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À cette même époque de l'année, mourut l’évêque de Salisbury , Guillaume d’York, qui dès sa jeunesse avait été le nourrisson de la cour et avait été promu par elle à l'évèché de Salisbury. Entre autres occupations séculières auxquelles 1l était adonné, il'introduisit pour loi dans le royaume une coutume odieuse, à savoir que tout tenancier et sujet, quelque petit que fûtle ténement, ferait suite de cour ', même malgré lui, au supérieur de qui il tenait, au grand dommage et détriment des sujets, tandis que les supérieurs y gagnaient peu ou point d'avantages : aussi ceux qui n'avaient jamais fait ce service s’étonnaient de s'y trouver forcés. Or ledit évêque fut délivré des soucis et des sollicitudes de ce monde le 2 avant les calendes de février, et alla courir les chances périlleuses auxquelles s’exposent, à ce qu’on croit , les séculiers et les courtisans ; car leurs œuvres lessuivent.
L'ARCHEVÈQUE DE CANTORBÉRY OPPRIME L'ÉGLISE DE RoCcRESTER. — L'INTERVENTION DES MINEURS DANS L'’AF-
* Spelman récusecomme erronée l'accusation de Matt. Pâris. Quoi qu'il en soit, on appelait serta ou sequela curiæ le service que le feudataire était tenu de faire en fréquentant la cour du seigneur, et ce terme n’est pas saus analogie avec ce qu’on nommait service du plaid. I'était dû dans l’origine trois fois par an, et tous les vassaux n’y étaient point soumis, mais seulement ceux qui y étaient tenus par charte d’inféodation. Matt. Pâris distingue plus loin la secta curiæ de la clientela ou sergeantie. La grande sergeantie était un service militaire restreint aux limites du royaume, et incombait seulement aux tenanciers immédiats de Va couronne, La petite sergeantie consistait à suivre à cheval le seigneur ou la dame, à porter les lettres, à nourrir les levriers et les chiens, à changer les oiseaux de chasse, à se charger des arcs et des flèches. etc.
FAIRE DES JUIFS DE LINCOLN EST MAL INTERPRÉTÉE PAR LE PEUPLE. — LE SÉNATEUR DE ROME EST JETÉ DANS LES FERS. — LE ROI DE FRANCE TIENT UN PARLEMENT GÉNÉRAL. — GUERRE AU SUJET DE LA CAPTIVITÉ DE THOMAS DE SAVOIE. — JEAN DE DARLINGTON EST APPELÉ AU CONSEIL DU ROI D'ANGLETERRE. — LE ROI CEINT LE BAUDRIER MILITAIRE AU ROI DE MAN. — GUILLAUME DE HOLLANDE EST TUÉ PAR LES FRISONS. — MORT DE LA COMTESSE DE WARENNE. — Vers le même temps, l'archevêque de Cantorbéry Boniface, en grevant l’église de Rochester et en envahissant ses possessions, encourut de son fait un très-grand blâme, puisque l'on disait que l'église, dont il devait être le défenseur, était opprimée par lui. Or, l’évêque de Rochester étant venu se plaindre, en pleurant, d’une si grande injustice au seigneur roi, qui pouvait lui donner vengeance, le roi répondit, en baissant la tête : « Je ne puis le fléchir à la justice « ou à l'humilité, et je n’ai garde d'offenser ou « d’attrister un homme de si illustre naissance, une « famille si puissante, et surtout la reine. »
A la même époque, comme plusieurs Juifs réputés infâmes à cause de la mort misérable de l'enfant crucifié à Lincoln, devaient être mis à mort, d'après le serment de vingt-cinq chevaliers, et étaient emprisonnés à Londres au nombre de soixante et onze, pour être pendus, 1ls envoyèrent, à ce que prétendent leurs ennemis, des messagers secrets aux frères Mineurs, afin qu'ils intercédassent pour eux, et les délivrassent de la mort et de la prison quoiqu'ils fussent dignes de la mort la plus ignominieuse.
Les frères Mineurs (à ce que rapporte le monde, si toutefois on doit croire aux bruits du monde en pareille occurrence) furent gagnés à prix d'argent , et, par leurs prières et leur intercession, délivrèrent les Juifs de la prison et de la mort qu'ils avaient méritée; mais on doit penser pieusement, à mon avis, que les Mineurs furent guidés par l'esprit de piété, parce que, tant que quelqu'un est en route ‘ et fait partie de ce monde, il a son libre arbitre, qu'il peut être sauvé, et qu’on doit espérer encore. Quant au diable et aux damnés manifestes, on n'a rien à eu espérer, etil ne faut pas prier pour eux : car il n'y a point d'espérance à concevoir. Or, la mort et une sentence définitive auraient frappé irrévocablement les Juifs d'un seul coup. Toutefois, cette manière d’envisager les choses ne put excuser les Mineurs, ni empêcher que le scandale ne les dénigrât, tout irrépréhensibles qu'ils étaient ; le populaire et les habitants retirèrent leurs mains, et ne leur firent plus sentir leur bienfaisance par des aumônes comme précédemment. Tandis que la dévotion de ceux de Londres s’attiédissait à l'endroit des Mineurs, la charité de ceux de Paris se refroidissait envers les frères Prêcheurs, qui cherchaient à infirmer les coutumes ancienues et approuvées de l’université.
Cette même année, les Romains se saisirent de leur sénateur Brancaléon, parce qu'il paraissait aux seigneurs de la ville, ainsi qu’au peuple romain, un
‘ In via. Le sens serait plus naturel en lisant in vita.
exécuteur trop rigide de la justice et le vengeur ivexorable des fautes. Dès qu'il fut pris et incarcéré, l'épouse dudit sénateur se hâta de se rendre à Bologne, pour raconter en détail aux citoyens de Bolôgne ce qui avait été fait au sénateur apostolique, leur compatriote, pour le salut duquel ils retensient environ trente otages. À cette nouvelle, les citoyens de Bologne gardèrent plus étroitement encore les otages qu'ils avaient obtenus en échange de Branealéon. De leur côté, les principaux de Rome allèrent se plaindre grandement à cet égard au pape, et obtinrent, par l'intervention de quelques cardinaux natifs de Rome, que si les Bolonais ne rendaient pas aux Romains les otages qui répondaient de Brancaléon, la ville de Bologne serait mise en interdit; ce qui fut fait. Mais les Bolonais supportèrent l'interdit, sans vouloir restituer les otages aux Romains. En effet, ils savaient, à n’en pas douter, que si les otages. étaient rendus, Brancaléon serait aussitôt mis à mort.
