ÉLU ÉVÊQUE DE CETTE MEME ÉGLISE. — L'ÉGLISE DE
SaINT-AlBANS EST MISE EN INTERDIT. ScANDALE CAUSÉ
DANS LE COUVENT DE GlASTONBURY. •— LeS ARCHEVEQUES DeDoBLIN et dToRRSONT AFFERMIS DANS LEURS ÉVÊCHÉS.
l'évêque de hereford leve a son profit le dixieme.
— La cour romaine confirme l'intrusion d'André dans LE prieuré de Winchester. — Cette même année aussi, le seigneur roi, quatre jours avant la fête de saint Edouard , se rendit à Téchiquier où siégeaient les barons, et là, déclara de sa propre bouche que tout vicomte qui ne comparaîtrait pas chaque année à
2i0 HENRI HI.
l'octave de saint Michel, apportant avec lui l'argent (lu roi provenant tant des fermes que des amercianienls et des autres contributions qui sont dues au roi,' serait taxé le premier jour à cinq marcs, le second à dix, le troisième à quinze, et le quatrième, s'il était absent, devra it se racheter. Une semblable déclaration l'ut faite par le même roi contre les cités qui ont des libertés et qui rendent compte à l'échiquier par leurs propres baillis, à savoir qu'elles perdraient leurs libertés, si elles ne comparaissaient pas le quatrième jour de la même façon que les vicomtes doivent comparaître. Il faut savoir aussi que ce même jour tous les vicomtes d'Angleterre furent taxés à un amerciament de cinq marcs pour chacun, parce qu'ils n'avaient pas forcé par les moyens légaux, dans leurs comtés, tout possesseur de dix livrées de terre à se faire chevalier ou à demander un délai au roi, selon que ledit roi l'avait enjoint aux vicomtes par ses lettres à eux adressées.
Le seigneur roi, qui désirait élever en dignité le seigneur Henri de Wengham, porteur de son sceau, adressa au couvent d'Ély des lettres spéciales en forme de supplication, et des députés solennels, afin que le couvent élût ledit seigneur Henri pour évêque et pasleur des âmes; mais le couvent, considérant qu'il connaissait bien son supérieur et mettant en pratique ce prétexte païen :
INe t'avise pas de préférer un inconnu à ceux qui te sont connus,
élut pour son évêque son susdit prieur, à savoir
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Hugues de Belesale *. Aussi le roi, fort irrité, sans cloute, du refus qu'il avait éprouvé, n'accepta point Télu et le repoussa, en se fondant sur certaines exceptions tout à fait sophistiques. Il ordonna même, ou permit avec des yeux de connivence, que Jean Waleran, à qui il avait confié la garde de cet évêché, rasât les forêts , dévastât toutes les possessions et dépouillât énormément l'évêché de ses biens. Ce qui fut fait plus laidement que la chose n'avait été permise ou accordée , au point de tirer des larmes aux ennemis de Tévêché eux-mêmes , et de provoquer à la ven- {jeance la bienheureuse Ethelrede.
Cette même année, par le déchaînement des exacteurs du pape, l'église du bienheureux Albans , vers la fête de saint Simon et de saint Jude, fut mise en interdit pour quinze jours, non point parce qu'elle était dépouillée de ses magnifiques privilèges , mais parce que la détestable addition du nonobstant énervait les concessions de tous les saints pères et annulait leur autorité. Le couvent aima donc mieux observer avec déférence cette injuste et violente sentence, de peur que le mépris ne suscitât la tribulation, que d'agir témérairement en ne s'y conformant pas ; aussi il s'abstint de mettre les cloches en branle et de célébrer les offices divins, et pendant ce temps on récita à voix basse dans le chapitre les heures canoniques avec les matines. Cependant, à l'instigation de frère Jean de Dive, qui alors exerçait en Angleterre, pour
* Ou Balsam j selon la variante et la liste des évéques.
vm. ^ 6
24à HENRI lit.
ainsi dire, les fonctions de légat, le couvent célébra les offices divins dans la manière accoutumée.
Cette même année, certaines discussions s'étant élevées entre l'évêque de Bath et le couvent de Glastonbury, un intrus fut introduit violemment dans ce couvent, en vertu de Tautorité du roi et malgré Tévêque, et ée mit à régler toute chose avec une audace téméraire, et à se faire fabriquer un sceau fatsifié. Sur ces entrefaites, comme l'évêque s'était rendu à Rome pouf y poursuivre son droit, les biens du monastère furent mis au pillage. En effet, l'intrus convoqua les vauriens et les gyrovagues qu'il put trouver, monachisa, au nombre de dix-huit, ces gens indignes qu'il avait réunis, à l'opprobre de Tordre monastique et pour fortifier son parti contre l'évêque, et le troisième jour en fit des proies, sans redouter cette menace, ou pour mieux dire cette malédiction du Seigneur: «Malheur à l'homme par qui le «scandale est suscité.» La noble église deWinchester était de la même façon déshonorée par un schisme. Or, on n'espérait pas mieux des intrus de Glastonbury que de ces histrions que l'élu à Winchester avait appelés et moUachisés en dérision du prieur, et qui avaient apostasie en changeant d'état.
A la môme époque aussi, furent affermis heureusement dans leurs archevêchés , par l'intervention du Seigneur, à savoir maître Raoul de Norwich^, à
4 II y a dans le t^xte Foulques Basset. Nous corrigeons cette faute évidentp, dont non» nons étonnons, car il n'y a nul rapport entre les noms.
Dublin, et maître SewaI, à York, après les longues et irréparables dévastations de leurs archevêchés. C'est ainsi que l'autorité du roi, par sa propre faute, déclinait de jour en jour, aussi bien que. la dignité du royaume.
L'évêque d'Héreford, ne considérant pas les intérêts de l'état, mais recherchant tout ce qui pouvait tourner à son profit, leva pour son compte, avec la permission du pape et du roi, le dixième, dans les pays d'Irlande et dans les contrées avoisinantes : ce qui montait à une somme considérable d'argent, qu'il pensait être le prix de son labeur et la récompense de sa trahison; et il fît lever ce dixième en son nom, d'une manière si rigoureuse que le respect de soi-même défend de raconter les moyens d'extorsion dont il se servit. Comme la fraude n'est pasordinairement exempte de crainte, il ne marchait qu'entouré d'une barrière d'hommes d'armes pour rassurer ses terreurs.
Cette année aussi, Télu à Winchester ayant répandu des présents dans la cour romaine, et le prieur intrus à Winchester, que le même élu avait créé, ayant eu recours aux prières et aux récompenses simoniaques, ce même intrus, appelé André, fut affermi dans son usurpation. Quant à l'ancien prieur, après qu'il eut subi les fatigues d'un voyage au delà des Alpes, qu'il eut dépensé des sommes considérables d'argent, et qu'il eut vu l'énorme lésion de son prieuré, on lui assigna un certain manoir pour subsister. Le couvent, dispersé, fut rappelé impérieuse-
ment par Télu, sous peine d'anallième ; et ainsi de jour en jour, dans les nobles églises conventuelles, les opprobres naissaient des schismes. ,A la faveur des discordes et des ambitions rivales, les schismes servaient d'aliments à la cour romaine, au point que seulement dans la discorde dont nous venons de parler, un revenu annuel d'un marc d'argent pour chaque jour fut perçu par le comptoir du pape.
L'archevêqde de Cantorbéry revient d'Italie en Angleterre. — Les Gallois opprimés s'efforcent de reconquérir leur liberté. — brigandages commis par l'escorte d Edouard. — Arrêt arbitraire du roi. — Enquête ordonnée sur les poids et mesures. — Emprunts nouveaux et onéreux contractés par le roi. — Vers la fête de la bienheureuse Catherine, aborda en Angleterre Tarchevêque de Cantorbéry, revenant des pays d'Italie ; après avoir dépensé largement et inutilement l'argent anglais, et avoir subi des fatigues infructueuses, il avait peu réussi dans lexpédition guerrière entreprise contre la ville de Turin. Son frère, l'ancien comte Thomas, n'avait pas été délivré de la prison où le retenaient les citoyens de Turin, quoique tous les Savoyards eussent Ira vaille de toutes leurs forces à sa délivrance, et que le pape eût clierché à y contribuer, en écrivant à la reine d'Angleterre contre les habitants de Turin, et pour leur nuire. Or, le même Thomas, par ses injustices, avait lésé énormément les habitants.
