‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 23 sur 30 · W'NÉE · texte numérisé non relu

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seurs, aussitôt que le quarantième aura été assis par eux, envoient à l’échiquier leurs rôles pour toute leur tournée. Que de même, aussitôt que ledit argent aura été levé par eux , ils envoient à l’échiquier leurs rôles de recettes; et que ledit ar{jent soit ^ardé.dans les lieux où il aura été déposé, jnsqu’à ce que, sur un ordre de nous, il soitporté au Temple Neufà Londres. Que, sous prétexte du quarantième, on n’exige rien de tout homme qui ne possédera pas en fait de biens meubles de cette espèce jusqu’à la valeur de quarante deniers au moins. Pour asseoir le susdit quarantième dans le comté d’Hartford, c’est vous que nous avons désignés ; et nous avons mandé à notre vicomte d’Hartford, qu’il fasse venir devant vous, sur notre ordre, chacune des villes [majeures]* de son comté, à des jours et en des lieux fixes que vous lui aurez fait connaître; et lions voulons qu’on ait de la déférence pour vous, et qu’on vous obéisse dans tout ce qui aura rapport à la susdite affaire. Portez-vous bien. »

il. Le roi s'empare du trésor de Hubert de Bourg. Faits divers. — Nomination d’inspecteurs pour les ordres religieux. — Effets de la visitation; règlement DU PAPE A CÈ SUJET. — VISITATION DES ÉGLISES

' Nous ajoulons majeures parce que villata qui serrait, dit Ducaoge , h designer l’aggrégation de plusieurs manses, parait avoir signitic plus que vilin. Peut-être faut-il voir seulement dans ce mot l’espèce de villes désignée plus haut par villa inteijru. En tout cas , on doit entendre ici une députation des habitants de ces villes, et sans doute ceux qui sont mentionnés au comincncemcut de l'ordonnance. ( l'oy.'la note 2, page 45 du premier vol.)

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EXEMPTES. — Vers le même temps, aux approches de la fête du bienheureux Marlin , on Qt savoir au roi d’Anglelerre que l’ancien justicier Hubert avait, au Temple Neuf, un riche trésor qu’il avait mis sous la garde des templiers. Le roi alors lit dire au maître des templiers de venir lui parier , et lui demanda, d’un ton impératif, s'il en était comme on le lui avait rapporté. Celui-ci, n’osant pas niér la vérité devant le roi , avoua qu'il y avait au Temple , de l’argent qui avait été confié à sa bonne foi et à celle de ses frères; mais qu'il en ignorait entièrement la quantité et la valeur. Le roi exigea que les frères lui remissent sur-le-champ cet argent, assurant qu’il avait été soustrait par fraude de son trésor. Les frères firent répondre qu'ils ne rendraient cet argent a personne, parce que c’était un dépôt qui leur avait été confié, et qu’ils avaient besoin de l’autorisation de celui qui l’avait mis sous leur garde. Le roi n'eut point la pensée de recourir à la violence pour se faire remettre un argent placé sous la protection de l’église. Aussi il envoya vers Hubert, qui était alors enchaîné dans la tour de Londres , le trésorier de sa cour avec les justiciers de son échiquier , pour exiger dç lui qu’il rendit au roi cet argent sans en rien distraire. Lorsque les messagers susdits eurent annoncé à. Hubert quejle était la volonté du roi, celui-ci répondit sur-lechamp , qu’il s'abandonnait au roi , lui et tout ce qui était à lui. Lu conséquence, il donna pouvoir aux frères de In milice du Temple , de présenter toutes

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les clefs à son seigneur le roi, pour qu'il pùt faire ce que bon lui semblerait des choses qui étaient déposées dans leur maison. Cela ayant été fait, le roi ordonna que cet argent, après avoir été soigneusement compté, fût placé dans son trésor, qu'on dressât, par écrit, un inventaire de tout ce qu’on trouverait et qu'on le lui présentât. Les clercs du roi, et le trésr>rier qui les accompagnait, trouvèrent en dépôt des vases d’or et d’argent d’un prix inestimable , des pièces monnayées et une quantité de pierres précieuses, telle que, si on en faisait le relevé , la chose, quoique vraie exciterait, le plus vif étonnement. Le bruit de cette saisie s’étant répandu, quelques persécuteurs acharnés d’Hubert vinrent trouver le roi, renouvelant leurs accusations contre le prisonnier, et disant que convaincu à cette heure de vol et de fraude, il méritait d'étre condamné à une mort ignominieuse. Le roi réOéchit quelques instants, et répondit : « Hubert, dès son enfance, a « servi d'abord le roi Richard, mon oncle,* et en- <1 suite le roi Jean, mon père, avec trop de iidé-r « lité, c*mme je l'ai entendu dire, pour que j’or- « donne jamais qu’il périsse de male mort, eu « admettant même qu'il ait mal agi à mon égard. « J’aime mieux qu’on me fasse passer pour un roi « imbécile et débonnaire, que pour un cruel, un * tyran et un homme de sang; ce qu’on ferait, si je « sévissais contre celui qui m'a défendu, moi et mes « prédécesseurs , dans beaucoup de dangers , et *si « ses malversations, qui ne sont encore ni manifes-