Le lendemain de la purification de la bienheureuse Marie, le roi de France ünt le parlement ‘ le plus
‘ Generalissimum parliamentum ( texte hic ). Cette expression nous parait désigner l'assemblée des barons { conseil ) tenue en effet en 4256, et à laquelle saint Louis appela les députés de quelques villes, comme il le fit plus tard en 4262. On sait que la représentation des communes ne devint générale dans les provinces royales que sous Philippe le Bel. Le parlement servant encore à désigner toute espèce de réunion, il n'est - pas étonnant que Matt. Päris appelle parliamentum dans le sens anglais une assemblée qui allait devenir les états généraux. Depuis Philippe- Auguste, la cour de baronnie du roi était ou la cour des pairs, ou son
général, et le seigneur roi d'Angleterre y envoya des députés spéciaux pour redemander, à ce qu'on pense, ses possessions d'outre-mer. En effet, il croyait être un sujet d’effroi pour les Français, mais il n'y gagna rien qu'un refus manifeste. De plus, il fut instruit, par ses députés, de la défaite ir-éparable qui avait frappé les armées du pape, et apprit qu'il ne
fallait plus songer désormais à la Sicile ou à l’Apulie. C'est pourquoi celui qui avait été envoyé, à savoir le seigneur Jean Mansel, ne demanda pas au roi de France qu'il fût permis au roi d'Angleterre, et à ceux qui viendraient en son nom, d’avoir libre passage à travers le royaume de France, avec une troupe d'hommes d'armes et des trésors, jusque dans
conseil, composé de hauts seigneurs { laïques et ecclésiastiques ) et de légistes (éheraliees de justice }, qui y furent d’abord dans une position i inférieure, Comme le domaine et l'autorité du roi s’étendaient de ; jour en jour, le conseil fut contraint de se diviser : une partie resta chargée de l'administration du royaume et fut appelée grand conseil; l’autre, composée surtout de légistes, dut se réunir à la Toussaint, à la Chandeleur, à Pâques et à l’Ascension, pour juger les procès, et retint particulièrement le nom de parlement. Les registres de cette assemblée commencent à l’année 4255. Le parlement, ambulatoire sous saint Louis, fut fixé à Paris par Philippe le Bel, qui le distribua en chambre des enquétes et chambre du plaidayer; et les légistes, égaux aux juges d’épée sous Philippe ILE, les expulsèrent du parlement sous Philippe IV : ils restèrent seuls quand Philippe le Long en eut aussi exclu les prélats. La cour du parlement { capitalis curia) délibéra quelquelvis encore sur des actes d'administration ; mais, au temps de la guerre des Anglais, ses fonctions restèrent exclusivement judiciaires. Elle remplaça alors la haute cour féndale du roi et jugea les pairs. ( Foy. DUCANGE, ad verb. Parliamentuin.— VOLTAIRE, Hist. du parlement.— M. MICHELET, Préris. d'Hist. de France, pag. 162, 465. )
. l'Apulie, que la munificeuce du pape lui avait conférée pour le compte de son fils Edmond. Jean Munsel révint donc sans rapporter autre chose que des détails certains sur le désastre de l’armée papale.
A la même époque, l'archevêque de Cantorbéry Boniface, s étant adjoint l’élu à Lyon Philippe, Pierre de Savoie, et une troupe d'hommes d'armes non pelite, partit pour les pays d'Italie afin de prendre d’assaut la ville de Turin, dans laquelle Thomas de Savoie, jadis comte de Flandre, leur frère, était retenu captif et enchaîné. En effet, ce même Thomas s était montré cruel et nuisible pour ses sujets, et les avait traités autrement qu'il ne convenait et au mépris de leurs coutumes. C’est pourquoi les citoyens de Turin, d’Asti et d’autres villes liguées avec eux, ne voulant pas supporter plus longtemps ses violences outrageantes, lui résistèrent en face, maigré l’illustra-
lon de sa naissance dans laquelle il se fiait plus qu'il n’était juste pour se déchaîner tyranniquement contre des innocents. Aussi ils le jetèrent enchaîné dans une prison, comme nous l'avons dit plus baut. Les Savoyards accoururent donc comme une tempête rapide pour le délivrer; mais les ciloyens leur résistèrent puissamment. Cependant une nombreuse multitude étant survenue, força les citoyens à faire retraite et à se retirer dans leur ville, qui fut assiégée vigoureusement *. Or, Pierre abondaït en trésors qui
* Voy., sur la guerre de Piémont et le siége de Turin, GUICHENON, His. yénéaloy. de la maison de Savoie, tom. 1, pag. 305.
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lui avaient été prêtés libéralement par le comte Richard, moyennant l'interposition d’un gage. De plus, l'archevêque de Cantorbéry et l'élu à Lyon s'étaient enrichis par le trésor sacré des nobles églises qu'ils gouvernaient, et distribuaient à leur nombreuse armée de riches soldes qui tombaient comme pluie. D'ailleurs le seigneur roi d'Angleterre, et surtout la reine, qui se trouvait surtout dans cette obligation, leur firent passer en affluence des esterlings désirables. Quant au seigneur pape, pour paraître l'ami efficace du seigneur roi et de la reine d'Angleterre, et pour fournir une aide qui ne fût pas tout à fait vaine, il leur envoya non point de l'or et de l'argent, mais une lettre conçue en termes élégants et destinée à les reconforter. On pourra la trouver au livre des Addilamenta *. |
Vers le même temps, le seigneur roi appela à son conseil familier frère Jean de Darlington (?), qui faisait partie de l’ordre des Prêcheurs, et qui l'emportait par l'excellence de son érudition et de ses conseils. En effet, le roi était dans la nécessité de trouver. de sages couseils et des consolations spirituelles. Car, instruit du désastre qui avait frappé le pape et son armée, et qui était une cause de ruine pour le royaume, il était plongé dans une consternation proonde. | | À Pâques, le seigneur rot d'Angleterre ceignit le baudrier militaire au roi de l'île de Man, et lui con-
1 Cette lettre se trouve dans le texte à la page 20:5 de ce volume.
féra dans son noviciat des bienfaits et des honneurs. Or, ce roi de l’île de Man s'appelait Magnus.
