‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 2 sur 30 · AN^EE · texte numérisé non relu

AN^EE

le procès sera terminé. <18. Toutes les coutumes et libertés susdites que nous accordons ici pour être observées dans le royaume à l’égard des rapports entre nous et nos vassaux , seront observées de même par tous dans le royaume tant clercs que laïques, à l’égard des rapports entre eux et leurs tenanciers.»

« Or, comme nous avons accordé toutes ces libertés en vue de Dieu et pour la reformation de notre royaume, nous voulons les maintenir en pleine et entière stabilité ; et, afin d’assoupir complètement la discorde survenue enti% nous et nos barons, nous leur donnons et octroyons les garanties qui suivent : Les barons choisiront vingt-cinq barons du royaume, ceux qu’ils voudront, qui devront observer, maintenir, et faire observer la paix et les libertés que nous leur avons accordées, et que nous avons confirmées par la présente charte; en sorte que si nous avons lésé quelqu’un en quelque chose ^ soit par nousmérnes , soit par notre justicier, ou si nous avons violé l’un des articles de la présente paix et sécurité, et que le tort soit prouvé à quatre barons parmi les vingt-cinq, ces quatre barons viennent vers nous, ou vers notre justicier, dans le cas où nous serions hors du royaume, et, nous remontrant la transgression, nous demandent de donner sans délai réparation. Si nous ne corrigeons pas ledit abus (ou du moins notre justicier, dans le cas où nous serions hors du royaume) dans l’espace de quarante jours, à partir du moment pù le fait nous aura été déféré, les quatre barons susdits pourront porter l’alTaire devant

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les vin^t et un barons restant, et alors ces barons, à l'aide de la commune du pays , nous contraindront et nous molesteront de toutes les manières possibles ; par exemple, en s'emparant de nos châteaux, de nos terres, de nos possessions, et par autres manières qu'ils pourront, jusqu'à ce que la réparation qui leur semblait convenable ait été faite ; sauf toutefois notre personne, celle de la reine notre femme, et celles de nos enfants. Quand réparation aura été faite, iis veilleront sur notre conduite comme auparavant. Quiconque voudra tenir une terre jurera que, pour l'exécution de toutes les choses susdites , il obéira aux ordres des vingt-cinq barons, et qu'il nous molestera de concert avec eux selon son pouvoir. Et nous donnons publiquement et librement permission de prêter ce serment à quiconque le voudra faire, et jamais nous ne défendrons à personne de jurer pareille chose. S’il arrive que parmi nos propres vassaux il y en ait qui, de leur plein gré, veuillent jurer aux vingt-cinq barons de s’unir à eux pour nous contraindre ou nous molester, nous les mettrons à même de faire ce serment , selon qu’il est dit plus haut. Si , relativement aux différentes choses dont l’exécution est confiée aux vingt-cinq barons, il s'élevait dissension entre eux sur quelque point , ou que quelques-uns d’entre eux ayant été sommés u'aient point voulu, ou n’aient point pu assister à la délibération, on regardera comme bon et valable ce que la majeure partie d’entre eux,aura décidé et ordonné , aussi bien que si les vingt-cinq avaient tous

