RECONQUÉRIR LEUR LIBERTÉ. — BRIGANDAGES COMMIS PAR
L'ESCORTE D'ÉDOUARD. — ARRÊT ARBITRAIRE DU ROI. — ENQUÊTE ORDONNÉE SUR LES POIDS ET MESURES. — E- PRUNTS NOUVEAUX ET ONÉREUX CONTRACTÉS PAR LE ROI. — Vers la fête de la bienheureuse Catherine, abords en
Angleterre l'archevêque de Cantorbéry, revenant des
pays d'Italie ; après avoir dépensé largement et inuti-
lement l'argent anglais, et-avoir subi des fatigues in- -
fructueuses, il avait peu réussi dans l'expédition guerrière entreprise contre la ville de Turin. Son frère, l'ancien comte Thomas, n'avait pas été délivré de la
prison où le retenaient les citoyens de Turin, quoi-
que tous les Savoyards eussent lravaillé de toutes leurs forces à sa délivrance, et que le pape eût cherché à y contribuer, en écrivant à la reine d’Angle-
terre contre les habitants de Turin, et pour leur.
nuire. Or, lé même Thomas, par ses injustices, avait lésé énormément les habitants.
Vers la fête de la Toussaint, les Gallo!s, opprimés
sous toutes les formes, vendus maintes fois au plus haut enchérisseur, accablés enfin tyranniquement et - outre mesure par Geoffroi de Langeley, chevalier, exacteur royal, se soulevèrent pour la défense de leur patrie et l'observation de leurs lois. S’étant donc confédérés ils attaquèrent les contrées d'Angleterre voisines du pays de Galles, et assaillirent, à main armée, les hommes d'Édouard, leur seigneur, qu'ils ne reconnaissaient cependant‘ point pour tel. Or, les affaires de Mars prospérèrent si bien entre leurs mains, qu'on pouvait croire qu'ils étaient secondés par le consentément des provinces voisines ellesmêmes. À cette nouvelle, Édouard se réfugia sur-lechamp dans le sein du comte Richard son oncle. Comme le seigneur roi était devenu pauvre et sans gloire, Édouard empruntaau même comte unesomme de quatre mille marcs pour soutenir la guerre contre les présomptueuses attaques des Gallois, poursuivre cette guerre jusqu'à leur extermination; et réprimer puissamment Jeurs incursions audacieusesi mais celte année-là tout l'hiver fut tellement humide et tempêtueux que la terre entière des Gallois, qui est imarécageuse et sans route frayée, devint complétement impraticable pour les Anglais. Par oinsi, les fatigues et les dépenses d'Édouard furent inutiles et sans résultat. Le susdit Geoffroi se repentit donc, mais trop tard, d'avoir suscité des combats et d'’avoir appauvri les Gallois d'une manière féroce, ainst-
‘ Tum : nous adoptons la variante famen.
qu’il l'avait fait déjà peu d’années auparavant pour les Anglais du nord. En effet, il y en avait qui disaient que le même Geoffroi, bon gré mal gré, réparerait, autant que s ‘étendrait son pouvoir, les pee qu'avait éprouvées Édouard.
Cependant l'escorte d'Édouard, avec sa permission, troublait tellement la tranquillité, tant des possessions que des personnes dans tous les lieux par où elle passait, que les injustices de son père, le sei-
gneur roi, paraissaient légères en comparaison de celles qu'il laissait commettre. En effet, les routiers
et les brigands qu'Édouard entretenait à sa cour se
répandaient au loin en tous sens, emmenaient de force les chsriots et les chevaux des marchands, et
pillaient les provisions des gens du pays. Pour faire
connaître à nos lecteurs une des nombreuses iniquités commises par ces exacteurs, nous avons jugé à propos d'insérer dans ce livre le fait suivant.
