‹ Grande chronique; (volume 2)Chapitre 4 sur 16 · ANNI:E · texte numérisé non relu

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In fete do la bienheureuse Lucie, Lucas, archevêque de Dublin, alla où va toute créature. Il avait été promu à rarchevêchc de Dublin, grâce aux moyens violents employés par Hubert de Bourg, jadis justicier, dont le même Lucas était le chapelain ; mais Dieu lui imposa, pour pénitence et pour rédemption, la cécité corporelle, et le flagella miséricordieusement pendant plusieurs années.

De nouveaux partisans s'attachent a Manfred. — Seconde réunion des prélats devant Rustand. — L'élu A Tolède et l'évêque de Bologne quittent l'Angleterre. - Paroles insolentes de Rustand. — Dissension entre l'évéque de Bath et l'abré de Glastonbury. —Récapitulation des principaux morts. — Coup d'oeil SUR l'année ^255. — Tandis que ces choses se passaient en Angleterre, la roue de la fortune causait de prodigieuses vicissitudes dans les pays d'au delà des Alpes. En effet, ceux qu'elle avait élevés au faîte peu de temps auparavant, elle les plongea dans un abîme de confusion. Quand les armées du pape eurent été dispersées, et que les Apuliens apprirent que le pape avait conféré leur terre, sans leur consentement, à un certain Anglais inconnu et étranger^ ils s'indignèrent grandement; et ils furent transportés d'une plus grande fureur encore, de ce que le pape s'efforçait de précipiter les croisés sur les Apuliens, pour les exterminer, comme s'il s'agissait d'infidèles. C'est pourquoi tous les Apuliens se soumirent au seigneur Manfred ; et tous, même ceux qui

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jadis avaient pris parti pour le pape, tinrent ferme pour Manfred, et lui formèrent, contre le pape, une nombreuse armée.

A la même époque, tandis que Tuniversité de tous les prélats d'Angleterre était rassemblée de nouveau à Londres devant maître Bustand, et fort tourmentée par des discussions quotidiennes, on mit en avant Tabsence de TarcheveGue de Cantorbéry qui demeurait dans les pays d'outre-mer , la vacance de Téglise d'York , qui est la seconde du royaume, et l'absence de quelques évêques, et Ton obtint un délai jusqu'à la fête de saint Hilaire pour donner une réponse précise sur ce que le seigneur pape demandait par la bouche de maître Rustaud, parce qu'alors, rassemblés tous ensemble au même lieu, les prélais répondraient efficacement et formellement. C'est ainsi qu'ils retournèrent sans accord chacun chez eux , après avoir éprouvé des dommages, des dépenses et des ennuis, ignorant même ce qu'ils feraient; car, si ledit maître Rustaud suspendait ou excommuniait quelqu'un, soit justement, soit injustement, le roi, semblable à un lion qui se tient caché cherchant une proie à dévorer, confisquerait et pillerait tous les biens du prélat excommunié , au bout des quarante jours. Le pape et le roi, confédérés comme le pasteur et le loup pour l'extermination des brebis , les menaçaient tous de la ruine. Aussi désormais ils furent divisés, comme des aveugles qui latent la muraille , et chacun d'eux s'efforçait, selon la coutume des Anglais, de pour-

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voir h son propre salut; tandis que s'ils avaient envoyé à la cour romaine, d'après l'avis commun, un syndic qui parlât pour eux tous, ils auraient joui communément d'une heureuse paix.

Cependant Télu à Tolède et l'évêque de Bologne, ayant appris certainement que les forces du pape étaient brisées et énervées, et que le seigneur roi serait précipité dans une très-grande perte et confusion, ne voulurent pas découvrir la vérité ; mais quand ils furent enrichis par des présents inappréciables, ils se retirèrent peu à peu et retournèrent dans leur pays ainsi que tous ceux qui avaient infatué le roi par de fausses promesses, à Texception de maître Rustaud qui demeura, soutenu qu'il était encore par la simplicité royale. Or quand cette cruelle déception et la confusion du pape eurent été annoncées authentiquement au roi, il aurait dû se lamenter incousolablement, sil eût su se lamenter ; il aurait été confondu jusqu'à amertume de cœur, s'il avait connu la honte. S'il avait eu un peu de cœur, il aurait recherché une vengeance convenable, après avoir été provoqué par tant d'injures et accablé de tant de dommages. Mais efféminé et fasciné qu'il était, il s'abandonnait encore, après tant de déceptions, aux conseils des étrangers et des ennemis du royaume, et ne daignait pas se rendre aux persuasions salutaires de ses sujets naturels. On pourra s'en convaincre indubitablement par les paroles insolentes et absurdes que le même Rustand adressa à la lin de l'assemblée susdite, en présence de tous les vni. ^ ^

