‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 3 sur 30 · ANN^K · texte numérisé non relu

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der la ville de Londres qui est notre asile, et combien il serait déshonorant et fâcheux pour nous si nous la perdions par notre négligence. Sachez aussi , pour certain , que nous sommes bien informés des espérances de certaines gens qui n'altendcnt que notre éloignement de ladite ville pour s’en emparer aussitôt. C’est pourquoi, d’un commun avis, nous avons différé le tournoi qui devait avoir lieu à Stanford , et l’avons remis au premier lundi après la fête des apôtres • Pierre et Paul, jusqu'au premier lundi après les octaves susdites. Ce tournoi aura lieu près de Londres, sur la bruyère, entre Staines et le bourg de Hounslow; et nous avons pris cetle résolution en vue de notre sûreté et de la sûreté de ladite ville. Aussi, nous vous recommandons et prions vivement de venir audit tournoi, assez bien ponrvu de chevaux et d’armes pour eu retirer honneur. Celui qui aura fait les plus grandes prouesses recevra , en récompense , un ours qu'une dame enverra pour ce tournoi. Portez-vous bien. » Telles étaient les occupations oiseuses et frivoles des barons , qui ignoraient que des pièges subtils leur étaient tendus.

Le pape convoque un concile général. — Leroi Jean

SOUMET AU PAPE SES GRIEFS CONTRE LES BARONS. CctlC

même année, le pape Innocent appela en concile général, à Rome , les prélats de l’église entière ; c’està-dire les patriarches, les archevêques, les évêques, les primiciers, les archidiacres, les doyens des églises cathédrales, les abbés, les prieurs, les templiers et les

JEAN-S\NS-TERRE

hospitaliers , les sommant de comparaître en présence du seigneur pape dans la ville de Rome , aux calendes de novembre , s'ils voulaient éviter la vengeance canonique.

Vers le même temp8 , des députés du roi d’Angleterre se présenlèrentàRome devant le seigneur pape ; ils se plaignirent à lui, des rébellions et outrages que les barons d’Angleterre avaient excités contre ledit roi , en exigeant de lui ceriaiues lois et libertés iniques qu’il ne convenait pas à la dignité royale de confirmer. « La discordes’étantmiseenlreeux, dirent les députés, et le roi et les barons s’étant réunis plusieurs fois pour traiter de la paix, ledit roi a protesté plusieurs fuis devant eux que le royaume d’Angleterre appartenait spécialement à l’église romaine , à titre de domaine ; qu'il ne pouvait ni ne devait , par conséquent, rien établir de nouveau sans la permission du seigneur pape , ou rien changer dans le royaume à son préjudice. Mais , quoiqu’il eût interjeté appel et qu’il se fût mis lui et son royaume sous la protection du saint siège apostolique , les barons, sans s’inquiéter aucunement de l’appel , se sont emparés de la ville de Londres, capitale du royaume, qui leur a été livrée par trahison, et en sont encore aujourd’hui les' maîtres. Après cela, ils ont couru aux aïmes , sont montés à cheval, et ont exigé du roi la confirmation des libertés susdites. Lui, qui redoutait leur attaque, n'a pas osé leur refuser ce qu'ils demandaient.» Les députés dont nous avons parlé présentèrent, en outre, au seigneur pape quelques articles extraits de ladite

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cliarle, et rédigés par écrit , principalement ceux où le roi était fortemeut intéressé. Le pape , les eyant lus attentivement, fronça le sourcil avec colère, et répondit d’un ^ir étonné : * Hé- quoi I les barons d'Ân- « gleterre s’efforcent de détrôner un roi qui a pris la « croix, et qui s’est mis sous la protection du saint-siège « apostolique ; ils veulent transférer à un autre le do- « maille de l’église romaine ! Par saint Pierre ! nous ne « pouvons laisser un tel-ettentat impuni. » Alors le pape, aprèsen avoir délibéré avec ses cardinaux, condamna et cassa par Sentence définitive la charte de libertés accordée au royaume d’Angleterre; et, en témoignage de cette décision, il fit passer au roi d’Angleterre le privilège qui suit :

Le* pape a.nmole les libebtés ue l’Angletehre. — Injonction i)b pape adx barons. — « Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu , à tous les fidèles en Jésus-Clirist qui ces lettres verront , salut et bénédiction apostoliqué. Notre très-cher fils en Jésus-Christ , l’illustre roi d’Angleterre Jean, avait vivement offensé Dieu et l’église : aussi avions-nous jeté sur lui les liens de l’excommunication, et avions-nous placé son royaume sous l'interdit ecclésiastique. Alors , par l’inspiration miséricordieuse de celui qui ne vent pas que le pécheur périsse mais qu’il se convertisse et qu^il vive , ledit roi est rentré dans son cœur , et a satisfait humblement à Dieu et h l’église ; et cela si pleinement , que non-seulement il a donné compensation pour les dommages et restitution pour les

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