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cbèrent leurs machines des murailles el tentèrent l'assaut avec opiniâtreté. Ingelard d’Athies, homme très-expérimenté dans la guerre, avait été établi gardien et capitaine du château avec soixante chevaliers et leur suite. Tous, résistant avec intrépidité, cherchaient à éloigner les ennemis de leurs murs. JLiOrsque le roi Jean eut appris que les châteaux de Douvres et de Windsor étaient assiégés, il réunit une grande armée, qu'il composa des garnjsons de ses châieaux, et avec elle, pendant un mois entier, il parcourut les terres des comtes et des barons, livra aux flammes leurs édifices et les fruits de la terre; enfin, causa les plus grands dommages à ses adversaires. 11 entra dans les provinces de Norfolk et de Suffolk, et s'acharna avec une rage pareille sur les biens du comte d’Ârondel, de Roger B^od, de Guillaume de Huntingfeld, de Roger de Cressy et autres seigneurs. Lorsque ces nouvelles furent parvenues aux barons, qui avançaient peu dans le siège de Windsor, ils résolurent de lever le siège pour couper tout moyen de retour au roi Jean, qui était déjà parvenu sur la. côte de Suffolk, où il se livrait au pillage et aux rapines. Alors, sur le conseil du comte de Nevers,
effet, les romans de oheTalerie parlent d’nn traître fameni qn’ils nomment Cannes ou Ganelon (iiigatinare , ingauner, tromper), auquel ils attribuent la défaite de Roncevaux. L’Ariuste fait allusion à cette tradition, qui ne peut souffrir la critique historique, pas plus que la généalogie prétendue du comte de Nevers. Ce comte était alors Hervé IV, fils de Geoffroi de Gien, seigneur de Gosne et de Doniy, qui avait épousé Mathilde de Courtenay, héritière, par sa mère, j^es comtés de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre.
qui, disait-on, avait été corrompu par les deniers du roi d’Angleterre, ils abandonnèrent le siège pendant la nuit, et, laissant leurs tentes, marchèrent en toute hâte du côté de Cambridge, pour envelopper ledit roi et lui fermer la route. Mais, avant que les barons fussent arrivés à Cambridge, le roi Jean, averti par les habiles espions qui étaient à son service, eut l’adresse de se retirer à Stanford. De là il regagna le nord en toute hâte, e-t, apprenant que le château de Lincoln était assiégé, il marcha sans délai à son secours. Mais Gilbert de Gant et les autres seigneurs du aord, qui étaient occupés au siège, prirent aussitôt la fuite, redoutant sa présence autant que la foudre. Quant aux barons qui s’étaient mis à la poursuite du roi, lorsqu’ils se virent joués, ils se livrèrent aux rapines et au pillage, et se vengèrent en dévastant le pays. Puis, ils rentrèrent à Londres chargés de dépouilles et de butin, commirent des chevaJiers à la garde de la ville, et allèrent rejoindre Louis devant Douvres. Cependant le roi Jean, s’étant porté vers les frontières du pays de Galles, assiégea et prit les châteaux des barons, qu’il fit tous raser jusqu'au sol. Dans la fureur qui l'animait, il détruisit les édifices et les vergers des mêmes barons, et laissa après lui d’horribles traces de son passage. Vers le môme temps, Alexandre, roi d’Écosse, vint trouver Louis à Douvres, accompagné d’une nombreuse armée, à cause de la crainte que lui inspirait le roi Jean, et il lui fit hommage pour sa terre qu’il devait tenir en fief du roi d’Angleterre. Tandis que ledit roi se ren-
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dait auprès Louis, il passa par le château Bernard, situé dans le canton d'Haliwerfolk , et qui était un fief d’Hugues de BailleuL Le roi d’Écosse, accompagné des seigneurs du pays, fit le tour du château pour voir s’il était prenable de quelque côté, lorsqu’on arbalétrier de la place lança un trait qui vint frapper au front Eustachede Yesci, seigneur illustre et puissant : celui-ci eut la tête traversée et expira sur-lechamp. Ledit Ëustaclie avait épousé une sœur du roi d'Ecosse. Aussi ledit roi, les seigneurs de sa suite et tous les barons, furent très-consternés de cette mort. Le roi Alexandre, après avoir fait hommage à Louis, comme nous l’avons dit, retourna dans ses états.
Il arriva qu’à cette époque, le vicomte de Melun, noble seigneur do royaume de France , qui avait accompagné Louis en Angleterre, tomba gravement malade dans la ville de Londres. Lorsqu’il sentit que la mort était proche, il fit appeler auprès de loi quelques barons anglais qui étaient restés à Londres pour la garde de la ville, et quand ilsfurentréunis,illeurfit l’aveu suivant : a ie déplore la désolation et la ruine « à laquelle vous êtes destinés. Car vous ignorez com- « bien de périls vous menacent : en effet , Louis,
« ainsi que seize comtes et barons du royaume de « France, a juré que, s’il réussissait à conquérir l’An- « gleterre se faire couronner roi, il condamnerait « à un exil perpétuel, et ferait disparaître de la terre,
« conime traître à leur seigneur, tous les barons an- « glais qui combattent maintenantavee lui', elqulpour- « suivent le roi Jean. Et, pour que vous ne puissiez
Ur,
« en douter, moi, qui vais mourir dai\s quelques i'n- • stants, je vous jure, sur le salut demon âme, que je « suis un de ceux qui ont fait ce serment avec Louis.
