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il leur appliqua l’histoire de la montagne qui ac* couche d'une souris, devint plus audacieux et envoya de touted parts des brigands chargés de ramasser des vivres pour la subsistance de l’armée. Pendant ce témps, les assiégés n'avaient de repos ni jour ni nuit. Car au milieu des pierres lancées par les machines elles frondes tournoyantes, au milieu des traitsdé-^ cochés par les archers et les arbalétriers, les clKvafi|K et les sergents montaient résolumentà l’assaut, etquSm ceux-là étaieni fatigués, de nouveaux corabattanis ^ leur succédaient et renouvelaient l’attaque; eu sorte que par ces assauts sans cesse renaissants, . les assiégés n’avaient pas un moment de relâche. Désespérant tout à fait d’être secourus par les'barons, ils s’efforçaient de différer la bnort qui les menaçait : car ils ne redoutaient pas peu la basse tyrannie du roi (fui ne savait pas épargner les vaincus. Aussi pour ne pas succomber sans vengeance et pour faire acheter chèrement à Jean sa victoire, ils trouvèrent dans leurs âmes, comme des lions blessés, un courage intraitable, et ils firent un grand carnage des assaillants. Déjà le siège dorait depuis plusieurs jours à cause de* > la valeur et de l’intrépidité des assiégés qui rendaient , sans se lasser, traits pour traits, pierres pour pierres, et qui obligeaient les ennemis de se tenir à .distance du mur et des remparts. Enfin le roi, voyant qu’un grand nombre des siens étaient morts et que tous ses instruments de guerre avaient peu de résultat, eut recours aux mineurs (jui finirent par renverser une grande partie des muroilles. Cependant les assiégés
Dkjiîizsd by v-i>r»‘»Ic
manquaient de vivres et se voyaient forcés de manger leurs destriers et leurs chevaux de prix. Alors les troupes du roi s'étant précipitées en grand nombre vers les brèches des murailles, obligèrent les défenseurs du château a l'abandonner, non sans avoir perdu beaucoup des leurs dans les assauts continuels et opiniâtres qu'elles livrèrent. Les assiégés s’étant retirés dans la tour, les troupes du roi entrèrent dans le château par les brèches des murailles et pressèrent vivement les ennemis ; mais Guillaume d’Âlbiny avec ses compagnons, les força par une attaque impétueuse de sortir du château. Enfin, le roi dirigea aussi des mineurs contre la tour. Ceux-ci, avec grand’peine, renversèrent un pan de muraille et ouvrirent une entrée aux assaillants, et comme l'armée du roi s’efforçait d’y pénétrer, les assiégés la maltraitèrent beaucoup et la forcèrent de nouveau à lâcher pied. Mais Guillaume d’Âlbiny et les autres seigneurs de sa suite en étaient venus au point qu’il ne leur restait plus une seule bouchée à manger, et mourir de faim leur paraissait trop ignoble, à eux qui n’avaient pu être vaincus par les armes.Âussi , après s’étre concertés, ils sortirent tous de la topr sans presque avoir reçu la moindre blessure , excepté un seul chevalier qui éttiitmort d’un coup de trait, et ils vinrentse présenter au roi le jour du bienheureux André apôtre. Le siège durait depuis trois mois enviroa ; et le roi, furieux d’avoir perdu tant d'hommes et d’avoir dépensé tant d’argent à l’attaque de Rochester , ordonna qu’on suspendit au gibet tous les seigneurs qui s’étaient 111. 5
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rendus, sans tes avoir aucunement à merci. Mais un illustre seigneur, Savary de Mauléon, ne craignit pas de tenir télé au roi et de lui dire ; « Seigneur roi , la • guerre n'est pas Gnie et vous devez réGécliir attenti- « vement à toutes les diverses chances de la guerre. Si « aujourd'hui vous faites pendre ces gens-ci , nous « pounons, moi ou d’autres nobles de votre armée, « tomber entre les mains des barons nos adversaires, «qui auront leur tour et nous feront pendre à votre « exemple; que, dans votre intérêt, pareille chose « n'arrive pas ; car à ce prix personne ne voudrait com- « battre pour votre service. » Alors le roi , quoiqu’n contré“Cœur accéda aux conseils de Savary et d’autres hommes sages, et il envoya dans le château de Korf, pour y être détenus sous bonne garde, Guillaume d’Albiny , Guillaume de Laocaslre , Guillaume de Emeford, Thomas de Muleton, Osbert Giffard,Osberl de Bobi , Odinel d’Alliiny et autres seigneurs. Quant à Robert de Chaurni, Richard Giffard et Thomas de Lincoln , il les dirigea vers le château de Nottingham, et vers d'autres lieux où ils devaient être emprisonnés. Mais il Gt pendre au gibet tous les sergents, n’exceptant’ que les arbalétriers qui pendant le siège avaient [cependant] tué un grand nombre de chevaliers et de sergents. La prise de Rochester affaiblit beaucoup le parti des barons.
Un jour, pendant le siège du château de Roches-
I l’rfeler balislarios. Lin|;ard aduple cetlp interprétation cl ajoute . (lui priihahlrmeiil eiitréiriif à snti servi re.
CT
ter, le roi et Savary faisaient le tour de la place pour en reconnaître les endroits faibles. Un arbalétrier très-adroit de Guillaume d'Albiny les ayant reconnus, lui dit : « Vous plairait-il^ mon seigneur, que <1 je tue livec ce trait que voici tout prêt, ce roi cruel « qui est notre ennemi acharné? » Guillaume lui répondit : « Non, non ; garde-t’en bien, exécrable <1 gourmand 1 ne causons point la mort de l’oint du « Seigneur. » Et comme le soldat répliquait ; « Mais « il ne vous épargnerait pas en pareille occasion. » « - Qu’il en soit ce que le Seigneur voudra, re- « partit Guillaume; le Seigneur disposera de moi, « et non pas lui. » En cela il était semblable à David épargnant Saül alors qu’il pouvait le tuer. Plus tard, le roi Jean eut connaissance de la générosité de Guillaume; mais il ne l’en aurait pas plus épargné pour cela , puisqu’il l’aurait fait pendre si on l’eùt laissé agir.
