VIII
« ble, et qui vaut mieux que moi. Loin de moi de « m'emparer d'un si noble évêché, et d'usurper un « si saint ministère, avec une conscience mauvaise. » Par ces paroles le chancelier mérita de recueillir les remerciments des hommes et la faveur de Dieu. Mais cela ne détourna pas l’indignation du roi, et ne l'empêcha pas de persécuter pitoyablement l'élu et l'évêché. Cependant l'élu, fort de son droil, passa sur-le-champ les Alpes, pour se rendre à Rome, et pour recevoir du seigneur pape des ne Uons dans ‘une si grande tribulation.
Sur ces entrefaites le roi de France fit fortifier avec grand soin les châteaux de Normandie, enleva aux personnes suspectes les gardes et les magistratures, pour les remettre aux mains de ses Français, et s’attacha d’une manière ‘indissoluble, par les liens ‘de la parenté où par d’autres genres d'union, ceux des Normands qu’il ne voulut pas écarter des affaires ‘publiques. Il fit partir les communautés de religieux qui se trouvaient sur les confins de ses états, tant dans les lieux voisins de l’Allemagne, que dans les lieux voisins de la Normandie, les établit ailleurs en augmentant leurs possessions, fit de leurs maisons des châteaux forts, et après les avoir fortifiées, les nunil avec précaution de tout ce qui était nécessaire, de peur que le roi d'Allemagne qui réclamait le Poitou, et le roi d'Angleterre qui redemandait la Normandie, ne irouvassent des lieux pour les recevoir, s'ils survenaient tout à coup à main armée; car la France redoutait grandement d’être écrasée entre
eux, comme entre deux meules. Or, les Français,
selon leur coutume, se consolaient entre eux en disant : « Jadis l’empereur Othon, le plus vaillant des.
chevaliers, et qui était élevé à l'empire romain, a menacé terriblement la France; mais il a été obligé de se sauver honteusement à la bataille de Bouvines. Et ledit Othon, parent du roi d'Angleterre, qui s'était ligué avec le comte Guillaume, sur nommé Longue-Epée, frère dudit roi d'Angleterre, avec le comte de Flaridre Ferrand, avec le comte de Boulogne Regnauld, avec Hugues de Boves ; et d’autres guerriers d'élite, dans le dessein de dévaster la France avec une multitude nombreuse, a été écrasé, de notre temps, par la faveur propice du Seigneur. De plus, à la même époque aussi, le roi d'Angleterre Jean, qui se trouvait sous les murs
du château qu'on appelle la Roche-aux-Moines, à levé le siége devant Louis qui n'était pas encore roi, et qui le poursuivait, et a pris lynominieusement la fuite comme un fugitif, quoique cependant les forces des Français fussent partagées en deux, puisqu une portion suivait le roi de France, père de Louis, et que l’autre s'était attachée aux drapeaux du fils. De même l'empereur Frédéric, le plus
puissant des chrétiens, homme redoutable et rusé, qui avait épousé la sœur du roi d'Angleterre, a menacé terriblement la France. Cependant le Tout- Puissant nous a défendus encore sous les ailes de sa pieuse protection. » C'est ainsi qu'ils se récon-
fortaient mutuellement par de tels exemples.
308 HENRI NL.
Vers le mème temps, les prélats d'Angleterre, misérablement énervés et pusillanimes, n’imitant en aucune façon la fermeté des Cisterciens, lesquels avaient résisté en face au roi qui exigeait des sommes considérables, accordèrent au roi quarante-deux mille mares, à la lésion énorme et au dommage irréparable de l'église et du royaume. Cet argent fut __ octroyé, ou au seigneur roi, où à Edmond lui-même, fils du roi, pour soumettre le royaume d’Apulie. Mais la conquête de ce royaume devenait une affaire de jour en jour plus désespérée. Le roi, qui était médiocrement satisfait de ce présent, promit pourtant de modérer au plus vite les oppressions de l’église, et de la remettre dans l'état de liberté qui était dû. Aussi dressa-t-on des articles, au nombre de cinquante environ, que les prélats rédigèrent par écrit, afin qu’étant lus en temps opportun devant le roi, les seigneurs et les prélats, ils obtinssent la force et le vigueur qu'ils méritaient. Ces articles ou ces chapitres furent semblables à ceux pour lesquels le bienheureux martyr Thomas, archevêque de Cantorbéry, combattit et remporta une victoire glorieuse. Or, ces articles contiennent autant d'écriture que deux ou trois nocturnes. Cherchez au livre des Additamenta. À Le jour de saint Ulstan, à savoir le 45 avant les calendes de juin, mourut à Colchester l'évèque de Norwich Gaultier, surnommé de Sufeld, et son corps
* Foy. l'addition XLI à la fin du volume.
fut transporté dans son église cathédrale de Norwich, pour y.être enseveli honorablement. On assure que des miracles éclatèrent sur sa tombe. En effet, dans un temps de famine il avait distribué aux pauvres, pour leurs besoins, toute sa vaisselle, ses cuillers d'argent et son trésor tout entier.
Cette même année, à Rome, il fut statué par le seigneur pape el par les frères nus qui veil- lent avec intérêt sur leurs avantages et émoluments teinporels, sans se soucier de ceux d'autrui, que quiconque serait élu désormais au titre d’abbé exempt, se rendrait à la cour romaine pour ÿ être confirmé, et y recevoir la bénédiction. Par ce statut nouveau et irrégulier, la religion était exposée à un grand péril, et l'église devait renoncer évidemment à toute pro-: spérité temporelle. En effet, les religieux sont dans la nécessité d’élire pour pasteur de leurs âmes, non pas une personne mûre et religieuse, mais quelque homme à demi séculier , qui préfère l'équitation à l'équité ‘, et qui aime mieux la loi de Justinien que la loi du Seigneur, nant converlit les âmes. En outre, en admeltant qu'un tel homme soit élu (car un autre serait réprouvé par le roi et ses satellites), après de lougs retards perdus dans ce voyage d'au delà des Alpes, l'élu serait peut-être cassé vu l’élection réprouvée ; peut-être même l’élu mourrait-:il en route. Alors le couvent languirait, et le roi, qui con-
1 Le texte donne : plus æquus quam æquitas. Dans l'impossibilité de donner un sens à cette phrase, nous traduisons en lisant equus. Ces sortes de jeux de mots sont, comme on sait, familières à Matt. Paris.
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fisquerait tout en sa main, pillerait et engloutirait à sa volonté.
© LE RO1 D'ANGLETERRE PRÉPARE UNE EXPÉDITION CONTRE * LES GaLLOIS.—LE COMTE RICHARD ABORDE EN ALLEMAGNE. — ÎL EST COURONNÉ ROI D'ALLEMAGNE. — ÎL INSTITUE JEAN D'AYESNES POUR SON SÉNÉCHAL — DISCORDE ENTRE LES MOINES DE WINCHESTER ET CEUX DE GLASTONBURY. — Monts Diverses. — Fairs DIVERS. — MALADIE DU ROI. — L'ÉCUYER DE GUILLAUME DE VALENCE EST MASSACRÉ PAR LE PEUPLE DE LONDRES. — LA CHASSE DE SAINT ALBANS, POR- TÉB EN PROCESSION, FAIT CESSER LA PLUIE. — Vers le même temps aussi le seigneur roi promulgua ses brefs dans toute l'Angleterre, avec injonction à quiconque devait service militaire à son seigneur roi, de se trouver pour la fête de Ja bienheureuse Madeleine, prompt et prêt à le suivre, avec armes et bagages, dans le pays de Galles, parce qu'il allait partir à main armée, pour repousser les incursions des Gallois , qui déjà se répandant partout en liberté, s'emparant impunément des châteaux des seigneurs voisins, et même de ceux des Anglais, et passant les assiègés au fil de l’épée, se livraient aux pillages, aux incendies et aux massacres. Or, étant instruits du dessein qu'avait le roi de venir les attaquer à main armée avec ses troupes, les Gallois emmenèrent prudemment leurs femnes, leurs enfants et leurs troupeaux dans l’intérieur du pays, c’est-à-dire dans le Snowdon et dans des lieux montueux et inaccessibles pour les Anglais, labourèrent les prairies, détruisirent les moulins dans
les endroits par où devaient passer les Anglais, brisèrent les ponts, emportèrent subitement toute espèce de provisions, et ereusèrent des trous profonds dans les lieux guéables pour les rendre infranchissa-
bles, et pour que ceux qui passeraient tombassent à l’imiproviste dans le gouffre et s’y noyassent. Ainsi les travaux de Mars prospérèrent entre leurs mains. Or, Jeur cause paraissait juste même à leuts ennemis, et cela réconfortait surtont les GaHlois qui, à l'exemple des Troyens, dont ils étaient descendus', combat.
taient vigoureusement, avec une (reté digne de leur origine, pour les luis de leurs ancêtres et pour leurs libertés: Malheur aux misérables Anglais qui, foulés aux pieds par tous les étrangers, permettent
que l’on souffle sur les anciennes libertés d'eux-mêmes et du royaume, sans que l'exemple des Gallois les fasse rougir de leur lâcheté. Loin de vouloir obéir en
* On connaît les traditions romanesques qui donnaient pour père aux Francs un fils d’Hector ; et il n’est pas étonnant que les Cambriens du Snowdon revendiquassent aussi l’origine qu ’on attribuait aux anciens Gaulois. Ges erreurs singulières, accréditées par les livres de chevalerie, furent rédigées sous forme historique par Jean Lemaire, en 4509, et avec ce titre : Illustrations des Gaules et singularité de Troyes. Ronsard y puisa également le sujet d’un poëme héroïque, {a Franciage. Dutillet, l'un des premiers, fit justice de ces fables; et après lui Mezeray, qui en parle ainsi au commencement de son Histoire des Francs avant Clovis : « Il faut en dire autant de Francus, que le Manethon du méme Auoius (de Viterbe) nous suppose pour-fils d'Hector de Troye, et l'amène en Gaule pour y estre gendre et successeur du roy Remus ; comme aussi des quatorze ou quinze rois que certains faiseurs de contes Font descendre de ce mariage sh régner après ce Francus de père en lile. »
aucune façon à Édouard, fils du seigneur roi, les Gallois se moquaient de lui et le tournaient cyniquement en dérision, accumulant contre lui injures sur injures. Aussi le même Édouard avait-il dessein de résigner le pays de Galles et les Gallois, comme gens indomptables. O Angleterre, lu es regardée à juste titre comme la servante de toutes les nations, comme condamnée au plus vil esclavage! tout ce que les indigènes cultivent est pillé et emporté par les étrangers. L | | | Vers le même temps aussi, le comte Richard, ayant abordé heureusement en Allemagne, trouva sur le rivage une multitude infinie qui, toute prête à l’applaudir, attendait son arrivée avec joie et honneur. Comme ces hommes avaient fait beaucoup de dépenses, il ordonna qu'on leur distribuât de beaux présents en dédommagement ; ce qui lui valut d'obtenir les louanges, les acclamations et la faveur de tous. Le jour de l’Ascension du Seigneur, c'est-à-dire le 6 avant les calendes de juin, le comte de Cornouailles Richard fut couronné roi des Allemands ou des Romaius, par la main de Conrad, archevêque de Cologne, à Aix-la-Chapelle, en très-grand honneur et trèsgrande solennité, comme c’est la coutume observée de toute antiquité, sans qu'il y eût aucune opposition pour troubler cette cérémonie; ce qui n'était jamais arrivé de temps immémorial. La comtesse Cincia, sa femme, fut couronnée reine avec lui. Le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le vendredi, le nouveau roi Richard ceignit le baudrier militaire à son
ANNÉE 4257. | LE fils Henri , qu’il avait eu d'Isabelle, première femme du inême roi Richard, et le jour du noviciat du même Henri, aussi bien que le jour de son couronnement, il célébra un festin assez somptueux pour pouvoir exciter à jusle titre la surprise aux yeux des Alle- . mands. Maïs on pourra trouver plus au long tous ces détails dans la lettre qu'il envoya en Angleterre et qui est rapportée au livre des Additumenta".
Le roi Richard régla donc librement les affaires du royaume d'Allemagne, en suivant les traces des seigneurs du pays, et en s’attachant à leurs conseils, principalement à ceux de l’archevêque de Cologne. I'institua pour son sénéchal Jean d'Avesnes, qui était un-homme exercé au métier des armes ; car il y avait encore: dans le royaume quelques opposants, par exemple, l'archevêque de Trêves, homme puissant et belliqueux, qui puisait son audace téméraire dans la faveur des Français. | Cette même année aussi, et peu de jours auparavant, le prieur et les moines de Winchester et l'abbé et le couvent de Glastonbury suscilèrent, par leur ambition et par leurs discordes, un scandale qui retombait sur tout l’ordre monastique, et dissipèrent les biens de leurs nobles et antiques églises, à la per-. pétuelle et énorme lésion d'icelles, et à l’opprobre des auteurs de ce dommage. Je n'ai pas jugé à propos d'insérer dans ce livre l'histoire de leurs querelles, qui exigerait des lraités spéciaux et diffus, ou de la
‘ Voy. l'addition XLILI à la fin du volume.
