‹ Grande chronique de Matthieu ParisChapitre 25 sur 30 · SIS · texte numérisé non relu

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Edmond, dont l'abbé, de pieuse mémoire, Richard, surnommé de l’isle , illustre par sa naissance et plus encore par ses mœurs, alla où va toute créature, tandis qu'il séjournait dans les provinces d'outremer pour s’éviter des dépenses. L’abbé et la communauté de Suint-AIbnns , s'appuyant sur les privilèges supérieurs dont l’église du bienheureux Albans, premier martyr d’Angleterre, avait été honorée, demandèrent plusieurs fois un délai. Sur ces entrefaites, Guillaume, de pieuse mémoire, abbé de cette maison, paya le tribut ordinaire à la nature humaine (comme il sera dit en temps et lieu), au grand détriment et à la ruine de sou église. Cette même année, Roger, évêque de Londres, accusé d'avoir fait partie de ceux qui avaient consenti au pillage des blés des clercs romains, se rendit à la cour du souverain pontife, pour y faire valoir son innocence. Mais il ne revint dans son diocèse, non sans de grands démêlés, qu’après avoir été quelque peu dépouillé, et avoir vu les écus de sa bourse passer dans celle des Romains.

Le roi défodille de leurs charges les officiers indigènes. — Richard, grand maréchal, réprimande le ROI. — Phénomènes. — Faits divers. — L’an du Seigneur 4235 , le roi d’Angleterre Henri , dans la dix-septième année de son règne , tint sa cour à Worcester, aux fêtes de Noël. Là, par le conseil de Pierre, évêque de Winchester, à ce qu’on prétend , il dépouilla de leurs offices tous les indigènes , ofli-

ders.de sa cour, et en investit à leur place des Poitevins étrangers. Il chassa le chevalier Guillaume de Rodune qui représentait le grand maréchal Richard dans la cour du roi : ce dont ledit Richard lut violemment indigné. Le même roi , par le conseil du même homme, commença par priver de sa charge de trésorier Gaultier, évêque de Carlisle; puis il lui prit cent livres d’argent et lui enleva ignominieusement quelques gardes qu’il lui avait concédées, sa vie durant, par une charte. Il éloigna d’auprès de lui tous ses conseillers, tant évêques que comtes et barons, ainsi que tous les nobles de son royaume, avec une précipitation injurieuse, pour se confier uniquement audit évêque de Winchester et à son cher Pierre d’Orival. Il s’ensuivit même que le roi enleva la garde de tous les châteaux d’Angleterre à ceux qui en étaient détenteurs, pour en investir ledit Pierre, à titre de gouverneur général. Alors Pierre, évêque de Winchester, pour s’attirer sans obstacle la faveur du roi, gagna à son parti Etienne de Segrave , homnje d’une grande souplesse, et Robert Passeleve, qui, sous la direction de Pierre d’Orival , gardait les trésors du roi. Il arriva ainsi que rieirne se fit plus dans le royaume que sur l’avis et d’après la volonté de ces quatre ministres. Ensuite le roi appela d’outre-mer des Poitevins et des Bretons, gens besoigueux et d’une avidité insatiable. Il en vint deux mille environ , tant chevaliers que sergents, avec armes et bagages ; le roi les retint à son service , les mit en garnison daiis divers châteaux du royaume. Ces étrangers

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Opprimaient de tontes leurs forces les indigènes et les nobles anglais, les appelaient traîtres, les accusaient même de trahison auprès du roi. Le roi, dans la simplicité de son cœur, ajoutant foi à leurs mensonges, leur livrait la garde des comtés et des baronnies avec de nobles jeunes gens et des héritières d'illustre naissance, qu'ils déshonoraient, hommes et femmes , en leur faisant contracter de honteux mariages. Le roi leur remettait la garde de ses trésors , le soin de faire observer les lois do l’état et de rendre les jugements. Que dirai-je de plus? Les jugements étaient confiés à des injustes , les lois è des gens hors la loi , la paix à des hommes de discorde, la justice à une raoe d'iniquité. Quand les seigneurs du royaume et nés dans le royaume venaient se plaindre auprès du roi des outrages qui leur étaient faits, ledit évêque s’interposait, et il n’y avait personne pour leur rendre justice. L’évêque Pierre accusait même auprès du roi certains évêques d’Angleterre avec tant d’amertume , que celui-ci se détournait d’eux , comme s’ils eussent été des ennemis publics.