consenti. Les vingt-cinq barons devront jurer d’observer fidèlement , et de faire observer, selon tout leur pouvoir, les articles plus haut spécifiés. Nous ne tenterons d’établir, ni par nous ni par d’autres, rien de ce qui pourrait ou révoquer ou affaiblir quelque point des présentes concessions et libertés; et s’il advenait quelque chose de pareil , ce serait regardé comme nul et non valable , et nous, n’en tirerions profit ni par nous ni par d’autres. Nous remettons pleinement à tous , et pardonnons tous les mauvais desseins, griefs ou sujets de ressentiment qui peuvent s’étre élevés entre nous et nos hommes , tant clercs que laïques, depuis l'époque de la discorde. Et pour mieux nous lier nous-mêmes, les quatre châtelains de Northampton , de Kenilworth , de Nottingham et de Scarborough, s’engageront par serment, envers les vingt-cinq barons, à faire , concernant les susdits châteaux, ce que la totalité ou la majorité des vingtcinq barons leur recommandera et ordonnera. Que dans ces châteaux soient toujours établis des châtelains qui soient fidèles et ne veuillent pas transgresser leur serment. Nous renverrons du royaume tous les étrangers, tous les parents de Gérard de Atbies, à savoir : Ingelard , André et Pierre, Guy de Chanceles, Guy de Ciguini , l’épouse dudit Gérard avec tous ses enfants, Oeoffroi de Martenni et ses frères, Philippe Marci ‘ et ses frères, Guy, son neveu, Folcaise, ainsi que tous les Flamands et routiers qui sont préjudi-

‘ Lnc Tariantc l'nppelle Diircy,

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ciabies au royaume En outre, noua remettons plei- , nement à tous les clercs et laïquesj pardonnons pleinement, autant qu’il est en nous, tous les excès commis à l’occasion de cette discorde, depuis la fête de Pâques de l’année dernière., qui était la seizième de notre règne, jusqu’au rétablissement de la présente paix. De plus, en témoignage des garanties données aux concessions spécidées plus haut, nous voulons qu’il soit dressé des lettres-patentes par le seigneur Etienne , archevêque de Cantorbéry, par le seigneur Henri, archevêque de Dublin, parle seigneur Pandolphe, sous-diacre et familier du seigneur Pape, et par les évêques susdits. Nous voulons aussi et ordonnons formellenient que l’église anglicane soit libre, et que tous les hommes de notre royaume aient et tiennent toutes les libertés , coutumes et droits susdits, bien et en paix,, librement et tranquillement, pleinement et entièrement, pour eux et pour leurs

' Ce décret d’expulsion fut accueilli avec grande joie par les habitants de l’Angleterre sans distinction d’origine ; mais on doit croire que les Saxons surtout prêtèrent main forte à l’ei^écution de cet arrêt. Apres avoir contraint les étrangers de s’enfuir, on pilla leurs domaines, i Les paysans t arrêtaient sur les routes tous ceux que le bruit public , soit è raison,

« soit è tort, désignait comme étrangers. Ils leur faisaient prononcer des « mots anglais ou quelques paroles du langage mixte qui' servait aux « barons normands dans leurs communications avec leurs serfs on leurs , « domestiques, et lorsque le suspect était convaincu de ne parler ni saxon < ni anglo-normand, on de prononcer ces deux langues avec l’accent du • midi de la Gaule, on le maltraitait, on le dépouillait, on l’emprisont nait sans scrupule, qu’il fût chevalier, religieux ou prêtre, etc. •

M. Ang. Thierry , è qui nous empruntons cette citation, s’appuie sur un passage de Matt. Péris que nous ne trouvons pas dans le texte.

ANNÉE i215.

liériliers, de dous et de nos héritiers, en tous objets et lieux , à perpétuité , selon qu’il est dit. Enfin , il a été juré, tant de notre côté que du côté des barons, que nous observerions toutes les conventions susdites de bonne foi et sans mal engin : témoins les personnes plus haut nommées et beaucoup d’autres. Donné de notre main , au pré qu’on appelle Runnymead , entre Staines et Windsor, le quinzième jour du mois de juin, l’an dix-septième de notre règne. » Cette même année aussi, le roi Jean accorda les libres élections à toutes les églises d’Angleterre pour se concilier encore plus l'affection des prélats et des seigneurs. Le roi, les seigneurs et les prélats, de concert, s’engagèrent à faire confirmer par le pape cette dernière charte et concession , en sorte que , pour plus grande sûreté, la charte royale fut insérée dans la confirmation papale, et que le sceau du pontife y fut apposé. Les vingt-cinq barons choisis furent : le comte de Clare, le comte d’Albemarle, lecomtode Glocester, le comte de Winchester, le comte de Hereford, le comte Roger, le comte Robert, le comte .Maréchal le jeune, Robert, fils de Gaultier (le père), Gilbert de Clare, Eustache de Vescy, Hugues Bigod, Guillaume de Mowbray, le maire de Londres , Gilbert de Ros , le constable de Chester, Richard de Percy, Jean, fils de Robert, Guillaume Malet, Geoffroi de Say, Roger de Mowbray , Guillaume de Huntinfeld , Richard de Muntficbet , Guillaume d’Albiny. Ces vingt-cinq barons jurèrent sur leurs âmes, avec l’agrément du roi, qu’ils observeraient lesditcs concessions de tous leurs ni. .>