« Aussi, je vous conseille, sur toutes choses, de pour- « voir, dans Tavenir, à vos intérêts, et vous recom- « mande de tenir sous le sceau du secret ce que je « viens de vous déclwer*. » A ces mots, ce seigneur expira sur-le-champ. Les barons, s’étant annoncé les uns aux autres cette nouvelle, furent plongés dans la ^ cbiisternation , en se voyant, de tous côtés, exposés à de grands malheurs. En effet, Louis avait déjà donné 6 ses Français, et malgré leurs murmures, leurs terres et leurs châteaux , dont il était maître en divers lieux; et, ce qui leur faisait le plus de peine, il leur ménageait le sort réservé aux traîtres. Leur douleur augmentait encore lorsqu’ils considéraiént qu’ils - .
* n noiu parait moina eitraragani qn'on ne l'a répëU, qu'un projet d’établissement analogue b celui de Guillaume-le-Bâtard ait été conçu par Philippe-Auguste ou au moins par son fils. Mais ce qui n’est nullement Ibndé, et ce qn’on doit repousser comme une calomnie, c'est que les Français aient médité l’empoisonnement on le massacre des principaux Anglais de leur parti. Si l’on s’étonne que Laurent Eohard ait prétendu confirmer cette accusation, qui n’est point, du reste, formulée par Matt, Péris, on sera moins surpris que Shakespeare, toujours prêt à flatter l’antipathie populaire de sa nation contre la nôtre, ait prêté les paroles suivantes au vicomte de Melun :
< Si le Français a l’avantage dans cette chaude journée, il se propose ■ de récompenser les peines que vous vous donnex, en vous faisant trana cher la tête. Il en a fait le serment, et je l’ai juré avec lui, et d’autres « encore l’ont juré avec moi sur l’autel de Saint-Edmond’sbiiry ; sur le « même autel où nous vous jurâmes k tous une tendre amitié et un atts- « ehement éternel, a
[Vie et Afoildu roi Jeau, acte V, scène IX.)
iôi
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étaient excommuniés chaque jour, en même temps que dépouillés de leurs héritages. Aussi, ils étaient tombés dans une grande angoisse de corps et d’âme; plusieurs d'entre eux se seraient décidés à rentrer sous l’obéissance du roi Jean, s’ils n’eussent craint que celui-ci , aigri par tous les outrages qui avaient provoqué sa colère, ne refusât <dc les admettre à re pentir.
Maladie et mort dd roi Jean. — Tandis que . Louis s’opiniâtrait sans succès au siège de Douvres, le roi Jean , avec une nombreuse armée , porta ' d’affreux ravages dans les provinces de Suffolk et de Norfolk. Etant venu au Boui^ et à Groiland, il pilla l'église elle-même. Savary de Mauléon et les autres brigands ses complices s’y souillèrent de cruautés inouïes. Ensuite le roi Jean , en traversant les manoirs de l’abbé de Groiland, réduisit en cendres toutes les moissons qui étaient récoltées : car on se trouvait à la fin de l’automne. Enfin , il passa par la ville'qu’on appelle Lynn, où il fut reçu avec enthousiasme par les habitants, qui le comblèrent d’honneurs et de présents *. Mais au moment où il prenait sa route vers le Nord, il perdit, par un désastre
' L’itinëraire que donne ici Màtt. Piris est ëridemment erroné, dit Lingard, Voici la route et les dates que Brady a extraites des archives :
2 octobre ; le roi revint de Lincoln à l^nn par Grimsby et Spalding.
9 octobre : il partit de Lynn le 12 pour Wisbeach, et résolut de se rendre, en traversant le Wash, de Cross-Keys à Fossdike. Ce fut 1& qu'il perdit ses trésors, le H octobre, dans le gouffre formé par l’afflut de la marée et du courant de la Welland.
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imprévu , au passage du fleuve qu’on appelle Welland (?), ses chariots, ses équipages, ses hétes de soinme, ainsi que ses trésors, ses vases précieux et tous ses joyauxauxquels il tenaitavec une affection particulière. En effet, la terre s’ouvrit au milieu des eaux, et forma un gouffre profond, où tout vint s’engloutir, hommes et chevaux; en sorte que pas un fantassin n’échappa pour aller porter cette nouvelle au roi. Cependant, le roi Jean, sorti de ce danger ainsi que son armée, mais non saqs peine, passa la nuit suivante à l’abbaye deSwineshead. Là, la perle de ses trésors engloutis par les flots lui causa, à ce que tout le monde crut , un si vif chagrin, qu’il fut saisi d’une fièvre aiguë, et tomba gravement malade. Il augmenta lui-méinepar sa funeste gourmandise la malignité de son indisposition, en mangeant avec excès des pèches , et en buvant sans mesure de la cervoise nouvelle : ce qui enflamma en lui l'ardeur de la fièvre*. Cependant, au
' Quelques hisloriens prétendent, mais sans preuves, qu’il fut empoisonné et mourut t l’abbaye de Swineshead. Telle est aussi la forme dramatique donnée par ShakespAre à la mort du roi Jean : • L’enfer est « dans mon cœur , et le poison, établi comme une furie infernale, tyrant nise et dévore mon sang atteint d’une peste incurable. » (ActeV, scène XV. ) Nous rappelons seulement pour mémoire la fable ridicule qu’on trouve dans Gallon {Traclus Temporum) . On jeune moine de Swineshead, sachant que le roi se proposait, s'il vivait, d’augmenter démesurément le prix du pain, alla dans le jardin, y prit un gros crapaud, en exprima tout le venin dans un verre de cervoise et y goûta le premier. Le roi, dès lors sans déflance, vida le reste de la coupe; tous deux en moururent, le moine au bout de deux heures, le roi au bout de deux jours. Saint-Foix racoulc, nous ne savons d’après quelle autorité, que le surnom de Saiis-Tcrve fut confirmé à Jean après sa mort, parce que les iiiuines
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point du jour , il partit tout malade qu'il était , et voulut aller coucher au château de Sleaford. 11 y ressentit des douleura plus violentes encore , et le lendemain il arriva à grand’peine , et à l'aide d’un cheval, au château de Newark. Lè, comme le mal faisait de nouveaux progrès, il se confessa a l’abhé de Crokeston , et reçut l’eucharistie. Ensuite il désigna pour son héritier Henri, son fils aîné, et lui fit jurer fidélité pour le royaume d’Angleterre; il envoya aussi dçs lettres munies de son sceau à tous jes vicomtes et châtelains du royaume, leur recommandant d'obéir à sou fils. Ces dispositions étant prises, l’abbé de lOokeston lui demanda où il voulait être enseveli , dans le cas où il viendrait à mourir. Le roi , pour toute réponse , dit : « Je recommande mon corps et 4( mou âme à DieuetàsaintUlstau; p et daus la nuit qui suit immédiatement le jour de saint Luc évangéliste*, il rendit le dernier soupir. Son corps, oriré des vêtements royaux, futporlé à Worcester*, etenseveli honorablement dans l’église catiiédrale, par l’évêque du lieu. Au moment où ledit roi était couché sur son lit de mort , à Newart , des messagers , envoyés par quarante barons anglais environ qui vou-
da Winchepter ayant répandu le bruit qn’on entendait sur son tombeau un fracas continuel et des cris épouTautables, le déterrèrent et jetèrent sou corps dans un étang.
