‹ Grande chronique de Matthieu Paris, traduite en françaisChapitre 5 sur 23 · TN · texte numérisé non relu

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sème fait passer l'anneau d'investiture par l'évèque de Bologne ; ainsi [les cardinaux] avaient jeté dans un gouffre le trésor du roi à l’extermination de toute l'Angleterre. L’évêque, qui avait déjà passé les monts, se hâta de se rendre en Angleterre, sachant qu'en réjouissant le cœur du roi il remporterait de riches présents. Toutefois, ignoranteomplétementle désastre dont nous venons de parler, il était transporté par les accès d’une ailégresse menteuse et d'une vaine joie, car : NN

La puissance divine se joue des choses humaines.

O sollicitude stérile de la cour romaine ! à aveugle ambition, sainte sans doule, mais trop souvent

trompée par les conseils des pervers! pourquoi ne

modères-lu pas tes emportements avec le frein de la discrétion ? pourquoi n’es-tu pas instruite par le passé et corrigée par tant de calamitéssouffertes? Voici que nous sommes (ous punis dans les pertes que tu éprouves, que nous souflrons tous avec toi, que nous partageons toute ta confusion et tous tes opprobres.

Tu t'es efforcée de créer deux empereurs en Alle-

mague. Pour leur promotion il a fallu dépenser des trésors inestimables arrachés de tous côtés, et cependant cette dignité n'a été assurée ni à l’un ni à l’autre. Aujourd'hui, dans les pays de l’Apulie, l’armée papale a été écrasée deux fois honteusement, la première fois sous la conduite du cardinal Guillaume, la seconde fois sous la légation ou la conduite du cardinal Octavien. Ces deux défaites ont accablé de dommages

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tous les fils de l'église universelle , les ont abreuvés d'opprobres, les ont fait saigner de douleurs. Enfin, pour. conclure en peu de mots, l'église universelle, qui doit être défendue par l’église romaine, se plaint d’être grevée par elle en beaucoup de points.

. À la même époque, on proclama dans les comtés et l’on annonça dans les synodes , dans les églises, en tous les lieux enfin où les hommesse rassemblaient, que la grande charte que le roi Jegn avait octroyée et que le présent roi avait maintes fois confirmée serait observée inviolablement: et la sentence fat SO lennellement prononcée contre tous les violateurs de ladite charte. Toutefois le roi, ne l’observant nullement encore, mit inhumainement au pillage les bieus de l’église d’York. Or, il répétait fréquemment : « Pourquoi les évêques et les seigneurs du royaume « n'observent-ils pas eux-mêmes envers leurs sujets « cette charte pour laquelle ils crient et clabaudent « tant et tant? » À cela on lui répondait raisonna—

blement : « Seigneur roi, il convient que vous donniez

« le premier exemple selon votre serment , et alors « les autres vous suivront certainement, selon cette « maxime d'un poëte : |

Le vulgaire inconstant se tourne toujours avec le prinee.

Vers les mêines temps, Robert de Ros et Jean de Bailleul furent grièvement accusés de se conduire d'une manière infidèle et déshonnête envers le royaume, le roi et la reine d'Écosse, dont la tutelle leur avait été confiée. Or, à celte époque le roi se

116 HENRE HE.

trouvait dans les contrées du nord de l’Angleterre, c'est-à-dire à Nottinyham. | | :

Il y dvait un certain physicien nommé maître Regnauld de Bath, fort instruit et expérimenté dans l’art de la médecine, qui avait été envoyé pour garder le corps de la reine d'Écosse, du roi et de leurs amis, par la reine d'Angleterre, laquelle désirait ardemmeut la bonne santé et la prospérité de sa fille la reine d’Ecosse, @ du mari de sa fille le roi d'Écosse, qu'elle chérissait comme son fils adoptif. Or, lorsque ledit maître Regnauld fut arrivé au château des Pucelles‘, qu’on appelle vulgairement Edimbourg, eut exposé la cause de sa venue, et eut montré les lettres tant du roi que de la reine d'Angleterre, qui attestaient ladite cause, il fut admis volontiers. Quand il s'entretint avec la reine sans témoins, comme c'est l'usage des médecins, et qu'il lui demanda quelle était la cause de son trouble et de sa pâleur, et pourquel il la trouvait si triste, elle lui répondit : « Il con- « vient de révéler au physicien les secrets du corps, « comme :l convient d’avouer ceux du cœur au « prêtre. » Regnauld , ayant donc appris les chagrins de cœur et de corps qu’elle endurait, réprimanda fortement ses gardiens et ses tuteurs. Après des dis-

