ASSEMBLÉE DES SEIGNEURS ANGLAIS A LONDRES. — SOUF
FRANCES DES JUIFS. — DISCOURS DE LEUR GRAND PONTIFE. — GUERRE ENTRE LES FRANÇAIS ET LES ÂLILEMANDS. — CONSÉCRATION DE L'ÉVÊQUE DE LiNCOLN. — PuniTIoN 1N- JUSTE INFLIGÉE À QUELQUES AUXILIAIRES GALLOIS. — RE- VOCATION D'UN INIQUE JUGEMENT CONTRE LA LIBERTÉ DE LA MAISON DE SAINT-AÂLBANS. — LETTRES 4 CE SUJET. “— SANCTION DES LIBERTÉS DE SAINT - ÂLBANS. — Les seiyneurs d'Angleterre se rassemblèrent une seconde fois à Londres. Le roi leur fit savoir qu'il avait besoin d'argent et de forces plus considérables, pour repousser les attaques du puissant ennemi qui survenait. Ce mandat était scellé du sceau royal. Tous en général et chacun en particulier répondirent qu'ils avaient attendu vainement à Londres, pendant trois semaines, l’arrivée du comte Richard et de quelques seigneurs dont l'absence s'était prolongée, et qu'ils étaient opprimés si souvent par les exactions royales, qu'ils pouvaient à peine respirer ; que cependant ils ne négligeraient pas de venir corporellement au secours de leur seigneur roi, s’ils étaient instruits d'une manière certaine que le roi d'Espagne eût exécuté sa menace en marchant contre lui à main armée. Îls s’étonnaient, disaient-ils , que le même roi de Castille n'eût jamais revendiqué la Gascogne, à l'époque où le comte de Leicester Simon gouvernait ka Gascogne, et domptait les nombreux rebelles de ce pays. Les seigneurs, instruils par ce raisonnement et par beaucoup d’autres, dont nous avons parlé au dernier parlement qui avait été tenu, mais surtout par le rapport du comte Simon , qui alors était revenu
28 RENRI IE.
d'outre-mer, et qui leur annonça la vérité sur ce point, échsppèrent aux piéges du roi, qui rassasiait les étrangers avec les biens de l’ Angleterre en péril". Or, ce projet, plein de fausseté, fut suscité au roi, à ce qu'on dit, par les conseils empoisonnés des Poitevins. C'est ainsi que les seigneurs, saisis de ot se relirèrent avec une profonde indignation.
A la même époque , après Pâques, mais avant les jours des Rogations , le roi, qui ne pouvait se tenir en repos , se déchaîna tellement contre la misérable race des juifs , qu'ils prirent la vie en dégoût. Le comte Richard les ayant convoqués, exigea d’eux, pour le compte du roi, fort irrité contre eux [disaitil}, une somme d’argent considérable, sous peine d’être jetés dans les plus noirs cachots, et de subir une mort ignominieuse. Aussi, Elie de Londres, pontife des juifs, qui avait fréquemment, bon gré mal gré, payé les plus fortes sommes, tint conseil avec ses compatriotes, et répondit au nom de tous : « Sires et « seigneurs , nous voyons, à n’en pas douter, que le « seigneur roi se propose de hous faire disparaître « de dessous le ciel. Nous demandons , au nom de « Dieu, qu'il nous donne permission et sauf-conduit « pour nous retirer de son royaume. Nous cherche- « rons et trouverons peut-être ailleurs un lieu pour « y demeurer, sousquelque prince qui portera des en- « trailles de miséricorde et qui saura observer ferme- « ment la vérité et la fidélité. Et. nous nous en irons
Pcrichtint:s; nous lisons pertelitun’is.
pour ne plus revenir, en laissant ici notre mobilier et nos maisons. Comment pourrait-il nous « aimer, misérables juifs que nous sommes, ou même « nous épargner, lui qui opprime les Auglais, ses « sujets naturels? Il a les marchands du pape, ou « plutôt les siens (car je ne veux pas dire usuriers), « qui entassent des monceaux énormes d'argent, « au moyen de leurs prêls ; que le roi s’adresse à eux «et cherche à gagner le plus possible : certes, ce « sont eux qui nous ont supplantés et appauvris. Et « pourtant le roi feint de l'ignorer , en exigeant de nous ce que nous ne pouvons lui donner, quand bien même il nous arracherait les yeux ou nous « égorgerait après nous avoir écorchés. » Après avoir prononcé ce discours , interrompu par ses larmes et ses sanplots, Élie se tut et tomba presque en défaillance, comme s’il allait mourir. Mais quand celte résolution fut parvenue à la connaissance des magistrats, ils ne permirent pas qu'ils se retirassent du royaume , et leur dirent : « Où fuiriez-vous, malheu- « reux ? Voici que le roi de France vous hait, vous « persécute, et vous à condamnés à un exil perpé- « tuel. Pour éviter Charybde, vous désirez vous jeter
« dans Seylla.