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elTorls, et contraindraient le roi à les maintenir, si par basard il voulait revenir sur ce qu’il avait donné. Voici les noms de ceux qui jurèrent d’obéir aux ordres des vingt-cinq barons: le comte de Clare, le comte d’Arondel, le comte de Warenne, Henri Doili, Hubert de Bourç , Mathieu , fils d’Herebert, Robert de Pinkeni, Roger Huscarl, Robert de Neubourg, Henri de Pont-Audemer, Raoul de la Haie, Henri de Brantefeld,Guarin,filsdeGérold, Thomas Basset, Guillaume de Rokelant, Guillaume de Snintioham , Alain Basset, Richard de Redviers, Hugues de Benneval, Jourdain de Sacqueville , Raoul Musgard , Richard Sibflervast, Robert de Ropesie, André de Beauchamp, Gaultier de Dunstable, Gaultier F oliot, Falcaise * , Jean Maréchal, Philippe d’Albiny, Guillaume de Parc, Raoul de Normanville, Guillaume de Percy, Guillaume Agoilun, Enger de Pratest, Guillaume de Cirent, Roger delà Zouch, Roger, fils de Bernard, Godefroi de Cracumbe, qui tous jurèrent d’obéir aux ordres des vingt-cinq barons.

Le aoi Jean ordonne aux vicomtes do royaome de

FAIRE EXÉCCTER LA GRANDE CHARTE. — • ChARTE DD ROI AO SOJET DES ÉLECTIONS DE l’ÉGLISE : ELLE EST CONFIRMÉE

PAR DES LETTRES d’Innocent 111. — Après avoir octroyé ces deux chartes, le roi d’Angleterre Jean envoya dans tous les pays d’Angleterre ses lettres patentes, ordonnant formellement' à tous les vicomtes de son

* Le texte dit ici Fauhes, et c'est cette leçon que les historiens snglais ont généralement adoptée. On trouve aussi Foulques.

royaume de faire jurer aux liommes de leurs bailliages, de quelque condition qu’ils fussent, l’observalioii des lois et libertés susdites, et de leur faire prendre l’engagement d’obliger et de contraindre, selon leur pouvoir, le roi lui-même, en s’emparant de ses cbûteaux, à exécuter tous les articles, tels qu’ils étaient contenus dans la charte. Cela fait, beaucoup de nobles du royaume vinrent trouver le roi Jean, faisant valoir des prétentions sur des terres, des possessions et des gardes de châteaux; choses, disaient-ils, qui leur étaientdues de droit héréditaire. Mais le roi demanda un délai jusqu’à ce que de loyaux hommes eussent prouvé par serment ce qui revenait à chacun eu bonne justice ; et, afin de mener cette affaire à terme, il leur donna jour à tous pour le dix-sept avant les calendes d’août, à Westminster. Cependant il rendit à Étienne, archevêque de Cantorbéry, le château de Rochester, avec plusieurs autres , qui , d’après d’anciens droits, devaient être remis à sa garde. Alors l’assemblée fut rompue, et les barons revinrent à Londres avec les chartes susdites.