* 19 octobre.
' On n’a pas oublié que saint Ulstan avait été éréque de Worcester. Mais la version la plus authentique est que Jean fut enterré dans l’église cathédrale de Winchester.
Jaient rentrer en grâce auprès de lui, vinrent le trouver avec des lettres; mais il se trouvait à l’extrémité, et il ne put s’occuper de leur message. Son destin l’appelait ailleurs. L’abbé des chanoines, de Crokeslon , fort babile danï la médecine, et qui avait assisté le roi, comme médecin, à ses derniers moments, Gtl'anatoraie de son corps, pour que ses funérailles fussent plus convenables * : et il flt transporter etensevelir honorablement dans sa propre abbaye les entrailles du roi Jean, qu’il avait salées. Ainsi, après avoir causé de grands troubles dans ce monde et s’étredonné beaucoup de mal en vain, le roi Jean, qui avait régné dix-huit anscinq'moiset quatre jours, quitta cette vie, le 0œu'r rempli d’amertume et dectiagrin, ne possédant plus rien sur la terre, et ne se possédant pas lui-méme.. Cependant on doit espérer et croire avec toute confiance que certaines bonnes oeuvres qu’il fit dans cette vie plaideront pour lui devant le tribunal de Jésus-Christ. 11 construisit l’abbaye de Beaulieu, sous la règle de l’ordre de Cîteaux, et, sur le pointde mourir, il donna à l’abbaye de Crokeston une ricbe terre qui rapportait dix livres. On fit une épitaphe qui devait être mise sur son tombeau; la voici :
« Dans ce sarcophaga est conché te corps d'on roi >. Sa mort a fait « cesser de grandes querelles dans le monde, et sa vie n’a été qn’un long < encbalnemeut d'actions déshonorantes. On doit craindre que ce qu’il a
* Ut honestiüsporiaretur. Je ne vois point d'autre sens.
* Jiegis imago, une ombre de roi (?|. La .nature de cette épitaphe nous fait douter qu’elle ait pu hgurer sur le tombeau de Jean.
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Il fait de mal, ue l’ait suivi après la mort. Toi qui lis ces paroles, treinbU I
Il quand tu te verras près de mourir, et réfléchis è cequi t'attend, lorsque !
« le terme de tes jours sera venu. » , c
Un autre versificateur a composé aussi une épitaphe sur le même roi’, mais à damnable intention :
« Jusqu’à présent l’Angleterre a été souillée par la saleté de Jean. f
« L’eqfer , à son tour , avec toute sa saleté , va être sali par l’ime de {
« Jean ' , » j
Mais, comme il est dangereux d’écrire contre qui i
peut proscrire, je ne prendrai pas sur moi, ce qui j
serait peu sûr, défaire ressortir la multitude et Ténor- !
mité des vices du roi Jean : je suivrai le précepte du |
poète Juvénal : ^ '
« Je verrai ce qu'il est permis de dire sur le compte de ceux dont les ■I os reposent au bord de la voie Flaminienne ou de la voie Latine •
' Anglia sicut adhue sordet fœtore Johannis,
Sordida fœdatur fœdante Johanne gehenna.
' La citation nous paraît peu applicable, puisque Juvénal , en cette occasion, se propose de se venger sur les morts de ce qu’il ne peut dire sur les vivants.
HENRI III
COCROMHEMENT DE HeNRI III. — LoCIS ABANDOyNE LE SIEGE DD CHATEAU DE DoUTRES. — II s'eMPARE DE LA FOR- TERESSE i)E Hartford. — II est repoussé devant le CHATEAU DE BeRKAHSTED. ~ MiRACLE DD TOILE DE
SAINTE Véronique. — Le chateau de Berkahsted se rend a Louis. — Après la mort de Jean, d’Angleterre, Pierre, évéquede Winchester, Jocelin, évêque de Bath, Sylvestre, évêque de Worcester, Ranuif, comte de Chester, Guillaume Maréchal, comte de Pembroke, Guillaume, comte de Ferrières, Jean Maréchal , Philippe d’Albiny , avec des abbés, des prieurs et d’autres, en grand nombre, se réunirent àGlocester la veille du jour des apôtres Simon et Jude, en présence de Gallon, l^at du saint-siège
NO
UEiSRl 111.
