‹ Grande chronique; (volume 2)Chapitre 6 sur 16 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

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A cette iiiéine époque de raïuiée, inourul révéque (le Salisbury , Guillaume d'York, qui dès sa jeunesse avait été le nourrisson de la cour et avait été promu par elle à l'évêché de Salisbury. Entre autres occupations séculières auxquelles il était adonné, il introduisit pour loidans le royaume une coutunie odieuse, à savoir que tout tenancier et sujet, quelque petit que lût le tenement, ferait suite de cour ', même malgré lui, au supérieur de qui il tenail, au grand dommage et détrinnent des sujets , tandis que les supérieurs y gagnaient peu ou point d'avantages : aussi ceux qui n'avaient jamais fait ce service s'étonnaient de s'y trouver forcés. Or ledit évéque fut délivré des soucis et des sollicitudes de ce inonde le 2 avant les calendes de février, et alla courir les chances périlleuses auxquelles s'exposent, à ce qu'on croit , les séculiers elles courtisans; car leurs œuvres les suivent.

L'archevêque de Cantorbéry opprime l'église de Rochester. — L'intervention des Mineurs dans l'af-

' Spelman récusecomine erronée l'accusation de Mntt. Paris. Quoiqu'il en soit, on appelait secta ou sequela niriœ le service que le feudataire était tenu de faire en fréquentant la cour du seigneur, et ce terme n'est pas sans analogie avec ce qu'on nommait service du p!md. 11 était dû dans l'origine trois fois par an, et tous les vassaux n'y étaient point soumis, mais seulement ceux qui y étaient tenus par charte d'inféodation. Malt, l'âris distingue plus loin la séria ruriœ do la cJientela ou sergeantie. La grande sergeantie était un service militaire restreint aux limites du royaume, et incombait seulement aux tenanciers immédiats de la couronne. La petite sergeantie consistait à suivre à cheval le seigneur ou la dame, à porter les lettres, à nourrir les lévriers et les chiens, k changer les oiseaux de chasse, à se charger des arcs et des flèches, etc.

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tAiRE DES Juifs de Lincoln est mal interprétée par le PECPLE. — Le sénateur de Rome est jeté dans les fers.

— Le roi de France tient un parlement général. — (jUErre au sujet de la captivité de Thomas de Savoie.

— Jean de Darlington est appelé au conseil du roi d'Angleterre. -^ Le roi ceint le baudrier militaire au roi DE Man. — Guillaume de Hollande est tué PAR LES Frisons. —Mort de la comtesse de Warenne.

— Vers le même temps, larcbevêque de Cantorbéry Boniface, en grevant l'église de Rochester et en envahissant ses possessions , encourut de son fait un très-grand blâme, puisque Ton disait que l'église, dont il devait être le défenseur, était opprimée par lui. Or, Tévéque de Rochester étant venu se plaindre, en pleurant, d'unesi grande injustice au seigneur roi, qui pouvait lui donner vengeance, le roi répondit, en baissant la tête : « Je ne puis le fléchir à la justice « ou h rhumilité, et je n'ai garde d'offenser ou « d'attrister un homme de si illustre naissance^ une « famille si puissante, et surtout la reine. »

A la même époque, comme plusieurs Juifs réputés infâmes à cause de la mort misérable de Tenfant crucifié à Lincoln , devaient être mis à mort, d'après le serment de vingt-cinq chevaliers, vi étaient emprisonnés à Londres au nombre de soixante et onze, pour être pendus, ils envoyèrent, à ce que prétendent leurs ennemis, des messagers secrets aux frères Mineurs, afin qu'ils inten'édassent pour eux, et les délivrassent de la mort et de la prison quoiqu'ils fussent dignes de la mort la plus ignominieuse.

^$0 HKINRI 111.