Cette même année, Guillaume de Hollande que le seigneur pape avait créé et élevé si haut, qu'il avait déjà obtenu le royaume d'Allemagne, et avait trouvé un grand sujet et une occasion pour arriver à l'empire romain ‘, après avoir dépensé abondamment les trésors. dû pape pour mener à bien cette entreprise. se mit à attaquer à main armée, sur un léger prétexte, les Frisons, peuple rude, grossier et indompté. Ces Frisons, qui habitaient un pays du septentrion, savalent livrer des batailles furieuses sur mer et se battre avec férocité sur la glace. C’est du pays froid occupé-par les Frisons et par les Sauromates, leurs voisins, que Juvénal a dit :
‘Il peut dés lors s'enfuir au dela des Sauromates et de l'Océan glacial. :
C'était alors le temps des plus grandes rigueurs de l'hiver : car on était à la Purification de la bienheureuse Marie. Aussi les Frisons ayant dressé des em-.
* Guillaume se préparait à se rendre à Rome pour y recevoir la couronne impériale, quand il périt misérablement à viogt-huit ans. La mort de Conrad lui.avait railié tous les esprits, et peut-être ses grandes qualitée auraient-elles préservé l'Allemagne de l'anarchie qui suivit sa mort. C'était sous ses auspices que, l’année précédente (4255), avait été conclue la confédération du Rhin, restreinte d’abord à Mayence, Cologne, Worms, Spire, Strasbourg et Bâle, et qui acquit rapidement une grande impor- "tance commerciale. (.Voy. LEIBNITZ, Cod. jur. gent., pars 11. ) La mort de Guillaume commença ce qu’on est convenu d’appeler le grand iuterrègne, terme que Koch repousse avec raison comme inexact et mal fonde.
buscades tant sur la meret dans les roseaux, que sur la terre qui, en ce pays, est marécageuse, se mirent hostilement à la poursuite dudit Guillaume avec des dards qu’ils appellent vulgairement gaveloces, et dont ils connaissent parfaitement le maniement et l'usage, brandissant des haches danoises et de courtes piques", et couverts de cottes de lin et d’armures légères. Quand ils furent arrivés à un certain marais, ils rencontrérent Guillaume, armé de toutes pièces et le casque en tête, qui montait son grand cheval de bataille tout bardé de fer. Mais les glaçons, qui avaient pourtant l'épaisseur d’un demi-pied, s'étant brisés, le cheval enfonça jusqu'au ventre et resta plongé dans la boue de ce marais profond. Le cavalier irrité, ayant ensanglanté ses éperons aigus en lui fouillant le ventre jusqu'aux entrailles, Le noble animal, bràlant d'ardeur , essaya de se relever, mais, brisé et écrasé [par le poids du fer], et s'enfonçant de plus en plus dans la vase, il ne put y parvenir, et en se débattant, il jeta son cavalier sur des fragments de glaçons glissants et pointus qui l’écrasèrent. Comme 1] n'y avait personne pour dégager Guillaume, parce que tous ses compagnons d'armes avaient pris la fuite pour éviter d’être engloulis comme lui, les Frisons accoururent en foule, et percèrent immiséricordieusement de toutes parts à coups de javelots le corps de
* Gesu, arme à hampe de fer recourbé, connue des Grecs et des Romains et commuue aux peuples barbares. Il y avait une tribu gauloise désignée sous le nom de Gésates. Celte arme a une grande analogie avec la framée,
Guillaume, que l'humidité et le froid avaient déjà roidi, et qui demandait miséricorde. En effet, il offrait pour rançon à ses meurtriers une somme d’argent considérable, afin qu'ils l'épargnassent et lui permissent de s'échapper vivant ; mais ces hommes inhumains le coupèrent par morceaux sans pitié". C'est ainsi que cette fleur de chevalerie, Guillaume, roi d'Allemagne et comte de Hollande, créature et nourrisson du pape, fut précipité, comme il touchait déjà presque à l'empire, du faîte d’une si haute digoité dans un abîme de confusion, et cela au gré de ses ennemis. Or, mourir au gré de ses ennemis, c’est mourir deux fois, à ce que dit un philosophe. Quand cette nouvelle eut été rapportée au seigneur pape, il s affliges d'avoir jeté dans un gouffre de Charybde tant de trésors levés de toutes parts et arrachés par tous les moyens.
Cette mêmeannée, mourut Élise, comtesse de Wareune, sœur ulérine du seigneur roi, dans la fleur de la jeunesse et de la prospérité, à la très-grande douleur du roi et de son mari, le comte de Warenue Jean, qui était encore dans l'adolescence.
GuiLLAUME DE HORTUNE ET GUILLAUME DE SAINT- EDOUARD, MOINES DE SAINT-ALBANT, SONT ENVOYÉS A
LD
Cependant les Frisons semblèrent rougir de leur victoire. 1ls enterrérent Guillaume avecde grands honneurs dans un ancien tombeau, dont la tradition attribuait la construction aux Romains. Ce prince laissa un
fils nomme Florent, qui succéda à son oncle dans le comté de Holande. |
Rome. — LETTRES DU PAPE À L'ABBÉ DE SAINT-ALBANS. — LES JUIFS PRISONNIERS SONT MIS EN LIBERTÉ. — As- SEMBLÉE DES ÉVÊQUES D'ANGLETERRE 4 LONDRES. — Vers le même temps, comme un certain clerc transalpin se. disposait à causer des maux et des dommages à l'église du bienheureux Albans, un des frères de cette même église fut envoyé à la cour romaine pour y obtenir ce que de droit contre le susdit clerc qu'on appelait Jean de Camezana. Aussi le susdit frère, à savoir Guillaume de Hortune, cellerier de la susdite église, ayant pris avec lui maître Guillaume de Saint- Édouard, se mit en route le dimanche des Rameaux pour aller au delà des Alpes. Il était porteur d’une lettre très-élépante du seigneur roi adressée tant au seigneur pape qu'aux cardinaux, et qui intercédait en sa faveur. Comme celte lettre était conçue et composée d’après les meilleurs principes de rhétorique, ce Jean, comme un chicanier qu'il était, accusa cette leitre de fausseté, assurant qu'un intercesseur si haut placé n'avait jamais intercédé si spécialement et si familièrement, et encore par lettre, pour un simple moine, auprès du seigneur pape et d'autres personuages graves et authentiques. Mais plus tard, cette imputation artificieuse fut reconnue inexacle par le témoignage même du roi. Si quelqu'un désire prendre connaissance de cette lettre, il pourra la trouver au livre des Additamenta *. | oo
Ce même jour arrivèrent des letires adressées par
* Foy. l'addition XXXVII à la fin du volume.