Quand ledit Édouard vint voir le éomte Richard,
comme nous l'avons déjà dit, il le trouva à Wallingford, et se logea dans le château où il fut reçu courtoisement ; mais sa suite pénétra insolemment
et impétueusement dans le prieuré voisin du château, sans demander l'hospitalité, comme cest
l'usage. Puis repoussant irrévérencieusement les moines, autrement qu’il ne convenait ou m'était permis, ils mirent au pillage toutes les provisions de bouche, le hois de chauffage et les aliments réservés aux bêtes de somme, brisèrent. les portes, les fenètres, les trépieds, chassèrent, accablèrent d'in-
jures ou frappèrent à coups de bâton les serviteurs des moines, comme s'ils eussent été de vils esclaves ou des larrons convaineus, les forcèrent de leur céder la place, et Jaissèrent à peine aux moines le réfectoire ; car le parloir [fut rempli] de gens qui mangeaient, et le dortoir de gens qui buvaient. Or, les amis d'Édouard, voulant pallier son erreur, aftribusient tous ces désordres non pas à la méchançeté, mais à la légèreté de la jeunesse, ne considérant pas ce pronostic de Lucain :
L'âge du tyran du Nil est à bon droit suspect ; car la bonne foi, pour étre solide, -exige la maturité des années,
Sur ces entrefaites, les Gallois, ne s ‘inquiétant pas ou 8 effrayant peu de la tyraupie d’ Édouard au de sa suite, quoique jamais Lopis p'eût amené jodis en Angleterre des brigands aussi cupides, parvinrent, à main armée, jusqu'à Chester, dévastant tout ce qui s’opposait à leur passage.
Vers le même teraps aussi, le roi ordonna expressément qu'on ne laissât sortir de Ja chancellerie, pour quelque cause que ce fût, aucun bref scellé du sceau royal, qui pût être nuisible où causer dommage à son frère Richard, au comte de (Glocester Richard, à Pierre de Savoie, ou à aucun de ses frè ‘Ères ; ce qui est manifestement contraire à tout droit et à la paix du royaume.
Le roi ordonna aussi, vers le mêmg temps, que ses officiers examinassent rigoureusement les mesures de vin ou de cervoise, que nous appelons flacons
ou gallons, et les mesures de froment que nous nommons busheles *, ainsi que les poids à peser, afin que, cherchant des nœuds dans le jonc, 1ls missent à amerciament les innocents aussi bien que les coupables, infligeassent des punitions bien au-dessus des fautes, etaugmentassent le fisc par toutes les
chicanes possibles. C'est ainsi que chaque jour de
nouvelles ruses de renard étaient inventées pour extorquer de l'argent. De tous côtés on enlevait aux marchands leurs plus minces ressources, sans leur payer le prix de ce qu’on leur volait, et tout dépouillés qu'ils étaient, ils s'estimaient encore contents s’ils pouvaient s'échapper sans outrages et sans horions. Ainsi que récemment on avait tiré du vasselage,
qu'on appelle vulgairement sergenterie, une foule
de prétextes pour exlorquer de l'argent, de même aujourd'hui, à la dévastation du royaume et à la servitude de l'église, les rapines se multipliaient par l'obligation de suivre la cour, par la nécessité de se faire créer chevalier, par les enquêtes sur les mesures, et par beaucoup d'autres inventions qui émanaient d'une rapacité de loup. Et il y avait en Angleterre tant de tyrans, que l’ancien temps, où plusieurs petits rois se la ssl jp semblait revenu pour elle.
Vers le même temps, le seigneur roi , dirigé par de détestables conseils , avait emprunté aux marchands du pape, pour éleVer son fils Edmond au royaume
" Ge mot parait étre la première forme de notre mot boisseau.
de Sicile, de si fortes sommes d'argent , qu'il s'était enveloppé lui-même dans les liens de la pauvreté la plus absolue. Or, le pape, qui ne devait ni être trompé ni tromper, avait ajouté foi aux assertions du roi, dont il aurait pu reconnaitre, s'il l’avait voulu, l'apparence spécieuse et la fausseté. En effet, dans ses lettres, le seigneur roi avait donné à nlendee au pape que l’Angleterre était un puits d'argent intarissable que personne ne pouvait dessécher; fem, que jamais aucun roi n’avait existé en Angleterre qui fût aussi chéri et aussi pécunieux que lui, tandis que le pape : aurait très-bien pu apprendre tout le contraire des familiers nombreux du roi, qui se trouvaient alors à Rome. Aussi les usures provenant de ces dettes, ainsi que les peines qui liaïént le roi, montaient chaque jour à plus de cent livres, en sorte que la désolation et la ruine menaçaient tant le clergé que le peuple d'Angleterre.