Sistance leur furent violemment extorquées.
A la même époque, une bataille meurtrière fut livrée entre les Français et les fauteurs des Français,
d’une part, et les Allemands et les fauteurs des Alle-
mands, dont le principal était Guillaume de Hol
» C’est ainsi que les dernières ressources qui leur étaient laissées pour leur faible sub-
lande, roi d'Allemagne, d'autre part. Les Frisons, qui se tenaient en neutralité , furent attaqués à main armée par Guillaume de Hollande : car on lui avait
fait savoir qu ils lui tendaient des embüches. Or, les Frisons échappèrent à grand'peine par la fuite.
Vers le même temps, c’est-à-dire .le 16 avant les
calendes de juin, l'élu Henri de Lexinton fut consacré évêque de Lincoln , par l'archevêque de Cantorbéry, Boniface, dans les pays d'outre-mer.
Vers le même temps, quelques Gallois qui se trouvaient dans l'armée äu roi, en Gascogne, ayant fait des courses, selon leur coutume, sur les terres des ennemis du roi, pour y lever du butin, furent pris par les frères du roi et par l'évêque d'Héreford , et furent sur-le-champ grièvement punis, au delà de ce qu'ils avaieut mérité : car 1ls n'avaient fait que peu ou point de mal. Et même on ne commença point par porter plainte devant le comte d'Hereford, qui, d'après l’ancien droit, avait été el était, comme on sait, le constable de l'armée réyale. Cette rigueur fut donc exercée au préjudice et au mépris du comte , et à la violation de la loi et de la coutume de toute l’armée. Or, le comte, en ayant porté plainte devant le roi, ne réussit à obtenir qu’une réponse moqueuse. Aussi les Anglais, pleins d'indignation , purent à peine s'empêcher d'en venir aux mains avec les Poitevins, et de les couper tous par morceaux. Mais le rot, saisi d’effroi et tremblant, demanda humblement et à mains jointes pardon de son erreur, et arrêta difficilement, la fureur qui allait éclater, et qui aurait eu
pour résultat de faire couler des torrents de sang. Et ce fut un murmure qui se répandit dans toute l'armée, que le toi s’efforçait de marcher en tout surles traces de son père. Aussi les Anglais sbandonnèrent ce roi, qui agissait sans circonspection, et retournèrent chez eux; car ils voyaient qu’on devait renoncer à tout espoir d’une paix solide. Quelques seigneurs , tels que le comte Roger Bigod , Guillaume de Say, et plusieurs autres, demandèrent cependant leur congé au roi, et suivirent les pas du comte de Leicester Simon , qui leur avait donné l'exemple.
Cette même année, dans l'été, fut révoqué et cassé un inique jugement, par lequel Henri de la Mare, juslicier en tournée, avait fait imposer à la maison de Saint-Albans un amerciament de cent livres, la reine et le comte Richard étant institués gardiens du royaume, et le roi se trouvant en Gascogne.
« Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc de Normandie et d’Aquitaine , comte d'Anjou, à tous ceux à qui les présentes lettres parviendront, salut. Comine il est constant pour nous, par l'inspection des chartes de nos prédécesseurs les rois d'Angleterre, octroyées à l'abbé de Saint-Albans, que les hommes dudit abbé ne doivent pas venir hors de la liberté dudit abbé, qui est la leur, pour aucune sommation ou aucun prétexte, pardevant aucun justicier ou enquesteur, nous remettons audit abbé les cent livres auxquelles la ville et la liberté de Saint-Albans avaient été condamnées par amerciament, parce que des hommes faisant par-
tie de la même liberté n'avaient point comparu devant nosamés et féaux Henri dela Mare et Guillaume de Wilton, à Cesterhunte (sic), qui est hors de la liberté susdite, pour faire des enquêtes au sujet de la violation du change ‘ et pour condamner par amerciament les violateurs du même change; nous remettons aussi audit abbé les deux marcs et demi auxqueis Nicolas l’épicier, Alexandre Stoyle, Guillaume de Sandruge, [Guillaume de Westwike], et Regnauld l'orfévre, hommes dudit abbé, faisant partie de Ja liberté susdite, avaient été condamnés par amerciament, par-devant les susdits Henri et Guillaume , pour la transgression susdite. En témoignage de quoi nous avons faitremettre nos présentes lettres patentes audit abbé. Fait sous les yeux de Richard, comte de Cornouailles, notrefrère, à Westminster, le treizième jour d'octobre, l’an trente-huitième de notre règne. » Ces lettres, qui témoignent des libertés de Saint- Albans, étaient scellées du petit sceau , parce que le roi se trouvait alors dans cs pays d'outre-mer, et que le royaume était confié à la garde du comte Richard et de la reine. Si le comte ou la reine avaient exigé quelque argent pour octroyer ces lettres, ils au- ‘ raient péché énormément contre le saint martyr Albans, et contre leur seigneur roi. Car ces libertés, et
* Matt. Pânis revient plus loin sur ce fait et donne de nouveaux détails aux Additamenta. Henri IL, en son absence, avait abandonné le droit de change à son frère, sans doute à cause de quelque somme considérable qu'il lui avait empruntée ; et le comte Richard exerçait rigoureusement ce droit lucratif, | ‘
d’autres. octroyées de temps immémorial par les rois, et confirmées par le pape, ont été jusqu'ici, comme on sait, possédées pacifiquement et maintenues inviolablement ; mais on doit laisser cela au jugement de celui pour qui rien nest caché.
