‹ Grande chronique; (volume 2)Chapitre 2 sur 16 · AISNÉE · texte numérisé non relu

AISNÉE

hie de gouTerner une si belle église. Or, Télu y avait intrus un certain prieur, avait dispersé le couvent, et avait établi à la place de ceux qui avaient été dispersés, pour Topprobre de la religion monastique et de Thonnêteté, des gens illettrés, des vauriens, niéritanl plutôt d'être réprouvés que d'être cboisis, treize hommes enfin qui n'étaient moines que par le capuchon. Parlerai-je aussi de la confusion de Teijlise conventuelle de Sainte-Marie à York, et de plusieurs autres nobles églises?

Or, pour que l'indignation de Dieu se manifestât aux hommes, au sujet de cette accumulation exorbitante de péchés, et pour que l'état des corps célestes s'accordât avec l'état des choses de ce monde, la lune subit une éclipse prodigieuse, insolite et universelle, aumoisdejuin, danslanuitquisuivitimmédialement le jour de la fêle de sainte Marguerite. L'éclipsé commença deux heures avant minuit, et dura environ quatre heures.

Vers le même temps mourut un noble baron, le plus noble ou le plus sage entre tous les nobles d'Angleterre, ou du moins l'un des plus nobles et des plus sages, à savoir Guarin de Montcheinsil. De plus, le même Guarin étgitun homme zélé pour la paix et la liberté du royaume. Quand il mourut, la plus forte colonne du royaume chancela. Le trésor dudit Guarin était très-conajdérable. Aussi on assure que son testament monta à une somme de deux cent mille marcs et plus. Le seigneur roi conféra sur-le-champ la garde de son héritier, nommé Guillaume, à Guil-

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Jaume de Valence, son frère utérin, qui avait épousé la fille du susdit Guarin, afin d'être son gendre. C'est ainsi, ô douleur! que succombait chaque jour la noblesse d'Anoleterre.

De même, Jean le Français, un des [)rincipaux clercs et conseillers du seigneur roi ayant été frappé d'une paralysie incurable, n'inspira aucune pitié aux moines de la communauté de Sainte-Marie d'York et à ceux de Selby, qui virent sa maladie d'un œil sec.

Vers le même temps le seigneui* Jean de Gray, chevalier, homme modéré et discret, se retira des conseils du roi et du labyrinthe des cours, instruit peut-être et heureusement corrigé par l'expérience.

A la même époque, le roi étant sollicité de jour en jour et de plus en plus par les messages de la reine d'Ecosse et de ses familiers, et étant ému par leurs plaintes, réunit une armée et dirigea sa marche et ses bannières vers l'Ecosse, se proposant de demander un compte rigoureux à Robert de Ros, et à Jean de Bailleul, chevaliers et hommes de grand pouvoir et de grande autorité; car il était instruit certainement, à ce qu'il assurait, par les rapports secrets et répétés de ses féaux, que lesdits Robert et Jean traitaient le royaume d'Ecosse ainsi que le roi et la reine autrement qu'il ne convenait ou n'était avantageux et contrairement à ce qu'ils avaient promis. Quand il approcha du royaume d'Éeosse,JI fit prendre les devants au comte de Glocestor Richard, et à Jean Mansel, clerc spécial et conseiller du seigneur roi, pour qu'ils s'informassent prudemment si Robert de

Ros avait justifié parses actes la clameur publique; s'il prétendait se (léfen<lre par la voie de la rébellion de la trabison et de Taccusation qu'on lui intentait, et regimber contre Téperon. C^est pourquoi le comte et Jean, accompagnés d'une escorte choisie et d'une troupe nombreuse d'hommes d'armes, marchèrent en avant selon le commandement du roi, et, instruits que le roi et la reine d'Ecosse demeuraient alors dans le château des Pucelles, ils s'y rendirent sur-lechamp sans faire aucun bruit; puis se séparant de leur escorte qui les suivit d'un peu plus loin, le comte et Jeim se faisant [)asser pour d'humbles chevaliers du vasselage de Robert de Ros, trompèrent lo portier et les autres gardiens et entrèrent. Bientôt ils furent suivis pas à pas par leur compagnie et par leur escorte, et formèrent autour d'eux une (roupe nom^ breuse d'hommes d'armes, en sorte que si ceux qui étaient dans ce chateau pour le garder, avaient prétendu se soulever, ceux qui venaient d'entrer élaien ten état de ne rien craindre de leur part. La reine d'Ecosse vint donc les trouver confidentiellement, et se plaignit amèrement à eux de ce qu'on la gardait ou plutôt qu'on l'incarcérait irrévérencieusement dans ce château, lien triste et solitaire, où l'on ne respirait pas un air salubre, où l'on n'apercevait pas de verdure, comme sont les lieux situés au bord delà mer. H ne lui était pas permis, à ce qu'elle disait, de parcourir librement son royaume, d'avoir des serviteurs spéciaux, ni même pour suivantes et pour chambrières les jeunes filles dont elle désirait s'entourer.

^22 HEINIU III.