914 L HENRI Ill.
confier à la mémoire des hommes; mais je crois plus à propos de passer sous silence. de pareils sehis- * mes, qui fournissent des aliments à l’avidilé de la cour romaine.
Cette même année aussi, et quelque teusps aupara--
vant, mourut Maurice Fitz Gérold, chevalier à nul . autre pareil pour sa bravoure et sa courtoisie, en Irlande, où jadis 1l avait exercé les fonctions de grand justicier. Îl avait vécu toute sa vie d'une manière louable ; cependant il encourut note d’infamie, peut-être à tort, au sujet de la mort de Richard, comte maréchal. ee .
Cette même année aussi, mourut Robert de Sothindon , clerc spécial du seigneur roi, et jadis jusiicier en tournée, qui étant tombé malade à Hartford, y arriva à sou dernier jour et y fut enterré.
Dans l'octave du bienheureux Benoit, Léolin, capitaine en chef des Gallois, étaut venu attaquer soudainement les hommes du comte de Glocester, s'empara par la force d'un château appartenant au même comte, et passa au fil de l'épée ceux qu’il trouva dans le château. |
Cette année aussi, mourut la sœur du bienbeu- ‘reux Edmond de Cantorbéry, la dame Alice‘, prieure de Katesby, religieuse d’une sainteté et d'une innocence merveilleuse, sur la tombe de laquelle on as-
sure que des miracles furent opérés.
Vers le mème temps, mourut le vertueux prieur.
4 Matt. Pâris l'appelle plus haut Marguerite.
ANNÉE 4257. 515 de Norwich, homme d’une grande sainteté et d’une érudition éminente, qui, outre les messes, les heures canoniques, les oraisons secrètes et spéciales, achevait chaque jour le psautlier en psalmodiant. Environ dix années auparavant, le roi, ensorcelé par les conseils des méchants, avait eu soin de faire casser, au moyen de quelques exceptions frivoles, ce prieur qui avait été élu régulièrement à l'évêché de Norwich.
A la même époque aussi, c'est-à-dire à la fin de
ai, le seigneur roi voyant que les Gallois triomphaient maintes fois au gré de leurs vœux, et massacralent, sur les confins du pays de Galles, une foule de féaux du seigneur roi, croyant qu'il devait renoncer à toute espérance sur le royaume d'Apulie, pour lequel il avait inutilement dépensé tant d’argent, enfin, affligé tant par la grave maladie de la reine, que par la mort de sa fille Catherine , fut précipité dans une si grande tristesse, qu'il tomba malade de la fièvre tierce. Cette fièvre le retint longtemps épuisé à Londres, tandis que la reine, prise d’une pleurésie, | gardait le lit à Windsor.
Vers le même temps aussi, un écuyer de Guillaume de Valence, frère du seigneur roi, se trouvant à Londres el s'y conduisant avec insolence, tira son couteau en jurant qu'il allait le plonger dans le sang des habitants ; avec ce mème couteau il blessa sans motif quelques personnes, et se fiant dans la protection ordinaire de son seigneur , ne se borna pas aux coups qu'il venait de porter, mais se répaudit en menaces el en injures. Ne voulant nie pouvant supporter
sa jactance ‘, la populace se jeta en foule.sur lui et tua cet arrogant, en l'écrasant sous les pierres et sous les bâtons. On transporta dans une maison le moribond, qui dit au moment d’expirer : « Pour Dieu, que l'on dise bien à mon seigneur que ma mort ne doit être « impulée à personne, mais que mot seul en suis « cause par ma sottise et par mon insolence. En effet, « nous tous qui avons confiance dans la ‘protection « de nos seigneurs, npus avons foulé misérablement «“ aux pieds Jes innocents et les coupables. » Puis il mourut. En apprenänt cela, Guillaume alla se plaindre fortement au roi des habitants de Londres qui avaient commis ce meurtre, et fit apporter le corps du mort sous les yeux du roi, pour faire plus d'impression sur lui. Le maire de la ville ayant donc été mandé, et ayant essuyé de violents reproches, répondit : « Mon seigneur roi, je ne puis refréner les vio- « lences du menu peuple; mais prenez connaissance « de ce que cet homme a dit en mourant. » En effet, lorsque le roi eut appris les détails de l'événement, il dit : « Ce malfaiteur n’a eu que ce qu'il avait mé- « rité. » Toutefois cette racine de malveillance contre les habitants ne fut pas tolalement extirpée, comme la suite du récit le montrera plus pleinement. | |
Vers le même temps, maître Roger de Wescham, évêque de Chester, homme bien digne de tout éloge,
: Non valentes nec valentes valentium tolerare : double jeu de mots et allusion au litre que portait le frère du roi, Guillielmus de Valentia.
alla où va toute créature. Depuis longtemps il était atteint de cette infirmité qui dessèche, et qu'on nomme paralysie, et avait résigné son évêché. Or, maître Longue-Épée avait été mis à sa place ‘.
Vers la même époque, c’est-à-dire au commencement de la saison d'automne, l’abbé et le couvent de Saint-Albans, considérant que, par l’inondation immodérée des.pluies, les foins aussi bien que les moissons étaient menacés d'un anéantissement général, s'assemblèrent dns le chapitre et décidèrent, comme ou avait coutume de le faire en pareil danger, qu’un jeûne serait ordonné par l’archidiacre, et qu’ontransporterait en procession solennelle, tant au milieu du: peuple que de la communauté, la châsse de saint Albans à l’église de Suinte-Marie, dite des Prés, la coimunauté et le peuple suivant nu-pieds la châsse, et priant avec ferveur. La cérémonie terminée, cette inondation si fâcheuse cessa le même jour par les mérites du bienheureux martyr.
RETRAITE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS. — IRRUPTIONS DAN- GEREUSES DES GALLOIS. — FXHORTATION BELLIQUEUSE DE LEUR CHEF LÉOLIN. — MALADIE DE L ÉVÊQUE DE HERE- FORD. — RUSTAND EST ACCUSÉ DEYANT LE PAPE. — LE ROI S'APPROCHE DE CHESTER AVEC SON ARMÉE. — SIMON DE WANTON EST CONFIRMÉ ÉVÊQUE DE Nonwicn. — Vers le mème temps, l’université de Paris se retira, tant à
+ C'est évidemment le méme qui est nommé plus haut maître Roger
de Molend ou de Meulan.
cause du temps de 1x moisson‘, qui alors était proche, qu’à cause de la perséeution que lui faisaient éprouver les frères Précheurs, et en se retirant laissa la ville en grande partie vide 4 habitants. En. effet, frère Hugues, de l’ordre des Précheurs et cardinal de l'église romaine, travaillait vigilamment et puissamment à affaiblir le parti des écoliers, et à fortifier la condition des frères Prêcheurs révoltés contre l’'université *.
À cette époque aussi, comme les Gallois considéraient es neue il y allait de leurs têtes, ceux de Nortwalles se confédérèrent indissolublement avec ceux de Suthwalles; ce qui ne s'était jamais vu auparavant, parce qu'ils étaient toujours en guerre les uns contre les autres. Ayant done
tenu conseil en commun, ils tumbèrent à l’impro-
viste sur l'armée du roi, déterminés à cette atta-
4 Ce passage donne, à notre avis, l’un des motifs qui avaient fait choisir les mois d’août et de septembre pour le temps des vacances.
2.Matt. Pâris n'eut point connaissance de la fin de cette querelle, dont il continue à parler vaguement, puisqu'il mourut en 14259. Rappelons sommairement quelques faits. Alexandre IV, ne pouvant triompher de la résistance de l’université, lui adressa, au mois de novembre 1956 et dans le cours de l’année 1957, des lettres tour à tour menaçantes et flatteuses ; il envoya même ses trois neveux suivre les cours des docteurs de Paris. Le mérite reconnu de saint Thomas d’Aquiu l’emporta sur les répugnances de l’université ; il fut reçu dogteur et prononça l’apologie des ordres Mendiants. Enfin, en 12690, l’université consentit à admettre les Précheurs, mais au dernier rang ; leurs docteurs en théologie après tous les autres docteurs jeunes et vieux, séculiers et réguliers ; leurs bacheliers après tous les autres, même ceux des divers crdres religieux, tels que les Carmes, . Bernaidins. les Cisterciens, etc,
que violente par les rapports d'un traître. En effet, les chevaliers du roi, surpris dans un lieu étroit et morécageux, auprès d’un château de Suthwalles où ils croyaient trouver un refuge assuré, rencontrèrent des ennemis là où ils pensaient trouver des amis dévoués, au moment où, battant en retraite, ils espéraient être reçus et protégés dans ce château. Se trouvant donc comme écrasés entre deux meules , et assaillis à la fois per devant et par derrière, ils furent vaincus , dispersés et massacrés au gré de leurs adversaires. Dans cette rencontre très-sanglante, sue- combèrent des chevaliers illustres du seigneur roi d’Augleterre ; à savoir, le seigneur Etienne Bauzan, que le roi aimait beaucoup; le seigneur Robert de Norhsm , et beaucoup d’autres dont nous ne savons point les noms. Les Gallois, triomphant donc selon leurs vœux, reçurent dans leur paix et dans leur alliance Griffin de Brunfeld, aux conseils et aux renseignements duquel ils devaient leur victoire. Or ce Griffin, Gallois de nation, était un homme brave et de haute naissance. Comme quelque temps auparavant il avait pris parti pour le roi , les Gallois avaient réduit en‘cendres toutes les terres et les riches possessions de Griflin, pour lesquelles le roi n'avait ni voulu ni pu se porter garant'.
1 Les sens de warrant sont très-nombreux dans la loi anglaise. Nous traduisons ainsi sur la foi du glossaire, qui dit : Warantizare enim est authoritale majoris minorem defendere, et securum ne puniatur reddere. On pourrait, ce nous semble, di de ici Re garantir dans le sens de protéger.
Dès lors Léolin, joyeux de sa victoire et riche des dépouilles des vaincus, fortifié de plus par l'alliance de ceux de Nortwalles et par la rentrée en grace du susdit Griffin, consola ses Gallois en leur disant : « Jusqu'à présent le seigneur Dieu des armées nous « a secourus. Il est clair pour tous tant que nous sommes, que cette victoire ne doit pas être attri-
« buée à notre vaillance, mais à la piété de Dieu qui « combat également avec peu comme avec beaucoup. ‘« Comment nous, qui sommes petits, faibles et mal- « habiles en comparaison des. Anglais, oseriuns-Nous « lever le talon contre leur roi, si Dieu ne nous oc- « troyait son patronage? Le ed a vu notre af- « fliction ; il a vu comment Geoffroi de Langeley et « les autres officiers inexorables, tant du roi que « d'Édouard, circouvenaient notre simplicité. Sachez « que maintenant et dorénavant il y va de vos têtes. , « Si nous sommes pris, nous n’aurons à espérer au- « eune miséricorde. Tenons donc ferme tous ensem- « ble; car si nous sommes inséparables, nous serons « aussi invincibles. Nous voyons plus clairement que « le jour que le roi d'Angleterre appauvrit, déshé- « rite et force à d'égénérer ses Anglais naturels. Com- « ment done nous épargnerait-il, nous qui le pro- « voquons et cherchons à lui faire tort et à nous « venger ? Il se propose de nous faire disparaître de « dessous le ciel; mais la justice de notre cause nous « prolése et confond nos adversaires. Il vaut mieux « mourir ets’en aller vers le Seigveur, que de vivre « dans l'angoisse et de succomber enfin au gré de
« nos ennemis. » Aussi encouragés par ces paroles et excités à bien combattre, les Gallois, se livrant jour et nuit aux massacres, aux pillages et aux incendies, réduisirent en désert toute la terre qui forme frontière entre l'Angleterre et le pays de Galles.
Cette même année, l'évêque de Héreford, qui avait amassé tant d'imprécations sur sa tête, mérita d'être flagellé de toutes façons. par le Seigneur, pour sa correction, du moins on doit l’espérer. Il devint donc comme un fugitif qui se cache, et il n’y avait personne dans cet évêché, à qui le triste état de sa fortune permit de rechercher les traces dudit évêque. On en trouvait cependant quelques-uns qui disaient qu'il s'était sauvé à Montpellier, pour s'y faire guérir de l’infirmité qui le tourmentait; car il avait au nez un polype galeux qui lui mangeait toute la face. En effet, à ce que disent les physiciens, la gale est la même chose pour .la peau que la lèpre pour la chair. |
Vers le même temps, maître Rustand , clerc spé- : cial du seigneur pape, fut accusé grièvement devant le seigneur pape d’avoir veillé à ses propres intérêts plus qu’il n'était juste, d'avoir amassé ardemment en Angleterre des possessions, des revenus et de l’argent, et d'être devénu, en séduisant le roi et les évéques, un des premiers entre tous les seigneurs du royaume, par son opulence et ses richesses.
