLE COUP DE
TONNERRE A Londres. —Sdccèsde Frédéric II eiHIpcue. — Mort de Giiu.ladiie de Bhaose. — Impôts levés en Angleterre. — L'an du Seigneur >1250, le roi des Anglais, Henri, tintsa cour à York, auxfétes de Noël, avec le roi d ’Écosse, qu’il aji'ait invité à cette fête, en présence de l’arcbevéque de la ville, des comtes, des barons, deschevaliers etd’un nombreux vasselage. Là, les deux rois distribuèrent beaucoup de vêtements de cérémonie. Le roi d’Angleterre, par uneprodiga* lité libérale envers le roi d’Écosse, lui donna des chevaux précieux, des anneaux, des pierreries et di» vers autres présents. La fête dura trois jours , qui furent consacrés à de splendides festins , où l’on célébra une si grande solennité dans l'all^resse et dans la joie. Le quatrième jour, l’assemblée se sépara, et le roi d'Écosse retourna dans son pays, tandis que le roi d’Angleterre se dirigeait vers Londres. Il arriva à cette époque, dans la ville de Londres, que le jour de la Conversion de saint Paul, l’évéque de la ville [Roger] le Noir se tenant , la mitre en tête , devant le maître-autel de l’église cathédrale pour y célébrer les divins mystères , en présence du peuple de la ville réuni en l’bonneur du bienheureux Paul , le ciel se couvrit tout à coup de nuages si épais , et la clarté du soleil s’obscurcit tellement , que chacun dans l’é-
glise avait peine à reconnaître son voisin. ïoüs restant stupéfaits et croyant que c’était le jour du jugement dernier , un coup de tonnerre si épouvantable se fit entendre , qu'il sembla que l’église tout entière et ^immense clocher allaient s’écrouler sur la tête des assistants. Les nuages, en se heurtant au-dessus de l’église, laissèrent échapper un sillon de foudre tellement lumineux , que l'église parut intérieurement tout en lèu; en même temps une odeur fétide se fit sentir : elle était si peu supportable , que tous les assistants craignirent d’étre suffoqués. Mille personnes environ des deux sexes , qui se trouvaient dans l’église, croyant que leur dernier moment était venu, se précipitèrent en tumulte hors du lieu saint, se jetèrent consternées sur le sol , et restèrent quelque temps sans mouvement. Seul de toute cette multitHade, l’évêque , accompagné d’un diacre , demeura intrépide sous ses habits sacrés devant le maître-autel, attendant la volonté du Seigneur. La sérénité étant revenue , la foule commença à rejirendre courage, et rentra dans l’église, où l’évêque célébra le reste de la messe. Cet événement fut un sujet d’étonnement pour la ville, et tous craignirent qu’il ne pronostiquât quelque grand et terrible malheur. Cette même année, à l’époque du carême , l’empereur des Romains prévalut contre ses ennemis; il fit rentrer puissamment aous ses lois les chêteaux et les possessions qui appafTtenaient à l’empire. Ceux de ses adversaires dont il réussit à s’emparer dans ses châteaux, il les fit ou écorcher vifs, ou suspendre au gibet. Jean
de Brienne, son principal ennemi, et qui était le capitaine du pape, craignit de tomber entre les mains de Frédéric , et se sauva en France , son pays natal, accompagné de ses mercenaires que le seigneur pape avait enrichis en dépouillant les religieux, et engraissés avec le butin fait sur les pauvres. Alors, par la médiation d'amis communs et de religieux , une trêve fut conclue entre le seigneur pape et l’empereur jusqu’à ce qu’on parvînt à une paix définitive. Vers le même temps, Guillaume de Brause, seigneur illustre et puissant, fut pendu par ordre de Léolin, prince de Galles, au mois d’avril. On prétend que Léolin l’avait surpris en adultère avec sa femme.
Vers le même temps , le roi exigea que les archevêques , Tes évêques , les abbés et les prieurs , dans toute l’Angleterre , lui donnassent une grosse somme d’argent, à l’aide de laquelle il pût recouvrer, dans les provinces d’outre-mer, les possessions enlevées à son père. Les bourgeois de Londres furent aussi taxés à une forte contribution pour le même objet. Les juifs, bon gré mal gré, durent payer au roi, sans délai , le tiers de tous leurs biens.
