‹ Grande chronique de Matthieu Paris, traduite en françaisChapitre 13 sur 23 · LE ROI REFUSE D'ADMETTRE L'ÉVÊQUE ÉLU A ÉLY · texte numérisé non relu

LE ROI REFUSE D'ADMETTRE L'ÉVÊQUE ÉLU A ÉLY

Farrs Divers. — NOUVEL ORDRE DE FRÈRES. — UN ci- . TOYEN DE BRESCIA SUCCÈDE AU SÉNATEUR BRANCALÉON. — Rocer DE MEULAN EST ÉLU ÉVÊQUE DE COYENTRY. — LEs GALLOIS AUGMENTENT EN NOMBRE ET EN FORCE. — ÂÀR- RIVÉE DE L'ARCHEVÊÈQUE DE MESSINE, POUVOIRS DONT IL EST REVÊTU. — LETTRE DU PAPE AU ROI. — MORT DE PLUSIEURS NOBLES ET PRÉLATS. — Vers le même temps, comme les moines d'Ély avaient élu régulièrement à l'office d’évèque d'Ély, et pour pasteur de leurs âmes, leur sous-prieur, homme capable et irrépréhensible, sans se conformer à la volonté du seigneur roi qui, par ses leltres et ses députés solennels, les avait sollicités instamment pour un autre, le roi, violemment irrité, donna cette église en garde à Jean Waleran : c'était confier uu agneau à un loup affamé; car il rasa les bois, appauvrit les hommes, et fittort aux moines, en sorte qu'au mépris de la crainte de Dieu et du respect dû aux saints, toutes les possessions paraissaient exposées à la ruiné, et que l’église, assujettie à la dernière des servitudes, élait livrée en proie à des brigands qui s'en emparaient de force. Le jour de la fête de la conversion de saint Paul, l'élu à Winchester, Jean de Gatesdène, chevalier, et. Pierre d’Orival, furent envoyés au roi de France, de la part du seigneur roi d'Angleterre, pour proroger la trève conclue entre eux. Mais on ne sait pas jusqu'ici si celte négociation eut quelque résultat. Lorsque l'élu à Salisburv, à savoir maître Gilles de Bridelesford, fut revenu de la cour romaine, il

déclara hautement le privilége qu’il avait obtenu VIIL. | 48

habilement à Rome, c’est-à-dire qu'il lui fût permis de conserver ses anciens revenus et même le doyenné, dont il avait flairé la bonne odeur. Naguère on regardait cela comme une nouveauté; mais la chose avait été tant de fois permise, moyennant étributiour’, que cela n’excita la surprise de personne,

A la même époque, la garde de la terre de Gauil- Jaume de Canteloup, qui avait été d'abord accordée à Édouard, fut accordée à la reine, ainsi que la garde de la terre de Guillaume Longue-Épée. Aussi les baillis qui avaient été institués sous frère Guillaume! relevant les cornes, et se fiant dans le patronage d’une si grande dame, opprimaient tellement tous les voisins, que ces vexationis auraient pu arracher des ‘larmes, même aux yeux des ennemis. :

Un certain ordre de frères, nouveau et inconnu, apparut à Londres, en montrant cependant publiquement un bref authentique du pape, en sorte que cette multitude d'ordres divers paraissait une confusion *.

Brancaléon , sénateur des Romains, ayant résigné sa dignité, fut remplacé par un citoyen de Brescia,

* Frere Guillaume de Tharento, sénéchal de la reine, le méme dont il est question plus bas.

3 La faveur des papes, l'attrait et les avantages de la vie errante, les priviléges accordés aux ordres Mendiants avaient en cinquante ans mul-. tiplié si prodigieusement leur nombre, que déjà en 4274 on en comptait vingt-trois. Les plaintes qui s'élevaient à ce sujet de toutes les parties de la chrétienté, obligèrent le pape Grégoire X à les réduire au concile de Lyon à quatre ordres ; ceux des Guillelmites ou Augustins, des Carmes, des frères Mineurs ou Franciscains, des frères Précheurs ou Domi-

nicains, freizième canon du roncile de Lyon (1274). (Voy. L'ABBE.)

qui suivit d’une manière louable les traces de son prédécesseur dans l’exhibition de la justice, et qui continua de gouverner avec la même vigueur.

Cetie même année, l’évêque Roger de Wescham ayant résigné sa dignité, à cause de sa vieillesse et de ses infirmités, les moines de Coventry élurent pour leur évêque, et pour pasteur de leurs âmes, maître Roger de Meulan , neveu du seigneur roi‘, que Île roi reçut et accepta comme il convenait; car il ne pouvait honnêtement le réprouver ainsi qu’il avait coutume de le faire pour les autres. Or, il avait supplié le couvent d’élire pour pasteur Philippe Luwel, son trésorier. Ainsi donc le couvent susdit élut ledit maitre Roger qui devait plaire au seigneur roi, et même était son neveu, et fut décidé à cette élection par les démarches du comte Richard, oncle dudit Roger.

Vers le même temps, les Gallois, qui commettaient des massacres, des incendies et des rapines sur les frontières du pays de Galles et de l'Angleterre, firent . prospérer entre leurs mains les travaux de Mars, et forcèrent Édouard à rétrograder avec son armée. Ils chassèrent aussi de leur pays Griffin de Brunfeld, Gallois de nation, de race et de langage, homme puissant et d'une famille illustre, et dévastèrent, par le

‘ Matt. Péris l'appelle Molend et Mudlent, les annales de Burton Meulenge et Meuleng> Nous n'avons pu retrouver à quel’ titre ce personnage appartient à la famille des Plantagenels : ce qui est singulier, c’est que nous. Je voyons désigné plus bas sous le nom de maitre Longue- Épée, tandis qu’il ne igure pas dans la généalogie de cette famille, du moins des Longue- Épée de Salisbury. Ce prélat, chanoine de l’église de

Lichfield est intitulé dans les actes, nepos domini reyis, subdiaconus et capellanus domini papæ. Son élection est du 20 janvier 1257.

fer et par le feu, toute sa terre qui était spacieuse et riche. Or, la cause de ce dominage irréparable, ce fut la cruauté tyranvique et l'avarice insaliable de Geoffroi de Langeley, qui avait opprimé les mêmes Gallois avec tant de férocité, qu'ils aimaient mieux mourir honorablement, disaient-ils , que de trainer une vie honteuse dans les angoisses el dans la servitude. Cependant le comte élu roi d’Allemague écrivit amicalement à Léolin, et aux autres capitaines de l’armée des Gallois, pour qu'ils laissassent en repos le royaume d'Angleterre, et se désisiassent de leurs incursions hostiles, de peur que son départ et ses tentatives ne renconirassent de l'opposition parmi les Anglais. Mais les Gallois, voyant que la saison des pluies leur était favorable et avait déjà rendu inaccessibles les chemins à travers leurs marais, ne voulurent pas renoncer à leursentreprises, et en poursuivirent leurs enneinis avec plus d'instance. A cause de leur grand nombre, et afin de pouvoir plus facilement se pourvoir de vivres, ils divisèrent leur armée en deux corps. Ces deux corps formaient ensemble trente mille hommes, armés selon la coutume de leur pays natal, parmi lesquels se trouvaient cinq cents cavaliers complétement armés, montés sur des chevaux bardés de fer. Édouard se plaignit donc à son père, le seigneur roi, de la présomption si téméraire des Gallois. On assure que Île roi lui répondit ainsi : « En quoi cela me regarde-t:il? Cette terre est « tienne par le don que je t'en ai fait. Montre pour « la première fois tes forces, donne de l'éclat à ta

ANNÉE 1257. 277 « jeune renommée, afin que les ennemis te redou- « tent désormais. Quant à moi, d’autres affaires me « tiennent occupé. » C'esl ainsi que de tous côtés l'Angleterre était pressée par des angoisses de toute espèce.