Le roi son mari n'avait pas la faculté d'avoir accès auprès d'elle, d'entretenir avec elle des rapports de mari, et on leur défendait des caresses mutuelles. On ijxnore si elle ajouta à ses plaintes quelque autre grief secret. Alors le comte et le seigneur Jean, en hommes très-éloquents et très-discrets qu'ils étaient, la consolèrent, séchèrent ses larmes et calmèrent ses sanglots, lui parlèrent avec affabilité et modération, et lui promirent sans nul doute que tous ces abus seraient corrigés. Ils commencèrent par prendre les mesures nécessaires pour que le roi et la reine d Ecosse couchassent sans gêne aucune dans le même lit, comme époux et comme épouse. Robert de Ros fut expressément sommé de se présenter et de se tenir prêt à répondre dans la cour du roi d'Angleterre, son seigneur, aux interpellations qui lui seraient adressées. Robert, craignant pour lui-même, se tint d'abord caché, puis s'étant humilié, il reparut. Or, il y eut quelques seigneurs qui s'indignèrent de ce que le comte et Jean étaient entrés si subitement et sans aucune contradiction ou obstacle dans leur château qui était à l'entrée de leur terre et (|ui servait de défense et de barrière à tout le royaume. Aussi, voulant en tirer vengeance, ils s'avaricèrent avec une grande multitude, et entourèrent le chateau. Mais quand ils eurent compris qu'il y avait folie * et ensorcellement à assiéger à main armée leur roi et leur reine, ils se retirèrent. C'est

< SnJvos. Nous adoptons la variante faluos.

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ainsi que tout fut réglé et resta en paix. Quant à Robert de Ros, il promit, par un engagement formel, de venir à la cour du roi d'Angleterre, son seigneur, pour répondre sur tous les griefs. Néanmoins le roi, sur le conseil de ses amis et courtisans, fit t^aisir les terres de Robert, et les fit mettre étroitement en garde.

A la même époque , une grave dissension s'éleva entre l'université des écoliers de Paris et les frères Prêcheurs qui demeuraient en ce lieu ; ceux-ci , contre Tantique coutume de la cité et de l'université, avaient cherché , sans Fassentiment de l'université, à augmenter le nombre des lecteur^ ' en théologie , lequel était limité. Enfin , quoique le roi de France lui-même , aussi bien que les bourgeois de Paris, se fussent intéressés au maintien des libertés de 1 université des écoliers, les susdits Prêcheurs, qui étaient dévoués au seigneur pape , et qui étaient bien vus à la cour romaine à cause des services de toute sorte qu'ils lui rendaient, remportèrent l'avantage dans cette discussion. Une sentence fut donc prononcée par le seigneur pape, dans Tintérêt des frères Prêcheurs et de tous les religieux ; elle leur accordait désormais la libre faculté d'être lecteurs en théologie, sans considérer le nombre des lecteurs, lequel, de toute antiquité, était restreint à des limites fixes ^

* C'est-à-dire maîtres, docteurs. On dit encore aujourd'hui professeur et lecteur royal.

' Les prétentions des ordres mendiants avaient déjà troublé l'unirersité, lorsqu'en 42t'>2 la querelle s'envenima par l'attaque violente des

Vers le même temps, Jean de Bailleul , chevalier riche et puissant, dont le père, vaillant dans les armes, avait rendu de grands services au roi Jean , quand il s'était trouvé dans une position difficile, et lui avait souvent fourni des secours dans des circonstances douteuses, s'étant trouvé accusé grièvement, ainsi que Robert, satisfit aux besoins du roi, en lui donnant une somme d'argent sur le riche trésor qu'il possédait, et recouvra ainsi prudemment la paix.

religieux contre le livre De periculo mundi de Guillaume de Saint- Amour. L'université publia plusieurs lettres où elle articula ses griefs. Sur douze chaires de théologie, disait-elle, neuf sont occupées sans retour par des réguliers ; les Prêcheurs n'ont pas voulu prêter le serment d'obéir aux constitutions de l'université, si on ne leur accordait à perpétuité les deux chaires de théologie qu'ils s'étaient arrogées: ils ont maltraité les bedeaux de l'université et obtenu par supercherie des lettres de maître Luc, doyen de l'église de Paris et subdélégué de l'évêque. Elle déclara donc qu'elle les avait retranchés de son corps, et demanda qu'on fît droit à ses plaintes, ne concusso ecclesiœ fundamento quod parisiense studium esse dignoscitur^ consequenier corruat ipsum edificium improvisé. Innocent IV semblait disposé à restreindre les privilèges des ordres mendiants quand il mourut. Son successeur Alexandre tint une conduite tout opposée. Cinq jours seulement après son intronisation, il annonça le projet de délibérer plus soigneusement sur cette matière, et le 14 avril 1253 il rendit la bulle Quasi lignvm qui modérait les statuts de l'université et rétablissait les docteurs de l'ordre des Prêcheurs, ordonna à l'université de les recevoir et révoqua toutes les sentences portées contre eux. Les évêques d'Orléans et d'Auxerre avaient commission de faire exécuter cette bulle. L'université refusa d'obéir et écrivit au pape à l'époque des vacances (2 octobre 1235) pour réclamer contre la sentence des évêques, menaçant de se dissoudre ou de se transporter ailleurs. Mais le pape n'en tint pas compte, et l'affaire de Vévangile éternel vint encore augmenter les haines mutuelles. ( Fleury, Hist. eccUs.^ torn. xvn. — ■ Duboulay, Hist, de l'univers.^ torn, ni.)