apostolique, à l’effet de nommer roi d*Ângleterre ^ Henri, fils aîné du roi Jean. Le lendemain, lorsque tout fut prêt pour le couronnement, le légat plus , haut nommé, entouré desévéques et des comtes susdits, le conduisit eu procession solennelle à l'église conventuelle, en le proclamant roi. Là Henri se plaça devant le maitre-autel et jura en présence du clergé et du peuple , la main étendue sur les trèssaints Évangiles et sur les reliques d’un grand nombre de saints, la formule de serment que lui dicta Jocelin, évêque de Balb : il promit de donner honneur, paix et respect à Dieu, à la sainte Église et aux prêtres ordonnés par elle, pour tous les jours de sa vie. Il promit aussi d'observer exacte justice envers le peuple qui lui était confié; de détruire les lois mauvaises et les iniques coutumes s’il en existait dans le royaume; de mginteuir les bonnes et de les faire maintenir par tous. Ensuite il fit hommage à la sainte église romaine et au pape Innocent, pour le royaume d’Angleterre et d’Irlande, etjura qu’il paierait fidèlement, tant qu’il gouvernerait ledit royaume, les mille marcs que son père avait octroyés à l’église romaine. Cela fait, Pierre,. évêque de Witicliester, et Jocelin, évêque de Bath, l'oiguirent roi et le couronnèrent solennellement au milieu des chants et des cantiques qui doivent être récitée dans le courouneiiient des rois. Puis, lorsque les solenbilés des messes furent terminées, les évêques et les comtes susdits conduisirent le nouveau roi, -rievétu de ses bàbits royaux, jusqu’à la salie du festin. Tuuspriceat place à table,
chacun selon son rang ; et la joie^ l’allégresse pré> sidëreatv au repas. Henri III fut couronné à l’âge de dix ans, le jour des apôtres Simon et Jude, qui est le vingt'buitième jour du mois d’octobre. Le roi, après son couronnement, resta sous la garde de Guillaume, comte de Pembroke, grand maréchal ' du royaume, qui envoya aussitôt des lettres à tous les vicomtes et châtelains’* du royaume d’Angleterre, leur enjoignant à tous de se montrer obéissants envers le roi nouvaU lenient couronné, leur promettant aussi des terres et des récompenses magnifiques s’ils se rangeaient fidèlement du côté dudit roi*. Alors tous les seigneurs et châtelains, qui» avaient défendu la cause du père, s’attachèrent à Henri bien plus Gdèlement qu’au roi Jean ; car, selon l’opinion commune, on ne pouvait
' Guillanme descendait de re Richard anmominr Strongboghe, comte d'Ea, en Normandie, et qui fit la conquête du comté de Pembroke dans le commencement du douzième siècle. Il laissa un fils nommé Gilbert, dont le fils, appelé Richard comme son grand-père, obtint par la guerre de Tastes possessions duedté de AVaterford en Irlande. Vers l’année 4470, Guillanme, fils de Richard, posséda la charge de grand maréchal qu'il semble aroir transmise héréditairement à sa famille. Mais cette famille STait aussi le nom de Maréchal ou Marshall, indépendammentde sa charge,
^ Ici comme ailleurs , chitelain yeut dire un commandant, un capitaine, un gouyerneur de place forte.
*Matt. Pârisomet dans ce récitune circonstance remarquée par Hallam. Les barons nommèrenticcomte de Pembroke régent, et laissèrent è Hubert de Bourg l’office de justicier dont il était investi sous le règne précédent, dusqn’alors cet office avait été le plus important de l’état. Le justicier, en rertn même de sa charge, était régent du royaume en l’absence du souverain; et les writs ou ordonnances étaient, pendant ce temps, datés de l’année de sa gestion et rendus en son nom. Cet office fut encore trèsconsidérable sous Henri III ; mais Edouard 1er l’abolit entièrement.
M2 HgNRI HI. . I
eii vouloir au fils des crimes particuliers au père.
Aussi tous se pr^arèrent à la défense et songèrent à bien munir leurs châteaux. Ce qui enflammait aussi le courage de ceux qui soutenaient le parti du roi, c'était qu'ils voyaient Louis, ainsi que ses complices et ses fauteurs , excommuniés chaque jour de dimanche et de fête.
Lorsque Louis et les barons, qui étaient occupés au siège du château de Douvres, eurent appris d’une manière certaine la mort du roi Jean, ils furent saisis d'une joie trompeuse et se regardèrent*déjà comme maîtres de l’Angleterre. Louis, ayant demandé une conférence à Hubert de Bourg, constable du château de Douvres, lui dit : « Le roi Jean votre seigneur est « mort et vous ne pouvez tenir plus longtemps ce « château contre moi, puisque vous n^ave? plus de « défenseur. Rendez-moi donc le château ' et jurez- « moi fidélité; de mon côté je vous comblerai de « grands honneurs et vous serez au premier rang « parmi mes conseillers. » On assure que Hubert lui répondit : « Si mou seigneur est mort, il a laissé des « fils et des filles qui doivent lui succéder. Quant à « la reddition du château, je veux en conférer avec j « les chevaliers mes compagnons d’armes. » De retour dans le château, il rapporta à ses compagnons les paroles de Louis. Tous les assiégés déclarèrent unanimement que le château "ne devait pas être rendu, de peur que cette action honteuse ne leur fit encourir < le nom de traîtres *. Cette résolution ayant été signi-
* Voir la note 11 a la fin du volume. I
ANNÉE 4 2t 6. M5 .
fiée à> Louis et aux barons, ils se décidèrent à soumettre en Angleterre les châteaux moins importants, afin de revenir contre les plus grands après s’étre emparés des plus petits. Puis ils levèrent le siège et ravinrentà Londres. Mais, aussitôt après leur départ, les chevaliers qui défendaient le château de Douvres firent une sortie, livrèrentaux flammes les bâtiments et les édifices que Louis avait construits devant le château, et, parcourant la province à main armée, ils rapportèrent en abondance dans la place toutes les provisions nécessaires.
