‹ Grande chronique de Matthieu Paris, traduite en françaisChapitre 9 sur 23 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

avaient fourni les otages ], exaspérèrent le seigneur pape contre les Bolonais, et ainsi la perturbation fut augmentée. |

Cetie même année, à Saint-Botulph, à l'époque | de la foire, une dispute s’éleva entre les hommes de Pierre de Savoie et ceux de-Robert de Tateshale : cette dispute dégénéra en querelle, et cette querelle en bataille sanglante. En effet, Pierre et Robert touchent et partagent quelques émoluments provenant de cette foire. Comme le nombre des combattants : armés s'accroissait énormément, et qu’un grand carnage était imminent, les hommes du comte Richard apaisèrent prudemment le tumulte commencé. En effet, Pierre, au moment de quitter l'Angleterre, avait, à force de prières et de présents multipliés, constitué ledit comte défenseur de ses possessions. C'est ainsi que Pierre retira plus d'avantage de son absence que de sa présence; car on fit entendre au parti opposé qu’il était par trop déshonnèête de se déchainer contre un absent qui surtout, mû par un esprit de piété et de noblesse, combattait pour la délivrance de son frère. Ainsi furent apaisés, pour le moment, tous les combats qui avaient commencé

à éclater.

LE PAPE ÉCRIT AU ROI ET À LA REINE D ANGLETERRE, AU SUJET DES AFFAIRES DE SAVOIE. — L’ABBÉ D'ABINGDON ÉTANT TOMBÉ DANS UNE MALADIE DE LANGUEUR, LE COUVENT OBTIENT DU ROI LA PERMISSION DE LUI ÉLIRE UN SUCCES- SEUR. — JEAN DE DIVE SE REND EN ANGLETERRE, PAR ORDRE DU PAPE.—LE PRIEUR DE WINCHESTER EST AFFERNI

DANS SON INTRUSION. — Cependant Pierre de Savoie , secondé par les seigneurs de sa famille, tels que l’archevêque de Cantorbéry, l'élu à Lyon, et les autres Savoyards, pressait très-activement la ville de Turin, en sorte que les habitants, venant à manquer de vivres,et voyant que le Pô' ne pouvait leur amener aucun renfort, firent sortir de la ville la population qui ne portait point les armes. Mais plus les habitants élaient pressés, plus ils resserraient étroitement les liens du comte Thomas, afin que si les citoyens venaient à être pris pour être punis, le comte fût puni en premier lieu, lui qui le premier et le dernier avait suscité cette cause de perturbation. Or le seigneur pape, pour paraître être utile au seigneur roi d’Angleterre et à la reine, dans cette circonstance, leur adressa de douces et flatteuses consolations, et leur écrivit en ces termes :

« Alexandre, évêque, etc., à sa très-chère fille en Jésus-Christ l’illustre reine d'Angleterre, salut et bénédiction apostolique. Les injures qui sont commises envers les fils dévoués de l’église sont fort amères et fort pénibles pour nous, et les offenses faites aux fidèles du siége apostolique troublent fortement rotre cœur. Mais nous nous effligeons encore plus des tribulations de ceux dont la dévotion, à l’endroit du siège apostolique, a toujours été allumée, et la sincérité éclatante, parce qu'ils ont mérité, entre tous , d’être décorés de la louange de pureté, d’être

4 Pondus. Nous lisons Padus.

fortiliés par le même siége d’une faveur plus abondante, et d'être exaltés par une illustration plus spéciale; car nous réssentons sur-le-champ en nous les vexations qu'ils éprouvent, et aussitôt qu’ils sont blessés nous dégustons l’amertume de leurs blessures. Or, il est parvenu à notre connaissance, non sans-amertume de cœur et sans tribulation d’esprit, que récemment les citoyens d’Asti s'étant avancés à main armée pour détruire le château de Moncallier, notre cher fils le noble comte Thomas de Savoie, ton oncle, qui demeurait à cette époque dans le même château, en sortit et se transporta dans Îa villé de Turin, espérant, avec le secours des citoyens de la mème ville, qui sont tous ses vassaux, secourir él recouvrer le susdit château qui lui appartient évidemment. Mais les citoyens de Turin, méprisant la crainte de Dieu, et négligeant leur propre réputation, violèrent témérairement le serment de fidélité qui Jes liait et les tenait envers le susdit comte, et osèrent méchamment le saisir et le retenir, non sans encourir le reproche de trahison, à l’instigation de ceux d’Asti, qui leur fournirent des secours pour cela. Ce bruit sinistre a fait saigner profondément nos entrailles d’une douleur violente, parce qu'il est arrivé à nos oreilles en nous causant d'autant plus de chagrin que la personne du prisonnier nous est plus chère. C’est pourquoi nous nous attristons, et non sans raison, que celui que nous aimons particulièrement entre tous soit détenu de cette façon. Nous nous affligeons, et l'on doit le comprendre, de

| ANNÉE 1256. 209 ce que la personne d’un si grand seigneur, dans les services sincères duquel nous mettions notre confiance, soit tombée dans les mains de ses traîtres, et de ce qu'il soit resserré plus étroitement, parce que dans sa dévotion assidue et toujours croissante, il travaillait à l'exaltation du saint-siége, avec une sollicitude infatigable. Aussi, comme nous avons pour le susdit comte et sa famille une bienveillance particulière, comme nous avons toujours préféré, par une certaine affection spéciale, son illustre maison, à cause des mérites de sa dévotion, nous ressentons davantage, à cause de cela, les aiguillons de ses souffrances , et nous goûtons mieux, d’après cela, l'amertume de ses adversités. Bien plus, ses détriments nous touchent de si près que nous compatissons aussitôt à ses douleurs ; semblablement il ne peut jamais être frappé par le fléau de l’adversité,

sans que nous ne soyons sur-le-champ frappé avec lui-même; car la manière de sentir est commune entre lui et nous, et il nous a communiqué ses propres douleurs comme par une amère transfusion. C’est pour cela que nous jugeons à propos de prier ÿnstamment ta sérénité, et de lui donner l’exhortation de faire saisir les personnes et les biens des habitants de Turin él d’Asti, qui se trouvent sur les terres soumises à ta domination, et de les faire retenir autant de temps que le susdit comte ne sera point rendu à son ancienne liberté. » Une letire

toute semblable fut également dre au roi.

Cette même année, l abbé d’Abingdon étant tombé VIII, | 14

en paralysie el languissant inutile, n attendant plus que la mort, les moines de la même maison vinrent trouver le roi, et lui demandèrent humblement que, puisque l'abbé, inutile à lui et aux autres, se retirait, il leur permit de posséder pacifiquement leur maison, et de pourvoir aux intérêts de la communauté en réglant tout utilement. Pour reconnaître cette faveur, ils payèrent cinq cents marcs au même roi, sur leur superflu. Quinze jours après leur retour au monastère, cet abbé. paralytique mourut. Sur-lechamp le couvent pourvut salutairement à ses intérêts en élisant un autre abbé; car dans la charte qu'ils avaient obtenue du roi, cette faculté leur était octroyée , parce que le roi pensait que l'abbé prolongerait plus longtemps sa vie : en effet les paralytiques ont coutume de traîner encore fort longtemps. Aussi quand le roi fut instruit de cette mort, il s’étonna grandement, et il sécria d’un ton affligé : « Oh! par le cap de Dieu ( pour me servir de ses « expressions ordinaires), combien je suis trompé, « séduit et circonvenu ! je n’ai pas retiré plus de cinq « cents marcs de cette opulente maison qui devait « sitôt devenir vacante, tandis que si j'avais tenu en « ma main cette même maison pendant peu de « temps, j'en aurais retiré tout autant, seulement « des forêts de celle même maison, sans compter « les autres émoluments, de telle sorte que j'aurais « fait rentrer dans mon trésor mille mares ou plus. »

1 devint donc plus clair que la lumière, pour tous en général, et pour chacun en particulier, que de

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jour en jour l'avarice du roi se changeait en soif plus ardente, tandis qu’il avait juré de soutenir et de conserver la’ paix et la liberté de l’église.

