‹ Grande chronique; (volume 2)Chapitre 9 sur 16 · AN^ÉE · texte numérisé non relu

AN^ÉE

w jeune renommée, afin que les ennemis te redou- « tent désormais. Quant à moi, d'autres affaires me « liennenl occupé. » C'est ainsi que de tous côtés TAnglelerre était pressée par des an^roisses de toute espèce.

Oette même année, à Tapproche du carême, Tarchevèque de Messine fut envoyé par le seigneur pape, on ne sait pour quel motif, et arriva en grand appareil d'escorte et avec des chevaux montés par des frères de Tordre des Prêcheurs. Comme il avait des lettres du pape, qui lui perniettoient d'exiger et de recevoir des j)rocurations, et qui lui donnaient pouvoir de punir sévèrement les contradicteurs, il envoya des lettres impérieuses à chacun des prélats, pour qu'ils lui fournissent des procurations, dans la proportion qu'il leur désignait, à tel point, qu'il extorqua vingt et un marcs à la maison de Saint-Alhans et à un monastère dépendant d'icelle. Les moines de Saint-Albans étant venus pour le visiter civilement à son logis, il ne les laissa point parler, et les retint même comme emprisonnés jusqu'à ce qu'il eût satisfait son avarice. Comme les moines répondaient avec modestie qu'ils ne possédaient pas en ce lieu un seul denier, l'archevêque, en colère, reprit avec insolence : « Êtes- « vous donc si pauvres * ? Adressez-vous alors à quel- M que marchand qui veuille bien vous prêter. » Ce qui fut lait ; car il le fallait ainsi. Sans cela les moines n'auraient [)as qu la permission de s'en aller, quoi-

' Mendici. I.a variante donne mendacer^ ce qui changerait le sen».

qu'ils fussent les plus recommandables de la communauté, à savoir l'archidiacre de Saint-Albans et le seigneur Jean , porteur du sceau de Tabbé et son procurateur. Cet archevêque de Messine était un frère de Tordre des Prêcheurs, dans lequel nous espérions trouver une humilité plus abondante qu'elle n'était, et qui avait réussi à obtenir du seigneur pape la lettre suivante au sujet des procurations à extorquer : « Frère Jean , par la miséricorde divine, archevêque de Messine, à ses chers hommes en Jésus- Christ l'abbé et le couvent du monastère de Saint- Albans, au diocèse de Lincoln, salut dans leSeigneur. Sachez, etc. » Cherchez au livre des Additamenla* .Y ers le même temps, une lettre élégante fut adressée au seigneur roi, de la part du seigneur pape, pour qu'il corrigeât ses erreurs accoutumées. Cette lettre était due aux sollicitations de l'évêque de Rochester Laurent, à qui l'archevêque de Cantorbéry Boniface avait fait éprouver beaucoup d'injustices en armant le bras séculier, et en envahissant violemment Its possessions de l'église de Rochester, qu'il était tenu plutôt de défendre et de protéger. Or, le roi , la reine et tous les gens du roi soutenaient Taudace de cet archevêque, parce qu'il était Toncle de la reine. Ce qui excitait encore ledit évêque de Rochester, c'était l'extermination irréparable de l'archevêché d'York et de l'évêché d'Ély, et les vexations inouïes exercées par le roi contre les autres églises vacantes , au mé-

* Ce document ne s'eçt point retrouv?.

pris du respect dû au Christel des clefs de l'église. Le mênïe évêque considérait aussi qu'un semblable danger menaçait son évêché s'il venait à le résigner ou à décéder. Or voici la teneur de ladite lettre, obtenue par Tévêque susdit, et à laquelle il attendait une réponse en demeurant h Home. « Alexandre, évéque, etc. , à Tilluslre roi d'Angleterre, etc. Comme on rapporte sur tes actes, très-cher prince, etc. » Cherchez au livre des Additamenta \ c'est-à-dire au signe des flèches mises en travers.

Cette même année, le o avant les ides de février, mourut maître Robert de Hartford^ de pieuse mémoire, doyen de l'église de Salisbury, lequel était avancé en age, plus avancé encore en bonnes mœurs, et très-avancé en science. Or nous croyons avec confiance qu'en récompense de ses mérites éclatants il est l'ami spécial du Rédempteur. Le seigneur Raoul, fils de Nicolas, sénéchal du seigneur roi, et Guillaume de Manduit ^, tous deux hommes nobles et illustres, moururentaussi, ainsi quel'évêqued'Exeter, Richard.

Baudouin, comte de Devon, épouse une Savoyarde.

— Le ROI OFFRE de NOMBREUX PRESENTS A SAINT AlBANS.

— Noms des saints rois d'Angleterre. — Troubles DANS l'université d'Oxford. — L'abbé de Westminster revient de la cour romaine. — Pillage des biens de l'évéché d'Ely. — L'ÉLU A Ély se rend a Rome. —

* Voij. l'addition XXXIX à la tin du volume.

' Nous adoptons la variante Munduit. Le texte dit Maudeville, mais cette famille était éteinte.

280 HK\RI m.

Miracles opérés sdr le mausolée de saint Albans.— Baudouin de Redviers, par Tentreniise delà dame reine, prit pourépouse une étrangère, à savoir, une Savoyarde, qui était parente de ladite reine \ Or, le comlé de Devon appartient audit Baudouin, et par ainsi les nobles possessions et héritages d'Angleterre sont dévolus à des-étrangers. Ce que les Anglais pusil- Icinimes ne veulent pas savoir, ou feigninit d'ignorer, et la bravoure des Gallois est un reproche éclatant de leur lâcheté et de leur simplicité nonchalante.

Cette même année , le 5 avant les noues de mars , le seigneur roi vint à Saint Albans, etoffrit au maîtreautel un magnifique collier, qui avait deux agrafes et une chaîne transversale, ainsi que de superbes anneaux, le tout destiné, tant audit aulel, qui étaitcelui de saint Albans, qu'à Tautel de saint Amphibale ; il offrit aussi une coupe d'argent doré, pour déposer la poussière qu'(!n avait trouvée récemment dans le mausolée dont il a été question ; six tentures de soie, dont une fut assignée à couvrir ledit mausolée, et une autre à couvrir les tombes d( s ermites Roger et Sigard ; enfin des deniers pour restaurer In bière. Il prolongea, pendant une semaine, son séjour à Saint-Albans, et comme il eut conlinuelleiTient pour

* Il s'agit ici de liaudoin Ve du nom, septième comte de Devon, et sa nouvelle épouse s'appelait Avoye de Savoye. De ce mariage naquit un unique enfant, nommé Jean, qui mourut en bas âge. Baudouin V mourut lui-même subitement à la suite d'un repas donné par Pierre de Savoie; et cet événement contribua à accréditer les accusations d'empoisonnement intentées aux seigneurs Poitevins. Dugdale place la mort de Baudouin en 1262 et Guicheuon au 15 septembre 1261.

compa^îiion î\ table, dans le palais et dans sa chambre à coucher, celui qui a écrit ce livre , il dirigea avec autant de soin que d'affabilité la plume de l'écrivain. Comme dans la conversation il était fréquemment question du comte Richard à savoir de son frère, le roi désigna les seigneurs à qui appartient Télection^ et qui sont mentionnés dans les pages précédentes. Il nonima, de plus, tous les saints rois d'Angleterre canonisés. Pour qu'un si grand personnage ne se soit pas donné en vain la peine de nous dicter, nous avons jugé à propos d'insérer leurs noms dans ce passage, afin que leurs titres à la gloire ne soient pas oubliés.

Ce sont les rois Albert, Edouard le martyr, Kenelme le martyr, Oswald , Osw^in, Neithan, Wistan, Fromund, Edwulfe, Edmond, Edouard *. Le même seigneur roi nomma aussi , et compta toules les baronnies d'Angleterre qui lui revenaient en mémoire, et en trouva deux cent cinquante. Mais revenons à notre ^^ûjet, et continuons ce qui précède par ce qui doit suivre.

Vers le même temps, à savoir le 7 avant les ides de mars, quelques maîtres d'Oxford, c'est-à-dire environ neuf artistes 2, se rendirent h Saint-Albans, et

' La sainteté ou même l'existence do quelques-uns de ces rois nous paraît fort contestable.