Vers la fête de la Toussaint, les Gallois, opprimés
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SOUS toutes les formes, vendus maintes fois au plus haut enchérisseur, accablés enfin lyranniquement et outre mesure par Geoffroi de Langeley, chevalier, exacteur royal, se soulevèrent pour la défense de leur patrie et l'observation de leurs lois. S' étant donc confédérés ils attaquèrent les contrées d'Angleterre voisines du pays de Galles, et assaillirent, a main armée, les hommes d'Edouard, leur seigneur, qu'ils ne reconnaissaient cependant* point pour tel. Or, les affaires de Mars prospérèrent si bien entre leurs mains, qu'on pouvait croire qu'ils étaient secondés par le consentement des provinces voisines ellesmêmes. A cette nouvelle, Edouard se réfugia sur-lechamp dans le sein du comte Richard son oncle. Comme le seigneur roi était devenu pauvre et sans gloire, Edouard empruntaau même comte iinesomme de quatre mille marcs pour soutenir la guerre contre les présomptueuses attaques des Gallois, poursuivre cette guerre jusqu'à leur extermination, et réprimer puissamment leurs incursions audacieuses; mais cette année-là tout l'hiver fut tellement humide et tempétueux que la terre entière des Gallois, qui est marécageuse et sans route frayée, devint complètement impraticable pour les Anglais. Par ainsi, les fatigues et les dépenses d'Edouard furent inutiles et sans résultat. Le susdit Geoffroi se repentit donc, mais trop tard, d'avoir suscité des combats et d'avoir appauvri les Gallois d'une manière féroce, ainsi
*- Tum : nous adoptons la variante iamen.
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qu^il l'avait fait déjà peu d'années auparavant pour les Anglais du nord. En effet, il y en avait qui disaient que le même Geoffroi, bon gré mal gré, réparerait, autant que s'étendrait son pouvoir, les pertes qu'avait éprouvées Edouard.
f>'{^iCependant l'escorte d'Edouard, avec sa permission, troublait tellement la tranquillité, tant des possessions que des personnes dans tous les lieux par où elle passait, que les injustices de son père, le seigneur roi, paraissaient légères en comparaison de celles qu'il laissait commettre. En effet, les routiers et les brigands qu'Edouard entretenait à sa cour se répandaient au loin en tous sens, emmenaient de force les chariots et les chevaux des marchands, et pillaient les provisions des gens du pays. Pour faire connaître à nos lecteurs une des nombreuses iniquités commises par ces exacteurs, nous avons jugé à propos d'insérer dans ce livre le fait suivant. Quand ledit Edouard vipt voir le comte Richard, comme nous l'avons déjà dit, il le trouva à Wallingford, et se logea dans le château où il fut reçu courtoisement; mais sa suite pénétra insolemment et impétueusement dans le prieuré voisin du château , sans demander l'hospitalité , comme c'est l'usage. Puis repoussant irrévérencieusement les moines, autrement qu'il ne convenait ou n'était permis, ils mirent au pillage toutes les provisions de bouche , le bois de chauffage et les aliments réservés aux bêtes de somme, brisèrent les portes, les fenêtres, les trépieds, chassèrent, accablèrent d'in-
ANNÉE ^2o6. 2-'i7
jurets ou frappèrent à coups de baton les serviteurs des moines, comme s'ils eussent été de vils esclaye^s ou des larrons convaincus, les forcèrent de le^v céder la place , et laissèrent à peine aux moines le réfectoire ; carie parloir [fut rempli] de gens qui man- ^jeaient, et le dortoir de gens qui buvaient. Or, les amis d'Edouard, voulant pallier son erreur, attribuaient tous ces désordres non pas à la méchanceté, mais à la légèreté de la jeunesse, ne considérant pas ce pronostic de Lucain :
L'âge du tyran du Nil est à bon droit suspect ; car la bonne foi, pour être solide, exige la maturité des années.
Sur ces entrefaites, les Gallois, ne s'inquiétant pas ou s'effrayant peu de la tyrannie d'Edouard ou de sa suite, quoique jamais Louis n'eut amené jadis en Angleterre des brigands aussi cupides, parvinrent , à main armée, jusqu'à Chester, dévastant tout ce qui s'opposait à leur passage.
Vers le même temps aussi , le roi ordonna expressément qu'on ne laissât sortir de la cliancellerie, pour quelque cause que ce fût, aucun bref scellé du sceau royal, qui pût être nuisible ou causer dommage à son frère Richard, au comte de Glocester Hichard, à Pierre de Savoie, ou à aucun de ses frères; ce qui est manifestement contraire à tout droit et à la paix du royaume.
Le roi ordonna aussi, vers le même temps, que ses officiers examinassent rigoureusement les mesures de vin ou de cervoise, que nous appelons flacons
OU gallons, et les mesures de froment que nous nommons busheles ', ainsi que les poids à peser, afin que, cherciiant des nœuds dans le jonc, ils missent à amerciament les innocents aussi bien que les coupables, infligeassent des punitions bien au-dessus des fautes, et augmentassent le fisc par toutes les chicanes possibles. C'est ainsi que chaque jour de nouvelles ruses de renard étaient inventées pour extorquer de l'argent. De tous côtés on enlevait aux marchands leurs plus minces ressources, sans leur payer le prix de ce qu'on leur volait, et tout dépouillés qu'ils étaient, ils s'estimaient encore contents s'ils pouvaient s'échapper sans outrages et sans horions. Ainsi que récemment on avait tiré du vasselage, qu'on appelle vulgairement sergenterie, une foule de prétextes pour extorquer de Targenl, de même aujourd'hui, à la dévastation du royaume et à la servitude de Téglise, les rapines se multipliaient par l'obligation de suivre la cour, par la nécessité de se faire créer chevalier, par les enquêtes sur les mesures, et par beaucoup d'autres inventions qui émanaient d'une rapacité de loup. Et il y avait en Angleterre tant de tyrans, que Tancien temps, où plusieurs petits rois se la partageaient, semblait revenu pour elle.
Vers le même temps, le seigneur roi, dirigé par de détestables conseils, avait emprunté aux marchands du pape, pour élever son fils Edmond au royaume
^ Ce mot parait être la première forme de notre mot boisseau.
de Sicile, de si fortes sommes d'argent , qu'il s'était enveloppé lui-même dans les liens de la pauvreté la plus absolue. Or, le pape, qui ne devait ni être trompé ni tromper, avait ajouté foi aux assertions du roi, dont il aurait pu reconnaître, s'il l'avait voulu, l'apparence spécieuse et la fausseté. En effet , dans ses lettres, le seigneur roi avait donné à entendre au pape que l'Angleterre était un puits d'argent intarissable que personne ne pouvait dessécher; item, que jamais aucun roi n'avait existé en Angleterre qui fût aussi cliéri et aussi pécunieux que lui, tandis que le pape aurait très-bien pu apprendre tout le contraire des familiers nombreux du roi, qui se trouvaient alors à Rome. Aussi les usures provenant de ces dettes, ainsi que les peines qui liaient le roi, montaient chaque jour à plus de cent livres, en sorte que la désolation et la ruine menaçaient tant le clergé que le peuple d'Angleterre.