Les frères Mineurs (à ce (|ue rapporte le monde, si toutefois on doit croire aux bruits du monde en pareille occurrence) furent gagnés à prix d'argent , et, par leurs prières et leur intercession, délivrèrent les Juifs delà prison et de la mort qu'ils avaient méritée; mais on doit penser pieusement, à mon avis, que les Mineurs furent guidés par l'esprit de piété, parce que, tant que quelqu'un est en route * et fait partie de ce monde, il a son libre arbitre, qu'il peut être sauvé, et qu'on doit espérer encore. Quant au diable et aux damnés manifestes, on n'a rien à en espérer, et il ne faut pas prier pour eux : car il n'y a point d'espérance à concevoir. Or, la mort et une sentence définitive auraient frappé irrévocablement les Juifs d'un seul coup. Toutefois, cette manière d'envisager les choses ne pul excuser les Mineurs, ni empêcher que le scandale ne les dénigrât, tout irrépréhensibles qu'ils étaient; le populaire et les habitants retirèrent leurs mains, et ne leur firent plus sentir leur bienfaisance par des aumônes comme précédemment. Tandis que la dévotion de ceux de Londres s'attiédissait h l'endroit des Mineurs, la charité de ceux de Paris se refroidissait envers les frères Prêcheurs, qui cherchaient à infirmer les coutumes anciennes et approuvées de l'université. Cette même année, les Romains se saisirent de leur sénateur Brancaléon, parce qu'il paraissait aux seigneurs de la ville, ainsi qu'au peuple romain, un

' Jn via. Le sens sentit plus naturel en lisant i}i vila.

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exécuteur trop rigide de la justice et le vengeur iuexorable des fautes. Dès qu'il fut pris et incarcéré, l'épouse dudit sénateur se hâta de se rendre à Bologne, pour raconter en détail aux citoyens de Bologne ce qui avait été fait au sénateur apostolique, kur compatriote, pour le salut duquel ils retenaient environ trente otages. A cette nouvelle, les citoyens de Bologne gardèrent plus étroitement encore les otages qu'ils avaient obtenus en échange de Brancaléon. De leur côté, les principaux de Rome allèrent se plaindre grandement à cet égard au pape, et obtinrent, par l'intervention de quelques cardinaux natifs de Rome, que si les Bolonais ne rendaient pas aux Romains les otages qui répondaient de Brancaléon, la ville de Bologne serait mise en interdit; ce qui fut fait. Mais les Bolonais supportèrent l'interdit, sans vouloir restituer les otages aux Romains. Mn effet, ils savaient, à n'en pas douter, que si les otages étaient rendus, Brancaléon serait aussitôt mis à mort.

Le lendemain de la purification de la bienheureuse Marie , le roi de France tint le parlement * le plus

« Gênerait ssimum parliamentum ( texte hïc ). Cette expression nous parait désigner l'assemblée des barons ( conseil ) tenue en effet en 42o6, et à laquelle saint Louis appela les députés de quelques villes, comme il le fît plus tard en 1262. On sait que la représentation des communes ne devint générale dans les provinces royales que sous Philippe le Bel. Le parlement servant encore à désigner toute espèce de réunion, il n'est pas étonnant que Matt. Paris appelle parHamenium dans le sens anglais une assemblée qui allait devenir les états généraux. Depuis Philippe- Auguste, la cour de baronnic dti roi était ou la cour des pairs, ou son

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général, et le seigneur roi d'Angleterre y envoya des députés spéciaux pour redemander, à ce qu'on pense, ses possessions d'outre-mer. En effet, il croyait être un sujet d'effroi pour les Français , mais il n'y gagna rien qu'un refus manifeste. De plus, il fut instruit, par ses députés, de la défaite irréparable qui avait frappé les armées du pape , et apprit qu'il ne fallait plus songer désormais à la Sicile ou à l'A-^ pulie. C'est pourquoi celui qui avait été envoyé, à savoir le seigneur Jean Mansel, ne demanda pas au roi de France qu'il lût permis au roi d'Angleterre, et à ceux qui viendraient en son nom, d'avoir libre passage à travers le royaume de France , avec une troupe d'hommes d'armes et des trésors, jusque dans