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assislaiils, à un certain lionime qui se plaignait de celle exaction si injuste du pape. Il lui dit : « Si ce « n'était par respect pour les évêques ici présents, « tu ne resterais pas impuni, tant que tu aurais un « poil sur la tète. » Voilà une parole présomptueuse et téméraire, par laquelle on peut juger que la protection du roi lui faisait lever les cornes. Semblablement le même Rustaud répondit à maître Léonard, qui était chargé de prendre la parole au nom des évoques: « Sont-ce là les discours d'autrui que « tu es chargé de prononcer? ou cela vient-il de « toi? » et il ordonna que ces paroles fussent mises en écrit, comme pour les communiquer au seigneur pape. Aussi , quoique maître Léonard n'eût rien dit qui ne fût conforme à la vérité ou à la raison , il redouta fort de perdre ce qu'il avait, surtout après que les autres se furent refusés à intercéder pour lui. On prétend que les obligations contractées par le roi envers le pape montaient à deux cent mille livres, sans compter les cinquante mille livres sterlings que Tévêque de Eléreford avait obligé à leur insu les prélats d'Angleterre à payer aux marchands.

Vers le même temps, une grande discussion s'éleva entre Tévêque de Bath et l'abbé de Glastonbury ; aussi Tévêque se mit en route pour passer les Alpes, 4ifin de terminer ce procès à Rome. Or le roi favorisait les prétentions de l'abbé, sans considérer les fatigues et les dépenses de toute espèce que Tévêque avait souffertes cette même année dans son voyage en Espagne et dans les parties les plus reçu-

lées de l'Espagne, ainsi qu'au retour; tout cela pour complaire au roi qui Ten priait.

Cette même année-là, ou dans les temps voisins de cette année *, moururent Tarchevêque d'York , Gaultier de Gray, l'évéque de Saint-David, Thomas le Gallois, l'évéque de Lincoln Robert, maître Guillaume le Loup, archidiacre de Lincoln , Guillaume , roi d'Allemagne et comte de Hollande, et beaucoup d'autres nobles et vilains qui furent ou passés au fil de l'épée, ou noyés sur les confins de la Flandre et du Brabant ; maître Robert de Tortone [?], archidiacre en cour romaine, qui y demeurait faisant fonctions de lecteur en théologie ; Gilles l'Espagnol et Guillaume, neveu du pape Innocent , tous deux cardinaux de la même cour ; Guarin de Muntchensil , baron noble et riche, qui fit un grand et magnifique testament , comme nous l'avons dit ; Arnauld du Bois, l'un des grands forestiers d'Angleterre, homme de bonnes mœurs et très-vaillant dans les armes; Jean le Romain, chanoine d'York, avare, chicanier, très-riche, et vieux. — Parmi les familiers du roi, moururent Févêque de Salisbury Guillaume , qui, entre autres actions séculières, en commit une qui amassa sur sa tête une infinité de malédictions ; Guillaume de Haverhulle, trésorier du roi; Pierre Chaceporc, qui mérita de clore sa vie par une fin glorieuse , après avoir fait un magnifique testament; Robert Passelève ,

' C'est-à-dire avant et après.

Richard, maîlre-queux de la maison du roi, <jui avait gagné beaucoup d'argent et qui laissa en mourant, à ce qu'on prétend, environ cinq mille marcs ou plus. Parmi ceux qui faisaient partie de la maison particulière de la reine, moururent le seigneur Robert Muscegros , sénéchal de ladite reine; Gaultier de Bradel , trésorier de la même reine , et maître Alexandre, [)hysicien , trois hommes dignes de tout éloge. De tous ceux que nous venons de citer, le plus méritant fut Gaultier de Gray, archevêque d'York ; si quelqu'un doutait de son habileté et de sa fidélité, la manière dont il gouverna le royaume quand le roi se trouvait en outre-mer, suffirait à le prouver. Cette même année moururent dans les pays de Gascogne quelques seigneurs qui y faisaient la guerre au service du roi. Jean le Français, cle>*c et conseiller spécial du roi, grand persécuteur des communautés de Selby et de Sainte-Marie à York, fut aussi frappé d'une maladie paralytique qui le mina jusqu'à la mort.