Bientôt Louis, avec une armée nombreuse, parut devant la forteresse de Hartford la veille de la Saint- Martin, et se disposa à en faire le siège. Il dressa ses machines autour de la place et s’efforça de battre les murs en brèche. Mais Gaultier de Goderville, chevalier du vasselage de Falcaise et homme intrépide, défendit la place avec ses compagnons et fit un grand carnage des Français. Enfin Louis, après avoir été arrêté depuis la fête de saint Martin jusqu’à celle du bienheureux Nicolas, non sans avoir éprouvé de grands dommages, reçut la soumission de la place, sauf pour les assiégés la conservation de leurs chevaux et de leurs armes. Après la reddition du château, Robert, fils de Gaultier, le demanda pour lui, assurant que la garde lui en appartenait d’après d’anciens droits. Mais Louis voulut d’abord prendre l’avis des Français à cet égard et en reçut la réponse : « que les Anglais ne méritaient pas d’avoir de pareilles gardes entre les mains, eux qui avaient été
Mi
traiti'es à ieur propre seigneur. » Aussi Louis conseilla audit Robert d'attendre avec patience qu’il eût soumis tout le royaume, parce qu'alors il rendrait à chacun son droit. Vers le môme temps, le jour de la bienheureuse Catherine, vierge et martyre, le noble seigneur Guillaume d’Âlbiny sortit de prison, après avoir stipulé pour sa rançon un paiement de dix mille marcs. Il ht hommage au roi Henri, qui lui donna en garde le château de Latfort, que Guillaume défendit avec la plus grande valeur. ^
Après avoir soumis, comme nous l'avons dit, la forteresse de Hartford, Louis parut le jour de saint Nicolas devant le château de Berkamsted et commença ses dispositions de siège. Les barons d'Angleterre, sur l’ordre de Louis, devaient établir leurs tentes dans la forêt qui avoisine le château du côté du nord. (Parmi eux se distinguait un sergent, brave, entreprenant et rusé : on l’appelait Alexandre Dingas. Son adresse, son courage et son audace avaient été ' plusieurs fois et en divers lieux mis à profit par Louis et par ses compagnons d’armes. Aussi, toute l’armée en faisait le plus grand cas>) Tandis quelles serviteurs et les sergents étaient occupés à dresser les tentes , les chevaliers et les sergents du château sortirent tout à coup, se jetèrent sur les bagages et les chariots des barons anglais, enlevèrent la bannière de Guillaume de Mandeville et rapportèrent leur butin à Berkamsted , regrettant de n’avoir pu faire plus de mal à leurs adversaires. Le môme jour, pendant que les barons étaient à table, les chevaliers et les sei^ents
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dudit château sorlirent de nouveau, portant avec eux en dérision des barons, la bannière qu’ils avaientenle^ vée. Ils avaient l’intention de s’emparer des susdits barons qui étaient sans armes : mais, des autres ayant a|^is, les assaillants furent forcés de battre en retraib^de nÉitrer précipitamment dans leur refuge. Pendant que la fortune incertaine troublait par de pareilles tempêtes la tranquillité du royaume d’Angleterre, le seigneur pape Innocent, tourmenté par l’inquiétude que lui causait l’élise en péril, porta respectueusement en procession, comme c’est la coutume, l’effigié du visage du Sauveur qu’on appelle Véronique', de l’église de Saint-Pierre à l’hôpital du^int-Esprit. Au moment où la procession se* tq|^uait et où Teffigie sacrée arrivait
» « A cent dii paa de là, on montre l'emplacement de la maison de . Véronique et le lieu où cette pieuse femme essuya le visage du Sau- « veur. Le premier nom de cette femme cUit Bérénice, il fut changé • dans la suite en celui de Vera icon , vraie image , par la trane- . position de deux lettres; en outre, la transmutation du 6 en d est « très-fréquente dans les langues anciennes.» M. de Chateaubriand liiuér., tome II, page2C. — L’illustre écrivain parle en poète : car la sainteté ou même l-esistei»cc de Véronique n’est admise par aucun écrivain ecclésiastique digne de foi. Marianus Scot, au onzième siècle, est le premier qui ait rapporté cette légende; on sait aussi que plusieurs critiques ne voient dans Véronique que la corruption de Vera icon et les termes dontse sert ici Matt. Pâris semblent faire croire que telle est son opinion L’image de Jésus-Christ s’étantempreinte sur trois plis du mouchoir dii
senties légendaires, chacun de ces plis fut gardé à Rome, en Espagne, à Jérusalem. L’image de Rome y fut en grande vénération. Boniface VlIJ l’alla chercher à l’église du Saint-Esprit et la rapportaà Saint-Pierre; l’instituteur du jubilé pensait sans doute que l’adoration du saint voile serait plus fructueuse dans la basilique que dans une église secondaire. (Voy. Mo-
liE^RI III.