Vers le même temps, frère Jean de Dive ou de Die‘, de l’ordre des Mineurs, homme recommandable à la vérité, arriva en Angleterre Pour corriger, en vertu de l'autorité du pape, ce qui avait besoin de, réforme. | LL |

Cependant le prieur de Winchester, nommé André, qui devait son intrusion à l'élu , fut affermi contre l'opinion de tous, grâce au soutien dudit élu, dans le siége dont il s'était emparé; d'où l’on peut juger quel est le pouvoir des présents à Rome. Et [l'ancien prieur (?)] qui avait subi tant de dépenses pour obtenir son droit, revint en Angleterre frustré dans son projet, quoique, sur la promesse formelle qu'il avait obtenue moyennant-une abondante rétribution, il eüt conçu l'espérance d'être réintégré comme. prieur * dans sa maison, selon que le droit l'exigeait. On lui assigna donc quelques manoirs sur la maison de Winchester, pour qu'il eût au moins de quoi traîner le reste de sa vie dans la confusion ; d'où l’on peut juger combien les présents ont de pouvoir dans Ja cour romaine. Les moines dispersés furent rappelés, mais non sans rougir [ de leur abaissement]. |

‘Il y a deux villes de ce nom, la première en Normandie, la seconde en Dauphiné.

© La variante ajoute mitratus : comme Prieur mitré. Les prieurs de ce rang partageaient avec les évêques ct les abbés le titre de prelati.

212 DENRI HT.

Les HABITANTS DE Londres SONT GREVÉS D UN NOUVEL IMPÔT. — PILLAGE DES BIENS DE Roger DE Ros. — Paix ENTRE LES ABBÉS DE SAINT-AÂLBANS ET-DE WESTMINSTER. —— SEWAL EST CONSACRÉ ARCHEVÊQUE D'YoRx. — Récon- CILIATION ENTRE L'ÉVÊQUE D'ÉLY ET L'ABRÉ DE RamsEr. — SCANDALE CAUSÉ A LONDRES DANS LA MAISON DE LA SamTe-Triniré. — Les citoyens de Londres furent taillés une seconde fois à cinq cents marcs. Afin de colorer ces'exactions de divers prétextes, c'était tantôt pour le compte du roi, tantôt pour le compte de la reine. Ils s'attendaient à être bientôt dépouillés pour le compte d'Édouard, et ils subissaient ainsi le; joug de servitude comme des serfs de la dernière condition, selon les caprices du roi et nonobstant toute liberté.

Les biens de Robert de Ros, bœufs, brebis, resserres, enfin tout ce quil possédait dans le royaume d'Angleterre, furent inhumainement mis au pillage, et on en fitune vente générale à de bonnes conditions, ‘selon la volonté des acheteurs. L'humilité de la satisfaction qu'il offrit ue luiservit de rien, pas plus que [la charte] qu'il avait obtenue du roi, et qui l’autorisait à ne pas permettre que le roi et la reine [d'Écosse] couchassent ensemble, à cause de leur jeunesse, jusqu’à un certain terme fixé ; or, il était prouvé que ce terme n'élait pas encore arrivé. Robert suivait donc le roi, sollicitant et attendant grâce sans qu’il pût cependant rien obtenir. On fit entendre aux oreilles de plusieurs que cette privation de la faveur royale venait de la haine invétérée que Île roi avait pour les seigneurs du nord qui jadis avaient cherché

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[à renverser] sou père, et que le roi perséculait Robert ainsi que les autres seigneurs du nord à cause de cela. En effet, il avait privé de leurs anciennes prospérités tous les seigneurs du nord, à l'exception dudit Robert et de Jean de Bailleul (encore cherchait-il de tous ses efforts à faire tomber ce dernier dans ses piéges), et avait transféré leurs possessions à des étrangers. O roi surprenant! pour qui les services rendus passent comme les nuages du matin, et dans le cœur de qui les offenses sont gardées comme des trésors pendant si longtemps! Or, ce qui avait causé cette réprobation contre le susdit Robert, e’était sa réponse inconsidérée quand il voulut se défendre par son corps et refusa de se purger du crime qu'on lui reprochait, en se soumettant au jugement de ses ennemis ou des amis de fortune lesquels hâtent la chute de celui qui va tomber et appuient celui qui s'élève.

Cette même année, après de longues altercations, la paix fut faite entre l’abbé de Saint-Albans et l'abbé de Westminster, au sujet du procès relatif à Aldenham. Or, on pourra trouver les conditions de cette paix au livre des Additamenta ‘.

Maitre Sewal, qui avait été pris du sein même de l'église d'York, c'est-à-dire du doyenné, fut consacré archevêque de cette même église. Saint Edmond, archevèque de Cantorbéry, dans l’école et la société duquel le mème Sewal s'était jadis trouvé, avait prédit sur lui beaucoup de biens. futurs.

‘ Ce document ne s'est point retrouvé,

Vers le même temps, la paix fut faite entre l’évêque d'Ély Guillaume, et Hugues, abbé de Ramsey, sur le procès auquel avait donné lieu la fixation des limites dans le Marshland. Ce qui arriva de surprenant dans lestemps présents, c'est que, dans ce Marshland où, à des années fort éloignées de nous et dont il ne reste plus de souvenir, on ne voyait que des lieux non frayés et inaccessibles, sur lesquels ne s'était jamais empreint le pas des hommes ou des troupeaux, ainsi que des champs de roseaux, des boues profondes et des marécages couverts de jones; dans ce Marshland habité par les seuls oiseaux, pour ne pas dire par les démons (ainsi qu’on le lit dans la vie du bienheureux Guthlace, qui commença à y habiter volontairement comme dans un lieu d'horreur et de vaste solitude), s'étendent aujourd'hui des prairies délicieuses, et les marais se sont même changés en terres labourables. Dans les endroits où la terre ne produit pas de moissons ni de foins, elle fournit aux habitants et fait croitre des glaïeuls, des touffes de gazon et d’autres matières bonnes à brüler. Aussi des procès et de graves discussions soulevés entre ceux qui habitaient le Marshland depuis le commentement, au sujet des limites dans de tels lieux et dans de si bonnes terres, suscilaient des querelles et des combats. |

Le jour de la fête qu'on appelle la fête de Saint- Pierre-aux-liens, dans la maison de la Sainte-Trinité à Londres, la colère fit naitre une discussion entre deux chanoines de cette même maison qui se dispu-

(aient fréquemment pour de la laine de are Cette colère, aigrie et longtemps contenue, engendra une haine inexorable, et la haine chercha à accomplir sa vengeance par l'effusion du sang et même par un meurtre réciproque, grâce aux provocations du diable, qui d'un souffle pervers entretenait cette colère et cette haine. L'un d'eux, ayant donc trouvé une occasion favorable pour commettre un si grand crime, tua l’autre, et le meurtrier, pour paraître avoir été provoqué à cetle action, se blessa volontairement luimême très-grièvement, et s'eusanglanta d'une manière horrible. Un tumulte lamentable s'en étant donc suivi, l’auteur du crime susdit fut saisi et fut puni comme l’exigeait la rigueur de la justice. Aussi, grâce au diable qui avait machiné tout cela, la religion entière, qu'il cherche principalement à dénigrer en la diffamant, subit en cette affaire, 6 honte ou plutôt 6 douleur! un reproche, un scandale et une tache de confusion. Ces deux chanoines décanonisés, qui ont encouru le péril de damnation, que pourront-ils répondre devant le tribunal du souverain juge à l’accusateur formidable du genre humain ? Malheur à ceux qui, en suscitant scandale, entachent la religion universelle! Que les religieux à qui le diable tend des embüches de préférence, prennent donc garde et bien garde d'entretenir dans leurs cœurs la colère et la haine par suite de discordes, parce que :

« La colère engendre la dut la dispute les combats, et les combats la mort. »

Or, une première mort de cette nalure en amène une seconde qui est éternelle.