Excommdmication générale des barons d’Angleterre. — Élection de Simon de Langton a l’archevêché d’Yorr. — Elle est cassée par le pape. — Suspension d’Étienne, archevêque de Cantorbéry. — Vers le même temps, le pape Innocent, voyant que les barons ré- -voltés refusaient de cesser la guerre qu’ils faisaient an roi, les excommunia et confia à l’évéque de Winchester, l’abbé de Reading, et à Pandolphe, sous-diacre de l’église romaine, l’exécution de la sentence conçue en ce^termes : « Innocent, évêque, etc., à Pierre, évêque de Winchester, à l’abbé de Reading, et à
JEAN-SANS-TERRE
Pandotphe, sous-diacre de l'église romaine, salut et bénédiction apostolique. Nous sommes fort étonné et courroucé que notre très-cher fils en Jésus-Christ, l'illustre roi d’Angleterre Jean, ayant satisfait plus même que nous ne l’espérions au SeigneuV et à l’église et surtout à notre frère Étienne, archevêque de Cantorbéry et aux évêques ses suffragants, quelquesuns d’entre eux aient agi moins convenablement qu’il ne fallait dans l'affaire de la sainte croisade ; qu’ils n’aient eu aucun respect pour le mandat du saintsiège apostolique et pour le juste serment de fidélité qu’ils avaient prêté ; qu’ils n’aient prête audit roi ni aide ni faveur contre les perturbateurs de son royaume, devoir qui est évidemment du ressort de l'église romaine .à raison de son droit de seigneurie ; qu’enfin, ils se soient montrés confidents, pour ne pas dire acteurs dans cette inique conjuration ; car celui qui s’abstient d’empêcher un crime qui lui est connu, encourt naturellement le soupçon d’y avoir participé. Voilà donc comment les pontifes dont j’ai parlé défendent le patrimoine de l’église romaine ! voilà donc comment ils protègent les croisés 1 voilà donc comment ils résistent à ceux qui cherchent à faire manquer la croisade 1 Sans nul doute' ils sont pires que les Sarrasins, ceux qui veulent chasser de ses états le roi de qui on pouvait le mieux attendre la délivrance de la Terre-Sainte. C’est pourquoi, afin que l’insolence de pareilles gens ne puisse prévaloir au point de causer danger, non-seulement pouf le royaume d’Angleterre, mais encore ruine pour les autres
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royaumes, et par-dessus tout lamise à néantde l’expédition projetée, nous, au nom du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, en vertu de l’autorité de ses apôtres, Pierre et Paul et de la nôtre, enfermons dans les liens de l’excommunication tous les pertur- * bateurs du roi et du royaume d’Angleterre avec leurs complices et fauteurs et plaçons leurs terres sous l’iilterdit ecclésiastique ; enjoignant de la manière la plus stricte audit archevêque et à ses coévéques en vertu de l’obédience, défaire publier solennellement notre sentence dans toute l’Angleterre chaque jour de dimanche et de fête, au son des cloches, jusqu’à ce que ces perturbateurs aient satisfait à leur seigneur le roi sur les dommages et outrages qu’ils lui ont fait subir, et qu’ils soient revenus fidèlement à son obéissance. Ces prélats devront enjoindre de plus de notre part, à tous les vassaux du roi, au nom de la rémission de leurs péchés, de prêter aide et conseil audit roi contre de pareils pervers. Et si quelqu!un des évêques néglige d’exécuter notre commandement, qu’il sache que nous le suspendons de son office ecclésiastique et que nous dispensons ceux qui lui sont soumis de lui obéir; parce qu’il est juste que les inférieurs n’obéissent pas à celui qui dédaigne d’obéir à son supérieur. Afin donc que notre mandat ne puisse être entravé par les tergiversations de personne, nous avons jugé bon de vous confier la poursuite de l’excommunication lancée contrôles rebelles ainsi que les autres soins relatifs à cette affaire : vous recommandant par ce rescrit apostolique de procéder
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sur-ie-champ et comme bon vous l’entendrez, san». vousinquiéter d’aucune espèce d’appel. »
Vers la même époque, les chanoines de l'église d’York, privés depuis longtemps de pasteur, obtinrent du roi la permission de procéder à une élection et se réunirent à cet effet. Quoique le roi les eût fortement priés de choisir pour pasteur Gaultier de Gray, évêque de Worcester, ils s’en excusèrent et refusèrent de l’élire sous prétexte qu’il 'était illettré. Alors ils procédèrent à l’élection et choisirent maître Simon de Langton, frère de l’archevêque de Cantorbéry, espérant trouver en lui la science qu’on appelle sagesse, c’est-à-direunescience relevée par un parfum de bonnes mœurs; comptant de plus sur l’assentiment du seigneur pape. Mais lorsque cette élection eut été notifiée au roi, il envoya à la cour romaine des députés chargésde faire valoir à l’audience du seigneur pape les allégations suivantes contre ladite élection. « L’arche- (I vêquede Cantorbéry, dirent-ils, est l’ennemi public « du roi d’Angleterre, puisqu’il a été l’instigateur et lo « conseiller delà révoltedesbaronsd’Angletejrrecontre « ledit roi. C’est pourquoi si ledit Simon, quT est frère' « diiditarchevéque,estpromu à l’archevêché d’York,. « la paix du roi et du royajime ne pourra durer long- « temps. • b^n prétextant ces inconvénients et d’autres semblables, ils entraînèrent le pape dans leur parti ; c’est ce qui fit qu’il écrivit en ces termes au chapitre d’York : « Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, etc. Lorsque maître Simon de Langton, avec quelques autres chanoines d’York, s’est trouvé
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(]ei'nièrenient en noire présence, nous lui avons interdit de vive voix de chercher à obtenir l'archevêché d’York , parce que nous ne le souffririons point pour de bonnes raisons; et lui s'est cbufqrnié respectueusement à notre avis, autant que faire se peut eu paroles. Aussi sommes-nous obligé de nous étonner et de nous courroucer eu voyant que son ambition l’a aveuglé au point que, sachant bien qu'après notre défense et sa promesse expresse, il ne pouvait être élu de bon droit, il ait donné son consentement à une élection telle, qu'à défaut de tout autre obstacle, elle eût été regardée comme nulle par nous. Mais pouf qu’eu cette occasion il ne s'élève pas en Angleterre une erreur pire que la première et pour que l’église d’York ne reste pas plus longtemps sans pasteur, nous vous reconimaiidons, sur l’avis commun de nos frères et parce rescrit apostolique et vous enjoignons formellement, en vertu de l’obédience, d’envoyerquelques-uns d’entre vous munis des pleins pouvoirs de toute la communauté au prochain concile, nonobstant l'élection que vous avez faite et tout appel ( car nous ne voulons ni ne devons souffrir des insolences et des machinations de cette espèce ); nonobstant aussi toute tergiversation et prétexte qui pourrait être allégué : ils devront se trouver eu notre présence d’ici aux calendes de novembre au plus tard , aQn d’élire ou de demander de notre aveu pour pasteur une personne convenable. D’ailleurs, nous Veillerons à vous pourvoir d'un prélat convenable et nous punirons sévèrement par l’excommu-
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nicatioD les opposants ou les rebelles, s’il s’en trouve. Quant à maître Simon, qui a consenti à l’élection faite à son égard, nous voulons le punir en châtiment de sa présomption, et le déclarons notoirement indigne ' à l’avenir d’être élevé à aucune dignité pontificale, sans une dispense spéciale du saint-siège apostolique. Donné aux ides de septembre, l’an dix-huitième de notre pontificat. »
A la même époque, Pierre, évêque de Winchester, et maître Pandolphe, s’adressèrent personnellement à l’archevêque de Cantorbéry et lui ordonnèrent formellement, au nom du seigneur pape, de transmettre aux suffragants de l’église de Cantorbéry la sentence du saint-siège apostolique, lancée généralement à Rome contre les barons d’Angleterre, et qui devait être publiée par les évêques; lui enjoignant aussi, pour ce qui le regardait, de la faire publier dans tout le diocèse de Cantorbéry chaque jour de dimanche et de fête. L’archevêque était sur le point de s’embarquer pour se rendre à Rome et assister au ^ concile. Aussi demanda-t-il un délai jusqu’à ce qu’il eût obtenu un entretien avec le seigneur pape. Quant à la publication de la sentence, il assura avec fermeté que, pour arracher cet arrêt contre les barons, on avait tu la vérité : que, par conséquent, il ne la publierait en aucune façon jusqu’à ce qu’il eût connu à cet égard la volonté du souverain pontife et de sa bouche même. Alors les députés chargés d’exécuter
' ïiileligibilis, éfideiamenl vieliglbilis.
ANNÉE ^-215. rr,
l'arrêt, voyant que l’archevêque refusait d’obéir aux ordres du seigneur pape, usèrent de l’autorité dont ils étaient investis et lui interdirent l’entrée de l’élise et la célébration des divins mystères. Celui-ci observa humblement la suspension prononcée contre lui et se rendit en cet état à la cour apostolique. Ensuite l’évêque de ’Winchester, avec son collègue Pandolpbe, déclarèrent excommuniés tous les barons d’Angleterre qui cbercbaient à dépouiller le roi de son royaume, et renouvelèrent à chaque jour de dimanche et de fête la sentence déjà prononcée. Mais les seigneurs, se fondant sur ce qu’aucun d’eux n’avait été désigné nominalement dans le bref du seigneur pape, n’observèrent pas ladite sentence et la regardèrent comme nulle et de nul effet.