DÉPOSITION d'Etienne de Lexinton , abbé de Clairvaux. — Les Gallois refusent de renoncer a la guerre. — Insolence d'Edouard et de son escorte.— Deputation de l'université de Paris envoyée a Rome, AU sujet de l'Évangile éternel. — Ouvriers tués ou blessés par une explosion souterraine. — Coup d'oeil SUR l'année >I256. — Cette même année, l'abbé de Clairvaux Etienne, qui avait construit à Paris la noble maison qu'on appelle Chardenay *, après avoir suivi
* Ce collège, appelé aussi collège des Bernardins, portait le nom de
pas à [)^8 les traces de son prédécesseur, le bienheureux Bernard , fut déposé dans le dernier chapitre général de Cîteaux ; mais, semblable à Joseph, il supporta patiemment les morsures et la jalousie de ses frères ; car reuvie a toujours coutume de s'attaquer aux hommes éminents. Or, on lui reprochait d'avoir obtenu du seigneur pape, contre les statuts des Cisterciens, le privilège de n'être jamais privé de la dignité dont il était investi et de rester à perpétuité abbé de Clairvaux. Plus lard, il fut clairement avéré combien ce reproche était mal fondé. Quand lo pape fut instruit de la vérité, il donna ordre qu'on le réintégrât en punissant sévèrement les accusateurs ; mais le roi de France, se portant pour le protecteur zélé de l'ordre de Cîteaux, répondit qu'il s'ensuivrait pour Tordre un grand scandale, si ce que de graves personnages avaient fait était cassé, et celui qu'ils avaient
Ghardenay ou mieux Chardonnet, parce qu'il était compris dans Tcnceinte où se trouvait l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui a conservé ce nom encore aujourd'hui. Pierre, abbé de Saint-Victor, donna en -1230 à Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, une pièce de terre située îîi Cardoneto^ pour y construire une chapelle à saint Nicolas ; mais la construction de cette église ne commença qu'en 1245, après un nouveau contrat fait avec l'abbaye de Saint- Victor. Dès lors l'église de Saint-JNicolas appartint à l'évêque, puisqu'on 1260 Renaud de Gorbeil, successeur de Guillaume, le même qui figure dans Taffaire de V Évangile éternel, assigna à quelques clercs vingt-cinq livres à toucher sur les revenus de ce presbytère. ( Gallia Christiana^ tôm. vu. ) Outre ce collège des Bernardins, Lexinton en fonda plusieurs autres. Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, accepta le titre de protecteur et même de fondateur de cet établissement, auquel il donna cent quatre livres de rente pour l'entretien de vingt religieux profès, dont treize seraient prêtres et étudieraient en théologie. ( Hist, littéraire^ torn, xvi.)
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déposé daus leur chapitre général réintégré. 11 écrivit donc dans ce sens au seigneur pape, et obtint ce qu'il demandait. Quant à Etienne , pour que Tautorité de son ordrene fut pas affaiblie, il refusa d'être réintégré assurant qu'il était plutôt déchargé que déshonoré, et qu'il lui était plus avantageux de n'avoir plus aucun soin que de gouverner une communauté comme jadis. Par ainsi, de grand qu'il était, il devint justement plus grand encore.
Alamênieépoque,quoiqueleseigneurroi,etaveclui le comte Richard, eussent demandé humblement aux Gallois, aGu que leurs importantes affaires ne fussent pas entravées, de renoncer au moins ' pour un temps à leurs incursions audacieuses, ceux-ci Jie voulurent pas se tenir en repos, voyant que la saison de l'hiver et des pluies leur était favorable, et que leurs refuges et leurs retraites accoutumées étaient praticables pour eux seuls, tandis qu^ les Anglais ne pouvaient ni s'y engager ni y pénétrer. Continuant donc leur guerre, ils attaquèrent Griffin de Brunfeld, parce qu'il avait eu recours au roi, et le poursuivirent quand il eut pris la fuite et se fut retiré 8ous la protection du roi. Ne pouvant le saisir au corps, ils mirent ses terres à feu et à saug, et dévastèrent avec la même férocité celles des barons voisins ; car leur armée était au nombre de dix mille cavaliers; le nombre des gens de pied allait beaucoup plus haut. Tous s'étant mutuellement confédérés, la main étendue sur 1rs Evan-
* Saluiem ; nous proposons et traduisons saltern.
2o2 HENRI III.
giles, avaient juré de combattre vaillamment el fidèlement jusqu'à la mort, pour la liberté de leur patrie et pour les lois de leurs pères , et d'aimer mieux mourir avec honneur que de traîner dans Topprobrc une vie malheureuse. A la vue de cette action virile, les Anglais devaient justement rougir, eux qui courbaient lâchement le cou sous des étrangers et sous tous ceux qui les foulaient aux pieds, comme Teût fait une populace pusillanime et un vil troupeau d'hommes.
Edouard ne fut donc pas médiocrement vergogne et endommagé de la rébellion et de Tardeur belliqueuse des Gallois, lui que Ton appelait seigneur du pays de Galles, et qui ne pouvait réprimer leur rébellion. Le fils alla donc trouver de nouveau tant son père et sa mère que son oncle , en leur demandant assistance efficace. Mais le roi, obéré de dettes dans les pays d'au delà des Alpes, le comte, fatigué d''avoir prêté tant de sommes sur son trésor et récemment encore quatre mille marcs, la reine, mèred'Edouard, épuisée par l'inutile profusion des dépenses destinées à soutenir la guerre contre la ville de Turin, avaient tous les trois tellement diminué leurs trésors, qu'ils ne purent en aucune façon porter secours à Edouard. Et comme son père le seigneur roi s'efforçait d'écraser les Anglais, selon les bruits qui s'étaient répandus de toutes parts, quelques-uns des seigneurs de la marche de Galles fournissaient secrètement faveur et conseil aux Gallois, surtout parce que ledit Edouard entretenait à sa suite une foule d'hommes
iiuisibles à Téglise et au royaume , au point que l'on disait que jamais Louis, envahisseur de l'Angleterre, n'avait amené avec lui en Angleterre des routiers aussi cupides et aussi insolents que ceux que le susdit Edouard entretenait à sa suite et à sa cour. Entre autres preuves de leur méchanceté, outre celle que nous avons rapportée plus haut, nous avons jugé à propos de raconter dans ce livre un nouvel acte de la tyrannie d'Edouard, afin que les lecteurs reconnaissent dans quel abîme de désespoir T Angleterre était tombée. Comme il passait dans un pays pacifique et à une époque où tout était tranquille, un jeune homme vint à sa rencontre, et Edouard, sans ce que ce jeune homme eut aucunement mérité la mort ou la mutilation, ordonna qu'on lui coupât une oreille et qu'on lui arrachât un œil , ce qui fut exécuté contre toute justice. Plusieurs, en voyant cela, et beaucoup plus encore en se demandant comment, si jeune encore, il avait pu exercer une violence aussi énorme et aussi sanguinaire, commencèrent à désespérer de lui, en disant : « Si pareille chose arrive quand « l'arbre est vert, que sera-ce quand il sera sec? » De plus, les hommes d'Edouard, ravissant, comme nous l'avons dit, tout ce qui était à vendre sans rétribution de prix, s'emparant de force des chevaux, des chariots et des verdiers, tourmentant les hommes sans miséricorde, aggravaient les maux de jour en jour, et accumulaient dommages sur dom-
25 i HENRI ill.