Pour donner plus de certitude à cette confirmation, il y a d’autres lettres qu'on trouvera au livre des Additamenta *, et qui la complètent et la suivent. L'une d'elles commence ainsi : « Lè vicomte d'Hartford a rendu compte de cent et une livres sur le bourg de Saint-Albans, etc... »
LETTRES TROMPEUSES DU ROI AU SUJET DE LA GASco- GNB. — PRIVILÉGE ACCORDÉ À L'ABBÉ DE WESTMINSTER. — La REINE D'ANGLETERRE SE PRÉPARE À PASSER LA MER. — ELLE S'EMBARQUE MALGRÉ LES ORDRES DU ROI. — MorT DE HENRI, FILS DE L'EMPEREUR FRÉDÉRIC. — Dis- CORDE ENTRE LE PAPE ET CONRAD, ROI DES ROMAINS. — Il y a aussi à la suite, dans le même livre ?, un bref envoyé de Gascogne, qui contient les communicalions fausses et trompeuses que voici : « Henri, par la grâce de Dieu, etc... Comme les comtes, les barons
et autres seigneurs du royaume d’Angleterre nous ont fermement promis de se trouver à Londres dans trois semaines, à partir du jour de Pâques, prochainement futur, pour se rendre sans aucun délai à Porstmouth, à l'effet de nous aider en Gascogne con-
1 Voyez l'addition XXXV à la fin du volume.
* Nous ne retrouvons rien à à cet égard dans les Additamenta. VIII. è ÿ
51 BENRI INT.
tre le roi de Casülle, qui doit attaquer hostilement notre terre de Gascogne, avec une forte armée, dans l'été prochainement futur, etc... » De plus, les messagers porteurs de ces lettres ajoutèrent que le même roi de Castille était arrivé avec tant de milliers d'hommes d'armes , qu'il ne redoutait aucunement toutes les forces de l'Angleterre ou de la France. Cependant, il lui était absolument impossible d’effectuer cette attaque ; car s'il eût eu dessein de se met- ‘tre en route pour la Gascogne avee une si nombreuse armée, il lui aurait fallu avoir l'agrément des rois par les royaumes desquels il devait passer, à savoir ceux de Navarre et d'Aragon, ainsi que de plusieurs autres princes et seigneurs, dont la plupart s'y seraient refusés. En outre, les Sarrasins, que ledit roi ne cesse de combattre, l’auraient suivi par derrière, trouyant abandonnée à leurs armes la terre qui leur avait été enlevée. De plus , comme nous l'avons dit, la mission qui avait pour objet d'appeler en Gascogne la reine et le fils aîné du roi, mettait à découvert la ruse du roi d Angleterre :
L'oiseau évite les piéges trop grossièrement tendus.
Les Anglais se lamentèrent donc du fond du cœur et inconsolablement, de ce que leur seigneur et leur gouverneur s’efforçait de ruiner ses hommes naturels, par des moyens licites ou non licites, et sous tant de prétextes spécieux ! En eflet, qui pourra plus facilement ou plus vite mettre le vaiseau en danger,
ANNÉE 1254. 35 que le pilote qui devrait, au contraire sOInERC le gouvernail ?
Cette même année, le sersneur roi Henri fit la concession suivante, en son nom et au nom de ses successeurs : à savoir que [les abbés |‘ de Westminster, et leurs successeurs, paraissant [?] devant les justiciers royaux, tant ceux en tournée que tous autres, auraient des extraits des rôles de ces imèines justiciers, concernant les amerciaments et finances? de toute espèce imposées à leurs hommes, ainsi que concernant les- saisies mobilières et immobilières des mêmes hommes fugitifs ou condamnés; de telle sorte que ces extrails ne fussent pas délivrés à l'échiquier royal mais que ces extraits fussent délivrés par les mains des n'êmes justiciers, au baïlli des mêmes
* IpSi de Fest on astErs0; sans autre indication; mais le sens n’est pas douteux.