à sa destination, elle se tourna toute seule ; en sorte que, chan{jeant de position, le front se trouva en bas et la barbe en haut. A cette vue, le pape, saisi d’effroi, pensa que ce pro*iige était pourluideiuueste présage, el, pourse réconcilier pleinement avecDieu ,sur leconseil (le ses frères et en rhonneurderefligiequ'on appelle Véronique, il composa une belle oraison à laquelle il ajouta un psaume et quelques stances. 11 accorda une indulgence de dix jours à ceux qui In réciteraient; indulgence qui devait se renouveler autant de fois qu’on répéterait cette oraison. (Aussi beaucoup de gens apprirent par cœur cette oraison avec psaumes et stances ; el pour que leur dévotion devint plus vive; ils représentèrent la chose en peinture de cette façon (ici devait se trouver la peinture) : îlja lumière de ton visage a laissé sur nous une empreinte; que le Seigneur Dieu sempiternel ait pitié de nous. Gloire.
— Kyrie eleison. — Kyrie eleison. — Kyrie eleison. —
Notre père. — Fais avec moi un signe de salut pour que je voye — Il t’a dit — Un cœur pur
— Fais avec moi, fais avec toi. Seigneur Répons.
— Cherchez le Seigneur et vous serez réconfortés...
— Toiquiasétéfaitsans... Bienheureuse Véronique, priez pour nous... Véritable image du Seigneur, au nom du Christ... Seigneur, écoute mon oraison, Seigneur Dieu des vertus, ci>nvertis-nous... je baiserai la face et...' Oremus: Dieu, qui nous éclairant par la
* Toulps ces U?tei de slaiices sont en lettres iibrériatives. Nous svuns iTU inutile de rechercher le rituel et nous donnniis le sens probable de cette intercalation fouruie pur le manuscrit de Cotton.
ANNÉK <2U). M7
lumière de ton visage, asvoulu laisser en mémoire de toi et sur la demande de Véronique ton image empreinte sur un voile, nous te demandons, au nom de la passion et de la croix, de nous accorder que, de même que maintenant sur la terre nous pouvons adorer et vénérer ton visagè en représenlatiou et en symbole, de même, quand tu viendras sur nos têtes pour nous juger , nous puissions te voir l'ace à face, toi Notre Seigneur Jésus -Cbrist qui . vis et qui règnes, etc. »)
Mais poursuivons la présente histoire, etracontons ce que l’armée de Louis à celte époque commit de désordres, 5u fnépris de la crainte du Seigneur et du respect qu’on doit à rbumanité. Ses soldats parcouraient les bourgades voisines, mettant les innocents à contribution ; mais, tandis qu’ils se livraient au pillage, Waleran, Allemand de nation, chevalier expérimenté'dans l’art militaire [sortait de la place] et les attaquait vigoureusement à l’aide de ses compagnons; et bon nombre des finies de ces Français excommuniés furent envoyées au Tartare. EnGn, après avoir soutenu un siège prolongé, ledit Waleran et ses amis rendirent, sur l’ordre du roi [Henri], lecbfiteau de Berkamsted à Louis, qui leur garantit la conservation de leurs chevaux et de leurs armes, le treizième jour avant les calendes de janvier. Le lendemain, après avoir mis garnison dans le cbfiteau, Louis se rendit à Saint-Albans le jour du bienheureux Thomas apôtre , et exigea de l’abbé qu’il lui fît hommage. L’abbé lui ayant répondu qu’il ne voulait
pas lui faire hommage avant d'avoir été relevé de l'hommage qu'il avait fait au roi d'Angleterre, Louis, transporté de colère, jura qu’il livrerait aux flammes l’abbaye elle-même et tout le bourg de Saint-Âlbans, si l’abbé ne se rendait à sa demande. L'abbé, se voyant pressé par de si terribles menaces, eut recours à l'intervention de Saër, comte de Winchester : il se racheta lui et toute la bourgade en donnant quatrevingts marcs d’ai^ent à Louis, pour obtenir trêve jusqu'à la Purification de la bienheureuse Marie. Cela fait, Louis revint à Londres.
Cinquième croisade. — Premières 'ndfeTinTÉs en Palestine. — - Cette même année expira la trêve conclue entre les fidèles de la Terre-Sainte et les Sarrasins. Dans le premier passage qui .eut -lieu après le concile général de Latran, une nombreuse armée de croisés se trouva réunie à Acre, avec trois rois, ceux de Jérusalem, de Hongrie et de Chypre. Les ducs d’Autriche et de Moravie s’y trouvaient avec une nombreuse chevalerie du royaume d’Allemagne, plusieurs comtes et nobles hommes. On y voyait aussi les archevêques de Nicosie (?), de Salzbourg, de Strasbourg, de Hongrie, de Bayeux, de Bamberg, de Cologne (?), de Munster et d’Utrecht et avec eux un illustre et * puissant seigneur, Gaultier d’Avesnes. Le patriarche de Jérusalem, au milieu du pieux recueillement du clergé et du peuple, portant respectueusement le bois de la croix qui vivifie, partit d’Acre la sixième férié après la Toussaint, pour le camp des ennemis
■ I by Googit
(lu Seijjiieur qui s’élaient avancés jusqu’au Jourdain Après la perte de la Terre-Sainte, ce bois de la croix du Sauveur avait été caché par les fidèles et réservé pour ce moment. En effet lorsqu’au temps de Saladin un contlit devint imminent entre les Sarrasins et les chrétiens, le bois de la croix avait été coupé : c’est là du moins le récit dos vieillards : une partie avait été portée dans la bataille [de Tibériade] et perdue dans cette malheureuse journée. L’autre partie avait été réservée, et c’est celle que nous voyons aujourd’hui. Les fidèles, guidés par une si précieuse bannière, s’avancèrent en bon ordre* à travers la plaine de Faba, jusqu’à la fontaine de Tubannie, après avoir beaucoup souffert ce jour-là. Sur le rapport des éclaireurs, qu’ils avaient envoyés en avant et qui avaient aperçu des nuages de poussière soulevés par les ennemis, ils restèrent incertains si ceux-ci •marchaient contre eux ou se hâtaient de fuir. I.e jour suivant, ayant les montagnes de Gelboë à droite et un maraisà gauche, ils s’avancèrent vers Betlisan , où nos ennemis étaient campés. Ceux-ci, redoutant l’arrivée de l’armée du Dieu vivant laquelle marchait en grand nombre et bien rangée, levèrent leurs tentes et prirent la
‘Castra Domini. Nom lisons : Castra hostium Domini qui, etc. Ea effet, les Musulmans sous la conduite de Coradin, un des fils de Mjlek- Adhel, avaient passé le Jourdain près de Bethsan, annonçant l'intention d’assiéger Saint-Jean-d’Acre. Le roi de Hongrie , accompagné do patriarche, se mit en route pour les prévenir. D’autres historiens disent que les croisés allèrent camper au torrent de Kison , puis s'avancèrent jusqu'aux montagnes de Gelboéprès de Scytopolis.