A la même époque, vers le temps des moissons, Je seigneur roi s’approcha de Chesier avec son armée qui était nombreuse ; aussi ceux qui le suivaient, ne
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voulant pas fournir de provisions aux Gallois, dévastèrent immiséricordieusement «les moissons magnifiques et abondantes, ainsi que les autres fruits des arbres, faisant ainsi autant de tort à eux-mêmes qu'à autrui. Aussi en peu de temps la cherté des vivres devint telle dans l'armée, que les chevaux aussi bien que les hommes éprouvèrentunedisette très-fâcheuse. Sur ces entrefaites, le rot, pour précipiter dans un abîme de désespoir les Gallois qu'il appelait ses en-. nemis et ses lraîtres, fit lever de nombreuses troupes d'hommes d'armes en Écosse, en Irlande et en d’autres pays, pour environner les Gallois de toutes parts et les briser irréparablement , comme des vases de potier. Cependant Léolin, sur l'avis de ses seigneurs, envoya au roi des députés solennels, pour demander un traité de paix, à condition toutefois que les Gallois obliendraient en paix les lois de leurs ancêtres et leurs Jibertés, comme ils avaient coutume de le faire, et qu’ils ne seraient point soumis ui ne rendraient compte à Édouard ou à aucun autre qu’au roi; car ils né-souffriraient en aucune façon à l’avenie, comme ils le déclaraient ouvertement, qu’on les donnât ou qu'on les vendit ainsi que des bœufs ou des ânes, Mais le roi n accueillit ni leurs humbles prières ni leurs demandes modérées ; au contraire, animant ses chevaliers, et déployant son étendard royal, 1 s avança de jour en jour à main armée, et, comme un dragon qui ne sail épargner personne, menaça le pays de Galles d'une extermination géné-
rale.
Vers la fête du bienheureux Pierre, qu'on appelle aux Liens, maître Simon de Wanton fut confirmé comme évêque de Norwich. Aussitôt après qu'il eut été élu par les moines de Norwich, il avait envoyé en toute hâte des messagers à la cour romaine, et en y répandant de riches présents, avail obtenu une dispense pour conserver pendant quatre ans ses anciens revenus, quoique son évêché füt suffisamment pourvu de tous biens. Ce genre de concession était déjà passé en coutume dans la cour romaine. :
LE RO1 D'ANGLETERRE PERD L’AFFECTION DU ROI D'Es- PAGNE. — JL RENTRE SANS GLOIRE EN ANGLETERRE. — DÉPUTÉS SOLENNELS ENVOYÉS AU ROI DE FRANCE POUR RE- COUVRER LES DROITS DU ROI D'ANGLETERRE. — MORT DE NicoLas DE FERNHAM, ANCIEN ÉVÊQUE DE DurHAM. — DiscorDE ENTRE LES ROIS DE DANEMARK ET DE NORWÉGE. — DÉPOSITION D'ÉTIENNE DE LEXINTON, ABBÉ DE CLAIRvaux. — Cette même année aussi, le cœur du roi d’Espagne fut détourné de l'amour du roi d'Angleterre. En effet, il disait que le comte de Cornouailles, frère du roi, l'avait supplanté dans le royaume d’Allemagne ou des Romains. Aussi exigeait-il du roi aide contre ses ennemis, aux termes de la charte conclue entre eux, et qui portait qu'ils étaient tenus de s’entr'aider mutuellement l’un l’autre. A cela le roi d'Angleterre répondit : « Donc le roi d'Espagne est « tenu de me secourir dans les besoins de mon frère à « qui je ne puis ni ne veux manquer. Il a été élu ré- « gulièrement au royaume d'Allemagne, et couronné
« sans aucune opposition. Or, si quelqu'un avait ré- « clamé pour le roi d’Espagne et pour son droit, en « prouvant qu il eût été élu régulièrement le premier, « mon frère, le comte de Cornouailles Richard, n’au- « rait point consenti à l'élection faite en sa faveur, et «moi-même je ne l'aurais souffert eu aucune façon.» Par ainsi fut apaisé le courroux inconsidéré du roi d'Espagne.
A la même époque, le roi voyant que les affaires de Mars lut étaient contraires, que la cherté des vivres s’accroissait de jour en jour, que ceux qui lui avaient promis secours n'arrivaient pas, et que l'intempérie de l'hiver approchait, se disposa à revenir en Angleterre vers la fête de saint Michel, pour assiser à la fête de saint Édouard, qui est dans la quinzaine de la Saint-Michel , et se mit sans gloire en route pour Londres.
Vers le même temps, des députés solennels furent envoyés au rot de France ; à savoir, l'évêque de Worcester Gaultier, le comte de Leicester Simon, le comte-maréchal Roger Bigod, Pierre de Savoie et Robert Waleran , pour négocier la restitution des possessions du roi d'Angleterre que le roi de France détenait depuis longtemps injustement, Le roi de France leur aurait répondu avec retenue; mais son frère et les seigneurs français répondirent fort rudement par un refus et par des sornettes. Ainsi les députés revinrent vers la Purification de la bienhcureuse Marie, sans avoir réussi rien.
Vers le même temps, mourut maître Nicolus de
| ANNÉE 1257. 325 Feruham, jadis évèque de Durham, qui avait résigné son évêché pour recueillir plus tranquillement et plus librement les fruits de la contemplation. Or, il mourut dans son beau manoir de Stockton, qui est situé sur le fleuve la Thees, et qui, lorsqu'on le pourvut, lui avait été cédé dans le partage qui fut fait, avec deux autres manoirs, ceux de Hoveden et de Eslinglon. Lorsque la nouvelle de cette mort fut par-venue à la connaissance du roi, il extorqua trois cents marcs à l'évêché de Durham, sous prétexte qu’il n'avait pas eu intégralement la garde de l'évêché, quand il était vacant, c'est-à-dire pendant le temps qui s’écoula entre la cession dudit Nicolas et la création ou l'institution de son successeur Gaultier. Or, l’archevêque d'York Gaultier, et l’évêque de Londres Foulques, avaient protégé, à titre de conservateurs, la part qui revenait audit Nicolas. Et les gens du roi ne rougirent pas d'avoir donné à leur seigneur un conseil aussi détestable. |
Cette même année, une grande querelle s'éleva entre les rois de Dacie et de Norwège, et des combats particuliers furent livrés sur mer entre les vaisseaux marchands. Mais les évêques des deux royaumes ayant interposé avec vigilance leur médiation, la paix fut rétablie entre les deux rois. Cette même année. mourut le fils aîné et l'héritier du même roi de Norwége, qui s appelait Hacon comme son père, et était un Jeune homme de belle mine.
Quand Ja saison d'automne approcha de sa fin, que déjà l'hiver eut abrégé les jours et amené les
froids, et que la cherté des vivres fut extrême dans l’armée du roi, le seigneur roi, sur l'avis de ses conseillers intimes qui supportaient avec peine cette disette, revint des pays de Chester vers Londres, pour assister à la fête de la trauslation de saint Édouard. : Léolin, apprenant son départ, le suivit longtemps, et s’il voyait quelqu'un qui se séparât et s’écartât de l’armée du roi, il tombait sur lui et le tuait. Ainsi le roi revint tout à coup, sans gloire et après avoir dépensé beaucoup d'argent, dans des pays plus sùrs, mais non saus exciter les rires et les moqueries de ses ennemis ; et cependant [naguère] il parcourait ses troupes armé de toutes pièces, faisait déployer l'étendard royal et exhortait avec allégresse ses compagnons d'armes à massacrer ces Gallois, le rebut des hommes.
Pendant que le cours de ces jours s'écoulait, Étienne, surnommé de Lexinton, abbé de Clairvaux, fut déposé ignominieusement parce qu'il avaitobtenu, contre les statuts de l’ordre de Citeaux, le privilége d'être abbé à perpétuité; mais on assure que cela fut machiné contre lui malicieusement et par envie, parce qu'il avait fondé à Paris cette école qu'on appelle Chardenay , qu’il avait pourvu à son entretien après l'avoir fondée, qu'il était élevé au-dessus des autres par ses vertus et la supériorité desa science, et qu'il était en outre Anglais de nation. A cette nouvelle, le seigneur pape voulut l’absoudre et le rétablir dans son ancien état; mais les adversaires du même Étienne, en répandant dans la cour ro-
maine de grandes sommes d'argent, obtinrent que la sentence de déposition qu’ils avaient prononcée définitivement contre lui serait maintenue.
- NOUVEAU STATUT PAR LEQUEL TOUT ÉLU DOIT SE RENDRE A ROME EN PERSONNE. — HENRI, FILS DU ROI D'ALLEMAGNE, SE REND EN ANGLETERRE. — L’ARCHEVÈQUE D YORK EST EXCOMMUNIÉ. — "LA REINE SE REND A SAINT-ÂLBANS. — FÉCONDITÉ DE BÉATRICE, COMTESSE DE PROVENCE. — PROGRÈS DES TARTARES EN ORIENT ; ILS DÉTRUISENT LES Assassins. — PIERRE D'ORIVAL succÈDE À Hurron, CONSEILLER DU ROI, — Dans le cours des mèmes jours, l'élu à Ély et l'élu à l'église de Saint-Edmond dépeusèrent tant d'argent en cour romaine, tant en donnant qu’en promettant, pour obtenir leurs droits, que les hommes prudents, en considérant la quantité du trésor dépensé, pouvaient s'étonner et être saisis d'une stupeur profonde. Enfin, les prélats ayani réussi dans leur demande, mais se trouvant endettés énormément, revinrent fort tristes d’être la cause ou le sujet d’un si grand péril pour leurs églises. Tel est le résultat de cet abominable statut de la cour romaine par’ lequel il faut que tout élu passe les Alpes en personne et grossisse , à sa lésion ou plutôt à sa ruine , les escarcelles des Romains. Or, lorsque le roi, qui avait réduit à rien les églises desdits prélats, eut appris cela , il rougit ou du moins dut rougir et être confondu de ce qu'à la ruine de sa dignité, le royaume d'Angleterre élait assailli par tant de seandales et tourmenté par tant d’adversités. Voilà le
véxalions nouvelles-exercées sur les personnes des prélats ! Voilà aussi le pillage des églises sous le roi et les gens du roi! Voilà la désolation lamentable et funeste des couvents! Si par hasard l’élu meurt en chemin, si le même élu au l'élection susdite est réprouvé, toutes les lamentations seront encore renouvelées. Si l’on vient désormais à élire dans un couvent quelque personne insuffisante, qui ne compte pour rien defaire des voyagesà cheval et de parcourir séculièrement des contrées lointaines et séculières, le couvent dépérira sous un pareil supérieur ‘ ; commeil faudra que cet élu contracte avant son installation des dettes qu'il ne pourra payer, les biens temporels dépériront aussi.
Vers la fête de saint Michel , Henri, fils du sergneur roi d'Allemagne Richard, que son père avait créé chevalier, comme nous l'avons dit, le lendemain de son couronnement, revint en Angleterre et fut accompagné par quelques seigneurs anglais qui avaient suivi ledit roi, à savoir le seigneur Hugues de Spencer, Jacques d'Audeley?, Étienne Cheinduit et plusieurs autres. On ne sait pour quelle cause ils revinrent ; mais on croit, et c'est un fait aflirmé par des gens dignes de foi, que les Allemands ne souffrent pas, comme les Anglais, que le cœur de leur rai soit
‘ Sub (ali rigore. Nous lisons priore.
3 On trouve aussi cette famille nommée d’Andelay ou d’Andely. Un de ses descendants, qui se signala par sa bravoure et sa générosité à la bataille de Poitiers, est appelé par Froissard Jasmez d'Andellée.
courbé ainsi qu'un roseau, par les conseils des étrangers. | ee Vers le même temps, le seigneur pape appesantit sa main sur l’archevèque d'York, et ordonna qu'il fût excommunié ignominieusement dans toute l'Angleterre, à la lueur des cierges et au son des cloches, afin d’énerver sa constance par une mesure aussi violente et aussi terrible. Mais ledit archevêque, instruit par l'exemple du bienheureux Thomas, martyr, ainsi que par l'exemple et les leçons du bienheureux Edmond, jadis son maître, fortifié aussi par la fidélité du bienheureux Robert, évêque de Lincoln, ne désespéra nullement de recevoir d'en haut des consolations, et supporta patiemment toute la tyrannie du pape; car il ne voulait pas conférer les revenus abondants de son église à des gens indignes et inconuus, venus d’au delà des Alpes, et n’avait point souci d'obéir et de se soumettre comme une femme à la volonté du pape, en abandonuant la rigueur du droit. C'est pourquoi, plus 1l était maudit d’après les injonctions du pape, plus il étoit béni par le peuple, mais pourtant en secret, à cause de la crainte qu’inspiraient les Romains.