Cette même année, à l'approche du carême, l’archerèque de Messine fut envoyé par le seigneur pape, on ue sait pour quel motif, et arriva en grand appareil : d’escorte et avec des chevaux montés par des frères de l'ordre des Prêcheurs. Comme il avait des lettres du pape, qui lui permettaient d'exiger et de recevoir des procurations, et qui lui donnaient pouvair de punir sévèrement les contradicteurs, il envoya des lettres impérieuses à chacun des prélats, pour qu'ils lui fournissent des procurations, dans la proportion qu'il leur désignait, à tel point, qu'il extorqua vingt etun marcs à la maison de Saiut-Albans et à un monastère dépendant d'icelle. Les moines de Saint-Albans étant venus pour le visiter civilement à son logis, il ne les laissa point parler, et les retint même comme emprisonnés jusqu à ce qu'il eût satisfait son avarice. Comme les moines répondaient avec modestie qu'ils ne possédaient pas en ce lieu uu seul denier, l'archevêque, en colère, reprit avec insolence : « Êtes- « vous donc si pauvres ‘? Adressez-vous alors à quel- « que marchand qui veuille bien vous prêter. » Ce qui fut fait ; car il le fallait ainsi. Sans cela les moines . n'auraient pas eu la permission de s’en aller , quoi-

* Mendici. La variante donne mendace:, ce qui changerait le sens.

qu’ils fussent les plus recommandables de la communauté, à savoir l’archidiacre de Saint-Albans et le seigneur Jean, porteur du sceau de l'abbé et son procurateur. Cet archevêque de Messine était un frère de l'ordre des Précheurs, dans lequel nous espérions trouver une humilité plus abondante qu'elle n'était, et qui avait réussi à obtenir du seigneur pape la lettre suivante au sujet des procurations à extorquer : « Frère Jean, par la miséricorde divine, archevêque de Messine, à ses chers hommes en Jésus- Christ l'abbé et le couvent du monastère de Saint- Albans, au diocèse de Lincoln, salut dans le Seigneur. Sachez, etc.» Cherchez au livre des Additamenta'.Vers le même temps, une lettre élégante fut adressée au seigneur roi, de la part du seigneur pape, pour qu'il corrigeât ses erreurs accoutumées. Cette lettre était due aux sollicitations de l’évèque de Rochester Laurent, à qui l'archevêque de Cantorbéry Boniface avait fait éprouver beaucoup d’injustices en armant le bras séculier, et en envahissant violemment les possessions de l’église de Rochester, qu'il était tenu plutôt de défendre et de protéger. Or, le roi, la reine et tous les gens du roi soutenaient l'audace de cet

archevêque, parce qu il était l'oncle de la reine. Ce qui excitait encore ledit évêque de Rochester, c'était l’exterminalion irréparable de l’archevèché d'York et de l'évêché d'Ély, et les vexations inouïes exercées par le roi contre les autres églises vacantes , au mé-

Ce document ne s’est point retrouve.

pris du respect dû au Christ et. des clefs de l’église. Le même évêque considérait aussi qu'un semblable danger menaçait son évêché s’il venait à le résigner ou à décéder. Or voici la teneur de ladite lettre, obtenue par l'évêque susdit, et à laquelle il attendait une réponse en demeurant à Rome. « Alexandre, évêque, etc., à l'illustre roi d'Angleterre, etc. Comme on rapporte sur tes actes, très-cher prince, etc. » Cherchez au livre des Additamenta ‘, c'est-à-dire au sigue des flèches mises en travers.

Cette même année, le 5 avant les ides de février, mourut maître Robert de Hartford , de pieuse mé- moire, doyen de l’église de Salisbury, lequel était avancé en âge, plus avancé encore en bonnes mœurs, et très-avancé en science. Or nous croyons avec confiance qu’en récompense de ses mérites éclatants il est l'ami spécial du Rédempteur. Le seigneur Raoul, fils de Nicolas, sénéchal du seigneur rai, et Guillaume de Manduit *, tous deux hommes nobles et illustres, moururentaussi, ainsi quel'évèque d'Exeter, Richard.

BauoouIN, cOMTE DE DEYON , ÉPOUSE UNE SAVOYARDE. — LE ROIOFFRE DE NOMBREUX PRÉSENTS À SAINT ALBANS. — Noms DES SAINTS ROIS D'ANGLETERRE. — TROUBLES DANS L' UNIVERSITÉ D OXFORD. — L’ABBÉ DE WESTMINSTER REVIENT DE LA COUR ROMAINE. — PILLAGE DES BIENS DE L'ÉVÊCHÉ D'ÉLY. — L'ÉLo À ÉLy sE REND 4 ROME. —

4 Voy. l'addition XXXIX à la in du volume.

. ? Nous adoptons la variante WManduit. Le texte dit Mandeville, mais ” cette famille était éteinte.

MiRACLES OPÉRÉS SUR LE MAUSOLÉE DÉ SAINT ALBANS. — Baudouin de Redviers, par l'entremise de la dame reine, prit pourépouse une étrangère, à savoir, une Savoyarde , qui était parente de ladite reine ‘. Or, le comté de Devon appartient audit Baudouin, et par ainsi les nobles possessions et héritages d'Angleterre sont dévolus à des étrangers. Ce que les Anglais pusil- - lanimes ne veulent pas savoir, ou feignent d'ignorer, et la bravoure des Gallois est un reproche éclatant de leur lâcheté et de leur simplicité nonchalante.

Cette même année , le 3 avant les nones de mars : le seigneur roi vint à Saint Albans, etoffrit au maîtreautel un magnifique collier, qui avait deux agrafes et une chaîne transversale, ainsi que de supèrbes anneaux, le tout destiné, tant audit autel, qui était celui de saint Albans, qu’à l'autel de saint Amphibale ; il offrit aussi une coupe d'argent doré, pour déposer la poussière qu'un avait trouvée récemment daus le mausolée dont'il a été question ; six tentures de soie, dont une fut assignée à couvrir ledit mausolée, et une autre à couvrir les tombes des érmites Roger et Siyard ; enfin des deniers pour restaurer la bière. Il prolongea, pendant une semaine, son séjour à Saint-Albans, et comme il eut continuellement pour

‘Il s’agit ici de Baudoin Ve du nom, septième comte de Devon, et sa nouvelle épouse s'appelait Avoye de Savoye. De ce mariage naquit un unique enfant, nommé Jean, qui mourut en bas âge. Baudouin V mourut lui-méme subitement à la suite d’un repas donné par Pierre de Savoie; et cet événement contribua à accréditer les accusations d’empoisonnement intentées aux seigneurs Poitevins. Dugdale place la mort de

Baudouin en 1262 et Guichenon au 15 septembre 1261. |

compagnon à table, dans le palais et dans sa chambre à coucher, celui qui a écrit ce livre, il dirigea avec autant de soin que d’affabilité la plume de l'écrivain. Comme dans la conversation il était fréquemment question du comte Richard à savoir de son frère, le roi désigna Îes seigneurs à qui appartient l'élection, et qui sont mentionnés dans les pages précédentes. Il nomma, de plus, tous les saints rois d'Angleterre canonisés. Pour qu'un si grand personnage. ne se soit pas donné en vain la peine de nous dicter, nous avons jugé à propos d'insérer leurs noms dans ce passage, afin que leurs titres à la gloire ne soient pas oubliés. |

Ce sont les rois Albert, Édouard le martyr, Kenelme le martvr, Oswald, Oswin, Neithan, Wistan, Fromund, Edwulfe, Edmond, Édouard !. Le même seigneur roi nomma aussi, et compta toutes les baronnies d'Angleterre qui lui revenaient en mémoire, et en trouva deux cent cinquante. Mais revenons à notre sujet, et continuons ce qui précède par ce qui doit suivre. | | | |

Vers le même temps, à savoir le 7 avant les ides de mars, quelques maîtres d'Oxford, c’est-à-dire environ neuf artistes ?, se rendirent à Saint-Albans, et

! La sainteté où même l'existence de quelques-uns de ces rois nous parait fort contestable.