MAnNFRED EST RECONNU FILS LÉGITIME DE L'EMPEREUR FRÉDÉRIC. — BRANCALÉON EST MIS EN LIBERTÉ, —ARRIVÉE EN ANGLETERRE DU ROI ET DE LA REINE D'Écosse. — LE ROI D'ANGLETERRE VA A LEUR RENCONTRE. — RICHES PRÉ- SENTS DU ROI D ANGLETERRE À SAINT-ALBANS. — FESTIN MAGNIFIQUE OFFERT PAR JEAN MAnNsEL À HENRI [IT ET 4 SON GENDRE. — Vers le même temps, Manfred, qui avait été longtemps regardé seulement comme fils naturel de Frédéric, fut tenu non plus seulement pour fils naturel, c’est-à-dire illégitime, mais pour fils légitime, quand on eut recherché et appris la vérité des faits ". Aussi était-il aimé et honoré par tous les Siciliens et Apuliens, et par les habitants des contrées voisines, qui s'étaient attachés à son parti. En effet, il arriva qu'environ vingt années auparavant, la mère duditManfred, étant tombée gravement malade, appela auprès d'elle l'empereur Frédéric pour qu'il eût pitié d'elle au nom de Dieu, et ne dédaignât pas de la visiter ; car on croyait qu’elle allait mourir prochainement. Quand l'empereur fut arrivé, cette femme lui dit d'une voix entrecoupée de sanglots en joignant les mains et en versant des larmes : « Seigneur, voici que je vais mourir prochainement. « Ayez pitié de moi et secourez celle qui doit périr. « J'ai grandement à craindre pour le péril de mon

* Voyez la note II à la fin du volume.

« corps; Mais je suis beaucoup plus inquiète du péril « qui menace mon âme. En effet, vous avez un fils « naturel nommé Manfred, que j'ai engendré de « vous. Qu'il vous plaise donc de m'épouser, afin que « ledit Manfred soit légitimé, et que mon âme soit « délivrée du péril. » L'empereur, s'étant rendu aux prières de la suppliante, s’unit à elle par mariage. Cette affaire resta cachée à plusieurs pendant plusieurs années. Mais, cette année-ci, elle fut révélée clairement à tous les Siciliens et Apuliens ; aussi désormais ils tinrent ferme invariablement pour lui contre le pape et contre tous ceux qui faisaient la guerre à Manfred. Celui-ci commença à prospérer dans sa voie, à être élevé au-dessus de presque {ous ses ennemis dans la guerre qu'il avait soutenue contre Je pape, et à dominer au gré de ses vœux : ce qui obligea. le pape à demander des couditions de paix ; car ledit Manfred s'était emparé de Naples, de Barlette et d'autres cités maritimes, ainsi que de Capoue et de beaucoup d’autres villes et bourgades". 11 s'était aussi concilié et attiré étroitement, ce qui valait encore mieux, les cœurs des seigneurs et des peuples ; et 1 n’y avait aucun des prélats de l'église qui füt pris de

‘ Le pape s’étant refusé à vatifier la paix demandée par le légat, Manfred pénétra dans ia terre de Labour avec toute son armée, fit son entrée solennelle à Salerne, et reçut à Cancello les députés napolitains qui venaient traiter de la capitulation de leurville. Les portes de Naples lui furent ouvertes au mois d'octobre 4255 ; il y publia une amnistic, occupa Capoue et le comté de Fondi, et célébra Noël à Chieti. Le 2 février de l’année suivante, il tint une cour générale à Barletta, où il récompensa ses principaux serviteurs ct punit ses ennemis,

compassion pour le seigneur pape ; hélas! hélas ! ce que je ne puis écrire ou répéter sans verser un torrent de larmes. Le seigneur pape se comporte tellement à l'endroit des fidèles du Christ qu'il serait tenu d'élever doucement dans le sein de la charité avec une affection paternelle, que personne ne compatit à ses adversités ; bien plus, si quelqu'un l'attaque, ou lui fait tort, serait-ce même un mauvais et un réprouvé, tous se félicitent des succès de ce perturbateur.

Brancaléon, sénateur des Romains, dont la bonne renommée ne cessait de se répandre et qui avait souffert une grande persécution de la part des seigneurs de Rome, à cause de son inflexible justice, fut déli-

vré, par un soulèvement du peuple, dela prison dans laquelle il avait été jeté.

À l'entrée du mois d'août, d’après l'appel bienveillant du seigneur roi d'Angleterre et de la reine, le roi et la reine d'Écosse vinrent en Angleterre avec une grande et copieuse compagnie et une honorable escorte, au point que l’on croyait qu'ils avaient avec eux environ trois cents chevaux, dans l'intention de visiter le seigneur roi et la reine d'Angleterre , afin que la reine d'Écosse visitât son père et sa mère le “roi et la reine, et que le roi d'Écosse vit le roi, son seigneur et beau-père, qui l'avait même adopté pour fils dans un esprit de dilection, et en même temps la reine. En effet , 1ls désiraient tous deux considérer et contempler le roi et la reine d'Angleterre, le royaume d'Angleterre, les mœurs et les manières des Anglais, les églises, les cités, les châteaux, les fleuves, les

ANNÉE 1256. 219 prairies, les forètset les champs, enfin tout ce quifaitde lAngletetre un royaume délicieuxentre les royaumes.

Quand le seigneur roi d'Angleterre eut appris leur arrivée, 1l alla en grande joie à leur rencontre, et s’étant jeté dans leurs bras, il s’entretint avec eux doucement et familièrement: Or, une foule innombrable de seigneurs s'étaient rassemblés au même lieu sur l’injonction duseigheur roi. Quandils furent tous réunis, on put compterplusieurs milliers de chevaux et un plus grand nombre encore d'hommes. Or, aucune cité ou le royal manoir de Woodstock, qui était le lieuderéunion, ne pouvait les contenir; mais seigneurs et chevaliers loyeaient dans les bois et dans les champs, sous des tentes qu on avait plantées. De plus, la ville d'Oxford et les bourgs ruraux d'alentour étaient remplis de nouveaux hôtes. De Woodstock, on se mit en marche pour Londres par divers chemins, de peur que les vivres ne manquassent à une si grande multitude. Le roi avait ordonné que la ville fût parée de tentures, de guirlandes et d'ornements de toute espèce, afin que toute la ville et Westminster même prissent partout une apparence de fête à l'arrivée de si nobles hôles. Ce qui fut fait; et quand la fête de l’Assomption de la bienbeureuse Vierge eut été célébrée magnifiquement à Woodstock, tant dans l’église que dans le palais royal , le roi et la reine d'Écosse , ainsi que le roi et la reine d'Angleterre, partirent pour Londres par des chemins différents, comme nous venons de le dire, à cause de la multitude des voyageurs.