conseil, composé de hauts seigneurs ( laïques et ecclésiastiques ) et de légistes ( chevaliers de justice ), qui y lurent d'abord dans une position inférieure. Gomme le domaine et l'autorité du roi s'étendaient de jour en jour, lë conseil fut contraint de se diviser : une partie resta chargée de l'administration du royaume et fut appelée grand conseil; l'autre, composée surtout de légistes, dut se réunir à la Toussaint, à la Chandeleur, à Pâques et à l'Ascension, pour juger les procès, et retint particulièrement le nom de parlement. Les registres de cette assemblée commencent à l'année -1255. Le parlement, ambulatoire sous saint Louis, fut fixé à Paris par Philippe le Bel, qui le distribua en chambre des enquêtes et chamhre du plaidoyer; et les légistes, égaux aux juges d'épée sous Philippe III, les expulsèrent du parlement sous Philippe IV : ils restèrent seuls quand Philippe le Long en eut aussi exclu les prélats. La cour du parlement ( capiialif; curia ) délibéra quelquefois encore sur des actes d'administration; mais, au temps de la guerre des Anglais, ses fonctions restèrent exclusivement judiciaires, lille remplaça alors la haute cour féodale du roi et jugea les pairs. ( l'inj. DuCANGE, ad verb. Parliamentum. — Voltajre, Hist, du parlement — M. Michelet, Précis. (^CHist.de France^ p;ig. l'iS!, 4()5. )

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TApulie, que la mnniliceiice du pape lui avait conférée pour le com pie de son (ils Edmond. JeanMnnsel revint donc sans rapporter autre chose que des détails certains sur le désastre de Tarmée papale.

A la même époque, Tarchtveque <ie Cantorbéry Boniface, s'étantadjoint Télu à Lyon Philippe, Pierre de Savoie, et une troupe d'hommes d armes non petite, partit pour les pays d'Italie afin de prendre d'assaut la ville de Turin, dans laquelle Thomas de Savoie, jadis comte de Flandre, leur frère, était retenu captif et enchaîné. En effet, ce même Thomas s'était iTKmtré cruel et nuisible pour ses sujets, et les avait traités autrement qu'il ne convenait et au mépris de leurs coutumes. C'est pourquoi les citoyens de Turin, d'Asti et d'autres villes liguées avec eux, ne voulant pas supporter plus longtemps ses violences outrageantes, lui résistèrent en face, malgré l'illustration de sa naissance dans laquelle il se liait plus qu'il n'était juste pour se déchaîner tyranniquement contre des innocents. Aussi ils le jetèrent enchaîné dans une prison, comme nous l'avons dit plus haut. Les Savoyards accoururent donc comme une tempête rapide pour le délivrer; mais les citoyens leur résistèrent puissamment. Cependant une nombreuse multitude étant survenue, força les citoyens à faire retraite et à se retirer dans leur ville, qui fut assiégée vigoureusement \ Or, Pierre abondait en trésors qui

• VofJ.f sur la yuerrc de Piémont et le siège de Turin, GuiCHENON fiisl ijènéakiij. de (a maison de SavoiCy loin, i, pay. 505

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lui avaient été prêtés libéralement par le comte Richard, moyennant l'interposition d'un gage. De plus, Tarchevêque de Cantorbéry et Félu à Lyon s'étaient enrichis par le trésor sacré des nobles églises qu'ils gouvernaient, et distribuaient à leur nombreuse armée de riches soldes qui tombaient comme pluie. D'ailleurs le seigneur roi d'Angleterre, et surtout la reine, qui se trouvait surtout dans cette obligation, leur firent passer en affluence des eslerlings désirables. Quant au seigneur pape, pour paraître l'ami efficace du seigneur roi et de la reine d'Angleterre, et pour fournir une aide qui ne fût pas tout à fait vaine, il leur envoya non point de l'or et de l'argent, mais une lettre conçue en termes élégants et destinée à les reconforter. On pourra la trouver au livre des Additamenta ^ .