Concile général tend a Rome par le pape Innocent. — Accusation contre Étienne , archevêque de Can-
TORBÉRY. — Sa SUSPENSION EST CONFIRMÉE. — Cette
même année, c’est-à-dire, l’an de l’incarnation mil deux cent quinze , un saint et universel synode fut célébré à Rome, dans l’église du saint Sauveur dite Constantine, au mois de novembre. 11 fut présidé par le seigneur pape Innocent III , l’an dix-huitième de son pontificat. Quatre cent douze évêques y assistèrent. Au nombre des principaux prélats se trouvaient deux patriarches , celui de Constantinople et celui de Jérusalem. Celui d’Antioche, arrêté par de graves infirmités, ne put venir ; mais il envoya, pour le remplacer, l’évêque d’Antarade (?). Le patriarche
JKAN-SANS-IKRRE.
d'Alexandrie, placé sous la dépendance des Sarrasins, fit ce qu'il put en envoyant à sa place son diacre Germain. Il y avait soixante-dix-huit primats et métropolitains, plus de huit cents abbés et prieurs. Ceux qui devaient agir au nom des archevêques, des évêques , des abbés, des prieurs et des chapitres absents , n'étaient pas eu si grand nombre. Les députés de l’empereur de Goustantinople , du roi de Sicile , élu empereur des Romains , du roi de France , des rois d'Angleterre , de Hongrie , de Jérusalem , de Chypre, d'Aragon ; ceux envoyés par d'autres princes et seigneurs de provinces , formaient aussi une foule nombreuse. Lorsque tous furent réunis dans l’église dont nous avons parlé, et que chacun eut pris place dans le rang assigné selon la règle des conciles généraux, le pape ouvrit la séance par un discours d'exhortation ; ensuite on lut en plein concile soixante articles qui plurent aux uns et que les autres trouvèrent fort onéreux. Enfin le pape , prenant de nouveau la proie relativement à l'affaire de la croisade et à l'abaissement de la Terre-Sainte , s’exprima ainsi : « Pour que rien ' ne soit oublié de ce qui « peut contribuer au succès d^: affaires de Jésus- O Christ, nous voulons et commandons que les p- (I triarcbes, archevêques, évêques , abbés , prieurs, « et autres qui sont chargés du soin des âmes, répè- « tent soigneusement aux peuples qui leur sont conte fiés des paroles d’exhortation à prendre la croix ;
‘ À<i hoc. Mous adoptoDs la variante ne quid--.
« qu'au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, seul « unique et éternel vrai Dieu , ils supplient les rois . « les ducs , les princes , les comtes , les marquis , les « barons et autres seigneurs , aussi bien que les com- « munes des cités, des villes et des bourgs, de fournir « au moins, s'ils ne marchent pas en personne au « secours de la Terre-Sainte, un nombre suffisant de « guerriers, leur donnant, selon leurs moyens, de « quoi subsister pendant tr«>is ans ; le tout à rémis- K sion de leurs péchés , ainsi qu'il est spécifié dans « les lettres générales. Nous voulons aussi que ceux- « là mêmes participent à cette rémission, qui feront « construire des navires pour l’expédition. S'il y a « des gens qui refusent et qui se montrent mal disa posés, qu'on leur déclare en notre nom, et qu'ils « sachent qu'ils nous répondront de cette ingratitude « au jour du redoutable jugement prononcé par le « juge inexorable. Qu'ils considèrent auparavant quel « sera l'état et la sécurité de leur conscience, lorsqu’il « leur faudra comparaître devant le Dieu seul en- « gendré, et devant le Fils de Dieu , à qui son père a « remis tout dans les mains : eux qui, dans cette oc- « casion, auront refusé de le servir en refusant de « servir le crucifié , qui est son propre fij». celui par a la munificence de qui ils vivent , par le bienfait de qui ils se nourrissent, par le sang de qui ils ont été «■ rachetés. Pour nous, voulant donner l’exemple « aux autres , nous accordons et donnons |X)ur celte « œuvre trente mille livres, outre une flotte, qui nous <«■ sera fournie, tant jwr celte ville que par les contrées
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« voisines, el que nous mettrons à la disposition des « croisés ; ajoutant de plus , trois mille marcs d'ar- « g[ent, qui proviennent des aumônes de quelques « fidèles, et qui sont entre nos mains. Désirant que Il les autres prélats des églises et que tous les clercs Il participent avec nous au mérite et à la récompense, « nous établissons que tous , tant sujets que prélats , Il consacreront pendant trois ans, au secours de la « Terre-Sainte , le vingtième des provenances ecclé- « siastiques ; ne faisant exception que pour ceux qui, H ayant pris ou devant prendre la croix, partiront eu Il personne. Pournous et pour nos frères les cardinaux « de la sainte église romaine , nous contribuerons « pleinement du dixième. Nous établissons aussi que « tous, soit clercs, soit laïques, après avoir pris la « croix , auront sécurité sous la protection du bien- II heureux Pierre et sous la nôtre ; que tous leurs « biens resteront sous la défense des archevêques , Il des évêques et de tous les prélats de l'église de Il Dieu ; en sorte que ces biens demeurent entiers et « libres, jusqu'à ce qu’on ait des nouvelles certaines Il de la mort ou du retour des possesseurs. Si quel- II ques-uns des croisés, à leur départ, ont été astreints « par sermpnt à payer intérêts , que leurs créanciers Il soient forcés par les châtiments ecclésiastiques à « leur remettre leur serment et à renoncer à deman- II der les intérêts. Nous établissons la même chose Il pour les Juifs, qui seront forcés par le pouvoir sé- II culier à en agir ainsi. Que les prélats des églises « qui se montreront négligents à rendre la justice ,
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N soit aux croisés, soit à leurs fondés de pouvoir, soit « à leurs hommes , sachent qu’ils encourront grave « punition. Sur le conseil d'hommes prudents, nous «I déclarons que les croisés oient à se tenir prêts pour a les calendes du mois de juin de l’année prochuine ' ;
« que ceux qui voudront prendre la route de mer se c réunissent dans le royaume de Sicile , les uns à « Brindes, les autres à Messine. Avec la grâcedeDieu,
« nous nous proposons de nous y trouver en per- « sonne, pour qu'avec notre aide et conseil, l'armée « chrétienne reçoive des instructions salutaires , et ■ parle munie de la bénédiction du Seigneur et des « apôtres. Nous qui sommes investi par la miséri- « corde du Dieu tout-puissant de l’autorité des « apôtres Pierre et Paul , d’après le pouvoir que Dieu « nous a donné, tout indigne que nous en sommes,
« de lier et de délier, nous accordons à tous ceux qui « contribueront à cette louable expédition , de leurs « personnes et de leurs biens , pleine rémission de n leurs péchés dont ils se seront confessés de bouche,
« étant véritablement contrits de cœur, et nous leur . « promettons dans la rétribution des justes une part • au salùt éternel. Quant à ceux qui auront contribué X à l’entreprise, non point de leurs propres per-
' Jmiit sequenlis post proximum. Nous adoptons cette traduction , parce qu’en effet, la croisade commença vers le milieu de l'année suivante. Mais le texte n’cst pas clair : on sait qu'il y avait deux époques dans l’année , le mois de juin et le mois de septembre , consacrées au transport des croisés en Palestine , quoique le zèle des pèlerins n’attend It pas toujours le retour d'un passage plus rapide et plus sAr.