DÉPOSITION D'ÉTIENNE DE LEXINTON, ABBÉ DE CLAïRvaux. — Les GaLLois REFUSENT DE RENONCER À La GUERRE. — INSOLENCE D'ÉDOUARD ET DE SON ESCORTE. — DÉPUTATION DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS ENVOYÉE A ROME, AU SUJET DE L'ÉVANGILE ÉTERNEL. — OUVRIERS TUÉS OÙ BLESSÉS PAR UNE EXPLOSION SOUTERRAINE. — COUP D'OEIL suR L'ANNÉE 4256. — Cette même année, l’abbé de Clairvaux Étienne, qui avait construit à Paris la noble maison qu'on appelle Chardensy ‘, après avoir suivi
Ge collége, appelé aussi collége des Bernardins, portait le om de
pas à pas les traces de son prédécesseur, le bienheureux Bernard , fut déposé dans le dernier chapitre général de Citeaux ; mais, semblable à Joseph, il supporta patiemment les morsures et la jalousie de ses frères ; car l'envie a toujours coutume de s’attaquer aux hommes éminents. Or, on lui reprochait d'avoir obtenu du seigneur pape, contre les statuts des Cisterciens, le priyilége de n'être jamais privé de la dignité dont il était invesli et de rester à perpétuité abbé de Clairvaux. Plus tard, il fut clairement avéré combien ce reproche était mal fondé. Quand le pape fut instruit de la vérité, il donna ordre qu'on Je réintégrât en punissant sévèrement les accusateurs ; mais le roi de France, se portant pour le protecteur zélé de l’ordre de Citeaux, répondit qu'il s’ensuivrait pour l'ordre un grand scandale, si ce que de graves personnages ayalent fait était cassé, et celui qu'ils avaient
Chardenay ou mieux Chardonnet, parce qu’il était compris dans l'enceinte où se trouvait l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui a conservé ce nom encore aujourd’hui. Pierre, abbé de Saint-Victor, donna en 4250 à Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, une pièce de terre située in Cardoneto, pour y construire une mo à saint Nicolas ;
mais ls construction de cette église ne commença qu’en 4243, après un nouveau contrat fait avec l’abbaye de Saint-Victor. Dès lors l’église de Saint-Nicolas appartint à l’évêque, puisqu’ en 1260 Renaud de Corbeil, successeur de Guillaume, le méme qui figure daps l'affaire de P Évanqile éternel, assigna à quelques clercs vingt-cinq livres à toucher sur les revenus de ce presbytère. ( Gallia christiana, tom. vii. } Outre ce .collége des Bernardins, Lexinton en fonda plusieurs autres, Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, accepta le titre de protecteur et même de fondateur de cet établissement, auquel il donna cent quatre livres de rente pour l'entretien de vingt lieu profes, dont treize seraient préres et étudieraient en théologie. ( Hist. littéraire, tom. xv1.)
déposé dans leur chapitre général réintégré. Il écrivit donc dans ce sens au seigneur pape, et obtint ce qu'il demandait. Quant à Étienne, pour que l'autorité de son ordre ne fût pas affaiblie, il refusa d’être réiniégré assurant qu'il était plutôt déchargé que déshonoré, et qu'il lui était plus avantageux de n'avoir plus aucun soin que de gouveryer une communauté comme. jadis. Par ajnsi, de grand qu'il était, il devint justement plus grand encore.