Vers le même temps, le seigneur roi appela à son conseil familier frère Jean de Darlington (?), qui faisait partie de l'ordre des Prêcheurs, et qui l'emportait par l'excellence de son érudition et de ses conseils. En effet, le roi était dans la nécessité de trouver de sages conseils et des consolations spirituelles. Car, instruit du désastre qui avait frappé le pape et son armée, et qui était une cause de ruine pour le royaume, il était plongé dans une consternation profonde.

A Pâques, le seigneur roi d'Angleterre ceignit le baudrier militaire au roi de I île de Man, et lui con-

' Cette lettre se trouve dans le texte à H page 20-ï (te ce, volume.

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fera dans son noviciat des bienfaits et des honneurs. Or, ce roi de Tîle de Man s'appelait Magnus.

Cette même année^ Guillaume de Hollande que le seigneur pape avait créé et élevé si haut, qu'il avait déjà obtenu le royaume d'Allemagne, et avait trouvé un grand sujet et une occasion pour arriver à Tempire romain ', après avoir dépensé abondamment les trésors du pape pour mènera bien cette entreprise, se mit à attaquer à main armée, ^ur un léger prétexte, les Frisons, peuple rude, grossier et indompté. Ces Frisons, qui habitaient un pays du septentrion, savaient livrer des batailles furieuses sur mer et se battre avec férocité sur la glace. C'est du pays froid occupé par les Frisons et par les Sauromates, leurs voisins, que Juvénal a dit :

Jl peut dès lors s'enfuir au delà Jes Saaromates et de l'Océan glacial.

C'était alors le temps des plus grandes rigueurs de l'hiver : car on était à la Purification delà bienheureuse Marie. Aussi les Frisons ayant dressé des epd-

Guillaurae se préparait à se rendre à Rome pour y recevoir la couronne impériale, quand il périt misérablement à vingt-huit ans. La mort de Conrad lui avait rallié tous les esprits, et peut-être ses grandes qualités auraient-elles préservé l'Allemagne de l'anarchie qui suivit sa mort. C'était sous ses auspices que, l'année précédente (4253), avait été conclue la confédération dû Rhin, restreinte d'abord à Mayence, Cologne, Worms, Spire, Strasbourg et Baie, et qui acquit rapidement une grande importance commerciale. ( Voy. Leibnitz, Cod. jur. gent., pars ii. ) La ijiort de Guillaume commença ce qu'on est convenu d'appeler le grand i^iterrègne, terme <(ue Koch repousse avec raison comme inexact et mal fondé.

biiscades taut sur la mer et dans les roseaux, que sur la terre qui, en ce pays, est marécageuse, se mirent hostilement à la poursuite dudit Guillaume avec des dards qu'ils appellent vulgairementgaveloces, et dont ils connaissent parfaitement le maniement et l'usage, brandissantdes haches danoises et de courtes piques*, et couverts de cottes de lin et d'armures légères. Quand ils furent arrivés à un certain marais, ils rencontrèrent Guillaume, armé de toutes pièces et le casque en tête, qui montait son grand cheval de bataille tout bardé de fer. Mais les glaçons, qui avaient pourtant l'épaisseur d'un demi-pied, s'étant brisés, le cheval enfonça jusqti'au ventre et resta plongé dans la boue de ce marais profond. Le cavalier irrité, ayant ensanglanté ses éperons aigus en lui fouillant le ventre jusqu'aux entrailles, le noble animal, brûlant d'ardeur , essaya de se relever, mais, brisé et écrasé [par le poids du fer], et s'enfonçant de plus en plus dans la vase, il ne put y parvenir, et en se débattant, il jeta son cavalier sur des fragments de glaçons glissants et pointus qui l'écrasèrent. Comme il n'y avait personne pour dégager Guillaume, parce que tous ses compagnons d'armes avaient pris la fuite pour éviter d'être engloutis comme lui, les Frisons accoururent en foule, et percèrent immiséricordieusement de toutes parts à coups de javelots le corps de

' Gesa^ arme à hampe de fer recourbé, connue des Grecs et des Romains et commune aux peuples barbares. II y avait une tribu gauloise désignée sous le nom de Gésates. Celte arme a une grande analogie avec la framéc.