Le roi Jean, voulant donner à l’inviolable observation du traité, force, durée, et sécurité plus grande, envoya des députés au seigneur pape Innocent, pour le prier instamment de daigner être favorable à la pieuse concession et confirmation qu’il avait faite, et de la confirmer à son tour par acte scellé de son sceau. Comme Jean était devenu le vassal respectueux du pape, et un roi apostolique, il mérita que le pape ît droit avec empressement à sa demande dans les

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termes qui suivent : « Innocent, évéque, à tous ses vénérables frères elcbers fils les prélats d’églises établis en Angleterre, salut et bénédiction apostolique. Nous exaltons par de justes louai^es la magnibcence du Créateur, lui qui, admirable et terrible dans ses desseins sur les enfants des hommes, a souffert quelque temps que le souffle de la tempête se déchaînât comme en se jouant sur le sol de son jardin, c’est-àdire sur la terre, afin de nous montrer notre infirmité et notre insuffisance; lui qui, aussitôt qu'il l’a voulu, a dit au vent du nord : « Souffle; et au veut du midi : « Ne t’y oppose pas; » et qui, commandant aux vents, a calmé la mer en apaisant la tempête dans les airs , afin que les matelots arrivassent au port tant souhaité. En effet, une grave querelle s’agitait depuis longtemps entre la royauté et le sacerdoce en Angleterre, non sans grand péril et grand dommage, relativement aux élections des prélats; mais celui à qui rien n’est impossible, et qui souffle où il lui plait, a fait sentir sa coopération adorable, et notre très-cher Jean, l'illustre roi d'Angleterre, libéralement, de sa pure et spontanée volonté, par le consentement commua de ses barons, pour le salut de son âme et pour celui de ses prédécesseurs et successeurs, nous a fait cette concession confirmée par sa propre lettre, à savoir ; Que désormais dans chaque comme dans toute église et abbaye, cathédrale et conventuelle, de tout le royaume d’Angleterre, les élections de prélats, quels qu'ils soient, grands comme petits, seraient libres à perpétuité. Ayant donc cela pour bon et pour

valuble, nous confirmons, en vertu de l'autorilé apostolique, cette concession faite à vous et par vous à vos églises et à vos successeurs, selon le contenu des lettres du roi qui ont été sous nos yeux, et la fortifions par l'approbation du présent écrit. Cependant, pour la rendre plus stable et pour en perpétuer la mémoire, nous avons fait insérer dans les présentes les susdites lettres du roi dont voici la teneur :

« Jean, par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre, seigneur d’Jrlande, duc de Normandie et d’Aquiluine, comte d’Anjou , aux archevêques , évêques, comtes, barons, chevaliers, baillis, et à tous ceux qui ces lettres verront, salut. Puisque entre nous. et nos vénérables pères Étienne, archevêque de Cantorbéry, primat de toute l’Angleterre 'et cardinal delà sainte église romaine , Guillaume, évêque de Londres , Eusiache, évêque d’Ély, Gilles, évêque de Héreford, Jocelin, évêque de Bathetde Glaston, Hubert, évêque deLiucoln, pleine paix a été faite par la grâce de Dieu et par pure et libre volonté des deux côtés, sur les torts et dommages qu’ils avaient soufferts au temps de l’interdit, nous voulons non-seulement leur donner satisfaction autant que nous pouvons le faire selon Dieu, mais encore pourvoir salutairement et utilement, à perpétuité, à l’église anglicane tout entière. D’où il suit que, quelles qu’aient été les coutumes observées jusqu’ici dans l’église anglicane sous notre règne et sous le règne de nos pi’édécesseiirs; quelques droits que nous nous soyons arrogés jusqu'ici, â l’avenir, dans tonte et dans chaque église et abbaye.