* C'est-à-dire maîtres ès-arts. Ce n'est guère qu'à l'époque de Grégoire IX qu'on peut faire remonter la distinction en quatre lacultcs : les maîtres en théologie, en droit, les physiciens et les artistes. Dans l'université de Paris au treizième siècle, le chef de la faculté des arts et par suite de l'uniTersité entière, avait le titre de recteur. On le trouve ap-

d'une voix triste portèrent plainte devant le roi dans la chapelle de Saint- Osvvin contre l'évêque de Lincoln, qui s'efforçait d'infirmer les libertésdes écoliers, au mépris des statuJs anciens et approuvés de Tuniversité. Or, on leur fixa, pour le grand parlement qui approchait, un jour où on leur répondrait, et où Ton pacifierait cette querelle, après avoir entendu les raisons des parties. Ce même jour, le frère qui a écrit ce livre dit en particulier au seigneur roi : « Seigneur, au nom de Dieu , ayez soin de l'église « qui déjà est vacillante. En effet, l'université de « Paris, la nourrice et la maîtresse de tant de saints « prélats, n'est pas médiocrement troublée. Si dans « le même temps l'université d'Oxford est sembla- « blement troublée, elle qui est la seconde école de « l'église, ou, pour mieux dire, le fondement de Té- « glise, il est grandement à craindre que l'église tout « entière n'éprouve ruine. » Alors le roi : « Plaise à « Dieu que cela n'arrive pas, surtout pendant mon « règne ! »

Cette même année aussi, le jour de sainte Prisca , Tabbé de Wesiminster et l'élu à Salisbury revinrent de la cour romaine , après avoir éprouvé en route des dangers, des embûches et des pertes de la part de leurs adversaires ; car pour passer les Alpes, à cause des affaires du roi , il leiir fallut traverser la France, et ce fut alors que leurs adversaires leur

pelé sous saint Louis : Capital parisiensium scholarium. Il devait en être de même à Oxford, dont les statuts étaient modelés sur ceux de Paris. Les deux universités affectaient la memo prétentionj, celle d^étre le fondement de rÉfjIise.

nuisirent. Dans ce voyage mourut un compagnon de 1 abbé, Henry de la Mare, justicier en tournée du seigneur roi, qui alla recueillir le fruit de ses œuvres. L'abbé susdit perdit aussi d'autres personnages de sa compagnie.

Sur ces entrefaites, les terres, les forêts, les bourgades de l'évêcbé d'Ely, étaient exposées aux dangers d'une extermination presque irréparable. Les bois étaient rasés, les viviers étaient taris au moyen de canaux, et les poissons en étaient enlevés, comme on emportait le gibier des parcs. Au mépris de la crainte du Seigneur et de la bienheureuse Etbeldrede , on imposait des tailles aux hommes, et les ignobles satellites et exacteurs royaux commettaient à leur égard des injustices de toute espèce. Tandis que 1 élu et le couvent espéraient avoir audience du roi, au jour qui leur avait été fixé, le roi devint leur adversaire manifeste^ et mit en avant, contre Télu, des exceptions qui pouvaient justement exciter la surprise et les scandales. La plus importante de ces exceptions était celle-ci : De toute antiquité les îles d'Ély ont été ordinairement la forteresse et le refuge d'un grand nombre de bannis affligés par les désastres de la guerre. Aussi il ne serait point sûr de confier la garde d'un pareil lieu, qui est comme un château^ à un homme simple, faible et craintif, qui sortait du cloître et n'avait jamais étudié la sagacité de la cour.

Or l'élu, après avoir éprouvé beaucoup de dommages, se rendit soudainement et en toute hate à la

284 UVMW III.

cour du pape, pour y poursuivre son droit. Cependaut rarclievêque s'obstiiiant, pour plaire au roi, à le persécuter avec obstination , bien qu'il n'eût rien trouvé de douteux dans l'examen dudit élu précédemment fail par lui, écrivit à ses amis en cour romaine contre I évêque élu , afin que ce dernier fût réprouvé par le pape, et qu'on élevât à sa place, au même é\éclié, frère Adam du Marais. Quoique le même frère Adani , frère de l'ordre des Mineurs, homme lettré et avancé en age, eût quitté toutes les dignités mondaines et de nombreux revenus pour prendre l'Iiabit de religieux, on dit qu'il consentit de bon cœur à celte substitution , selon cette parole d'Ovide ' :

« C'est à peine si je voyais sous le règne de Saturne quelqu'un dont le cœur ne fût pas réjoui par le gain. »

Mais le seigneur Henri de Wengliam, chancelier, en faveur de qui le roi avait sollicité les moines d'Ely, souffrit patiemment qu'un autre que lui lut promu audit évêché, protestant avec humilité que ses compétiteurs étaient lous deux plus dignes que lui.

Cette même année, et pendant les mêmes jours, des miracles furent opérés dans Téglise de Sainl- Albans, à l'endroit où le mausolée du bienheureux Albans avait été découvert. Le jour de eainte Agnès,

• Seciihdum illud Qiiidianum, dit furtiveuieut le texte. En modiiiant légèrement cette leçon, il est facile de reconnaître et de lire Ovi- (liaiivm. Kn effet le poëte met ce distique dans la houche du vieux Janus : Faslor. ih. \. amor sfrlrratus hubeudi, nvti sano ffîm".*?, thème éternel de déclama lions !

un enfant et puis un autre furent ressuscites d'entro If s morts , et dans le même lieu beaucoup de paralytiques et d'aveugles furent guéris. Or, tous les miracles opérés en ce lieu sont très-authentiques, et prouvés comme tels, par le témoignage de gens dignes de foi, par exemple des prêtres, des paroissiens, et des jurats du voisinage. En effet, ce n'est pas une moindre offense de répandre de faux bruits à la louange de Dieu, que de taire la vérité en pareil cas.

Faits divers. — Nouvel ordre de molnes. — Mort DE Marguerite , soecr du bienheureux Edmond. — Grand parlement a Londres. — Le comte Richard se

PRÉPARE A partir. L' ARCHEVEQUE DE CaNTORBÉRY EST

CITÉ A Home , pour répondre aux plaintes de l'évêque DE Rochester. — Maladie de l'évéque de Hereford. — Le roi demande un subside pour son fils Edmond. — A la fête de la conversion de saint Paul, Télu à Winchester, Jean de Galesdène, et Pierre d'Orival , furent envoyés au roi de France de la part du roi d'Angleterre, pour une négociation secrète dont les avtîit chargés le roi.

Vers le même temps , lorsque maître Gilles de Bridelesford, élu à Salisbury, fut revenu de la cour romaine, il annonça, en montrant un écrit du pape, qu'il lui était permis de conserver ses anciens revenus pendant quelques années; ce qui est une des nouveautés monstrueuses dont Rome accoucha en avortant.

A la même époque aussi , la {^arde de la terre de

Guillaume de Cantaloup, qui avait été donnée à Edouard, fut accordée à la reine, ainsi que la garde de la terre de Guillaume Longue-Épée, laquelle fut aussitôt confiée au sénéchal de la reine, frère Guillaume de Tharento, qui était avide de gain comme une sangsue est avide de sang. Aussi les baillis institués sous le même frère Guillaume, puisant leur audace dans le patronage d'une si grande dame, opprimaient les voisins et les appauvrissaient sous des prétextes légers ou j)lutôt nuls. C'est ainsi que plusieurs rois tyrannisaient TAngleterre, comme dans les anciens jours.

Vers le même temps, apparut à Londres un nouvel ordre de frères inconnus, et qu'on n'avait point vus auparavant; comme ils se montraient velus de sacs, on les appelait les frères en sacs.

Vers le même temps, mourut Marguerite, prieure de Kalesby, sœur du bienheureux Edmond , archevêque de Cantorbéry, femme d'une grande sainteté et dont les mérites éclatants opérèrent des miracles.

Celte même année, à la mi-carême, un grand parlement fut tenu, el les maîtres d'Oxford s'y rendirent sur l'ordre du roi, pour que la paix fut rétablie entre l'évêque de Lincoln qui les attaquait, et l'université d'Oxford. De plus, le con. te de Glocester Richard , et le seigneur Jean Mansel , qui avaient été chargés par Richard, comte de Cornouailles et élu roi d'Allemagne, d'examiner soigneusement l'état des choses et de lui préparer les voies en Allemagne,

KmÈ\L 1257. 287

se hâtèrent d'arriver à ce parlement. Cependant ils ignoraient encore Télection frauduleuse du roi d^ Espagne, qui plus tard prétendit qu'il avait été élu le premier, comme la suite du récit le montrera. Or, le nouvel élu au royaume d'Allemagne, c'est-à-dire le comte Richard, qui allait bientôt dire adieu à Tuniversalité de la nation anglaise, assistait audit parlement; car presque toute la noblesse d'Angleterre était aussi présente. Le même comte institua l'évéque de Londres, Foulques, procurateur absolu des possessions qu'il possédait en Angleterre. Or, il y avait en ce moment une si grande multitude d'hommes dans la ville de Londres, que c'était à peine si la ville de Londres pouvait la contenir dans sa vaste enceinte.

Cependant l'évéque de Rochester, qui avait souffert des injustices intolérables de la part de l'archevêque de Cantorbéry, avait déposé sa plainte lamentable devant la cour romaine tout entière, et poursuivait la plainte qu'il avait déposée. Comme ses griefs demandaient une vengeance convenable (car la faute était grave), surtout après les admonitions fréquentes adressées au roi, qui excitait ledit archevêque à relever la tête , et lui donnait de l'audace dans ces vexations, le même archevêque mérita d'être cité à comparaître en personne devant le pape, pour répondre aux objections qui lui seraient faites, et pour donner satisfaction sur les dommages et injustices dont il était l'auteur.