le seigneur pape à l'abbé et au couvent de la susdite église, c'est-à-dire de Saint-Albans, qui leur enjoignaient de payer dans uu mois, à certains marchands, cinq cents marcs dont ils étaient tenus envers les mêmes marchands. S'ils dépassaient ce terme, ils devaient savoir qu'ils seraient dès lors suspendus. Cette clause était insérée dans la teneur des lettres, sans que cependant le couvent eût connaissance d'avoir contracté une dette envers personne. Ou en agit de semblable façon avec plusieurs autres communautés, de telle manière qu'elles fussent forcées de subir le joug des marchands usuriers. Et pour extorquer plus facilement de l'argent, les exacteurs disaient que toutes ces sommes étaient demandées dans l'intérêt du seigneur roi, prêt à entreprendre son pèlerinage.
| Cette même année, aux ides de mai, trente-cinq!
" Matt. Péris a commencé par dire qu'il y a eu quatre-vingt-on1e juifs arrétés et enfermés à Ja tour de Londres vers la fin de juin 4255, que dix-huit ont été pendus le 25 novembre suivant, et qu'il en reste plus : de vingt-trois réservés au même sort. Plus loin, à l’année 4256, nous voyons que le nombre de ces malheureux destinés au dernier supplice s'élevait à soixante-onze ( LX et XI ), mais qu'ils furent mis en liberté par l’intercession des Franciscains. Enfin, il ne s’agit plus ici que de trente-cinq juifs (XXIIII et XI) délivrés au commencement de mai 1256. Cette différence et cette variation dans les chiffres sont difficiles à expliquer. Toutefois, en considérant combien d’erreurs se sont glissées dans la transcription des chiffres romains fournis par les manuscrits, nous ne craindrons pas de proposer la rectification suivante. Si dix-huit juifs sur quatre-vingt-onze ont été pendus, il en reste en prison soixante-treize ( LX et XIII au lieu de XI ); vingt-quatre destinés au même sort (et il est permis d’en compter vingt-quatre, puisque Matt. Päris dit plus de vingt-trois ) doivent leur liberté à l'intercession des Franciscains ; enfin, les quarante-neuf restant sortent de prison-un peu plus tard, et nous li-
juifs qui étaient détenus et enchaînés dans la tour de Londres coinme accusés d’avoir participé au crucifiement de saint Hugues, enfant de Lincoln, furent relôchés et déclarés libres de toute poursuite. Ces juifs, dis-je, avaient été trouvés coupables dans l’enquête par serment * faite sur l’assertion du juif qui avait été d’abord pendu à Lincoln.
Les évêques d'Angleterre, tourmentés par diverses angoisses, se rassemblèrent à Londres dans la quinzaine de Pâques pour répondre formellement à Rustand au sujet de l’exaction demandée. D'abord divisés et désunis par la discorde, ils étaient sur le point de se retirer ; mais ensuite, animés par les barons, ils se décidèrent à résister au seigneur roi, et à ne
contribuer en rien sur leurs baronnies. |
RuSTAND CONVOQUE À READING LES ABBÉS DE CÎTEAUX. —[L'ABBÉ DE WVAREDON EST FORCÉ D'IMPLORER LA MERCI DU ROI D'ANGLETERRE. — LETTRE DU PAPE EN FAYEUR DE
sons ici, en croisant les unités, XXXX au lieu de XXIIII et IX au lieu de XI. |
* Jurata, jurea, jurée, enquéte juridique. Nous pensons, d’après le sens de la phrase, quecemot a ici un sens particulier et signifie leserment prété par les juifs, super rotulum legis (mosaicæ). Carpentier rapporte la. formule ordinaire de ce serment. « Forma sacramenti fiendi per judæos contra christianos, dùm ipsi judæi tenent rotulum in collo : « Juras per quinquelibros legis et per nomen sanctumet gloriosum Heye asset, Heye Hue Heye; et per nomen honorificum Hiya Ylya, Yhia ( corruption de Jehovah?}), et per nomen magnum et fortem tam admirabile, quod erat scriptum super frontem Aaron. Dic juro.» Au milieu du quinzième siècle, en Dauphiné, la formule portait des noms d’une physionomié moins étrange : Per Sema, Israel, Adonai, Elloemi, Adonai et Eal. (Sic.) .