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cathédrale el conventuelle de lout le royaume d’Angleterre, les élections de prélats, quels qu’ils soient, grands comme petits, seront libres à perpétuité ; sauf, pour nous et pour nos héritiers, la garde des églises et des monastères vacants, qui sont de notre ressort. Nous promettons, en outre, que nous n’empêcherons, ni ne permettrons, ni ne ferons en sorte que les nôtres empêchent que, dans toute et dans chaque église et abbaye, lorsqu’il y aura vacance de prélats, les électeurs ne se choisissent librement qui ils voudront pour pasteur, après nous avoir toutefois demandé, à nous et à nos héritiers, lapermissiontl’élire, que nous ne refuserons ni ne différerons d’accorder. Et si par hasard il arrive que nous refusions ou que nous différions, que les électeurs n’en procèdent pas moins à une élection canonique ; que, semblablement après l’élection faite, notre consentement soit requis; et nous ne le refuserons pas, à moins que nous n’ayons à avancer contre ladite élection et à prouver légitimement quelque motif raisonnable qui nous empêche de consentir. C’est pourquoi nous voulons et ordonnons formellement que, dans la vacance des ^lises ou des monastères , personne ne vienne ou n’ose venir en quelque façon à l’encontre de la présente concession et constitution. Et si quelqu’un vient à l’encontre en quelque temps, qu’il encoure la malédiction du Dieu tout-puissant et la nôtre. Fait en présence de Pierre, évêque de Winchester, de Guillaume Maréchal , comte de Pembroke, de Guillaume, comte de Warenne, de Ranulf, comte de

AÎSMÉE 12^5.

Chesler, de Saër, comte de Winchester, de Geoffroi de Mandeville, comte de Glocester et d’Essex, de Guillaume, comte de Ferrières, de Guillaume Bruer, de Guarin, ülsdeGérold, de Guillaume de Ganteloup, de Hugues de Nevil, de Robert de Ver, de Guillaume de Huntinfeld. Donné par la main de maître Richard du Marais , notre chancelier , le quinzième jour du mois de janvier au Temple-Neuf à Londres, l’an seizième de notre règne.

« Qu’aucun homme ne se permette donc de violer cette ordonnance, à laquelle nous donnons confirmation , et n’ait la hardiesse téméraire d’y contrevenir. Car si quelqu’un ose attenter à pareille chose, qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux Pierre et Paul, ses apôtres. Donné à Latran , le troisième jour avant les calendes d’avril, l’an dix-huitième de notro^pontiBcat. »

Les routiers tournent le roi en dérision. — Il se

REPENT d’avoir OCTROYÉ LA GRANDE CHARTE. — SoUPÇONS ET PLAINTES DES BARONS. — Lorsque tous CCS règlements furent terminés et approuvés des deux parts, tout le monde fut transporté de joie. On croyait que Dieu avait touché miséricordieusement le cœur du roi ; qu’il lui avait arraché son coeur de pierre etavait rois à la place un cœur de chair ; qu’enfîn, un changement tant désiré serait opéré en lui par la main du Très-Haut. Tous comme chacun espéraient voir l’Angleterre délivrée par la grâce de Dieu du joug a^jyptien qui l’opprimait depuis si longlcmps; d’ahord

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par la protection de l’église romaine , sous les ailes de laquelle ils pensaient être à l’ombre et pouvoir jouir de la paix etde la liberté, défendus qu’ils seraient par le bouclier de la milice de Dieu dont le service est une royauté ; ensuite, à cause de l'humiliation du roi qu’on avait souhaitée, parce qu'on pensait qu’elle inclinerait son âme à la mansuétude et à la paix. Mais il en arriva bien autrement, ô honte! ô douleur! bien autrement qu’on ne devait l’espérer. On croyait que la fortune allait présenter le nectar en souriant, tandis qu’elle préparait des breuvages pleins de flel et de poison. Car voici que, par les artifices du diable, qui d’après sa vieille coutume trouble toujours la Joie des hommes, les fils de Belial , je veux dire ces exécrables routiers, qui aimaient bien mieux la guerre que la paix, se mirent à souffler aux oreilles du roi des paroles de discorde. Us grognaient sourdement, l’accablaient de railleries, et lui disaient d’uq air moqueur : « Voici le vingt-cinquième roi en Angleterre; « voici celui qui n’est plus roi, pas même un roitelet, « mais l’opprobre des rois ; il devrait préférer n’étre « pas roi que d’être roi de cette façon. Voici le roi « sans royaume, le seigneur sans seigneurie ; voici « celui dont la vue fait vomir *, parce qu’il est devenu