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« sonnes, mais de leurs biens, elen fournissant, selon <1 leurs moyens, des hommes convenables, ou à ceux « qui y auront pris part, non de leurs propres biens, « mais de leurs propres personnes , nous leur accor- « dons aussi pleine rémission de leurs péchés. Nous <1 voulons aussi que ceux - là participent à cette iiidul- « gence, qui auront contribué convenablement sur « leurs biens au secours de la Terre -Sa in te , ou qui « auront donné à cet égard aide et conseil opportuns. « A tous ceux, enfin, qui partent pour la croisade, le « saint et universel synode fait une part de bonnes « œuvres , pour qu elle leur soit comptée dignement « pour le salut. Ainsi soit-il. »
Dans ce concile , les procurateurs du roi d’Angleterre qui étaient l’abbé de Beaulieu , Thomas de Herdington et Godefroi de Cracumbe , ces deux derniers chevaliers , agirent contre Etienne , archevêque de Cantorbéry , et l’accusèrent formellement de connivence avec les barons d’Angleterre , disant que par son aide et par ses conseils, il soutenait les barons dans le projet de détrôner le roi ; qu’après avoir reçu les lettres du saint-siège apostolique qui lui enjoignaient de réprimer par la censure ecclésiastique les barons révoltés contre le roi , il s’était excusé de le faire , qu’alors l’évéque de Winchester et ses co-délégués lui avaient interdit l’entrée de l’église et la célébration des divins mystères ; qu’enfin , malgré cet état de suspension , il s’était rendu au concile et s’était évidemment montré rebelle aux ordres apostoliques. A ces allégations et à beaucoup d’autres de
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celle nature, l'archevêque parut convaincu et couvert de confusion ; il ne répondit rien, et se borna à de- ' mander d'être absous de la suspension. Ou dit que le pape indigné lui fit cette réponse : « Par saint « Pierre , mon frère , vous ne recevrez pas si facile- « nient le bénéfice d'absolution , vous qui avez de si « nombreux et de si grands torts non- seulement en- <^^vers le roi d'Angleterre, mais encore envers l’é- & glise romaine. INous voulons délibérer avec m^s « frères en plein conseil pour savoir de quelle ma- « nière nous punirons un excès si téméraire . » Enfin ,. après avoir pris à ce sujet l'avis des cardinaux, il confirma, par la lettre suivante, la sentence de suspension lancée contre ledit archevêque.
« Innocent, évêque, à fous les suffragantsde l’église de Cantorbéry, salut. Nous voulons qu’il vous soit notoire è tous que nous avons pour bonne et valable la sentence de suspension, prononcée par notre vénérable frère Pierre, évêque de Winchester, et par notre cher (ils le sous-diacre Pandolphe , notre familier, élu à Norwich , contre Étienne , archevêque de Cantorbéry, en vertu de l’autorité apostolique dont ils étaient investis ; nous ordonnons que cette sentence soit observée inviolablement , jusqu’à ce que ledit archevêque, qui s’y soumet lui-même humblement , ait mérité d’en être relevé selon la forme usitée dans l'église canonique, eu changeant un lieiv pour un autre. C’est pourquoi nous vous recommandons et enjoignons , à vous tous tant que vous ôtes , par ce rescrit apostoliijue , d’observer fermement ladite seu-
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lence; et jusqu'à ce qu'elle soit levée , vous autres évéques ne devrez obéir en rien audit Etienne. Donné à Latran, la veille des nones de novembre. « Cela fait , les chanoines de l'église d’York présentèrent au seigneur pape maître Simon de Langtou , et demandèrent qu'il confirmât son él.ecliou. Le pape leur dit : « Vous savez que nous ne le regardons pas comme * « élu , et que nous avons de bons motifs pour ne pas « souffrir qu’il soit élevé à une si haute dignité. Et « comme surtout cette élection a été célébrée malgré « notre défense , nous la cassons absolument et la « condamnons à jamais , déclarant que ledit Simon « ne peut être désormais ni nommé ni élu à aucune « dignité pontificale , sans une dispense spéciale du « saint-siège apostolique. » Cette élection ayant donc été cassée , le seigneur pape commanda aux chanoines de procéder à une nouvelle élection ; sinon , qu’il leur procurerait un pasteur convenable. Alors les chanoines, se souvenant des démarches faites auprès d’eux, demandèrent pour pasteur Gaultier de Gray, évêque de Worcester, se fondant sur la pureté de sa chair : « car , disaient-ils , il est resté vierge depuis « l'instant où il est sorti du ventre de sa mère jus- « qu’au présent jour. » On prétend que le pape leur répondit ; « Par saint Pierre , la virginité est une « grande vertu , et nous vous le donnons pour pas- « teur. U Ledit évêque reçut le pallium, et revint en Angléterre , après s’être engagé à payer à la cour romaine dix mille livres sterling', poids légal. À la fin, lorsque le concile fut dissous, le pape extorqua à
ciiaque prélat de grosses sommes d'ai^ent qu'il fallut payer non-seulement en abandonnant les richesses du voyage, mais encore en empruntant aux usuriers à de dures conditions. Peu après , les chevaliers Thomas de Herdington et Godefroi de Cracumbe arrivèrent en Angleterre, et étant venus trouver le roi qui s'était déjà emparé du château de Rochester, comme nous l'avons dit, ils lui rapportèrent ces joyeuses nouvelles. Le roi , apprenant que les barons d'Angleterre étaient excommuniés, l'archevêque de Cantorbéry suspendu, Simon son frère, cassé, Gaultier de Gray promu à l’archevêché d’York ; se voyant de plus maître absolu du château de Rochester , ne put contenir sa joie; il leva sur-le-champ son camp eLse rendit en toute hâte à Saint-Albans. Lorsqu'il y fut arrivé, il entra dans le chapitre en présence du couvent, fit lire à haute voix les lettres qui suspendaient l’archevêque de Cantorbéry, et exigea formellement du couvent qu'il confirmât ledit arrêt en y apposant le sccair de la communauté , et qu'il le fît publier dans toutes les églises d’Angleterre tant calbéd''ale8 que cenvertvelles. On doit se souvenir ici de ces mots du poète : « Le puissant supplie l’épée « au poing. » Le couvent consentit aux exigences de Jean , quoique sans doute à contre-cœur. Aussitôt le roi , suivi de quelques-uns de ses conseillers , se retira à l’écart dans le cloître derrière le chapitre , et là s’occupa des moyens de confondre ses ennemis, c’està-dire les seigneurs d’Angleterre , et de fournir la solde à celte nuée d'étrangers qui combattaient pour ui. • 6
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son service. Enfin le roi partagea ses troupes en deux armées : l’une devait servir à réprimer les incursions des barons qui demeuraient à Londres ; à la tête de l'autre, il porterait le fer et la flamme dans les provinces septentrionales d'Angleterre , et détruirait tout ce qui se présenterait à sa rencontre. Ces choses se passèrent à Saint-Âlbans , le treizième jour avant les calendes de janvier. L'armée qu'il laissa dans le midi était commandée par des guerriers fameux : c’étaient Guillaume , comte de Salisbury, propre frère du roi ; Falcaise, homme sans entrailles et sans miséricorde ; Savary de Mauléon , brave mais cruel , avec ses Poitevins; Guillaume Bruer, courageux et expérimenté, avec tous ses hommes ; Gaultier Burk, assassin et homme de sang , avec ses ignobles et exécrable' Flamands et Brabançons , souillés de tous les crimes. 11 y avait avec eux d’autres chefs que , pour le moment , je me dispense de nommer , afin d'étre plus bref.
Le roi Jean dévaste le nord de l’Angleterre. — Les provinces du midi sont dépeuplées par ses lieutenants. — Faits divers. — Le roi Jean, de roi devenu tyran, ou plutôt ayant dépouillé le caractère de l’homme pour prendre la férocité de la bête , quitta le bourg de Saint-Albans et emmena avec lui , du côté du nord, Guillaume, comte d’ Albemarle, Philippe d’Albiny, Jean Maréchal, et plusieurs chefs d'outre-mer, Gérard de Sotin, Godeschall avec les Flamands, les arbalétriers et d'autres nations per-
verses qui ne craignaient pas Dieu et qui ne respectaient pas les hommes. Après avoir passé la nuit au bourg de Dunstable, il partit avant le jour, et se dirigea vers Northampton , ravageant toutes les habitations. 11 avait partagé ses troupes en plusieurs corps qui entraient à main armée dans les éditices des barons , les brûlaient , se chargeaient de dépouilles , emmenaient les animaux , détruisaient tout ce qu’ils rencontraient, et laissaient après eux un horrible spectacle. Pour comble de désolation et de méchanceté , le roi ordonna à ses incendiaires de brûler les baies sur leur passage , d'incendier les villages aGii que les dommages de ses ennemis (si tant est qu’on puisse appeler ses ennemis ceux qui essayaient de le rappeler à la douceur et à la justice) lui réjouissent la vue, et que le pillage pût rassasier les abominables ministres de ses iniquités; Tous ceux qu’on rencontrait hors de l’église ou du cimetière , de quelque condition , de quelque âge , de quelque rang qu’ils fussent, étaient saisis , livrés h toutes sortes de supplices , et forcés de payer de grosses rançons : c’est la maxime du poëte : « Les Grecs se ressentent « du furieux délire des rois. » Les querelles des princes retombaient sur les pauvres innocents. Lorsque les châtelains qui demeuraient dans les châteaux forts des barons apprenaient l’arrivée du roi , ils laissaient les châteaux vides, et, empressés de pourvoir à leur salut , ne songeaient qu’à se cacher. Ils abandonnaient aux ennemis les provisions , les dépouilles, et tout ce qui garnissait les places. Le roi Jean laissa
Si
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des corps de troupes dans tous les châteaux qu'il trouva vides , et arriva à Nottingham accompagné de ses exécrables satellites.