Tout étant donc ainsi paciGé et réglé au gré de ses vœux , le seigneur roi d'Angleterre se hâta de revenir vers les pays du midi de l'Angleterre , après que la reine et lui se furent enlretemis suffisanimenl avec le roi d'Ecosse et la reine leur fille. Le roi visita en passant les abbayes et les prieurés, et se recommanda aux prières des prélats , tout en se rassasiant avec leur argent.

Lorsqu'il fut venu à Durham, il entra dans Téglise et y fit une courte prière sur la châsse du bienheureux elglorieux Cuthbert, confesseur et évêque. Puis, ayant été instruit par lavis et le rapport de quelques dénonciateurs , qu'il y avait en dépôt dans la même église une forte somme d'argent appartenante Tévêque Nicolas , à Tévéque d'Ely et à certains clercs , qui , pleins de confiance dans le respect qu'inspirait le bienheureux Cuthbert et son église, avaient déposé leurs biens en ce lieu, sous la tutelle du prieur et du couvent ; le roi ordonna , malgré la résistance des moines, que des officiers chargés de Teffraction entrassent (le force, brisassent les serrures * et les sceaux, et enlevassent pour son compte, sans requérir l'assentiment des propriétaires , tout l'argent (|u'ils trouveraient dans les armoires et dans les coffres, disant qu'il ne considérait pas cet argent comme enlevé et arraché par force , mais comme de l'argent qu'on lui prêtait et qu'il emportait. Ainsi il ne craignit pas de violer la paix de l'église d'un si grand

• Ceris. Nous lisons seris.

saint et de l'église universelle de Dieu, paix qu'il avait tant de fois juré d'observer. Cependant, quand il rentra plus tard en lui-même, il paya et restitua, tant bien que mal , aux propriétaires , l'argent qu'il avait emprunté de cette façon, sans cependant donner satisfaction pour l'offense.

Vers le même temps, l'élu à Ely , à savoir maître Guillaume de Kilkenni , fut consacré évêque d'Ély dans les pays d'outre-iiior, c'est-à-dire à Polenza (?) ^ , le jour de l'Assomption de la bienheureuse Vierge , par l'archevêque de Cantorbéry, qui se trouvait alors dans ces pays. Comme l'élu était venu le trouver dans sa patrie, l'archevêque pourvut abondanmient et honorablement à tout ce qui lui était nécessaire. Pierre de Savoie applaudit aussi à sa venue, et lui fil de grands honneurs, pour qu'il ne parût pas être exposé au besoin dans les pays qui lui étaient soumis. Mais les évêques se plaignirent de cette action , comme injurieuse pour eux , et le couvent de Cantorbéry partagea leurs plaintes , parce qu'il avait toujours été d'usage que les évêques fussent consacrés en Angleterre. De plus ils redoutaient fortement que les archevêques de Cantorbéry ne tirassent cela à consé-

* Bolesius ( texte hic ). Il est évident qu'il s'agit d'une ville du Piémont. Or nous savons qu'à cette époque Pierre et Boniface surveillaient les mouvements des rebelles du Piémont, en l'absence de leur neveu le comte Boniface. Ce jeune prince s'était joint, avec Thomas de Savoie, aux troupes auxiliaires que Louis IX envoyait à la comtesse de Flandre Marguerite. Nous adoptons donc le nom de ville qui se rapproche le pins du texte.

(|iieiice coîiime un fail nouveau, le même archevêque s élant déjà arroj^é ce droit pour Ti'^lise de Lincoln.

L'ÉLU A Tolède se rend a Londres. — Le fils du roi DE France épouse la fille du roideCastille. — Dépenses considérables du roi d'Angleterre. — Pernicieux

conseil DONNÉ AU PAPE PAR l'ÉVÉQUE DE HEREFORD. —

Celte même année, dans Toctave de la nativité de la bienheureuse Marie , arriva à Londres Félu à Tolède, frère du roi de Castille, qui s'appelait Sanche. et qui était âp^édevin^jt ans; il élaitaccompagné d'un puissant seigneur d'Espagne liommé Garcias Martin. On ne savait quel étail le niotif de sa venue; mais il voulait, à ce qu'on prétendit, augmenter ses revenus avec les riches présents qu'il devait recevoir du roi, qui a coutume de distribuer inconsidérément h de semblables étrangers tout ce qu'il extorque à ses sujets. Or, la conduite, Textérieur et l'escorte de cetéln différaient absolument de nos mœurs : car, bien qu^il ne lût qu'un adolescent, il portaità l'index l'anneau pastoral et donnait sa bé:iédiction au peuple. Il fît orner très-pompeusement de tapis, de draperies et de courtines le logement qu'il occupait au Temple neuf, voire même le pavé; son escorte ne se composait pourtant que de gens vulgaires et en mauvaise ordonnance: il avait à sa suite peu de palefrois, mais un très-grand nombre de mulets. Le roi, ayant appris son arrivée, ordonna formellement qu'il fut reçu avec les plus grands honneurs, et qu'il ne trouvât sur son passage rien qui pût offenser sa vue. Mais les citoyens de

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Londres, ayant connu les mœurs de cesélrangers, les accablèrent d'invectives et d'outrages, parce qu'ils se livraient à Tivrognerie étala débauche. Or^ le roi se glorifiait du mariage qui avait été contracté entre son fils aîné Edouard et la sœur dudit roi de Castille, comme s'il avait déjà recouvré toutes ses possessions d'oulre-iner, avec cette nouvelle épousée; et cependant ce mariage n'avait procuré aucun avantage ni à lui ni à son royaume.