Le boi d’Angleterre débarque en Bretagne. — Divisions PARMI LES BARONS FRANÇAIS. — ÉcLIPSE DE SOLEIL.
— Faits divers. — Haine des barons contre le comte DE Champagne. — Le jour de Pâques, le roi d’Angleterre , Henri , rassembla à Reading une nombreuse armée , composée de tous les seigneurs du royaume qui lui devaient service militaire, et d’une foule con-
sidérable venue de pays divers. De là , il leva suii camp et partit pour Porstmouth , où il s'embarqua la veille des calendes de mai avec des forces redoutables. Grâce à l'habileté de scs pilotes, le roi aborda à Saint-Malo le cinquième jour avant les noues de mai. Une partie de l’armée, ne pouvant suivre le roi, aborda en divers lieux ; mais tous , guidés par le Seigneur, réussirent à rejoindre le roi en Bretagne, sans avoir éprouvé ni accident ni dommage. Le comte de Bretagne reçut le roi avec respect et honneur ; il lui ouvrit les portes de ses forteresses et de ses châteaux. Une foule de nobles Bretons vinrent le trouver, lui Grent hommage et lui Jift’èrent Gdélité. Cependant André de Vitré (?) et quelques autres seigneurs en petit nombre dédaignèrent de reconnaître le roi d'Angleterre, garnirent leurs châteaux de provisions, et se préparèrent vigoureusement à la guerre. Le roi de France, ayant eu la certitude de l’arrivée du roi d’Angleterre , réunit de son côté une armée nombreuse, et se rendit à Angers , enseignes déployées et boucliers brillants au soleil. Il y campa, et résolut de s’arrêter en cet endroit pour fermer au roi d’Angleterre l’entrée dans le Poitou. Tandis que le roi d’Angleterre attendait à Nantes de puissants renforts d’hommes d’armes qui devaient lui arriver de divers côtés, le roi de France, avec ses troupes, assiégea une place de peu d’importance, qu’on appelle Oudon, et qui est éloignée de Nantes d’environ quatre lieues ; il s’en empara sans peine, la détruisit, et retourna à Angers. Cette même année eut lieu une éclipse de so-
leil la veille des ides de mai , le joui’ des Rogations , troisième férié. Contre l'habitude , cette éclipse arriva au point du jour, aussitôt après le lever du soleil ; en sorte que les laboureurs et autres , qui avaient commencé leurs travaux pour leurs seigneurs, les abandonnèrent à cause de l'obscurité qui détenait profonde , et regagnèrent leurs lits pour s'y recoucher. Enfin , après l’espacé d’une bonne heure ' , le soleil, à leur grand étonnement, recouvra sa splendeur accoutumée. Vers le même tempis, le duc de Saxe, cousin du roi d’Angleterre, vint en Angleterre, où il fut reçu honorablement par les bourgeois de Londres. Ce duc était un ^omme d’une taille si extraordinaire, qu’on venait le voir avec surprise, comme un géant qu’on montre en spectacle , et qu’il était l’objet d’un empressement curieux.
Acetteépoqoe,presquetouslesseigneuf8deFrahée étaient en guerre les uns avec les autres. Le duc de Bourgogne, le comte de Boulogne, le comte de Dreux, le comtede Mâcon, le comtede Saint-Paul, tecomte de Bar, Enguerrand de Coucÿ, Robe'rt de Courtenay, et beaucoup d’autres qui passaient pour être les amis et alliés du roi d’Angleterre dt du comte de Brétégéé Henri avaient déclaré la gùeare aUx domtes de Chainpagneet de Flandre.Tousces seigneurs ayant adcciUpli au siège d’Angers leurs quarante jours de service militairej obtftident congé du roi de France et revinrent dans leursterres. Leroi ne pouvant les retenir lessuivil
* Je ne puis comprendre Horn cusiodiia.