? Nous renvoyons à Spelman pour l'examen de la différence qui existait entre amerciamertum et finis. Ce qui ressort le plns clairement de sa discussion, c’est qu'amerciamentum désignait une amende moins forte que finis. Ce terme, qui a donné naissance à notre mot finances, avait une foule de sens dont nous indiquerons les principaux : 40 transaction judiciaire par laquelle ou transférait son testament à un autre par-devant les justiciers royaux ; 20 composition faite pour procès, pour crime ou autre chose { finem facere ) ; une autre expression, finem levare, répondait à passer sentence de condamnation ; 5° argent payé au voi pour avoir la permission de transférer ses métairiès ; 40 argent donné pour gersume, fur a fine, c'est-à-dire composition écütiiire donnée d'avance au seigneur du fonds, afin qu’il soit permis au colon de tenir la terre pour un moindre revenu qu’elle ne vaut réellement ; 50 grosse amende imposée pour des délits majeurs, soit par le roi, soit par le magistrat, soit par le seigneur du manoir. L'amerciament était presque
une faveur due à l'indulgence du juge; la finance un châtiment qui profitait surtout au trésor royal.
abbés et du couvent, en présence duquel bailli les hommes susdits auraient été mis à amerciament. Une charte à cet égard avait déjà été rédigée et oc- troyée aux abbés de Westminster, l’an de grâce mil deux cent cinquante-deux, année où leur fut aussi octroyée la charte par laquelle le couvent devait jouir de l'administration de lous ses biers pendant le temps de vacation. On trouvera ces chartes transcrites au livre des Additamenta', aussi bien que la charte [ de même nature ] qui fut octroyée à l'abbé et au couvent de Waltham, mais à une autre époque de l’année qui suivit. Or, ces chartes n'étaient point parvenues en temps utile à la connaissance de celui qui écrit présentement ce livre. L
Tandis que la reine se préparait à passer la mer, les habitants de Yarmouth envoyèrent à Édouard un très-beau et très-grand vaisseau convenablement disposé pour son service, avec trente marins hahiles et d'excellents agrès, pour que ce vaisseau le trans- portât avec plus de sécurité, lui et ceux qui étaient
‘ On n’en trouve qu’une, celle relative à la libre disposition des biens en cas de vacance , el nous ne la traduirons pas de nouveau, puisqu'elle figure à la page 299 du volume précédent : seulement, dans les Additamenta, elle porte une date plus précise: serta die septembris (1252). Le méme privilége fut accordé à l’abbaye de Waltham en 41255, à Pâques. Les chartes que Matt. Pâris annonce comme étant parvenues tardivement à sa connaissance (ad votum non pervenerunt,, sont probablement les privilèges accordés à l’abbaye de Waltham pour la libre disposition des biens en cas de vacance et pour l'établissement de nouveaux marchés, et le privilége accordé à Westminster pour la communication des rôles, Ces différents documents sont perdus.
g ANNÉE 19254. BY
avec lui. Mais ceux de Winchelsey, voyant que ce vaisseau était beaucoup plus beau et plus grand que ceux qu'ils avaient préparés pour la reine, en furent jaloux; ils brisèrent' ce vaisseau, et attaquant les ” inatelots traîtreusement et à l’improviste, les hlessèrent et en luèrent quelques-uns. Puis ‘pour pallier astucieusement ce crime, ils enlevèrent cette longue pièce de bois qu’on appelle le mât, et la dressèrent sur Île vaisseau de la reine, comme s'ils n’avaient eu d'autre but que d’être utiles à la reine. Aussi les habitants de Yarmoutb ; fort affligés, vinrent se plaindre amèrement, non-seulement devant la reine, etensuite devant le comte Richard, maisencore devant tous les gardiens des quatre ports, et excitèrent justement le royaume entier à tirer vengeance d’un si grand altentat. | | Après que cette perturbation inattendue eut attristé le cœur de la reine, voici qu'arriva un autre mandat du roi, contraire au premier, et conçu dans des termes pressants, lequel défendait à la reine de passer ‘la mer. Celle-ci, tourmentée de tous côtés, gémit en disant : « Des embarras naissent de toutes « parts. Tout est préparé pour le passage, j'ai dit « adieu à tous, le vent le plus favorable enfle nos « voiles, et je m'en retournerais ? Non pas. » Alors, dissimulant ces injures, elle s’'embarqua à Porstmouth, avec ses fils Édouard et Edmond, quarante
4 Confecta nave. On pourrait comprendre quand ce vaisseau fut terminé; mais Île sens du passage nous autorise à lire confracta.