Guillaume, que rhumidité et le froid avaient déjà roidi, et qui demandait miséricorde. En effet, il offrait pour rançon à ses meurtriers une somme d'argent considérable, afin qu'ils 1 épargnassent- et lui permissent de s'échapper vivant ; mais ces hommes inhumains le coupèrent par morceaux sans pitié'. C'est ainsi que cette fleur de chevalerie, Guillaume, roi d'Allema[{ne et comte de Hollande, créature et nourrisson du pape, fut précipité, comme il touchait déjà presque à l empire, du faîte d'une si haute dignité dans un abîme de confusion, et cela au gré de vses ennemis. Or, mourir au gré de ses ennemis, c'est mourir deux fois, à ce que dit un philosophe. Quand cette nouvelle eut été rapportée au seigneur pape, il s'aifligead'avoirjeté dans un gouffre de Charybdetant de trésors levés de toutes parts et arrachés par tous les moyens.

Cette même année, mourut Élise, comtesse de Warenne, sœur utérine du seigneur roi, dans la fleur de la jeunesse et de la prospérité, à la très-grande douleur du roi el de son mari, le comte de Warenne Jean, qui était encore dans l'adolescence.

Guillaume de Hortune et Guillaume de Saint- Edouard, MOINES DE SaIIST-ÂLBANT, SONT ENVOYÉS A

' Cependant les Frisons semblèrent rougir de leur victoire. Us enterrèrent Guillaume avecde grands honneurs dans un ancien tombeau, dont la tradition attribuait la conslriiction aux Hornains. Ce prince laissa un fils nommé Florent, qui succéda à son oncle d;ins le comté de Holande.

Rome. — Lettres do pape a l'abbé de Saint- Albans. ~ Les juifs prisonniers sont mis en liberté. — Assemblée DES ÉvÊQCEs d'Angleterre a Londres. — Vers le même temps, comme un certain clerc transalpin se disposait à causer des maux et des dommages à l'église du bienheureux Albans, un des frères de celte même église lut envoyé à la cour romaine pour y obîenir ce que de droit contre le susdit clerc qu'on appelait Jean de Camezana. Aussi le susdit frère, à savoir Guillaume de Hoitune, cellerier de la susdite église, ayant pris avec lui maître Guillaume de Saint- Edouard, se mit en route le dimanche des Rameaux pour aller au delà des Alpes. 11 était porteur d'une lettre très-élégante du seigneur roi adressée tant au seigneur pape qu'aux cardinaux, et qui intercédait en sa faveur. Comme celte lettre était conçue et composée d'après les meilleurs principes de rhéîorique, ce Jean, comme un chicanier qu'il était, accusa cette lettre de fausseté, assurant qu'un intercesseur si haut placé n'avait jamais intercédé si spécialement et si familièrement, et encore par lettre, pour un simple moine, auprès du seigneur pape et d'autres personnages graves et authentiques. Mais plus tard , cette imputation artificieuse fut reconnue inexacte par le témoignage même du roi. t^i quelqu'un désire prendre connaissance de cette lettre, il pourra la trouver au livre des Additamenta *.

Ce même jour arrivèrer.t des lettres adressées par

' Voij. l'addition WXVll à la fin du volninc.

\?i^PM 1250. ^89

le seij^neur pape à l'abbé et au couvent de la susdite église, c'est-à-dire de Saint-Albans, qui leur enjoignaientde payer dans un nriois, à certains marchands, cinq cenls marcs dont ils étalent tenus envers les mêmes marchands. S'ils dépassaient ce terme, ils devaient savoir qu'ils seraient dès lors suspendus. Cette clause était insérée dans la teneur des lettres, sans que cependant le couvent eût connaissance d'avoir contracté une dette envers personne. On en agit de semblable façon avec plusieurs autres communautés, de telle manière qu'elles fussent forcées de subir le joug des marchands usuriers. Et pour extorquer plus facilement de l'argent, les exacteurs disaient que toutes ces sommes étaient demandées dans l'intérêt du seigneur roi, prêt à entreprendre son pèlerinage. Cette même année, aux ides de mai, trente-cinq *