‘ Le château est à l’est de la ville sur un roc escarpé. Quelques-uns, faisant allusion à sa situation presque inaccessible, le nomment le ch4teau ailé; d’autres l’appellent le château des pucelles, parce que c'était le stjour des jeunes princesses du sang royal des Pictes, qui y demeuraient-enfermées jusqu'au temps de leur mariage. ( MALLET, Descripl. de l’univers. }

putes et des paroles amères, qui des reproches mutuels passèrent aux menaces, 1l accusa, condamna et menacça tous les.seigneurs gardiens du roi, de la reine, et du royaume, comme coupables de lèse-majesté. Aussi, ledit physicien Regnauld se mit au lit peu de jours après, et fut pris d’une malodie mortelle; et certaines. personnes, dont les interprétations sont toujours sinistres, prétendirent qu'il avait été empoisonné. Quand il vit qu’il approchait irrévocablement des portes de la mort, il'écrivit tant au roi qu’à la reine, qu'il était veou en Écosse sous une mauvaise étoile, qu'il y avait vu leur fille traitée infidèlement et inhumainement au milieu de ces indignes Écossais, et que, comme 1l avait murmuré, les seigneurs du nord lui avaient tendu des piéges mortels. A cette nouvelle, le roi fort courroucé songea à part lui aux moyens de tirer vengeance d’un si grand attentat. Or, ce maître physicien rendit son âme misérable, après avoir vomi ce venin de discorde, et préparé de grands maux futurs et des dommages irréparables.

APPAUVRISSEMENT DE QUELQUES ÉGLISES D ANGLETERRE. — ÉcLiPsE TOTALE DE LUNE. — Mont DE GUARIN DE NIUNTCHEINSIL. — Faits DIVERS. — LE ROI, EXCITÉ PAR LES PLAINTES DE SA FILLE, $E REND EN ÉCOSSE. — ÎL EN- VOIE LE COMTE DE GLOCESTER ET JEAN MANSEL AU CHATEAU D’EnimBourc. — Foire pe RoBerT DE Ros.— DiscoRDE ENTRE L'UNIVERSITÉ DE PARIS ET LES FRÈRES PRÊCHEURS. — JEAN DE BAILLEUL FAIT LA PAIX AVEC LE ROI, MOYENNANT UNE SOMME D'ARGENT. — LE ROI REVIENT D'Écosse. — IL

Hs HENRI Hi.

ENLÈVE UN TRÉSOR DÉPOSÉ DANS L'ÉGLISE DE Duran. — GUILLAUME DE KILKENNY EST CONSACRÉ ÉVÊQUE D'ÉLr. — Vers le même temps, l'église de Cantorbéry était accablée de graves tribulations à cause des mérites de ses fils, c’est-à-dire des moines de eette même maison , laquelle tenant de droit le premier rang en Angleterre, avait repoussé des indigènes recommandables, et avait pris un étranger pour son gardien: aussi ceux qui avaient donné les mains à cet abus tombèrent, maïs non pas injustement, dans une si grande pauvreté, qu'ils se virent liés et enveloppés par des dettes montant à plus de quatre mille marcs. Comme la ruine de leur église était imminente, les moines, afin de ne pas être précipités complétement dans l’abîme de la confusion, livrèrent six de leurs meilleurs manoirs à la garde de Jean de Gatesdène, chevalier, pour qu'il les eût en sa main à des conditions bonnes pour lui, mais ruineuses et très-dures pour les susdits moines, jusqu’à ce qu'ils fussent libérés de leurs dettes. Semblablement le prieuré de Rochester, qui avait contracté des dettes inesti- mables,. déposa des gages entre les mains dudit Jean et d’autres créanciers, retrancha sur les fonds destinés à la nourriture et à l'habillement de la eommunauté, et se conserva à peine le strict nécessaire. De plus, le noble prieuré de Saint-Suithun à Winchester, grevé par des pertes irréparables, souffrit justement de ses cicatrices; car les moines, préférant ba faveur du rorà la crainte de Dieu, avaient choisi pour pasteur de leurs âmes un homme Lout à fait incapa-

ble de gouverner une si belle église. Or, l'élu y'avait intrus un certain prieur, avait dispersé le couvent, et avait établi à la place de ceux qui avaient été dispersés, pour l'opprobre de la religion monastique et de l’honnèteté, des gens illettrés, des vauriens, méritant plutôt d'être réprouvés que d'être choisis, treise bommes enfin qui n'étaient moines que par le eapuchon. Parlerai-je aussi de la confusion de l’éslise conventuelle de Sainte-Marie à York, et de plusieurs autres nobles églises?