L'évéque de Hereford, en punition de ses péchés multipliés, tomba honteusement malade, et languit

288 UENIU HI.

atteint d'un polype galeux, ou frap[)é d'une espèce

(le lèpre V

Avant que le parlement susdit eût élé levé, le roi, en présence de tout le peuple, fît amener dans rassemblée et montra publiquement son fils Edmond , qu'il avait fait revêtir de Thabit que portent les Apuliens; puis il prit la parole : « Voyez, mes féaux, « mon fils Edmond, que le Seigneur a appelé, par sa « grâce gratuite, à Texcellenco de la dignité royale. « Combien il est digne à tons les yeux de la faveur (( de vous tous, tant que vous êtes! combien serait « inhumain, combien serait lyrannique celui qui lui « refuserait, en pareille occurrence, conseil edicace et n assistance opportune. » 11 poursuivit en aflirmanl qu'il s'était engagé pour conquérir le royaumedeSicile,

' Matt. Paris ne parle pas des lépreux dans le cours de son livre et l'on doit regretter qu'il ait dédaigné de nous donner quelques détails à ce sujet. Au reste, les documents abondent. (Voyez entre autres M. iMi- CHELET, llisi. de France^ torn, m, pag. 254 et suiv. ) Toutefois, ■Matt. Paris partageait la réprobation générale qu'inspiraient ces malheureux. Dans la vie de l'abbé Guarin, il dit en parlant des lépreuses de Sainte-Marie-des-Prés : Leprosas... includi eonstituit,, ne ampHus (letestubilibus excessibus^ quibus ante diffamabaniur viri et muiieres^ in sœrulo commacularentur . Les plus célèbres maladreries d'Angleterre au treizième siècle étaient l'hôpital de la reine Mathilde, à Londres, et celui de Saint-Julien-de-Hevet, près de Saint-Albans, dont Guillaume Wats rapporte les statuts à la lin de V Aurtarium. Ce n'est guère qu'à partir du quatorzième siècle, et surtout en France, que l'horreur contre les lépreux prend un caractère de fanatisme impitoyable, mêlé aux idées les plus ridicules. On croyait, par exemple, qu'en mettant de l'onguent dans la main dun enfant mort-né et eu frottant par cet intermédiaire le visage du Mesel le mal disparaissait. IN'est-ce pas là un remède qui sent la sorcellerie?

ANNl^E 1257. 2S0

SOUS peine de perdre son propre royaume, à payer cent quarante mille marcs, sur le conseil et avec la faveur bienveillante du pape et de l'église anglicane, sans compter les usures qui prenaient chaque jour, sans qu'il y parût, un accroissement considérable. Item, qu'il avait obtenu, pendant cinq années de suite, les dixièmes de tout le clergé en général, à savoir les -^ dixièmes de tous les bénéBces [des clercs] , lesquels P seraient estimés selon de nouvelles taxes, sans qu'on en déduisît aucune dépense, excepté les dépenses qui devraient être faites nécessairement. Item^ les fruits de tous les bénéfices ecclésiastiques vacants pendant fa première année, et cela jusqu'à l'expiration des cinq ans. [Item^ la moitié des fruits de ceux qui résidaient dans leurs bénéfices. Item, pour les privilégiés les fruits de tous leurs bénéfices, à la réserve seulement des provenances affectées à leur entrelien et subsistance pour peu de temps. ) En entendant cela, toutes les oreilles tintèrent et tous les cœurs furent surpris grandement, surtout parce qu'on savait qne cette tyrannie tirait son principe du pape. Enfin, ils eurent beau présenter des excuses en pleurant, et demander des délais de rémission, comme ils ne purent rien obtenir d'aucune façon, ils promirent au roi de satisfaire à ses nécessités urgentes, en ajoutant toutefois cette condition, qu'il observerait inviolablement désormais la grande charte tantde fois promise, tant de fois achetée et rachetée, et qu'il s'abstiendrait de les léser, de les appauvrir, et de les piller sous tant de ^^^ prétextes spécieux : à ce prix ils promirent cinquante-

290 HEiNIU tir.

deux mille marcs, au détiiment irréparable de Téglise anglicane. Kt cependant le roi prétendait encore n'avoir pas reçu un présent assez riche.

Accord entre l'intrus au doyenné d'York et l'église DE cette ville — Arrivée en Angleterre de l'archevêque DE Cologne. — Le pape ordonne a l'arré deSaint- Alrans de pourvoir un certain Italien d*un rénéfice

CONVENARLE. ^PlUSIEURS GRANDS d'AlLEMAGNE FONT HOM- MAGE AU COMTE Richard. — Le roi de France met des

GARNISONS DANS LES CHATEAUX DE NoRMANDIE. — SoMME DES FOLLES DÉPENSES DU ROI. — DÉPART DE l'aRCHEVÊQUE

DE Cologne. — Ce Romain qui s'était glissé comme uti renard dans le doyenné d'York, et qui avait occupé furtivement, à l'heure du dîner, la stalle du doyen dans le chœur, armé qu'il était de la faveur et de la protection du pape, fatigua l'archevêque par diverses injustices et dommages, et le fit suspendre, bien qu'innocent et quoique ce fût un homme doué de toute sainteté. Enfin, après de longues discussions, ledit Romain reçut, pour le bien de la paix, cent marcs annuels de l'église d'York, jusqu'à ce qu'il fût pourvu plus abondanîment.

A peine rassemblée et le parlement susdit, qui avaient été fort nombreux, eurent-ils été levés, que l'archevêque do Cologne, accompagné de quelques évoques et ayant un certain duc avec lui , arriva en Angleterre pour exhorter le comte Richard à entrer intrépidement dans le royaume d'Allemagne, autrement dit ie royaume des Romains (parcequ'il sert

pour ainsi dire de gage pour obtenir Tempire romain), et à recevoir ce royaume qui lui était offert heureusement sans aucune contradiction ou obstacle, et qu il ne pouvait manquer de posséder en paix. Mais ce qui plus tard excita une surprise générale , c'est que les envoyés passèrent sous silence et ne déclarèrent en aucune façon le consentement donné par quelques seigneurs d'Allemagne à la promotion (lu roi d'Espagne, Alphonse \ audit royaume, et cela d'après les instigations des Français. Or, il faut savoir que dans le parlement susdit, qui fut aussi général que possible, six archevêques s'étaient trouvés réunis à savoir, ceux de Cantorbéry , d'York , de Dublin et de Messine , lequel avait levé sur chaque église de riches procurations, outre [celui de Cologne et] celui de Tarente en Apulie, lequel était venu ensorceler le

* Voici en quels termes Henri Slero, moine d'Altaich, parle de cette lUection dans sa chronique à l'année 1237 : « Après la mort de Guillaume, les princes de l'empire firent plusieurs assembl»ées pour l'ëlection; mais, ne pouvant pas s'accorder, ils prirent enfin jour et résolurent qu'ils se trouveraient à Francfort incontinent après les Rois. Les archevêques de Mayence et de Cologne, Louis, comte palatin du Rhin, et «on frère Henri, duc de Bavière, s'y rendirent et élurent Richard, duc deCornouailles, frère de Jean et de Henri^ rois d^ Angleterre. Mais l'archevêque de Trêves et quelques autres princes, ne voulant pas approuver cette élection, s'assemblèrent vers la mi-carémc, et se trouvant autorisés par les lettres et le pouvoir du roi de Bohême, du duc de Saxe, des marquis de Brandebourg et de plusieurs autres princes, élurent Alphonse, roi de Caslille. » Stero peut se tromper sur les affaires d'Angleterre, mais, à coup sûr, comme contemporain, il connaît bien celles de son payg. Or, il nomme ici au moins neuf électeurs, sans compter les autres princes inférieurs; ce qui vient confirmer l'énumération de Matt. Paris. ( Voy. la note III à la fin du volume. )

roi au sujet de Taffaire d'Apulie. S'étaient aussi hâtés d'y venir des pays d'outre-mer, le comte de Gloeester et Jean Mansel, qui pourtant, malgré l'exactitude avec laquelle ils avaient tout exploré, ignoraient encore les embarras qu'allait susciter l'élection d'un autre que le comte de Cornouailles Richard.

A la fin de mars, le pape adressa un mandat impérieux à l'abbé de Saint-Albans, pour qu'il pourvût un certain Romain d'un bénéfice convenable, comme s'il n'avait pas déjà assez fait, en pourvoyant un certain autre Romain, qui, peu de jours auparavant, avait apporté des lettres de provision aussi pressantes ou même plus instantes que cette dernière. C'est ainsi que s'entassaient et s'accumulaient pour l'Angleterre misères sur misères , au point que les prélats désiraient être débarrassés du fardeau de cette vie. Déjà, en effet, nous ne sommes plus considérés comme les fils de Sara qui était libre, mais comme les enfants bâtards d'Agar qui était esclave, et nous sommes dépouillés de la liberté par laquelle le Christ nous a délivrés.

Vers le même temps, l'archevêque de Cologne Conrad et d'autres seigneurs d'Allemagne avec lui, qui étaient venus à Londres avec ledit archevêque, firent hommage et jurèrent fidélité et allégeance au comte Richard. Cela fait, le comte ociroya sur-le-champ à l'archevêque cinq cents marcs destinés à acquitter ses provisions de voyage. 11 lui donna de plus une mitre magnifique enrichie de pierres précieuses et de lames d'or. Lorsque l'archevêque l'eut mise sur sa tête, il dit « Le comte RichanI m'a enrichi moi et

« mon église d'un trésor magnifique; mais s'il m'a « posé uiie mitre sur la tête, moi de mon côté, je pla- « cerai certainement sur la sienne la couronne de roi « d'Allemagne ou de roi des Romains. 11 m'a milré, et « moi je le couronnerai. » Or, j'ai jugé à propos d'insérer ces mots dans ce livre, afin que la postérité sache avec quelle adresse les étrangers trouvaient moyen de circonvenir la simplicité des Anglais.