L'ORDRE DE CÎTEAUX. — INTERDICTION DE L'ACCÈS DES PORTS. — ‘T'OURNOI CÉLÉBRÉ A BLITHE. — LETTRES DÉ- PRÉCATOIRES DU PAPE POUR L'ORDRE DE CTEAUX. - L’EN- GAGEMENT PÉCUNIAIRE CONTRACTÉ AU NOM DES PRÉLATS EST MODIFIÉ. — GRAND ATTIÉDISSEMENT DE LA DÉVOTION QU'ON PORTAIT AU PAPE. — Vers le même temps, maître Rustand convoqua tous les abbés de l'ordre de Citeaux en Angleterre, en vertu de l'autorité apostolique, comparaître devantlui le quatrième dimanche après Pâques, pour qu'il leur donnât connaissance d'un mandat du seigneur pape.Quandils furent réunis au lieu‘ et au jour fixés dans la sommation, Rustand commença par un prologue assez prolixe, puis leur demanda, pour le compte du pape et pour le compte du roi, une aide pécuniaire non petite, c’est-à-dire toute la somme à laquelle s'élève le prix de leurs laines, ou même plus. Or, le monde sait que tous leurs moyens de subsistance et de vie commode cousistent dans leurs laines. En entendant cela, les abbés, après avoir tenu conseil en commun, répondirent tous, unanimement et fortement, qu'il ne leur était pas permis de donner une réponse précise sur une demande de telle nature et si considérable, sans avoir requis l’assentiment et le conseil de l’abbé et du chapitre de Citeaux, dontilsétaient les membres et les fils; puis, malgré la grande colère de maitre Rustaud, ils retournèrent dans leurs monastères. Maître Rustand, semblable à un enfant blessé qui a
* L’indication marginale donne à Reading. -
coutume de se réfugier en pleurant dans le sein de sa mère, se hâta d’aller trouver le roi au plus tôt, lui raconta ce qui s'était passé, et se plaignit de ce que les abbés de l’ordre de Cîteaux avaient répondu iout d’une voix, dans un esprit de rébellion et d’orgueil, qu'ils ne l’aideraient en aucune façon dans ses nécessités. Aussi, le roi jura avec colère qu'il les perséeuterait chacun en particulier, puisqu'il n'avait pu les amener tous ensemble à consentir. Comme les abbés disaient qu'il était plus convenable au roi
de leur demander des prières que de l'argent, iljura
quil voulait en même temps avoir d'eux des prières et un secours d'argent. Or, l'abbé de Bildewas, de l’ordre de Cîteaux, se trouvait alors par hasard à la cour : le roi le fit venir, et lui dit d’un ton de reproche : « Que veut dire cela, abbé? Tu m'as refusé « aide pécuniaire quand j'en ai besoin, et que je la « demande humblement; ne suis-je pas votre pa- « tron? » Alors l'abbé : « Plüt à Dieu que vous fussiez notre patron, notre père et notre défenseur. t Toutefois, il n'est pas convenable que vous nous causiez dommage en nous extorquant de l'argent, ‘tandis que vous devriez plutôt nous demander « avec dévotion les suffrages. de nos prières, et suivre « salutairement en ‘cela l’exemple du pieux roi de
ns
nd
mn
« France. — Je veux les deux choses, reprit le roi,
« l'argent et les prières. — Je ne crois pas que cela « puisse se faire, dit l'abbé; il fautvous passer de l’une « ou de l'autre ; car si vous nous extorquez violem- « ment notre pauvre subsistance, comment pour-
« rons-nous prier pour vous dévotement et avec des « cœurs sincères? En effet, les prières sans dévotion « n'auraient que peu ou point de succès. » Mais le roi, quoique l'abbé lui eût répondu d'une manière fort sage, n’en prépara pas moins en silence des embüches à {ous les abbés Cisterciens.
Or, il y avait à cette époque un riche chevalier, nommé Guillaume de Beauchamp, dont l'épouse, qui s'appelait Idame, était noble de naissance, mais avait des mœurs basses et indignes. Elle était la persécutrice infatigable des religieux et des religieuses du voisinage. Ayant donc trouvé dans la colère du roi une occasion favorable de nuire à l'abbé de Waredon', elle macliina, avec. la ruse des femmes, un moyen de lui nuire, et intenta audit abbé un
grave procès dans la cour du roi, sachant bien que le roi, justement ou injustement, donnerait tortà l'abbé, parce qu'il était irrité. En effet, l’abbé étant tombé dans la merci du roi sous un prétexte frivole ou plutôt nul, et se trouvant dans la nécessité d’implorer humblement la merci du roi lui-même, parce que le roi lui avait fermé toute autre voie, le rot lui répondit, en le regardant de travers et en jurant d’une manière horrible : « De quel front, abbé, des « mandes-tu miséricorde ? toi qui récemment, avec « les abbés tes confrères, m'as refusé miséricorde « quand j'avais besoin de ton soutien? » Et le roi
1 Le lexte dit Wareü, qui n'est probablement qu’une abréviation. { Voy. la page 374 du septième volume.) LATE | 45
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l’'endominagea en lui faisant verser beaucoup d'argent, au gré et selon la volonté de ses persécuteurs. Semblablement aussi, l'abbé de Rufore, de l’ordre de
Citeaux, fut forcé, quoique injustement, à payer une
très-forte somme, sous prétexte d’une cause qui n’en ‘était pas une, mais qui en servit, et qui avait été intentée et suscitée par deux de ces vils personnages, que l’on appelle garçons. Semblablement, les autres abbés de l’ordre de Citeaux étaient obligés de subir des dommages et des injustices multipliées.