Le seigneur roi, en se rendant à Londres, passa par Saint-Albans, sans que l’on püt savoir la veille qu'il viendrait à Saint-Albans. 11 vadora dévotement, selon sa coutume , Dieu et saint Albans, premier marlyr d'Angleterre, et offrit à l’église quatre tapis. I] destina l'un à être suspendu à l'autel de saint Albans et à orner la muraille, un autre à l'autel de saint Amphibale pour être suspendu à la muraille, et un troisième pour être suspendu à l’autel de sainte Marie où l’on chante tous les jours. |

Quand le roi fut arrivé à Londres Édouard , son fils aîné, alla au-devant de lui avec eus d’ autres seigneurs, et la ville était tout ornée pour recevoir de si nobles personnages. Eu effet se trouvaient réunis le roi et la reine d'Angleterre, le roi et la’ reine d'Écosse , Édouard et une multitude nombreuse de seigneurs et de prélats. Le jour de saint Augustin, docteur, le seigneur Jean Mansel demanda qu'il lui fût permis de restaurer le lendemain tant d'hôtes magnifiques. Ce qui lui fut accordé. Il invita donc à us splendide repas les rois d'Angleterre et d'Écosse, les comtes, barons et chevaliers, l’évêque de Londres et un grand nombre de bourgeois de Londres, en sorte que ses maisons de Totale ‘ ne pouvaient conteuir tous ses hôtes ; mais il fit tendre une foule de pavillons vastes et royaux qui devaient mettre les convives à l'abri. Or la multitude des invités était si grande, que sept cents plats leur suffirent à peine

‘Aujourd'hui Tothall.

au premier service. Jamais on n'avait vu en aucun temps qu'aucun clerc eût pu donner un festin aussi somptueux , aussi splendide, aussi abondant et aussi

délicat; car tous furent restaurés splendidement, abondamment et honorablement.

LE FRÈRE DU RO D'ESPAGNE, PROSCRIT DE SON PAYS, SE REND EN ANGLETERRE. — LA VILLE D'HUNTINGDON EST CONCÉDÉE AU ROI D'Écosse. —LE pRIEUR DE WVin- CHESTER, EXPULSÉ, FAIT DE GRANDS PRÉSENTS AU PAPE. — CRIME AFFREUX COMMIS PAR LE VICOMTE DE NORTHAMPTON. — Vers le même temps, arriva en Angleterre un grand baron d’Espagne, frère du roi d'Espagne, qui était fugitif et chassé d’Espagne. Après avoir encouru et mérité par ses fautes l'indignation du roi d'Espagne, il aspirait à l'argent d'autrui et avait besoin du secours du roi d'Angleterre. En effet, il avait offensé énormément le roi d'Espagne, et, chassé de cette terre, il s'était réfugié dans le sein du roi d'Angleterre et d Édouard , afin qu'ils

s'interposassent pour lui, rétablissent h concorde et le fissent rentrer dans les anciennes bonnes grâces du roi son frère ; car ledit offenseurse montrait prêt et disposé à corriger les erreurs qu'il avait commises. Le roi lui ouvrit donc lesein de la consolation, comme il avait coutume de le faire pour tous les étrangers, et donna ordre qu'on lui distribuât abondamment tout ce qui lui serait nécessaire. Il commit aussi ces Espagnols à la garde du seigneur Guillaume Boncoque, chevalier, qui connaissait les Espagnols, leurs mœurs

et leurs coutumes : car il avait été chargé de plusieurs messages du roi d'Angleterre au roi d'Espagne. |

Or , le seigneur roi d'Angleterre, le lendemain de saint Gilles, concéda au roi d'Écosse la ville d'Huntingdon, et l’en investit par charte, pour qu'il la ünt et possédât avec l'honneur en dépendant, ainsi que quelques-uns de ses prédécesseurs l’avaiènt possédée et tenue. C’est ainsi que le roi décroissait et s’appauvrissait de jour en jour. :

Cette même année, par la prodigalité du prieur de Winchester qui avait été expulsé, les comptoirs du pape reçurent en revenu perpétuel un marc d’ar- ‘ gent chaque jour de l’année. Le seigneur pape engloutit cette redevance dans sa gueule béante. Or, il - ya trois cent soixante-cinq jours dans l’année ; ainsi donc le revenu exlorqué montait à autant de marcs. Mais le même prieur quitta la cour du pape au milieu des éclats de rire des Romains, sans avoir réussi dans son affaire et frustré tout à fait dans son projet et dans son désir; car il est avéré que les présents de son adversaire, c’est-à-dire de l'élu à Winchester, montèrent à une plus forte somme.

[Vers ces jours-là mourut le seigneur Bertrand de Criel', maître d'hôtel du seigneur roi, châtelain et gardien très-fidèle de la ville de Douvres.

À celte époque augsi l'ambition, l'amour de dominer et le pouvoir de nuire, qui pullulent dela

* Le texte dit Criol : nous Lisons Criel, village près d’Eu , en Norimandie.

vénéneuse racine d’avarice, élendirent si loin leurs branches, que presque chaque vicomte en Angleterre était supplanté frauduleusement par quelque nouveau venu, qui se faisait fort d'augmenter l’ancienne ferme’. Ainsi, à la place d'un homme inhumain on mettait un autre plus inhumain encore, afin que le successeur éventrât immiséricordieusement ceux que le prédécesseur avait écorchés ?.]

Or, j'ai dit ces choses parce quil y avait à cette époque un certain chevalier, riche et possesseur de beaucoup de biens, dont la terre était estimée à cent cinquante livres [de revenu]. Pour devenir plus riche de riche qu’il était, il intrigua à l’effet de se faire nommer vicomte de Northampton en supplantant l'ancien. 1! extorquait donc de l’argent de tous côtés, prélextant des fautes ou des causes entièrement frivoles. Un jour que ee vicomte, qui s'appelait Guillaume de l'Isle, parcourait le pays, il rencontra par hasard en passant une magnifique prairie dans

* The old rent. ( Voy., pour la nomination du vicomte en Angleterre, DUCANGE, au mot Vicecomes. ) La ferme était un revenu soit en nature, soit en argent ; dans le premier cas, ferme noire (blake male}, dans le second, ferme blanche, ferme à l'argent ( dealbatio firmæ viceromitis ). Un édit de Philippe IV en France distingue la ferme de la baillie où nue administration, et défend aux baillis, vicomtes, prévôts et autres, soit qu'ils exercent en ferme, soit qu’ils exercent en baillie de recevoir giste, past, etc. On entendait en général par firma le revenu aunuel d’une terre louée, et Matt. Pâris, in Vit. Abbat., p. 56, nous apprend que ce nom était donné à un revenu de quarante-six sols.