A la même époque, quoiquele seigneurroi, etaveclui le comte Richard, eussent demandé humblement aux Gallois, afin que leurs importantes affaires ne fussent pas entravées, de renoncer au moins ‘ pour un iemps à leurs incursions audacieuses, ceux-ci ne voulurent pas se tenir en repos, voyant que la saison de l'hiver et des pluies leur était favorable, et que leurs refuges et leurs retraites accoutumées étaient praticables pour eux seuls, tandis que les Anglais ne pouvaient ni s'y engager ni y pénétrer. Continuant donc leur guerre, ils attaquèrent Griffin de Brupfeld, parce qu'il avait eu recours au roi, et le poursuivirent quand il eut pris la fuite et se fut retiré sous la protection du roi. Ne pouvant le saisir au corps, ils mirent ses terres à feu et à sang, et dévastèrent avec la mème férocité celles des barons voisins ; car leur armée était au nombre de dix mille cavaliers ; le nombre des gens de pied allait beaucoup plus bout. Tous s'étant mu- tuellement confédérés, la main étendue sur les Évan-
‘ Salutem : nous proposons et traduisons saltem.
giles, avaient juré de combattre vaillamment et fidèlement jusqu'à la mort, pour la liberté de leur patrie
.et pour les lois de leurs pères, et d'aimer mieux
mourir avec honneur que de traîner dans l’opprobre une vie malheureuse. À la vue de cette action virile, les Anglais devaient justement rougir, eux qui courbaient lâchement le cou sous des étrangers etsous tous ceux qui les foulaient aux pieds, comme l'eût fait une populace pusillanime et un vil troupeau d'hommes. | L Édouard ne fut done pas médiocrement vergogné et endommagé de la rébellion et de l’ardeur belliqueuse des Gallois, lui que l’on appelait seigneur du pays de Galles, et qui ne pouvait réprimer leur ré-
- bellion. Le fils alla donc trouver de nouveau tant son
père et sa mère que son oncle , en leur demandant assistance efficace. Mais le roi, obéré de dettes dans les pays d'au delà des Alpes, le comte, fatigué d’avoir prêté tant de sommes sur son trésor et récemment encore quatre mille marcs, la reine, mèred’'Édouard,
… épuisée par l’inutile profusion des dépenses destinées
à soutenir la guerre contre la ville de Turin, avaient tous les trois tellement diminué leurs trésors, qu'ils ne purent en aucune façon porter secours à Édouard. Et comme son père le seigneur roi s’efforçait d’écraser les Anylais, selon les bruits qui s'étaient répandus de toutes parts, quelques-uns des seigneurs de la marche de Galles fournissaient secrètement faveur et conseil aux Gallois, surtout parce que ledit Édouard entretenait à sa suite une foule d'hommes
nuisibles à l'église et au royaume , aù point que l’on disait que jamais Louis, envahisseur de l’Angleterre, n'avait amené avec lui en Angleterre des routiers aussi cupides et aussi insolents que ceux que le susdit Édouard entretenait à sa suite et à sa cour. Entre autres preuves de leur méchanceté, outre celle que nous avons rapportée plus haut, nous avons jugé à propos de raconter dans ce livre un nouvel acte de la tyrannie d'Édouard, afin que les lecteurs reconnaissent dans quel abîime de désespoir l’Angleterre était tombée. Comme il passait dans un pays pacifique et
à une époque où tout était tranquille, un jeune
homme vint à sa rencontre, et Edouard, sans ce que ce jeune homme eût aucunement mérité la mort ou la mutilatiou, ordonna qu'on lui coupât une oreille
et qu'on lui arrachât un œil, ce qui fut exécuté contre
toute justice. Plusieurs, en voyant cela, et beaucoup plus encore en se demandant comment, si jeune encore, il avait pu exercer une violence aussi énorme et aussi sanguinaire, commencèrent à désespérer de lui, en disant : « Si pareille chose arrive quand a l'arbre est vert, que sera-ce quand il sera sec? » De plus, les hommes d'Édouard, ravissant, comme nous l'avons dit, tout ce qui était à vendre sans rétribution de prix, semparant de force des chevaux, des chariots et des verdiers, tourmentant les hommes sans miséricorde, aggravaient les maux de
jour en jour, et accumulaient dommages sur dommages.