' Matt. Paris a commencé par dire qu'il y a eu quatre-vingt-onze juifs arrêtés et enfermés à la tour de Londres vers la fin de juin ^235, que dix-huit ont été pendus le 25 novembre suivant, et qu'il en reste plus de vingt-trois réservés au même sort. Plus loin, à l'année 4256, nous voyons que le nombre de ces malheureux destinés au dernier supplice s'élevait à soixante-onze ( LX et XI ), mais qu'ils furent mis en liberté par l'intercession des Franciscains. Knfin, il ne s'agit plus ici que de trente-cinq juifs (XXIllI etXI) délivrés au commencement de mai 1256. Cette différence et cette variation dans les chiffres sont difficiles à expliquer. Toutefois, en considérant combien d'erreurs se sont glissées dans la transcription des chiiTres romains fournis par les manuscrits, nous ne craindrons pas de proposer la rectification suivante. Si dix-huit juifs sur quatre-vingt-onze ont été pendus, il en reste en prison soixante-treize ( LX et Xlfl au lieu de XI ) ; vingt-quatre destinés au même sort ( et il est permis d'en compter vmgt-qualrc, puisque Matt. Paris ditphtS de vingt-iWis ) doivent leur liberté à l'intercession des Franciscains ; enfin, les quarante>-neuf restant sortent de prison un peu plus tard, et nous li-

490 HENUi 111.

juitsqui étaient détenus et enchaînés dans la lour de Londres comme accusés d'avoir participé au crucifiement de saint Hugues, enfant de Lincoln, furent relâchés et déclarés libres de toute poursuite. Ces juifs, dis-je, avaient été trouvés coupables dans l'enquête par serment ^ faite sur l'assertion du juif qui avait été d'abord pendu à Lincoln.

Les évéques d'Angleterre, tourmentés par diverses angoisses, se rassemblèrent à Londres dans la quinzaine de Pâques pour répondre formellement à Rustaud au sujet de l'exaction demandée. D'abord divisés et désunis par la discorde, ils étaient sur le point de se retirer; mais ensuite, animés par les barons, ils se décidèrent à résister au seigneur roi, et à ne contribuer en rien sur leurs baronnies.

Rostand CONVOQUE a Reading les ABBiis de Cîteaox. — L'abbé de Waredon est fobcé d'implorer la merci DU ROI d'Angleterre. — Lettre du pape en faveur de

sons ici, en croisant les unités, XXXX au lieu de XXlIII et IX au lieu de XI.

' Juroia^ jUTfCtti jurée, enquête juridique. Nous pensons, d'après le sens de la phrase, quecemot a ici un sens particulier et signifie leserraent prêté par les juifs, super roUdumlegisimosaicœ). Carpentier rapporte la formule ordinaire de ce serment. « Forma sacramenii pendi per judœos contra chrisiianos, dùmipsijndœitenentrotuïum in collo : « Juras per quinque libres legis et per nomen sanctum et gloriosum Heye assel^ Heye Hue Heye; et fjer nomen honorificum Hiya Ylya, Yh\a ( corruption de Jehovab?), et per nomen mcdjnum et fortem tam admirabile^ quod erat scripium super frontem Aaron. Dicjuro. » Au milieu du quinzième siècle, en Dauphiné, la formule portait des noms d'une physionomie moins étrange : Per S f ma ^ Israel ^ Adonai^ FMoemi, Adonai et Eal. (Sic.)

ANN^'i- 1256. 191

l'ordre de CÎTEAUX ilSTEKDICTION DK LACCÈS DES

PORTS. -— Tournoi célébré a Blithe. — Lettres dé-

PRÉCAÏOIRES DU PAPE POUR l'oRDRE DE ClTEAUX. L'eN-

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