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« tes , ni réellement prouvées, me. faisaient oublier « des bienfaits nombreux qui sont évidents pour « nous tous et pour le royaume. » A cès mots, son cœur se tourna vers la miséricorde; il accorda à Hubert toutes les terres qu’il tenait , soit de la muniGcencü de son père Jean , suit par achat , afin qu'il pùt se procurer ainsi ce qui était nécc.^sair eà luiméme et aux siens. Hubert, commençant à se relever de son désastre , eut la prudence d'établir, pour sage et fidèle gardien et sénéchal des terres qui lui étaient laissées. Laurent, clerc de Sainl-Albans, qui avait prodigué à Hubert, dans toutes ses tribulations, des consolations précieuses, et qui avait été une colonne inébranlable de vérité. Peu après, Hubert fut remis, sous caution , au comte Richard, frère du roi , à Guillaume, comte de Warenne, au comte Richard Maréchal , et à Guillaume, comte de Ferrières, qui le conduisirent, sur l’ordre du roi, au château de Devises, où il fut confié à 1a garde de quatre chevaliers, vassaux des susdits comtes. Il devait rester en liberté dans l’enceinte de ce château. Cette même année , la veille de la Saint-Martin , on entendit des coups de tonnerre épouvantables qui , durant quinze jours, éclatèrent de temps en temps, et effrayèrent un grand nombre de personnes ; principalement les habitants de Londres, qui sontsi fréquemment exposés à ce fléau que , si on le ressënt quelquefois en Angleterre , on peut dire qu’à Londres c est eu quelque sorte une habitude. Cet orage fut suivi d’une funeste querelle qui éclata dans le royaume ,

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entre le roi et ses barons, coimne la suite de celte histoire le montrera.

Cette même année, le pape Grégoire établit chez toutes les nations qui reconnaissent le nom du Christ, des personnes chargées d’inspecter les ordres religieux , et écrivit la lettre suivante : « Grégoire, évêque, à ses vénérables frères les suffraganls de l'église de Cantorbéry, salut et bénédiction apostolique. Sgtan, chassé de la face de Dieu, a étendu la main vers d’audacieuses entreprises; et, fort de sa malice, il cherche à envelopper dans les pièges du vice ceux qui ont été appelés à servir le Seigneur. Dans ces séductions tortueuses, il leur tend des embûches d’autant plus perfides qu'il reconnaît en eux de plus grands penchants'à lu corruption. Aussi, comme il est venu à nos oreilles que les monastères du diocèse de Cantorbéry avaient énormément péché dans le spirituel et dans le temporel par la malice et l’incurie de ceux qui les habitent, nous ne voulons pas tenir plus longtemps leurs fautes en dissimulation, de peur que, si nous les laissions impunies, nous ne paraissions les prendre sur notre compte. Nous avons donc institué, pour ceux des monastères établis dans ladite province qui dépendent évidemment de l’église romaine sans aucun intermediaire, des personnes ^ spéciales chargées de les inspecter, de les réformer et de les corriger tant dans la tête que dans les membres. Nous leur avons octroyé puissance plénière de visiter les susdits monastères, de corriger et réformer en notre nom ce qu ils sauront avoir réellenxent be-

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soil! (Ic cüiTeciiüii el de réfurme, en con^ervanl les conslilutiüiis ou les réformes autres faites d'après les rèf[les dans le chapitre provincial, lesquelles n'en auront pas moins force et durée. Mais si, investi comme nous le sommes de la plénitude de la puissance, c’est à nous que revient le soin général de toutes les âmes, vous, de votre côté, qui êtes appelés à prendre voire part de sollicitude, devez vous occuper spécialement du troupeau qui vous estconBé et veiller à ce qu’une brebis malade ne périsse point. Aussi nous vous avertissons et exhortons tous tant que vous êtes, recommandons et enjbignons formellement en vertu de l’obédience, à chacun de vous, d’avoir soin de visiter tant dans vos cités que dans vos diocèses, soit par vous— mêmes, soit par des religieux qui soient mûrs dans l’expérience de ces sortes de visites, les demeures des religieux ou des religieuses, des chanoines réguliers, ainsi que des clercs séculiers qui vous sont soumis, réformant généralement et corrigeant tant en vertu de notre autorité que de la vôtre, dans la tête et dans les membres, sans vous laisser influencer ni par la bienveillance ni par la crainte, tout ce que vous saurez avoir besoin dans les lieux susdits, de réforme et même de correction; sauf ce qui aura été prudemment statué au sujet des religieux dans le chapitre provincial, d’après la constitution du concile général ; réprimant les opposants par la censure ecclésiastique sans vous cmbarnasser d'aucun appel. Et vous devrez exécuter nos ordres de façon que le Dieu des vengeances qui, au jour du redoutable jugement.