Lorsque ces nouvelles parvinrent à la connaissance du roi de France, et qu'il sut qu une alliance et un mariage avaient été ainsi conclus entre le roi de Castille et le roi d'Angleterre, il regarda ces nouvelles noces comme suspectes pour lui, et envoya des députés solennels, pour demander que la fille du même roi fût donnée pour épouse à son fils. Or, ledit roi de France insista pour obtenir la jeune fille, parce qu'il désirait s'unir par mariage à un si puissant prince, et qu'il voulait se mettre en plus belle position que le roi d'Angleterre, qui n'avait obtenu pour marier à son fils aîné Edouard, que la sœur et encore la sœur utérine du même roi. Le roi de France réussit au p,ré de ses vœux, et le roi de Castille, en lui donnant sa fille, le remercia de l'honneur qu'il lui faisait \

* Saint Louis demandait cette jeune princesse pour son fils aîné Louis. Ce mariage ne fut point consommé. Dutillet, dans Tinventaire du roi saint Louis, en parle en ces termes : « Traicté de mariage de Môsieur Loys de France, fils aisné du roy saint Loys, avec madame Bérengaire, fille aisnée d'Alphons et Yoland, roine de Castille, doiiéc de o,000 livres

Sur ces entrefaites, le roi supportait chaque jour de grandes dépenses pour soutenir la guerre d'Apulie, et avait fourni des sommes considérables pour l'expédition peu fructueuse dont nous avons parlé. L'élu à Tolède puisait quotidiennement dix ou douze marcs dans Pescarcelie du roi. De plus, un nouveau sujet d'engloutir des trésors venait de se présenter. En effet, Thomas, jadis comte de Flandre^ oncle de la reine et frère de Tarclievêque de Cantorbéry, avait suscité une nouvelle guerre contre les habitants de Turin et contre la ville d'Asti. Afinde soutenir cette guerre et d'y metlre un terme, il fallait que le roi, Téglise de Cantorbéry, et même la reine, contribuassent pour une forte somme d'argent. C'est ainsi que le seigneur roi, qui tout nouvellement avait diminué de beaucoup ses revenus pour faire une part à son fils, se trouvait de tous côtés tiraillé et déchiré par des inquiétudes et des soucis.

Or, à la même époque, l'évéque de Hereford, Pierre de Aigueblanche, dont la mémoire exhale comme une détestable odeur de soufre, vint trouver le roi, sachant bien qu'il désirait acquérir des trésors de toutes ses forces, et qu'il en avait besoin, et insinua à ses oreilles ce conseil venimeux, en lui disant : « Con- « sens, monseigneur, à mon projet, et non-seulement « je relèverai ton indigence, mais encore je ferai en « sorte que tu abondes en trésors jusqu'à en avoir

tournois de rente, et est réservé que deffaut suruenant en leurs personne» empeschf ra Tobligation de parachever le dit mariage. Ce vendredy aprèi la my-aoust <25o.

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« très-grande abondance. En effet, si tu parviens à me « procurer trois ou quatre sceaux de quelques prélats « recommandables d'Angleterre, comme s'il s'agis- « sait d'une affaire peu importante, je saurai bien, ou « du moins je l'espère fermement, donner à cela « une interprétation nouvelle, qui décidera le sei- « gneur pape à faire en sorte que tous les prélats « d'Angleterre s'obligent, comme forcés et malgré •< eux, à payer une très-grosse somme d'argent pour « satisfaire pleinement ton indigence. » Quand il eut incliné le cœur du roi à consentir, ils se réjouirent tous deux grandement. Aussitôt, l'évêque passa les Alpes, pour mettre ses promesses à exécution, après s'être adjoint pour compagnon un certain Robert Waleran, qui devait l'aider à ensorceler plus facilement le seigneur pape. Quand il fut arrivé à Rome , il trouva le pape triste et confus, à cause des malheurs qui étaient arrivés récemment à l'église. De plus, il était surchargé de tant de dettes, que leur énormité était capable de faire naître justement la stupeur dans Tesprit de ceux qui en auraient connaissance. Or, le roi d'Angleterre était tenu de payer toutes ces dettes, sous peine d'exhérédation. En outre, les marchands transalpins qui faisaient l'usure pressaient le pape, en exigeant sans relâche et d'une manière très-urgente qu'on leur payât ce qu'on leur devait, et ces dettes s'accroissaient considérablement chaque jour, à cause des usures, des peines* et de

' C'est-à-dire sommes qu'on s'engage à p:iyer à titre d'amendes.