afin d’empécher, s’il était possible, la discorde prête à éclater; mais il ne put en aucune façon les ramener à la paix, elles susdilsseigneursenlrèrenlsur les terres du comte de Cliampagneetsemirenlà les dévaster par le fer et par le feu. Le comte de Champagne marcha à leur rencontre avec un gros corps d’hommes d’armes et leur livra une bataille en plaine. Mais les seigneurs lui opposèrent une vigoureuse résistance à lui et à ses troupes, prirent et enfermèrent deux cents deses chevaliers et en tuèrent treize. Le comte de Champagne, s’apercevant de la déroute et se voyant abandonné deses compagnons d’armes, quitta le champ de bataille et prit la fuite ; les ennemis le poursuivirent vivement. Ils passèrent au fil de l’épée tous ceux qu’ils purent atteindre, et ils ne s’arrêtèrent que quand le comte, dans sa course rapide, se fut mis à l’abri derrière les portes de Paris. Alors ils jugèrent à propos de revenir sur leurs pas ; rentrés en Champagne, il la pillèrent en tous sens, rasant les châteaux et les forteresses, mettant le feu aux villes et aux villages, coupant les vignes et les arbres fruitiers, et n’épargnant dans leurs ravages que les églises seulement. Le prétexte de cette animosité des seigneurs contre le comte, c’est qu’ils l’accusaient de trahison et de lèse-majeslé , prétendant qu’il avait tué par le poison, au siège d’Avignon, son seigneur le roi Louis, afin de satisfaire son amour criminel pour la reine. Ces mêmes seigneurs avaient souvent déposé leur plainte dans la cour du roi de Fftnce et en sa présence, offrant de convaincre ledit comte par le moyen
HENRI III
du duel; mais leur demande avait toujours été repoussée par la reine, qui réglait souverainement toutes les affaires de l’état, à cause de la grande jeunesse et de l’inexpérience du roi. C’est pourquoi ils s’étaient soustraits à l’obéissance du roi et de la reine, et s’étaient mis à troubler par la guerre le royaume de France : car ils s’indignaient d’avoir pour souveraine une femme dont la coucbe, disait-on, avait été souillée * tant par le comte de Champagne que par le légat Romain, et qui avait transgressé les devoirs de la pudeur imposés à une veuve.
Révolte des Irlandais. — Ils sont battus ; leur roi
FAIT PRISONNIER. —TRAHISON DE QUELQUES SEIGNEURS FRAN- ÇAIS. — Henri III reçoit l’hommage de la Gascogne.— Réconciliation entre l’empereur Frédéric et le pape. — Paix ENTRE le roi de France et ses barons. — Retocr d’Henri 111 en Angleterre. — Courses des seigneurs anglais en Anjou . — Cette même année, au mois dejuillet, le prince irlandais de Conuaugt ayant appris que le roi d’Angleterre et Guillaume Maréchal faisaient une expédition guerrière dans les provinces d’outre-mer, et n’avaient laissé que fort peu detroupes dans la province d'Irlande, rassembla une armée nombreuse , espérant parvenir à chasser la race anglaise du sol de l’Irlande. Étant donc entré à main armée sur les terres du roi, il se livra aux rapines, aux dévastations et à l'incendie. Cette invasion étant venue aux oreilles de Geof- « *
' Tarn dicti comUisqiiam legaii Romani semine poUula. Est-il besoia de justifier la mère de saiut Louis d’une pareille calomnie?
froi du Marais qui faisait dans ce pays les fonctions de justicier au nom du roi, il s’adjoignit Gaultier de Lascy et Richard de Boui^, et marcha intrépidement avec une forte armée à la rencontre des ennemis. Il partagea ses troupes en trois corps ; il donna le commandement des deux premiers à Gaultier de Lascy et à Richard de hourg, se réservant de conduire le troisième. Puis disposant en bataille les deux corps d’armée que commandaient Gaultier et Richard, il les cacha dans une forêt par où les ennemis devaient passer, et dressa ainsi une adroite embuscade. Avec le troisième corps qu’il conduisait, il résolut d'aller attaquer de front les Irlandais et de les provoquer à une bataille en plaine. Les ennemis ayant paru et u’ayant aperçu qu’un seul corps de l’armée anglaise, s’élancèrent au combat avec la certitude de la victoire ; mais les Anglais feignirent de prendre la fuite jusqu’à ce qu’ils eussent amené au lieu de l’embuscade les ennemis qui les poursuivaient. Alors les troupes cachées sortirent de leur retraite en faisant retentir l’air de leurs cris. Elles attaquèrent les Irlandais par derrière et en flanc, tandis que ceux ^ui avaient fui d’abord tournaient Ijride et les assaillaient de front. On en fit un horrible carnage. On rapporte que les Irlandais perdirent vingt mille guerriers dans cette journée : leur roi fut pris et détenu sous bonne garde. Vers le même temps, Foulques Paganel',
' Le père d'Orléans le nonmie Foulques Paisnel , et admet cette conjuration comme réelle. En effet, les Normands étaient tiers encore de leur ancienne autorité, et il est probable qu’ils accueillirent avec fa-
UI£!NRI ill.