chevaliers et une suite magnifique, le 4 avant les calendes de juin, c’est-à-dire le vendredi avant la Pentecôte, sous la condüite de l’archevêque de Can-. torbéry son oncle. En même temps, elle écrivit au comte Richard de chercher à à apaiser prudemment Ja discorde et la perturbation qui s'étaient élevées “entre ceux des cinq ports; ce qui pouvait devenir fort dangereux pour le royaume. Or, peu de temps après, cette querelle fut heureusement terminée. La reine aborda sans encombre à Bordeaux, la veille de juin. Gaultier de Gray, archevêque d’York, fut établi gardien du royaume, à la place de ladite reine. Mais il se refusa à accepter cette charge; car il se sentait accablé de vieillesse et d’infirmités. Quelques seigneurs, qui aimaient mieux s'exposer au dispendieux voyage de terre que de prendre la voie plus courte de la mer, tels que Jean de Warenne et Edmond de Lascy, passèrent la mer à Douvres, et dirigèrent leur marche vers Bordeaux. Le vent Drécnts cette année un phénomène singulier, à savoir que le vent de l’aquilon où du nord, soufflant sans relâche pendant trois mois et quelques jours, étouffa les fleurs du printemps et les fruits; et vers les calendes de juillet, à l'époque du solstice, une pluie, mêlée d’une grêle lancée avec impétuosité, tomba tout à coup par torrents. Cette pluie, telle que nous n'en avons jamais vu, dura une heure et plus, enlevant les tuiles et les lattes des maisons, et déchirant les branches des arbres.
Cette même année, au mois de mai, mourut
Henri, la gloire et l' espérance des Anglais, bien fait pour inspirer des regrets, jeune homme d’une beauté surprenante, fils de Frédéric, empereur des Ro; mains, et de l'impératrice Isabelle, sœur du roi d'Angleterre. Or, il fut tué à l'instigation du roi Conrad, comme l’assurèrent du moins les ennemis dudit Conrad roi de Sicile; ce qui n'est point ni ne paraît vraisemblable, puisque le même roi chérissait ledit Henri d’un amour de frère, et lui avait donné des preuves d’une affection toute fraternelle, ainsi que le même roi le témoigna dans les réponses fort croyables qu'il fit aux violentes accusations du pape, quand il déclara qu'en perdant son frère, il croyait avoir perdu la meilleure partie de lui-même‘. Le véritable auteur du crime, ce fut un certain Jean le Maure, homme souillé de tous les forfaits, qui, après l’avoir empoisonné, le voyant se débattre contre la mort, l'étrangla avec un essuie-mains. Or, le roi Conrad, après la mort de son frère susdit, ne montra jamais un visage serein comme auparavant. :
Cette même année, au mois de juin, une trèsgrande querelle s'éleva entre le seigneur pape et Conrad, roi de Sicile. En effet, le pape, tout malade .qu'il était, et quoiqu'il eût été repris amèrement par a Ce jeune prince mourut à Melfi, pendant le séjour de Conrad dans cette ville, äu mois de décembre 4253, selon la chronique de la Cava, au mois de janvier 4254, selon une autre version. Conrad, pour se disculper des odieuses calomnies répandues par ses ennemis, écrivit à Henri III une lettre dont Matt. Pâris ne paraît pas avoir eu connaissance. Elle se
trouve, mais sans date, dans Baluze, Miscell., Liv. 1, pag. 482. (Foy. la note Ï à la fin du volume.)
l’évêque de Lincoln Robert, n'avait été nullement corrigé et haïssait Conrad. Or, le pape l’accusa immiséricordieusement en bezucoup de points, et sa haine contre Frédéric lui fournit ces accusations; car la cendre n'était pas encore sans feu. Le roi répondit avee modération à chacun des griefs, en leur opposant cependant une dénégation formelle. Le pape lui reprochait d’être hérétique et homicide, d’avoir méprisé les clefs de l’église, et d’avoir fait célébrer, à ce qu’il prétendait, les offices divins pendant l’interdit; d’avoir tué, par le poison, un certain Frédérie, son neveu, et d'avoir fait empoisonner son frère Henri par Jean le Maure, puis de l’avoir fait étrangler avec un essuie-mains, parce qu’il tardait à mourir. Mais on assure que le pape rait en avant ces fausses aceusations, pour animer et exciter par là le roi d'Angleterre contre ledit Conrad. Or, vous pourrez, si vous voulez, trouver dans le livre des Additamenta', au signe de l'ancre rouge, les objections du pape, et les réponses de Conrad.
LE ROI REFUSE D'OBSERVER LES CHARTES S9{ SOUVENT PROMISES ET JURÉES. — ÉDOUARD, FILS DU ROI D'ANGLE- TERRE, ÉPOUSE LA SOEUR DU ROI D'ESPAGNE. — LE ROI ASPIRE AU DIXIÈME QUI LUI AVAIT ÉTÉ ACCORDÉ. — L'ÉVÉ- QUE DE NORWICH SE REND A SAINT-ALBANS POUR LEVER LE DIXIÈME. — DÉBORDEMENT EXTRAORDINAIRE DE LA MER Bagrique. — LE RoI DE FRANCE REVIENT DANS SON
‘ Voy. l'addition XXXVI à la fin du volume.