Pendant ce temps, Guillaume, comtede Salisbury, Falcaise, et les autres gens de guerre dont nous avons parlé, que le roi avait détachés de son armée en se séparant d'eux à Saint-Albans, établirent à Windsor, à Hartford, à Berkamsled, des châtelains et des soldats nombreux et bien armés ; leur donnant mission d’observer ceux qui entreraient à Londres, ceux qui en sortiraient, et de chercher à couper les vivres aux barons. Cela fait, ils parcoururent les provinces d’Essex, de Hartford, de Middlesex, de Cambridge, de Huntingdon, se livrant aux rapines et au pillage, à l’exemple d’Holopherne, général de l’armée des Assyriens; mettant les villes à contribution, se saisissant des hommes, incendiant les édifices des barons , détruisant les parcs et les garennes, coupant les arbres fruitiers : iis portèrent même la flamme jusque dan»les faubourgs de Londres, et y firent un butin inestimable. Lorsque des messagers venus de divers lieux racontaient tous ces malheurs aux barons, ceux-ci se regardaient mutuellement et se bornaient à dire : « Le Seigneur nous a N donné, le Seigneur nous a ôté : il faut prendre nos a maux en patience. » Et, quand, au milieu des détails qu’on leur donnait sur les abominations commises par les impurs satellites du roi Jean , on leur parlait de leurs femmes et de leurs filles-livrées en jouets à ces misérables, ils gémissaient et s’écriaient : « Voilà
« doue les belles adions de ce très-cher ills en Jésus- . « Christ, comme dit le pape. Son vassal qu’il ptx>té(>e « si bien subjugue d’une façon nouvelle un noble et « libre royaume comme le nôtre. O douleur! n’est-il « pas manil'estenienten faute, celui qui, loindesecou- « rir unpeople désolé, répand son venin sur la con- « grégation des pauvres que nous devons appeler « l’Église. Le crime a d’autant plus d'éclat que celui « qui le commet est plus haut placé. » Ils employaient ainsi leur bouche à prononcer ces plaintes et d'autres paroles de désespoir, sans garder de mesure. Vers le inéme temps, Falcaise s’empara de la forteresse de Hamstape qui appartenait à Guillaume Manduit, et la détruisit le quatrième jour avant les calendes de décembre. Le même jour fut prise, par les châtelains de Rochester, la forteresse de Tunbridge, qui appartenait au comte de Clare. Vers le même temps, Falcaise, ayant paru devant le château de Bedfort, demanda aux gardiens de le lui livrer : ceux-ci obtinrent une trêve de sept jours; mais comme, pendant cet espace de temps, leur seigneur Guillaume de Beauchamp ne vint pas les secourir, ils rendirent le château audit Falcaise , le quatrième jour avant les nones de décembre. Le roi , qui goûtait fort les violences de Falcaise, pour qui le bien et le mal étaient tout un , lui donna en récompense le château de Bedfort, et pour épouse une noble dame. Marguerite de Redviers, avec toutes les possessions dont celle-ci était héritière, ainsi que les terres de beaucoup de barons anglais. Par là il aggravait encore les haines
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soulevées contre lui. Cette même année, Guillaume de Cornehull fut consacré évêque de Chester, le jour * de la conversion de saint Paul; maître Benoît, précenteur de l’église de Saint-Paul à Londres, fut consacré évêque de Rochester, le huitième jour avant les calendes de mars ; maître Richard, doyen de Salisbury, fut aussi consacré à Chicester.
Le CHATEAU DE BeAÜVOIR EST LIVRÉ AD ROI. — DÉTAILS SDR LES ATROCES CRUAUTÉS EXERCÉES PAR JeAN ET PAR SES MERCENAIRES. — L’an de grâce ^2^6, qui est l’année dix-huitième du règne du roi Jean, ledit roi passa le jour de Noël au château de Nottingham; le lendemain il leva son camp et se rendit à Langar, où il passa la nuit. Le lendemain matin il envoya une ambassade solennelle au château de Belver, et exigea, avec de grandes menaces, que ceux qui y étaient enfermés le lui rendissent. Les gardiens du château étaient Nicolas, clerc, et fils de Guillaume d’Albiny, Guillaume de Stodham, et Hugues de Charneles, chevaliers, qui tinrent aussitôt conseil avec leurs compagnons d’armes sur ce qu’il y avait à faire; car ou leur avait annoncé , au nom du roi, que si l’on opposait la moindre résistance * à la reddition du château, Guillaume d’Âlbiny n’aurait plus à manger et mourrait de la mort la plus honteuse. Les assiégés étaient dans le plus cruel embarras et ne savaient à quoi se résoudre. Enfin, après avoir délibéré en com-
' Conditionem ; nooi adoptoiu la variante contraâicHonem.
rnun, ils furent tous d’avis qu'il valait mieux racheter leur seigneur d’une mort ignominieuse, en ren dant le château , que d’essayer de le défendre-, pour perdre à la fois seigneur et château. Alors Nicolas d’Albiny et Hugues de Gharneles, ayant pris avec eux les clefs du château , allèrent trouver le roi à Langar, et lui rendirent le château, à condition qu’il agirait miséricordieusement envers leur seigneur, et qu’eux-mémes auraient la permission d’y rester en paix, protection et sécurité, avec leurs armes et leurs chevaux. Le lendemain, qui était le jour de saint- Jean évangéliste, le roi Jean entra dans le château, dont il remit la garde à Geoffroi et à Olivier de Bouteville , tons deux frères et Poitevins de nation. 11 reçut de tous ceux qui s’y trouvaient serment de fidélité'et de féal service, et il leur accorda à tous des lettres patentes qui leur garantissaient l’indemnité de leurs biens et possessions.
Cependant un corps détaché de l’armée du roi étant venu è Dwinton, forteresse appartenant à Jean de Lascy, la trouva déserte ; >0110 fut aussitôt rasée sur l'ordre du roi. Gela fait, le roi sépara en plusieurs corps ses exécrables aventuriers, et pénétra dans les provinces du nord ' , brûlant les édifices des barons, emmenant les bêtes par troupeaux, pillant , dévastant tout par l'épée, détruisant enfin ce qui se présen tait à lui, sans égard pour le Seigneur ni pour la pitié
‘ Nous proposons ponr cette phrase, divisis an lieu de visis, et penetrans au lieu de pénétrantes.