Le 8 avant les ides d'octobre, la dame reine se rendit à Saint-Albans, accompagnée de l'épouse d’Edouard et de beaucoup d'autres dames, pour accomplir les vœux d’actions de grâces et de remercimeïts qu'elle avait faits audit martyr, et pour offrir un présent à son vénérable tombeau. En effet, tandis qu’elle était atteinte de Ia maladie très-grave
dont nous avons parlé, elle s'était fait mesurer ‘ et avait promis au martyr de se rendre à Saint-Albans et d'y porter un présent votif; elle offrit donc à l’autel une tenture précieuse et convenable que nous appelons vulgairement baldaquin.
Comme la remarque qu’on va lire m'a été fournie en temps opportun par des gens dignes de foi, je ne crois pas à propos de passer sous silence ce qu'on m'a rapporté du très-fécond et très-noble ventre de la éomiesse de Provence Béatrice. Elle avait déjà donné le jour à trois reines très-illustres ; à savoir, la reine de France, la reine d'Angleterre et la reine d'Allemagne. Deux de ces reines, à savoir celle de France et celle d'Angleterre, avaient aussi fait naître deux reines, c’est-à-dire la reine d’Ecosse et la reine de Navarre. C’est ainsi que, par une lignée si magnifique, la susdite comtesse Béatrice, non sans qu’on dût reconnaître en cela le doigt de Dieu, avait illustré l'étendue de la chrétienté par cinq reines sorties d'elle, ce qui est admirable. D'autre part, cette même comtesse Béatrice, si féconde, procréa deux autres filles très-iliustres ; l’une et l’autre méritèrent d’être unies par mariage à des fils de reine, à savoir aux comtes d'Anjou et de Provence ?.
Au milieu de la tempête générale qui agitait le monde, et dont la guerre entre les Gallois et les Anglais, dans les pays d'Occident, n'était pas le
eve
* Gel usage a déja été expliqué à la page 557 du deuxième volume. 2 Nous avons précédemment relevé deux fois la méme erreur.
moindre sujet de trouble, l’inimitié hostile et tyran- . nique des Tartares et des Sarrasins se déchaîna dans les pays d'Orient, etune multitude de nations furent soumises au tribut envers les mêmes Tartares, à savoir les soudans, les admiraux, les princes, et même les califes. Les Tartares, voulant faire la même chose aux chrétiens, sommèrent les frères du Temple et de l'Hôpital, et tous les habitants de la Ferre- Sainte, de se soumettre à leur joug insupportable. Ceux-ci, ayanttenu conseil pendant la nuit et en ayant longuement et très-soigneusement délibéré, répondirent tous d’une seule voix aux députés des Tartares qu'ils ne s'étaient point voués au service de Dieu et n’avaient point pris l'habit religieux pour vivre dans les délices, mais plutôt afin de mourir pour le Christ, qui, dans cette même terre, n’avait point refusé de sôuffrir le supplice de mort pour la rédemption du genre humain. Viennent donc les Tartares, viennent donc ces démons tartaréens, et ils trouveront les serviteurs du Christ rangés en bataille et prêts à combattre contre eux pour la défense de la loi chrétienne.
Dans le cours de cette même année, les détestables Tartares détruisirent les Assassins, race plus détestable encore , et que nous appelons porte-couteaux. Si quelqu'un désire connaître les impuretés, la vie et les mœurs de ces Tartares, aussi bien que la fureur et la superstition des Assassins, ‘il pourra,
®Voy. l'addition XLITI à la fin du volume. Mais ce document ne four-
en cherchant avec soin, trouver à Saint-Albans des détails à ce sujet.
Vers la fête de saint Michel, Hurtold, qui était le conseiller, le clerc spécial du seigneur roi, et de plus le trésorier de la chambre du roi, étant venu'à mourir, on lui substitua Pierre d Orival, et un étranger succéda à un étranger.
LES cRanps D ECOSSE PRENNENT LA TUTELLE DE LEUR ROI. — COMBATS ENTRE JACQUES D’AUDELEY ET LES GAL- LOIS. — LE Ro1 d'ESPAGNE PRÉTEND AVOIR ÉTÉ ÉLU ROI D'ALLEMAGNE AVANT RICHARD. — ÎL ÉCRIT AU RoI D'AN- GLETERRE POUR RÉCLAMER SON APPUI.——DÉPUTÉS SOLENNELS ENVOYÉS EN FRANCE. — FRONTIÈRES DU PAYS DE GALLES RÉ- DUITES EN DÉSERT. — COUP D'OEIL SUR L'ANNÉE 4257. — Dans le cours des mêmes jours, le roi d’'Ecosse Alexandre, de l'adolescence duquel on espérait dés fruits trèsutiles pour le rovaume ; s'étant engagé nrdécemment
ait aucun détai] sur les Assassins. Quant au passage en lui-même, il est exact, si ce n’est qu’il faut entendre les Assassins de Perse, distinction que Matt, Pâris ne pouvait connaître, bien qu’en un passage il les désigne par le nom d'arsacidæ. La formidable armée qu'Holagou-Khan conduisait à la conquête de la Perse, de 1255 à 1258, écrasa sur son passage les Ismaélites, qui, depuis plus de cent soixante ans, régnaient avec impupnité dans les montagnes situées uu sud de la mer Caspienne. Les Ismaélites de Syrie, qui avaient élevé dix forteresses dans les montagnes de Tortose, étaient une colonie de ceux de Perse, dont le prince ou iman nommait un lieutenant pour conduire et gouverner les Assassins du Liban. Ces derniers furent exterminés par les Mamelucks vers l'an 4280, et la ruinc de leurs frères de Perse leur ôtait tout moyen de résistince. ( Voy. GIBBON, lom. xIN, chap. £#, et les lémoires de Falcenuet. )
dans une mauvaise voie en exaltant les étrangers , en suivant leurs conseils et en les élevant et établissant au-dessus de ses hommes naturels, ses sujets indigènes et naturels s’en indignèrent, et, pour qu'il ne se laissät pas entraîner à des actes plus odieux encore, remirent en garde ledit roi et la reine ; ils séparèrent
aussi la reine de lui, afin qu'elle ne marchât pas sur
les traces de sou père, et les gardèrent tous deux prudemment , agissant ainsi à l'exemple des Allemands,
jusqu'à ce que tous les étrangers eussent été éloignés
et expulsés. Dès lors les seigneurs d’Ecosse tinrent plus librement et avec plus de sécurité les rênes du gouvernement de leur royaume. Ils reprochaient de plus à la reine d'avoir appelé son père le roi d’Angleterre et de l’avoir excité à venir contre eux hosti- . lement avec son armée, pour les exterminer misérablement ; ils dissient qu’à cause de cela Robert de
Ros, le plus éminent de tous les seigneurs du nord, :
avait été ruiné immiséricordjeusement et irréparablement. En effet, tout ce qui lui appartenait et pouvait être vendu était confisqué et mis en vente.
À celte époque aussi, un des seigneurs qui étaient récemment revenus d'Allemagne, à savoir Jacques d'Audeley, homme puissant et riche, qui avait sur les confins du pays de Galles des terres, des possessions et des châteaux que les Gallois avaient attaqués à main armée en y commeltant des incendies et des massacres, assaillit à son tour ces malfaiteurs, tua et précipita un grand nombre d’entre eux dans les enfers, et redemanda compte aux mains des en-
nemis du sang de ses frères [ d'armes |. Mais les Gallois, sortant à l'improviste de leurs retraites de renards et des anfractuosités de leurs rochers, le surprirent sur un terrain marécageux, coupèrent les jarrets des plus beaux chevaux (?) ou les éventrèrent, et réduisirent en cendres les maisons et les châteaux, sans distinction, massacrant les hommes qu'ils y trouvaient. C’est ainsi que l'Angleterre perdait misérablement sa force chaque jour. En eflet, l’Angleterre avait coutume de tirer fréquemment du pays de Galles, par la voie du commerce, des chevaux, des bœufs, et d’autres marchandises, qui tournaient au profit des habitants des deux pays.
Vers le même temps, se répandirent des bruits fort déplaisants pour plusieurs, à savoir que le roi d'Espagne prétendait avoir été élu régulièrement avant que le comte Richard eût été élu au royaume des Romains. En témoignage de quoi l'archevêque de Trèves, et quelques autres seigneurs d'Allemagne avec lui, tenaient ferme sans varier pour ledit roi d'Espagne, et le roi de France fournissait aide et - conseil à ce parti. En effet, les Français s’affligeaient de l’honneur conféré au comte Richard, et du profit que les Allemands devaient retirer de cette élection : car 1] y avait entre les deux peuples une ancienne haine native et inexorable qu'avait redoublée encore le grand combat livré récemment entre les Allemands et entre les Français et les fauteurs des mêmes Français, à savoir les Flamands. Mais l'établissement du nouveau roi d'Allemagne Richard était certain , ré-
gulier et incommutable. En effet, quand l’année pré. cédente les seigneurs d'Allemagne donnèrent connaissance de cette élection au seigneur roi d’Angleterre et à ses seigneurs siégeant à Londres, il n’y eut pas même une ombre d'opposition ; plus tard, quand l'archevêque de Cologne, qui est le grand chiancelier - del’empire, ethbeaucoupd'autresgrands d'Allemagne, vinrent avec lui en Augleterre, ils ne firent en aucune façon mention du roi d'Espayne ou de son élection. Les messagers très-sagaces qui avaient été envoyés pour explorer l'état des choses en Allemagne, n'en parlèrent pas davantage. Aussi le roi d’Allemagne, affermi dans une possession tranquille, méprisa à juste titre les menaces du roi d'Espagne,
quoique ce dernier menaçât d'une manière terrible de venir l’attaquer à main armée avec toutes les forces des rois de France, d'Aragon et de Navarre. De plus, le même roi d'Espagne, dans ses lettres,
“’intitulait et se qualifiait élu roi des Romains ou élu
roi d'Allemagne. Mais en apprenant ces menaces, le roi d'Allemagne Richard répondit avec allégresse et intrépidité : « Qu'il vienne avec toutes ses « forces el toute sa puissance, et moi j'irai au-devant « de lui hors des limites de mon royaume. »
Dans le cours des mêmes jours, le roi d'Espagne écrivit au roi d'Angleterre , et lui demanda instamment de l'aider puissamment et magnifiquement, comme il convenait, contre le comte de Cornouailles Richard, qui avait usurpé témérairement la couronne d Allemagne, et avait supplanté frauduleuse-
nent ledit roi d'Espagne qui ne s attendait à rien de pareil. 11 demandait que le roi l'aidêt, nous le répétons, aux termes de la charte conelue entre eux, et qui portait que l’un devait aider l'autre contre tout adversaire ; charte qui fut rédigée quand la paix fut : rétablie entre eux en Gascogne. En apprenant cela, le roi d'Angleterre répondit : « Et moi, je demande « plus expressément encore qu'il m'aide moi et « mon frère contre nos rebelles et nos adversaires. « Quiconque est l'adversaire de mon frère , doit être « regardé justement comme rebelle envers moi; « car celui qui n’est pas avec moi, est contre moi. » Or , il faut se rappeler que la Gascogne avait été octroyée au roi d'Espagne Alphonse, par le roi d’Angleterre Henri, en lui donnant sa fille, et que ce voi en avait eu saisine en vertu d'une charte et de la confirmation qu'en avaient faite les rois Richard et Jean. Aussi le roi d Espagne avait fait une couvention avec le roi Henri troisième, présentement régnant, laquelle portait que le fils de Henri épouserait la sœur du roi d'Espagne , que l’un des alliés aiderait l’autre en cas de nécessité, et que le roi d'Espagne déclarerait renoncer a toute prétention sur la Gascogne envers le roi d'Angleterre et ses hériliers. Une charte fut rédigée pour fixer ces conveutions mutuelles. De plus, le roi d'Angleterre accorda une charte assez honteuse, par laquelle il s'engageait à donner satisfaction à tous les Gascons sur les dommages qu'ils avaient éprouvés par sa venue. Or, le roi d'Angleterre subit tous ces opprobres
et toutes ces perles, parce qu ‘au moment où le comte de Leicester Simon avait dompté presque complétement les Gascons rebelles , le roi avait signifié aux seigneurs de Gascogne de ne rien faire pour lui ; ce qui avait anéanti totalement l'autorité du même comte. Par celte malheureuse démarche, le roi encourut une perte inestimable tant en terres qu’en trésors , et un détriment irréparable dans son honneur: et le roi agit ainsi au mépris de la charte que le comte avait obtenue de lui. Toutefois, plus tard , le roi la racheta pour six mille marcs, afin de ne point paraître commettre un vol. Ensuite il passa la mer avec une nombreuse armée, comme nous l'avons dit plus haut, et cette expédition n’en tourna pas moins à son détriment ; mais nous avons déjà parlé de tout cela.