ANNÉE 4954 | il
ROYAUME. — Tandis que tous regardaient comme stable et indubitable l'espérance qu’ils avaient conçue touchant l’observation fidèle de la charte et des libertés susdites, se fondant sur ce que le roi, qui avait juré maintes fois d'observer ces chartes précédemment accordées par son père, était maintenant dans un âge plus mür, et devait craindre d’être enveloppé dans les sentences d'excommunication; Île même roi, circonvenu par des conseils pervers, ne se fit pas faute de les enfreindre et d'y contrevenir, croyant qu'il serait absous de cette transpression à prix d'argent. | A la même époque, Édouard fut envoyé en grande pompe et en grand appareil au roi d’Espagne Alphonse. Il fut reçu avec honneur et révérence, épousa à Burgos‘ la sœur dudit roi, nommée Aliénor, laquelle était jeune, et le roi, à qui la bonne mine et les manières du jeune homme avaient plu grandement, lui ceignitle baudrier militaire. Edouard, étant done revenu vers son père en lui amenant s4 nouvelle épouse, fut accueilli en grande jubilation comme un ange de Dieu. Et le seigneur Jean Mansel rapporta avec lui une charte du seigaëur roi d’Espagne, scellée d’un sceau d’or, par laquelle il renonçait pour lui et pour ses héritiers à réclamer tout ou partie de la Gascogne, envers le seigneur roi d'Angleterre et seshéritiers. Sur-le-champ le seigneur
* Le texte dit Bures. Nous rétablissons le mot d'après les chroniqueurs espagnols.
roi d'Angleterre conféra à son fils et à l'épouse de son fils la Gascogne, l'Irlande, le pays de Galles, Bristol, Stanford et Graham, en sorte qu’il paraissait n'être plus qu'un roitelet mutilé. Dès ce moment, le roi commença à songer à revenir le plus tôt possible en Angleterre, comme s'il avait mené au but de ses vœux sa plus importante affaire, tandis qu'aux yeux des hommes discreis 1! n'avait procuré aucun avautage au royaume d'Angleterre, mais plutôt lui avait préparé un grand dommage. En effet, quelle aide ou quel secours uu roi, dont les états étaient si éloignés, pouvait-1il fournir contre le roi de France, dont le roi d'Angleterre se plaignait surtout? Or, ce roi était entouré de toutes parts d'ennemis domestiques, qui lui tendaient des embüches, et auxquels il pouvait à peine résister ; de vasles espaces de terre, des royaumesentiers le séparaient et l'éloignaient de la Gascogne ; de plus, le seigneur roi connaissait les mœurs et la religion des Espagnols, et savait que ce sont les ordures du genre humain, qu'ils sont laids de visage, méprisables dans leur culte, détestables dans leurs mœurs ‘. On reconnut, par des calculs certains, que le roi d'Angleterre, sous prétexte de subvenir aux frais de cette vaine expédition en Gascogne, où il
‘ Matt. Päris a déjà laissé paraître son antipathie pour les Espagnols. Il le fait ici en termes aussi injustes en général que peu motivés par la circonstance. Nous ne pouvons nous expliquer cette singularité, à moins qu’il ne considère les Espagnols de son temps comme une race mélangée de sang moresque et par conséquent demni-chrétienne. Les expressions mémes dont il se sert permettent cette supposition. - |
ANNÉE 1254. do n'avait'rien acquis que ce qui lui appartenait précédemment, avait tiré de son royaume et consumé en dépenses inutiles cent vingt-sept mille livres et plus’, sans compter les terres et les revenus qu'il avait conférés, fort inconsidérément, à des gens indignes, ou plutôt à des gens qui devaient nuire à lui et à son royaume, etqui devaient engloulirtoutesces richesses. En outre, 1] donna à ses frères utérins, vrais Poitevins de naissance et de caractère, trente mille marcs, sans compter les terres, les revenus, les gardes, les : chevaux, et les joyaux inestimables. C’est ainsi qu'il advint, Ô douleur! que, dans le cours de peu d'années, le seigneur roi dépensa plus pour son expédition dans le Poitou, qu 1l perdit, et récemment pour son expédition dans laGascogne, qu'il conserva à grand'peine, et sema plus d'argent dans le sable qu'aucun estimateur discret, ou qu'aucun marchand n'en aurait donné pour ces deux provinces, si elles eussent été mises en vente. Ainsi, l'Angleterre, privée de son honneur , est dépouillée de tous côtés de ses biens par la lôcheté du roi, sur lequel Merlin a fait, à ce qu'on prétend, la prédiction suivante : « Un lynx paraîtra pénétrant toutes choses, qui menacera de ruine sa propre nation. » Or, c'est vraiment un lynx pénétrant toutes choses, puisqu'il n'y a pas d’escarcelle en Angleterre, qu'il ne sache scruter et vider quand elle est gonflée. Lorsqu'un des amis familiers du roi
: Le texte semblerait dire vingt-sept fois cent mille livres : Vigesies et septies centum miilia librarum ; mais cette somme serait tellement extravagante que nous avons dû la modifier.