Comme les scandales et les haines s'étaient ac-:
crus entre les maîtres de Paris et les frères Préclieurs' à on fit choix, sur mürèe délibération, de quelquesuns des plus célèbres maîtres lecteurs ; à savoir, de maître Guillaume de Saint-Amour et de maître Eudes de Douat , qui avaient été successivement ët noblement régents en arts, en décrets, ef récemment en théologie ; de maitre Chrétien, chanoine de Beauvais, qui passait pour le plus grand philosophe émérite et qui, après avoir été régent en arts, donnait des leçons en théologie ; de maître Nicolas de Bar-sur-Aube, qui, après avoir été régent en arts, lois et décrets, se préparait à devenir IEcIeun en théologie ; de maître Jeær de
LS Li
‘ En 1256, une assemblée eut lieu à Paris, par les démarches de saint Louis, qui voulait terminer cette malheureuse querelle. Les archevéques de Bourges, de Sens, de Rheims et de Rouen prononcèrent comme arbitres que les frètes n'auraient que deux écoles; qu’ils seraient pour toùjours séparés du cotps des maîtres et des écoliers séculiers ; qu’ils renonceralent au bénélice des bulles précédentes et en obtiendraient la révocation, Mais Alexandre IV, qui avait montré contre l’université une animosilé singulière, parut fort peu satisfait de cet accord et priva dé tous bénéfices et des fonctions de docteurs Guillaume de Saint-Amour, Eudes de Douai, Chrétien de Beauvais et Nicolas de Bar, qu'il aceusait d’étre les chefs de la résistance. Ce fut alors que l’université, pour éclairer le pape, se décida à envoyer l'ambassade dont il est ici question; mais avant que les députés, munis des lettres de recommandation que leur avait données tout le clergé français, fussent arrivés ä Anagni, Alexandre avait déjà condamné le nouvel ouvrage de Guillaume de Saint-Amour, intitulé : Liber de periculis novissimorum temporum, par décision datée du 5 avant les nones d'octobre. Eudes de Dousi et Ghrétien se souimirent à la volonté du pape le 23 octobre ; mais quelque publicité que la cour romaine eût donnée à cette soumission, l’université résista longtemps encore. ( Voyez FLEURY, vol. XVII, DUBOULAY, vol, 111. )
Séctaville, Anglais , recteur‘ deluniversité, et maître Jéan Belio, Français, tous deux philosophes degrand renoin et régeïts en arts. Tous tes maïîtrés, issus de très nobles familles, furent choisis, après grand conseil ét sût mûre délibération (parce que la foi sbuffrait détriment}, pour se rendre à Rome et pour conféret avec le seigneur pape, au sujet de la tranquillité de l’université de Paris et de la réintégration de la foi, surtout parce que le mal présent menaçait d'en engendrer un pire. L'université fit une collecte pour subvenir à leurs provisions de voyage. Or, à ce qu'on prétendait , les frères brêchaient, lisaient et enseignaient certainés nouveautés et absurdités qu'ils avaient extraites du livré de l'abbé Jonchim, dont le päpe Gréboire avait condamné les écrits. Et ls avaient composé un livre qu'il leur avait plu d'intituler ainsi :
l'Évangile éternel commence, professant encore d’autres doctrines qu'il ne convient pas de mentionner ?. Les
à Noûs lisons rector. Le texte de notre édition donne rhetor; mais c’est évidemment une faute. On le trouve appelé aussi de Gecteville ou de Guasteville. Balée le désigne sous le nom de maître Jean Driton ou de Sicca Villa, mais toujours avec le titre de recteur.