? Intercalation fournie par le texte du manuscrit des Chronica majora, et sans laquelle le commencement de l'alinéa, tel qu’il est donné dans le texte, n’aûrait pas de sens.

laquelle paissaient des bœufs de pâturage gras et beaux; il les vit, les envia et les désira en les voyant. Ayant donc inventé sur-le-champ un moyen de chicane, il dit au bouvier : « De qui es-tu l’homme? — « Je suis l’homme de votre ami, reprit l’autre en « nommant son seigneur, et ces troupeaux lui ap- « partiennent. » Or, le vicomte Île haïssait depuis fort longtemps, et cherchait à le faire tomber dans ses piéges avec d'autant plus d’astuce qu’il désirait s'emparer de ses biens par des moyens liciles ou non licites. En effet, le maître des bœufs était riche: c'était un homme illustre, discret et considéré dans toute la contrée. Alors le vicomte regardant le bouvier d’un air furieux : « Tu es un voleur et le serf « d’un voleur, dit-il; s’il en était autrement, com- « ment posséderait-il taut de si beaux troupeaux? Tu « vas prendre des bœufs pendant la nuit, et lui sans « nul doute est le recéleur. » Comme le bouvier niait formellement, affirmant que son seigneur et que lui même étaient honnêtes, le vicomte ajouta :«Tu « mens, tu n'es qu’un larron et le valet d'un larron:; « je me saisis de toi ainsi que des troupeaux que « ton seigneur, recéleur du vol, élève ici pour les « vendre quand ils seront engraissés. » Le vicomte étant donc irrité, quoique sans cause, fit saisir ou mettre en garde les bœufs, prit le bouvier, le fit lier et le conduisit avec lui dans sa maison, affirmant, avec un horrible jurement (pour parler le langage vulgaire et usuel), qu’il le ferait chanter, et qu'en le faisant chanter tant sur son seigneur que sur lui-

ANNÉE 1256. | . 225 même, il le forcerait à avouer hautement la vérité au sujet des vols commis. Il fit donc torturer le bouvier, qui avait élé. mis en prison, par tant de tourments et des tourmenls si raffinés, que le malheureux était arrivé aux portes de la mort. Comme le vicomte criait sans relâche : « Avoue, avoue que tu «es un voleur ; » le bouvier à demi mort, pour que le bourreau cessät de le tourmenter si immiséricordieusement, confessa qu'il était un voleur, quoiqu'il ne le fût cependant pas. Alors le vicomte le fitamener devant lui, et lui dit : « Maintenant que tu as con- « fessé hautement que tu es un larron et le serviteur « d’un larron, en présence de plusieurs auditeurs « qui peuvent et veulent porter témoignage sur cet « aveu, tu seras attaché à la potence en vertu d'un « jugement, et le gibet est tout ce qui. te reste à espé- « rer. Toutefois, si j'ai le pouvoir de te faire pendre, « j'ai aussi le pouvoir de te mettre en liberté. Fais « maintenant sans hésiter ce que je te conseille, et tu « seras délivré; accuse ton seigneur de vol, et dé- « clare formellement devant les justiciers que lu es « un voleur et le valet d'un voleur; dis que tu as été « l’auteur du vol et lui le complice et le recéleur. » Le serf, tremblant et craignant qu'on ne le reconduisît dans le lieu où il avait éprouvé tant de tortures, consentit à tout. Cela fait, le vicomte le fit encore retenir, inais dans une prison moinsrigoureuse, jusqu'à l’arrivée des jusliciers , qui devaient venir bientôt. Quand cette nouvelle eut été rapportée au

seigneur du bouvier, qui était alors malade de fièvres VIT. 45

aiguës, ilenvoya comme médiateurs des amis communs bien intentionnés, et demanda miséricordieusement merci au vicomte dans cette circonstance difficile; car il était pressé mortellement par deux angoisses terribles. Enfin, le malade, par l'intervention d’une forte somme d'argent, obtint à grandpeine un délai jusqu'à ce que le jour critique fût passé, afin qu'il pt se refaire quelque peu de son indispoëition. Sur ces entrefaites le convalescent ayant consulté avec diligence et soigneusement des ‘hommes habiles dans le droit, et leur ayant de- mandé comment il pourrait échapper aux piéges qu'on lui préparait, en reçut pleinement des instructions qui le rassurèrent, et recouvra en même lemps la santé. Mais le-vicomte, persistant invariablement dans le mauvais dessein qu’il avait conçu, continua à persécuter des innocents, quoiqu’on l'eût supplié amicalement par des paroles flatteuses et par de riches présents de se désister de son projet, au moins pour éviter le scandale. Les justiciers étant donc arrivés, il fit amener le bouvier devant eux, comme étant prêt à accuser méchamment son seigneur de. vol. Comme tous s’élonnaient qu'une pareille procédure commençât entre de si illustres personnages, on fit faire silence pour laisser parler le bouvier. Alors, celui-ci dit publiquement : « Seigneurs justi- « ciers, cerlainement je ne suis ni voleur ni complice « ou serviteur d’un voleur; mais le vicomte que « voici, pour accabler mon seigneur, m'a fait tor- « turer par des tourments atroces et prolongés, au

« point que mes cris épouvantaient tout le voisinage, « afin de me forcer à avouer ce qu'il voulait. Quand « j'eus confessé que j'étais un voleur, quoique je ne « le fusse pas, il ajouta de nouveau : « Maintenant « que tu as avoué que tu es un larron, il ne te reste « plus que la potence; cependant je te mettrai en « liberté, si tu appelles ton seigneur en justice comme « un voleur appelle un voleur. » Mais quelque chose « que j'aie alors promis de faire ayant l'esprit perdu « par la crainte des tourmenits, je protesle, assure et « affirme aujourd’hui hautement que je suis le serf « féal de mon seigneur, etque les détails que je donne « sont conformes à la vérité. Si quelqu'un opposant « contradiction, m'accuse moi ou lui de vol ou de « tout autre crime, nous nous défendrons régulière- « ment selon les lois et coutumes du royaume.» De plus, le seigneur du bouvier qui était présent, ayant niéformellement qu’il fütceoupable d'aucun crime, les justiciers examinèrent diligemment et adroitement les détails de ce récit, parce que ces paroles rendaient le vicomte fort suspect. En effel,; tout le comté et quelques-uns des justiciers savaient bien que ce vicomte était un chicanier, un avare, et un homme à gages, que le seigneur du bouvier s'était opposé jadis, en pleine assemblée du comté, aux iniques jugements et aux sentences arbitraires de ce vicomte, et lui avait résisté comme devait le faire un homme juste et discret, et que c'était pour cela que le vicomte le haïssait et le persécutait. En outre, le seigneur et le serf avaient une renommée pure et sans tache, au

point que jamais ils n'avaient été soupconnés ou mal notés pour vol ou autre crime. Les justiciers considéraient toutcela, nonsansen tenir compte. Maiscomme le vicomte était un homme revêtu d’une magistrature, qu'il était de noble race et grand bailli du seigneur roi, ils ne voulurent pas fulminer précipitamwent contre. lui une sentence de mort, quoiqu'il l'eût méritée à tous égards. Les clameurs plaintives parvinrent donc jusqu'au roi et à la cour du roi, qui s'étonnèrent grandement de l’énormité du crime. Mais, selon qu'il est écrit : « Je descendrai, et je verrai s'ils ont justifié par leurs œuvres la clameur publique, » le seigneur roi envoya des hommes habiles, sagaces et puissants, qui ne seraient corrompus ni par la erainte, n1 par les prières, n1 à prix d'argent, à savoir le comte de Glocester, lecomte de Leicester, Henri de Bath, et Robert Waleran, chevaliers et versés dans les lois du royaume, pour faire une enquête exacte sur ce point, afin que quand la vérité serait connue, et qu'ils auraient tiré du crime une vengeance convenable, les autres effrayés craignissent de commettre pareils attentats. Après que les commissaires eurent fait sur cette affaire une enquête très-rigoureuse, par le moyen des chevaliers du comté, etqu'ils eurent découvert des attentats encore plus grands imputables au vicomte, ils en référèrent au roi. Celui-ci surpris, aussi bien que tous les assistants, s'élonnait qu'une pareille iniquité eût pu être tentée. Au moment donc où une mort ignouinieuse, celle d’être traîné et pendu à la potence,

ANNÉE 1256. | 229 élait réservée justement au vicomte, son épouse, inquièle, alla trouver rapidement le roi et lg reine d'Écosse, leur demandant, avec des cris lamentables et en pleurant, de daigner obvier.au grand malheur qui la menaçait en intercédant pour elle auprès du seigneur roi d'Angleterre. De plus, le seigueur Jean [ Mansel |, ayant pitié d’une si grande calamité, parla pour cette malheureuse femme. Comme le roi et la reine d'Écosse intervinrent pour ce vicomte évidemment coupable, le seigneur roi-d'Angleterre ne voulut pas attrister d'aussi illustres intercesseurs, et leur accorda la vieet les membres du condamné à regret et malgré lui, parce qu'il se trouvait grièvement offensé et non sans raison. C’estainsi, commeditl'apôtre, que le.mari infidèle est sauvé par la femme fidèle. Nous avons jugé à propos d'insérer en détail ce fait-dans le présent livre, afin que le lecteur sache combien Dieu déteste les intentions mauvaises el tyranniques qui entreprennent de nuire : selon cette maxime d’un poële : «Il suffit d’avoir nui pour être eapable de nuire encore.» Ne faites rien que vous voudriez plus tard ne pas avoir fait, mais que votre esprit réfléchisse inürement à ce que vous allez faire.