lui eut fait connaître certainement à quelle somme s’élevaient ces dépenses énormes et irréparables , le roi tout ébahi, et comme saisi d’un transport defolie, s’écria, en ouvrant la bouche et en soupirant : « Tête-
« Dieu ( car je dois me servir de son juron accou- « tumé), que signifie cela? Qu'on ne parle de cette « affaire à personne, de peur qu’elle ne fasse naître « la surprise dans les oreilles et la stupeur dans « tous les cœurs. » |
Cependant, le roi, qui n’était nullement corrigé par les avertissements des gens de bien, aspirait encore très-avidement à lever le dixième qui lui avait été promis pour trois ans, par le parlement, à l'effet de lui servir de subvention dans son pèlerinage en Terre-Sainte, sanspour celaobserveren aucune façon, Ô douleur! les chartes qu'il avait jurées de nou-. veau, comme on l'a vu trop souvent dans ce livre.
En effet, le jour de la fête de la translation de saint Benoît, l’évêque de Norwich se rendità Saint-Albans, sur l’injonction tant du pape que du roi, à l’eflet de lever le dixième, pour le compte du roi, sur tous les biens de cette église, à l'exception de là baronnie. Il convoqua donc tous les recteurs des églises établis sur les terresde Saint-Albans, les vicaires des églises, les gardiens de toutes les églises, même ceux de l’église de Sopwelle', où les religieuses mènent la vie la plus rigide, presque dans le dénûment et dans une
: Le texte dit fautivement Gopwelle. Guill. Wats rapporte, à la fin de son édition de Matt. Paris, les statuts promulygués en français par l'abbé Michel en 1358, et imposés aux religieuses de Sopwelle.
claustration perpétuelle, de l’église de Saint-Julien, dont les moines sont très-pauvres, et de l’église de Sainte-Marie-des-Prés, dont les pauvres religieuses ont à peine de quoi subvenir à leur existence. Il les convoqua tous, pour que leurs biens fussent rigoureusement taxés sous serment prêté. Il réunit aussi tous les obédienciers de l'église de Saint-Albans, et même les aumôniers, et fit taxer rigoureusement leurs biens, assurant fermement que plustard une enquête serait faite avec examen sévère et exact, pour savoir si l'estimation était irrépréhensible. 11 montra de plus les brefs authentiques qu'il tenait tant du roi que du pape. Il ajouta en outre qu'il s'était chargé, bien malgré lui, de ce pénible fardeau, mais qu'il avait été forcé et cbntraint, en vertu de l’obédience. Or, il accomplit cette mission avec grande modération et fidélité. O nouveauté inouïe dans les siècles! jusqu’à présent le peuple avait coutume de payer la dime aux prélats : maintenant, par un renversement funeste de l’ordre reçu, ce sont les prélats qui sont forcés de payer à regret la dime aux laïques. Cependant la seule consolation qui pouvait rafraichir leur douleur , était de croire, comme on le leur promettait, que l’argent provenant de ce dixième servirait à secourir la Terre-Sainte, pour l'honneur de Dieu et de l'église; mais
Si l’espérance récrée , elle trompe aussi celui qui la concoit.
De plus, avant que nous en fussions instruits, les Romains et les gens du roi, pour mettre le comble à
leurs tromperies, ajoutèrent, d’un consentement com-
.mun, mais secret, deux ans aux trois ans, de telle
sorte.que l’on fournit pendant cinq ans l'argent octroyé et promis seulement pour trois ans, et encore sous une condition qui, en grande partie, n’était point observée. | |
Vers le même temps, des marchands du roi, reveuant de la foire de Saint-Botulph, assurèrent que les peuples de l’est, que nous désignons par les noms d’Estoniens ‘ et de Jutlandais, avaient éprouvé Île même phénomène qu'en Angleterre, de la part des mers de Fest, qui, couvrant leurs rivages sur une vaste étendue, avaient dépassé leurs limites accoutumées. Et ce qu’il y eut de plus surprenant encore, là où la mer, à une assez grande distance du rivage,
était d'ordinaire haute et profonde, l'eau, en se reti-
rant et en exposant aux rayons du soleil un endroit qui n'en avait jaraisété éclairé, laissa voir une plage sablonneuse comme une île. Ce phénomène semblait contredire ce qu’on lit dans les psaumes en parlant de la mer : « Tu leur as posé une limite qu’elles ne dépasseront pas, » c’est-à-dire les eaux. Mais n’admeltons-nous pas que Dieu peut faire ce qu'il'n’est pas donné à l’homme de connaître? D'ailleurs Dieu nous a avertis de la possibilité de pareils prodiges en disant : «ll y aura des signes dans le soleil, etc. »
À la même époque, c’est-à-dire le jour de la fête
* Estrichules (texte hic). Nous traduisons approximativement en faisant remarquer l’analogie de ce mot avec Oest-Reich { Austrasie ).