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rinlérêt. Tandis que le pape était ainsi dans Tangoisse, l'évéque lui dit : « Saint père, que ta pater- « nité ne soit pas inquiète au sujet de la quantité « et du nombre des dettes, quelque considérables « qu'elles soient; car avant notre départ d'Angleterre, « le seigneur roi, le très-habile chevalier que voici « et moi, nous avons trouvé une voie sûre, et un « moyen certain pour que tout soit payé sans diffi- « culte, pourvu toutefois, qu'avec ta faveur et ta per- « mission, il me soit permis démettre à exécution « les projets dont mon cœur est en travail. En effet, « le seigneur roi, qui est très-dévoué à toi et à l'église « romaine, est si bien disposé et si magnifique « envers l'église et les hommes ecclésiastiques, il leur « rend tant de bons offices, leur confère tant de « présents, en pièces de soie, en édifices, en cierges, « en cadeaux précieux et variés, qu'il s'est concilié la « bienveillance de Dieu et de tous les hommes. Sem- « blablement, il octroie à ses seigneurs tant de pré- « sents en terres, gardes, et revenus, qu'il doit être « considéré, à juste titre, comme très-cher à tous. « Dernièrement, quand il a passé par la France, il « a conféré aux églises tant de coupes d'argent, de ta- « pis et do colliers, et aux seigneurs et prélats de « France tant de présents en vases , anneaux , « ceintures et fermoirs, précieux tant par la main- « d'œuvreque par la matière, qu'il a excité l'admira- « tion et les éloges des Français, et que par là la re- « nommée des Anglais a pénétré jusqu'aux astres. « C'est pour cela que les Anglais désirent ardemment

n2 HliNIll m.

« se.saigner et se Jjrever eux-mêmes, ot qu'il leur 44 plairait beaucoup, d'après ton commandement, « de s'obliger de manière à être forcés, par une « volonté pieuse, de délivrer de toutes dettes le sus- « dit roi, qui leur est cher. » Puis, lui montrant les lettres qu'il avait extorquées de certains prélats, avec une adresse de renard, et qu'il avait signées de leurs sceaux', il se renditcroyablesur les mensonges qu'il veiiait de débiter, et séduisit plus facilement le pape parses tromperies. Alors le pape : « Très-cher « frère et ami, fais à cet égard ce quo te dictera ton « habileté, que nous ne pouvons assez louer. »

L'évêque d'Héreford s'étant donc adjoint quelques cardinaux qui disposaient à leur gré du sceau du pape, et par le conseil desquels le pape accomplissait les entreprises téméraires de son prédécesseur, il obligea, comme il lui plut, les prélats d'Angleterre qui ignoraient tout à fait celle fraude, et d'une manière si lourde, que si toutes les vexations passées eussent été rappelées et mises ejisemble, elles auraient pu paraître légères en comparaison de la présente exaction; et il ajoula dans les lettres quelques mensonges manifestes, disant, par exemple, que chacun des prélats était tenu de payer à tel ou tel marchand de Sienne ou de Florence une certaine somme d'argent qu'il avait reçue à titre de prêt, pour expédier utilement quelques affaires relatives à leurs églises, tandis qu'au contraire aucun prélat n'avait eu connaissance d'un pareil empruiit, par ses yeux ou pfir ouï dire^ et que jamais il n'en avait même été

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question. Si les prélals n'avaient point payé dans le plusbref délai cequ'on leurimposait, cesiisuriers, que les Français appellent vulgairement bougres, auraient plein pouvoir de punir par des sentences de toute espèce les prélats des églises, innocents serviteurs de Dieu, de les condamner à de lourds dommages, et de les fatiguer par des angoisses, comme la suite du récit le fera voir en temps et lieu.

L'ÉPOUSE d'Edouard aborde a Douvres. — Etat déplorable DU ROYAUME d' ANGLETERRE. ~ EdMOND , FILS

pu ROI d'Angleterre, est investi du royaume de Sicile. — Le roi empêche l'élection de l'archevêque d'York. — Persécution contre les Juifs a cause d'un enfant qu'ils avaient crucifié a Lincoln.— Dix-huit Juifs sont traînés au gibet et pendus. — Cette même année, à savoir vers la léte de saint Denis, tandis que le roi, revenant des pays du nord de l'Angleterre, se rendait à Londres pour assister à la solennité de saint Edouard, dans la quinzaine de la saint Michel, Alienor, sœur du roi d'Espagne et épouse d'Edouard, aborda à Douvres en grande compagnie et en grande pompe; en sorte que l'arrivée d'un si grand nombre d'Espagnols était suspecte à toute l'Angleterre, et qu'on craignait qu'ils ne s'emparassent violemment du royaume. Le roi ordonna qu'elle fût reçue avec tous les honneurs et le respect possibles tant à Londres qu'ailleurs, mais surtout à Londres, avec des processions et des cierges, au son des instruments et des chansons, cl au milieu des solennités les plus