crus entre les maîtres de Paris et les frères Prêclieurs* , on fit choix, sur mûre délibération, de quelquesuns des plus célèbres maîtres lecteurs, à savoir, de maître Guillaume de Saint-Amour et de maître Eudes de Douai , qui avaient été successivement et noblement régents en arts, en décrets , et récemment en théologie ; de maître Chrétien, chanoine de Beauvais, qui passait pour le plus grand philosophe émérite et qui, après avoir été régent en arts, donnaitdes leçons en théologie; de maîtreNicolas de Bar-sur- Aube, qui, après avoir été régent en arts, lois et décrets, se préparait à devenir lecteur en théologie ; de maître Jean de
* Eii i23o, une assemblée eut lieu à Paris, par les démarches de saint Louis, qui voulait terminer cette malheureuse querelle. Les archevêques de Bourges, dé Sens, de Kheims et de Rouen prononcèrent comme arbitres que les frères n'auraient que deux écoles; qu'ils seraient pour toujours séparés du corps des maîtres et des écoliers séculiers ; qu'ils renonceraient au bénélice des bulles précédentes et en obtiendraient la révocation. Mais Alexandre IV, qui avait montré contre l'université une animosilé sin^iulière, parut fort peu satisfait de cet accord et priva de tous bénéfices et des fonctions de docteurs Guillaume de Saint-Amour, Eudes de Douai, Chrétien de Beauvais et Nicolas de Bar, qu'il accusait d'être les chefs de la résistance. Ce fut alors que l'université, pour éclairer le pape, se décida à envoyer l'ambassade dont il est ici question; mais avant que les députés, munis des lettres de recommandation que leur avait données tout le clergé français, fussent arrivés à Anagni, Alexandre avait déjà condamné le nouvel ouvrage de Guillaume de Saint-Amour, intitulé: Liber de periculis novissimonim iemporum^ par décision datée du 5 avant les noues d^octobre. Eudes de Douai et Chrétien se soumirent à la volonté du pape le 25 octobre ; mais quelque publicité que la cour romaine eût donnée à cette soumission, l'université résista longtemps encore. ( Voyez Pledry, vol. xvii, Duboulay, vol. m. )
AiNNÉE 1256. 255
Seclavillè, Anglais , recteur' de Tuniversilé, et maître Jean Belin, Français, tous deux philosophes de grand renom et régents en arts. Tous ces maîtres, issus de très nobles familles, furent choisis, après grand conseil et sur mûre délibération (parce que la foi souffrait détriment), pour se rendre à Rome et pour conférer avec le seigneur pape, au sujet de la tranquillité de l'université de Paris et de la réintégration de la foi, surtout parce que le riial présent menaçait d'en engendrer un pire. L'université fit une collecte pour subvenir à leurs provisions de voyage. Or, à ce qu'on prétendait , les frères prêchaient , lisaient et enseignaient certaines nouveautés et absurdités qu'ils avaient extraites du livre de Tabbé Joachim, dont le pape Grégoire avait condamné les écrits. Et ils avaient composé un livre qu'il leur avait plu d'intituler ainsi : l'Evangile éternel commence , professant encore d'autres doctrines qu'il ne convient pas de mentionner ^. Les
* Nous lisons rector. Le texte de notre édition donne rhetor; mais c'est évidemment une faute. On le trouve appelé aussi de Gecteville ou de Guasteville. Balce le désigne sous le nom de maître Jean Dritoa ou de Sicca Villa, mais toujours avec le titre de recteur.
" L'Evangile éterael avait paru dès 1234 et avait été attaqué violemment par Guillaume de Saint-Amour. On l'attribuait généralement à Jean de Parme, général des Mineurs, et on y lisait : « Que l'Evangile de Jésus-Christ doit finir l'an 1260 pour faire place à l'Evangile éternel, aussi supérieur à celui de Jésus-Christ que le soleil est plus parfait que la lune ; que c'est l'Evangile du Saint-Esprit qui prescrira une autre manière de vivre et disposera autrement l'Eglise. » Alexandre IV, ayant fait examiner ce livre, le condamna, mais eut soin de recommander que la suppression de l'Evangile éternel n'attirât aucun reproche aux frères Mineurs. Cette condamnation ne satisfit point la haine de l'université,
Prêcheurs, de leur côté, Crent partir sur-le-champ leurs messagers les plus agiles, pour les défendre contre Tuniversitéetcontredire les maîtres en face. Le peuple se moquait d'eux , retirait ses aumônes accoutumées et les appelait hypocrites, successeurs de TAntechrist, faux prédicateurs, flatteurs et [pervers] conseillers des rois et des princes , contempteurs des prêtres ordinaires, supplantateursd'iceux, envahisseurs par fraude des chambres à coucher des rois, et prévaricateurs de confessions. Ils ne parcouraient, disait-on , des provinces où ils étaient inconnus que pour enhardir les hommes à pécher. Le pape, ayant donc écouté les plaintes exprimées par les deux partis, ordonna que ce nouveau livre, que les Prêcheurs appelaient TÉvangile éternel, fût brûlé secrètement, autant que faire se pourrait, pour ne pas causer scandale aux frères, et qu'on fît le même traitement aux autres écrits qui passaient pour provenir de la source empoisonnée de Joachim. Aussi, par l'intervention active et vigilante du seigneur Hugues, cardinal, et de Tarehevêque de Messine, qui était de Tordre des Prêcheurs, on prit tacitement et prudemment les mesures nécessaires, en sorte que le tumulte s'apaisa pour le moment.
qui demanda en 1236 qu'il fût brûlé. Alexandre IV le fit en effet consumer secrètement, comme Matt. Paris le dit plus bas. Guillaume de Lorris parle longuement de ce livre dans le roman de la Rose :
Ung livre de par le déable,
C'est rÉvangile perdurable, etc.
On peut voir le passage entier dans Duboulay.
XmÉE ^256. 257
A la même époque , tandis (jue quelques fossoyeurs étaient occupés à déblayer le tuyau d'un aqueduc, à Londres, pour rejeter la terre et débarrasser ce tuyau encombré (car Teau avait cessé de couler) , une foudre terrestre, semblable à un feu infernal , s'élança tout à coup de terre * , et en un clin dœil étouffa plusieurs des ouvriers, en lua un tout à fait, brûla, déchira et mutila tellement les autres, qu'ils parurent mis pour toujours hors d'état de travailler. Or, il y en eut qui dirent que cet événement était miraculeusement arrivé, parce que la veille ces hommes s'étaient occupés d'ouvrages serviles à une heure indue.
Ainsi se passa cette année, médiocrement abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres, qui engendra la plus basse servitude pour l'église et pour les prélats, et qui devait inspirer de la jalousie aux Français, à cause de la promotion du comte Hichard; année de brigandages pour le royaume d'Angleterre; année stérile et plutôt nuisible à la Terre- Sainte , et pendant laquelle le pays de Galles fut agité par la guerre et l'Ecosse par les troubles; année tempétueuse et pluvieuse outre mesure, en sorte que les temps de Deucalion paraissaient revenus, puisque depuis l'Assomption de la bienheureuse Vierge, jusqu'à la Purification d'icelle , les pluies ne disconli-
' Il s'agit sans nul doute d'une de ces explosions de gaz inflammable si fréquentes de nos jours. Matt. Paris, bien éloigné de soupçonner la cause de ce phénomène, ne remarque pas si ces ouvriers se servaient de feu dans leur travail.
vni. ^7
238 HKNKl III.
luièrent pas de tomber chaque jour, et rendirent les chemins impraticables et les champs stériles. Aussi, à la lin de l'automne, la récolle et les épis se trouvèrent pourris.
Le comte Richard i:sr élu roi d'Allemagne. — Délibération a Londres. — Acceptation dd comte.
— Cause de son élection. — Noms des grands d'Allemagne. — Le comte Richard envoie des affidés en Allemagne , pour reconnaître les intentions des seigneurs. — Les Français, jaloux des Allemands , tendent DES EMBUCHES AUX DÉPUTÉS. — MoTIFS DE CONSO- LATION POUR LES Français. — Le roi de France parcourt LA Normandie et les frontières de son royaume.
— Fairs ecclésiastiques de France. — Pairs laïques.