uoble seigneur de Normandie, et Guillaume son frère, quittèrent leurs châteaux et leurs terres, vinrent trouver en Bretagne le roi d’Angleterre, lui jurèrent fidélité et lui firent hommage. Ils amenaient avec enx soixante chevaliers, hommes hraves et puissants dans le pays, qui tous conseillèrent -au roi d’entrer à main année en Normandie, lui donnant comme certaine la soumission de la province.^' Le roi se serait prêté volontiers à ce projet ; mais Hubert de Bourg s’y opposa et déclara qu’il y aurait danger de toutes façons. Les chevaliers dont nous avons parlé entendant cette réponse, conjurèrent instamment le roi de leur adjoindre deux cents chevaliers de son armée, avec lesquels ils entreraient en Normandie ; s’engageant de la manière la plus formelle à chasser du sol
Tear mie entreprise qui ranimait les souvenirs de leur gloire nationale.
Il Quoique le joug du roi fût léger, » dit Guillaume Breton dans Sa Philippide , « la Neustrie s’indigna longtemps d’être soumise , et cependant,
H voulant être bon pour ceux qui lui souhaitaient du mid , Philippe n’a- « bolit pas leurs anciennes lois , et ne leur donna pas lieu de se plaindre « d’être gênés par des coutumes étrangères, n Dans le camp même des rois de France, les soldats normands répétaient qu’aucun Franjais n’avait jamais égalé leibi Iticbard au cœur de lion. Toutefois il ne faudrait , pas s’exagérer ce mécontentement: la massa de la population normande, comme l’a si justement remarque M. Aug. Thierry, tendait déjà, vers 4230 , à se rapprocher plutôt de la France que de la nation anglaise dont la séparaient les rivalités commerciales. En outre, la politique de Blanche de Castille, qui dirigeait à prix d’or la conduite des favoris de Henri III, avait surtout pour but d’Ater aux Anglais tout point' d’appui en France. C’est ainsi qu’elle avait gagné à son parti Kobert de Dreux, frère atué de Mauelero, en le dédommageant amplement des possessions qu’il tenait en Angleterre. 'Saint Louis devait trancher plus tard etdéfinitivement la question du double hommage.
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AiNNEE 1250.
tie Normandie toute la race des Français. Le grand jnsticier Hubert s!opposa de nouveau à cette proposition, et assura au roi qu'i I ne convenait pas à sa gloire d'envoyer de gaieté de cœur ses chevaliers à la mort. Ainsi cette tentative des seignenrs normands tourna à leur grand désavantage : car le roi de France les déshérita sur-le-champ, et rangea sous ses lois, sans qu'ils pussent résister, leurs châteaux et tout ce qui était à eux.
Cela fait, le roi d'Angleterre, sur l’avis d’Hubert de Bourg, se mit en roule aveesbn armée, et passa de Bretagne en Poitou en traversant l'Anjou. Il pénétra ensuite en Gascogne, où il reçut les hommages des seigneurs et pourvut à la sécurité de la province; puis il revint dans le Poitou, où il reçut aussi de nombreux hommages. Dans cette expédition, le roi assiégea le château de Mirebeau et s’en empara, grâce au louable courage des Anglais, qui, par des assauts furieux et répétés, triomphèrent de la résistance des assiégés, qu'ils emmenèrent prisonniers en se retirant. Vers le même temps, au mois d'août, le seigneur pape Grégoire, et l’empereur des Romains Frédéric, sous la médiation d'amis communs et de féaux serviteurs, se réconcilièrent. Ledit emjpereur se rendit à Rome, où il reçut l'absolution, tout en restant maître des possessions impériales qu’il avait reconquises en entier. Le souverain pontife et le très-souverain Anpereur mangèrent à la même table, pendant trois jours, dans le palais dudit pape ; à la grande joie des cardinaux et des potentats de l'empire qui avaient désespéré III. 29
delà paix, et qui la voyaient siheureuseniefit conclue. Vers le même temps, Rànuif, comte'de Chester, fort tifia un château près de Saint-Jean de Beveron, qui appartenait de droit héréditaire à la comtesse sa femme : il le garnit de chevaliers, de vivres et d'armes. Le comte de Bretagne Henri lui avait restitué cé château, lorsqu'à l'époque de son alliance avec le roi d’Angleterre , il avait recouvré de la munificence du roi toutes ses possessions dans le royaume.