Cependant le roi de France, en apprenant cela , mit prudemment et puissamment garnison dans les châteaux qui étaient situés sur les confins de son royaume, et fortifia principalement les cités et les châteaux de la Normandie en y plaçant les hommes nés dans ses domaines particuliers *. Il voulut aussi que les Français se liassent avec les Normands par des mariages, et les Normands avec les Français, afin qu'ils fussent réciproquement unis par les nœuds de l'amitié; ce qui fut fait. Or, les Français disaient : « Jadis les Anglais ont puisé leur audace a dans leur alliance avec Othon , empereur des « Romains, chevalier très-vaillant, et ensuite avec « Frédéric, dont l'un était parent de leur roi par « le sang et l'autre par alliance, et qui tous deux, « à cause de cela, étaient les plus grands ennemis du « royaume de France. Cependant, par la protection fl du Seigneur , la France subsiste encore affermie « dans sa dignité etdanssa puissance. *> Ces réflexions leur inspiraient quelques sujets de consolations.

' Tel est le sens que nous donnons à $uU uatalihus. P«ut-être faut-il lire simplement naiuraUhus .

Les autres seigneurs d'Allemagne, qui étaient arrivés avec Tarcheveque de Cologne, ayant reçu du comte des présents magnifiques, lui firent aussi hommage au moment de le quitter et en se liant par un grand serment, pour ne point paraître suspects.

A cette époque, les clercs de la chambre du roi*, gens dignes de foi , ayant parcouru les registres des finances et supputé exactement les sommes^ il fut prouvé que les dépenses du seigneur roi , depuis le moment où il avait commencé à être le dilapidateur du royaume, montaient à huit cent mille marcs plus cent cinquante mille marcs , ce qui est horrible à penser; parce que le royaume d'Angleterre n'a jamais éprouvé aucun avantage, ou plutôt n'a éprouvé que du désavantage de l'effusion d'un si grand trésor. En effet, ne vaudrait-il pas mieux pour toi avoir perdu ton épée ou ta flèche qui serait tombée au milieu de la mer, que de voir ton ennemi t'arraclier tes armes ?

Préparatifs de départ du comte Richard. — Son escorte souffre de la disette. — cassation de

l'inique jugement RENDU PAR HeNRI DE LA M ARE CONTRE

l'abbaye de Saint-Albans. — Lettre accordée par

LE comte îllCHARD A l'aBBÉ DE SaINT - AlBANS. —

Extorsion exercée sur le droit de change. — Le COMTE Richard part pour l'Allemagne. — Le temple de Mahomet a la Mecque est consumé par un terrible incendie.— Phénomène naturel. — Les frères de Bethléem

* CAerici conclaviS. Cette dernière expression est vague. ISous y voyons le synonyme de camera dans le sens de trésor.

\mÈE 4 257. 295

OBTIENÎNENT LV PERMISSION DE s'ÉTABLÎR A CAMBRIDGE.

— Au temps de Pâques, Tarchevêque de Cologne s'embarqua sur une grande galère abondamment pourvue de vivres et qui était montée par des hommes de mer bien armés; il partit de Londres, descendit la Tamise , et regagna son pays en toute hâte pour prendre les devants, recevoir avec plus de sécurité le comte Hichard, son seigneur nouvellement élu, et rendre toutes les voies plus sûres.

Le troisième jour après Pâques, le nouvel élu au royaume d'Allemagne, à savoir le comte Richard, dit adieu à ses amis, et après s'être recommandé aux prières des religieux , partit de Londres suivi d'une grande compagnie de seigneurs, pour s'embarquer à Yarmouth. Mais, comme le vent lui était contraire, il prolongea beaucoup son séjour au bord de la mer, enfaisant de grandes et inutiles dépenses. Cependant, tandis qu'il attendait encore le vent sur le rivage , il exerça contre l'église de Saint- Albans un acte de tyrannie qu'il est, à notre avis, plus honorable de passer sous silence que de raconter dans cette page.

Pendant que le temps se perdait sur le rivage en attendant un vent favorable , la nombreuse compagnie dont le comte élait entouré, éprouva une telle disette et cherté de vivres, qu'une charge de blé se vendait quinze sols, une charge d'avoine six sols ; les pouleset lesoies étaient d'une cherté et d'une rarelé extrêmes; la chair des bœufs et des inoulons était fixée à de hauts prix, par l'estimation volontaire des vendeurs. Si le comte, selon son usage, n'eut payé

de bon gré le prix des achats , une pénurie plus grande encore aurait réduit son escorte à Textrémité ou même l'aurait éloignée de lui.

11 faut rappeler aussi que quand le roi se trouvait encore dans les pays d'outre-mer et que le oomie Richard gouvernait le royaume, les démarches laborieuses du seigneur Guillaume de Horton , cellerier, firent casser l'inique jugement de Henri (le la Mare, justicier. En effet, l'abbé deSaint-Albans avait été taxé injustement par la sentence dudit Henri , à un amerciament et à un paiement de cent livres, parce que les bon) mes de l'abbé n'avaient point voulu , de même qu'ils n'avaient point dû venir à Gesterhunte, qui est hors de la liberté de l'abbé. Ce fut donc à juste titre et par la vengeance du martyr Albans , que le même Henri mourut d une manière méprisable dans son voyage au delà des Alpes. La sollicitude recommandable dudit cellerier ne se ralentit pas jusqu'à ce qu'il eut obtenu dudit comte les lettres patentes (Jui suivent et qui peuvent servir h éclaircir les privilèges du bienheureux Albans, pour ceux qui voudront s'instruire dans les temps futurs. « Henri, par la grâce de Dieu, etc. Gomme il est constant pour nous, par Tinspection des chartes de nos prédécesseurs les rois d'Angleterre, octroyées à l'abbé de Saint-Albans, que les hommes dudit abbé ne doivent pas venir hors de leur liberté, qui est celle du même abbé, pour aucune sommation ou aucun prétexte, par-devant aucun justicier ou enques- Leurj nous remettons au même abbé les cent livres

auxquelles la ville et la liberté de Saint-Albans avaient été condamnées par amerciament, pour ce que des hommes faisant partie de la même liberté n'avaient point comparu devant nos amés et féaux Henri de la Mare et Guillaume de Wilton [à Cesterhunte] qui est hors de la liberté susdite , au sujet des enquêtes à faire sur la violation du change et des aoierciaments à imposer aux violateurs du même change. » Cherchez le reste au livre des Additamenta * . D'ailleurs ces lettres sont patentes.

Peu de jours avant cela, avait été introduite une extorsion honteuse et inhumaine, qui durait encore et qui s'exerçait sur les innocents et sur les coupables au sujet du droit de change que le comte Richard avait obtenu du roi. En effet, si quelqu'un, pour faire un voyage ou pour quelque autre affaire de peu d'importance, avait échangé quelques deniers avec un voisin ou un ami , quoiqu'il agit ainsi par nécessité et que la somme fût petite, on Taccusait d'avoir tenu un change au préjudice du roi. Et par ainsi, il était sévèrement puni, comme s'il avait ouvert un con^ptoir de banquier. Cette exaction avait ajouté au trésor du comte Richard plusieurs milliers de marcs, à l'appauvrissement d'un grand nombre d'hommes.

Après avoir confié les châteaux , les terres et les possessions qu'il avait en Angleterre à l'évêque de Londres, qu'il institua son procurateur absolu, le

* Voy. il la fin du volume Taddition XXXV déjà citée.

comte sabaiidoima donc à Neptune, avec la flotte très-nombreuse qui avait appareillé dans les ports d'Angleterre , et qui se composait de vaisseaux réunis et venus de tous les points de l'Angleterre et des autres pays. Toutefois le comte ne donna point satisfaction au bienheureux Albans, tant pour Miclefeld que pour plusieurs autres injustices qu'il avait commises ; ce qui fit qu'un enfant, qui était pupille, resta dépouillé de sa terre et misérablement appauvri par les machinations de Jean de Gatesdène et au mépris de la crainte de Dieu. Mais l'abbé de Saint-Albans , touché de miséricorde, pourvut à l'entretien de cet enfant abandonné qui s'appelait Roger. Lorsque le comte quitta l'Angleterre, sept cent mille livres, ensanglantées par une foule de péciiés, en furent emportées, et en sortirent pour n'y plus rentrer, sans compter les revenus quotidiens du comte qui s'accroissaient en Angleterre pour en sortir de jour en jour. Aussi la terre anglaise, dépouillée de ces biens et de beaucoup d autres , principalement du numéraire, coniinença à être misérablement besoigneuse et à se glorifier des dépouilles d'autrui. Or , il faut savoir que depuis le premier jour de février jusqu'à cette époque, c'est-à-dire au commencement de mai, l'atmosphère, troublée et agitée par des tempêtes, lit de toute l'Angleterre comme un marais boueux. Les sillons étaient changés en trous profonds- les trous de la terre s'étaient étendus comme d'^s marais; les lleuves présentaient l'apparence de bras de mer. Celte inondation rendit la terre

ANNl^E ^257. 21)î>

stérile et infructueuse pendant trois mois , en sorte que beaucoup de laboureurs furent obligés d'ensemencer une seconde fois leurs cbamps.