— Grande inondation de pluies et coup de tonnerre PENDANT l'hiver. — L'an du Sei<jneur ^257, qui esi la quarante et unièiiie année du règne du roi Henri troisième, le même roi se trouva à Londres h la naissance du Seigneur. Ce fut là que plusieurs des grands d'Allemagne vinrent trouver le seigneur roi, qui y avait rassemblé beaucoup de seigneurs, ainsi que le comle Richard , et annoncèrent à tous ceux qui étaient réunis à Londres , qu'ils avaient élu régulièrement et d'un consentement unanime le conUc Richard pour roi d'Allemagne, et qu'ils le demandaient pour leur roi et seigneur, si toutefois le comte susdit acquiesçait à leur désir. Or, l'archevêque de Cologne, grand chancelier du saint empire, et quelques autres seigneurs d'Allemagne, avaient chargé
les mêmes ambassadeurs solennels de lettres qui témoignaient unanimement de la vérité du fait, et qui servaient de ratification. Ces lettres assuraient que jamais personne n'avait été élu à une si baute dignité si spontanément, si unanimement, et sans rencontrer si peu d'obstacles. Comme tous bésitaient sur ce qu'il fallait faire, parce que la présence du comte était grandement nécessaire au royaume d'Angleterre , le roi dit en pleine assemblée : « Pour qu'il ne paraisse « pas pusillanime , je lui conseille et lui demande « de ne pas se refuser à recevoir cet honneur, oc- « troyé et offert à la fois par le ciel et par les hom- (. mes. » Comme quelques-uns étaient effrayés de ce que précédemment , dans l'espace de quelques années, deux hommes élus et promus au royaume d'Allemagne avaient fini par succomber d'une manière sinistre, comme si Dieu était irrité, il y en eut d'autres qui adressèrent au comte ces paroles de consolation : « 0 comte sage et circonspect^ pour- « quoi hésites-tu? comme si tu étais effrayé par la « chute du landgrave Henri , et ensuite par Tévéne- « ment funeste arrivé à Guillaume, comte de Hol- « lande. Ce n'est pas le pape qui t'introduit de force, « en promettant de te fournir les secours nécessaires « sur les dépouilles de l'église et les rapines exercées « contre les croisés; secours qui ne te serviraient « jamais à rien : car les gains honteusement acquis « par le pape ont excité les hommes , non pas à la « miséricorde, mais bien plutôt à la colère. On te « garde un trésor qui a été levé sur le royaume
260 HENRI lif.
« d'Allemagne, et qui esl (idèlement mis en ré- « serve pour tes intérêts. Tu abondes de ton propre « trésor, comme un autre Octavien ; tu es secondiî « par des amis, tant Allemands qu'Anglais; tues « entouré de tes parents comme d'un rempart. Que « la torpeur de la défiance ou de la pusillanimité n^ « t'effraie pas et ne te rende pas couard et crainti!. « Tire un enseignement et un motif d'audace pour « le service de Dieu dans ce qui est arrivé jadis à « Kobert Gourte-Heuse , duc de Normandie, alors « qu'il combattait pour Dieu en Terre-Sainte. On « lui offrit spontanément et d'inspiration divine le « royaume de Jérusalem, atin qu'il gouvernât Vhv- « ritage du Christ; mais il refusa avec opiniâtreté. « Aussi il éprouva depuis la terrible vengeance do « Dieu , et désormais il n'eut plus un seul moment « de bonheur. » De plus, le roi et ses frères, principalement l'élu à Winchester, exhortaient très-viv( ment le comte à accepter, assurant que cet honneur exalterait à perpétuité toute la nation anglaise. En entendant cela , le comte, prenant le caractère qui convient à un homme, et encouragé par de bonnes espérances, s'écria avec vivacité et d'un ton d'allégresse : « Eh bien, oui, je me fie dans la miséricorde « de Dieu ; je reçois gracieusement , tout insuffisant « et indigne que j'en suis, ce fardeau et cet honneur, « qui me sont offerts , je l'espère , par l'iiispiration « divine; car je ne veux point passer pour pusilla- « nime et couard. » Puis il ajouta , en tournant son visage vers les évéques , parmi lesquels se trouvait
AiNNÉE ^257. 261
I évèque cie Bangor, Richard, qui a raconté et affirmé ces détails à Fauteur de ce iivre : « Pour moi, avant « que je sorte de cette chapelle, que je sois brûlé par « le feu infernal , ou (|ue je sois frappé de niorl subite, « si j agis ainsi par un motif d'ambition ou d'ava- « rice; et si ce n'est pas seulement pour restaurer et « améliorer Tétat de ce royaume , ce que Dieu per- « mette, et pour gouverner en toute modération, « justice et honneur, ceux qui m ont élu dans le Sei- « gneur. » Ces paroles arrachèrent des larmes à plusieurs, et rendirent surtout très-joyeux les députés allemands. Quand ils furent instruits de sa bonne volonté et de son désir favorable, eux qui avaient douté d'obtenir son consentement , ils retournèrent chez eux fort contents, pour aller annoncer cette acceptation aux seigneurs qui les avaient envoyés, dans les vingt jours qui suivirent la naissance du Sauveur. Les seigneurs d'Allemagne, dont les plus célèbres sont ceux que nous allons citer, ont en haine l'orgueil des Français, et se poursuivent les uns les autres. Aussi ils ne se soucient pas qu'aucun Français , ou que personne de la race des Français domine en Allemagne, ni même que ce soit quelqu'un d'entre eux , à cause de leurs dissensions intestines. En effet, les Allemands sont impétueux et fiers ,
Et tout orgueilleux ne pourra souffrir de partage.
Ils n'aiment pas non plus à élire en aucune façon un Italien ou un Romain, et surtout un homme du [>ape, à cause de l'avarice insatiable de ces gens-là. Ils élu-
rent donc, après avoir tenu conseil et en avoir lonjjtemps délibéré , le comte Richard, tant à cause de la langue anglaise , qui a de grands rapports avec la langue allemande , qu'à cause de la communauté d'origine, tant ancienne que nouvelle. L'origine ancienne, on peut la trouver dans les chroniques ; l'origine nouvelle , on peut s'en assurer en considérant dans notre temps la naissance du duc de Brunswick et de Saxe, c'est-à-dire de TempereurOthon, qui naquit d'une Anglaise, à savoir de la fille de Henri 11, roi d'Angleterre \ Ils élurent, dis-je, le même comte Richard, tant à cause de sa fidélité , de sa constance et de sa sagesse, que pour l'abondance de son trésor. Aussi quelqu'un , c'est-à-dire un poëte satirique , a-t-il dit d'une manière assez satirique :
Le coffre aux ecus s'écrie ; C'est à cause de moi (jue Rome a épousé Comouailles.
* Nous modifions cette phrase selon la vérité historique. Au reste, Pobservation politique de Matt. Paris (est d'une grande justesse. Cette parenté d'origine et de langage, ces unions fréquentes entre les princes expliquent en effet l'alliance constante qui exista au moyen âge entre l'Angleterre et l'Allemagne. Dans la guerre de cent ans, Edouard 111 s'unit étroitement avec Louis de Bavière contre Philippe de Valois, et dans cette occasion les chroniqueurs allemands parlent du roi d'Angleterre avec enthousiasme, du roi de France avec dédain. « lïic rex (Edouard) juvenis adhuc^ sapiens ^providus^ virilis^ et fortunatus in bellis^ regnum Scotorum sihi subjiciens, contra regem Franciœ auxilium quœrit ab Àllemanis... Se confederavit cum Ludovico... ïntravit regnum Franciœ cum adjutorio Allemanorum. Sed rex Franciœ bellum non audebai inire, etc. ( Annal. Henr. llebdorf. apud Vet. Script, lier. Germ. ) Edouard III avait épousé une Aile-
Voici les titres des plus grands seijjneuis d'Allema{jne, de la volonté desquels dépend Ti lection au royaume d'Allemagne, élection qui est comme le gage du titre d'empereur des Romains ': rarchevéque de Cologne, qui s'intitule grand chancelier du saint empire , mais ce titre ne vient qu'après celui tant honorifique d'archevêque ; Tarchevëque de Mayence, Tarchevèque de Trêves , le roi de Bohême , le comte Palatin du Rhin, le duc d'Autriche, le duc de Souabe, qui est aussi comte de Bavière ; le duc de Pologne , le marquis de Miche, le marquis de Brandebourg, le duc de Saxe, le duc de Brunswick , le duc de Carinlhie, le duc de Mêlai, le duc de Brabant et de Louvain, le landgrave deThuringe, le marquis de Misnie, Parmi tous ces seigneurs, celui qui tient la première place est Tarcheveque de Cologne, qui, d'après la coutume ancienne et approuvée, csttenudecouronner le roi d'Allemagne à Aix-la-Chapelle.