’ A diebus. Nous adoptons la variante aciebus.
fuite, abaudonnant le pays aux rava{][es des soldais '* du Christ. La veille de la fêle de saint Martin, les lidèles traversèrent le Jourdain, s'y baignèrent et se reposèrent tranquillement en ce lieu où ils trouvèrent des vivres en abondance; ils y restèrent deux jours. Ensuite ils firent trois stations sur le rivage de la mer de (îalilée, parcourant les lieux où Notre-Seigneur avait daigné opérer des miracles, lorsqu'ayant pris la forme corporelle, il vint habiter au milieu des hommes. Ils virent Betbsaïde, la ville d’André et de Pierre, réduite alors à l’état d’une misérable bourgade. Ils visitèrent aussi les lieux où le Christ avait appelé ses disciples, où il avait marché sur la mer à pieds secs, où il avait mis les démons en fuite dans le désert, où il avait gravi la montagne pour prier et où il avait mangé avec ses disciples après sa résurrection. Alors les croisés revinrent à Acre par Capliarnaüm et ramenèrent leurs malades. Puis ils firent de nouvelles courses dans le pays et arrivèrent au Mont- Thabor, après avoir souffert de la soif et avoir trouvé de l’eau en abondance en creusant la terre. Les capitaines de l’armée désespéraient de parvenir à gravir la^ montagne, jusqu’à ce qu'un jeune Sarrasin leur eût assuré que le château n’était pas imprenable. Us tinrent donc conseil; et le premier dimanche de l’Avent on lutl'Évangile : « Allez vers le château qui est contre « vous. » Le patriarche marcha en tête, portant la croixet entourédes évêques et des clercs, qui priaient et psalmodiaient, tandis que l’armée gravissait la montagne. Quoique cette montagne fût escarpée de
tonics paris, qu'il fût presque impossible d'arriver au sommet et qu'on ii'avançàt que par un sentier tortueux, les fidèles y parvinrent sans se rebuter. Jean, roi de Jérusalem, avec la milice du Christ, renversa de cheval le gouverneur du château et un émir, qui, dans le premier moment, étaient sortis courageusement hors des remparts pour défendre les abords de la montagne. Les infidèles furent saisis de consternation etmis en fuite. Mais autantle roi avait mérité de gloire en gravissant la montagne, autant il démérita en descendant '. En effet, beaucoup de templiers, d'hospitaliers, et même de séculiers, furent bjessés en soutenant l'effort des infidèles; il y eut cependant peu de morts. Ce jour-là, comme le premier jour de l’expédition, les croisés s’em|)nrèrent d’un grand noiidire d’hommes, de femmes et de petits enfants qu'ils ramenèrent à Acre ; l’évèque de la ville baptisa tous les enfants qu'il put se procurer soit par prière soit par urgent. Quant aux femmes, il les plaça dans les divers couvents de religieuses et leur lit donner quelque instruction. Dans la troisième expédition que les chrétiens entreprirent et à laquelle n'assistèrent ni le clergé ni le patriarche avec
* Ce reproche est peu fondé. Quand on eut f’agné avec tant de peine le sommet du Thalmr , le comte de Tripoli, Bohéinond, représenta que pciw dant qu'on attaquerait I.i forteresse, on s'exposait à être attaqué par l'ur* inée ennemie qui se posterait nu bas de la montigne, et qu'alors on était en danger de mourir de faim. Son {ïvis prévalut, cl la l•(•lraile ne put s'opérer sans uue C4*r’aiiiP eonfii«îoii qui entraîna la perle d’un grand nombre de croisés
HENRI III
la sainte croix dont il était porteur, les fidèles souffrirent de grands maux tant de l^altaque des brigands que de la rigueur de 1 hiver La veille de la Nativité de Notre-Seigneur, en voyageant pendant cette nuit sainte, iis furent assaillis par un violent orage mêlé de pluie et de vent. Dans le pays de Tyr et de Sidon, non loin de Sarepta, Tintempérie de la saison et le défaut de vivres , ravagèrent l'armée chrétienne.
Perplexité des barons. — Falcaise met ao pillage LEBOCRG DE SaINT-ÂLBANS. — LoUlS PASSE EN FrANCB A LA fAVEOR d’une TRÊVE. — L’an du Seigneur 42t7, le jeune roi Henri célébra la fête de Noël à Bristol ën présence du légat Galion et de Guillaume Maréchal qui gouvernait à la fuis le roi et le royaume : vers le même temps les seigneurs anglais étaient dans un grand embarras, ne sachant qui reconnaître pour roi, du jeune Henri ou du seigneur Louis. Les Français leur témoignaient tant de mépris que beaucoup d’entre les barons ne voulaient plus être secourus à ce prix. Ce qui augmentait en outre leur trouble et leur douleur, c’est que Louis au mépris de son serment Bvait pris pour lui et malgré leurs murmures, leurs propres terres, possessions et châteaux qu’il ' avait conquis avec leur aide et y avait établi des gens à lui et des étrangers. D’un autre côté, il leur parais-
' Ici comme plot haut, je substitue liqno A Sigtio.