Vers le même temps, au mois de septembre, le roi de Fraiice et la reine sa mère se réunirent dans ^ une conférence avec les honorables hommes et seigneurs de ce royaume, qui, après la mort du roi Louis, s’étaient fait la guerre entre eux, comme nous l’avons dit plus haut. On y traita de la paix, et il fut convenu ce qui suit : Les seigneurs susdits stipulèrent, d’un commun accord, que le comte de Champagne, principal auteur de cette discorde, prendrait la croix et partirait pour la Terre-Sainte , afin d’y combattre, avec cent chevaliers , contre les ennemis de Jésus crucifié. De leur côté, le roi de France et sa mère jurèrent, la main sur les très-saints Évangiles, de rendre à chacun son droit, et de juger tous les hommes du royaume selon les bonnes coutumes et la juridiction applicable à chacun.
Cependant le ,roi d’Angleterre restait près de Nantes avec son armée, occupé seulement à dépenser des sommes énormes. Or les comtes et les barons, à qui le grand justicier Hubert ne permettait pointée se servir de leurs armes contre des ennemis , passé-
rent leur temps dans les repas, selon la coutume anglaise, s'abandonnant à l’intempérance et à l’ivresse, comme s’ils célébraient les fêtes de Noël. Parmi eux, ceux qui ‘étaient pauvres, après avoir mangé tous leurs biens, vendirent jusqu'à leurs chevaux et à leurs armes, se réduisant à la misère pour le reste de leur vie. Vers le même temps, Haymond de Bourg, neveu d’Hubert de Bourg, chevalier illustre et brave, était allé se promener, par hasard, au bord de la Loire, monté sur un* magniPique cheval. Poussé par un fatal destin , il entra dans l’eau ; mais lorsqu’il voulut regagner le rivage, qui était fort escarpé en cet endroit, son cheval tomba en arrière, et entraîna son cavalier , qui se noya misérablement. En- Bn le roi d’Angleterre, au mois d’octobre, disposa tout ce qui était nécessaire pour son départ. Il détacba de son armée et laissa, pour garder le pays, cinq cents chevaliers et mille sergents soldés qu’il mit sous le commandement du comte de Chester Ranulf, de Guillaume [Maréchal?], du comte d’Albemarle Guillaume , ainsi que de quelques autres guerriers d’élite, expérimentés (Taps la guerre. Alors le roi s’embarqua, et après une traversée orageuse, aborda à Portsmouth, le 7 avant les calendes de novembre : beaucoup d’argent dépensé , une foule de nobles morts, soit par le fer, soit par la maladie, soit par la faim, ou réduits à la dernière pauvreté, tels furent les résultats de l’expédition. Le roi, à son arrivée, vit venir à sa rencontre des gens de diverses professions, qui lui offrirent des présents. Gilbert, comte
(le Clare et de Glocesler , étant mort à son retour d’outre-mer, le roi investit le grand justicier Hubert de la garde des terres et des possessions du défunt.