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due aux pauvres. Ces satellites de Satan, ces ministres du diable, rassemblés, à cet effet, des contrées les plus éloignées, couvraient la face de l’Angleterre comme une nuée de sauterelles. Pour les plus humbles babitants de ces contrées, le soupçon de posséder quelque chose était un arrêt de mort ; des supplices raffinés forçaient celui qui n’avait rien à avouer qu’il avait quelque chose, et à se procurer de quoi payer. Partout on voyait courir cesmeurtriers couverts de sa ng humain, ces voleurs de nuit, ces incendiaires, ces fils de Belial , qui , l'épée au poing , voulaient faire disparaître de la surface de la terre depuis l’homme jusqu’au dernier mouton , et anéantir tout ce qui était nécessaire aux besoins humains. Us parcouraient, leurs couteaux niTs à la main, les villages, les maisons, les cimetières, les églises, et dépouillaient ^tout le monde, sans épai^ner ni les femmes ni la faiblesse des enfants et des vieillards. Ce qu’ils ne pouvaient dévorer, ils le livraient aux flammes ou le gâchaient de telle sorte qu'il devenait impossible de s’en servir. Ceux même qu’on ne pouvait accuser de rien, ces misérables les traitaient d’ennemis du roi ; partout où ils les rencontraient, ils les traînaient pêlemêle en prison , où ils étaient chaînés de fers et obligés de se racheter moyennant de' grosses sommés. Les prêtres.^ jsu pied des autels , portant en main le signe dé \a sainte croix , ou consacrant le corps du Sauveur, tout couverts qu’ils étaient de leurs habits sacrés, et malgré le respect que devait inspirer leur présence à l’autel, étaient saisis>brula lenient , tortu-
rés, dépouillés, blessés ;il n’y eut ni pontife, ni prêtre, ni lévite, qui pût verser sur ces blessures I huile ou le vin. Les chevaliers et les autres hommes , de quelque état qu’ils fussent, étaient exposés aux mêmes violences, jusqu’à ce qu'ils eussent livré leur argent. Les uns étaient pendus par les reins et par les organes de la génération; les autres par les pieds et les jambes ; ceux-là par les mains, les pouces et les bras. On jetait aux yeux de ces malheureux du sel fondu dans du vinaigre ; et ces victimes ne comprenaient pas qu'elles souffraient à l’exemple du Dieu créé, et que c’était un martyre pareil à celui du iChrist. D'autres attachés sur des trépieds et sur des grils, étaieirt exposés à des charbons ardents ; puis leurs corps à denii-consumés étaient plongés sous la glace ; ainsi que dans les supplices de l'enfer, on passe d’une chaleur ardente à un froid excessif. Dans ces tortures ils rendaient l’âme ou ne conservaient qu’un souffle de vie ; et tandis qu’au milieu des tourments iis poussaient des cris et d’horribles gémissements que la douleur leur arrachait , il n’y avait personne qui eût pitié d’eUx ; les bourreaux ne demandaient pas autre chose que de l’argent : mais c’était ce que les patients n’avaient pas , et on refusait de les croire dans leur désespoir. Quelques-uns qui n’avaient rien promettaient beaucoup , afin de retarder par quelques instants d’un trop court délai , les supplices qu’ils avaient déjà endurés. Enfin, c’était en Angleterre une persécution générale ; les pères étaient vendus, pour les tortures, par leurs enfants; les frères
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par les frères; les citoyens par les citoyens. Les foires et les marchés avaient cessé ; le peu qu’on vendait se vendait dans les cimetières , et encore ce n’était pas sans des scènes de désordre. L’agriculture était morte. Au milieu de tous ces outrages qui s’adressaient aux barons, ceux-ci restaient à Londres comme des femmes en mal d’enfant couchées dans leurs lits. Leur
, et de saeau ragoût
qui pût aiguiser leur gourmandise et réveiller leur appétit dédaigneux. Mais tandis qu’ils dormaient, le roi ne s’amusait pas à dormir, et faisait rentrer sous son pouvoir leurs terres, leurs possessions, leurs châteaux et leurs forteresses , depuis la mer du Midi jusqu’à la mer d’Ecosse. Le roi, disposant à son gré, comme nous l’avons dit, jdes possessions des barons, donna toute la terre entre la rivière de Tees et l’Écosse, avec les châteaux et dépendances, à Hugues de Bailleul et à Philippe de Hulecotes , leur assignant un corps de chevaliers et d’hommes d’armes suffisant pour la défense du territoire. Dans le canton d’York il établit pour gardiens des châteaux et des terres , Robert de ’t^ieux-Pont, Brien de l’isle, et Geoffroi de Luci, avec ûncorps d’hommes d’armes. A Guillaume, comte d’Albemarle,il donna les châteaux de Rokingbam , de Sawey , et celui de Bingham , qui appartenait à Guillaume de Goleville. A Falcaise, il confia les châteaux d'Oxford, de Northampton, de Bedfort et de Cambridge; à Ranulb l’Allemand, celui de Berkamsted , et le château de Hartford à Guillaume
grande aflaire était de boire et de manger voir si on leur présenterait quelque nouvi
de Godcrville, chevalier du vasselage de Falcaisc. Le roi donna mission à tous ces chefs, ainsi qu’aux autres qui tenaient pour lui en Angleterre , de détruire, au nom de la conservation de leurs personnes et de leurs biens , toutes les possessions des barons , châteaux, édifices, villages, parcs, garennes, étangs, moulins, arbres fruitiers, et d’achever, avec une fureur pareille, l’œuvre que lui-même avait déjà commencée. Ceux-ci n’osèrent pas résister aux ordres du roi, et se conformèrent si bien à ses instructions, <que la -dévastation des édifices et des possessions des seigneurs formait un spectacle lamentable pour tous ceux qui en étaient témoms. Leur cruauté en était ’ venue au point que celui qui n'était pas le plus méchant était regardé comme bon, et que celui qui ne nuisait pas autant qu’il pouvait nuire , paraissait rendre service. Ensuite le roi Jean , enflammé d’un violent courroux, se dirigea vers les contrées d’Écosse, en deçà de la mer, et, après s’être emparé du château de Berwick ét'de plusieurs autres qui passaient pour imprenables, il railla le roi d’Écosse Alexandre, et, se moquant de ce que ce dernier était roux , il s’écria : « C’est ainsi, c’est ainsi que nous ferons fuir de sa tanière le renard au poil roux. » Il eût commis dans ce pays beaucoup de ravages et de dévastations, s’il n’eût été rappelé par une aflaire importante qui ne souffrait point de délai. A son retour du nord de l’Angleterre , le roi laissait tout le pays si bien soumis à son autorité , qu’il ne restait plus au pouvoir des barons que deux châteaux tout au plus , celui de
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Montsorel, el uii autre qui appartenait à Robert de Ros, dans la province d’York. Après avoir tout subjugué en massacrant tout, le roi Jean redesceudit vers le midi, en longeant le pays de Galles. Là il agit avec su cruauté habituelle contre tous ses adversaires, assiégea et prit un grand nombre de châteaux appartenant à ses ennemis. Les uns furent démolis^ il garda pour lui les autres, et y mit garnisons d’hommes d’armes.