L'Évangile étersel avait paru dès 1234 et avait été attaqué violemment par Guillaume de Saint-Amour. On l'attribuait généralement à Jean de Parme, général des Mineurs, et on y lisait : « Que l'Évangile de Jésus-Christ doit finir l’an 14260 pour faire place à l'Évangile éternel, aussi supérieur à celui de Jésus-Christ que le soleil est plus parfait que la lune ; que c’est ] Évangile du Saint-Esprit qui prescrira une autre manière de vivre et disposera autrement l'Église. » Alexandre IV, ayant fait examiner ce livre, le condamna, mais eut soin de Romehilér que la suppression de l'Évangile éternel n'attirât aucun reproche aux frères Mineurs. Cette condamnation ne satisfit point la haine de l’université,
256 HENRI Ii.
Prècheurs, de leur côté, firent partir sur-le-champ
leurs messagers les plus agiles, pour les défendre contrel’universitéet contredire les maîtres en face. Le peuple se moquait d'eux, relirait ses aumôûnes accoutumées et les appelait hypocrites, successeurs de l'Antechrist, faux prédicateurs, flatteurs et [pervers] conseillers des rois et des princes , contempteurs des
prêtres ordinaires, supplantateurs d’iceux ,-envahis-
seurs par fraude des chambres à coucher des rois, et prévaricateurs de confessions. Ils ne parcouraient, disait-on, des provinces où ïls étaient inconnus que pour enhardir les hommes à pécher. Le pape, ayant donc écouté les plaintes exprimées par les deux partis, ordonna que ce nouveau livre, que les Précheurs appelaient l'Évangile éternel, fût brûlé secrètement, autant que faire se pourrait, pour.ne pas causer scandaleaux frères, et qu'onfitle même traitement aux autres écrits qui passaient pour provenir de la source empoisonnée de Joachim. Aussi, par l'intervention active et vigilante du seigneur Hugues, cardinal, et de l’archevêque de Messine, qui était de
l'ordre des Prècheurs, on prit tacitement et prudem-
ment les mesures nécessaires, en sorte que le tumulte s'apaisa pour le moment.
qui demanda en 4256 qu’il fût brûlé. Alexandre IV le fit en effet consumer secrètement, comme Matt. Päris le dit plus bas. Guillaume de Lorris parle longuement de ce livre dans le roman de la Rose :
Ung livre de par le déable, C'est l'Evangile perdurable, etc.
On peut voir le passage entier dans Duboulay.
A la même époque , tandis que quelques fossoyeurs étaient occupés à déblayer le tuyau d’un aquedue, à Londres , pour rejeter la terre et débarrasser ce tuyau encombré (car l'eau avait cessé de couler) , une foudre terrestre, semblable à un feu iufernal , s’élança tout à coup de ierre‘, et en un clin d'œil étouffa plusieurs des ouvriers, en lua un tout à fait, brüla, déchira et mutila tellement les autres, qu'ils parurent mis pour toujours hors d'état de travailler. Or, il y en eut qui dirent que cet événement était miraculeusement arrivé, parce que la veille ces hommes s'étaient occupés d'ouvrages serviles à une heure indue.
Ainsi se passa celle année, médiocrement abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres, qui engendra la plus basse servitude pour l’église et pour les prélats, et qui devait inspirer de la jalousie aux Français, à cause de la promotion du comte Richard ; année de brigandages pour le royaume d’Angleterre ; « année stérile et plutôt nuisible à la Terre- Sainte ,'et pendant laquelle le pays de Gallés fut agité par la guerre et l'Ecosse par les troubles; année tempêtueuse et pluvieuse outre mesure, en sorte que les temps de Deucalion paraïssaient revenus, puisque depuis l’Assomption de la bienheureuse Vierge, jusqu'à la Purification d'icelle, les pluies ne disconti-
* [1 s’agit sans nul doute d’une de ces explosions de gaz inflammable si fréquentes . de nos jours. Matt. Pâris, bien éloigné de soupçonner la cause de ce phénomène, ne remarque pas si ces ouvriers 8e servaient de feu dans leur travail.