Or, des homtnes puissants, sagaces et circonspects, à savoir le seigneur comte de Glocester et le seigneur Jean Mansel, furent envoyés d'avance en Allemagne, de la part du comte, pour reconnaître la volojitépure et spontanée des seigneurs susdits, au sujet de Télectiondonton a parlé. Les députés trouvèrent toutes choses en bon état, et les cœurs des seigneurs d'Allemagne si bien disposés pour le seigneur comte , qu'ils vou-
niandc, Philippine de Hainaut, et, à la mort de Louis de Bavière, les électeurs réunirent sur lui leurs suffrages, mais il n'accepta pas. ( Pui- FENDOUF, tom. V, chap. Ji. )
*' Voy. la noie III à la fin du volume.
laient lui jurer fidélité, et que quelques-uns d'entre eux remirent les clefs de leurs villes et de leurs châteaux entre les mains des députés.
Cependant les Français, instruits de celte affaire, commencèrent à redoutergrandementquesi le comte Richard prospérait dans sa promotion au royaume d'Allemagne , comme la route lui en paraissait ouverte, il ne nuisît puissamrtient à leur royaume en redemandanteten reconquérant lesdroits du seigneur roi d'Angleterre. Aussi tendirent-ils des pièges et des embûches au comte Richard et à ses députés, ets'efforcèrent-ils d'énerver les cœurs de certains seigneurs d'Allemagne, pour qu'ils ne se soumissent pas au comte susdit. Ainsi ils tâchaient de toutes leurs forces d'empêcher sa promotion, soit en partie, soit en totalité; maispar la grâce favorable du Seigneur, les Allemanfisne s'en atlachèrentque plus fortement au seigneur comte, parce qu'il y a une haine, pour ainsi dire, innée entre les Français et les Allemands, et que ce qui nuit et déplaît aux uns est considéré et regardé par les autres comme fort avantageux. En apprenant cela, les Français se consolèrent réciproquement de la manière suivante :
« L'empereur Othon , très-vaillant dans les armes, « rassassié par les trésors du roi d'Angleterre, issu à (( la fois du sang anglais etdu sang allemand, affermi <( dans le royaume d'Allemagne et élevé à l'empire « des Romains , a menacé terriblement le noble « royaume de France , et c'est à cause de cela que
« Paris a été entouré d'un mur d'enceinte ^; mais il « n'a pas réussi. De plus, Frédéric, le plus riche et « le plus puissant empereur des Romains, s'est con- « fédéré avec le roi d'Angleterre, en recevant sa sœur « en mariage, et a épuisé le trésor d'Angleterre pour " la subversion du royaume de France; mais il n'a « pas prévalu dans les efforts qu'il avait promis de « tenter en faveur du roi d'Angleterre. Combien moins « encore est formidable pour nous la puissance du « comte Richard! Il est timide, pusillanime et inex- « périmenté dans les affaires de la guerre. Jusqu'ici « le Seigneur nous a favorisés, lui qui, par Tinter- « cession des saints du royaume, a toujours réchauffé « les Français sous les ailes de sa protection. Si ré- (' cemment, pour nos péchés, nous avons souffert des « afflictions multipliées dans la Tene-Sainte, où nous M combattions pour Dieu au ^^ervice de Téglise, il se « ressouviendra, même irrité, de sa miséricorde. » Toutefois le roi de France, se précautionnant pour l'avenir, parcourut la Normandie et les contins de son royaume pour raffermir les cœurs chancelants, fortifier et mettre en état de défense les villes et les bourgs. Il anima et réconforta ses seigneurs, particulièrement ceux que nous avons coulume d'appeler les douze pairs de France; comme nous avons parlé
* Nous n'avons pas h examiner le cas qu'il faut faire de cette singulière assertion, et Ton doit douter fortement que ce motif ait déterminé Philippe Auguste. L'enceinte de Paris, commencée en H 90, fut achevée en 12 H. Or, la hataille de Bouvines est en 4214. On sait cependant la terreur {jénérale causée par l'invasion des Allemands, des Flamands et des Anglais.
2fl6 HENRI III.
des grands d'Allemagne auxquels appartient Télection du roi, je ne regarde pas comme étranger à notre sujet d'insérer dans la présente page , toutefois avec une brièveté succincte, les noms des nobles seigneurs de France auxquels appartient principalement le soin des importantes affaires du royaunje.
C'est l'arcbevêque de Reims . qui sacre le roi de France avec le cbréme céleste (ce qui fait que le roi de France est considéré comme le plus illustre des rois) : ledit archevêque est le premier et le plus excellent de tous les pairs de France ; Tévêque de Noyon, qui est comte palatin; Févêque de Beauvais, qui est comte palatin* ; Tévêque de Cliâlons ; Tévêque de Langres, qui, tout pauvre qu'il est, n'en a pas moins un haut rang; l'évéque de Laon, qui est duc et comte, à raison de saint Rémi à qui a été dévolu ce magnifique héritage^.
Entre les laïques, le premier et le plus illustre des pairs est le duc de Normandie, roi d'Angleterre,
* Voy. la note 2, pag. c07 du VI, vol.
ï Ce pass;)ge de Matt. Paris vient confirmer la narration, au reste fort contestable, d'Hincmar et de Flodoard. Ces deux auteurs du neuvième et du dixième siècle assurent que Laon, dans sa première origine, n'était qu'un château bâti sur la croupe d'une montagne. Saint Kemi, qui avait passé ses premières années près de ce château, étant devenu archevêque de Reims, employa une grande partie des biens que Clovis lui avait donnés à fonder une église épiscopale, dont saint Genebaud fut le premier prélat; et la ville s'éleva autour de l'église. C'est probablement à cette tradition que les évéques de Laon durent Toflice de porter l'ampoule au sacre des rois. Quant au titre de duc et comte, nous ne voyons pas quel est son rapport avec saint Ucmi. ( Voy. MoRERV, art, Laon et Rémi. )
duc de Normandie par son droit et par la descendance naturelle du sang, roi par la conquête. On dit cependant que le bienheureux Edouard, parce qu'il manquait d'héritier, avait légué son royaume à Guillaume le Bâtard, duc des Normands ; mais on assure que ce legs manqua de toute validité, parce qu'il le fit au lit de mort et sans le commun assentiment de son baronage \ Viennent ensuite le duc d'Aquitaine, le duc de Bourgogne, le comte de Flandre, le comte de Champagne, et le comte de Toulouse qu'on appelle aussi comte de Saint-Gilles^.
Cette même année, le jour des Innocents, une si grande inondation de pluies couvrit la surface de la terre, que les temps de Deucalion paraissaient revenus. Aussi les sillons présentaient l'apparence de
^ On n'a jamais bien su ce qui se passa à la mort d'Edouard le Confesseur. Avait-il fait un testament en faveur de Guillaume, ou bien avaitil désigné Harold pour son successeur? M. Aug. Thierry, d'après la Chronique saxonne, adopte formellement la deuxième opinion, et quelques pages plus haut parle de la répugnance qu'éprouvait Edouard à laisser partir Harold pour la Normandie. Au reste, Matt. Paris n'exprime ici que sous forme dubitative ia tradition répandue parmi les vainqueurs.