A la vue de ces vexations et d’autres semblables qui opprimaient tous les Anglais nobles ou non nobles, le comte Richard, grand marccliül du royaume , voulut s’opposer à ce que les droits du royaume fussent aussi complètement violés, et poussé par son zèle pour la justice , il s’associa quelques seigneurs avec lesquels il alla intrépidement trouver le roi. Il lui reprocha , en présence de plusieurs , d’avoir, par mauvais conseil, appelé des étrangers poile-.

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vins qui devaient devenir les oppresseurs de son royaume , de ses hommes et des Anglais indigènes , ainsi que des lois et des libertés. Puis il supplia humblement le roi de se hèter de corriger de pareils abus qui ne manqueraient pas de tourner à rabaissement desacouronne et au bouletversemeiitdu royaume. Il ajouta en outre que si le roi hésitait à faire ces réformes , lui et les autres seigneurs du royaume Sc soustrairaient à son obéissance autant de temps qU’il garderait les étrangers pour conseillers. Alors Pierre, évêque de Winchester, prit la parole pour répondre, et dit qu'il était permis au seigneur roi d'appeler tous les étrangers qu’il voudrait à la défense de son royaume et de sa couronne, et môme en assez grand nombre et en assez grande autorité pour pouvoir forcer des vassaux orgueilleux et rebelles à l'obéissance qu'ils lui devaient. Ne pouvant obtenir d'autre réponse , le comte maréchal et les autres seigneurs sortirent indignés de la cour du roi , et se promirent formellement les uns aux autres de combattre vigoureusement pour cette cause, qui les touchait tous , jusqu'à ce que leur ème fût séparée de leur oorps.

Cette môme année , le dixième jour avant les calendes d'avril, on entendit des coups de tonnerre effrayants qui furent suivis , pendant tout l'été , d’un véritable déluge de plaies. Les mUrs d’enclos des parcs furent renversés. Dans presque toute l’Ani'Ieterre , Tes étangs et les UtOUlins furent entraîriés et changèrent de place. En outre, dans les terres

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labourables et propres à la culture , ainsi que dans divers endroits et dans des lieux où pareille chose n'était jamais arrivée , on vit jaillir des fontaines qur se répandirent en ruisseaux. L’eau, séjournant au milieu des moissons, donna aux campagnes l’apparence d’étangs , et , ce qui causa l’étonnement de plusieurs, produisit des poissons comme il y en a dans les fleuves. On trouva de nouveaux moulins dans des lieux et dans des places où on n'en avait jamais vu auparavant.

Prodige surprenant dans le ciel, qui apparut eu Angleterre, l’an du Seigneur ^233 , le sixième jour avant les ides d’avril , l’an dix-septième du règne de Henri III. Il dura depuis le lever du soleil jusqu’à midi.

Vers le même temps , le sixième jour avant les ides d’avril , à la première heure du jour , dans le pays de Hereford et de Worcester, quatre faux soleils apparurent dans le ciel, sans compter le véritable soleil ; ils étaient de couleur rouge. Un grand cercle de couleur blanche et d’une largeur apparente d’environ deux pieds , semblait embrasser dans son contour toute l’Angleterre. Ce cercle était coupé sur les côtés par des demi-cercles , et vers les points d’intersection , apparaissaient les quatre soleils dont nous avons parlé. Le véritable soleil se trouvait dans la région de l’orient : le temps était magniflque. Comme ce prodige surprenant ne peut être bien décrit en paroles, nous en avons reproduit la figure. Kn effet, plusieurs |>ersonnes, vu la nouveauté de

cette apparition surprenante, dessinèrent à l’instant même les cercles dont le ciel paraissait coupé.