A la même époque , arriva à Saint-Albans un certain homme vénérable, à savoir le maître des frères de Tégiise de Saint-Thomas à Acre, et il communiqua à Tabbé et aux moines des bruits véridiques. Il leur dit qu'à la cour romaine d'où il venait [leur procurateur?], sain et sauf et plein d'ardeur, s'occupait avec vigilance et efficacité des difficiles affaires de l'église de Saint-Albans; il leur annonça en même temps, dans ses récits, qu'une certaine espèce de foudre infernale, quoiqu'elle fût descendue du haut des airs, avait tout à coup détruit et dispersé par un incendie le temple et la statue de Machomet, que de nouveaux coups de foudre, semblables aux premiers, avaient une seconde fois enfoncé ce temple dans la terre en le réduisant en fragments très-menus, et qu'à une troisième reprise, ce temple avait disparu dans les concavités de la terre, englouti , à ce qu'on croit, par un abîme. Il ajouta qu'ensuite ce feu dévorant, et d'une chaleur extrême, qui brûlait, mais ne brillait pas, avait pénétré dans les parties inférieures de la terre , et consumait les rochers comme un feu duTartare, sans qu'on fût encore parvenu à l'éteindre, à ce qu'on prétendait; que par ainsi toute la ville de la Mecque et les lieux voisins avaient été consumés par un feu inextinguible.

Il parla aussi , dans la même occasion, d'un grand fleuve dévorant qui , contre la nature de l'eau , n'é-

500 HENRI m.

tait point contenu dans le lit ordinaire aux fleuves, mais avail suivi un cours étrange , était monté sur le haut des montagnes, avait surpris violemment ceux qui s'étaient sauvés sur le faîte des montagnes pour y trouver un refuge, et les avait fait périr dans ses flots ardents, comme s'ils étaient victimes d'un incendie. C'est ainsi que ceux qui avaient échappé à la flamme sulfureuse furent engloutis dans ce fleuve ardent.

On accorda aux frères de Bethléem une maison à Cambridge, à savoir dans le faubourg qui mène dti côté de Trumpington. L'habit de ces frères était semblable à rhabit des Prêcheurs; sur leur cape, à l'endroit de la poitrine, était figurée une. étoile rouge avec cinq rayons, au milieu de laquelle se trouvait une pièce ronde de la couleur de l'air, en commémoration de létoile qui apparut à Bethléem , quand le Seigneur naquit. Déjà tant d'ordres divers s'étaient montrés en Angleterre, que la confusion des ordres paraissait étrangement irrégulière.

L'archevêque de Cantorbéry convoque les prélats DE son diocèse. — Mort de Catherine, fille du roi. — Plaintes de l'évéque de Rochester a Rome. — Attaques des Gallois contre les Anglais. — Découverte DES ossements DE MaLCOLM, ROI d'ÉcOSSE. — ^

Dissension entre le comte de Leicester et Guillaume DE Valence. — Les moines de Durham sont absous de l'interdit. — Vers le même temps , l'archevêque de C'iutorbéry Bonilace convoqua les évoques et les ur-

chidiacres de son diocèse, afin qu'ils s'occupassent d'un commun accord, après avoir invoqué dévotement la ^-râce de l'Esprit-Saint, de porter secours à l'église anglicane , qui déjà vacillait et qui était écrasée par de nouvelles oppressions plus lourdes et plus intolérables encore dans ces dernières années qu'elles ne l'avaient été précédemment. En effet, le roi, cédant aux conseils ou plutôt aux instigations perverses de ses flatteurs et des ennemis du royaume , avait permis que certaines coutumes tout à fait irrégulières s'introduisissent comme des arbrisseaux épineux dans le jardin fruitier du plaisir , y crussent , et étouffassent les arbres qui portaient des fruits. Les prélats espéraient donc très-certainement que le même archevêque, dans cette convocation, avait reçu d'en haut Tinspiration de s'opposer comme un mur pour la maison du Seigneur , d'engager une lutte contre les rebelles envers l'église, et de suivre pas à pas les traces du bienheureux Thomas , martyr.

Vers la fête de l'invention de la Sainte-Croix, mourut Catherine, fille du seigneur roi, laquelle, étant muette, n'était bonne à rien, quoique très-belle de visage. Or, la reine sa mère conçu! tant de chagrin de cette mort, qu'elle fut prise d'une maladie presque irrémédiable, et que les secours de la physique ou les consolations humaines ne pouvaient adoucir son mal.

Sur ces entrefaites , Tévêque de Rochester Laurent poursuivait de jour en jour, avec autant de constance que de vigueur, la plainte qu'il avait déposée devant le seigneur pape et les cardinaux contre l'arche-

Ti02 HENRI III.

vêque de Cantorbéry Boniface, qui avait envahi injustement ses biens pacifiques et ses possessions ecclésiastiques. Aussi, comme il défendait d'une manière recommandable la liberté de son église, Tarchevêque fut cité à comparaître en personne par-devant le seigneur pape.

Cependant les Gallois déchaînés se livraient avec activité et sans relâche aux massacres , aux incendies et aux rapines. Les barons voisins , quoique le comte de Glocester se fût joint à eux, ne pouvaient porter secours ni aux Anglais ni à Edouard, et les Gallois se moquaient d'eux en leur prodiguant des paroles de dérision. Aussi la haine entre les Anglais et les Gallois, semblable à la lèpre qui s'étend toujours, s'accroissait à chaque instant. Comme ledit Edouard menaçait les Gallois de les écraser irréparablement et comme des vases de terre, au moyen des irlandais qu'il avait appelés à lui, les Gallois, prévenus d'avance, onlrctinrent des galères bien garnies de pirates , d'armes et de provisions, pour s'opposer hostilement et puissamment sur mer aux Irlandais.

Cette même année, en jetant les fondements d'un bâtiment à Thynemouth , prieuré de Saint-Albans, on découvrit les ossements du roi d'Ecosse Malcolm et de son fils Edouard. 11 est question des actes et de la mort de ce roi au livre des Additamenta* . Le résumé des détails qui y sont donnés , c'est qu'ayant fait une incursion hostile en Angleterre avec toute son

< Voy. l'addition XL à la fin du volume.

ANiNÉE ^257. 305

armée , il fut vaincu et tué par Robert de Mowbray, fondateur de Téglise de Thynemouth, qui, après sa mort, le fit ensevelir à Thynemoulh , parce qu'il était roi.

Cette même année aussi, le seigneur roi ordonna que les murs de Londres, qui tombaient en ruines et étaient dépourvus de tours, fussent réparés plus convenablement aux frais de la commune de la ville.

A la même époque , une dissension s'éleva entre le comte de Leicester Simon et Guillaume de Valence, devant le roi et beaucoup de seigneurs à Londres. En effet ledit Guillaume, parce qu'il était frère utérin du seigneur roi, se déchaînait avec irrévérence contre tous ses voisins, et surtout contre les religieux à qui il faisait tort, et, comme ses frères, puisant son audace tyrannique dans la fraternité du seigneur roi, il avaitenvahi indécemment les possessions dudit comte, et avait fait butin sur ses terres. Le sénéchal du comte ayant repris le butin qu'il avait fait, Guillaume, outré de colère, avait augmenté encore ses torts envers le comte, tant par ses actions que par ses paroles. Cette affaire ayant été portée devant le roi, avec force plaintes, la querelle qui s'éleva engendra presque une bataille; car Guillaume, en présence du roi et des seigneurs, ayant donné publiquement un démenti au couite, pour me servir de l'expression vulgaire, et l'ayant appelé irrévérencieusement traître ( ce qui est la plus grande offense qu'on puisse faire à un chevalier ), le comte irrité violemment et voulant, à ce qu'on prétend, se jeter sur lui, parce

504 HENRI m.

que la colère est une courte folie, en fut heureusement empêché, mais à grand'peine, par Tintervention du roi qui, stupéfait, se jeta entre le comte son beau-frère et Guillaume son frère, craignant que le comte ne le tuât. Toutefois ce levain d'inimitié ne put jamais être entièrement élouffé entre eux.

Or, peu de jours s'étant écoulés, les moines de Durham, qui seuls, avec les chanoines deGiseburn, avaient résistée la méchanceté des exacteurs papaux, et avaient supporté longtenips Tinlerdit, méritèrent enfin, après de longues discussions, d'obtenir de la plénitude du pouvoir papal une lettre d'absolution qui leur permettait de célébrer joyeusement les ofHces.Oh ! s' ils avaient eu des compagnons dans leurs tribulations, et des soutiens dans leur constance , avec quelle prospérité Téglise anglicane aurait triomphé de ses bourreaux et de ses oppresseurs! Or, on pourra consulter, au livre des Additamenta\ les lettres que les moines susdits obtinrent en cette occasion.