Ainsi se passa cette année, très-funeste pour l'église romaine et pour la cour papale, si elles font cas de la dévotion des peuples. En elTet, la dévotion que les prélais et les peuples avaient coutume de témoigner à notre mère l'église romaine, et à notre père et pasteur leseigneur pape, était entièrement éteinte. Si cette cour avait déjà fait saigner maintes fois les fidèles du Christ jusqu'à amertume du cœur, janmis cependant elle ne blessa si mortellement les serviteurs du Christ tous en général et chncun en parli-

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culier^ qu'elle ne le lit eetle année et l'année suivante. En effet, les innocents sont forcés de sacrifier aux idoles et de renier comme des apostats la vérité qui est Dieu ; et outre cela ils sont dépouillés violemment de leurs biens temporels; ce qui, bien qu^intolérable, est pourtant regardé comme plus tolerable encore. Nous avons jugé à propos d'insérer dans cet endroit de notre livre les vexations que cette année a amenées pou rT Angleterre. Les privilèges ( t indulgences des saints sont cassés, et on n'en fait point cas : ce qui n'a pas lieu sans qu'ils en soient offensés; car, selon les paroles de l'évêque de Lincoln Robert, le pape exerce son pouvoir dans ce qui se fait pour l'édification et non dans ce qui se fait pour la ruine. En ce qui touche la promesse du dixième octroyé pour trois ans, on change subitement et secrètement les trois ans en cinq ans. Nouveauté inouïe sur terre ; car les laïques ont toujours eu coutume de payer la dîme aux prélats ; et c'est seulement aujourd'hui que les prélats sont forcés de payer la dîme aux laïques. Ce dixième avait été accordé pour secourir la Terre-Sainte, et nous sommes obligés de l'appliquer à conquérir TApulie contre des chrétiens. Ce dixième avait été accordé pour l'observation de la charte que le susdit roi Henri était tenu de maintenir, et cependant celte, charle n'est point observée. Ce dixième avait été accordé pour êtredislribué par parties, d'aprèspro\ision préalable, au roi <jni devait partir en Terre-Sainte, et non pas pour que nous soyons forcés maintenant,

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par la plus injuste des obligations, de supporter do plus lourds fardeaux, de mentira plusieurs reprises, et de proférer un faux serment, ce qui est défendu au nom de Dieu dans les deux Testaments. Nous sommes forcés de fixer des termes de paiement que nous ne pouvons en aucune façon observer, pour que nous tombions dans les filets des usuriers des Romains qui, nous le savons, sont leurs compagnons et partagent avec eux. On donne pouvoir à des personnages tout à fait indignes sur de nobles églises et sur les respectables prélats de ces églises. Les prélats sont vendus comme des bœufs et des ânes ; et c'est là le dernier degré de la servitude. Voilà les vendeurs qu'il faut chasser du temple et flageller. Mais comme il est plus ignominieux de commettre violemment une injustice que de la subir, on doit croire, dans un esprit d'innocence, que les clameurs et les plaintes à cet égard monteront jusqu'au Seigneur Dieu des vengeances. Cette année, dis-je , quoique nos mérites n'en fussent pas dignes, fut abondante en fruits de la terre et des arbres, en sorte que la charge de blé descendit à deux sols et celle d'avoine à douze deniers. Cette même année aussi, la haine invétérée que la comtesse de Flandre, cette autre Médée de malheur, avait suscitée, s'accrut tellement et causa une si grande accumulation de maux, qu'elle fut suivie d'un horrible njassacre d'hommes. En effet, peu de temps auparavant, le sang chrétien versé, d'une manière déplorable pour tous les siècles, tant du côté des Français que du

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côté des Al leina lids, avait excité à la vengeance tous ceux qui avaient quelque perte à pleurei'. Aussi Saturne, qui est la plus lugubre de toutes les planètes , •lominera en tous points dans son domicile '. C'est pour cela qu'Ovide a appelé Saturne porte-taux , parce qu'il fait tomber tout ce qui verdoie et donne ia mort à ce qui a vie. Cette année fut tolerable pomla Terre-Sainte, à cause de la trêve et de la paix précaire qui avaient été conclues pour dix ans. Quant aux Juifs, elle fut très-sanglante pour eux.

Le roi célèbre a Winchester les fêtes de INoel. — Eclipse de soleil. — Les prélats anglais n'osent

MURMURER CONTRE KUSTAND. — IlS SE DÉCIDENT A ENVOYER

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