* Ecce aifîcus nauci et angularis (texte hir), iNous avons hésite loDgtemps dans l’interprétation de ce passage difficile. Alftcus ne se tronve ni dans Ducange ni dans Carpentier ni dans Spelmann, et nous pensons que cette leçon maintenue par tontes les éditions est fautive. Nous proposons donc Kcce ille nmsipfus et angaralis. Ce dernier mot assex rare est synonyme de angararius, c’est-à-dire corvéable. Ou pourrait, il est vrai, lire pour alficut, aldius (serf) ou simplement ficus, fi, fi {fitham facere ; faire la figue, montrer le doigt du milieu en signe de déri-

« corvéable; voici la cinquième roue à un chariot, le « dernier des rois, un roi de rebut. Pauvre homme, serf « de dernière classe, à quelle misère et à quel escla- « vage te voilà réduit! Tu ns été roi, tu n'es plus « quede la lie; tu asétéle plus grand, lu es maintenant « le plus petit. N'est-ce pas qu'il n'y a pas de plus « grand malheur que d’avoir été heureux?... » Ainsi les routiers excitaient le ressentiment do roi. et ils attisaient par leur souffle les étincelles d'un feu infernal.

Alors , le roi Jean , trop sensible aux railleries de ces abominables routiers , que, selon son habitude constante , il avait rendus poissants pour sa propre perte , au détriment de ses sujets naturels, changea de dispositions; son cœur^se laissa séduire par les conseils les plus’ pervers : tant il est facile de mettre en mouvement un esprit qui vacille , et de précipiter dans le crime celui qui incline vers le mal. Le roi se mit à pousser de profonds soupirs; il séchait d'une rage et d’une fureur concentrée ; il se lamentait saris cesse, et répétait avec désespoir : « Malédiction sur la misé-

sion. Voy. Carpentier) ; mais cette correction n’cxpliquer.iit point le reste du passage. Nous indiquons, aussi avec grand doute, la correction alfinus , terme usité alors pour désigner, an jen d’ecbeca, l’elfino des Italiens , le fou des modernes.

Roy, Gerce, chevalier, aunin, roc et cornu Furent fet de saphir, et si ot or moulu.

( Boman d'Alexandre, part. 2, cité au gloss, de Carpentier.)

Peut-être les rentiers, adonnés au jeu dans leur yic d’aventures, veulent-ils indiquer par-là l'impuissance de Jean. Nnwi (teste de noix) exprimerait la matière dont le fou est fait, angularis, sa position de edté et de guingois sur l’échiquier. Nous nous bornons à présenter cette conjecture.

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« ral)ie et impudique mère qui m’a engendré! Pour- « quoi m’a-t-on bercé sur les genoux? Pourquoi m’a- « t-on nourri avec le lait des mamelles? Pourquoi « m’a-t-on laissé croître pour mon malheur? on au- « rait dû m’égorger plutôt que de me présenter des <1 aliments ! » Puis il grinçait des dents, roulait des yeux hagards et farouches , saisissait , comme un homme en délire, des bâtons et des morcèaux de bois qu’il rongeait avec les dents et qu’il brisait après les avoir rongés. Ses gestes désordonnés annonçaient clairement la colère ou plutôt la rage qui l’agitait. Sur-le-champ, dans la nuit même, il expédia secrètement des lettres adressées à Philippe Marci, constable du château de Nottingl^m, poitevin de nation, ainsi qu’à tous ses chers étrangers en- qui il avait placé sa confiance et son âme, pour leur recommander de bien munir leurs châteaux de vivres , de les entourer de bons fossés, de les garnir de sergents soudoyés, de mettre en état les arbalètes et les machines, de fabriquer des traits; tout cela, cependant, prudemment et sans menaces ostensibles, de peur que les barons, n’en ayant connaissance , ne cherchassent à mettre obstacle aux desseins que sa colère méditait. Mais comme il n’y a rien de si secret qui ne soit découvert, ces mauvais préparatifs et ces machinations dangereuses furent révélés aux barons parle rapport des allants et venants. Alors ils députèrent vers le roi quelques-uns des plus sages d’entre eux pour connaître en diligence si ce qu’on disait était vrai. Les messagers devaient, par des paroles douces cl de salu-