Excommonication nominale et spéciale des. barons d’Angleterre. — Exécution de la sentence. — L’ile d’Ély dépeuplée. — Vers' la même époque , sur les instances du roi d’Angleterre , le souverain pontife excommunia, nominalement et spécialement, parla lettre suivante , les barons d’Angleterre qu’il avait excommuniés d’abord en général ; « Innocent, évêque , etc., à ‘l’abbé d’ Abingdon , archidiacre de Poitiers, et à maître Robert, official de l’église de Norwich , salut. Nous voulons qu'il vous soit notoire que, dans le dernier concile général, nous , au nom du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, par l’autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul , et par la nôtre , avons excommunié et anathématisé les barons d’Angleterre, ainsi que leurs complices et fau teure, qui poursuivent Jean , l’illustre roi d’Angleterre, croisé et vassal de l’église romaine, et qui cherchent à lui enlever un royaume qui appartient manifestement à l’église romaine. De plus, nous excommunions et anathémaiisons tous ceux qui ont
donné aide et secours pour molester ou attaquer ledit roi, et pour arrêter ceux qui marchaient à sa défense; et nous plaçons sous l'interdit ecclésiastique les terres des susdits barons. En outre , voyant qu'ils n'en ont • pas nmins persévéré dans leur inique projet, et qu’ils sont devenus, sur ce point, pires que les Sarrasins, nous aggravons sur eux le poids de, notre colère ; déclarant que si quelque clerc, de quelque rang ou de quelque ordreqii’il soit, prend sur lui de violer lesdites sentencesd’exeommunication ou d’interdit, il ait à se regarder comme frappé du glaive d’anathème , et comme deposable de tout office ou bénéfice , s’il ne vient au plus tôt à résipiscence. C’est pourquoi nous recommandons et enjoignons à votre discrétion, par ce rescrit apostolique, de foire publier lesdites sentences par toute l’Angleterre, et de les faire observer inviolablemeiU au nom de notre autorité , indépendamment de toute considération de rang et d’appel. Néanmoins, nous voulons et ordonnons, que certains barons d’Angleterre que notre vénérable frère l’évêque de Winchester, et nos chers fils l’abbé de Reading Pt maître Pandolphe , notre sous-diacre et familier, délégués par nous, ontdéclarés excommuniés personnellement, parce qu'ils étaient les plus coupables dans cette affaire , à savoir : les habitants de Londres, qui ont été les principaux auteurs de cette machination perverse, et Robert, fils de Gaultier, lecomtede Winchester, Robert son fils , Geoffroi de Mandeville et Guillaume smi frère, lecomtede Clare et Gilbert, son fils, Henri, comte de Heref«>rd, RichaPii
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de Percy Eustaclie de Vescy , Jean , constable tie Chester, Guillaume do Mowbray , Guillaume d’Albiuy , Guillaume , son fils , Robert de Ros et Guillaume , son fils , Pierre de Brus ; Roger de Creissy , Jean, son fils, le comte Roger Bigod, Henri, son tils, Robert de Ver, Foulques, Ills deGuarin, Guillaume Malet, Guillaume de Montaigu , Guillaume, GIs de M aréebal, Guillaume de Beauchamp, Simon de Kioie, Roger de Moiitbégon, Nicolas d’Estouteville, ainsi que les autres désignés nominalement dans la sentence des susdits juges, soient excommuniés avec leurs complices et fauteurs, en vertu de l’autorité apostolique ; que vous les fassiez déclarer publiquement comme tels dans toute l’Angleterre, et comme gens dont le commerce doit élre évité par tout le monde; que vous fassiez renouveler cette sentence solennellement chaque jour de dimanche et de fête ; que vous en prononciez l’observation inviolable ; que vous déclariez sous l’interdit ecclésiastique la ville de Londres; que vous punissiez les contradicteurs par la sentence ecclésiastique, sans vous embarrasser d’aucun appel ; qu'enfm , vous annonciez publiquement l’excommunication et la suspension de maître Gervais, chancelier de Londres, qui, au rapport des juges dont nous avons parlé, s’est montré le persécuteur le plus ardent du roi et des siens, lui assurant qu’il sera puni d’un plus grand châtiment, s’il ne donne satisfaction convenable. Que si tous ne..., etc. » Donné à Latran, le dix-septième jour avant les calendes de janvier, l’an dix-huitième de notre pontiGcat.
ANNÉE H2l(i.
Lorsque cette lettre fut parvenue aux juges à qui elle était adressée, ils écrivirent en ces termes à toutes les églises cathédrales ou conventuelles d’Angleterre : « Innocent, évêque, etc. En vertu de l’autoritéde ce mandat , nous vous reconunandons et enjoignons formellement de déclarer excommuniés les barons d’Angleterre , ainsi que leurs complices et fauteurs qui perséeuteut le seigneur Jean , roi d’Angleterre , et tous ceux qui ont donné aide et secours pour molester et attaquer ledit roi, ou pour arrêter ceux qui marchaient à sa défense ; vous ordonnant aussi de prononcer la mise en interdit ecclésiastique des terres de ces mêmes barons. Non-seulement vous déclarerez excommuniés ceux qui sont nommés personnellement dans le précédent rescril du seigneur pape, mais encore tous les autres qui sont désignés nominalement dans la sentence des précédents juges, à savoir": Gaultier de Norton, Osbert, flls d’Alain, Olivier des Vallées, Henri deBraibroke, Robert de Ropesle, Guillaume de Ilobregge, Guillaume deManduit, Maurice de Gant, Robert de Brakiey, Adam de Lincoln, Ranulf de Maudeville, Guillaume de Lanvaley , Philippe, fils de Jean, Guillaume deTuinton, Guillaume de Huntingl'eld , Alexandre de Puinton, Richard de MuntGchet, Robert de Gressey , Geoffroi, constable de Meauton , Guillaume , archidiacre de Hereford, Jean deFereby, Ranulf, chapelain de Robert 61s de Gaultier, Alexandre de Sutton, Guillaume de Coleville , Robert, -son fils , Osbert de.Bobi , Osbert Giffard, Nicolas de Stanville, Thomas de Muleton, les
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ciloyens de Londres , maître Gervais , leur chancelier ; plaçant publiquement la ville de Londres sous l’interdit ecclésiastique. Vous aurez soin de faire publier les sentences d’excommunication et d’interdit dans vos églises, tant coiiventuelies que paroissiales, qui dépendent de vous, de les faire renouveler solennellement chaque jour de dimanche et de fête ; exécutant soigneusement chaque article du mandat apostolique, et l’observant fermement autant qu’il est en vous ; sous peine d’encourir la peine canonique réservée aux désobéissants. Portez-voûs*^bi(W. » Ces sentences d’excommunication et d’interdit publiées bientôt dans toute l’Angleterre parvinrent à la connaissance de tout le monde. La seule ville de Londres, siège des révoltés, en fit si peu de cas, que les barons ne voulurent les observer, ni les prélats les publier. Ils disaient, en général, que ces lettres avaient été obtenues par de fausses suggestions, et que, par conséquent, elles n’étaient d’aucun poids : s’appuyant surtout sur ce que le soin de régler les affaires laïques n’appartient pas au pape , puisque le Seigneur n’a donné d’autre pouvoir à l’apôtre Pierre et à ses successeurs que celui de gouverner les choses ecclésiastiques. « Pourquoi, s’écriait-on, l’insatiable cupi- « dité des Romains? Qu’ontde commun les évêques de « Rome et notre chevalerie ? Ce sont là des successeurs « de Constantin et non pas de Pierre. Ils n’imitent « Pierre ni dans ses mérites ni dans ses œuvres, et ils <1 ne doivent pa."? lui êlreassimilés pour la puissance :■ « Dieu est juste dans la récompense des mérites.
• 0 honle ! De sales ribauds, qui ne savent ce que c'est « que la bravoure et la générosité, d’ignobles usuriers, «dessimoxiiaques, prétendent régenter le monde avec « leüçs excommunioalions. Ali ! combien ils diffèrent « dePierre ceux qui agissent en son nom !... » Ainsi,' chacun exprimait sa douleur en levant les yeux au ciel. Qr person^ Londres ne tint le moindre compte de la sentencHrexcommunicalion et d’interdit. On célébra, comme à l’ordinaire, les mystères divins dans toute la ville; les cloches sonnèrent, et les offices furent chantés à haute voix.
Vers le même temps, Gaultier Burk, avec ses Brabançons, entra dans l’île d’Ely du côté d’Herebey , arrachant tous ceux qui s’étaient retirés dans les églises du pays et les for çant par de cruels supplices à payer de grosses rançofig. Il n’y avait plus d’asile où mettre en sûreté sa personne et ses biens. En effet le comte de Salisbury , Falcaise et Savary de Mauléonqui se trouvaient dans le comté, entrèrent à leur lour dans l’île par le pont de Slunteney. La glace permettant de pénétrer partout, ils se livrèrent aux plus affreux ravages, dépouillant toutes les églises ravageant enfin tout ce qu’avaient laissé les brigands précédents. Ils entrèrent l’épée nue dans l’église cathédrale , la livrèrent au pillage et à la profanation • même brûlée, si le prieur du lieu ne l’a- V^fechetée pour deux cent neuf marcs d atent. Le seigneur Étienne lui-même, homme aimable et libéral , et irréprochable en toutes choses , fut tiré violemment hors de l’église ; noble et pieux , il fut mal-
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traité par des êtres vils et impies : il perdit tout ce qu'il avait, ses chevaux, ses livres, ses meubles et toute sa vaisselle. Ce qui est triste à dire, il ne racheta son corps des supplices rafRnés dont on le menaçait, qu’en donnant cent marcs d’argent. Dans l’île d’Ély, quinze chevaliers avec une foule d’hommes de diverse condition , furent pris. Les plus nobles et les plus riches chevaliers s’échappèrent , quoiqu’à grand’ peine , à la faveur de la glace qui leur servait de pont. Les uns se cachèrent , les autres parvinrent à gagner Londres. Quelques-uns d’entre eux furent saisis sur les chemins : n’ayant pas de chevaux , ils étaient tombés de lassitude et n’avaient pu continuer leur route. Ainsi tout ce qui se trouvait dans l’ile était exposé aux rapines de ces brigands : de nobles et illustres dames devenaient le jouet ^ ces misérables.