Beaucoup de personnes furent témoins de cette vision , et parmi elles Jean, évêque de Hereford, qui fit tracer sous ses yeux , non point à la hâte , mais avec le temps nécessaire, la représentation de ce prodige , de la main de son chapelain , homme fort adroit et fort ingénieux, le seigneur Guillaume, chanoine. Jean de Montmouth et une foule d’autres assistèrent à ce spectacle inouf , qui tous rendirent hommage à la vérité relativement è ce miracle incroyable, et leur témoignage ne peut être révoqué en doute. Or, eette même année, dans cette même contrée, une guerre cruelle s’éleva. 11 s’ensuivit carnage, horrible effusion de sang humain el bouleversement général dans l’Angleterre entière, dans le pays de Galles et dans l’Irlande. Vers le même temps, au

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raoisde juin, dans le midi de l’Angleterre, naii loin du bui-d delà mer, plusieurs personnes virent deux eft'royaiiles dragons qui combattaient dans les airs. Après une longue lutte, la victoire resta à l’une de ces bétes monstrueuses qui poursuivit jusque dans les profondeurs de l’abime son adversaire épuisé. Us ne reparurent plus.

Cassation de Jean , élu archevèqua; de Cantûrbéry.

— Discorde entre le roi et les grands du royaume.

— Influence des Poitevins et de Pierre des Roches.

— Le roi éloigne quelques nobles de la cour. — Le

GRAND MARÉCHAL EST AVERTI d'unE TRAHISON CONTRE SA

PERSONNE — Pierre, évêque de Winchester, séduit PLUSIEURS DE SES ADHÉRENTS. — Vers le même temps, fut cassée l’éleotion de maître Jean-le-^BIond à Cantorbéry. Le brUit s’élait répandu à Rome qu’aprèe son élection fl avait reçu en don de Pierre , évêque de Winchester ^ mille marcs d’argent , sans compter mille autres mares que ledit évêque avait prêtés à Jean pour aider à sa promotion ; d’où il appert évidemment que l’amitié de l’évêque de Winchester fut plutôt nuisible qu’utile à iean-le-Blond, En outre, ledit évêque avait écrit à l’empereur afin qu'il interposât ses bons offices auprès du pape pour que l'élection dudit Jean fût reconnue. Aussi le pape, recoDiiaissaDt que celle notnioalion était entachée de simonie et d'ambition , répéta dans son cœur cette parole d'Ovide :

1 L’boniiiK' puissant supplie l’épée uue. >

anm:k »-r>5. 52*>

Ce qui fit que le cœur du seigneur pape n’était pas bien disposé pour Jean. En outre, ce même Jean avait avoué à Rome , à ce qu’on prétend , qu’il possédait deux bénéfices auxquels était annexé le soin des âmés : ce qui était contre les canons du concile {général. On croit que cet abus détermina sa réprobation , surtout parce que Jean n’élait point muni d’une dispense ; quoiqu’on alléguât en sa faveur qu’il possédait ces bénéfices avant la tenue du concile. Mais comme après la cassation successive des trois élections faites à Cantorbéry, ladite église de Cantorbéry, si longtemps veuve d’un pasteur, était devenue semblable à Sara, femme de Tobie et fille de Raguel , veuve de tant d’époux, le pape donna aux moines qui étaient venus avec le dernier élu , dont l’élection avait été cassée, pouvoir d’élire pour pasteur de leurs âmes maître Edmond, chanoine de l’église de Salisbury , homme de mœurs, irréprochables et d’une grande érudition. Il lui fit même passer le pallium pour qu’un siège métropolitain si important ne fût pas privé plus longtemps de pasteur. Cependant les moines déclarèrent qu'ils ne recevraient ni lui ni aucun autre que sur le consentement de leur couvent.