* C'est-à-dire maîtres ès-arts. Ce n'est guère qu’à l’époque de Grégoire TX qu’on peut faire remonter la distinction en quatre facultés : les maîtres en théologie, en droit, les physiciens et les artistes. Dans luoiversité de Paris au treizième siècle, le chef de la faculté des arts et par suite de l’université entière, avait le titre de recteur. On le trouve ap-

282 | HENRE HI.

d’une voix triste portèrent plainte devant le roi dans la chapelle de Saint-Oswin contre l’évêque de Lincoln, qui s’efforçait d'infirmer les libertés des écoliers, au mépris des statuts anciens et approuvés de l'université. Or, on leur fixa, pour le grand parlement qui approchait, un jour où on leur répondrait, et où l'on pacifierait cette querelle, après avoir entendu les raisons des parties. Ce même jour, le frère qui a écrit ce livre dit en particulier au seigneur rai : « Seigneur, au nom de Dieu, ayez soin de l'église « qui déjà est vacillante. En eflet, l’université de « Paris, la nourrice et la maîtresse de tant de saints « prélats, n’est pas médiocrement troublée. Si dans « le même temps l'université d'Oxford est sembla- « blement troublée, elle qui est la seconde école de « l’église, ou, pour mieux dire, le fondement de l’é- « glise, il est grandement à craindre que l’église tout « entière n'éprouve ruine, » Alors le roi : « Plaise à « Dieu que cela n'arrive pas, surtout pendant mon « règne ! »

Cette même année —. le jour de sainte Prises, l'abbé de Wesiminster et l'élu à Salisbury revinrent de la cour romaine, après avoir éprouvé en route des dangers, des embüches et des pertes de la part de leurs adversaires ; car pour passer les Alpes, à cause des affaires du roi , il leur fallut traverser la France, et ce fut alors que leurs adversaires leur pelé sous saint Louis : Capital parisiensium scholuriun. 1 devait en étre de méme à Oxford, dont les statuts étaient modelés sur ceux de

Paris. Les deux universités affectaient la méme prétention, celle d’étre le fondement de l'Eglise.

La

sn.

nuisirent. Dans ce voyage mourul un compagnon de T'abbé, Henry de la Mare, justicier en tournée du seigneur roi, qui alla recueillir le fruit de ses œuvres. L'abbé susdit perdit aussi d’autres personnages de sa compagnie. | | Sur ces entrefaites, les terres, les forêts, les hourgades de l'évêché d’Ély, étaient exposées aux dangers d’une exterminalion .presque irréparable. Les bois étaient rasés , les viviers étaient taris au moyen de eanaux, et les poissons en étaient enlevés, comme on emportait le gibier des pares. Au mépris de la crainte du Seigneur et de la bienheureuse Etheldrede, on imposait des tailles aux hommes, et les ignobles satellites et exacteurs royaux commettaient à leur égard des injustices de toute. espèce. Tandis que l'élu et le couvent espéraient avoir audience du roi, au jour qui leur avait été fixé, le roi devint leur adversaire manifeste, et mit en avant, contre l'élu, des exceptions qui pouvaient justement exciter la surprise et les scandales. La plus importante de ces exceptions était celle-ci : De toute antiquité les îles d'Ély ont été ordinairement la forteresse et le refuge: d’un grand nombre de bannis affligés par les désastres de la guerre. Aussi il ne serait point sûr de confier la garde d’un pareil lieu, qui est comme un château, à un homme simple, faible et craintif, qui sortait du cloître et n'avait jamais étudié la sagacité de la cour. | | | Or l'élu, après avoir éprouvé beaucoup de dommages, se rendit soudainement et en toute hâte à la

cour du pape, pour y poursuivre son droit. Cependant l'archevêque s'obstinant, pour plaire au roi, à le persécuter avec: obstination, bien qu'il n'eût rien trouvé de douteux dans l'examen dudit élu précédemment fait par lui, écrivit à ses amis en cour romaine contre l'évêque élu , afin que ce dernier fût réprouvé par le pape, et qu'on élevât à sa place, au même évéché, frère Adam du Marais. Quoique le mème frère Ada frère de l’ordre des Mineurs, homme lettré et avancé en âge, eût quitté loutes les dignités mondaines et de nombrèux revenus pour prendre l’habit de religieux, on dit qu'il consentit de bon cœur à cette substitution, selon cette parole

d'Ovide ! :

« C’est à peine si je voyais sous le règne de Saturne quélqu’un dont le cœur ne fût pas réjoui par le gain. »

Mais le seigneur Henri de Wengham, chancelier, en faveur de qui le roi avait sollicité les moines d’ElY, souffrit patiemment qu ur autre que lui fût promu audit évéché, protestant avec humilité que ses compétiteurs étaient tous deux plus dignes que lui.

Cette même année, et pendant les mêmes jours, des miracles furent opérés dans l'église de Saint- Albans, à l'endroit où le mausolée du bienheureux Albans avait été découvert. Le jour de sainte Agnès,

1 Secundum illud Quidianum, dit furtivement le texte. En modiliant légèrement cette leçon, il est facile de reconnaître et de lire Ovidianum. En cffet le poëte met ce distique dans la bouche du vieux Janus :

Fastor. lb. 4. nor secleratus habendi, auri sacra faomes, thème fternel de déclamations !

un enfant et puis un autre furent ressuscités d’entre les morts , et dans le même lieu beaucoup de paralytiques et d'aveugles furent guéris. Or, tous les miracles opérés en ce lieu sont très-authentiques, et prouvés comme tels, par le témoignage de gens digues de foi, par exemple des prêtres, des paroissiens, et des jurats du voisinage. En effet, ce n'est pas une moindre offense de répandre de faux bruits à la louange de Dieu, que de taire la vérité en pareil cas.

Fairs DIVERS. — NOUVEL ORDRE DE MOINES. — Morr DE MARGUERITE , SOEUR DU BIENHEUREUX EDMOND. — GRAND PARLEMENT A LONDRES. — LE comTE RicHaRD sr PRÉPARE A PARTIR. — L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY EST CITÉ À ROME, POUR RÉPONDRE AUX PLAINTES DE L ÉVÊQUE DE ROCHESTER. — MALADIE DE L'ÉVÈQUE DE-HéREroR»D. — LE ROI DEMANDE UN SUBSIDE POUR SON FILS EDMOND. — A la fête de la conversion de saint Paul, l'élu à Winchestèr, Jean de Gatesdène, et Pierre d'Orival, furent envoyés au roi de France de la part du roi d’Angleterre, pour une négociation secrète dont les avait chargés le roi.