Or, pour que l’indignation de Dieu se manifestât aux hommes, au sujet de cette accumalation exotbitante de péchés, et pour que l'état des corps célestes s’accordât avec l’état des choses de ce monde, la lune subit une éclipse prodigieuse, insolite et universelle, au mois de juin, dans la nuit qui suivitimmédiatement le jour de la fête de sainte Marguerite, L’éclipse com- mença deux heures avant minuit, et dura environ quatre heures. |

Vers le même temps mourat un noble baron, le plus noble ou le plus sage entre tous les nobles d’° Angleterre, ou du moins l’un des plus nobles et des plus sages, à savoir Guarin de MontcheinsH. De plus, le même Guarin était un homrmne zélé pour la paix ét la liberté du royaume. Quand ï mourut, la plus forte colonne du royaume chancela. Le irésor dudit Guarin était très-considérable. Aussi on assure que son testament monta à une somme de deux cent millemarcs et plus. Le seigneur roi conféra sur-le-champ la garde de son héritier, nommé Guillaume, à Guïil-

laume de Valence, son frère utérin, qui avait épousé. la fille du susdit Guarin, afin d'être son gendre. C'est ainsi, Ô douleur! que succombait. chaque jour la jiobiesse d'Angleterre.

De même, Jean le Français, un. des principaux cleres et conseillers du seigneur roi ayant été frappé d’une paralysie incurable, n’inspira aucune pitié aux. moines de la communauté de Sainte-Marie d’York et à ceux de Selby, qui virent sa maladie d'un œil sec.

Vers le mème temps. le seigneur Jean de Gray, chevalier, homme modéré: et discret, se retira des conseils du roi et du labyrintbe des cours, instruit peut-être et heureusement corrigé par l'expérience.

À la même époque, le roi étant sollicité de jour en jour et de plus en plus par les messages de la reine. d'Écosse et de ses familiers, et étant ému par leurs

plaintes, réunit une armée et dirigea sa marche et ses bannières vers l'Écosse, se proposant de demander un compte rigoureux à Robert de Ros, et à Jean de Bailleul, chevaliers et hommes de grand pouvoir et de grande autorité; car il était instruit certainement, à ce qu'il assurait, par les rapports secrels et répétés de ses féaux, que lesdits Robert et Jean traitaient le royaume d'Écosse ainsi que Je roï.et la reine autrement qu’il ne convenait ou n'était avantageux et contrairement à ce qu'ils avaient promis. Quand il approcha du royaume d' Écosse, il fit prendre les. devants au comte de Glocester Richard, et à Jean. Mansel, clerc spécial et conseiller du seigneur roi, pour qu'ils s’informassent prudemment si Robert de

Ros avait justifié par ses actes la clameur publique : s'il prétendait se défendre par la voie de la rébellion de la trahison et de l'accusation qu'on lui intentait, et regimber contre l’éperon. C'est pourquoi le comte et Jean, accompagnés d’une escorte choisie et d’une troupe nombreuse d'hommes d’armes, marchèrent en avant selon le commandement du roi, et, instruits que le roï et la reine d'Écosse demeuraient alors dans le château des Pucelles, ils s'y rendirent sur-lechamp sans faire aucun bruit; puis se séparant de leur escorte qui les suivit d’un peu plus loin, le comte et Jeun se faisant passer pour d'humbles chevaliers du vasselage de Robert de Ros, trompèrent le portier et les autres gardiens et entrèrent. Bientôt ils furent suivis pas à pas par leur compagnie et par leur eseorte, et formèrent autour d’eux une troupe nombreuse d'hommes d'armes, en sorte que si ceux qui étaient dans ce château pour le garder, avaient prétendu se soulever, ceux qui veuaient d’entrerétaienten état de ne rien craindre de leur part. La reine d'Écosse vint donc les trouver confidentiellement, et se plaiynit amèrement à eux de ce qu’on la gardait ou plutôt qu’on l’incarcérait irrévérencieusement dans ce château, lieu triste et solitaire, où l'on ne respirait pas un air salubre, où l’on n'apereevait pas de verdure, comme sont les lieux situés au bord dela mer. 1 ne lui était pas permis, à ce qu’elle disait, de parcourir librement son royaume, d’avoir des serviteurs spéciaux, ni même pour suivantes et pour cham- Prières les jeunes filles dont elle désirait s’entourer.