Après que le roi eut quitté les provinces du continent, le comte de Chester et les autres chefs de l’armée royale conduisirent leurs troupes dans l'Anjou, et y firent des couràes qui durèrent quinze jours. Ils s'y emparèrent du château de Gonnord, qu’ils rasèrent, et brûlèrent le bourg. Ils s’emparèrent aussi de Château-Neuf sur la Sarthe, ]e rasèrent et livrèrent le bourg aux llammes ; puis ils revinrent eu Bretagne avec un butin et des dépouilles considérables. Peu après, ils entrèrent à main armée en Normandie, s’y emparèrent du château de Pontot^on, le rasèrent et livrèrent la bourgade aux flammes ; puis ils rentrèrent en Bretagne sans avoir perdu aucun des leurs. Cette môme année, eut lieu une éclipse de lune, sans qu’elle' perdit tout à fait sa clarté. Cette éclipse dura trois heures environ, le '10 avant les calendes de septembre, le jour de la lune étant XIII.
Exaction de l’ssccage.— 'Discorde entre le roi et l’ ARCHEVÊQUE DE CaNTOBBÉRY. — INVASION DES GaLLOIS.
— Sanglantes retrésailles. — Départ du roi pour le PAYS DE Galles. — Punition des moines de Chirrurt.
— Reconstruction du chateau de Mathild]^ — L’an du Seigneur -125d , le roi d’Angleterre, Henri, tintsa cour à Lambeth, aux fêtes de Noël; Hubert, grand justicier d'Angleterre, fournit à toutes les largesses royales. Ensuite, le septième jour avant les calendes
Diy i; . ■ , Gi'.iÿle
de février, le roi convoqua à Weslmiiisler les prélats et les autres sei{];neur8 du royaume : dans celte assemblée, le même roi exi[][ea, à titre d’escuage, IrcAs marcç pour chaque bouclier, payables par tous ceux qui tenaient des baronnies, tant laïques que prélats. Richard , archevêque de Cantorbéry , et quelques évêques avec lui, résistèrent courageusement à celte demande , et dirent que les ecclésiastiques n'étaient pas tenus de se soumettre au jugement des laïques, puisque l’escuage avait été accordé dans les provinces ■d’oulre-mer sans leur participation. Enfin, après de grandes discussions de part et d’autre, l’affaire, en ce qui concernait du moins les prélats réclamants, reçut uii délai qui fut ûxé à quinze jours après Pâques. Tous les autres, tant laïques que clercs et prélats, accédèrent volontiers à la demande du roi.
Vers le même temps, Richard, archevêque de Cantorbéry, vint trouver le roi, et se plaignit à lui de son justicier Hubert, qui détenait injustement le château et la ville de Tunbridge avec leurs dépendances, ainsi que quelques autres terres du comte Gilbert de Clare, récemment mort. Ces possessions, disait le prélat, étaient du domaine de rorebevêque et de l’église de Cantorbéry. Aussi ledit comte Gilbert et ses prédécesseurs avaient-ils été tenus de reconnaissance et d’hommage envers lui et envers ses prédécesseurs. Par ces motifs , il suppliait le roi de lui restituer la garde dudit château et de ses dépendances , et de maintenir inviolés les droits de Cantorbéry. A cela le roi répondit : « Le comte de Clare tenait de moi en
HENRI iir.
« chef : les gardes vacantes des comtes , des barons « et de leurs héritiers appartiennent à ma couronne •'^jusqu’à l’âge de majorité. Je puis donc disposer Il de ces gardes comme bon me semble, le» rendre « ou les conférer à qui je veux. » L’archevêque, ne pouvant obtenir d'autre réponse, excommunia tons les envahisseurs des possessions susdites, et tous ceux, excepté le roi , qui auraient commerce avec eux. Alors, pour cette raison et pour plusieurs autres, il se rendit à Rome afin d'y défendre son droit et celui de son église. Le roi, de son côté, envoya à Rome, pour" y plaider sa cause , maître Roger de Canteloup et quelques autres messagers. Vers le même temps, au mois d’avril, après la solennité de Pâques, Richard, frère du roi, épousa Isabelle , comtesse de Glocester, sœur de Guillaume Maréchal , comte de Pembroke. Les fêtes des noces étaient à peine terminées, que ledit comte Guillaume, homme fort expérimenté dans la guerre, expira au grand regret de plusieurs, et fut enterré à Londres , dans le Temple-Neuf, auprès de son père, le dix-septième jour avant les calendes de mai. Le roi , qui avait eu pour lui une amitié inaltérable, ayant appris sn mort et ayant vu leêorps de Guillaume couvert du drap funèbre, poussa un profond soupir et s’écria : « Malheur, malheur à moi!