Vers le même temps, lorsque maitre Gilles de Bridelesford, élu à Salisbury, fut revenu de la cour romaine, il annonça, en montrant un écrit du pape, qu'il lui était permis de conserver ses anciens revenus pendant quelques années ; ce qui est une des nouveautés monstrueuses dont Rome accoucha en avortant.

A la même époque aussi, la garde de la terre de .

Guillaume de Canteloup, qui avait été donnée à Édouard, fut accordée à la reine, ainsi que la garde de la terre de Guillaume Longue-Épée, laquelle fut aussitôt confiée au sénéchal de la reine, frère Guillaume de Tharento, qui était avide de gain comme une sangsue est avide de sang. Aussi les baïllis institués sous le même frère Guillaume, puisant leur audace dans le patronage d’une si grande dame, opprimaient les voisins et les appauvrissaient sous des ” prétextes légers ou plutôt nuls. C’est ainsi que plusieurs rois lyrannisaient l'Angleterre, comme dans les anciens jours.

Vers le même temps, apparut à Londres un nouvel ordre de frères inconnus, et qu’on n'avait point vus auparavant; comme ils se montraient vêtus de sacs, on les appelait les frères en sacs.

Vers le mème temps, mourut Marguerite, prieure : de Katesby, sœur du bienheureux Edmond, archevèque de Cantorbéry, femme d’une grande sainteté et dont les mérites éclatants opérèrent des miracles.

Cette même année, à la mi-carême, un and parlement fut tenu, et les maîtres d’ Oxford s y rendirent sur l'ordre du roi, pour que la paix fût rétablie entre l'évèque de Lincoln qui les attaquait, et l’université d'Oxford. De plus, le comte de Glocester Richard , et le seigneur Jean Mansel, qui avaient été chargés par Richard, comte de Cornouailles et élu roi d'Allemagne, d'examiner soigneusement l'état des choses et de lui préparer les voies en Allemagne,

se hâtèrent d'arriver à ce parlement. Cependant ils iynoraient encore l'élection frauduleuse du roi d’Espagne, qui plus tard prétendit qu'il avait été élu le premier, comme la suite du récit le montrera. Or, le nouvel élu au royaume d'Allemagne, c'est-à-dire le comte Richard, qui allait bientôt dire adieu à l’universalité de la nation anglaise, assistait audit parlement; car presque toute la noblesse d'Angleterre était aussi présente. Le même comte institua l'évêque de Londres, Foulques, procurateur absolu des possessions qu’il possédait en Angleterre. Or, il y avait en : ce moment une si grande multitude d'hommes dans la ville de Londres, que c'était à peine si la ville de Londres pouvait la contenir dans sa vaste enceinte.

Cependant l'évêque de Rochester, qui avait souffert des injustices intolérables de la part de l’archevêque de Cantorbéry, avait déposé sa plainte lamentable devant la cour romaine tout entière, et poursuivait la plainte qu'il avait déposée. Comme ses griefs demandaient une vengeance convenable (car la faute . était grave), surtout après les admonitions fréquentes adressées au roi, qui excitait ledit archevêque à relever la tête, et lui donnait de l'audace dans ces vexations, le même archevêque mérita d’être cité à comparaître en personne devant le pape, pour répondre aux objections qui lui seraient faites, et pour donner satisfaction sur les dommages et injustices dont il élait l'auteur.

L’évêque de Héreford, en punition de ses péchés multipliés, tomba honteusement malade, et languit

atteint d’un polype galeux, ou frappé d’une espèce de lèpre". | Avant que le parlement susdit eût été levé, le roi, cn présence de tout le peuple, fit amener dans l'assemblée et montra publiquement sou fils Edmond, qu'il avait fait revêtir de l'habit que portent les Apuliens ; puis il prit la parole : « Voyez, mes féaux, « mon fils Edmond, que le Seigneur a appelé, par sa « grâce graluite, à l'excellence de la dignité royale. « Combien il est digne à tous les yeux de la faveur « de vous tous, tant que vous êtes! combien serait «inhumain, combien serait tyrannique celui qui lui « refuserait, en pareille occurrence, conseil ellicace et « assistance opportune. » Il poursuivit en affirmant qu'ils’étaitengagé pour conquérir leroyaumedeSicile,

‘ Matt. Pâris ne parle pas des lépreux dans le cours de son livre et l’on doit regretter qu’il ait dédaigné de nous donner quelques détails à ‘ce sujet. Au reste, les documents abondent. (Voyez entre autres M. \li- CHELET, Hist. de France, tom. 111, pag. 254% et suiv. ) Toutefois, Matt. Päris partageait la réprobation générale qu’inspiraient ces malheureux. Dans la vie de l'abbé Guarin, il dit en parlant des lépreuses de Sainte-Marie-des-Prés : Leprosas.. includi constituit, ne amplius detestubilibus ercessibus, quibus ante diffamabantur viri et mulieres, in sœculo commacularentur. Les plus célèbres maladreries d'Angleterre au treizième siecle étaicnt l’hôpital de la reine Mathilde, à Londres, et celui de Saint-Julien-de-Hevet, près de Saint-Albans, dont Guillaume Wats rapporte les statuts à la fin de l’Auctarium. Ce n'est guère qu’à partir du qualorzième siècle, et surtout en France, que l’horreur contre les lépreux prend un caractère de fanatisme impitoyable, mélé aux idées les plus ridicules. Qn croyait, par exemple, qu’en mettant de l'onguent dans la main d'un eufant mort-né et en frottant par cet intermédiaire le visage du Mesel le mal disparaissait. N'est-ce pas là un remède qui sent la sorcellerie ?

sous peine de perdre son propre royaume, à payer cent quarante mille mares, sur le conseil et avec la faveur bienveillante du pape et de l’église anglicane, sans compter les usures qui prenaient chaque jour, sans qu'il y parüt, un accroissement considérable. Item , qu’il avait obtenu, pendant cinq années de suite, les dixièmes de tout le clergé en général, à savoir les dixièmes de tous les bénéfices [des clercs], lesquels seraient estimés selon de nouvelles taxes, sans qu’on en déduisit aucune dépense, excepté les dépenses qui devraient être faites nécessairement. Item, les fruits de tous les bénéfices ecclésiastiques vacants pendant la première année, et cela jusqu’à l’expiration des cinq ans. (Item, la moitié des fruits de ceux qui résidaient dans leurs bénéfices. I{em, pour les privilégiés les fruits de tous leurs bénéfices, à la réserve seulement des provenances affectées à leur entretien et subsistance pour peu de temps. } En entendant cela, toutes les oreilles tintèrent et tous les cœurs furent surpris grandement, surtout parce qu on savait que cette tyrannie tirait son principe du pape. Enfin, ils eurent beau présenter des excuses en pleurant, et de | mander des délais de rémission, commeilsne purent rien obtenir d'aucune façon, ils promirent au roi de satisfaire à ses nécessités urgentes, en ajoutant toutefois cette condition, qu'il observerait inviolablement désormais la grande charte taut.de fois promise, tant de fois achetée et rachetée, et qu’il s’abstiendrait de les léser, de les appauvrir, et de les piller sous tant de

prétextes spécieux : à ce prix Le promirent cinquante- VIN. 49

deux mille marcs, au détriment irréparable de l'église anglicane. Et cependant le roi pretendait encore n'avoir pas reçu un présent assez riche.