L'ÉLU A Ély est cassé. — DÉSIISTÉRESSEMENT DE

Henri de Wengham. — Le roi de France fait fortifier LA Normandie. — Les prélats d'Angleterre

ACCORDENT AU ROI, MAIS SOUS CONDITION, UNE GRANDE SOMME d'argent. — MORT DE GaULTIER, ÉVÊQUE DE NOR- WICH. — Nouveau statut dressé a Rome, au sujet des ABBÉS EXEMPTS. — Le jouT de saiut Gordien et de

' Ce document, comme nous l'avons dit, ne s'est point retrouve.

saint Epimaque, par les démarches actives du roi et de Farcbevêque de Cantorbéry, l'élu à Ély fut cassé, et ils travaillèrent à mettre à sa place frère Adam du Marais, de Tordre des Mineurs. Tous ceux qui apprirent celte nouvelle en furent très surpris , parce que ni Télu ni l'élection ne pouvaient être réprouvés en bon droit, et qu'il n'y avait, en lui ni en elle, aucun vice de cassation. Mais les prévaricateurs, cherchant un nœud dans le jonc et un angle dans un cercle, lui reprochèrent de n'être qu'un homme simple, qui sortait de sosi cloître, qui n'était ni habile ni exercé dans les affaires séculières, et qui était totalement insuffisant pour garder et défendre le noble évêcbé d'Ely, ainsi que l'ile, qui de toute antiquité était un asile de refuge pour tous les opprimés au temps de la tribulation. Mais, selon l'opinion plus admissible de la plupart, ce qui avait fermé aux moines la faveur royale, c'était la constance et la fidélité avec lesquelles ils avaient refusé d'acquiescer aux sollicitations du roi, qui leur demandait instamment et expressément d'élire, tous tant qu'ils étaient, son chancelier Henri de Wengham, pour leur évoque. Comme cette demande avait été faite à l'insu dudit Henri, le même Henri, apprenant que le couvent s'était élu pour pasieur une personne convenable, dit au seigneur roi : « Seigneur, abstenez-vous « de circonvenir ce pieux couvent, et de le solliciter « davantage par vos prières impérieuses et armées. ¥ En effet, les moines, après avoir invoqué la grâce « de l'Esprit saint, ont élu une personne convena- VIII. 20

30ft HENRI III.

tt ble, et qui vaut mieux que moi. Loin de moi de « m'emparer d'un si noble évêché, et d'usurper un « si saint ministère, avec une conscience mauvaise. >» Par ces paroles le chancelier mérita de recueillir les remercîments des hommes et la faveur de Dieu. Mais cela ne détourna pas Tindignation du roi, et ne Tempêcha pas de persécuter pitoyablement Télu et Tévêché. Cependant Télu, fort de son droit, passa sur-le-champ les Alpes, pour se rendre à Rome, et pour recevoir du seigneur pape des consolations dans une si grande tribulation.

Sur ces entrefaites le roi de France fit fortifier avec grand soin les chateaux de Normandie, enleva aux personnes suspectes les gardes et les magistratures, pour les remettre aux mains de ses Français, et s'attacha d'une manière indissoluble, par les liens de la parenté ou par d'autres genres d'union, ceux des Normands qu'il ne voulut pas écarter des affaires publiques. Il fit partir les communautés de religieux qui se trouvaient sur les confins de ses étals, tant dans les lieux voisins de l'Allemagne, que dans les lieux voisins de la Normandie, les établit ailleurs en augmentant leurs possessions, fît de leurs maisons des châteaux forts, et après les avoir fortifiées, les munit avec précaution de tout ce qui était nécessaire, de peur que le roi d'Allemagne qui réclamait le Poitou, et le roi d'Angleterre qui redemandait la Normandie, ne trouvassent des lieux pour les recevoir, s'ils survenaient tout à coup à main armée; car la France redoutait grandement d'être écrasée entre

ANNl'.E 1257. 307

eux, comme entre deux meules. Or, les Français, selon leur coutume, se consolaient enlre eux en disant : « Jadis l'empereur Olhon, le plus vaillant des « chevaliers, et qui était élevé à Tempire romain, a « menacé terriblement la France ; mais il a été obligé « de se sauver honteusement à la bataille de Bon- « vines. Et ledit Othon, parent du roi d'Angleterre, « qui s'était ligué avec le comte Guillaume, sur- « nommé Longue-Épée, frère dudit roi d'Angleterre, « avec le comte de Flandre Ferrand, avec le comte « de Boulogne Regnauld, avec Hugues de Boves , et M d'autres guerriers d'élite, dans le dessein de deft vaster la France avec une multitude nombreuse, M a été écrasé, de notre temps, par la faveur propice « du Seigneur. De plus, à la même époque aussi, le « roi d'Angleterre Jean, qui se trouvait sous les murs « du château qu'on appelle la Hoche-aux-Moines, a (I levé le siège devant Louis qui n'était pas encore « roi, et qui le poursuivait, et a pris ignominieuse- « menl la fuite comme un fugitif, quoique cependant « les forces des Français fussent partagées en deux, « puisqu'une portion suivait le roi de France, père « de Louis, et que l'autre s'était attachée auxdra peaux « du fils. De même l'empereur Frédéric, le plus « puissant des chrétiens, homme redoutable et rusé, « qui avait épousé la sœur du roi d'Angleterre, a « menacé terriblement la France. Cependant le ïout- « Puissant nous a défendus encore sous les ailes de « sa pieuse protection. » C'est ainsi qu'ils se réconfortaient mutuellement par de tels exemples.

508 immi ni.

Vers le même temps, les prélats d'Angrleterre , misérablement énervés et pusillanimes, n'imitant en aucune façon la fermeté des Cisterciens, lesquels avaient résisté en face au roi qui exig^eait des sommes considérables , accordèrent au roi quarante-deux mille marcs, à la lésion énorme et au dommage irréparable de Téglise et du royaume. Cet argent fut octroyé, ou au seigneur roi, ou à Edmond lui-même, fils du roi, pour soumettre le royaume d'Apulie. Mais la conquête de ce royaume devenait une affaire de jour en jour plus désespérée. Le roi, qui était médiocrement satisfait de ce présent, promit pourtant de modérer au plus vite les oppressions de l'église, et de la remettre dans Tétat de liberté qui était dû. Aussi dressa-t-on des articles, au nombre de cinquante environ, que les prélats réîligèrent par écrit, afin qu'étant lus en temps opportun devant le roi, les seigneurs et les prélats, ils obtinssent la force et la vigueur qu'ils méritaient. Ces articles ou ces chapitres furent semblables à ceux pour lesquels le bienheureux martyr Thomas , archevêque de Cantorbéry, combattit et remporta une victoire glorieuse. Or, ces articles contiennent autant d'écriture que deux ou trois nocturnes. Cherchez au livre des Additamenta \

Le jour de saint Ulstan, à savoir le ^5 avant les calendes de juin, mourut à Colchester Tévêque de Norwich Gaultier, surnommé deSufeld, et son corps

* foy. Taddition XLI à la fin du volume.

fut transporté dans son église cathédrale de Norwich, pour y être enseveli honorablement. On assure que des miracles éclatèrent sur sa tombe. En effet, dans un temps de famine il avait distribué aux pauvres, pour leurs besoins , toute sa vaisselle, ses cuillei's d'ar[{ent et son trésor tout entier.

Cette même année, à Rome, il fut statué par la seigneur pape et par les frères cardmaux, qui veillent avec intérêt sur leurs avantages et émoluments temporels, sans se soucier de ceux d'autrui, que quiconque serait élu désormais au titre d'abbé exempt, se rendrait à la cour romaine pour y être confirmé, et y recevoir la bénédiction. Par ce statut nouveau et irrégulier, la religion était exposée à un grand péril, et Féglise devait renoncer évidemment à toute prospérité temporelle. En effet, les religieux sont dans la nécessité d'élire pour pasteur de leurs âmes, non pas une personne mure et religieuse, mais quelque homme à demi séculier , qui préfère l'équitation à l'équité \ et qui aime mieux la loi de Justinien que la loi du Seigneur, laquelle convertit les âmes. En outre, en admettant qu'un tel homme soit élu (car un autre serait réprouvé par le roi et ses satellites) , après de longs retards perdus dans ce voyage d'au delà des Alpes, Télu serait peut-être cassé ou l'élection réprouvée; peut-être même l'élu mourrait-il en route. Alors le couvent languirait, et le roi, qui con-

* TiC texte donne : plus œquus qvain œquitas. Dans Timpossibilité de donner un sens à cette phrase, nous traduisons en lisant equus. Ces fortes de jeux de mois sont, comme on sait, familières à Matt. Pari».

540 riKNRF in.

fisquerait tout en sa main, pillerait et engloutirait à sa volonté.