Les barons élisent pour roi d’Angleterre Louis , FILS DE Philippe-Auguste. — Plaintes contre le roi Jean. — Plaintes contre le pape. — A cette époque , les barons qui avaient déjà perdu tout ce qu'ils chérissaient le plus au monde, et qui, se voyant hors d’état de recouvrer par leurs propres forces ce qui leur avait été enlevé, désespéraient d'un meilleur avenir, ne savaient à quoi se résoudre; ils maudissaient la fraude , les tergiversations et l'infidélité du roi , et disaient en gémissant et en soupirant : « Mal- « heur à toi, Jean, le dernier des rois, l’abomination « des princes anglais, la ruine delà noblesse d’Angle- « terre. Hélas 1 pauvre Angleterre, déjà si désolée, et
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Il qui le sera plus encore ! Hélas! Angleterre! Angle- « terre ! toi, jusqu’ici la reine des nations par tes ri- « chesses, tu es mise sous le tribut. Non-seulement tu t< es dévastée par la flamme, par la famine et le fer, « mais encore tu es eourhée et tu gémis sous le joug «d’étrangers et d’ignobles esclaves ; rien n’est plus « déplorable que d’étre soumis à uneservitude impo- « sée par des serfs. Nous avons lu que beaucoup de «rois, même de faibles princes ont combattu jusqu'à <1 la mort pour la délivrance du peuple qu’ils gouver- « naient. Toi, Jean , de lugubre mémoire pour les « siècles futurs , tu n'as songé, tu n’as travaillé qu'à « rendre esclave ton royaume libre de toute antiquité, « et qu'à entraîner les autres avec toi sous le joug, fl comme la queue du serpent a entraîné la moitié des « étoilesdu firmament Mais c’esltoi-méme que tu as fl déshonoré tout le premier. De roi libre , tu es de- « venu tributaire, fermier, vassal de servitude. Tu as « revêtu de ton propre seing l'acte qui condamnait le « plus noble des états à un esclavage éternel, sans qu'il «puisse jamais se dégager de ces entraves humiliantes, « à moins que celui-là ne daigne avoir pitié de nous qui « nous a délivrés, nous et le monde entier, de notre an- « tique esclavage sous le joug du péché. Et que dirons- « nous de toi, pape ? toi qui devais être le père de la « sainteté , le miroir de la piété, le gardien de 1 1 jus- « lice, le défenseur de la vérité; toi qui devais servir « de flambeau et d'exemple, tu temetsdu côté d'un pa-
* C'est probablement une allusion h la ebute de Lucifer.
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« reil homme, tu le loues, tu le protèges ; mais tu ne « le défends quand il a recours à toi , cet homme qnî- « épuise les trésors de l'Angleterre et qui ruine la no- « blesse britannique, qu'afiii d'engloutir toutes choses U dans le gouffre de l'avarice romaine : aussi ce que tu « donnes pour motif et pour excuse te rendra crimi- « nel et t'accusera devant Dieu. » C'est ainsi que les barons, pleurant ét se lamentant, maudissaient le roi et le pape ; mais iis commettaient un énorme péché j car il est écrit : a Tu ne maudiras pas ton a prince » ; et ils manquaient de véracité et de respect en traitant d'esclave l'illustre Jean , roi d'Angleterre , puisque servir Dieu c'est régner. Enfin iis se déterminèrent à choisir pour roi quelque homme puissant à l'aide duquel ils pussent recouvrer leurs anciennes possessions , pensant qu’ils ne pourraient trouver de maître plus cruel que ne l'était Jean, et raisonnant d’après cet argument désespéré :
Le comble da malheur mène à la tranquillité : car alors on ne redoute point d'événement plus fécheux.
Après avoir hésité longtemps sur celui qu’ils devaientchuisir, ils s’accordèrent uuanimementà mettre à leur tête Louis , fils de Philippe , roi de France , et à le reconnaître pour roi d’Angleterre, Voici quelle était leur espérance : le roi Jean ne marchait qu’environné d’une foule d’étrangers venus d’outre-mer , dont le plus grand nombre étaient vassaux de Louis et de son père ; si , par l'ordre de ces derniers , ledit roi se trouvait privé et dépouillé des secours étrangers.
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il resterait sans force et presque seul ,'et, faisant de nécessité vertu , il reviendrait peut-être à de meilleurs desseins. Cet avis ayant emporté tous les suffrages , on envoya une ambassade solennelle, composée du seigneur Saër, comte de Winchester, et de Robert') fils de Gaultier, avec des lettres munies du sceau de tous les barons, au roi Philippe et à son fils; ‘Us devaient supplier instamment le père d'envoyer 80^ fils en Angleterre pour y régner , le fils d’y venir pofir être aussitôt couronné. Sur-le-champ les députés partirent en grande bâte , et étant venus trouver le roi de France et son fils Louis, ils leur présentèrent leslettresdont j'ai parlé. Après les avoir lues et examinées avec attention , le roi répondit aux députés qu’il n’enverrait pas son fils avant d’avoir reçu des barons, pour plus grande sécurité, vingt-quatre bons otages au moins et de la plus haute noblesse du royaume. A ces mots , les députés revinrent en grande bâte auprès des barons , et leur rapportèrent la ré- ‘ponse qu’ils avaient reçue. Ceux ci ne pouvant faire autrement, livrèrent les otages au roi de France , et les remirent à sa disposition en aussi grand nombre qu’il l’avait demandé. L’arrivée des otages, qui furent enfermés seus bonne garde à Compiègne, donna quelque confiance à Louis y et il commença à faire sans délai les préparatifs d’une expédition qui lui plaisait fort. Mais comme une entreprise de si grande importance exigeait que rien ne fût fait à la légère, il fit prendre les devants à quelques-uns de ses chevaliers, les chargeant de le précéder en Angleterre ,
JEAi\-SANS-TERRE.
pour rendre l’espérance aux barons et sonder leur fidélité. Voici leurs noms : c'étaient le châtelain de Saint-Omer, le châtelain d’Arras, Hugues Chacun , Ëustache de Neuiily, Baudonin Bretel, Guillaume de Wimes , Gilles de Melun , Guillaume de Beaumont, Gilles de Hersi , Bisec de Fersi. Tous, avec une nombreuse suite de chevaliers et de vassaux, remontèrent la Tamise jusqu'à Londres, où ils furent reçus avec grande joie par les barons , le troisième jour avant les calendes de mars. Vers le même temps, Étienne , archevêque de Cantorbéry , ayant donné caution à Rome de se présenter au jugement du seigneur pape relativement aux griçfs articulés contre lui , fut relevé de la sentence de suspension , mais à condition qu’il ne rentrerait pas en Angleterre avant que la paix eût été pleinement rétablie entre le roi et ses barons. ,
Renouvellement de l'excommunication des barons CONTUMACES. — Vers le même temps, aux approches de la fête de Pâques, l’abbé d’Abingdon et ses codélégués, ayant appris l’opiniâtreté des barons et de» bourgeois de Londres, étendirent leurs mains sur eux ; et renouvelant l’édit d’excommunication , ils donnèrent mission à toutes les églises conventuelles d’Angleterre de publier sous cette fortne la sentence prononcée : « Henri, par la grâce de Dieu, abbé d’Abingdon, etc., accomplissant le mandat apostolique qui nous était confié, ainsi que la teneur des lettres que nous vous avons récemment transmises vous