’ On était alors à la fin de décembre , ce qui contribua à faire échouer t’eipédition entreprise en Phénicie par les deux rois de Hongrie et de Jérusalem.
sait honteux de retourner au roi qu’ils avaient rejeté, ainsi quOdes chiens qui reviennent manger ce qu’ils ont vomi. Dans celte perplexité ils n’osaient point rafferniir l’arbre qu’ils avaient ébranlé. Vers le même temps, le ^5 avant les calendes de février, des chevaliers et des sergents sortirent du château qu'on appelle Montsorell , afin de se livrer au pillage et aux rapines. Les chevaliers de Nottingham, ayant appris cette excursion par leurs espions, marchèrent à leur rencontre, et, dans le combat qui s’engagea, leur firent prisonniers dix chevaliers et vingt-quatre sergents, et leur tuèrent trois hommes. Après ce succès ils rentrèrent joyeux à Nottingham.
Ala même époque, le brigand Falcaise ayant formé une armée tant de chevaliers que de routiers, avec les garnisons qu’il tira des châteaux d’Oxford, de Northampton, de Bedfort et de Windsor, se rendit vers le soir au bourg de Saint-Albans. Il se jeta tout à coup dans le bourg, le pilla, se saisit des homnjes et des enfants qu’il enchaîna étroitement. 11 tua à la porte de l’église du bienheureux Albans un sergent de la cour [abbatiale], qui cherchait à se réfugier dans l’église. Puis, lorsque les ministres du diable eurent consommé leur mauvaise œuvre, Falcaise signifia à l'abbé Guillaume qu’il eût â lui remettre dans le plus bref délai cent marcs d’argent , ou sinon qu’il livrerait aux flammes sur-le-champ le bourg entier, le monastère lui-même et tous les édifices qui en dépendaient. L’abbé, après avoir essayé de résister, n’eut pas' d’autre ressource que de donner l’argent
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(letnandé. Alors ledit Falcaise, avec ses brigands excoaimuniés, retourna en toute bâte au château de liedfort, chargé de dépouilles horidblement acquises .et traînant après lui des prisonniers ignominieusement garrottés. Ensuite, accompagné de ses brigands, il se rendit à la forêt de Walberg où il s’empara de Roger de Coleville et de plus de soixante clercs et laïques du canton, qui s’y étaient réfugiés avec lui pour échapper à ces pillards. Mais dans une des nuits qui suivit, Falcaise eut une vision. 11 lui sembla qu’une pierre énorme tombait sur lui comme la foudre du haut de la tour de Saint-Albans, et le réduisait en cendres. Effrayé de cette vision, il sfe réveilla eu sursaut et la raconta à son épouse. Celle-ci lui lit des exhortations et lui conseilla avec instance, comme à son seigneur et ami, de se réconcilier, en donnant satisfaction convenable, avec le bienheureux Albans qu’il avait offensé à tant de titres ; lui faisant comprendre que ce rêve était l’annonce de la vengeance qui l’attendait. Falcaise se rendit, quoique avec peine, à cet avis, selon ces paroles de l’apôlre ; « L’époux infidèle sera sauvé par la femme fidèle. » Aussi, pour ne pas offenser sa femme, il se rendit à Saint-Albaiis , entra dans le chapitre, sans armes, tenant une baguette n la main, denuanda el obtint l’absolution, embrassa les moines les uns après les autres, croyant par là les apaiser ' tous ; mais quant à rep^f^ ce qu’il avait pris, quant à donner satisfaction aux pauvres du Christ sur les dommages qu’ils avaient soufferts, il n’en fit rien. Les fidèles du Christ s’étaient
rassemblés à la portedu chapitre, espérantque Falcaise réparerait en quelque façon les maux qu’il avait causés. Il les vit et les méprisa; il passa au milieu d’eux sans justifler leur attente, i{jnorant le châtiment que le Seigneur Dieu des vengeances lui réservait , sur la plainte du bienheureux Albans, ainsi que cette menace du prophète : « Malheur à toi qui pilles, « car tu seras pillé. » Falcaise éprouva par expérience la vérité de ces paroles, comme la suite de cette histoire le montrera tout au long.
A la même époque, les députés de Louis qui avait plaidé sa cause en cour de Rome lui firent savoir que s’il ne sortait d’Angleterre, la sentence d’excommunication prononcée contre lui par le légal Gallon serait confirmée parle pape le jour de la Gêne. Ce qui fut cause qu’une trêve , qui devait durer jusqu’à Pâques et un mois après, fut conclue entre Louis et le roi Henri : sous la condition que, relativement aux châteaux et autres lieux, les choses resteraient jusqu’au terme fixé dans l’état où elles se trouvaient 5 l’époque de ladite trêve. I^endant le carême, Louis passa la mer; mais désormais il ne trouva plus faveur parmi les barons anglais comme précédemment. En effet, aussitôt après son départ, Guillaume, comte de Salisbury, Guillaume, comte d’Arondel, Guillaume, comte deWarenne, et beaucoup d’autres vinrent jurerfidélité au roi Henri et s'attachèrent dès lors à sa fortune, fie plus, le grand maréchal ayant rédssi à faire rentrer Guillaume son fils aîné dans la fidélité due au roi, enleva à Louis un puissant auxiliaire.
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