AccoRD ENTRE L'INTRUS AU DOYENNÉ D'YORK ET L'ÉGLISE DE CETTE VILLE — ARRIVÉE EN ANGLETERRE DE L'ARCHEVÉque pE COLOGNE. —LE PAPE ORDONNE A'L’ABBÉ DE SAINT- ALBANS DE POURVOIR UN CERTAIN ITALIEN D'UN BÉNÉFICE CONVENABLE.— PLUSIEURS GRANDS D'ALLEMAGNE FONT HOM- MAGE Au comTE Ricmarp. — LE Ro DE FRANCE'MET DES GARNISONS DANS LES CHATEAUX DE NORMANDIE. — SOMME DES FOLLES DÉPENSES DU ROI. — DÉPART DE L'ARCHEVÊQUE pe CoLocne. — Ce Romain qui s'était glissé comme un renard dans le doyenné d’York, et qui avait occupé furtivement, à l’heure du diner, la stalle du doyen dans le chœur , armé qu'il était de la faveur et de la protection du pape, fatigua l'archevêque par diverses injustices et dommages, et le fitsuspendre, bien qu'innocent et quoique ce fût un homme doué de toute sainteté. Enfin, après de longues discussions, ledit Romain reçut, pour le bien de la paix, cent marcs annuels de l'église d'York, jusqu’à ce qu'il fût pourvu plus abondamment.

A peine l'assemblée et le parlement susdit, qui avaient été fort nombreux, eurent-ils été levés, que l'archevêque de Cologne, accompagné de quelques évêques et ayant un certain duc avec lui, arriva en Angleterre pour exhorter le comte Richard à entrer. intrépidement dans le royaume d'Allemagne, autrement dit le royaume des Romains (parcequ'il sert

pour ainsi dire de gage pour obtenir l'empire romain), et à recevoir ce royaume qui lui était offert heureusement sans aucune contradiction ou obstacle, et qu'il ne pouvait manquer de posséder en paix. Mais ce qui plus tard excita une surprise générale, c'est que les envoyés passèrent sous silence et ne déclarèrent en aucune façon le consentement donné par quelques seigneurs d'Allemagne à la promotion du roi d'Espagne, Alphonse ‘, audit royaume, et cela d'après les inStigations des Français. Or, il faut savoir que dans le parlement susdit, qui fut aussi général que possible, six archevèques s'étaient trouvés réunis à savoir, ceux de Cantorbéry, d'York, de Dublinet de Messine , lequel avait levé sur chaque église de riches procuralions, outre [celui de Cologne et] celui de Tarente en Apulie, lequel était venu ensorceler le

+ Voici en quels termes Henri Siero, moine d’Altaich, parle de cette élection dans sa chronique à l’année 4257 : « Après la mort de Guillaume, les princes de l'empire firent plusieurs assemblées pour l’élection; mais, ne pouvant pas s’accorder, ils prirent enfin jour et résolurent qu'ils se trouveraient à Francfort incontinent après les Rois. Les archevéques de Mayence et de Cologne, Louis, comte palatin du Rhin, et son frère Henri, due de Bavière, s’y rendirent et élurent Richard, duc de Cornouailles, frére de Jean et de Henri, rois d'Angleterre. Mais l'archevéque de Trèves et quelques autres princes, ne voulant pas approuver cette élection, s’assemblèrent vers la mi-caréme, et se trouvant autorisés par les lettres et le pouvoir du roi de Bohéme, du duc de Saxe, des marquis de Brandebourg et de plusieurs autres princes, élurent Alphonse, roi de Castille. » Stero peut se tromper sur les affaires d'Angleterre, mais, ‘à coup sûr, comme contemporain, il connaît bien celles de son pays. Or, il nomme ici au moins neuf électeurs, sans compter les autres princes inférieurs; ce qui vient confirmer l’énumé. ration de Matt. Päris. { Voy. la note FT à la fin du volume. }

292 HENRI If. | roi au sujet de l’affaire d’Apulie. S'étaient aussi hâtés d'y venir des pays d'outre-mer, le comte de Glocester et Jean Mansel, qui pourtant, malgré l'exactitude avec laquelle ils avaient tout exploré, ignoraient encore les embarras qu’allait susciter l'élection d’un autre que le comte de Cornouailles Richard. | A la fin de mars, le pape adressa un mandat impérieux à l'abbé de Saint-Albans, pour qu'il pourvût un certain Romain d’un bénéfice convenable, comme s’il n'avait pas déjà assez fait, en pourvoyant un eertain autre Romain, qui, peu de jours auparavant: avait apporté des lettres de provision aussi pressantes ou même plus instantes que cette dernière. C’est ainsi que s’entassaient et s’accumulaient pour l'Angleterre misères sur misères, au point que les prélats désiraient être débarrassés du fardeau de cette vie. Déjà, en effet, nous ne sommes plus considérés comme les fils de Sara qui était libre, mais comme les enfants bâtards d'Agar qui était esclave, et nous sommes dépouillés de la liberté par laquelle le Christ nous a délivrés. Vers le même temps, l’archevèque de Cologne Conrad et d’autres seigneurs d'Allemagne avec lui, qui étaient venus à Londres avec ledit archevêque, firent hommage et jurèrent fidélité et allégeance au comte Richard. Cela fait, le comte octroya sur-le-champ à l'archevêque cinq cents marcs destinés à acquitter ses provisions de voyage. Il lui donna de plus une mitre magnifique enrichie de pierres précieuses et de lames d’or. Lorsque l'archevêque l'eut mise sur sa tête, ildit « Le enmte Richard m'a enrichi moi et

‘x mon église d’un trésor magnifique; mais s’il m'a « posé une mitre sur la tête, moi de mon côté, je pla- « cerai certainement sur la sienne la couronne de roi « d'Allemagne ou de roi des Romains. Il m'a mitré, et « moi je le couronnerai. » Or, j'ai jugé à propos d'insérer ces mots dans ce livre, afin que la postérilé sache avec quelle adresse les étrangers trouvaient moyen de circonvenir la simplicité des Anglais. Cependant le roi de France, en apprenant cela, mit prudemment et puissamment garnison dans les châteaux qui étaient situés sur les confins de son royaume, et fortitia principalement les cités et les châteaux de la Normandie en y plaçant les hommes nés dans ses domaines particuliers ‘. Il voulut aussi que les Français se liassent avec les Normands par des mariages, et les Normands avec les Français, afin qu'ils fussent réciproquement unis par Îles nœuds de l'amitié; ce qui fut fait. Or, les Français disaient : « Jadis les Anglais ont puisé leur audace « dans leur alliance avec Othon, .empereur des «a Romains, chevalier très-vaillant, et ensuile avec. « Frédéric, dont l'un était parent de leur roi par « le sang et l’autre par alliance, et qui tous deux, « à cause de cela, étaient les plus grands ennemis du royaume de France. Cependant, par la protection « du Seigneur , la France subsiste encore affermie « dans sa dignité et dänssa puissance. » Ces réflexions leur inspiraient quelques sujets de consolations.

Tel est le sens que nous donnons à suis natalibus. Peut-étre faut-il lire simplement na/uralibus.