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recherchées et de tous les signes de la joie. Au moment où elle arriva, les habitants de Londres allèrent à sa rencontre, revêtus de leurs habits de fête et sur des chevaux richement harnachés. Quand cette très-noble bru fut arrivée au logement qui lui avait été assigné, elle le trouva garni de draperies tout en soie, e{ de tentures suspendues qui lui donnaient l'apparence d'un temple ; le pavé était même recouvert de tapisseries, comme on avait déjà fait pour le logement de Télu à Tolède : c'étaient les Espagnols qui avaient pourvu à cet arrangement, probablement selon la coutume de leur pays; mais la superfluité de ce faste excitait la dérision et les moqueries du peuple. Or, les personnes graves et les hommes circonspects, pesant les événements futurs, tiraient de leurs poitrines de profonds soupirs en considérant avec les yeux de la prudence les transports d'allégresse que le roi faisait éclater pour tous les étrangers. En effet, jes honneurs rendus auxEspagnols étaient bien capables de faire naître l'admiration et la stupeur de tous. Les Anglais s'affligèrent donc inconsolablement de ce qu'entre toutes les nations ils étaient avilis devant leur propre roi plus que tous les autres, et de ce qu'une extermination irréparable les menaçait.

De plus, des bruits très-fâcheux se répandirent : à savoir, qu un légat ou qu'un clerc papal armé des pouvoirs d'un légat avait été envoyé a latere par le seigneur pape, qu'il apparaissait déjà aux portes, et n'attendait plusqu'unventfavorable.Orcetenvoyédevait être prêt et disposé à tout faire de ce qui pouvait

ruiner TADglelerre eu général; il devait avant tout seconder le roi et enchaîner dans les liens de ranathème tous ceux qui s'opposeraient à la volonté royale, qui était tyrannique. Ce qui effrayait en outre, et jetait dans un abîme de désespoir les prélats aussi bien que les seigneurs d'Angleterre, c'était que le roi, avec une astuce odieuse, avait attiré peu à peu les étrangers; qu'il avait séduit et ligué avec lui successivement la plupart des grands d'Angleterre, tels que les comtes de Glocester, de Warenne, de Lincoln et deDevon, ainsi que beaucoupd'autres nobles; qu'il avait enrichi ses frères, ses cousins et ses alliés avec les dépouilles des indigènes; de telle sortequesi l'assemblée générale du royaume prétendait tenir ferme pour ses droits contre le roi, elle n'aurait aucun moyen de répression, ni aucun pouvoir de contradiction contre le roi et ses étrangers. Le comte Richard, qui était regardé comme le premier d'entre les seigneurs, se tenait dans la neutralité. Semblablement les autres n'osaient murmurer. L'archevêque de Cantorbéry, qui aurait dû être comme un bouclier contre des attaques hostiles, était embarrassé d'affaires diverses et séculières, s'inquiétait fort peu de son troupeau en Angleterre, et se trouvait dans des pays d'outremer fort éloignés. Les magnanimes défenseurs du royaume, tels que l'archevêque dTork, Robert, évêque de Lincoln, Guarin de Muntchensil, et plusieurs autres, avaient été enlevés de ce monde. Pendant ce temps, les Poitevins, frères du roi, les Provençaux, les Espagnols et les Romains s'enrichissaient de re-

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venus qui s'accroissaient chaque jour, et grandissaient en honneurs à Texclusion des Anglais.

Après la fête de sainte Lucie, une nombreuse multitude de seigneurs se réunitconvoquée par édit royal. Or, l'évêque de Bologne * était venu en Angleterre trouverle roi de la part du pape, et apportait aveclui un anneau au nom du même pape. Il conféra cet anneau à Edmond, fils du roi, et l'investit solennellement du royaume de Sicile et d'Apulie. Aussi le cœur du roi triompha et fut gonflé d'orgueil, comme s'il avait déjà reçu les hommages de tous les Siciliens et Apuliens, qu'il fût maître des villes et des châteaux, et que son ills eût été couronneroi.il appela même publiquement son fils Edmond roi de Sicile. Or, le susdit évêque ignorait, à ce qu'on croit, que l'armée du pape eût été écrasée, que le trésor du roi d'Angleterre eût été totalement perdu et qu'il fût de plus obéré terriblement de dettes; ou du moins, s'il savait tout cela, il feignit adroitement de n'en pas être instruit, afin de ne pas perdre les présents qui lui étaient préparés. Quant aux roi el aux seigneurs, certes ils ignoraient la nouvelle. Aussi dès que l'évêque eut reçu des présents précieux, il se hâta de retourner dans son pays, avant que la vérité fût connue en Angleterre. Le roi s'étant avancé avec empressement vers l'autel en présence des grands, et se fiant beaucoup dans l'assistance du pape , jura par saint Edouard qu'il passerait dans TApulie. Son unique souci était de savoir comment il

Nous adoptons ici la variante. Le texte donne faulivemcnt Ra-. maniœ.

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traverserait en paix le royaume de France avec son armée et ses trésors. C'est pourquoi il songea aussitôt à choisir celui qu il enverrait au roi de France pour lui demander cette permission ; de plus, il pensait que par la suite il redemanderait impérieusement au même roi et recouvrerait puissamment ses provinces d'outre-mer , parce que la France entre TApulie et TAngleterre se trouverait comme prise et écrasée, pour ainsi dire, entre deux meules. Or il y envoya le seigneur Jean Mansel. Mais ce fait sera racojité plus tard en son temps.