Le roi d'Angleterre prépare une expédition contre LES Gallois. — Le comte Richard aborde en Allemagne. — Il est couronné roi d'Allemagne. — Il institue Jeand'Avesnes pour son sénéchal— Discorde entre les MOINES de Winchester et ceux de Glastonbury. — Morts diverses. — Faits divers. — Maladie du roi. — L'ÉcuYER DE Guillaume de Valence est massacré par le peuple de Londres. — La chasse de saint Albans, portée en procession, fait cesser la pluie. —Vers le même temps aussi le seigneur roi promulgua ses brefs dans toute l'Angleterre, avec injonction à quiconque devait service militaire à son seigneur roi, de se trouver pour la fête de la bienheureuse Madeleine, prompt et prêt à le suivre, avec armes et bagages, dans le pays de Galles, parce qu'il allait partir à main armée, pour repousser les incursions des Gallois , qui déjà se répandant partout en liberté, s'emparant impunément des châteaux des seigneurs voisins, et même de ceux des Anglais, et passant les assiégés au fil de Tépée, se livraient aux pillages, aux incendies et aux massacres. Or, étant instruits du dessein qu'avait le roi de venir les attaquer à main armée avec ses troupes, les Gallois emmenèrent prudemment leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux dans Finlérieur du pays , c'est-à-dire dans le Snowdon et dans des lieux montueux et inaccessibles pour les Anglais, labourèrent les prairies, détruisirent les moulins dans

les eudnnts par où devaient passer les Anglais, brisèrent les ponts, emportèrent subitement toute espèce de provisions, et creusèrent des trous profonds dans les lieux guéables pour les rendre infranchissables, et pour que ceux qui passeraient tombassent à l'improviste dans le gouffre et s'y noyassent. Ainsi les travaux de Mars prospérèrent entre leurs mains. Or, leur cause paraissait juste même à leurs ennemis , et cela réconfortait surtout les Gallois qui, à Texemple des Troyens, dont ils étaient descendus', combattaient vigoureusement, avec une fermeté digne de leur origine, pour les lois de leurs ancêtres et pour leurs libertés. Malheur aux misérables Anglais qui, foulés aux pieds par tous les étrangers, permettent que Ton souffle sur les anciennes libertés d'eux-mêmes et du royaume, sans que l'exemple des Gallois les fasse rougir de leur lâcheté. Loin de vouloir obéir en

* On connaît les traditions romanesques qui donnaient pour père aux Francs un fils d'Hector ; et il n'est pas étonnant que les Gambriens du Siiowdon revendiquassent aussi l'origine qu'on attribuait aux anciens Gaulois. Ces erreurs singulières, accréditées par les livres de chevalerie, furent rédigées sous forme historique par Jean Leraaire, en i509, et avec ce titre : Illustrations des Gaules. et siiiçfularité de Troj/^s. Ronsard y puisa également le sujet d'un poëme héroïque, la Franciade. Dutillet, l'un des premiers, fit justice de ces fables; et après lui Mezeray, qui en parle ainsi au commencement de son Histoire des Francs avant CloviS : « il faut en dire autant de Francus, que le Manethon du même Aunius (de Viterbe) nous suppose pour fils d'Hector de Troye, et l'amène en Gaule pour y estre gendre et successeur du roy Remus ; comme aussi des quatorze ou quinze rois que certains faiseurs de contes font descendre de ce mariage et régner après ce Francus de père en iili. »

aucune façon à Edouard , fils du seigneur roi , les Gallois se moquaient de lui et le tournaient cyniquement en dérision, accumulant contre lui injures sur injures. Aussi le même Edouard avait-il dessein de résigner le pays de Galles et les Gallois, comme gens indomptables. 0 Angleterre, lu es regardée à juste titre comme la servante de toutes les nations, comme condamnée au plus vil esclavage 1 tout ce que les indigènes cultivent est pillé et emporté par les étrangers.

Vers le même temps aussi, le comte Richard, ayant abordé heureusement en Allemagne , trouva sur le rivage une multitude infinie qui, toule prête à Tapplaudir, attendait son arrivée avec joie et honneur. Comme ces hommes avaient fait beaucoup de dépenses, il ordonna qu'on leur distribuât de beaux présents en dédommagement; ce qui lui valut d'obtenir les louanges, les acclamations et la faveur de tous.

Le jour de TAscension du Seigneur, c'est-à-dire le 6 avant les calendes de juin, le comte de Cornouailles Richard fut couronné roi des Allemands ou des Romains, parla main de Conrad, archevêque de Cologne, à Aix-la-Chapelle, en très-grand honneur et trèsgrande solennité, comme c'est la coutume observée de toute antiquité, sans qu'il y eût aucune opposition pour troubler cette cérémonie; ce qui n'était jamais arrivé de temps immémorial. La comtesse Cincia , sa femme, fut couronnée reine avec lui. Le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le vendredi, le nouveau roi Richard ceignit le baudrier militaire à son

fils Henri , qu'il avait eu d'Isabelle, première femme du même roi Richard, et le jour du noviciat du même Henri, aussi bien que le jour de sou couronnement, il célébra un festin assez somptueux pour pouvoir exciter à juste titre la surprise aux yeux des Allemands. Mais on pourra trouver plus au lon[j tous ces détails dans la lettre qu il envoya en Angleterre et qui est rapportée au livre des Additamenta\

Le roi Richard régla donc librement les affaires du royaume d'Allemagne, en suivant les traces des seigneurs du pays, et en s'altachant à leurs conseils, principalement à ceux de Tarchevéque de Cologne. 11 institua pour son sénéchal Jean d'Avesnes, qui était un homme exercé au métier des armes ; car il y avait encore dans le royaume quelques opposants , par exemple, Tarchevêque de Trêves, homme puissant et belliqueux, qui puisait son audace téméraire dans la faveur des Français.

Cette même année aussi, et peu de jours auparavant, le prieur et les moines de Winchester et l'abbé et le couvent de Glaslonbury suscitèrent, par leur ambition el par leurs discordes, un scandale qui retombait sur tout Tordre monastique, et dissipèrent les biens de leurs nobles et antiques églises, à la perpétuelle et énorme lésion dicelles, et à l'opprobre des auteurs de ce dommage. Je n'ai pas jugé à propos d'insérer dans ce livre Thistoire de leurs querelles, qui exigerait des traités spéciaux et diffus, ou de la

' Voy. Paddition XL II à la fin du volume.

su UliiNRI III.

con6er à la mémoire des hommes; mais je crois plus à propos de passer sous silence de pareils schismes, qui fournissent des aliments à Tavidilé de la cour romaine.

Cette même année aussi, et quelque tenips auparavant, mourut Maurice Fitz Gérold, chevalier à nul autre pareil pour sa bravoure et sa courtoisie, en Irlande, où jadis il avait exercé les fonctions de grand justicier. Il avait vécu toute sa vie d'une manière louable; cependant il encourut note d'infamie, peut-être à tort, au sujet de la mort de Richard , comte maréchal.

Cette même année aussi , mourut Robert de Sothindon , clerc spécial du seigneur roi, et jadis justicier en tournée, qui étant tombé malade à Hartford, y arriva à son dernier jour et y fut enterré.

Dans Toctave du bienheureux Benoît, Léolin , capitaine en chef des Gallois, étant venu attaquer soudainement les hommes du comte de Glocester, s'empara par la force d'un château appartenant au même conUe, et passa au fil de Tépée ceux qu'il trouva dans le château.

Cette année aussi, mourut la sœur du bienheureux Edmond de Canlorbéry, la dame Alice * , prieure de Katesby, religieuse d'une sainteté et d'une innocence merveilleuse, sur la tombe de laquelle on assure que des miracles furent opérés.

Vers le même temps, mourut le vertueux prieur

< Matt. Paris l'appelle plus haut Marguerite.

de Norwich, homme d'une grande sainteté et d'une érudition éminente, qui, outre les messes, les heures canoniques, les oraisons secrètes et spéciales, achevait chaque jour le psautier en psalmodiant. Environ dix années auparavant, le roi, ensorcelé par les conseils des méchants, avait eu soin de faire casser, au moyen de quelques exceptions frivoles, ce prieur qui avait été élu régulièrement à Tévêché de Norwich.

A la même époque aussi, c'est-à-dire à la fin de mai , le seigneur roi voyant que les Gallois triomphaient maintes fois au gré de leurs vœux, et massacraient, sur les contins du pays de Galles, une foule de féaux du seigneur roi , croyant qu'il devait renoncer à toute espérance sur le royaume d'Apulie, pour lequel il avait inutilement dépensé tant d'argent, enfin, affligé tant par la grave maladie de la reine, que par la mort de sa fille Catherine , fut précipité dans une si grande tristesse, qu'il tomba malade de la fièvre tierce. Cette fièvre le retint longtemps épuisé à Londres, tandis que la reine, prise d'une pleurésie, gardait le lit à Windsor.