292 HENRI lil. | roi au sujet de l'affaire d’Apulie. S'étaient aussi hâtés d'y venir des pays d'outre-mer, le comte de Glocester et Jean Mansel, qui pourtant, malgré l'exactitude avec laquelle ils avaient tout exploré, ignoraient encore les embarras qu'allait susciter l'élection d’un autre que le comte de Cornouailles Richard. | = A la fin de mars, le pape adressa un mandat impérieux à l'abbé de Saint-Albaos, pour qu'il pourvût un certain Romain d’un bénéfice convenable, comme s'il n'avait pas déjà assez fait, en pourvoyant un certain autre Romain, qui, peu de jours auparavant, avait apporté des lettres de provision aussi pressantes ou même plus instantes que cette dernière. C’est ainsi que s’entassaient et s’accumulaient pour l'Angleterre misères sur misères, au point que les prélats désiraient être débarrassés du fardeau de cette vie. Déjà, en effet, nous ne sommes plus considérés comme les fils de Sara qui était libre, mais comme les enfants bâtards d'Agar qui était esclave, et nous sommes dépouillés de la liberté par laquelle le Christ nous a délivrés. Vers le même temps, l’archevêque de Cologne Conrad et d’autres seigneurs d'Allemagne avec lui, qui étaient venus à Londres avec ledit archevêque, firent hommage et jurèrent fidélité et allégeance au comte Richard. Cela fait, le comte octroya sur-le-champ à l'archevêque cinq cents mares destinés à acquitter ses provisions de voyage. Il lui donna de plus une mitre magnifique enrichie de pierres précieuses et de lames d’or. Lorsque l'archevêque l’eut mise sur sa tête, ildit « Le enmte Richard m'a enrichi moi et

« mon église d’un trésor magnifique; inais s’il m'a

« posé une mitre sur la tête, moi de mon côté, je pla- « cerai certainement sur la sienne la couronne de roi « d'Allemagne ou de roi des Romains. Il m'a mitré, et « moi je le couronnerai. » Or, j'ai jugé à propos d'insérer ces mots dans ce livre, afin que la postérilé sache avec quelle adresse les étrangers trouvaient moyen de circonvenir la simplicité des Anglais. Cependant le roi de France, en apprenant cela, mit prudemment et puissamment garuison dans les châteaux qui étaient situés sur les confins de son royaume, et fortitia principalement les cités et les châteaux de la Normandie en y plaçant les hommes

nés dans ses domaines particuliers ‘. Il voulut aussi

que les Français se liassent avec les Normands par des mariages, et les Normands avec les Français, afin qu’ils fussent réciproquement unis par les nœuds de l'amitié; ce qui fut fait. Or, les Français disaient : « Jadis les Anglais ont puisé leur audace «a dans leur alliance avec Othon, .empereur des «a Romains, chevalier très-vaillant, et ensuite avec. « Frédéric, dont l'un était parent de leur roi par « le sang et l’autre par alliance, et qui tous deux, « à cause de cela, étaient les plus grands ennemis du « royaume de France. Cependant, par la protection « du Seigneur , la France subsiste encore affermie « dans sa dignité et danssa puissance. » Ces réflexions leur inspiraient quelques sujets de consolations.

* Tel est le sens que nous donnons à suis natalibus. Peut-être faut-il lire simplement na!uralibus.

Les autres seigneurs d'Allemagne, qui étaient arrivés avec l'archevêque de Cologne, ayant recu du comte des présents magnifiques , lui firent aussi hommage au moment de le quitter et en se liant par un grand serment, pour ne point paraître suspects.

À cette époque, les clercs de la chambre du roi:1, gens dignes de foi, ayant parcouru les registres des finances et supputé exactement les sommes, il fut prouvé que les dépenses du seigneur roi, depuis le moment où il avait commencé à être le dilapidateur du royaume, montaient à huit cent mille marçs plus cent cinquante mille marcs, ce qui est horrible à penser; parce que le royaurne d'Angleterre n’a jamais éprouvé aucun avantage, ou plutôt n’a éprouvé que du désavantage de l’effusion d’un si grand trésor. En effet, ne vaudrait-il pas mieux pour toi avoir perdu ton épée ou ta flèche qui serait tombée au mieu de la mer, que de voir ton ennemi t'arracher tes armes ? |

PRÉPARATIFS DE DÉPART DU COMTE RICHARD. — SON ESCORTE SOUFFRE DE LA DISETTE. — (CASSATION DE L'INIQUE JUGEMENT RENDU. PAR HENRI DE LA MARE CONTRE L'ABBAYE DE SAINT-AÂLBANS. — LETTRE ACCORDÉE PAR LE COMTE RICHARD A L'ABBÉ DE SAINT - ALBANS. — EXTORSION EXERCÉE SUR LE DROIT DE CHANGE. — LE COMTE RICHARD PART POUR L'ÂLLEMAGNE. — LE TEMPLE DE MaHoMET à LA MECQUE EST CONSUMÉ PAR UN TERRIBLE INCEN- DIE. —PHÉNOMÈNE NATUREL. —LESs FRÈRES DE BETHLÉEM

4 Clerici ronclavis. Cette dérnière expression est vague. Nous y voyons le synonyme de camera dans le sens de trésor.

OBTIENNENT LA PERMISSION DE S'ÉTABLIR A CAMBRIDGE. — Au temps de Pâques, l'archevèque de Cologne s'embarqua sur une grande galère abondainment pourvue de vivres et qui était montée par des hommes de mer bien armés ; il partit de Londres, descendit la Tamise, et regagna son pays en toute hâte pour prendre les devants, recevoir avec plus de sécurité le comte Richard, son seigneur nouvellement élu, et rendre toutes les voies plus sûres.

Le troisième jour après Pâques, le nouvel élu au royaume d'Allemagne, à:savoir le comte Richard, dit adieu à ses amis, et après s'être recommandé aux prières des religieux, partit de Londres suivi d’une grande compagnie de seigneurs, pour s'embarquer à Yarmouth. Mais, comme le vent lui était contraire, il prolongea beaucoup son:séjour au bord de la mer, en faisant de grandes et inutiles dépenses. Cependant, taodis qu'il attendait encore le vent sur le rivage , il exerça contre l’église de Saint-Albans un acte de tyrannie qu’il est, à notre avis, plus honorable de passer sous silence que de raconter dans cette page.

Pendant que le temps se perdait sur le rivage en attendant un vent favorable, la nombreuse .compagnie dont le comte était entouré, éprouva une telle disette et cherté de vivres, qu'une charge de blé se vendait quinze sols, une charge d'avoine six sols ; les poules et les oies étaient d’une cherté et d’une rareté extrèmes ; la chair des bœufs et des moutons était fixée à de hauts prix, par l'estimation volontaire des vendeurÿ Si le comte, selon son usage, n'eût payé

de bon gré le prix des achats, une pénurie plus grande encore aurait réduit son escorte à l'extrémité ou même l'aurait éloignée de lui.

Il faut rappeler aussi que quand le roi se trouvait encore dans. les pays d'outre-mer et que le comte Richard gouvernait le royaume, les démarches laborieuses du seigneur Guillaume de Horton, eellerier, firent casser l’inique jugement de Henri de la Mare, justicier. En effet, l'abbé de Saint-Albans avait été taxé injustement par la sentence dudit Henri, à un amerciament et à un paiement de cent livres, parce que les hommes de l’abbé n'avaient point voulu, de même qu'ils n'avaient point dù venir à Cesterhunte, qui est hors de la liberté de l'abbé. Ce fut donc à juste titre et par la vengeance du martyr Albans , que le même Henri mourut d'une manière méprisable dans son voyage au delà des Alpes. La sollicitude recommandable dudit cellerier ne se ralentit pas jusqu’à ce qu'il eût obtenu dudit comte les lettres patentes qui suivent et qui peuvent servir à éclaircir les priviléges du bienheureux Albans, pour ceux qui voudront s’instruire dans les temps futurs.