A la même époque, le roi fit différer et empêcher autant qu'il le put Téleclion d'un archevêque à York, afin de piller plus longtemps et plus librement les biens de cet archevêché. Or, il disait : « Jamais au- « paravant je n'ai tenu eu ma main cet archevêché ; « il faut donc bien prendre garde qu'il ne m'échappe " de sitôt. » Enfin les chanoines élurent ou postulèrent unanimement maître Sewal, doyen de cette même église, homme modeste, pieux, et remarquablement instruit dans le droit et dans les autres sciences. Maître Roger de Holdeiness, homme habile et gracieux, ayant été envoyé par eux [à Rome], cette affaire fut heureusement conduite à bonne fin, comme on le dira dans la suite.

Cette même année, vers la fête des apôtres Pierre et Paul, les juifs de Lincoln volèrent un enfant nommé Hugues, qui était âgé de huit ans; et l'ayant renferme dans une chambre très-secrète où ils le nourrissaient de lait et des autres aliments qu'on

donne aux enfants, ils écrivirent dans presque toutes les villes d'Angleterre où il y avait'des juifs, invitant quelques juifs de chaque ville à venir assister au sacrifice qui aurait lieu à Lincoln, à la dérision et à l'opprobre de Jésus-Christ : car ils avaient, disaientils, un enfant qu'ils tenaient caché pour le crucifier. Beaucoup de juifs se rassemblèrent à Lincoln, et quand ils furent rassemblés, ils établirent un juif de Lincoln pour servir de juge et tenir la place de Pilate. Sur son jugement et avec l'assentiment de tous, l'enfant fut torturé de toutes manières. On le frappa jusqu'à ce que le sang jaillît et que son corps fût tout livide, on le couronna d'épines, on l'accabla de railleries, on le couvrit de crachats ; puis chacun le piqua avec la pointe de ces couteaux qu'on nomme dagues, on lui fit boire du fiel, on se moqua de lui avec des injures et des blasphèmes, et tous rappelèrent Jésus faux prophète à plusieurs reprises et eu grinçant des dents. Après qu'ils l'eurent tourmenté avec une rage ingénieuse, ils le crucifièrent et le frappèrent d'une lance au cœur. Quand l'enfantent expiré, ils détachèrent son corps de la croix et en arrachèrent les entrailles, on ne sait pour quel motif. On croit cependant que c'était pour des opérations magiques. Cependant la mère de cet enfant cherchait soigneusement depuis quelques jours son fils absent ; enfin les voisins lui dirent qu'ils avaient vu récemment Tenfant qu'elle cherchait jouant avec des enfants juifs de son âge et entrant dans la maison d'un certain juif. Celte femme pénétra donc aussitôt dans

la maison désignée et vit le corps de son enfant précipité dans un puits. Les baillis de la cité ayant été prudemment convoqués, le corps fut retrouvé et retiré du puils. Ce spectacle lamentable * fut exposé aux yeux du peuple, et cette femme, qui était la mère de Tenfant, excita aux larmes et aux soupirs, par ses plaintes et par ses cris, tous les habitants qui s'étaient amassés sur ce point. Le seigneur Jean de Lexinton, homme circonspect, discret, et de plus élégamment lettré, assistait à cette scène : « Nous avons déjà ap- «< pris, s'écria-t'il, que les juifs n'ont pas craint de « commettre de pareils attentats à Topprobre de (t notre Seigneur Jésus-Christ mort sur la croix. » Puis ayant fait saisir le juif dans la maison duquel Tenfant était entré en jouant, et qui, pour cela, était plus suspect que les autres, il lui dit: « Misérable, « tu ignores qu'un prompt supplice t'attend. Tout « l'or d'Angleterre ne suffirait pas à te délivrer ou à « te racheter. Toutefois je le dirai, quoique tu en sois « indigne, comment tu pourras sauver ta vie et em- « pécher que tes membres ne soient mutilés. Je te « garantis l'un et l'autre, si tu ne crains pas de me dé- « voiler sans aucune fausseté tout ce qui s'est passé « en cette circonstance. » Alors ce juif, qui s'appe^ lait Copin, croyant avoir ainsi trouvé un moyen d'échapper, répondit en disant: « Seigneur Jean, si tu « mesures les faits aux paroles, je te révélerai dea « choses surprenantes. » Le seigneur Jean l'ayant

' MirabUc. Nous lisons et nous traduisons m>J>einhitc.

^ îo HKNKi m.

exhorté et stimulé adroitement à le faire, le juif re prit : « Ce que disent les chrétiens est vr.n. Les juifs « crucifient presque tous les ans un enfant, à Top- « probre et en dérision de Jésus. Mais on ne deft couvre pas cela tous les ans ; car ils font ce sacrifice « secrètement, dans des lieux retirés et à l'abri de « tous les yeux. Or, nos juifs ont crucifié immiséri- « cordieusemeut cet enfant qu'on appelle Hugues : « quand il eut expiré et qu'ils voulurent cacher son « corps, on ne put parvenir ni h Fenfouir en terre a ni à le cacher ; car ils n'avaient plus besoin du corps « de l'innocent dont ils n'avaient plus d'augure à « tirer. Or, c'est pour cela qu'ils l'avaient éventré V