de la translation de saint Benoît, le roi de France quitia la Terre-Sainte, mais à regret. En eflet, ses seigneurs l'avaient appelé avec de grandes instances, pour qu'il pacifiât surtout cette dissension maudite qu'avait malheureusement suscitée l’orgueil d'une femme, querelle qui avait fait périr plus de cent mille hommes, qui avait privé les orphelins de leurs pères, et les dames de leurs maris, et qui avait réduit presqu’en désert un beau pays. Or, le roi, après avoir échappé, par la protection du Seigneur, aux embûches de quelques-uns de ses ennemis qui tenaient la mer ‘, aborda heureusement dans les parages de Marseille, à un endroit peu éloigné de Montpellier, où la physique est florissante. Pour se refaire des fatigues qu'il avait endurées sur mer, il se reposa quelque temps en séjournant dans ce lieu, et déclara qu'il ne regardait pas son pèlerinage comme terminé, mais comme suspendu pour le moment : aussi portait-il encore publiquement la croix. Cependant, sur les instances de ses seigneurs, il se hâta de rentrer dans son royaume. En effet, c'était à grand’peine que le roi d'Allemagne , Guillaume de Hollande, avait accepté une courte trêve, et l'observait sans se jeter avec ses Allemands impétueux sur les Flamands, les Français et leurs partisans. |
Or, le pieux roi de France, après avoir éprouvé des périls en outre-mer, sur la mer eten decà dela mer,
* Il eut à essuyer deux tempétes et à redouter les pirates sarrasins et siciliens ; il aborda malgré lui aux îles d’Hyères, le 40 juillet. Il aurait préféré descendre sur ses terres, à Aigues-Mortes.
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ainsi que des domuiages et des fatigues, arriva dans son royaume", où il fut reçu honorablement et avec respect, comme il convenait. Sur-le-champ il s’occupa. activement des moyens de vaincre et de dompter les ennemis voisins de la France, ou de les pacifier par la médiation de la justice; mais il ne put, sans de longués et difficiles négociations apaiser une tempête si orageuse.
LA
Mont pe HuGuEs. ÉVÊQUE D'ÉLY.—Coub DE TONNERRE MIRACULEUX. — THOMAS DE VIEUX-PONT EST ÉLU ÉVÊQUE DE CARLISLE. — PLUSIEURS SEIGNEURS GRECS SE RENDENT A LA COUR ROMAINE. — Vers le même temps, le bon évêque d’Ély Hugues, jadis abbé de Saint-Edmond, qui, dans les deux églises, avait combattu d'une manière Jouable pour le Seigneur pendant environ quarante ans, sortit de ce monde et mourut dans son manoir, le 5 avant les ides d'août. Son corps fut transporté et enseveli à Ély, avec tous les signes d’une vénération méritée, dans son église, c'est-à-dire dans le magnifique presbytère qu'il avait fondé et coustruit à ses propres frais, en Île faisant bâtir en marbre et d’une manière indissoluble. Entre autres œuvres de piété qu'il avait faites, il avait construit à Ély un grand palais en pierre, recouvert en plomb,
* Le roi partit d’Hyères, alla à Aix, passa par la Sainte-Baume, remonta le Rhône jusqu’à Beaucaire, entra en Languedoc, traversa une partie de l’Auvergne et se rendit à Vincennes le 5 septembre. Il alla, dès le lendemain, à Saint-Denis prier Dieu sur le tombeau des martyrs, et, quelques jours après, il fit son entrée à Paris, aux acclamations du peuple.
avec dépendances, et avait élevé ailleurs aussi de grands et magnifiques édifices, tout en se préparant les palais célestes par des aumônes et d’autres œu- -vres de charité. S'il se montrait toujours plein de dévotion à la table spirituelle, c’est-à-direà l'autel , et si alors des sources de larmes jaillissaient de ses yeux, on le voyait libéral, joyeux et serein à la table de la réfection corporelle. Quand il mourut, la fleur des maîtres et des moines mouruten lui; car de même qu'il avait été l’abbé des abbés en Angleterre, de même il brilla comme l'évèque des évêques.
Cette même année, la veille de l’Assomption de la bienheureuse Marie, vers la première heure, un coup de tonnerre unique et soudain se fitentendre, accompagné de torrents de pluie, et la foudre tomba sur le clocher de l’église de Saint-Pierre, qui est dans le bourg de Saint-Albans, y fit trou, avec un horrible fracas, dans la partie supérieure, tordit la charpente de chêne comme une tresse, la réduisit et la broya, pour ainsi dire, en fils déliés ; ce qui était fort surprenant. La foudre laissa après elle une fumée éclatante et une odeur intolérable dans tout le clocher et dans l'église.
Vers le même temps, les chanoines de Carlisle élurent, pour leur évêque et pour pasteur de leurs âmes, maître Thomas de Vieux -Pont, quoique le roi eût sollicité les chanoines par des prières impérieuses et très-urgentes, s'ils désiraient l'agrandissement de leur église, d’élire une autre personne, à savoir, le seigneur [Jean] le chanoine, prieur de Newbury,