« Henri, par la grâce de Dieu, etc. Comme il cest constant pour nous, par l'inspection des chartes de nos prédécesseurs les rois d'Angleterre, octroyées à l’abbé de Saint-Albans, que les hommes dudit abbé ne doivent pas venir hors de leur liberté, qui est celle du même abbé, pour aucune sommation ou aucun prétexte, par-devant aucun justicier ou enquesteur, nous remettons au même abbé Îles cent livres

auxquelles la ville et la- liberté de Saint-Albans avaient été condamnées par amerciament. pour ce que des hommes faisant partie de la même liberté n'avaient point comparu devant nos amés et féaux Henri de la Mare et Guillaume de Wilton [à Cesterhunte] qui est hors de la liberté susdite, au sujet des enquêtes à faire sur la violation du change et des amerciaments à imposer aux violateurs du même change. » Cherchez le reste au livre des Additamenta‘. D'ailleurs ces lettres sont patentes. | Peu de jours avant cela, avait été introduite une extorsion honteuse et inhumaine, qui durait encore et qui s'exerçait sur les innocents et sur les coupables au sujet du droit de change que le comte Richard avait obtenu du roi. En effet, si quelqu'un, pour faire un voyage ou pour quelque autre affaire de peu d'importance, avait échangé quelques deniers avec un voisin Ou un ami, quoiqu'il agit ainsi par nécessité et que la somme fût petite, on l'accusait d'avoir tenu un change au préjudice du roi. Et par ainsi, il était sévèrement puni, comme s'il avait ouvert un comptoir de banquier. Cette exaction avait ajouté au trésor du comte Richard plusieurs milliers de marces, à l’appauvrissement d’un grand nombre d'hommes. | | Après avoir confié les châteaux, les terres et les possessions quil avait en Angleterre à l’évêque de Londres, qu’il institua son procurateur absolu, le

4 Foy. à la fin du volume l'addition XXXV déjà citée.

comte s’abandonna donc à Neptune, avec la flotte très-nombreuse qui avait appareillé dans les ports d'Angleterre , et qui se composait de vaisseaux réunis et venus de tous les points de l'Angleterre et des autres pays. Toutefois le comte ne donna point satisfaction au bienheureux Alba#s, tant pour Miclefeld que pour plusieurs autres injustices qu’il avait commises ; ce qui fit qu'un enfant, qui était pupille, resta dépouillé de sa terre -et misérablement appauvri par les machinations de Jean de Gatesdène ‘et au mépris de la crainte de Dieu. Mais l'abbé de Saint-Albans, touché de miséricorde, pourvut à l'entretien de cet enfant abandonné qui s'appelait Roger. Lorsque :le comie quitta l'Angleterre, sept cent mille lrvres, ensanglantées par une foule de péchés, en furent emportées, et.en sortirent pour n'y plus rentrer, sans compter les revenus quotidiens du comte qui s’accroissaient en Angleterre pour en sortir de jour en jour. Aussi la terre anglaise, dépouillée de ces biens et de beaucoup d'autres , principalement du uuméraire , commença à être misérablement besoiyneuse et à se glorifier des dépouilles d'autrui. Or, il faut savoir que depuis le premier jour de février jusqu'à cette époque, c'est-à-dire au commencement de mai, l'atmosphère, troublée et agitée par des tempêtes, fit de toute l'Angleterre comme un marais boueux. Les sillons étaient changés en trous profonds; les trous de la terre s'étaient étendus comme des marais; les fleuves présentaient l'apparence de bras de mer. Cette inondation rendit la terre

stérile et infructueuse pendant trois mois, en sorte que beaucoup de laboureurs furent obligés d’ensemencer une seconde fois leurs champs. |

A la même époque, arriva à Saint-Albans un certain homme vépérable, à savoir le maître des frères de l’église de Saint-Thomas à Acre, et il communiqua à l'abbé èt aux moines des bruits véridiques. 11 leur dit qu'à la cour romaine d'où il venait [leur procurateur ? |, sain et sauf et plein d’ardeur, s’occupait avec vigilance et efficacité des difficiles’'affaires de l’église de Saint-Albans; il leur annonça en même temps, dans ses récits, qu’une certaine espèce de foudre infernale, quoiqu’elle füt descendue du hat des airs, avait tout à coup détruit et dispersé par un incendie le temple et la statue de‘Machomet, que de nouveaux coups de foudre, semblables aux premiers, avaient une seconde fois enfoncé ce temple dans la terre en le réduisant en fragments très-menus, et qu'à uñe lroisième reprise, ce temple avait disparu dans les concavités de la terre, englouti, à ce qu'on croit, par un abime. Il ajouta qu'ensuite ce feu dévorant, et d’une chaleur extrême, qui brülait, mais ne brillait pas, avait pénétré dans les partres inférieures de la terre , ét consumait les rochers comme un feu du Tartare, sans qu’on fütencore parvenu à l'éteindre, à ce qu’on prétendait; que par ainsi toute la ville de la Mecque et les lieux voisins avaient été consumés par un feu inextinguible.

I parla aussi, dans la même-occasion, d’un grond fleuve dévorant qui, contre la nature de l’eau, n’é-

tait point contenu dans le lit ordinaire aux fleuves, mais avail suivi un cours étrange , était monté sur le haut des montagnes, avait surpris violemment ceux qui s'étaient sauvés sur le faîte des montagnes pour y trouver un refuge, et les avait fait périr dans ses flots ardents, comme s'ils étaient victimes d'un incendie. C’est ainsi que ceux qui avaient échappé à la flamme sulfureuse furent engloutis dans ce fleuve ardent. | pu | |

On accorda aux frères de Bethléem une maison à Cambridge, à savoir dans le faubourg qui mène du côté de Trumpington. L'hsbit de ces frères était semblable à l'habit des Précheurs; sur leur cape, à l’endroit de la poitrine, était figurée uneétoile rouge avec cinq rayons, au milieu de laquelle se trouvait une pièce ronde de la couleur de l'air, en commémoration dé l'étoile qui apparut à Bethléem , quand le Seigneur naquit. Déjà tant d'ordres divers s'étaient montrés en Angleterre, que la confusion des ordres paraissait étrangement irrégulière.

L'ARCHEVÈQUE DE CANTORBÉRY CONVOQUE LES PRÉLATS DE SON DIOCÈSE. — MORT DE CATHERINE, FILLE DU ROI. — PLAINTES DE L'ÉVÈQUE DE RocREsTER A ROME. — ATTAQUES DES GALLOIS CONTRE LES ANGLAIS. — DÉcovu- VERTE DES OSSEMENTS DE MaLcoLm, RoI D'Écosse. — DISSENSION ENTRE LE COMTE DE LEICESTER ET GUILLAUME DE VALENCE. — LES Moines DE DURHAM SONT ABSOUS DE L'INTERDIT. — Vers le même temps , l'archevêque de Cantorbéry Boniface convoqua, les évêques et les ar-

chidiacres de son diocèse, afin qu’ils s’occupassent d’un commun accord, après avoir invoqué dévotement la yrâce de l'Esprit-Saint, de porter secours à l’église anglicane, qui déjà vacillait et qui était écrasée par de nouvelles oppressions plus lourdes et plus intolérables encore dans ces dernières années qu'elles ne l'avaient été précédemment. En effet, le roi, cédant aux conseils ou plutôt aux instigations perverses de ses flatteurs et des ennemis du royaume, avait permis que certaines coutumes tout à fait irrégulières s’introduisissent comme des arbrisseaux épineux dans le jardin fruitier du plaisir , y crussent, et étouffassent les arbres qui portaient des fruits. Les prélats espéraient donc très-certainement que le même archevêque, dans cette convocation, avait reçu d’en haut l’inspiration de s'opposer comme un mur pour la maison du Seigneur , d'engager une lutte contre les rebelles envers l’église, et de suivre pas à pas les traces du bienheureux Thomas, martyr.