2 Tel était en effet l'élat de la pairie primitive 5 mais bientôt le duché de Normandie et les comtés de Toulouse et de Champagne ayant été réunis à la couronne, on créa, vers la lin du treizième et au commencement du quatorzième siècle, plusieurs nouvelles pairies laïques en faveur des princes du sang royal, tels que les ducsde Hretagneet de Bourbon, les comtes d'Anjou, dArlois, de Poitiers, d'E\reux, delà 3Iarche. Les premières érections en pairie par lettres patentes sont de 1297 (Bretagne, Anjou, Artois ), Le moment où les pairs deviennent de nomination royale, est aussi celui où ils tombent sous la juridiction du parlement, ( Voij. encore la note de la page ,101, iroisième vol. )
liH)us profonds et de fleuves; les fleuves, couvrant les prairies et tous les lieux voisins, resseml)laient à des mers. Pour apprécier par un seul fait les autres faits semblables, un seul fleuve, dans les pays du nord de TAngleterre, renversa sept grands ponts en bois et en pierre. Les moulins aussi et les maisons voisines furent mis en pièces et s'écroulèrent fous la violence des flots , qui s'étaient grossis j)ar les torrents. Le jour susdit, un tourbillon terrible, accompagné d'une grêle violente, troubla les airs et changea presque le jour en nuit. Les nuages se rassemblèrent, la foudre brilla d'une manière terrible, et au milieu des éclairs le tonnerre mugit et gronda. C'était un triste pronostic; car on était au milieu de l'iiiver, et le froid était rigoureux comme c'est Tordinoire en février. Cette tempête fu( suivie d'une fâcheuse intenipérie de l'air qui se prolongea pendant trois mois environ.
Évaluation du trésor du comte Richard. — Découverte DU tombeau de saint AlBANS , DANS l'ÉGLISE DE l'abbaye. — AxMNÉES ÉCOULÉES DEPUIS LA PASSION DU MAR- TYR SAINT Albans. — Mort de plusieurs seigneurs. — Les abbés de Cîteaux sont convoqués par un edit du ROI. — Morts diverses. — Vers le môme temps, on fit le calcul du trésor du comte Richard, et on Tévalua à une somme d'argent si considérable, qu'il pouvait fournir cent marcs par jour pendant dix ans, sans compter les provenances produites [)ar les revenus du royaume d'Allemagne et de l'Angleterre, lesquelles viendraient journellrmenl Taugmenter.
ÀNNKE 1257. 269
Or, il arriva cette même année que, dans la partie orientale de Féglise du bienheureux Albans, quelques fentes ayant désuni et renversé le toit comme on le craignait, Tabbé et le couvent furent d'avis qu'on réparai solidement, pour Taventdu Seigneur, la parlie endommagée. Tandis que les serviteurs des maçons travaillaient au pavé avec leurs boyaux, ils reconnurent au son que rendaient leurs outils, et au bruit des pieds, qu'il y avait là quelque chose d'extraordinnire et d'inconnu. Ayant donc fouillé plus avant, ils trouvèrent sous terre, mais non profondément, une tombe en pierre assez habilement taillée, dans le lieu qui est entre Tautei de saint Oswin, où Ton a coutume de célébrer la messe du matin, et l'autel de saintUlstan, lieu où Ton avait placé une ancienne bière peinte, et une tombe en marbre avec des colonnes de marbre, en assurant que ce lieu et que cette tombe élaient le véritable tombeau de saint Albans. Or, c'e?t dans le njausolée récemment découvert qu'avait été enseveli saint Albans, le jour où il eut la tête tranchée; ses amis, ses parents et ses néophytes l'avaient enterré honorablement, mais secrètement et pendant la nuit, à cause de la crainte des païens. Mais la lumière céleste descendit sur ce loinbeau, et l'on vit les anges qui descendaient et montaientetquichantaientcette hyn\ne : «Albans, Tillustre martyr, est maintenant glorieux.» On trouva aussi dans ce mausolée une feuille de plomb sur laquelle était gravée, selon la coutume des anciens, Tinscription suivante : a Dans ce mausolée a élé découvert le
270 HENRI m.
vénérable corps de saint Albans , premier martyr d\4n[>leterre.)>Cetévénement arriva à l'octave de saint Etienne, en présence du sei^^neur évéque de Bangor, du seigneur abbé Jean, du seigneur Philippe de Chester, principal conseiller du comte Richard, de quelques nobles attachés à la personne du seigneur Guillaume de Valence, frère utérin du seigneur roi, de toute la communauté et d'une foule innombrable de fidèles à qui celte découverte avait été solennellement annoncée. L'évêque octroya une indulgence de quinze jours * à tous ceux qui honoreraient en présence cette découverte. Aussitôt après, le seigneur archevêque d'York arriva à Saint-Albans pour y prier.
Or, il faut savoir que quand cet événement arriva, neuf cent soixante-dix ans s'étaient écoulés depuis la passion du martyr susdit, c'est-à-dire mille ans moins seulement trente ans^.
Pour que les fêles séculières ne se passent point sans être mêlées de lamentations, Tabbé de Saint- Edmond mourut vers le même temps, c'est-à-dire aux fêtes de Noël. D'autres hommes, faits pour inspirer des regrets, expirèrent aussi dans la fleur de leur âge; tels que Robert de Quincy, Guillaume Longue-Épée, Alain de Watsand , clerc du roi et justicier. Jean de Lexinton mourut aussi, et Roger
* La variante donne triginia dierum.
^ On s'accorde en effet à placer le martyre de saint Albans en 287, sous le règne de Maxiniien ; ce qui est conforme au calcul de Matthieu Pdris.
Bigoti, comte-maréchal, fut saisi d'une maladie presque mortelle; tous s'étaient battus si ardemment et au delà de leurs forces, dans le tournoi livré à Blithe, que les liens de leurs nerfs s'étaient relâchés, el que désormais ils ne parvinrent point à recouvrer pleinement la santé. Aussi , entre tous ceux qui moururent, le comte Roger ne fut rappelé qu'à grand'peine des portes de la mort. Or, on élut pour abbé de Saint-Edmond le sei|{neur Simon de Luiton,prieurrecommandable de la même maison. A rÉpiphanie du Seigneur, le seigneur roi, ne s'inquiétant nuUemenl des inondations pluviales, de la violence des ventî^, de Timpétuosité des fleuves, des soucis et des fatigues qu'il allait causer, fit convoquer les abbés de l'ordre de Cîteaux, à l'effet de se rassembler à Londres pour y entendre les ordres du roi. Ils vinrent donc, car il le fallait ainsi, bien que tourmentés étrangement et dépourvus de tout espoir de miséricorde. Quand ils furent réunis devant le roi, qui leur demanda avec instance et d'un ton pressant un secours d'argent non petit, ils répondirent tous d'une seule voix et d'un seul esprit^ qu'ils ne voulaient ni ne pouvaient rien faire sans la provision et le consentement de leur chapitre général, ou du moins sans l'aveu commun de tous les abbés de l'ordre de Cîteaux en Angleterre, qui ne se trouvaient pas présents pour le moment. Comme ils se retirèrent sans qu'un jour eût été ihé où tous pussent se rassembler, le roi, aigri par un ressentiment profond, ordonna qu'on ne fit nulle grâce aux
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abbés de Cîteaux. Par ainsi il permit tacilenrient aux vicomtes, aux forestiers, et aux autres officiers et exacteurs royaux qui y étaient déjà tout disposés, sans avoir besoin de l'autorisation royale, défaire du tort à tous les abbés de l'ordre de Cîteaux leurs voisins, et de leur tendre des pièges, sur des prétextes de pure invention.