LETTRE INIQUE DU PAPE AU SUJET DE LA CONTRIBUTION IMPOSÉE AUX PRÉLATS. — LES DEUX COUVENTS DE D'uRHAM ET DE GISEBURN REFUSENT DE CONSENTIR A CETTE SERYITUDE. — JEAN DE GATESDÈNÉ EST ENVOYÉ AU ROI DE CASTILLE: QUI MENACE D'ENVABIR BA GASCOGNE. — LE DOYEN D'YORK EST REMPLACÉ PAR RUSE, — LES MOINES DE CÎTEAUX SONT

250 se HENRI HIT.

OBLIGÉS DE PAYER UN IMPÔT. — MORT DE PLUSIEURS ÉVÊQUES. — Pour qu'il soit clairement avéré aux yeux de’ tous les lecteurs que cette obligation empoisorinée qui émane. de l'évêque de Héreford a aussi sa source et. son principe dans la volonté même du pape, à moins que la bulle n’ait été falsifiée, nous avons jugé à propos d'insérer et de mentionner dans ce livre la lettre suivante, pour perpétuer la mémoire de la servitude des prélats modernes et de l’église.

« Alexandre etc., à son cher fils maîtré Rustand. Comme jadis nous avions ordonné que deux mille onces d’or fussent payées à Berthold, marquis de Hohenburg ‘, notre procurateur pour les affaires du royaume de Sicile, par nos chers fils Réinald , Renier , Pervio (?), Scotoro (?) (sic), Christophe Colomb ?, et leurs associés, citoyens et marchands de Sienne, et que pour cela certains monastères et églises du royaume d'Angleterre ont été obligés , sur notre mandat, pour deux mille marcs de ster-

: Marchio de Cambrigia : nous lisons Honbrigia. Cette letire étant de la fin de juin 4255, coïncide avec le moment où l’armée du pape venait d’être battue. L’accusation de trahison que le pape élève contre Bertholde s'accorde mal avec le traitement que Manfred lui fit subir, Au

parlement de Barletta, dont nous avons parlé plus haut, le margrave et ses deux frères furent convaincus de conspiration et condamnés à mort. . Manfred commua leur peine en une prison perpétuelle, où ils périrent misérablement. |

? Ce serait sans doute beaucoup hasarder que de voir dans ce mar-

chand de Sienne un ancêtre du, fameux navigateur génois. Mais l'incertitude qui regne encore sur le lieu et même l’époque de la naissance de Colomb, laisse le champ libre aux hypothèses.

ANNÉE 1256. 251 lings neufs envers les mêmes marchands ; comme d’ailleurs le susdit marquis et ses frères, se montrant oublieux des nombreux bienfaits qu'ils avaient reçus de nous et de l’église romaine, ont commis dans le susdit royaume de Sicile une trahison mapifeste contre nous, contre la même église et contre notre très-cher fils en Jésus-Christ l'illustre roi d'Angleterre, qu'à cause de cette trahison ils doivent être justeinent privés de tous les bienfaits et faveurs dont nous les avous comblés, et que sur cet argent il n'y a eu que trois cents onces seulement de payées par les mêmes marchands aux susdits marquis età ses frères ; nousenjoi gnons formellement à ta discrétion, par ce rescrit upostolique, en vertu de l’obédience, de lever sur. les monastères et églises imposés, ou de faire lever par un autre, et cela par uotre cher fils, maitre Bernard de Sienne, notre chapelain et notre nonce, ou par tout autre son collègue, les susdits deux mille marcs assignés aux mêmes marchands plus haut dits , de remettre aux susdits marchands la valeur des trois cents onces d'or déboursées, et de te faire fournir le reste par les détenteurs, en réprimant les contradicteurs et les détenteurs de cet argent par la censure ecclésiastique et en passant outre sur appel, nonobstant toutes lettres apostoliques où indulgences obtenues ou à obtenir dans l'avenir, en quelques termes qu'elles soient conçues, et qui pourraient empêcher ou différer le paiement de cet argent; nonobstant aussi que le saint-siége apostolique ait octroyé à quelques :

uns par des lettres apostoliques de ne pouvoir être

excommuniés, interdits ou suspendus. Après que tu auras levé ou reçu ledit argent des mains des détenteurs, quels qu'ils soient, tu absoudras, en vertu de l’autorité apostolique, les églises et les monastères susdits de l'obligation dont-ils étaient tenus pour la susdite somme d’argent au sujet du paiement à faire aux susdits marchands, et tu déclareras que les billets publics et les lettres rédigées au sujet de cette obligation n'ont plus aucune force pour l'avenir. Tu auras soin, si notre faveur t'est chère, d’assigner ce que et tout ce que {u auras reçu des monastères et

des églises susdites, ou de maître Bernard, ainsi que

des marchands plus haut dits et des autres détenteurs quels qu’ils soient, à nos chers fils Carbuco et Jacques d’Asti (?), ou à l’nn d'eux, à Jean Reinier, à Gilbert de Crémone et aux marchands florentins qui , pour les fortifications des cités, des châteaux et des autres lieux du mème royaume de Sicile, nous ont prêté libéralement deux mille marcs sterlings, en paiement desquels nous nous sommes engagés envers eux, nous et l'église romaine, pour un terme fixe, nonobstant que nous ayons envoyé des écrits à toi ou à d’autres relativement à certains paiements d'argent, à ces sommes mêmes, et à quelques contributions à fournir en commun; et tu nous feras connaître par tes lettres patentes le quantité d’ argent à laquelle tu auras jugé à propos de les imposer. Car tant que la susdite somme d’argent n'aura pas été payéc en notre nom et au nom

de l’église romaine aux susdits Carbuco et Jacques, ou à l'un d'eux, nous ne nous regarderons pas comme lsinement satisfaits, ni nous ni l’église susdite. Or efforce-toi d’ dccomplie de telle façon notre mandat, qu’il ne soit pas nécessaire que les susdits Carbuco et Jacques aient ultérieurement recours contre nous à cause de cela. Aie soin d’intimer au même roi que {out cela procède de notre volonté. Quant aux abbés, aux prieurs et aux couvents des monastères et des églises, qui sont obligés à cause de cela, nous les avons fait désigner dans les présentes, aussi bien que la quantité d'argent à laquelle chacun de ces monastères et chacune de ces églises . est tenu en vertu de l'obligation susdite. Le prieur et le couvent de Durham ont été obligés, par l'autorité du saint-siége apostolique, à cinq cents mares; le couvent de Bath à quatre cents marcs ; l'abbé et le couvent de Thorney à quatre cents marcs ; l’abbéet le couvent de Croyland à quatre cents marcs ; le prieur et le couvent de Giseburn, de l’ordre de Saint-Augustin, à trois cents marcs. Donné à Anagni , le 40 avant les calendes de juillet, l’an second de notre pountificat. » | Aussi, quand les prélats d'Angleterre eurent appris, comme nous l'avons dit, que le pape et le roi s'étaient confédérés pour la subversion de l'église anglicane , ce que l’on peut voir par la lettre précé- . dente, ils étaient tournés en sens contraire et comme broyés entre deux meules , en sorte qu'ils allaient à l'aveugle sans savoir ce qu’il fallait faire. Toutefois,