Le roi son mari n'avait pas la faculté d'avoir accès auprès d’elle, d'entretenir avec elle des rapports de mari, et on leur défendait des caresses mutuelles. On ignore si elle ajouta à ses plaintes quelque autre grief secret. Alors le conte et le seigneur Jean, en hommes très-éloquents et très-discrets qu'ils étaient, la consolèrent, séchèrent ses larmes et calmèrent ses sanglots, lui parlèrent avec affabilité et modération, et lui promirent sans nul doute que tous ces abus seraient corrigés. Îls commencèrent par prendre les mesures nécessaires pour que le roi et la reine d'Écosse couchagsent sans gêne aucune dans le même lit, comme époux et comme épouse. Robert de Ros fut expressément sommé de se présenter ét de se tenir prêt à répondre dans la cour du roi d’Angleterre, son seigneur, aux interpellations qui lui seraient adressées. Robert, craignant pour lui-même, se tint d’abord caché, puis s'étant humilié, il reparut. Or, il y eut quelques seigneurs qui s’indignérent de ce que te comte et Jean étaient entrés si subitement et sans aucune contradiction ou obstacle dans leur château qui était à l’entrée de leur terre et «qui servait de défense et de barrière à tout le royaume. Aussi, voulant en tirer vengeance, ils s'avancèrent avec une grande multitude, et entourèrent le château. Mais quand ils eurent compris qu'il y avait folie ‘ et ensorcellement à assiéger à main armée leur roi et leur reine, ils se retirèrent. C'est

+ Salvos. Nous adoptons la variante futuos.

ainsi que tout fut réglé et resta en paix. Quant à Robert de Ros, il promit, par un engagement formel, de venir à la cour du roi d'Angleterre, son seigneur, pour répondre sur tous les griefs. Néanmoins le roi, sur le eonseil de ses amis et courtisans, fit saisir les terres de Robert, et les fit mettre étroitement en garde, | |

À la même époque , une grave dissension s’éleva entre l'université des écoliers de Paris et les frères Prêcheurs qui demeuraient en ce lieu ; ceux-ci, contre l’antique coutume de la cité et de l’université, avaient cherché, sans l’assentiment de l’université, à augmenter le nombre des lecteurs ‘ en théologie, lequel était limité. Enfin, quoique le roi de France lui-même , aussi bien que les bourgeois de Paris, se fussent intéressés au maintien des libertés de l'université des écoliers, les susdits Précheurs, qui étaient dévoués au seigneur pape , et qui étaient bien vus à la cour romaine à cause des services de toute sorte qu'ils lui rendaient, remportèrent l'avantage dans cette diseussion. Une sentence fut donc prononcée par le seigneur pape, dans l'intérêt des frères Prècheurs et de tous les religieux ; elle leur accordait désormais la libre faculté d’être lecteurs en théoloyie, sans considérer le nombre des lecteurs, lequel, de toute antiquité, était restreint à des limites fixes *.

4 C'est-à-dire maîtres, docteurs. On dit encore aujourd’hui professeur et lecteur royal.

* Les prétentions des ordres mendiants avaient déjà troublé l’université, lorsqu’en 1252 la querelle s'envenima par l’attaque violente des

Vers le même temps, Jean de Bailleul, chevalier riche et puissant, dont le père, vaillant dans les armes , avait rendu de grands services au roi Jean, quand il s'était trouvé dans une position difficile, et lui avait souvent fourni des secours dans des circonstances douteuses, s'étant trouvé accusé grièvement, ainsi que Robert, satisfit aux besoins du roi, en lui donnant une somme d'argent sur le riche trésor qu'il . possédait, et recouvra ainsi prudemment la paix.