Vers le même temps, Pierre, évôque de Winchester, et ses complices , pervertirent tellement le cœur du roi , et lui inspirèrent une telleJiaine et un tel mépris pour la nation anglaise, qu’il chercha par tous les moyens à l’exterminer- Il appela successivement un si grand nombre de troupes poitevines, que bientôt presque toute l’Angleterre en fut couverte, et

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que pat'loul où allait le roi, il ne paraissait qu'entouré de ces étrangers. Rien ne se faisait dans le royaume que par l’évêque de Winchester et par cette engeance poitevine. A cette époque, le roi convoqua par lellres tous les comtes et barons de son royaume à une assemblée qui devait avoir lieu à Oxford pour la fêle de saint Jean. Mais ils refusèrent de se rendre à celte sommation, tant parce qu’ils redoutaient les embûches des étrangers, qu'à cause de l’indignation qu’ils avaient conçue contre le roi, qui avait appelé des étrangers en mépris des mêmes barons. Lorsqu’ils eurent annoncé au roi leurs résolutions par des messages solennels, celui-ci entra dans une violente colère, et ordonna qu’une sentence définitive décidât quel était le moyen à employer pour les forcer à venir^ sa cour. Alors il fut convenu, par jugement, que le roi leur adresserait une sommation une seconde et une troisième fois, afin qu’il fût bien prouvé s'ils voulaient venir ou non. En cette occasion , un frère de l’ordre des Prêcheurs, nommé Robert Bacon, qui prêchait la parole de Dieu devant le roi etdevant plusieurs évêques, osa dire au roi avec beaucoup de liberté qu’il ne jouirait jamais d'une paix de longue durée, s’il n’éloignait de ses conseils Pierre, évêque de Winchester , et Pierre d’Orival , son fils ou son parent. L’applaudksement que les assistants donnèrent à un discours si hardi fit réfléchir quelque peu le roi, dont le cœur inclina vers la saine raison. Aussitôt, profitant de cette impression favorable, un clerc de la cour, nommé Roger Bacon , homme d’un esprit

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plaisant, adressa au roi une réprimande fort crue, quoique présentée au roi avec esprit et enjouement : « Monseigneur le roi , d it-il , savez-vous ce qui est le plus « nuisibles ceux qui voguentsur lamer,etcequ’ilsre- « doutent le plus? » Â quoi le roi ayant répondu qu'il le fallait demander à ceux qui font de longs voyages par eau : « Seigneur, je vous le dirai, reprit le clerc : « ce sont les pierres et les roches; » comme s’il eût dit Pierre des Roches : car tels étaient le nom et le surnom de l’évêque de Winchester. Alors le roi fit savoir aux seigneurs dont nous avons parlé, qu’ils eussent à venir à Westminster le cinquième jour avant les ides de juillet, qu’il y tiendrait assemblée, et que là il réformerait, d’après leurs conseils, tout ce qui serait reconnu avoir légitimement besoin de réforme. Mais les susdits seigneurs, ayant appris que, sur l'invitation du roi, un grand nombre de brigands avaient abordé les uns après les autres dans le royaume, avec armes et chevaux , n'aperçurent plus aucune ouverture à la paix, et, redoutant les trahisons innées dans le coeur des Poitevins, ils se dispens-èrent de venir auprès du roi au jour qui leur avait été fixé. Us lui firent même signifier, par des messages solennels, qu'il eût à chasser de sa cour, sans aucun retard, Pierre, évêque de Winchester, et tous les Poitevins; lui déclarant que s’il s’y refusait , ils le chasseraient du royaume, lui el ses iniques conseillers, appuyés qu’ils seraient sur le consentement de toute la nation , et procéderaient sur-le-champ h In nomination d’un nouveau roi.

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Cette députation plongaa le roi et toute sa cour dans la plus grande consternation. Tous baissaient la tête, et redoutaient beaucoup que le fils ne fût en* core plus abaissé que le père. On se souvenait que les hommes du roi Jean , faisant tous leurs efforts pour le remerser du trône , avaient presque réussi à lui appliquer en réalité le nom de sans terre, qui lui avait été donné dans sa jeunesse comme un mauvais augure. Alors l’évêque Pierre, souvent nommé, conseilla au roi de prendre les armes contre ses vassaux rebelles, et de conférer leurs châteaux et leurs terres aux Poitevins , qui sauraient défendre contre ces traîtres le royaume d’Angleterre. • Ce n’est pas pour « faire le mauvais plaisant, dit-il avec jactance, que je « donne ce conseil dont je sais et dont j’apprécie le « danger ; mais on-m’a vu à l'œuvre en Orient, où je (I dirigeais qnelquefoisle conseil impérial, et lesSara rasins, aussi bien que d’autres nations, ont apprisà a redouter ma prudence. » Aussitôt le roi, revenant à des résolutions funestes, commença par faire éclater le ressentiment qu’il avait conçu contre un noble seigneur, Gilbert Basset : il le dépouilla d’un manoir que Gilbert tenait de la munibcence du roi Jean , et quand ce seigneur vint réclamer son droit, le roi Henri l'appela traître, et menaça de le faire pendre, s’il ne sortait â l instam de sa cour, be rpi ordonna aussi qu’on saisît et qu’on lui ameqât prisonnier Hiehard Suard, qui avait épousé la sœur ou la nièce de Gilbert Basset , et il prétendit , pour autoriser celle mesure, que Richard ne lui avait pas demandé