le prieur et le couvent de Durham, ainsi que le prieur et le couvent de Giseburn, ne se laissèrent amener en aucune façon à consentir à cette obligation empoisonnée, et à souniettre leurs églises à une servitude aussi pesante, quoique presque tous les” autres courbassent les genoux devant Baal ; mais ils *tinrent ferme, et combattant pour la liberté de leurs églises avec autant d'allégresse que de courage, ils supportèrent une longue suspension, les persécutions de la cour romaine, les outrages, les disputes et les menaces des marchands, c'est-à-dire des usuriers. S'ils se lamentaient de ne pas trouver de compagnons dans une pareille lutte, les gens du pape craïignaient par-dessus tout que les autres ne leur servissent de soutiens, en compatissant à leurs tribulations, et en : entreprenant de résister comme leurs frères ; mais les autres, pusillanimes et méticuleux, se courbaient et se laissaient fouler aux pieds par les ennemis. Ainsi il n’y avait personne qui leur donnât des consolations et leur fournît un appui ; mais les prélats, divisés et comme agités par le vent, n'élant pas unis non plus par les liens de la charité, défendaient chacun ce qui était à eux, et succombaient en se défendant. Voilà ce qui faisait relever les cornes à leurs ennemis. | D Vers le même temps, comme le seigneur roi, devenu. nécessiteux, et dont le trésor-était vide, se montrait assez avide d'argent pour piller les vins des , Gascons sans leur en solder le prix, ce que nous appelons paiement ; les commerçants en vins et les

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autres marchands retournèrent chez eux, frustrés de l'argent qui leur était dû , et se plaignirent amèrement de cette violence aux seigneurs de leur pays. Mais ils se plaignirent surtout au roi de Castille, qui avait été médiateur de la paix entre le seigneur roi d'Angleterre et les Gascons, et qui avait rédigé les conditions de paix, dans une charte qui est rapportée dans le livre des Additamenta ‘, au signe des épées mises en travers (?). Quand le roi de Castille eut appris cela, il fut ému et irrité outre mesure, et se laissa emporter à des paroles outrageantes en disant : « Je me repens de m être confédéré avec ce « roi d'Angleterre, qui ne garde inviolablement ni « ses parokes ni même ses charies, qui ne rougit pas « de transgresser ses serments, ou d’encourir les ex- «“ communications prononcées. En effet, il est permis «etil convient de ne pas observer les pactes convenus, «envers celui qui de son côté n'observe pas sa foi. » Il menaçait donc d’un ton effroyable d'entrer à main añmée en Gascogne, et de la soumettre à sa domination. De plus, le roi de France annonçait des dispositions non moins menaçantes ; car la trêve venait d'expirer. Aussi le seigneur roi d'Angleterre, effrayé, et non sans raison, par l'attente de semblables maux, envoya au roi de Castille le chevalier Jean de Gates dène et quelques autres députés solennels, pour apaiser sa colère, Ou assure qu'entre autres paroles élégantes et modérées, il prononça celles-ci et d'au-

‘Joy. Paddition XXXVHEE à la fin du volume.

256 TENRE IT.

tres encore, ainsi qu'il convenait à un homme prudent, éloquent et lettré comme il l'était : « Sérénis- « sime seigneur roi, dit-il, quel plus grand bien, « quelle plus grande libéralité le Dieu tout-puissant « aurait-il pu faire aux hommes, que de donner son « fils pour la délivrance et la rédemption de chacun? « — Je ne sais, reprit le roi : car c'est le plus grand « de tous. — Eh bien, reprit Jean, c’est là ce que « mon seigneur le roi d'Angleterre a fait certaine- « ment pour vous; car il vous a donné son fils aîné, « l'héritier de tous ses biens, un jeune homme de « grande mine. Que votre sérénité discrète ne se « mette donc point en colère coutre un prince si « noble et si illustre, qui est votre ami, et qui se fie « en vous comme en son frère. » Ainsi s apaisa l’indignation royale. Cependant Gaston et les autres traîtres envers le seigneur roi d'Angleterre, se fondant sur la protection du roi de Castille, avaient relevé la tête et continué certaines hostilités commencées. |

Vers le même temps , certains hommes inconnus vinrent à l'église d'York, à l'heure où tous étaient assis à table el occupés uniquement à manger, entrèrent furtivement, et demandèrent à un homme qui était en prières dans l’église, quelle était la sialle du doyen. Cet homme leur répondit en leur montrant ja stalle réservée au doyen. Alors deux de ces hommes dirent à leur troisième compagnon en l'installant : « Frère, nous L'installons en vertu de l'autorité du « pape. » En apprenant cela, l’archevèque Sewal,

nouvellement créé et jadis doyen de cette église, se lamenta inconsolablement de ta fraude qui avait été commise et rendit nulle, autant qu'ilétaiten lui, cette installation furtive ; mais ces hommes de fraude étant retournés à la cour romaine, d’où ils venaient, firent interdire cet archevêque, qui était un homme respectable et modéré, et le tourmentèrent par des dommages et des labeurs inestimables. Le saint prélat supporta tous ces maux en patience, pour paraître souffrir évidemment cette tribulation que saint Edmond, jadis son maître, son ami et son compagnon, lui avait prédite. Or, cette présomption frauduleuse rendit les chanoines tellement stupéfaits, qu'ils ignoraient complétement ce qu'il fallait faire. En effet, il leur semblait à juste titre absurde, contraire à toute raison, ou, pour mieux dire, détestable de permettre qu’une si noble prébende, qu'un office si important fût conféré à un homme méprisable, inconnu et intrus de cette façon, pour qu'il occupâtun pareil poste dans une si noble église, et que dans ce poste il devint le second après leur archevèque. Cependant ils redoutaient grandement l'autorité tyrannique du seigneur pape, sous laquelle le roi s'était soumis tout à fait ou s'était courbé, pour mieux dire.

Le roi ordonua quon n'eût aucun égard pour les Cisterciens, mais que les vicomtes et les autres officiers royaux les vexassent, etqu'on n’observât à leur égard d'autre droit que le droit commun. frrité de ce que des intercesseurs s’inlerposaient pour eux, il permit qu'on exigeât d'eux et qu'on leur extorquât, quand

258 HENRE LI, | “ils reviendraient de leur chapitre général, contre leur hiberté antique et leur coutume approuvée , le tonloiement qu'on appelle vulgairement péage. Aussi beaucoup d’entre eux, qui ne s'étaient pas prémunis à cet égard, furent obligés de vendre leurs ca puchons et leurs tuniques.