ANNÉK 12)3!

laires conseils, calmer l’indignolion du roi et le faire renoncer à son projet inique avant qu’il fût mis méchamment à exécution ; mais le roi reçut les barons avec un visage serein, et cachant sa haine au fond de son cœur, il les assura positivement, enjurantpar les pieds de Dieu, qu’il ne nourrissait contre eux aucune fâcheuse pensée. C’est ainsi que, par cette fausse protestation et en se dé)ournant pour rire à son aise, il apaisa frauduleusement les murmures qui commençaient à s’élever contre lui. Cependant, comme un homme violemment irrité se trahit toujours à quelque signe, les barons en avaient vu assez, ^vant même que la conférence fût rompue , pour sentir q.ue le cœur du roi était ulcéré et que son visage se détournaitd’eux. Dans leur préoccupation, ils réfléchissaient aui terribles événements qui allaient se passer , et disaient : « Malheur à nous ! ou plutôt malheur à toute « l’Angleterre, qui, au lieu d’avoir un roi sincère, est «opprimée par un tyran perfide qui tend de tous ses « efforts à détruire ce misérable royaume! Il nous a « déjà soumis à Rome et à l’église romaine pour que « nous trouvions protection en elle ; nous devons crain- « dre, au contraire, d’étre à l’avenir injurieusement « foulés aux pieds*. Voici le premier exemple d’un roi « qui, loin de vouloir soustraire son cou à la servi- « tude, place lui-méme sa tête sous le joug. » C'estainsi qu’ils se lamentaient en quittant le roi et en retournant chez eux.

' {Suppeditationes.) Suppedilare a preaqae toajoura, dana le latiu du moyen ige, le sent de sub pfde Stare.

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Le roi Jean se retire secrètement dans l'ile de Wight. — Les barons se préparent a célébrer des TOURNOIS. — Lorsque les barons, comme nous l’avons dit, eurent abandonné l’entrevue, le roi d’Angleterre Jean resta seul. De ses propres vassaux il n'avait plus avec lui que sept cavaliers tout au plus. Il passa la nuit à Windsor, couché, mais sans pouvoir dormir ; et , le lendemain , avant le jour , il se retira secrètement dans l’île de Wight', couvert de confusion, et plongé dans la plus grande consternation. Lii, il resta quelque temps tourmenté par un cruel embarras, tournant et retournant, dans son esprit, tous les moyens ^ont il pourrait se servir pour se venger des barons. Il était enflammé par la colère , qu’un saint définit ainsi : r La colère, c’est le désir de se ven- « ger. » Peu lui importait d’être confondu avec les\sprits de confusion , pourvu qu’il se vengeât. Enfin, après de longues réllexioiis, il résolut de faire servir à la ruine de ses ennemis les deux glaives , comme l’apôtre Pierre, c’est-à-dire le glaive spirituel et le glaive temporel ; afin que, s’il échouait d’un côté, il triomphât certainement de l’autre. Or, pour frapper avec le glaive spirituel , il envoya à la coor romaine Pan'dolpfte, sous-diacre duseigueur pape, avec quelques autres députés, chargés , au mépris du ser-