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rendra à chacun selon ses œuvres, ne demande pas à vos mains compte du sang d'autrui, et que nous ne soyons pas forcé d'appliquer à cela le châtiment de la correction apostolique. Donné à Spolette, le cinquième jour avant les ides de juin. Tan sixième de notre pontiücat. »

Quant aux autres églises et aux couvents qui dépendaient immédiatement de l’église romaine, le souverain pontife y établit pour inspecteurs non des évêques, mais des abbés eboilis surtout dans l'ordre de Cîteaux et dans l’ordre des Prémontrés, gens peu sages et d’une sévérité trop dure, qui, dans cette inspection, se conduisirent avec si peu de retenue et si peu d’indulgence, qu’en plusieurs monastères ils dépassèrent les bornes de la raison et obligèrent plusieurs religieux à avoir recours au remède de l'appel. Ces derniers, étant partis pour Rome, obtinrent d'autres inspecteurs, à force de peines et en dépensant -beaucoup d’argent. Knûn, pour le dire en peu de mois, cette inspection, qui eut lieu dans l’univers chrétien, réussit plutôt à déformer qu’à réformer les ordres religieux : tous ceux qui, dans les différentes parties du monde, avaient suivi uniquement la règle du bienheureux Benoit, furenttellementdivisés d’opinions par l’introduction de constilutioits nouvelles, que dans toutes les communautés ou dans les autres églises de religieux, c’est à peine si l’on trouve [aujourd’hui] deux personnes qui s’accordent sur la manière de vivre. Uu certain abbé de Beaumont', re-

' JHoiitiS belli abbas. C'était probablement un abbé françaia.

ilKMtl III.

doutant de procéder. à cette inspection, consulta le seigneur pape sur qucirjues points douteux : celui-ci jugea à propos de lui donner les instructions suivantes sur la manière de procéder :

« Les choses qui sont prudemment réglées pour é ‘ riionneur de Iq religion et le salut des religieux, doivent être fortifiées par le secours apostolique, afin quelles soient reçues avec plus de dévotion et observées avec plus d’exactitude. Or, certains articles nous ayant été présentés par hotre cher fils l’abbé de Beaumont, articles dont l’établissement nous a paru bôii pour le salut des âmes et l'honneur de notre religion, et qui doivent remédier aux excès multipliés et au relâchement que les inspecteurs ont trouvés dans quelques communautés ; nous les avons fait examiner et revoir, et nous ordonnons qu’ils soient observés inviolablement : pour plus de précaution, nous avons fait sceller ces articles des sceaux de nos vénérables frères les évêques d’Ostie et de Tusculum. Nous voulons encore et ordonnons, en vertu de l’autorité apostolique, que les inspecteurs convoquent en chapitre général les abbés et les prieurs qui n’ont point d’abbcs particuliers, tant exempts que non exempts, et qui n’ont pwnt coutume de célébrer des chapitres, o les inspecteurs [irésidant à ce chapitre général, et nonobstant tout obstacle canonique. Ceux donc qui dédaigneront ou négligeront de venir au chapitre, seront forcés d’y venii^ par censure eoclésiastique et nonobstant tout empêchement d’appel ; et la censure ne sera point levée jusqu à ce qu’ils aient donné la

salisiaclion convenable qui aura été prononcée contre < ux d’après les règles. Au moyen de la même censure, les inspecteurs devront faire que ce qui aura été statué dans le chapitre général après mûre délibération soit formellement observé, n'oubliant pas (ce qui s’odresse aussi bien aux inspecteurs eux-mêmes ' qu’à tous les autres) qu’ils auront, au jour du. dernier examen, à rendre compte de leur ministère au Seigneur, devant les yeux de qui tout est ù nu et à découvert. Que, dans l’inspection des communautés, ils s’efforcent d’employer toute leur sollicitude et toute leur activité s la correction et à la réformation de l’ordre. Aussi quand les inspecteurs, selon les statuts du concile général, procéderont à l’accomplissement de leur office d’inspection dans le chapitre général, qu’ils s’enquièrent avec soin de l’état des monastères et si les observances régulières sont observées; qu’ils corrigent et réforment tant dans le spirituel que dans le temporel ce qu’ils jugeront digne de correction; qu’ils fassent corriger les moines délinquants par les abbés du lieu ; qu’ils veillent à ce qu’une pénitence salutaire leur soit infligée selon la règle du bienheureux Benoit et les institutions apostoliques, et non pas selon la forme de cette mauvaise coutume qui s’est déjà introduite à titre de loi dans quelques églises. Que les inspecteurs eux-mêmes punissent en notre nom et selon la mesure de la faute

I Nous proposons et traduisons : Tarn ipsi visitatores quant et alii qvililtel , au lieu de : Tain ipsi quant visitatores et idii quilihet.

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