Des hommes discrets, de l’ordre de Citeaux, furent donc envoyés en cour romaine, pour obtenir un remède contre celte vexation. De son côté, le roi fit partir contre eux, et pour lui, le seigneur Guillaume Boncoque, chevalier, homme habile dans le droit, qui se reudait à la cour romaine pour cela et pour d'autres affaires. Or, voici l’impétration des Cisterciens : « Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils les abbés et les couvents de l’ordre de Citeaux, établis dans le royaume d'Angleterre, et dans les lieux qui sont sous la domination du même royaume, salut et bénédiction apostolique. Plus votre ordre s’est élevé, par la grâce divine, à un haut degré de religion éclatante, et plus il a donné de sublimité à l'établissement de sa règle etde sa sainte association, plus aussi le saint-siége apostolique, comme un père pieux, l’atoujoursaugmenté davantage par des accroissements continuels, et l’a fortifié par des faveurs spirituelles. Aussi nous, qui avons voué au même ordre l’affectiou d'une charité
mes one
intime, considérant que les monastères du même ordre, dans le royaume de France, ont été exceptés de la prestation du dixième des provenances ecclésiastiques, accordé par le pape Innocent, d’heureuse mémoire, notre prédécesseur, à notre cher fils en Jésus-Christ l’illustre roi de France, pour le secours de la Terre-Sainte, parce que le même roi faisait plus de cas du suffrage des‘pieuses prières du même ordre que des subsides temporels, voulant aussi pourvoir à votre repos autant que nous le pouvons avec Dieu, et vous faire une grâce spéciale, vous octroyons, en vertu de l'autorité des présentes, de n'être pas tenus de payer à notre cher fils en Jésus-Christ l’illustre roi d'Angleterre, ou à tout autre, le dixième de vos revenus et de vos provenances, et de ne pouvoir étre forcés au paiement de ce dixième, à raison de la concession faite audit roi par le saint-siége apostolique, des dixièmes des provenances ecclésiastiques de son royaume et des lieux soumis à sa domination, - contribution qu'il doit toucher depuis ce temps, pour le secours de la Terre-Sainte dans la forme déterminée ; décidons de plus que vous êtes entièrement libres et exempts néaumoins de la prestation de ces ” dixièmes et de tout genre d’exactions quelles qu'elles soient, ou de toute obligation sur vos biens, à l’occasion de cette contribution ; révoquons toutes indulgences et lettres accordées à cet égard par le même saint-siége, et toute instance commencée qui pourrait être à votre détriment ou au détriment de. vos monastères ; statuons enfin que les indulgences et
lettres qui seratent accordées par la suite, quelle que soit leur teneur, n’obtiendront aucune force contre vous et vos monastères, à moins qu'elles ne fassent mot pour mot pleine et spéciale mention de la présente. Qu'il ne soit donc permis absolument à aucun homme d’enfreindre cet écrit, qui contient notre décision et notre révocation, ou d'y contrevenir par une audace téméraire. Si quelqu'un se permet d’attenter pareille chose, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout - puissant, et des bienheureux apôtres Pierre et Paul. Donné à Naples le 8 avant les calendes de juin, l'an premier de notre pontificat. »
Vers la fête de saint Dunstan‘, le roi, on ne sait par quel motif, interdit l'accès des ports, afin qu'aucun prélat, chevalier, ou clere,. ne passât Ja mer. Cependant l’évèque de Bath et l'évêque de Rochester venaient de traverser le détroit.
Vers le temps de la Pentecôte, un tournoi général eut lieu sans empêchement à Blithe [?], selon la loi et la discipline de chevalerie. Edouard, fils aîné du seigneur roi, y assisla en cottes de lin eten armures légères, pour y être instruit dans les
1 Dunstan avait en Angleterre au moyen âge une grande réputation fondée surtout sur la tradition mal comprise d'Éthelgive. ( Foy. LIN- GARD; ton. I°r, note.) Au reste, cet abbé de Glastonbury, exilé par Fdwy et rappelé en 959 par Edgar le Pacifique, qui lui donna l'archevéché de Cantorbéry, eut la gloire d’étre le précurseur de Grégoire VII et de réformer le clergé saïon, dont Matt. Päris parle avec tant de dédain au commencement de son histoire. ( Poy. M. GATLLARDIN, Hist. du moyen äge, chap. XI1, pag. 182 et suiv. et note. }
lois de chevalerre. Beaucoup de seigneurs, en cherchant à y acquérir los et renommée militaire, furent renversés, bâtonnés, écrasés et foulés aux pieds. Parmi eux se trouva Guillaume Longue-Épée, qui ne s’en rétablit jamais complétement.
Le pape envoya de plus, vers le même temps, au roi, des lettres déprécatoires pour l'ordre de Citeaux. En outre, le cardinal Blanc écrivit très-dévotement au roi en faveur de l’ordre de Cîteaux, le suppliant, au nom de Dieu, de ne pas tourmenter un si saint ordre par de semblables exigences. C'est ainsi que les Cisterciens respirèrent pour le moment, et jouirent d’une paix telle quelle. |
Cependant ceux qui avaient été envoyés à la cour romaine, au nom de l'universalité des prélats, oblinrent la modification suivante et quelque adoucissement à une rigueur intolérable : « Alexandre, etc., aux prélats, etc. Le secours ‘ de notre provision doit pourvoir à ce que vous n’éprouviez que le moins de dommage possible là où vous n'avez obtenu aucun avantage. Aussi, comme notre vénérable frère l'évèque d'Héreford, d’après notre permission à lui octroyée par nos lettres, a emprunté à nos fils spéciaux, Olivier Rosa * et ses associés, citoyens et marchands de Florence, cinq cents marcs sterlings pour les affaires de notre très-cher fils en Jésus-Christ lillustre roi d'Angleterre, quoiqu'il soit contenu ex-
: Auxilio. Nous lisons el traduisons auxilium.
© La variante donne Airmero Cosa. En général les noms de tous les banquiers ilalieps sont défigurés par Matt. Pâris au par ses copistes.
pressément dans les lettres et dans la reconnaissance authentique rédigée au sujet de cet emprunt que ce n'est point pour vos affaires ou pour celles de vos monastères qu'a été emprunté cet argent, à cause duquel le même évêque a obligé, envers les susdits marchands, vous et ledit couvent ainsi que les biens du monastère ; nous qui voulons pourvoir de telle sorte en celte affaire que vous ou ledit monastère vous n’encouriez à cet égard aucune lésion, nous vous accordons, par l'autorité des présentes, dans le cas où le même roi viendrait à cesser dans Île ‘paiement du susdit argent et où vous seriez obligés de satisfaire pour cet argent aux marchands plus haut dits, la faculté de retenir librement le dixième de vos provenances ecclésiastiques octroyé audit roi par le saint-siége apostolique pour le subside de la Terre-Sainte, jusqu’à concurrence du susdit argent que vous paierez alors aux mêmes marchands, ainsi que des dommages et dépenses que vous encourrez peut-être en cette affaire, nonobstant toute lettre obtenue ou même à obtenir du saint-siége qui soit relative à la levée du dixième susdit, en quelques termes qu’elle soit conçue, à quelques juges ou collecteurs qu'elle soit adressée. De plus, si quelques sentences d'excommunication, de suspension ou d'interdit étaient promulguées contre vous ou quelqu'un de vous, par qui que ce soit, à l'occasion de la retenue du susdit dixième, nous les déclarons nulles par l'autorité des présentes, et décidons que vous neserez pas tenus à les observer. »
À la même époque s’attiédit beaucoup la dévotion que l'on avait coutume de porter au pape, notre père, et à l'église romaine, notre mère. On sait en effet qu'au commencement de sa création il avait demandé aux fidèles les suffrages de leurs prières. Or, la plupart pensaient que c'était là un acte d’hypocrisie pour pallier ses attachements séculiers, se trompant sans doute dans leurs soupçons, puisque le saint nous avertit en disant : « Quand vous aurez comtnencé quelque chose de bien, demandez à Dieu instamment qu'il l'achève lui-même. » Mais comme des œuvres contraires suivent cet acte de
dévotion, des: paroles incongrues circulent sur lui. Aussi l'espérance qu’on avait conçue d'abord de la sainteté du pape s est évanouie comme un souffle. Toutefois on avait glissé en vérité aux oreilles de plusieurs que l'on trompait le pape, et que des fraudes étaient commises en foule par ceux qui abusaient de la bulle. Mais cette raison, si c’en est une, n'exeuse point le pape.