* Lioirard ppnsedevoirrmiserlVjactilnde da récit doMatt. Pârig. D’après les documents publics qui distent encore, et qui qat été publiés par Brady et Kymer,il estcerlain, dit cet historien, que Jean était à Kunnymead le 10 juin, à Wnchester, le 27, à Oxford, le.2t juillet, etquc pendant tout le mois de septembre, il résidas Douvres [wury attendre sesmerceuaires.

ment sacré que lui-inéme avait récemment prêté, de faire intervenir l'autorité apostolique, pour rendre iiuUes les prétentions des barons. 11 envoya aussi Gaultier, évêque de Worcester et^liancelier d'Angleterre, Jean, évêque de Norwich ', Richard du Marais, Guillaiy^e Gernon et Hugues de Boves, avec sou sceau, tous pour lever des troupes dans les pays d'outre-iner; ils devaient promettre terres, vastes possessions , riche& trésors ; et , pour inspirer plus de créance , si besoin était, donner à tous ceux qui voudraient venir, des chartes, comme gages de sûreté et de solde militaire. Il fixa à ses députés, pour lieu, Douvres, et pour jour , la fête de saint Michel , afin qu'ils vinssent le trouver avec tout cequ'ils pourraient ramasser d'hommes d'armes. En outre, pour la plus grande ruine et confusion de lui-même et de tout le royaume, il envoya des lettres à tous ses capitaines de châteaux, en Angleterre, pour leur recommanderde se bien munir en vivres , en armes de toute espèce et en soldats ; de façon qu'ils se trouvassent aussi bien approvisionnés que s'ils avaient un siège à soutenir le lendemain. Quant à lui, accompagné de quelques serviteurs appartenant à l’évéque de Norwich, et dont

< Malt. Pâris nous a dit cependant qu'il était mort en 4214. Mais il y a contradiction évidente, soit de sa |>art, soit de celle des copistes. Les; termes mêmes dont il se sert, redieus à cwria romana, indiquent que Jean de Gray mourut au retour de ce voyage dont le roi l’avait chargé j ce qui est conforme au récit de tous les historiographes, qui rangent Jean de Gray parmi les écrivains anglais , et placent sa mort «l’année 4216 o* 1217'.

JEA.N-SAiNS-TERRE.

il avait mendié l’appui, il se mil à faire le métier de pirate , et chercha à s’attirer la faveur des matelots des cinq porls. Ainsi caché, quoique au grand jour, dans l'île de Wight et sur le bord de la mer, sans faste ni appareil royal , tantôt sur les ondes , tantôt mêlé aux matelots , il passa pendant triais mois une vie solitaire à méditer sa trahison. Cependant , on portail divers jugements sur cet inconnu : les uns le regardaient (et c’était le plus grand nombre), comme un pécheur, les autres comme un marchand; ceux-là comme un pirate et un brigand; quelques-uns comme un transfuge. On fut fort étonné, en Angleterre, de celte absence prolongée ; on avait beau chercher le roi, on ne le trouvait pas. Enfin, on crut qu’il s’était noyé ou qu’il avait péri de toute autre façon , soit par sa propre main, soit par la main des autres. Le roi Jean recueillait tous ces bruits dans son cœur, et attendait en silence le retour des députés, dont il avait envoyé les uns à la cour de Rome et les autres sur le continent , pour y lever des troupes et lui ramener des ennemis amis et aimés.

Cependant, les barons, qui demeuraient à Londres, comme s’il ne leur restait plus rien à faire , convinrent entre eux, de se réunir à Stanford pour un tour- ■ noi. Aussi écrivirent-ils en ces termes à Guillaume d’Albiny , noble et irréprochable seigneur : « Robert, fils de Gaultier, maréchal de l’armée de Dieu et de la sainte église, à l’honorable homme Guillaume d’Albiny, salut. Vous savez bien qu’il est fort avantageux pour vous et pour nous tous de gar-

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