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«I permission pour ce mariage. Ënnn, suspectant la tidélilé de plusieurs autres , qui tous étaient d’entre les plus nobles et les plus puissants du royaume, il •exigea d’eux des otages, et leur fit savoir à tous, par des lettres de sommation, qu’ils eusseutà lui amener, aux calendes d'aoi^t au plus tard, des otages qui fussent en assez grand nombre et d’assez grande qualité pour que tout soupçon de révolte fût banni de son esprit.

Tandis que les comtes et les barons se rendaient à Londres, accompagnés d’une nombreuse chevalerie, pour l'assembléequiavait été Hxéeauxcalendes d’août, Jiicbard, comte maréchal, qui se proposait d’y aller avec les autres, s’arrêta chez sa sœur Isabelle, épouse de Richard, frère [du roi]. Celle-ci ayant demandé à son frère de quel côté il se dirigeait, le comte répondit qu’il avait hâte d'arriver à l’assemblée qui avait été convoquée à Westminster. Isabelle lui dit alors : « Sachez, mon frère chéri, que, si vous y allez, des M embûches vous sont préparées pour que vous n tombiez entre les mains de vos ennemis, <|ui vous « présenteront au roi et à l’évéque de Winchester, « et l’on fera de vous ce qu’on a fait du comte de « Kent, Hubert. » D’abord le comte maréchal refusa d’ajouter foi aux craintes d’une femme : car c’était un homme d’une grande intrépidité; mais quand sa sœur lui eut démontré par des preuves irrécusables de quelle manière il serait pris, et par qui, le comte commença à s’inquiéter sérieusement, et se mit en roule à la nuit tombante. Il voyagea avec célérité, et

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il'arréta son cheval que lorsqu’il fut arrivé dans le pays de Galles. Le comte de Chester, le comte de Lincoln, le comte de Ferrières et le comte Richard, frère du roi, s’étaient rendus à l’assemblée susdite ; mais on n’y décida rien, à cause de l'absence du comte maréchal, deGilbert Basset et de quelquesautres seigneurs. Alors le roi, sur l'avis de l’évêque de Winchester et d’Étienne de Segrave; fit sommer par lettres tous les seigneurs du royaume, qui étaient tenus envers lui du service militaire, de se rendre à Glocester avec armes et chevaux, le dimanche avant l’Assomption de la bienheureuse Marie. Mais Richard Maréchal, et plusieurs autres qui étaient alliés avec lui, ayant refusé de venir au jour fixé, le roi ordonna que leurs villages fussent brûlés, leurs parcs et leurs garennes détruits, leurs châteaux assiégés, comme s’ils étaient traîtres. Les illustres hommes qui passaient pour être confédérés étaient le comte maréchal, chevalier incomparable, Gilbert Basset et ses frères, hommes expérimentés dans la guerre, Richard Suard , adonné dès son enfance aux travaux de Mars, Gaultier de ClilTord, chevalier d’élite, avec beaucoup d’autres personnes de distinction qui étaient de leur parti. Le roi d’Angleterre Henri les fit tous déclarer bannis et proscrits sans jugement de sa cour et de leurs pairs ; il donna leurs terres aux Poitevins, ajoutant ainsi douleur sur douleur, enfonçant blessures sur blessures. Il ordonna aussi qu’on se saisît de leurs personnes partout où on les rencontrerait dans le royaume.