religieux contre le livre De periculo mundi de Guillaume de Saint- Amour. L'université publia plusieurs lettres où elle articula ses griefs. Sur douze chaires de théolagie, disait-elle, neuf sont occupées sans retour par des réguliers ; les Précheurs n’ont pas voulu prêter le serment d’obéir aux constitutions de l'université, si on ne leur accordait à perpétuité les deux chaires de théologie’ qu’ils s'étaient arrogées: ils ont maltraité les bedeaux de l’université et obtenu par supercherie des lettres de maître Luc, doyen de l’église de Paris et subdélégué de l’étéque. Elle déclara donc qu’elle les avait retranchés de son corps, et demanda qu'on fit droit à ses plaintes, ne concusso ecclesiæ fundamento quod parisiense Siudium esse dignoscitur, consequenter corruat ipsum édificium improvisé. Innocent IV semblait disposé à restreindre les priviléges des ordres mendiants quand il mourut. Son successeur Alexandre tint une conduite tout opposée. Cinq jours seulement après son intronisation, il annonça le projet de délibérer plus soigneusement sur cette matière, et le 44 avril 4255 il rendit la bulle Quasi lignum qui modérait les statuts de l’université et rétablissait les docteurs de l’ordre : des Précheurs, ordonna à l’université de les recevoir et révoqua toutes les sentences portées contre eux. Les évêques d'Orléans et d'Auxerre avaient commission de faire exécuter cette bulle. L'université refusa d’obéir et écrivit au pape à l'époque des vacances (2 octobre 1255) pour réclamer contre la sentence des évêques, menaçant de se dissoudre ou de se transporter ailleurs. Mais le pape n’en tint pas compte, et l’affaire de l’évangile éternel vint encore augmenter les haines mutuelles. (FLEURY, Hist.. ecclés., tom. xvir. — DuBOuLAY, Hist. de l'univers., (om. 111.) |

Tout étant donc ainsi pacifié et réglé au gré de ses vœux , le seigneur roi d'Angleterre se hâta de revenir vers les pays du midi de l’Angletèrre, après que la reine et lui se furent entretenus suffisamment avec le: roi d'Écosse et la reine leur fille. Le roi visita en passant les abbayes et les prieurés, et se recommanda

aux prières des prélats, out en se rassasiant avec leur argent. ne

: Lorsqu'il fut venu à Durham, il eutra dans l'église et y fit une courte prière sur la châsse du bienheureux etglorieux Cuthhert, confesseur et évêque. Puis, ayant étéinstruit par l'avis et le rapport de quelques dénoncialeurs , qu’il y avait en dépôt dans la même église une forte somme d'argent appartenant à l'évêque Nicolas , à l'évêque d'Ély et à certains cleres , qui, pleins de confiance dans le respect qu'inspirait le bienheureux Cuthbert et son église, avaient déposé leurs biens en ce lieu, sous la tutelle du prieur et du couvent ; le roi ordonna, malgré la résistance des moines , que des officiers chargés de l'effraction entrassent de force, brisassent les serrures ‘ et Îles sceaux, et enlevassent pour son compte, sans requérir J’assentiment . des propriétaires, tout l'argent qu'ils trouveraient. dans les armoires et dans les coffres, disant qu'il ne considérait pas cet argent comme enlevé et arraché par force , mais comme de l'argent qu'on lui prétait et qu’il emportait. Ainsi il ne craignit pas de violer la paix de l’église d’un si grand

t Ceris. Nous lisons seris.

saint et de l’église universelle de Dieu, paix qu'il avait tant de fois juré d'observer. Cependant, quand il rentra plustard en lui-même, il paya et restitua, tant bien que mal, aux propriétaires , l'argent qu'il avait emprunté de cette façon, sans cependant donner satisfaction pour l’offense. |

Vers le même temps, l'élu à Ély, à savoir maître Guillaume de Kilkénni, fut consacré évêque d'Ély dans les pays d'outre-mer, c'est-à-dire à Polenza (?)", le jour de l’Assomption de la bienheureuse Vierge, par l'archevêque de Cantorbéry, qui se trouvait alors dans ees pays. Comme l'élu était venu le trouver dans sa patrie, l'archevèque pourvut abondamment et honorablement à tout ce qui lui était nécessaire. Pierre de Savoie applaudit aussi à sa venue, et lui fit de grands honneurs, pour qu'il ne parüût pas être exposé au besoin dans les pays qui lui étaient soumis. Mais les évêques se plaignirent de cette action, comme injurieuse pour eux , et le couvent de Cantorbéry partagea leurs plaintes, parce qu'il avait toujours été d'usage que les évêques fussent consacrés en Angleterre. De plus ils redoutaient fortement que les archevèques de Cantorbéry ne tirassent cela à consé-

‘ Bolesius (texte hic). 11 est évident qu’il s’agit d’une ville du Piémont. Or nous savons qu’à cette époque Pierre et Boniface surveillaient les mouvements des rebelles du Piémont, en l’absence de leur neveu le comte Boniface. Ce jeune prince s'était joint, avec Thomas de Savoie, aux troupes auxiliaires que Louis IX envoyait à la comtesse de Flandre Marguerite. Nous adoptons donc le nom de ville qui se rapproche le plus du texte.

quenee comme un fait nouveau, le même archevêque s étaut déjà arrogé ce droit pour l’église de Lincoln.

L'ÉLu 4 TOLÈDE SE REND À LONDRES. — LE FILS Du RoI

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