Faits DIVERS. — Paix ENTRE LES FRANÇAIS, LES AL- LEMANDS ET LES FLAMANDS. — (GRANDE TEMPÊTE. — STATUT DÉCRÉTÉ A SAINT-ALBANS EN MÉMOIRE DU ROI OFFA. — ATTACHEMENT- DU ROI OFFA POUR LE MONASTÈRE DE SAINT-ALBANS. — TROUBLES À ROME , AU SUJET DE LA CAPTIVITÉ DE BRANCALÉON. — COMBAT QUI À LIEU A LA FOIRE DE Saint-Boruzrx. — Vers le même temps, les chanoines de Salisbury élurent pour évêque et pour pasteur de leurs ânes, maître Gilles de Brideles-
ford. Ayant été présenté au roi, comine on ne. pouvait trouver en lui le plus léter sujet de NRA tion, il fut admis.
De plus, maître Raoul de Norwich, homme libéral et enjoué, mais qui dès ses premières aunées ‘avait plutôt fait son éducation à la cour du roi qu’à l’école des arts libéraux, fut élu archevêque de Dublin. Toutefois, comme cette élection rencontra plusieurs contradicteurs, sa confirmation fut différée. En effet, les électeurs étaient réprimandés pour avoir choisi un homme complétement séculier et qui siégeait encore dans la clientèle et sous la garde du roi, comme tonloier d'Irlande. Par ainsi la cassation était imminente. |
Le seigneur abbé de Westminster , maitre Rustand et l'élu à Salisbury passèrent # mer pour les affaires du seigneur roi et par la volonté du même
. On ignorait ce qui motivait ce départ, et les causes, plût à Dieu qu'elles fussent bonnes, en restaient secrètes. Pour extirper les racines renaissantes et multipliées des discordes séculières, les évêques de Bath et de Rochester passèrent aussi les Alpes secrètement et en toute hâte. Or l'abbé et ses compagnons se mirent en route à l'entrée du mois de juin.
Cette mème 0 fut rendu un édit royal,:et il fut enjoint et cine par tout le royaume d’Angleterre, que quiconque posséderait quinse livrées de terre et au-dessus, serait considéré comme aspirant et recevrait l’armure de chevalier, afin que
| ANNÉE 4256. 201 l'Angleterre, ainsi que l'Italie ‘, fût fortifiée en chevalerie. Ceux qui ne voudraient pas ou qui ne pourraient pas soutenir honorablement leur état de chevalier devaient se racheter à prix d'argent.
La paix, mais une paix suspecte, fut rétablie entre les Français, les Allemands et les Flamands. En effet, des deux côtés il y avait eu tant de pertes et de dommages éprouvés, que la cendre agglomérée ne pouvait encore se refroidir complétement sans laisser échapper quelques étincelles de colère. Or les peuples susdits furent pacifiés le jour de la fête de saint Cyriaque et de sa mère ”.
Le troisième jour suivant, une tempête épouvantable de vent pluvial ou de pluie venteuse, accompagnée de la grêle, du tonnerre, des éclairs et de la foudre, effraya les esprits des mortels et causa, en troublant les airs, des dommages irréparables. En effet on pouvait voir les roues des moulins arrachées de leurs axes, transportées à de grandes distances par la violence des eaux, et brisant dans leur choc les maisons voisines. Ce que l’eau avait fait pour les moulins à eau, le vent ne s'abstint pas de le faire pour les moulins qui sont mus par le vent. Les piles
* Il est assez difficile de se rendre compte de ce rapprochement singulier : nous pensons toutefois que c’est une allusion à l'expédition que Henri 111 avait dessein de faire dans le midi de l'Italie pour y soutenir les prétendus droits de son fils Edmond. Quoi qu’il en soit, cette ordonnance nous semble indiquer parfaitement l’affaiblissement de l'esprit de chevalerie. | Le
+ Die sanctorum Cirici et matris ejus. La variante ajoute [ulitæ, Juliette. Cette fête dans le nouveau martyrologe est plaeée au 46 mars. Nous pensons que cette Juliette est celle que les Grecs appelaient sainte Zoë, ( Voy. TILLET, ist. des Emp., tom. 1, p. 523.)
des ponts, les monceaux de foin, les clones des pècheurs avec leurs filets et leurs avirons, bien plus, les enfants eux-mêmes étaient emportés tout à coup, en sorte que le déluge de Deucalion paraissait renouvelé. Pour nous taire sur les autres désastres, Bedford, qui est baigné par le fleuve qu'on appelle l'Ouse , encourut des dommages inappréciables, comme cette ville en avait déjà éprouvé peu d’années auparavant. En effet, dans un seul lieu six maisons , bâties à la file sur les bords du fleuve, furent entraînées par la rapidité du courant, et ceux qui les habitaient eurent grand'peine à se sauver. Les autres lieux voisins du fleuve eurent à redouter de semblables périls.