Vers la fête de l'invention de la Sainte-Croix, mou- - rut Catherine, fille du seigneur roi, laquelle, étant muette, n’était bonne à rien, quoique très-belle de visage. Or, la reine sa mère conçul tant de chagrin de cette mort, qu'elle fut prise d'une maladie presque irrémédiable, et que les secours de la physique ou les consolations humaines ne pouvaient adoucir son mal.

Sur ces entrefaites , l’évêque de Rochester Laurent poursuivait de jour en jour, avec autant de constance que de vigueur, la plainte qu'il avait déposée devant le seigneur pape et les cardinaux contre l’arche-

vêque de Cantorbéry Boniface, qui avait envahi inijustement ses biens pacifiques et ses possessions ecclésiastiques. Aussi, comme il défendait d’une manière recommandable la liberté de son église, l’arehevêque fut cité à comparaître en personne PA nl le seigneur pape.

Cependant les Gallois déchaînés se livraient avec activité et sans relâche aux massacres , aux incendies et aux rapines. Les barons voisins, duoique le comte de Glocester se füt joint à eux, ne pouvaient porter secours ni aux Anglais ni à Edouard, et les Gallois se moquaient d'eux en leur prodiguant des paroles de dérision. Aussi la haine entre les Anglais et les Gallois, semblable à la lèpre qui s'étend toujours, s’accroissait à chaque instant. Comme ledit Edouard menaçait les Gallois de les écraser irréparablement et comme des vases de terre, au moyen des Irlandais qu'ilavaitappelés à lui, les Gallois, prévenus d'avance,

entretinrent des galères bien garnies de pirates, d’armes et de provisions, pour s'opposer hostilement et puissamment sur mer aux Irlandais.

Cette même année, en jetant les fondements d’un bâtiment à Thynemouth, prieuré de Saint-Albans, on découvrit les ossements du roi d'Écosse Malcolm et de son fils Edouard. Il est question des actes et de la mort de ce roi au livre des Additamenta'. Le résumé des détails qui y sont donnés , c'est qu'ayant fait une incursion hostile en Angleterre avec toute son

4 Voy. l'addition XL à la fin du volume.

armée , il fut vaincu et tué par Robert de Mowbray, fondateur de l’église de Thynemouth, qui, après sa mort, le fit ensevelir à Thynemouth , parce qu'il était roi. | | | Cette même année aussi, le seigneur roi ordonna que les murs de Londres, qui tombaient en ruines et étaient dépourvus de tours, fussent réparés plus convenablement aux frais de la commune de la ville. À la même époque, une dissension s’éleva entre le comte de Eeicester Simon et Guillaume de Valence, devant le roi et beaucoup de seigneurs à Londres. En effet ledit Guillaume, parce qu’il était frère utérin du seigneur roi, se déchaînait avec irrévé— rence contre tous ses voisins, et surtout contre les religieux à qui il faisait tort, et, comme ses frères, puisant son audace, tyrannique dans la fraternité du seigneur roi, il ayaitenvahi indécemment les possessions dudit comte, et avait fait butin sur ses terres. Le sénéchal du comte ayant repris le butin qu'il avait fait, Guillaume, outré de colère, avait augmenté encore ses torts envers le comte, tant par ses actions que par ses paroles. Cette affaire ayant été portée devant le roi, avec force plaintes, la querelle qui s’éleva engendra presque une bataille; car Guillaume, en présence du roi et des seigneurs, ayant donné publiquement un démenti au comte, pour me servir de l’expression vulyaire, et l'ayant appelé irrévérencieusement traitre ( ce qui est la plus grande offense qu’on puisse faire à un chevalier },le comte irrité violemment et voulant, à ce qu'on prétend, se jeter sur lui, parce

que la colère est une courte folie, en fut heureusement empêché, mais à grand'peine, par l’intervention du roi qui, stupéfait, se jeta entre le comte son beau-frère et Guillaume son frère, craignant que le comte ne le tuât. Toutefois ce levain d'inimitié ne put jamais être entièrement élouflé entre eux. | Or, peu de jours s'étant écoulés, les moines de Durham, qui seuls, avec les chanoines de Giseburn, avaient résisté à la méchanceté des exacteurs papaux. et avaient supporté longtemps l'interdit, mériterent enfin, après de longues discussions, d'obtenir de la plénitude du pouvoir papal une lettre d’absolution qui leur permettait de célébrer joyeusement les offices. Oh ! s”’ils avaient eu des compagnons dans leurs tribulations, et des soutiens dans leur constance, avec quelle prospérité l'église anglicane aurait triomphé de ses bourreaux et de ses oppresseurs ! Or, on pourra consulter, au livre des Addita-

menta', les lettres que les moines susdits oblinrent en cette occasion.

L'ÉLU À ÉLYy EST cassé. — DÉSINTÉRESSEMENT DE Henri: DE WENGHamM. — Le ROI DE FRANCE FAIT FOR- TIFIER LA NORMANDIE. — LES PRÉLATS D'ANGLETERRE ACCORDENT AU ROI, MAIS SOUS CONDITION, UNE GRANDE SOMME D'ARGENT.—MORT DE GAULTIER, ÉVÊQUE DE Nor- WicH. — [NOUVEAU STATUT DRESSÉ 4 ROME, AU SUJET DES ABBÉS EXEMPTS. — Le jour de saint Gordien et de

* Ce document, comme nous l'avons dit, ne s'est point retrouvé.

ANNÉE 4257. 305 saint Epimaque, par les démarches actives du roi et de Parchevêque de Cantorbéry, l'élu à Ély fut cassé, et ils travaillèrent à mettre à sa place frère Adam du Marais, de l’ordre des Mineurs. Tous ceux qui apprirent cette nouvelle en furent très surpris, parce que ni l’élu ni l'élection ne pouvaient être réprouvés en bon droit, et qu'il n'y avait, en lui ni en elle, aucun vice de cassation. Mais les prévaricateurs, cherchant un nœud dans le jone et un angle dans un cercle, lui reprochèrent de n’être qu'un homme simple, qui sortait de son cloître, qui n’était ni habile ni.exercé dans les affaires séculières, et qui était totalement insuffisant. pour garder et défendre le noble évèché d'Ély, ainsi que l'ile, qui de toute an- tiquité était un asile de refuge pour tous les opprimés au temps de la tribulation. Mais, selon l'opinion plus admissible de la plupart, ce qui avait fermé aux moines la faveur royale, c'était la constance et la fidélité avec lesquelles ils avaient refusé d’acquiescer aux sollicitations du roi, qui leur demandait instañnment etexpressément délire, tous tant qu'ils étaient, son chancelier Henri de Wengham, pour leur évé- . que. Comme cette demande avait été faite à l'insu dudit Henri, le même Henri, apprenant que Île couvent s’élait élu pour pasteur une personne convenable, dit au seigneur roi : « Seigneur. abstenez-vous « de circonvenir ce pieux couvent, et de le solliciter « davantage par vos prières impérieuses et armées. « En effet, les moines, après avoir invoqué la grâce « de l’Esprit saint, ont élu une personne convena-

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