« Le sang du bienheureux martyr Thomas n’est pas « encore complètement vengé. »
Dans cè même mois de mai, les Gallois, sortant de leur retraite, dévastèrent par les flammes la terre qui avait appartenu à Guillaume de Branse. Mais le
roi d -Angleterre, se dirigeant de ce côté avec quelques troupes, 'ils rentrèrent, selon leur coutume, dans leurs tanières. Alors le roi revint du côté du midi, et envoya dans le pays de Galles le grand justicier Hubert pour réprimer leurs incursions. Les Gallois ayant appris le départ du roi , recommencèrent aussitôt leurs brigandages, et s'approchant du château de Montgomery, désolèrent tout le canton environ-^ nant. Les chevaliers préposés à la garde dudit château en étant instruits, ne voulurent pas qu'ils pussent ainsi parcourir le pays librement et sans obstacle; ils marchèrent en bataille à leur rencontre, leur fermèrent la route de la retraite, en prirent un grand nombre, et tuèrent les autres. Ceux qui avaient été pris vivants furent conduits devant le grand justicier, qui les fit tous décapiter, et qui ordonna que leurs têtes fussent présentées au roi. Léolin voulant venger les siens , réunit une armée nombreuse , et commit les plus affreux ravages sur les terres et possessions des barons qui habitaient les marches du pays de Galles. 11 n’épargna ni les églises ni les ecclésiastiques , et brûla avec les églises elles-mêmes quelquesiiobles dameset quelques jeunes lillesqui avaient cherché un refuge dans ces églises , afin d’y être en paix et en sûreté.
Lorsque cet énorme attentat fut parvenu aux oreilles du roi , il réunit de grandes forces à Oxford , le troisième jour avant les ides de juillet. Toute la noblesse d’Angleterre , tant laïque qu’ecclésiastique, fiant rassemblée en cette ville, tous les évêques et
HENRI III
prélats des égtises anathéinatisèrent , en présence dn roi, Léolin et ses complices, pour avoir incén<lié les* dites églises. Cela fait , le roi se mit en route avec son armée , et se porta par une marche rapide sur la ville d’Héreford. En ce moment, Léolin se tenait avec son armée non loin du château de Montgomery, dans une plaine marécageuse, bordée par un de ces ravins ^qui servent à Fécoulement des eaux. Là il tendait de trompeuses embûches aux chevaliers dudit château. En effet , on prétend que Léolin envoya à Montgo. meryun frère qui faisait partie d’une abbaye voisine, appartenant à l’ordre de Citeaux et nommée Chirbury (?|. Lorsque les chevaliers virent ce religieux s’avancer de leur côté, ils sortirent pour s’entretenir avec lui , et lui demandèrent s’il avait entendu parier du roi Léolin. Le moine répondit , qu’il l’avait vu avec peu de monde dans la prairie voisine , où il ai* tendait un renfort d'hommes d’armes. « Pouvons- • nous , reprirent les chevaliers , traverser en sù- « reté le ravin et les marécages, nous et nos chevaux. « — Le pont qui conduisait les voyageurs au delà du « ravin, dit le moine, a été rompu par Léolin qui re- « doutait votre attaque; néanmoins, vous pourrez,
« quand vous le voudrez , traverser à cheval et sans « rien craindre le ravin et la prairie. Quelques cava- « tiers suffiraient pour vaincre et mettre en fuite les « Gallois. » Sur ces mots, Gaultier de Godervillc, gouverneur du château , ajouta foi aux fausses assertions du moine, et donna ordre à ses compagnons d’armes et aux sergents de s’armer à la hâte. Ils moû-
lèrent à dieval el arrivèrenl au lieu désigné. Les Gallois, les voyant accourir rapidement, se dirigèrent par une fuite simulée vers une forêt qui était près de In. Aussitôt les gens du château lancent leurs chevaux à la poursuite des ennemis; mais ces chevaux enfoncent jus(|u'au ventre dans le terrain fangeux du ravin et de la prairie, dont les premiers arrivants ne peuvent se tirer : ceux qui les suivaient, s'apercevant de la position critique de leurs compagnons, ne peuvent que gémir sur le sort qui est réservé à ces malheureux. En effet, les Gallois, voyant leurs ennemis enfoncés dans la boue reviennent sur eux avec fureur, et à coups de lances ils massacrent impitoyablement hommes et chevaux hors d’état de remuer. Alors s’engage un combat terrible, où des deux parts beaucoup de guerriefs trouvent la mort; mais enfin la victoire reste aux Gallois. En cette occasion , Gilles , fils de Richard d’Argentan , brave chevalier, fut fait prisonnier ainsi que quelques autres dont les noms moins fameux ne sont point parvenus jusqu’à moi.