Cette même année, le jour de la déeollaiion du bienheureux Albans, premier martyr. d'Angleterre, jour auquel tous les prieurs des monastères dépendants de la communauté de Saint-Albans ont coutume dese rassembler à Saint-Albans, il fut. sta— tué dans le chapitre de ladite abbaye, en présence . de l’abbé, du couvent et de tous les prieurs susdits, d’un consentement unanime, qu'après l'achèvement de chaque heure canonique dans le chœur, qu'après les grâces du dîner, qu'après les prières finies et les psaumes familiers, on répéterait publiquement et d’une seule voix, aussi bien dans l'infirmerie que dans la chambre de l'abbé : « Que l'âme du roi Offa repose en paix, » et que cela serait observé continuellement et inviolablement à l'avenir. Or on n'a point souvenance que jamais auparavant cetle commémoration eût été faite : ce que rien ab-
solument ne peut excuser. Mais pour que le couvent ne pôt être accusé plus longtemps d’une si noire ingratitude, on prit alors, quoiqu'un peu tard, cette décision salutaire. En effet, ce magnifique roi, qui était roi de Mercie ‘, avait été le fondateur généreux de Ja susdite communauté et le restaura- ” teur très-pieux de la religion. Or ledit roi Offa, quoique très-humble et très-religieux, était tout-puissant dans la guerre et très-vaillant dans les armes. De même que Charlemagne de France, qui était le contemporain et le grand ami du roi Offa, et qui soumit tous les rebelles à sa puissance, le magnanime Offa vainquit tous les petits rois qui jadis se déchaînaient
« Au temps des Anglo-Saxons, le pays compris entre l’'Humber et Îa Tamise était appelé Merk, à cause de la nature du sol marécageux et humide, peut-étre aussi à cause du voisinage des Bretons libres ( Marck, Marche). Uffa, ayant franchi la Saverne, « couetruisit un long rempart et une tranchée (en cambrien claudh-Offa, en anglais Offa’s dike ) qui s'étendit du sud au nord depuis le cours de la Wye jusqu'aux vallons où coule la Dée, Là fut établie pour toujours la frontière des deux races d'hommes qui, avec des partages inégaux, habitaient conjointement tout le sud de la vieille île de Prydain. depuis la Tweed jusqu’au cap de . Cornouailles. » (M. AUG. THIERRY, liv. 3, pag. 97.) — Vainqueur du Wessex, du royaume de Kent, des rois bretons de Powis, Offa put s’intituler roi de Mercie et de toutes les nations d’alentour, et faire souner les trompettes devant lui dans tous les lieux où il passait, Mais Charlemagne, qui méprisait les Anglo-Saxons, n’accorda à Offa qu'une froide protection, et refusa méme de donner sa fille au fils du roi de Mercie. Offa, qui avait recu dans ses états deux légats du pape Adrien, fonda, Saint-Albans au retour d’un voyage à Rome en 794. Après lui la supréimatie allait passer au Wessex sous Eghert, le protégé de Charlemagne. L'empereur, en remettant son épée à Egbert, lui dit : « Elle a vaincu mes ennemis, elle vaincra les liens. » { Foy. LiNGARD, tom. 1, et parcuisson pour les rapports d'Offa avec Charlemagne, MATT. PARIS, Vie d'Offa. )
en Angleterre, et les chassa irrévocablement d'Angleterre; en sorte que le même roi posséda seul presque toute la monarchie du pays anglais; car il avait acquis puissamment et gouvernait: vingt-deux provinces que Îles Anglais appellent shires. Je ne regarde pas comme étranger à notre sujet de les insérer dans ce passage, afin que l'étendue de sa domipation fasse apprécier plus pleinement sa magnificence et sa sainteté dans la sainte construction de ce noble monastère. |
Provinces que gouvernail le roi Offa.
Héreford et Worcester. . . . J. Die Glocester ét Warwick. . . . . DIE. IV.
Chester et Stafford. . . . .. V. VI.
Shrewsbury et Derby. . . . . VIE. VIH.
Leicester et Lincoln. . . . . IX. X.
* Northampton et Exeter. . .. XI. XIE.
Bukingham et Bedford. . . . XIII. XIV.
Huntingdon et Cambridge. . . XV. XVE:
Hartford et Essex. . . . . . . XVII. XVII.
Middlesex et Norfolck. . . . . XIX. XX.
Nottingham ‘ et Rutland. . . . XXI. XXII.
‘ Nous avons dû modifier cette énumération en deux endroits : nous avons lu d’abord Hertfordensi et Essexriæ au lieu de Hertfordensi in Essexia qui est inadmissible de toutes façons; en second lien, le texte porte :
Suthamptoniæ et Rotholandiæ. . . . . XXI XXI."
Vel Snotinghamiæ. . . . ,.. . XXL Snotinghamiæ est évidemment la séûle et bonne leçon, et Suthampto- .niæ doit disparaître, aussi bien que le chiffre XXIIT. Car Matt. Päris ne parle que de vingt-deux shires, et d’ailleurs on ne peut joindre au Rut-
De plus ledit roi Offa, autant que le fit jamais aueun roi, établit la liberté au temporel du monastère de Saint-Albans qu'il avait magnifiquement fondé. Pour le rendre aussi libre au spirituel, il se rendit en personne à Rome, où il institua une école pour les Anglais, et répandit en passant beaucoup de bienfaits. C’est donc à juste titre que l’on octroie à sa mémoire immorlelle ce bienfait spirituel, de prononcer désormais à perpétuité, dans le couvent et ailleurs, comme nous l'avons dit, une formule d’absolution pour l'âme du même roi, répétée chaque jour, à la fin de chaque heure as et après les grâces du diner.
Vers le même temps, le sénateur des Romains Brancaléon ayant été pris et incarcéré à cause de la rigueur avec laquelle il observait inviolablement la: justice { car il faisait pendre, mutiler et punir de toutes manières ceux qui étaient convaincus d’homicide, de vol et d'autres crimes), une sédition s’éleva dans Rome, entre les nobles de la ville et le peuple. L'épouse dudit sénateur, que l'on appelle sénatrice, s'étant enfuie secrètement et rapidement à Bologne, où étaient retenus trente otages environ des plus nobles jeunes gens de Rome; lesquels répondaient du sénateur Brancaléon, racouta aux citoyens de Bologne ce qui s'était passé. Aussi les Bolonais resserrèrent plus étroitement la captivité des otages. Mais quelques cardinaux natifs de Rome même, et qui tiraient leur origine des nobles familles [ qui
land le Hampshire qui, outre son éloignement, n’a jme fait partie des possessions d'Offa. :