Alors Pierre de Winchester, qui cherchait à diminuer de toutes les manières les forces du comte maréchal et de ses alliés, corrompit, moyennant mille marcs, les comtes de Chester et de Lincoln , et les amena ainsi à abandonner le grand maréchal et la cause de la justice, pour se retourner du côté du roi et pour favoriser son parti. Déjà Richard, frère du roi, qui dans le commencement s'était uni au grand maréchal , était revenu au roi depuis longtemps. Lorsque le comte maréchal fut informé de cette défection, il se confédéré avec Léoliu, |)rince de Galles, et avec les autres princes de ce pays : un serment fut réciproquement prêté, par lequel chacun des deux contractants s’engagea à ne point négocier de la paix sans l’autre. A cette époque , le lendemain de la fête de la bienheureuse Marie, un grand nombre d’hommes d’armes, venus des provinces d’outre-mer, abordèrent à Douvres; parmi eux on remarquait Baudouin de Guines avec ses gens qui arrivaient de la Flandre : tous allèrent trouver le roi à Glocester. Suivi de ees troupes et de beaucoup d’autres, le roi conduisit une armée formidable vers la ville d’Héreford. Cette année-là , mourut Guarin Basset, au siège et à l’assaut du château deKaerdif.

Violence exercée contre l'évêque de Carlisle. — Leroi défie le comte maréchal. — Hubert de Bourg s’échappe de sa prison. — Il est enlevé de force d’un lieu de REFUGE et Y EST RAMENÉ. — Vers le même temps, Gaultier, évêque deCarlisIe, sur quelques injures qu’il

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prétendait avoir reçues du roi, s’était embarqué à Douvres, afin de traverser la mer, lorsque survinrent quel- <|ues ofliciers du roi , qui le poussèrent lui et les siens hors du vaisseau où il était monté, et lui défendirent expressément, au nom du roi, de quitter le royaume sans sa jiermission. A l’instant où ces choses se passaient, Roger, évéquc de Londres, sortait du vaisseau quileramenajtdeRome. A la vuede l’outrage qu'on faisait subir audit évêque, il excommunia tous ceux qui avaient porté sur lui des mains violentes; puis, étant allé trouver le roi, il le rencontra dans la ville d’Héreford, non loin du pays de Galles , environné d’une armée nombreuse. Là, en présence du roi et de quelques évêques, il renouvela la sentence d'excommunication dont nous avons parlé , lancée à l’occasion de la violence faite à l’évêque de Carlisle , non sans •jue le roi n’en fût très-contrarié et n’eùt cherché à l'empêcher de prononcer cette sentence. Tous les évêques qui étaient présents avec Roger excommunièrent tous ceux qui avaient donné lieu à ce nouveau trouble.

Cela fait , le roi , sur l’avis de l’évêque de Win- • Chester, envoya défier ' le comte maréchal par l’évêque (le Saint- [)a\id, et par là ordonna qu’on prit les

' Le déli rtdit , en effet, le signal d’une guerre ouverte, et devait être . porte à le connaissance de tous ceux qui faisaient partie du lignage ou du vasselage de la personne déliée. C’est ce qui donnait lieu à cette locution : Oulniye .'•ans défiance est vilenie. L’intervalle entre le défi et le commencement des hostilités variait suivant le temps et les lieui. Saint Louis le fixa à quarante jours. (Fo^. La TiiAUMASSIÈRB, Couf. de Benuv., pag. 448, note, et la septième dissert, de DticANGE.)

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armes contre lui et qu'oii assié{{eât ses châteaux. Le roi, étant donc entré sur la terre du comte maréchal, assié[jea un de ses châteaux ; mais, quoiqu'il poussât vivement le siège , il vit qu’il avançait à peu de chose ou à rien, et la disette commença à se mettre dans son ormée. Alors le roi, ayant honted'étre réduit à la dure nécessité de lever le siège , envoya quelques évêques en députation auprès du comte maréchal. Il lui lit remontrer que son honneur à lui, le roi j serait compromis s’il paraissait avoir .assié{{é en vain ce château , et il demanda que cette place lui fât remise à deux conditions : la première , que ce château serait rendu de nouveau au grand maréchal avant quinze jours; la seconde, qu’il réformerait pendant ce temps tout ce qui était à corriger dans le royaume, en prenant l'avis des évéques qui étaient cautions â cet égard. Pour l’accomplissement de cette dernière promesse , le roi lixa jour audit maréchal et aux autres exilés pour le premier dimanche après la fête de Saint-Michel , à Westminster. Ainsi le château fut remis au roi, quand déjà le siège était levé.