Lorsque le désastre arrivé aux chevaliers dont nous venons de parler eut été annoncé au roi , il se rendit en toute hâte avec un corps de troupes à l’abbaye, dont faisait partie ce traître religieux qui avait trompé les susdits chevaliers. Pour se venger de cette perfidie, il livra au pillage et aux flammes une grange * qui
' 11 faat entendre ici par grange une vaste maison des champs exploitée par des colons et par un bailli , sous la surveillance d’un moine, lequel recueillait les provenances de la terre au profit de l’abbaye, et les dépo-
HtINRI III.
apparlenaità cette abbaye; il dépouilla semblablement l'abbaye elle-même, et ordonna qu'on la brûlât tout entière. Mais l'abbé du lieu , désireux de sauver des édifices construits à {][rands frais, donna trois -cents marcs au roi, dont cette somme apaisa l'indignation. Après cela , le roi fit réédifier le château de Mathilde dans le pays de Galles, qui avait été détruit anciennement par les Gallois; il le fit construire en pierres de taille bien cimentées, et quand l’ouvrage fut heureusement achevé , non sans de fortes dépenses , le roi mit dans cette place une garnison de chevaliers et de vassaux, chargés de réprimer les incursions des Gallois.
Le roi de France tombe dans one embuscade. — Trêve entre la France et l’Anglbterre. — Faits DIVERS. — Richard Marécual succède a soS frère Guillaume. — Vers le même temps , au mois de juin , le roi de France rassembla une armée nombreuse, afin de soumettre la Bretagne armoricaine. Lbrsque Henri, comte de Bretagne, et Ranulf, comte de Chester, qui commandaient les forces du roi d’Angleterre dans ce pays, eurent appris l’arrivée du roi, ils lui tendirent une embuscade, et étant venus l'assaillir par derrière, ils s’emparèrent des cbariolset des voitures qui étaient chargés d’armes , de provisions et de machines de guerre , brûlèrent bagages et machines, et firent leur profit d’une soixantaine
sait dans les greniers et les celliers. De là ce moine surveillanl était appelé prieur de la grange , et la grange elle-même prieure.
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fîe chevaux de prix. Alors les Français, voyant que la Bretagne était en quelque sorte inexpugnable, et n'augurant pas bien de ce mauvais succès au commencement de leur expédition , eurent recours à la paix : du consenlement de l'arcbevéque de Reims et de Philippe, comte de Boulogne, agissant au nom du roi de France, et des comtes de Bretagne et de Chester, agissant au nom du roi d'Angleterre , une trêve de trois ans fut conclue et confirmée par serment entre les deux rois, le troisième jour avant les nones de juillet. Dans ce même mois de juillet, Pierre, évêque de Winchester, ayant glorieusement accompli dans la terre de promissiou son pèlerinage, qui avait duré près de cinq ans, revint en Angleterre , et fut reçu en procession solennelle dans son église cathédrale, aux calendes d'août. Vers le même temps , après la conclusion de la trêve, le comte de Bretagne et le comte de Chester, ainsi que Richard Maréchal, vinrent en Angleterre des provinces du continent. Ils allèrent rejoindre, dans le pays de Galles, le roi qui était encore occupé à construire le château de Mathilde, et ils firrent reçus honorablement par lui. Richard Maréchal s'étant présenté au roi , comme l’héritier de son frère Guillaume Maréchal , offrit au roi de lui faire hommage pour son héritage , et de remplir toutes les formalités auxquelles il était tenu pour être mis en possession de ses biens. Le roi, d'après l’avis de son conseiller, le grand justicier Hubert, répondità Richard, qu’ilavail