Dans le cours des mêmes jours, des députés solennels furent envoyés de la part du roi au roi de France, à savoir l’évêque de Worcester, l'élu à Winchester, l’abbé de Westminster, le comte de Leicester, le comte Roger ‘ Bigod, grand maréchal, Pierre de Savoie, et Robert Waleran, afin que, si la chose pouvait se faire honorablement d’une façon ou d’une autre, avant qu'il en résultât guerre sanglante, inimitiés et effusion de sang, le roi de France restiluâl au roi d'Angleterre les droits qui . lui appartenaient de toute antiquité. En effet , il ne paraît pas conforme au droit ou à la piété que le
* Le texte dit fautivement Hugues.
fils suit condamné à porter la peine de l’iniquité du père. En tout cas, l’un et l’autre ont été assez punis et endommagés, puisque, depuis près de cinquante ans, le roi d'Angleterre s’affhige d’être dépouillé de de ses terres d'outre-mer. Mais les députés envoyés en France revinrent tristement après avoir entendu .des paroles dures , des sornettes et un refus formel. Aussi tous les seiyneurs que le roi avait convoqués à Londres pour le parlement, furent contremandés, parce qu'on réfléchissait que les députés étaient reve- Aës sans avoir réussi à rien et sans rapporter autre chose que des moqueries. De plus, le roi d’Allemagne Richard demandait au roi de France, avec d'humbles prières, qu'on lut rendit ses droits ; mais celte affaire et la précédente furent ajournées, pour uue réponse définitive, à la levée du parlement que le roi de France devait tenir au milieu du carême. C'est pour eela qu'au départ de ses collègues, l'abbé de Westminster resta en France, afin de savoir à cet égard quelque chose de certain.
Les frontières du pays de Galles étaient réduites, Ô douleur! en un désert inhabitable; les hommes étaient consurnés par le glaive, les châteaux et les meisons par l'incendie, les forêls par le hoyau et la hache, les troupeaux par la maigreur ou par le coutaau du boucher. Ainsi l'Angleterre était mutilée lamebtablemeut dons une bonne partie d'elle-même.
Ainsi se passa eelte année stérile et maigre. En effet, tout ce que l'hiver avait semé, tout'ce que l'été avait fait mürir, fut étouffé par les inondations de
ANNÉE 1557. 559 l'automne. De plus, le manque d'argent monnayé, dont le royaume d'Angleterre était dépouillé par le pape et par le roi, engendra une pauvreté inouie. Les terres restèrent incultes, et une multitude nombreuse de peuple mourut par la disette: car vers la naissance du Seigneur, le prix d'une charge de froment monta à dix soks. De plus, les pommes furent rares, les poires plus rares encore; les figues, les glands bons à manger, les cerises, les prunes, et, pour le dire en peu de mots, tous les fruits qui sont contenus dans des coques", furent complétement détruits. En outre, cette année amena des pesles et des fièvres mortelles, au point qu'à Saint-Edmond, pour ne pas citer d'autres exemples, plus de deux mille morts remplirent le vaste espace du cimetière, pendant l'été, principalement pendant les ardeurs des jours caniculaires. 11 y avait des vieillards qui jadis avaient vu la charge de froment monter à un marc ou même à vingt sols, sans que pour cela les hommes fussent épuisés par les angoisses de la faim, jusqu'à en mourir. Pour comble de misères, le roi d’Allemagne, Richard, avait dépouillé le royaume d’Angleterre de plusieurs milliers de mares, qu'il avait fait lever sur ses terres en Angleterre. La Terres Sainte languissait désolée et troublée par la crainte des Tartares. En effet, le roi des Tartares avait dans sa compagnie quarante fois cent mille combattants armés. Déjà, à ee que nous avons appris de gens ba: biles et dignes de foi, ils avaient soumis avec féro
* Probablement noix, châtaignes, ete.
cité la. moitié du monde à leur domination. Un observateur attentif pourra trouver à Saint-Albans des détails sur la vie très-immonde de ces Tartares!. Cette année, qui engendra des infirmités chroniques, permit à peine de respirer en aucune façon à ceux qui en étaient atteints. En effet on n’y vit pas un seul beau jour froid et serein ; la plus légère gelée ne couvrit pas d’une couche de glace, comme à l’ordinaire, la surface des étangs, ou n’endurcit pas les eaux qui. tombaient des gouttières ; mais des brouil- Jards et de continuelles inondations de pluies obscurcirent l'air jusqu’à la Purification de la bienheu-
reuse Vierge.
Le rot cÉLÈBRE A LONDRES LES FÊTES DE NOEL. — RETOUR DE L'ÉVÊQUE D'ÉLY. ET DE L’ABBÉ DE SAINT- EDMOND. — SÉDITION ÉLEVÉE A ROME. —MorrT DE Guis- LAUME HEIRON, vicoMTE DE NORTAUMBERLAND. — GRAVE ACCUSATION CONTRE QUELQUES CITOYENS DE LONDRES. — MonrT DE JEAN D'AVESNES. — CRUAUTÉ DES GALLOIS. — L'an du Seigneur 4258, qui est la quarantièmedeuxième année du règne du roi Henri, le même roi, à la naissance du Seigneur, se trouva à Londres, où il célébra magnifiquement les solennités de Noël avec plusieurs seigneurs, attendant l’arrivée des députés qu'il avait envoyés en France. Le mème roi avait aussi assisté à la fête de saint Édouard.
Vers la même époque, abordèrent en Angleterre l'évêque d'Ély et l’abbé de Saint-Edmond, revenant
‘ Voy. l'addition XEWIT à la fin du volume.
de la cour romaine, où ils avaient obienu du seigneur pape d'être confirmés dans leur état prospère, malgré l'opposition et le mauvais vouloir du roi «et de l'archevêque de Cantorbéry. Ainsi de jour en jour le roi, séduit par d'exécrables conseils, perdait de sa dignité royale, et s’efforçait d’ noise re de toutes les manières.
= Dans les présents jours, et peu de jours auparavant, une grave sédition s’éleva dans la ville de Rome, parce que le sénateur, à savoir M...', citoyen de Brescia, s'était détourné du sentier de la justice, accablait le peuple romain d’injustices de tout genre, l'appauvrissait sous tous les prétextes, à l’instigation des nobles, et s’efforçait de complaire aux seuls nobles, principalement aux Annibaldi. Les gens du peuple, s étant donc confédérés, sur l'avis d'un maître boulanger” nommé Matthieu, qui, bien que devenu leur concitoyen, était Anglais d'origine et natif de Belvair, firent une attaque violente, se précipitèrent eu foule et avec impétuosité, brisèrent la prison dans laquelle l’ancien sénateur Brancaléon était retenu enchaïné, et, l'ayant délivré, l’établirent sénateur, eu lui prêtant serment de fidélité, selon l’ancienne coutume de la ville. Brancaléon, se voyant donc foros Nous ne retrouvons pas le nom de ce personnage, dont le rôle parait, au reste, fort secondaire. La délivrance de Brancaléon et Ie départ dü pape sont de l'année 1257, comme Le prouvent les dates des lettres d'Alexandre IV. Mansi ( Notes sur Riynaldi ) cite à cet égard les indi-
cations conformes de Nangis.
2 Magistri pistorum. Peut-être le chef de la cor poration des boulangers. ,
ter. oi dans momie 7 a “Oéieé ES Se (SO
tement soutenu, chassa de Rome ses adversaires, et fit pendre à une potence, sans se soucier des égards dus au pape, deux Annibaldi qui étaient cousins d’un cardinal. Le pape ayant excommunié le sénateur Brancaléon et ses partisans, ceux-ci assurèrent qu'ils avaient le privilége de ne pouvoir être excommuniés par aucun pape, et menacèrent le pape et ses cardinaux, avec force railleries, de les persécuter et de les endommager jusqu’à extermination. A cette nouvelle, le pape craignit pour lui, et dit à sesfrères:
« Quand la fureur-est dans son cours, cédez à Ia violence de la fureur... » :
Aussi, de peur que de plus grands maux ne succédassent aux maux présents, il se retira sur-lechamp à Viterbe, se proposant même de se sauver plus loin encore, c'est-à-dire à Assise.
Vers le même temps, mourut Guillaume Heiron, vicomte de Northumbrie, le marteau des pauvres, le persécuteur des religieux, et le plus avare de tous les hommes. Après avoir éprouvé cette soif et celte avarice temporelle, il s’en alla dans les enfers, à ce qu'on croit, pour y éprouver la soif de Tantale. — Vers l'Épiphanie duSeigneur, revinrent les seigneurs qui avaient été envoyés par le seigneur roi d'Angleterre, en présence du seigneur roi de France, lequel les avait fait venir, les avait reçus avec courtoisie, et leur avait répondu avec bienveillance au sujet de la Normandie qu’ils redemandaient, et de la restitution des autres possessions d'outre-mer. Mais ses frères et plusieurs autres seigneurs s’y étaient opposés avec
ANNÉE 1258. L 345 fermeté , et les députés avaient dû revenur dans leur pays sans avoir réussi dans cette affaire.
À la même époque, les petits bourgeois de Londres, le menu peuple et la populace se plaigairent très-fortement devant le roi de ce que ceux qui avaient été désignés pour lever l’argent destiné à réédifier des murailles de la ville, ainsi que le roi l'avait ordonné en leur honneur, avaient mis frauduleusement dans leurs propres escarcelles, au -détriment du pauvre peuple, la majeure partie de cet argent ; que, deplus, ils commettaient pareil vol dans toutes les collectes et taillages qui avaient lieu. Aussi ceux qui furent aecusés et convaincus de ce crime, furent délivrés à sraud'peine du danger de mort par l’intercession du seigneur Jean Mansel; maïs ils ne purent racheter qu'à prix d'argent.
Vers le même temps aussi, mourut Jean d'Avesnes, sénéchal du seigneur roi d'Allemagne, daus le sein duquel toutes les espérances du roi étaient déposées. |
A la mème époque, les Gallois, désespérant tout à fait d'obtenir la paix, et ne se fiant aucunement dans la miséricorde du roi, s’emparèrent de. quetques bourgades sitaées sur les confins du pays de Galles, et appartenant tant à Édouard qu’à d'autres seigneurs; emportèrent tous les biens dont oes bourgades étaient garnies, rasèrent et réduisirent en cendres tout le reste, etcoupèrent sur-le-chamnp la tête, sans merci comme sans rançon, à tous + hommes qu ils y avaient pris.
LE PAPE S'HUMILIE DEVANT LE SÉNATEUR BRANCALÉON. — COoLËRE DU PAPE CONTRE LE ROI D ANGLETERRE. — Rerour DE RUSTAND EN ANGLETERRE. — CONSÉCRATION DE TROIS .ÉVÊQUES À CANTORBÉRY. —— ACCORD SUR LES VI- VRES ET LES DETTES ENTRE L'ABBÉ ET LE COUVENT DE SAINT-ALBANS. — CHARTE POUR LA CONFIRMATION DE CET ACCORD. — NoMS DES TÉMOINS LES PLUS ILLUSTRES. — Vers.le même temps, si la ville de Londres, comme nous l'avons dit, fut agitée par une grande perturbation, une sédition s’éleva aussi à Rome, et causa dans cette ville des troubles violents et un schisme. En effet, comme les seigneurs de Rome, s'étant plaints au seigneur pape, s’efforçaient de déterminer le pape à excommunier le peuple romain, ainsi que Brancaléon, sénateur du peuple,’ et tous leurs
partisans, ceux-ci, prenant la chose en raillerie, méprisaient ces menaces, et non-seulement faisaient fi du pouvoir qui devait s'exercer contre eux, mais encore le vilipendaient avec force dérisions. Or, le sénateur Brancaléon, qui avait été élevé récemment à la dignité sénatoriale, et qui était chéri du peuple entier, se mit à sévir intrépidement contre tous les malfaiteurs de la ville, et principalement contre ceux qui avaient été les auteurs de son emprisonnement, se vengeant d'eux par des sentences inexorables, et les suspendant aux potences, sans épargner les amis ou Jes parents du pape, et sans se laisser fléchir par les prières, les menaces ou les présents de qui que ce füt. Bien plus, ilordonna, par un édit général, sous peine d'exhérédation et d’exil perpétucl, que tout le
ANNÉE 1258. 545 peuple, revêtu de ses armes, sortit de la ville comme un seul homme, et marchât hostilement contre Anagni, lieu de Ja naissance du seigneur pape. En apprenant cela, les habitants d'Anagni, mais surtout les parents et les amis du pape, vinrent le trouver en pleurant et en se lamentant pitoyablement, et dirent au seigneur pape, d'une voix entrecoupée de sanglots : « Seigneur, ayez au moins pitié de vos « amis et de vos parents, ainsi que de la ville en- « tière d’'Anagni, lieu de votre naissance. En effet, « par le décret que viennent de rendre le sénateur « Brancaléon et le peuple romain, tous, revètus de « leurs armes, vont venir, comme un seul homme, « assiéger notre ville. Dans leur fureur et dans leur « grande violence, ils en abattront les murailles, « détruiront les tours, renverseront les maisons, « pilleront les biens des assiégés, et n’épargneront « nullement les habitants, peut-être même les tue- « ront tous. » À ces mots, le pape quoique irrité, et ayant en haine le sénateur Brancaléon, lui envoya, bon gré mal gré, des députés solennels pour le prier etlesupplier, dela manière la plus humble, d’apaiser l'indignation de son cœur, et d’épargner Anagni, lieu de la naissance du pape, de peur qu'il ne devint en opprobre éternel à toute chair. Le sénateur, saisi de compassion, acquiesça aux prières du pape qui s’humiliait; mais il eut grand’peine à réprimer la fureur du peuple qui voulait raser sans pitié tout ce qui s’opposait à sa marche. Cependant Manfred, qui avait le pape en haine, et qui chérissait du fond
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du cœur le sénateur Brancaléon, se réjouit grandement de ce que celui qui, peu de temps auparavaut, se répandait en menaces, et menacçait de fulminer une sentence d’excommunication, avait été humilié au point d’être forcé de solliciter des conditions de
paix. Le prince Manfred promit donc au même sé-
nateur Brancaléon de lui fournir tous les secours nécessaires. Ainsi de toutes parts était abandonné
[ le pape], ami du roi d'Angleterre Henri, dont il
avait coutume de soutenir puissamment le- parti. Toutes ces sommes inestimables que le roi avait dépensées pour acquérir le royaume d'Apulie, etqu'il avait fait passer en Italie, ue suffisaient n:ême pas à acquitter les usures qui, se glissant à la sourdine, enveloppaient le roi, sans qu'il s'en doutât ou cherchât à s'en garantir. De plus, le pape lui reprochait d’avoir trompé et circonvenu l'église. Aussi sa renommée fut-elle obscurcie grandement entre toutes . les nations.