Cette mêmeannée, l'archevêque de Bordeaux, déjà vieux et décrépit, fut pris d'une maladie mortelle. Le croyant tout à fait mort, quoiqu'il fût encore en vie, l’évêque d’Héreford, quiaspirait de tous ses vœux à obtenir cet archevèché, se fit donner à cet égarddes lettres par le seigneur roi qu’il trouvait favorable à ses projets, comme étant son tonloier; mais quand ilfutauthentiquement connu que l’archevèque vivait, l’évêque, qui s’était mis en route, perdit son labeur, sa peine etson argent, et n'en recueillit que des moqueries ; selon ce que l’on dit être arrivé à un certain maître Lambiri, sur lequel on composa les deux vers que je vais rapporter , quoique je m'écarte quelque peu de mon sujet:

En répandant beaucoup direut. Lambin aspire ‘ au pontificat qu'il soubaite, avant méme que le pasteur soit enterré.

Vers le même temps mourut l'évêque de Landaff, et un autre le remplaça. Cette même année aussi , l'évèque de Carlisle, maître Thomas, qui, ainsi que l'évêque d'Ély, avait occupé, pendant une année à peine, la dignité pontificale, fut enlevé de ce monde

* Matt. Päris, ou l’auteur inconnu, joue sur Lambit et Lambinus.

au commencement d'octobre. Leur exemple prouve plus clairement que le jour combien est passagère la gloire douteuse des dignités séculières. Ce fut pendant son voyage en Espagne, tandis qu’il exécutait les volontés d’un roi terrestre, que l’évêque d’Ély Guillaume fut entrainé devant le tribunal du souverain des souverains, et paya, tribut à là nature en pays étranger. Son cœur fut rapporté dans son église d’Ély pour y être solennellement déposé. De même l’évêque de Chester, à savoir mattre Roger de Wescham, renonça de son plein gré à son évêché, le jour de la Toussaint. Vers le même temps aussi mourut le prieur de Newbury, Jean le chanoine, qui, aussi bien que l’évèque d’Ély Guillaume , dont nous venons de

parler, avait été le familier et le conseiller spécial ou seigneur roi.

DÉCLARATION DU ROI DANS L'ÉCHIQUIER AU SUJET DE LA PERCEPTION DES IMPÔTS. — LE PRIEUR D'ÉLyY EsT ÉLU ÉVÊQUE DE CETTE MÊME ÉGLISE. — L'ÉGLISE DE SAINT-ALBANS EST MISE EN INTERDIT. — SCANDALE CAUSÉ DANS LE COUVENT DE GLASTONBURY. — LES ARCHEVÊQUES DEDUBLIN ET D'YORK SONT AFFERMIS DANS LEURS ÉVÊCHÉS. — L'ÉvêÊQuE DE HÉREFORD LÈVE À SON PROFIT LE DIXIÈME. — LA COUR ROMAINE CONFIRME L'INTRUSION D'ANDRÉ DANS LE PRIEURÉ DE WINCHESTER. — Cetle même anuée aussi, le seigneur roi, quatre jours avant la fête de saint Édouard , se rendit à l'échiquier où siégeaient les barons, et là, déclara de sa propre bouche que tout vicomie qui ne comparaîtrait pas chaque année à

l’octave de saint Michel, apportant avec lui l'argent du roi provenant tant des fermes que des amerciamens et des autres contributions qui sont dues au roi, serait taxé le premier jour à cinq marcs, le second à dix, le troisième à quinze, et le quatrième, s'il était absent, devraitse racheter. Une semblable déclaration fut faite par.le même roi contre les cités qui ont des libertés et qui rendent compte à l'échiquier par leurs propres baillis, à savoir qu'elles perdraient leurs libertés, si elles ne comparaissaient pas le quatrième jour de la même façon que les vicomites doivent comparaître. Il faut savoir aussi que ce même jour tous les vicountes d'Angleterre furent taxés à un amerciament de cinq mares pour chacun, parce qu’ils n'avaient pas forcé par les moyens légaux, dans leurs comtés, tout possesseur de dix livrées de terre à se faire chevalier ou à demander un délai au roi, selon que ledit roi l'avait Pos aux vicomtes par ses lettres à eux adressées.

Le seigneur roi, qui désirait élever en dignité le seigneur Henri de Wengham, porteur de son sceau, adressa au couvent d'Ély des lettres spéciales en forme de supplication, et des députés solennels, afin que le couvent élût ledit seigneur Henri pour évêque et pasteur des âmes; mais le couvent, considérant qu'il connaissait bien son supérieur et meltant en pratique | ce prétexte païen :

Ne t'avise pas de préférer un inconnu à ceux qui te sont connus,

élut pour son évêque son susdit prieur, à savoir

Hugues de Belesale ‘. Aussi le roi, fort irrité, sans doute, du refus qu il avait éprouvé, n’accepta point l'élu et le repoussa, en se fondant sur certaines exceptions tout à fait sophistiques. Il ordonna même, ou permit avec des yeux de connivence, que Jean Waleran, à qui 1l avait confié la garde de cet évêché, rasât . les forêts , dévastät toutes les possessions et dépouillât énormément l'évêché de ses biens. Ce qui fut fait plus largement que la chose n'avait été permise ou accordée , au point de tirer des larmes aux ennemis de l'évêché eux-mêmes , et de provoquer à la vengeance la bienheureuse Ethelrede.

Cette même année, par le déchaînement des exacteurs du pape, l 'église du bienheureux Albans , vers la fête de saint Simon et de saint Jude, fut mise en interdit pour quinze jours, non point parce qu'elle était dépouillée de ses magnifiques priviléges, mais parce que la détestable addition du nonobstant énervait les concessions de tous les saints pères et annulait leur autorité. Le couvent aima donc mieux observer avec déférence cettéinjuste etviolente sentence, de peur que le mépris ne suscitât la tribulation, que d'agir témérairement en ne s’y conformant pas ; aussi il s’abstint de mettre les cloches en branle et de célébrer les offices divins, et pendant ce temps on récita à voix basse dans le chapitre les heures canoniques avec les matines. Cependant, à l’instigation de frère Jean de Dive, qui alors exerçait en Angleterre, pour

* Ou Balsam, selon la variante et la liste des évêques. VII. 46

ainsi dite, les fonctions de légat, le couvent célébra

les officés divétis daiis Ja muünière accoutumée.

Cétte mère année, cértaiues discussions s'étant

élevéés entre l’évêqué de Büthi et lé couvent de Glastonibury, un itrus fat introduit violemment dans ce couvent, eli vertu de l’autorité du roi et malgré l'évêque, et s# mit à régler toute chose avec une audace téméraire, ét à se faire fabriquer un scesu fütsifié. Sur ces entrèfaites, comme lévêque s'était rendu à Rôthe pouf y poursuivre son droit, les biens difnonéstère fureiit ris œu pillage. En effet, l'intrus convoqua les vautieis ét les gyrovagués qu’il put trouver, moïñachisä, üu nombre de dix-huit, ces gens ifidigheé qu’il avait réunis, à l’opprobre de l'ordré mohastiqué et pour fortifier son, parti eüntre. l’'évéque, et le troïsièie jour en fit des profès, sans rédoutèr cêtte menäce, ou pour mieux dire cette malédiction duSeigneur : :Malheur à l’homme par qui le iséandélé ét süscité. » La noblé église de Winchester était dé là fiêmie foçon déshonorée par un schismie, Of, où n'éspérait pas itileux des intrus de Glastonbury que dé ces histrions que l'élu à Winchester avait appelés et moôtiachisés en dérision du prieur, et qui avaient dpostasté en changeuïit d'état. A là imêmé époqué aussi, furent affermis heureu- sement dans feurs archevéchés , par l'intervention du Seigneur, à Savoir maître Raoul de Norwiclr!, à

. 4Ïlya dansle texte F oulques Basset. Nous corrigeons cette faute évidente, dont nous nons élonnons: car il n'y a nul rapport entre les noms.

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