Vers la fête de l'Epipbanie, mourut Alain de Watsand, clerc spécial et justicier du seigneur roi, niais qui, avantde mourir, avail heureusement résigné sa charge de justicier. Jean de Lexinton, chevalier éloquent et de bonne mine, mourut aussi, après avoir été, à cause de son habileté, porteur du sceau royal et conseiller spécial du seigneur roi. Le prieur de Newbury, Jean le chanoine, mourut aussi; après avoir été le chapelain du seigneur Jean [Mansel?], il obtint une telle importance, que non-seulement il devint prieur de Newbury, et conseiller secret, et fut envoyé comme député vers les princes voisins, mais encore aspira aux honneurs insignes de Tépiscopat, A cette époque revinrent de la fcour romaine le seigneur abbé de Westminster, Télu à Salisbury, «t quelques autres hommes influents et considérés. Ils étaient allés à la cour romaine, comme la suite des événements le prouva, au sujet des affaires spécieuses du royaume d'Apulie et de Sicile, et avaient eu à subir, outre les fatigues du chemin, les pièges nombreux des Français.
Le roi refcse d'admettre l'évêque élu a Ély. —
Faits divers. — Nouvel ordre de frères. — Un citoyen DE Brescia succède au sénateur Brancaléon. — Hoger de Meulan est élu évêque de Coventry. — Les Gallois augmentent en nombre et en force. — Arrivée DE l'archevêque DE MeSSINE , POUVOIRS DONT IL
est REVÊTU. — Lettre du pape au roi. — Mort de plusieurs NOBLES ET PRÉLATS. — Vers le mênie temps, comme les moines d'Ély avaient élu régulièrement à 1 office d^évèque d'Ely, et pour pasteur de leurs «înïes, leur sous-prieur, homme capable et irrépréhensible, sans se conformera la volonté du seigneur roi qui, par ses lettres et ses députés solennels, les avait sollicités instamment pour un autre, le roi, violemment irrité, donna cette église en garde à Jean Waleran : c'était conOer un agneau à un loup affamé; car il rasa les bois, appauvrit les hommes, et fit tort aux moines, ea sorte qu'au mépris de la crainte de Dieu et du respect dû aux saints, toutes les posses sions paraissaient exposées à la ruine, et que Téglise, assujettie à la dernière des servitudes, élait livrée en proie à des brigands qui s'en emparaient de force.
Le jour de la fête de la conversion de saint Paul , Télu à Winchester, Jean de Gatesdène, chevalier, et Pierre d'Orival, furent envoyés au roi de France, de la part du seigneur roi d'Angleterre, pour proroger la trêve conclue entre eux. Mais on ne sait pas jusqu'ici si celte négociation eut quelque résultat.
Lorsque l'élu à Salisbury, à savoir maître Gilles de Bridelosfor»!, fut revenu de la cour romaine, il déclara hautement le privilège qu'il avait obteim VIII. 18
274 HKNRI III.
habilement à Koine, c'est-à-dire qu'il lui fut permis <le conserver ses nneiens revenus et même le doyenné, dont il avait llairé la bonne odeur. Naguère on regardait cela comme unre nouveauté : mais la chose avait été tant de fois permise, moyecmant étribution , que cela n'excita la surprise de personne.
A la même époque, la garde de la terre de Guillaume de Cantelonp, qui avait été d'abord accordée à Edouard, fut accordée à la reine, ainsi que la garde de la terre de Guillaume Longue-Épée. Aussi les baillis qui avaient été institués sous frère Guillaume*, relevant les cornes, et se fiant dans le patronage d'une si grande danie, opprimaient tellement tous les . voisins, que ces vexations auraient pu arracher des larmes, même aux yeux des ennemis.
Un certain ordre de frères , nouveau et inconnu , apparut à Londres, en montrant cependant publiquement un bref authentique du pape, en sorte que cette multitude d'ordres divers paraissait une confusion^.
Brancaléon , sénateur des Romains, ayant résigné sa dignité , fut remplacé par un citoyen de Brescia ,
' Frère Guillaume de Tharento, sénéchal de la reine, le même dont il est question plus bas.
' La faveur des papes, l'attrait et les avantages de la vie errante, les privilèges accordés aux ordres Mendiants avaient en cinquante ans multiplié si prodigieusement leur nombre, que déjà en 1274 on en comptait vingt-trois. Les plaintes qui s'élevaient à ce sujet de toutes les parties de la chrétienté, obligèrent le pape Grégoire X à les réduire au concile de Lyon à quatre ordres; ceux des Guillehiiites ou Augustins, des Carmes, des frères Mineurs ou Franciscains, des frères Prêcheurs ou Dominicains. Treizième cunon du concile de Lyon (1274). (Voif. Labbe.)
qui suivit d'une manière louable les traces de son prédécesseur dans Texhibilion de la justice, et qui continua de gouverner avec la même vigueur.
Cette même année, Tévêque Roger de Wescham ayant résigné sa dignité, à cause de sa vieillesse et de ses infirmités, les moines de Coventry élurent pour leur évêque, et pour pasteur de leurs âmes, maître HogerdeMeulan , neveu du seigneur roi^ , que le roi reçut et accepta comme il convenait; car il ne pouvait honnêtement le réprouver ainsi qu'il avait coutume de le faire pour les autres. Or, il avait supplié le couvent d'élire pour pasteur Philippe Luwel, son trésorier. Ainsi donc le couvent susdit élut ledit maître Iloger qui devait plaire au seigneur roi, et même était son neveu, et fut décidé à celte élection par les démarches du comte Uichard, oncle dudit Roger.
Vers le même temps, les Gallois, qui commettaient des massacres, des incendies et des rapines sur les frontières du pays de Galles et de l'Angleterre, firent prospérer entre leurs mains les travaux de Mars, et forcèrent Edouard à rétrograder avec son armée. Ils chassèrent aussi de leur pays Grifûn de Brunfeld , Gallois de nation, de race et de langage, homme puissant et d'une famille illustre, et dévastèrent, par le
* Matt. Paris l'appelle Malend et Mudlent, les annales de Burton Meuhnge et Meuleug. Nous n'avons pu retrouver à quel titre ce personnage appartient à la Famille des Plantagenels : ce qui est singulier, c'est que nous le voyons désigne plus bas sous le nom de maître Longue- Épée, tandis qu'il ne ligure pas dans la généalogie de cette famille, du moins des Longue- Épée de Salisbury. Ce prélat, chanoine de l'église de Lichfield est intitulé dans les actes, nepos domini regiSj suhdiacomis et capellnnus domini pnpœ. Son élection est du 20 janvier 1257.
276 IIE^RI llî.
fer et par le feu, toute sa terre qui était spacieuse et riche. Or, la cause de ce dommage irréparable, ce fut la cruauté tyrannique et Tavarice insatiable d(' Geoffroi de Langeley, qui avait opprimé les mêmes Gallois avec tant de férocité, qu'ils aimaient mieux mourir honorablement , disaient ils , que de traîner une vie honteuse dans les an^^oisses et dans la servitude. Cependant le comte élu roi d'Allemaf^ne écrivit amicalement à Léoliii, et aux autres capitaines de l'armée des Gallois, pour qu'ils laissassent en repos le royaume d'Angleterre, vi se désisiassent de leurs incursions hostiles, de peur que son dépari et ses tentatives ne rencontrassent de Topposilion parmi les Anglais, Mais les Gallois, voyant que la saison des pluies leur était lavorable et avait déjà rendu inaccessibles les chemins à travers leurs marais, ne voulurent pas renoncer à leurs entreprises, et en poursuivirent leurs ennemis avec plus d'instance. A cause de leur grand noîïibre, et afin de pouvoir plus facilement se pourvoir de vivres, ils divisèrent leur armée en deux corps. Ces deux corps formaient ensemble trente mille hoînmes, armés selon la coutume de leur pays natal, parmi lesquels se trouvaient cinq cents cavaliers complètement armés, montés sur dis chevaux bardés de fer. Edouard se plaignit donc a son père, le seigneur roi, de la présomption si tém(^rairedes Gallois. On assure que le roi lui répondit ainsi : « En quoi cela me regarde-t il? Cette terre est « tienne par le don que je t'en ai fait. Montre pour « la première fois tes forces, donne de Téclat à ta