À la même époque, la colère du pape s'enflamma contre le roi d'Angleterre, parce qu'il n’observait pas des promesses tant de fois renouvelées, après s’être obligé de lui-même, sous peine de perdreson royaume, à corriger ses excès accoutumés. C’est pourquoi, sur les instances très-urgentes de l'évêque de Rochester Laurent, et de plusieurs autres, le pape, voyant ses admonitions iufructueuses, se proposa de fulminer contre le roi une sentence d’excommunication, d'interdire son royaume, et d’accumuler successivement châtiments sur châtiments. Aussi, le roi, confus dans
ANNÉE 419258. > “Sur
son esprit, compta au seigneur pape cinq mille mares pour qu'il tempérât la colère de son cœur, et prorogeat et différât cette sentence pour un temps. Le seigneur pape se laissa aussitôt fléchir par les prières du roi, et par la somme d'argent dont il appuyait sa requête. C’est ainsi que le royaume d'Angleterre étant appauvri et dépouillé de tous côtés de ses biens, toute espérance d'obtenir le royaume d’Apulie s’évanouit presque comme un souffle, si ce n'est qu’une deruière espérance resta placée dans le sein du nouveau roi d'Allemagne Richard , mais une espérance bien fragile, puisqu'il n’était pas encore parvenu au faite impérial. |
Vers le même temps aussi, arriva en Angleterre, on ne sait pour quel motif, maître Rustand, clere du seigneur pape ; sou seul but sans doute était de visiter et de toucher ses revenus ; car il possédait en Angleterre beaucoup de richesses, qui lui avaient été conférées et qu'il avait acquises en peu. de temps. Aussi, dans s6n dernier voyage à Rome, il avait encouru lindignation violente de plusieurs, et même celle du seigneur pape. S'il n'avait point pourvu à celte infirmité par le remède ordinaire, il aurait éprouvé un dommage considérable.
Le dimanche de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, à Cantorbéry, trois évêques furent consacrés; à savoir, maître Simon de Wanton, à Norwich, maître Roger de Meulan, à Chester, maître Gaultier d’Exeter, à Exeter. Ces trois prélats, qui avaient été élus dans la même quinzaine, furent con-
firmés cl consacrés solennellement évêques par l'ar chevèque de Cantorbéry Boniface.
Cette même année aussi, comme le couvent de Saint-Albans se plaignait fortement et fréquemment, mais non sans raison, par-devant son abbé Jean, de n'être pas restauré, selon qu’il convenait et était avantageux, dans le pain et dans la cervoise qui devaient être honorablement distribués au couvent et à tous les hôtes, tant religieux que séculiers, puisque ce monastère avait été fondé pour que les choses susdites leur fussent fournies en subsistance suffisante, le seigneur abbé susdit corrigea ce défaut en y appliquant conseil et aide convenables et salutaires. Aussi, par un accord qui fut fait entre l’abbé et le couvent, il fut décidé que le couvent recevrait désormais une portion fixe et assignée en pain et en cervoise, pour la réfection convenable autant qu'honorable du couvent et des hôtes, comine la chose est contenue dans la charte d'accommodement dressée à cet égard, laquelle fut revêtue du sceau des deux parties , et contirmée par le roi. En récompense de cette charte d'accommodement, et du bienfait qui lui était octroyé, et pour les reconnaître dignement, le couvent acquittait bénévolement envers les marchands d'outre-mer, par lui-même et par les prieurs des monasières dépendants de Saint-Albans, certaines dettes dudit abbé, portantpaiement demarcs. Toutefois d’autres grandes et fortes dettes restaient à acquitter à l’abbé. Pour que ce bienfait libéral et gratuit soit connu clairement par tous ceux qui voudront s'en instruire, nous
avons jugé à propos d'insérer d'une manière indélébile, dans le présent livre, la charte et la confirmation du seigneur roi.
« Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, aux archevêques, évêques, abbés, prieurs, comtes, barons, justiciers, vicomtes, prévôts, officiers, et à (ous ses baillis et ses féaux, salut. Nous avons considéré la provision et l’accommodement fait entre Jean de Hartford, abbé de Saint-Albans et son couvent au même lieu, en ces termes : « Jean de Hartford, par la grâce de Dieu, abbé de Saint-Albans, à tous les fidèles du Christ, salut dans le Seigneur. Il est convenable que nous prètions un consentement facile aux justes désirs de ceux qui nous sollicitent, et que nous accomplissions, en les faisant suivre d'effet, les vœux qui ne s'écartent pas du sentier de la raison. C’est pourquoi nous avons jugé à propos de faire savoir à vous tous tant que vous êtes, que uous, aussi bien que nos prédécesseurs les abbés de Saint-Albans , avons coutume, dès les temps passés, de fournir communément, tant à notre couvent dudit monastère qu'aux hôtes survenant, des vivres en fait de pain et de cervoise, tant sur notre baronnie que sur nos églises, dans lesquelles nous avons droits pontificaux, et sur les autres églises aussi dans lesquelles nous n’avons pas droits pontificaux, ainsi que sur nos fermesetnosrevenusapparlenant auditmonastère. Touché par un double motif de charité, voulant améliorer plus honorablement la condition du-
dit couvent en ce qui touche lesdites provisions de vivres, afin qu'il puisse à l'avenir rester à perpétuité en toute paix et tranquillité, désirant semblablement décharger les abbés nos successeurs, de la fourniture des vivres susdits, qui doivent sustenter ledit couvent, nous avons jugé à propos, en ayant Dieu devant les yeux et avec la volonté commune, l'avis et la connivence de nos frères, d’assigner au couvent les portions qui vont suivre, à savoir : les églises de Herteburn et de Eglingam, dans le diocèse de Durbam ; les églises de Norton et de Walden, avec quarante sols que le vicaire de Walden, celui qui sera selon le temps, paiera en rente annuelle; les dimes avec le foin que nous avons coutume de percevoir dans la paroisse de Watford, avec dix mares payables par le vicaire de Watford, celui qui sera selon le temps; l'église de Hocton avec six marcs annuels, payables par le vicaire de Potesgrave, avec deux mares et demi payables par l’église de Herteburn, dans le diocèse de Lincoln, et avecsix mares annuels pavables par l’église d’'Apelton, dans le diocèse d’York ; toutes les oblations provenant des deux fêtes de Saint-Albans ; de plus, le manoir de Kingsbury avec toutes ses dépendances, avec cinq hommes dans le bourg de Westwike et avec le fumier de la cour ‘ de Saint-
‘ Curia n’est pas sans analogie avec ce qu’on appelait au moyen âge le préau. Voy. aussi, au sujet de ce mot, la note I de la pag. 494 du deuxième volume. On sait qu'il était d’usige au moyen âge de joncher les appartements de feuilles et de paille fraiche; en sorte que le mot compostum
s'applique non-seulement aux éeuries, mais encore à tous les logements compris dans l'enceinte du monastère.
Albans, pour améliorer le susdit manoir , quand le couvent le jugera convenable. Il est bon de savoir que le blé et l'orge à brasser doivent être moulus à nos moulins, tant dans l’enceinte de la métairie du monastère qu’au dehors de cette enceinte, tout aussi librement que notre blé propre, sans qu’il en coûte absolument rien au couvent, pour meules, pour mou lins, pour réparation d'étangs, ou sous tout autre prétexte, quel qu'il soit. Nous fournirons au même couvent des maisons convenables et nécessaires pour brasser, pour enfourner, pour préparer l'orge à brasser, pour déposer le blé, ainsi qu’une écurie pour ses chevaux, et tous les ustensiles nécessaires à la fabrication du pain et de la cervoise. Quant à nos manoirs où sont situées les dimes susdites, nous four- nirons aussi [au couvent] des maisons convenables pour déposer le blé et le foin, pour loger ses hommes et ses chevaux, les ustensiles nécessaires pour préparer la nourriture, du bois à brûler en suffisance, tent dans l'enceinte de la métairie du monastèrequ'au dehors, et enfin du merrain toutes les fois qu’il en aura besoin pour réparer lesdites maisons. Nous et tous nos successeurs garantirons, acquitterons et défendrons à nos frais, contre tous hommes envers le susdit couvent, les susdites portions avec toutes leurs dépendances, aises, et libertés dessus dites ; et nous supporterons à perpétuité dans les susdites églises et pensions, au cas échéant, tous les fardeaux ordinaires et extraordinaires. Pour plus grande sûreté du présent accommodement, nous promulguerons sen-
tence d'excommunication contre tous ceux qui infrmeraient ou chercheraient à infirmer le susdit règlement, soit par le pape, soit par le roi, soit par leur propre volonté, à moins qu’il n’arrive que cette modification ne procède de l’aveu commun et du plein gré tant du seigneur abbé que du couvent tout entier, pour le plus grand bien du couvent et la plus grande utilité de cette église. De plus, nous nous obligeons nous et nos successeurs, de notre volonté spontanée et du consentement unanime de notre couvent susdit, tant envers le seigneur roi, qui est notre patron, etses héritiers, ceux qui seront selon le temps, qu'envers le seigneur pape et ses successeurs, à ce que si nous ou nos successeurs, venions en aucun temps, ce dont Dieu nous garde, à enfreindre par une audace téméraire le susdit règlement en tout ou en partie, sans le commun assentiment du même couverit, ainsi qu'il est dit plus haut, ledit seigneur et ses héritiers, par la saisie de notre baronnie, et ledit seigneur pape et ses successeurs, par la censure ecclésiastique, puissent licitement nous forcer nous et nos successeurs, et nous contraindre efficacement à l'observation du susdit accommodement tout entier, ainsi que par tous Jes moyens qu'ils jugeront convenables, Et pour que toutes les choses plus haut dites obtiennent force et vigueur à perpétuité, nous avons fait apposer à cet écrit notre sceau avec le sceau de notre couvent. Donné à Saint-Albans en notre plein chapitre, le plus prochain jour de mercredi après la fête de saint Mat-
thieu, apôtre, l’an du Seigneur mil deux cent [cin- D
quante] sept. » — Comme nous avons appris, d'après l'enquête que nous avons fait faire , que la susdite provision et le susdit règlement tournait à la décharge et au profit de nous et de nos héritiers, nous avons cet accommodement pour bon et agréable, et nous l'octroyons et confirmons en notre nom et au nom de nos héritiers, à savoir les conventions attestées dans le susdit écrit fait entre eux. En outre, pour plus grande évidence de la chose, nous voulons et oc-
” troyons, en notre nom et au nom de nos héritiers, que le prieur et le couvent du même lieu, au cas où le susdit abbé et ses successeurs les abbés de ladite église de Saint-Albans, viendraient à résigner leur office ou à décéder , tiennent et possèdent bien et en paix toutes les portions susdites pour les usages.susdits, tant aux époques où ladite abbaye sera vacante, qu'aux autres temps, à perpétuité, et qu’ils disposent d'icelles selon leur volonté, sans aucun empèchement de notre part, de la part de nos héritiers, de la part de tous autres, nos baillis et nos gardiens. Nous ne permettrons pas non plus que ledit règlement de ladite abbaye soit altéré ou enfreint en aucune façon par nos gardiens quelconques ou autres nos baillis. « Les témoins sont les suivants : Geoffroi de Lusignan et Guillaume de Valence, nos frères ; Simon de, Monifort,comte de Leicester; Richard de Clare, comte de Glocester et de Hartford ; Roger Bigod, comte de Norfolk ‘ et maréchal d'Angleterre; Pierre de Savoie, Hugues Bigod, Jean Mansel, trésorier d’York ;
* Comes Northumbriæ : évidemment Norfolkie. : VIUI. 25
354 HENRI lil.
Philippe Luvel, Henri de Bath, Robert Waleran, Guillaume de Gray, Gaultier de Merton, Imbert [Pugeis ‘|, tous présents, et autres. — Donné de notre main à Westminster, le huitième jour de mars, l’an quarante-deuxième de notre règne. »
Or, l'abbé susdit donna à cet arrangement l'effet souhailé, grâce à la diligence et à l’habileté des seigneurs Guillaume de Horton, camérier, et Jean de Bulum, porteur du sceau dudit abbé, qui avaient devant les yeux le zèle de Dieu et la charité pour leurs frères. Le seigneur Guillaume de Hentingdon fut institué au. nom du couvent, maître des hôtes, gardien des possessions susdites et procurateur provincial,
Rerour DE RUSTAND DE LA COUR ROMAINE. — HERLOT, NONCE DU PAPE, ARRIVÉ EN ANGLETERRE. — DES VAISSEAUX, CHARGÉS DE FROMENT, ABORDENT EN ANGLETERRE. — ÉroNNANTE DISPOSITION DE L ATMOSPHÈRE. — PROSPÉRITÉ DE RICHARD, ROI D'ALLEMAGNE. — THOMAS DE SAVOIE sE REND EN AnLetenne, — Puirion INFLIGÉE AUX CITOYENS pe Lonpres. — Vers le milieu du carême, maître Rustand revint de la cour romaine, mais privé de $on ancien pouvoir ; car il avait été accusé grièvement devant le pape, par ses envieux, d’avoir méprisé la crainte de Dieu, d’avoir eu pour l'argent une soif plus insatiable qu'il ne convenait, et de s'être élevé au-dessus de lui-même, en embrassant une foule de revenus opulents. On disait que pour
‘ Nous adoptons l'adition de la variante.