* Matt. Paris semble douter plus haut de cette circonstance, et son récit présente également plusieurs faits qui tendent à atténuer l'accusation, sinon à la détruire complètement. La dénonciation de Copin ne porte point le caractère de la véracité et l'on voit aisément pourquoi on s'empresse de le faire disparaître, en choisissant pour le supplice les plus riches des juifs. L'antipathie des hommes du moyen âge contre les juifs, le merveilleux que l'imagination ajouta a cet événement, lui donnèrt-ut un grand retentissement ; et l'on a conservé une complainte en vieux ver* français sous ce titre : Passio pueri Hugonis de Lincolnia. Nous y lisons :

« Agon li Ju respondist tant :

« Bai lez méi icel enfant

« Pour trente deners ben pesant ;

« Vei-les ici demaintenant, etc. »

On y trouve la preuve que les juifs étaient accusés d'acheter ou de vendre des enfants chrétiens ; mais aussi faisons remarquer la différence des versions, puisque Matt. Paris ne dit point que les juifs de Lincoln se fussent procuré l'enfant par ce moyen. Ces considérations suflisent-elles pour faire disparaître le fait principal ? nous ne le pensons ^as : et quoique nous soyons loin de nous associer à des préjugés qui ont entraîné même de nos jours de si déplorables résultats, nous croyons devant lu masse do

ÀNNÉI^ 1255. ^4^

t« Quand on crut le matin qu'il était caché, la terre « le rejeta et le revomit, et le corps apparut quelques « instants sans sépulture sur la surface de la terre, '« ce qui giaça les juifs d horreur. Enfin il fut préci- « piié dans un puits, mais sans que Ton pût encore « réussir à le dérober à la vue. N*"**, mère de Ten- « faut en s'enquérant de tous ces méfaits ', a flni par « trouver le corps^et a fait sa déclaration aux baillis.» Le seigneur Jean retint le juif bien enchaîné; et quand les chanoines de Téglise cathédrale de Lincoln furent instruits de Taffaire, ils demandèrent que le corps de Tenfanl leur fût remis. On le leur accorda, et lorsqn^il eut été bien considéré par une foule de peuple, il fut enseveli honorablement dans Téglise de Lincoln, comme étant le corps d'un précieux martyr. Il faut savoir que les juifs avaient gardé cet enfant vivant pendant dix jours, et l'avaient nourri de lait pendant tout ce temps, afin qu'il souffrît vivant des tortures de toute espèce. Mais à son retour des pays du nord de l'Angleterre, îe roi, instruit de ce qui s'était passé, réprimanda le seigneur Jean de ce qu'il avait promis la vie et les membres à un si grand scélérat, ce qu'il ne pouvait prendre sur lui. En

faits fournis par les chroniqueurs que ces faits ne sont point tous inventés à plaisir. Seulement il est plus que probable que le crime commis à Lincoln, comme les crimes du même genre commis ailleurs, était Toeuvre (le quelques fanatiques isolés, et non la suite d'un usage monstrueux pratiqué par tout un peuple. Ce fanatisme s'explique d'ailleurs par les cruelles persécutions que les juifs subissaient au nom du Christ.

* Mater N. improba omnia perscruiando^ dit le texte. Le sens de ce membre de phrase n'est point clair.

effet, ce blasphémateur et cet homicide avait mérité de mourir de mille morts. Aussi, quand ce coupable se vit menacé d'un jugement irrévocable, il dit : « La « mort m'attend, et je vais périr sans que le seigneur « Jean puisse me sauver. Maintenant je dois dire la « vérité à vous tous. Presque tous les juifs d'Angle- « terre avaient consenti au meurtre de cet enfant « dont les juifs sont accusés, et dans presque toutes « les villes d'Angleterre où les juifs habitent, quel- « ques-uns d'entre eux avaient été choisis et convo- « qués pour assister à rm)molation de cet enfant « comme à un sacrifice paschal. » Après qu'il eut prononcé ces mots et d'autres paroles odieuses, il fut lié à la queue d'un cheval, traîné à la potence et présenté en corps et en ame aux mauvais démons des airs. Les autres juifs qui avaient trempé dans ce crime, au nombre de quatre-vingt-onze, furent conduits à Londres dans des chariots et enfermés dans les prisons. S'ils inspirèrent quelque pitié à certains chrétiens, leur i-ort fut déploré avec des yeux secs par les Caursins leurs rivaux.

Ensuite, sur l'enquête des justiciers du seigneur roi, on découvrit et on décida que les juifs d'Angleterre avaient tué, d'un avis commun, un enfant innocent, en le crucifiant après l'avoir flagellé pendant plusieurs jours. Bientôt, en punition de cette iniquité, la mère dudit enfant ayant poursuivi instamment par-devant le roi son appellation contre les juifs au sujet de cette mort, le Seigneur Dieu des vengeances leur donna une juste rétribution selon

leurs mérites. En effet, le jour de saint Clément, dixhuit des juifs les plus riches et les plus puissants de la ville de Lincoln furent traînés aux fourches neuves qui avaient été préparées spécialement pour cette circonstance, et y furent laissés pendus au vent. Plus de vingt-trois autres furent gardés en prison dans la tour de Londres pour subir un semblable jugement.

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