A la même époque, Pierre, évêque de Winchester, qui aspirait de toutes les manières à la mort d’Hubert de Bourg, alors renfermé dans le château de Devizes, demanda au roi avec instanee et sans faire en aucune façon mention d’Hubert, qu’il lui accordât la garde du susdit château. Il espérait , dit-on , pro-, filter de cette occasion pour ordonner la mort du prisonnier. Hubert, averti de tout cela par les amisqu’il avait à la cour du roi , révéla le projet de l'évêque de

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Winchester à deux officiers qui étaient chargés de fe servir dans le château. Ceux-ci, corapatissant à son infortune , cherchèrent attentivement les moyens de le faire échapper au péril qui le menaçait. Ayant donc trouvé un moment favorable , celui où les gardes du château étaient endormis , l'un d'eux, à la première heure de la nuit, la veille de la Saint-Miche^ chargea sur ses épaules Hubert, encore enchaîné; puis, tandis que son compagnon faisait le guet , il descendit de la tour à l’insu des gardiens, portant son pieux fardeau , et traversa le château dans toute sa largeur, commettant à la fois une noble action et une action blâmable. Arrivé à la porte principale , il sortit par la poterne, ettraversant, quoique avecpeine, le fossé très-profond du château , il monta sans s'arrêter à l'église paroissiale du village et ne déposa son fardeau que quand il fut parvenu avec joie devant le maîtreautel. Alors les jeunes gens qui avaient délivré Hubert ne voulurent plus le quitter, et ils regardèrent comme un acte qui leur mériterait les éloges de la postérité et les récompenses célestes d’encourir la mort temporelle pouravoir sauvé un si grand homme.

Cependant, lorsque les châtelains se furent éveillés et qu’ils ne trouvèrent pas Hubert au lieu accoutumé, ils furent grandement troublés, etsortirenten foule du château avec des lanternes , des bâtons et des armes. Ils le cbercfaèreiit avec soin de tous côtés, jusqu’à ce qu’on fût venu leur apprendre qu’Hubert était dans l’église, délivré de ses chaînes. Aussitôt ils y coururent en tumulte, et ils le trouvèrent

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devant l’autel, tenant à la main la croix du Seigneur. Ils se jetèrentsur lui avec fureur, le frappèrent cruellement à coups de poing et de bâton, le poussèrent dehors et le traînèrent avec ses deux libérateursjusqu’au château , où ils lui firent subir une captivité pire qu’auparavant. Ce fait étant venu aux oreilles de Robert, évêque de Salisbury, il se rendit en toute hâte au château de Devizes, et enjoignit à ceux qui avaient violé l’asile de l’église de reconduire Hubert sans délai dans le lieu de son refuge, et de l’y laisser libre dans l’état où ils l’avaient trouvé. Mais les gens du château répondirent fort brusquement à l’évêque : « Nous aimons mieux qu’Hubert soit pendu que « nous.» Comme ils refusèrent de le conduire dans l’église, l’évêque, en vertu du pouvoir qui lui était confié, excommunia nominalement tous ceux qui gardaient Hubert et qui avaient missur lui une main sacrilège. Puis ledit évêque de Salisbury , s’adjoignant Roger , évêque de Londres, et quelques autres évêques, vint trouver le roi et porta plainte auprès de lui de la violence qui avait été faite à Hubert. Il ne voulut pas se retirer avant d’avoir obtenu la délivrance du prisonnier. Aussi, le cinquième jour avant les calendes de novembre, Hubert fut reconduit dans l’église, le roi y ayant consenti, quoique avec répugnance. En même temps, le roi, irrité de cette contrainte, écrivit au vicomte de la province, et lui donna mission de cerner l’église, jusqu’à ce qu Hubert y eût expiré par le manqued’aliments.

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