| ANNÉE 1258. 555 mieux ohtenir la faveur du roi et par suite les revenus, Rustand avait assuré qu’il était né‘ à Bordeaux, et que par là il avait promis, comme étant le féal et le sujet naturel du roi, d’être pour lui un soutien vigilant et efficace, pour l'aider à conquérir puissamment le royaume d’Apulie, et faire expédier les autres affaires du roi son seigneur, tant dans la cour romane qu'ailleurs. Ayant donc circonvenu la simplicité du roi par de telles promesses et par des discours pleins de flatteries, il s'était enrichi de beaucoup de revenus ; mais les instances de quelques-uns de ses adversaires l'avaient fait rappeler à Rome. La, le pape lui adressa des reproches trés-vifs, et il ne recouvra qu à grand peine l’ancienne faveur que le pape lui témoignait; toutefois il fut privé de la dignité et du pouvoir qu’il possédait auparavant, et
. fort honteusement rabaissé. | :
Aussitôt après, c’est-à-dire la plus prochaine semaine avant Pâques, arriva en Angleterre maître Herlot, notaire et clerc spécial du seigneur pape, qui, bien que n'ayant pas le titre de légat, en avait cependant tout l'appareil. En effet, il se rendit à Londres avec vingt personnes à cheval, et les familiers quise tenaient à ses côtés étaient su perbement revétus de huit *capes du morequin ? le plus fin, dont cinq étaient fermées, et cinq étaient à manches. Aussi le
* Servatum fuisse. Nous lisons et traduisons se naium.
* Octo : ne faudrait-il pas mieux lire decem, à cause du complcment de la phrase. L
* Drap noir d'un prix fort élevé et d’un beau travail, dont l’usage élail interdit aux moines.
roi, selon sa coutume, applaudit avec allégresse à l’arrivée de Herlot; car il était revêtu des pouvoirs les plus étendus.
Vers le même temps, comme une famine inoule exerçait ses ravages, au point que plusieurs séchaient en eux-mêmes et mouraient, et que la charge de froment se vendait à Londres neuf sols ou plus, environ cinquante grands vaisseaux, chargés de froment, d'orge et de pain, et envoyés par le ro: d’Allemagne Richard , abordèrent dans cette ville, venant des pays d'outre-mer. Alors le roi fit proclamer un édit qui défendait à tous les citoyens de Londres d'acheter aucune portion de ce blé pour le déposer dans la chambre de ville et pour le vendre ensuite plus cher, selon leur coutume, aüx indigents et à ceux qui venaient en demander. En cffet, les susdits habitants avaient la mauvaise réputation d’avoir détourné frauduleusement, dans un temps de-disette, des vaisseaux chargés de vivres ou d’avoir acheté toute la cargaison sur la terre ferme, pour la vendre ensuite, selon leur bon plaisir, à ceux qui en avaient besoin. Or, on assura que, cette année-là, trois comtés d'Angleterre [réunis] n'avaient pas produit autant.de blé que ces vaisseaux en apportaient. Mais quoique - ce convoi adoucît quelque peu ce fléau de famine, la grande rareté du numéraire empêcha qu'il nedisparût complétement, parce que cette famine était générale dans tout le royaume ; car le seigneur roi soulageait el rassasiail tous les nouveaux venus, au détriment de son propre royaume, qu’il dépouillait de ses biens.
Celite même année aussi, l'automne prolongea la sérénité de l'air et la douceur de la température jusqu'à la fin de janvier , en sorte qu'en aucun lieu et en aucun instant la gelée n'endurcit la surface de l’eau. Mais à partir de cette époque, c'est-à-dire depuis la Purification de la bieulreureuse Vierge jusqu’à la fin de mars, l’aquilon ne cessa de souffler ; une yelée continuelle, accompagnée de neige et d’un froid intolérable, ressérra la face de la terre, affligea le pauvre peuple, changea la température, et fit périr les jeunes troupeaux, au point qu’une mortalité générale s’étendit sur les brebis et sur les agneaux.
Le roi d’Allemague Richard, par sa prudence, dompta, attira à lui etramena danssonpartises adversaires, de’elle sorte que les citoyens des nobles villes d'Italie s'engagèrent à le servir : et ses rivaux, d'abord menaçants, furent obligés de se taire, à savoir les Français , les Espagnols , les habitants de Trèves et ceux des pays voisins, qui tous lui avaient tendu des piéges pour le perdre.
À la quinzaine de Pâques, Thomas, jadis comte de Flandre , arriva à Londres, porté sur une litière, à cause de la faiblesse de sa santé ; il venait de sortir de la prison où l’avaient retenu les habitants de Turin‘, et on l'avait échangé contre des marchands
4 Thomas de Savoie fut mis en liberté, à des conditions onéreuses, le dimanche 48 février 1257, en vertu d’un traité négocié par son confdent l'abbé de Suze. Richard de Cornouailles. roi des Romains, cassa ce traité par un diplôme daté d’Aix-la-Chapelle, 44 avril 4258. Quoi qu'en dise Malt. Pâris, Thomas trouva un médiocre appui dans la mai
d’Asti, qui avaient été rachetés pour une fortesomme ; car le roi de France, sur la dernande du pape, avait fait prendre liéisurs de ces marchands, et les avait astreints à payer rançon, jusqu’à ce que ledit Thomas revint libre en Angleterre , où il devait recevoir des présents abondants: | |
Les citoyens de Londres, qui étaient accusés grièvement par-devant le roi de plusieurs énormités, furent mis à rançon et châtiés de diverses manières, et ne rentrèrent en grâce qu avec peine; or, le principal d'entre eux, à savoir Raoul Hurdel, qui était maire de la ville, en mourut de douleur.
EXPIRATION DE LA TRÊVE ENTRE LES ANGLAIS ET LES GaLLois. — CONYOCATION DE LA CHEVALERIE D'ANGLE- TERRE CONTRE LES GGALLOIS. — PARLEMENT TENU 4 LonDres. — FaTs Divers. — L'ÉvÊQUE DE HÉREeFoRD EST ATTEINT DE.LA GALE. — ÉDOUARD ABANDONNE SES MANOIRS À GUILLAUME DE VALENCE. —- MANSUÉTUS, FRÈRE NJINEUR ENVOYÉ PAR LE PAPE, ARRIVE EN ANGLETERRE. — RÉPONSE FAITE AU ROI DANS LE PARLEMENT. — NÉGOCIA- TIONS AU SUJET DE L APULIE. — Vers le mème temps expira la tréve entre les Anglais et les Gallois; or, les féaux du seigneur roi les resserrèrent si impitoyablemeut, que les Gallois ne pouvaient se procurer
son de France ; saint Louis l’obligea à renoncer à la pension que lui faisait sa belle-sœur Marguerite, et Charles d'Anjou, son neveu, lui enleva plusieurs places contestées. Thomas mourut à Chambéry, le 4°r février 4259, et fut enterré à Hautecombe. | Voy. GUICHENON, Histoire généaloq. d la maison de Savoie. )
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ni le sel, ni le blé, ni les autres choses nécessaires. Cependant, se fiant en ce que le roi était occupé par de grands démélés avec Les seigneurs d'Écosse qui se soulevaient contre lui, et avec l'évêque de Durham qui, mandé à la cour du roi, refusait insolemmentde s'y rendre, et même accumulait opiniâtrément injustices sur injustices, les Gallois multiplièrent leurs ravages, et firent des incursions sur les limites du pays de Galles, ‘afin de pourvoir à leur disette.
Vers le même temps, le seiwneur roi convoqua, par édit royal, la chevalerie d'Angleterre, pour faire une invasion générale, avec armes et bagages, dans le pays de Galles, pour le ruiner et le dévaster immédiatement jusqu’à extermination ; mais les clievaliers sommés se plaignirent d’être fatigués inutilement par tant de dommages et de dépenses vaines.
Après le mardi qu'on appelle vulgairement Hokeday, un parlement fut tenu à Londres; car le roi était inquieté par beaucoup et d'importantes affaires, surtout par l'affaire du royaume d’Apulie, pour laquelle maître Herlot avait été envoyé spécialement comme député solennel, et exigeait à cet égard une réponse certaine et précise. De plus, le roi demandait une énorme somme d'argent, équivalente à celle que le pape, au nom du roi, s'était obligé à payer aux marchands, sur les instantes sollicitations du roi, qui même s'était engagé à de grandes peines, que je regardé comme honteux de désigner ici. ‘Or, la quantité de cet argent montait à une somme telle, qu'elle pouvait faire naître à la fois la stupeur et l'horreur
dans les.oreilles des auditeurs ; aussi la noblesse. du royauine se lamentait decequ'’elle était ainsi entraînée à .sa. ruine, par la simplicité nonchalante d’un seul homme. Én outre, le seigneur roi était fort tourmenté, au sujet des Gallois qui se vantaient d’avoir repoussé et endommagé maintes fois le roi et toute l’armée du roi,.et d’avoir remporté l’avantage dans les combats de Mars, contre toute la noblesse d'Angleterre. Pour mettre le comble à sa colère et à son irritation, il venait d'apprendre que les mêmes Gallois. à l'expiration de la trêve, vers la fête de saint Ælphège, avaient recommencé leurs rapines, leurs massacres et leurs incendies, avaient assailli à main armée les hommes qui habitaient les pays de Pembroke, avaient tué avec férocité un grand nombre d’entre -eux, et avaient fait éprouver les traitements les plus humiliants à ceux qu’ils avaient laissé échapper vivants. Guillaume [de Valence ‘\ s’en étant plaintamèrement au roi, le roi lui répondit : « Eh bien, très-cher frère, « dépense, dépense, pour venger nos injures, letrésor « dont tu abondes. » Mais Guillaume, accumullant menaces sur menaces et ajoutant des opprobres à ses outrages , assura que tous ces maux étaient causés artificieusement de l’aveu et par la connivence des traîtres Anglais. Peu de temps après, 1l spécifia, à l’opprobre de plusieurs seigneurs, ce qu'il avait d’abord dit confusément et en général; aussi le comte de Glocester et le comte de Leicester, non
* Episcopus Willielmus est inadmissible.
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médiocrement vergognés , en rougirent de colère.
Guillaume, multipliant encore ses injures contre Île
comte de Glocester , osa protester outrageusement, en présence du roi et des seigneurs, que le comte était un traître invétéré et qu'il en avait meoti. Alors le comte, enflammé de courroux et s’estomaquant, répondit : « Non, non, Guillaume, je ne suis ni fils « de traître, ni traître ; et mon père et le tien ne se « ressemblaient pas. » Puis, voulant venger sur-lechamp une si grande injure, il allait se jeter sur Guillæume pour le punir aux yeux de tous, lorsque le roi s’interposa entre eux et l’en empécha à grand”peine ? ainsi s’apaisa pour un temps l'indignation du comte. Ce ne serait pas petite chose de raconter les dommages que le pays de Suthwalles eut à souffrir, dans Île susdit combat contre les Gallois. Toujours est-il que ceux-ci, étant restés vainqueurs, se précautionnèrent et se pourvurent de froment, de sel et des autres choses nécessaires à la vie, dont ils mariquaient auparavant.
Le lendemain et les jours suivants, le seigneur roi et les grands délibérèrent fort attentivement sur les moyens d'écraser l’insolence si insupportable des Gallois, et de mettreun terme àleursirruptions fréquentes. Toute la chevalerie d Angleterre fut donc sommée pour que tous ceux qui étaient tenus de fournir services militaires au seigneur roi se tinssent prompts et prêts à suivre le roi qui devait partir pour le pays de Galles, et à se rendre à Chester avec armes et bagages, le lundi avant fa nativité du bienheureux
Jean-Baptiste. Aussi des murmures et des plaintes multipliées retentissaient parmi le peuple, de ce que le roi appauvrissait et fatiguait ses nobles si fréquemment, sans honneur comme sans profit, et de ce qu'il les inquiétait à l’approche du temps de la moisson, en exigeant tant de fois un escuage, surtout quand une famine inouïe obligeait le pauvre peuple à rendre l’âme. Cependant, sans considérer les périls du royaume, le roi , bien que manquant d'argent et dépourvu de tout trésor, conféra sur-lechamp avec précipitation et incirconspection, malgré la prochaine guerre qu'il allait entreprendre , mille mares à Thomas de Savoie , jadis comte de Flandre, qui était venu récemment à Londres malade et porté dans une litière. Il conféra aussi deux cents livres à un certain Poitevin qui avait coutume de lui découper et de lui-servir les mets à table. Ceux-ci, ne réfléchissant pas aux dangers qui menaçaient le roi , ouvrirent la main et acceptèrent tout. Thomas, ayant donc rempli ses coffres, retourna sans tarder dans son pays en outre-mer, après avoir préalablement salué la reine dont il n'avait pas plus repoussé les présents que ceux du roi, et se proposa de confondre la ville de Turin sans se soucier des otages. Le nom du Poitevin susdit était Guillaume de Sainte-Hermine[?]; celui-ci, refusant de s'en aller aussi, restait pour attendre des présents plus abondants.
= Maître Robert de Chause, clerc de la reine, fut consacré évêque de Carlisle à Londres, dans l’abbaye de Bermondsey, par les évêques de Salisbury et de
Bath, le jour de saint Tiburce et de ses compagnons. Dans la même semaine, mourut à Londres l’ar-
chevêque d'Armach, qui jadis avait été doyen de l’é-
glise de Saint-Paul. | |
Vers le même temps aussi, le seisneur pape appesantit sa main sur l’archevêque d’York, dont, la sondilion fut détériorée en ce qui touche le siècle, mais améliorée en ce qui touche le Seigneur; car sa patience s'accrut toujours à mesure que se multipliatent les persécutions; et ainsi il était préparé pour le martyre, selon la prophétie du bienheureux Edmond, archevêque de Cantorbéry. En effet, nous lisons que plusieurs saints personnages recurent la couronne du martyre sans avoir versé leur sang. Or, outre les nombreux scandales qui avaient déjà précédé, on lui enleva le privilège de faire porter, selon l'usage, la croix devant lui par son premier clerc. Cependant il refusait toujours avec fermeté de courber les genoux devant Baal, et de distribuer les riches bénéfices de son église à des barbares indignes, comme des perles à des pourceaux et à des animaux immondes.
L’évêque de Héreford , qui avait causé traîtreusement tant de dommages au royaume entier d'Angleterre, fut justement défisuré sous la main vengeresse du Seigneur, par cette maladie très-honteuse qu’on a ppelle la gale.
Edouard, fils aîné du seigueur r roi, abandonna les terres et les magnifiques manoirs qu À tenait du don de son père , à savoir Stanford , Graham , et beaucoup
d’autres, les laissant comme en ferme ou etr garde à Guillaume de Valence, qui abondait en riches trésors, pour être secouru dans ses besoins et satisfait dans son avidité par les trésors superflus dont jouissait son oncle. Ce qui fut fait, non saus annoncer quelque chose de funeste des deux côtés ; car on pouvait penser quele jeune homme, une fois en pleine possession du royaume, dévasterait et dissiperait les biens du même royaume , et que Guillaume serait par la suite dépouillé de ses superfluités.
Vers le même temps, sur la demande du roi, arriva en Angleterre un certain frère de l’ordre des Mineurs, nommé Mansuétus, envoyé par le pape avec les pouvoirs les plus étendus, et qui suivait les traces de maître Herlot : l'unique objet de sa mnission, à ce qu'on disait, était d'absoudre à sou gré les gens du roi quels qu'ils fussent, en changeant de but leurs vœux de croisade, et de justifier les excommuniés, les faussaires et les parjures; ce qui donnait à beaucoup de coupables l'audace de pécher de nouveau. En effet, la facilité du pardon enbhardit à commettre la faute , et les gens sages n'y virent qu'un sujet de dérision et de moquerie, comme la suite du récit le montrera plus pleinement.
Vers le même temps, le roi ayant. demandé en grande instance et d’une manière pressante, dans le parlement susdit, qu’on lui donnât une somme d'argent considérable pour expédier l'affaire de l'Apulie",
‘ Aquilæ : évidemment Apulie.
et mener les autres affaires importantes à bonne fin, les seigneurs du royaumerépondirentcommunément,
avec autant de persistance que de fermeté, qu'ils ne pouvaient en aucune façon, sans se voir frappés d'une ruine irréparable, fournir leurs dernières ressources jusqu'à inanition, aussi fréquemment et aussi inutilement ; que s'il avait reçu du pape le royaume d’Apulie au nom de son fils Edmond, d'une manière.inconsidérée et inconvenante, il ne dot s’en prendre qu’à sa simplicité, et que c'était à lui de conduire cette affaire, s’il le pouvait, à un résultat tel quel, puisqu'il avait agi sans circonspection et sans prendre l'avis de ses nobles, méprisant ainsi la délibération et la prudence qui ont coutume de mesurer les effets des choses; quil aurait dù certes être instruit, par l'exemple de la sagesse de son frère le roi d'Allemagne Richard, lequel avait refusé le susdit royaume d’Apulie, que le pape lui donnait et lui offrait par l'intermédiaire de maitre Albert; surtout quand tant de royaumes inconous, tant de langues diverses, tant de principautés, tant de cités garnies de guerriers et d’armès, la mer et les montagnes, et enfin la laborieuse distance des lieux, séparaient l'Angleterre de l’Apulie ; que d’ailleurs le comte Richard avait. redouté plus encore, et avec raison, les tromperies de la cour romaine et les trahisons multipliées des Apuliens qui font périr, par des potions empoisounées, leurs alliés et leurs parents ; que toutefois, pour ne peint paraître agir insolemment avecle seigneur pape, qui, à raison de son oflice, est élevé au-dessus de tous les princes et
de tous les prélats du monde, et qui avait amicalement choisi le comte de préférence pour lui conférer une si haute dignité, ledit comte lui avait réerit et lui avait fait entendre qu'il inclinerait volontiers à son dessein , si tous les croisés lui étaient donnés en aide: ce qui pouvait se faire honnètement à cause de la ville de Nuchera dans l’Apulie, ville habitée par des infidèles ; si on lui octroyait la moitié des dépenses qui devaient être faites dans cetie guerre, ainsi que de bons otages et certaines villes et certains chàteaux que le seigneur pape possédait à celte époque, afin qu’à son arrivée dans le royaume, il y pôt trouver un asile sûr et une protection et un refuge contre les rebelles qui viendraient à se soulever ; si, enfin , on lui remettait des écrits favorables scellés de la bulle du pape et qui servissent puissamment sa cause.
LE PAPE TROMPE LE ROI D'ANGLETERRE. — LES s£i- GNEURS REFUSENT DE L ARGENT AU ROI, — SIMON PASSELÈVE EST ENVOYÉ À PLUSIEURS PRÉLATS POUR LEUR EXTORQUER DE L'ARGENT. — ÎL SE REND A SAINT-ALBANS. — SA DISCUS- SION AVEC LE CHAPITRE. — ÎL CHERCHE PAR SES MENSONGES A TROMPER PLUSIEURS ABBÉS, — DEs FRÈRES MINEURS EN- TRENT DE FORCE DANS LA VILLE DE SAINT-EDMoND. — Con- TINUATION DU PARLEMENT. — Or, quand le seigneur pape avait appris toutes ces demandes, il n'avait voulu y consentir en aucune façon. Ayant donc envoyé des dépulés secrets et cachés qui pussent séduire les esprits bénévoles des auditeurs, par leurs discours rusés comme des renards, il avait circonvenu la non-
chalante et crédule simplicité du roi, en lui offrant le royaume d’Apulie pour, le compte de son plus jeune fils, à savoir Edmond, et en lui promettant conseil et aide très-efficaces pour mener cette affaire à terme. Aussi le cœur du roi avait été tellement élevé et infatué par ces assurances spécieuses , qu il avait prodigalement distribué tout ce qu’il avait ou pouvait avoir, au pape et à ses nonces, en leur promettant de confiance des richesses plus grandes encore. C’est pourquoi les nonces ultramontains envoyés par le pape, et flairant la bonne odeur des sterlings , étaient venus à la file trouver le roi en Angleterre, pour remporter des présents abondants ; à savoir, l'évêque de Bologne, qui, au nom du pape, avait investi ledit Edmond du royaume d’Apulie, au moyen d'un anneau, puis l'archevêque de Messine, qui ne s'était pas retiré les coffres vides, puis frère Jean de Dive, puis maître Bernard, puis maître [Bernard] de Sienne !, puis Rustand, puis Herlot, et beaucoup d’autres qu'il serait trop long d’énumérer, et que le seigneur roi reçut tous en général et chacun en par-. ticulier, avec les plus grands honneurs et égards, au dommage et à la subversion de son royaume entier. C'est pour cela que les seigneurs d'Angleterre voyant que les prélats pusillanimes se taisaient, et se soule-
* Magister Senisius. Nous pensons que c’est le même nonce désigné ” plus haut dans une lettre d'Alexandre IV, sous le nom de Bernardus de Sen. Le premier Bernard est probablement Bernard ou Bérard de Nympha, qui fut aussi nonce d'Alexandre IV en Angleterre, comme on en trouve la preuve dans Rymer.
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vant justement, s'éfforçaient de diriger in voies du roi, s'ils pouvaient y parvenir. | LS À la même époque, mourut l'archevêque de Tréves, qui, confédéré avec le duc de Brabant , 5 “était montré l'adversaire du roi d'Allemagne. | A la même époque aussi, comme les seigneurs du
royaume dans le parlement avaient répondu tout
d’une voix, aussi fermement que formellement, au roi qui leur demandait avec instance une aide pécuniaire, qu'ils ne voulaient ni ne pouvaient supporter davantage.de pareilles extorsions , le roi irrité recourut à d'autres inventions astucieuses, pour tirer de l'église de grosses sommes d’argent. 11 s’adressa donc d'abord à l’abbé de Westminster, et après l'avoir infatué par des promesses fallacieuses, il le décida à apposer son sceau et celui de son couvent sur une charte qui portait que l’abbé se faisait caution pour le roi d’assez d'argent pour monter à deux mille cinq cents maïcs; afin que cet exemple pernicieux fournit au
roi un moyen d'en exiorquer autant aux autres mo-
nastères.
Muni de ces lettres, le seigneur roi se bâta d'envoyer dans les ie monastères Simon [Passe-
lève], pour que les abbés de ces monastères subissent
le même fardeau: Par cette action, le roi ne noircit pas médiocrement sa renommée; car il faisait voir, par le fait même, combien il désirait ardemmentgrever irréparablement l'église. Simon Passelève, clerc et conseiller du seigneur roi, homine rusé et men-
teur, désirant donc remplir les injouctions du roi,
quoiqu'elles fussent indécentes et désavantageuses, se rendit avec empressement à Waltham. Là, pour que l’abbé et le couvent de Waltham se chargeassent d’un fardeau pareil à celui que l'abbé de Westminster avait entrepris bénévolement de porter, il montra les lettres par lesquelles le roi demandait que l'abbé et le couvent se portassent cautions par écrit, pour un paiement de sept cents marcs, au nom du roi. Hl leur montra aussi à ce sujet les lettres de l'abbé et du couvent de Westminster patentes et signées. Après les avoir examinées , l'abbé de Waltham fut grandement effrayé, et il lui demanda s’il était porteur, de lettres semblables pour d’autres monastères : «Oui, « reprit Simon, j'en ai pour Saint-Albans, pour Rea- « ding et pour d’autres lieux. » L'abbé, ayant donc tenu conseil avec son couvent dans le chapitre, répondit à Simon qu'il n'était pas influencé par tout ce qu'’avaient fait à cet égard l'abbé et le couvent de Westminster, qui soutenaient de toute nécessité la cause du seigneur roi, et qui étaient tenus de lui obéir, comme au restaurateur de leur église, même dans les obligations les plus pénibles ; que pour lui il ne voulait en aucune façon répondre ou s'engager d’aucune manière, au nom du roi, pour une si grande quantité d'argent, et qu'il n'était permis à aucun prélat, selon ce qui est écrit dans les Décrétales, au traité des Obligations, d'exposer son église à un si grand dommage et à un si grand péril. Alors Simon : « Le seigneur roi vous donnera sûreté, la sûreté que
. « vous voudrez, et par lettres, que votre argent vous