Vers le même temps aussi, un écuyer de Guillaume de Valence, frère du seigneur roi, se trouvant à Londres et s'y conduisant avec insolence, tira son couteau en jurant qu'il allait le plonger dans le sang des habitants ; avec ce même couteau il blessa sans motif quelques personnes, et se fiant dans la protection ordinaire de son seigneur, ne se borna pas aux coups qu^il venait de porter, mais se répandit en menaces et en irïjures. Ne voulant ni ne ^.ouvaiil supporter

5^6 HENRI m.

sa jactance \ la populace se jeta en foule sur lui et tua cet arrogant, en Tecrdsant sous les pierres et sous les bâtons. On transporta dans une maison le moribond, qui dit au moment d'expirer : « Pour Dieu, que Ton « dise bien 5 uion seigneur que ma mort ne doit être « imputée à personne, mais que moi seul en suis « cause par ma sottise et par mon insolence. En effet, « nous tous qui avons confiance dans la protection « de jios seigneurs, nous avons foulé misérablement « aux pieds les innocents et les coupables. » Puis il mourut. En apprenant cela, Guillaume alla se phiin^ dre fortement au roi des habitants de Londres qui avaient commis ce meurtre, et fît apporter le corps du mort sous les yeux du roi , pour faire plus d'impression sur lui. Le maire de la ville ayant donc été mandé, et ayant essuyé de violents reproches, répondit : « Mon seigneur roi , je ne puis refréner les vioi< lences du menu peuple; mais prenez connaissance « de ce que cet homme a dit en mourant. » En effet, lorsque le roi eut appris les détails de Tévénement, il dit : « Ce n)alfaiteur n'a eu que ce qu'il avait mé- « rite. >; Toutefois cette racine de malveillance contre les habitants ne fut pas totalement extirpée , comme la suite du récit le montrera plus pleinement.

Vers le même temps, maître Roger de Wescham, évèque de Chester, homme bien digne de tout éloge,

^ Non valenieti nec valenies vaUntium tolerare : double jeu de mots et allusion au titre que portait le frère du roi , GviUielmvs de Valeniia.

ANNEi: 1237. 5JT

alla où va loute créature. Depuis longtemps il était atteint de cette infirmité qui dessèche, et qu'on nomme paralysie, et avait résigné son évéché. Or, maître Longue-Epée avait été mis h sa place *.

Vers la même époque, c'est-à-dire au commencement de la saison d'automne, l'abbé et le couvent de Saint-Albans, considérant que, par l'inondation immodérée des pluies, les foins aussi bien que les moissons étaient menacés d'un anéantissement général, s'assemblèrent dans le chapitre et décidèrent, comme on avait coutume de le faire en pareil danger, qu'un jeûne serait ordonné par l'archidiacre , et qu'on transporterait en procession solennelle , tant au milieu du peuple que de la communauté , la châsse de saint Albans à l'église de Sainte-Marie, dite des Prés, la communauté et le peuple suivant nu-pieds la châsse, et priant avec ferveur. La cérémonie terminée , cette inondation si fâcheuse cessa le même jour par les mérites du bienheureux martyr.

Retraite de l'université de Paris. — Irruptions dangereuses DES Gallois. — Exhortation belliqueuse de leur chef Léolin. — Maladie de l'évêque de Hereford. — RUSTAND EST ACCUSÉ DEVANT LE PAPE. — Le ROI

s'approche de Chester avec son armée. — Simon de Wanton est confirmé évéque de Norwich. — Vers le même temps, l'université de Paris se retira, tant à

* C'est évidemment le même qui est nommé plus haut maître Roger de Molend ou de Meulan.

cause du temps de la moisson \ qui alors était proche, qu'à cause de la persécution que lui faisaient éprouver les frères Prêcheurs, et en se retirant laissa la ville en grande partie vide d'habitants. En effet, frère Hugues, de l'ordre des Prêcheurs et cardinal de l'église romaine, travaillait vigilamment et puissamment à affaiblir le parti des écoliers , et à fortifier la condition des frères Prêcheurs révoltés contre l'université '.

A cette époque aussi , comme les Gallois considéraient très-certainement qu'il y allait de leurs têtes , ceux de Nortwalles se confédérèrent indissolublement avec ceux de Sulhvvalles; ce qui ne s'était jamais vu auparavant , parce qu'ils étaient toujours en guerre les uns contre les autres. Ayant donc tenu conseil en commun, ils tombèrent à l'improvisle sur l'armée du roi , déterminés à cette atta-

* Ce passage donne, à notre avis, l'uu des motifs qui avaient fait choisir les mois d'août et de septembre pour le temps des vacances.

^ Matt. Paris n'eut point connaissance de la fin de celte querelle, dont il continue à parler vaguement, puisqu'il mourut en 4259. Rappelons sommairement quelques faits. Alexandre IV, ne pouvant triompher de la résistance de l'université, lui adressa, au mois de novembre 1256 et dans le cours de l'année i257, des lettres tour à tour menaçantes et flatteuses ; il envoya même ses trois neveux suivre les cours des docteurs de Paris. Le mérite reconnu de saint Thomas d'Aquiu l'emporta sur les répugnances de l'université ; il fut reçu docteur et prononça l'apologie des ordres Mendiants. Enfin, en 1260, l'université consentit à admettre les Prêcheurs, mais au dernier rang ; leurs docteurs en théologie après tous les autres docteurs jeunes et vieux, séculiers et réguliers ; leurs bacheliers après tous les aulres, même ceux des divers ordres religieux, tels que les Carmes, les Bernardins, les Cisterciens, etc.

que violente par les rapports d'un traître. En effet, les chevaliers du roi, surpris dans un lieu étroit et marécajjeux , auprès d'un château de Suthwalles où ils croyaient trouver un refuge assuré, rencontrèrent des ennemis là où ils pensaient trouver des amis dévoués, au moment où, battant en retraite, ils espéraient être reçus et protégés dans ce chateau. Se trouvant donc comme écrasés entre deux meules, et assaillis à la fois par devant et par derrière, ils furent vaincus , dispersés et massacrés au gré de leurs adversaires. Dans cette rencontre très-sanglante , succombèrent des chevaliers illustres du seigneur roi d'Angleterre; à savoir, le seigneur Etienne Bauzan , que le roi aimait beaucoup; le seigneur Fiobert de Norham , et beaucoup d'autres dont nous ne savons point \es noms. Les Gallois, triomphant donc selon leurs vœux, reçurent dans leur paix et dans leur alliance Griffin de Brunfeld, aux conseils et aux renseignements duquel ils devaient leur victoire. Or ce Griffin, Gallois de nation, était un homme brave et de haute naissance. Comme quelque temps auparavant il avait pris parti pour le roi , les Gallois avaient réduit en cendres toutes les terres et les riches possessions de Griffin, pour lesquelles le roi n'avait ni voulu ni pu se porter garant V

* Les sens de warrant sont très-nombreus dans la loi anglaise. Nous traduisons ainsi sur la foi du glossaire, qui dit : Warantizare enim est autlioritate majoris minorem defendere^ et securum ne puniatur reddere. On pourrait, ce nous semble, comprendre ici simplement ga' raniir dans le sens de protéger.

Dès lors Léolin, joyeux de sa victoire et riche des dépouilles des vaincus, fortifié de plus par Talliance de ceux de Nortwalles et par la rentrée en [jrace du susdit Griffin , consola ses Gallois en leur disant : a Jusqu'à présent le seigneur Dieu des armées nous c( a secourus. Il est clair pour tous tant que nous « sommes > que cette victoire ne doit pas être attri- <( buée à notre vaillance, mais à la piété de Dieu qui c( combat également avec peu comme avec beaucoup. <c Comment nous, qui sommes petits, faibles et mal- (( habiles en comparaison des Anglais, oserions-nous c( lever le talon contre leur roi, si Dieu ne nous oc- « troyait son patronage? Le Seigneur a vu notre af- « fliction ; il a vu comment Geoffroi de Langeley et « les autres officiers inexorables, tant du roi que « d'Edouard, circonvenaient notre simplicité. Sachez « que maintenant et dorénavant il y va de vos têtes. « Si nous sommes pris, nous n'aurons à espérer au- « cune miséricorde. Tenons donc ferme tous ensem- « ble; car si nous sommes inséparables, nous serons « aussi invincibles. Nous voyons plus clairement que « le jour que le roi d'Angleîerre appauvrit, déshé- « rite et force à dégénérer ses Anglais naturels. Com- « ment donc nous épargnerait-il , nous qui le proa voquons et cherchons à lui faire tort et à nous « venger? II se propose de nous faire disparaître de « dessous le ciel ; mais la justice de notre cause nous « protège et confond nos adversaires. Il vaut mieux « mourir ets^en aller vers le Seigneur, que de vivre <c dans l'angoisse et de succomber enfin au gré de

KmÈE 4257. 52^

a nos ennemis. » Aussi encouragés par ces paroles et excités à bien combattre, les Gallois, se livrant jour et nuit aux niassacres, aux pillages et aux incendies, réduisirent en désert toute la terre qui forme frontière entre l'Angleterre et le pays de Galles.

Cette même année, l evêque de Hereford, qui avait amassé tant d'imprécations sur sa tête, mérila d'être flagellé de toutes façons par le Seigneur, pour sa correction, du moins ou doit Tespérer. 11 devint donc comme un fugitif qui se cache, et il n'y avait personne dans cet évêclié, à qui le triste état de sa forlune permît de rechercher les traces dudit évêque. On en trouvait cependant quelques-uns qui disaient qu'il s'élait sauvé à Montpellier, pour s'y faire guérir de l'infirmité qui le tourmentait; car il avait au nez un polype galeux qui lui mangeait toute la face. En effet, à ce que disent les physiciens, la gale est la même chose pour la peau que la lèpre pour la chair.

Vers le même temps , maître Rustaud , clerc spécial du seigneur pape, fut accusé grièvement devant le seigneur pape d'avoir veillé à ses propres intérêts plus qu'il n'était juste, d'avoir amassé ardemment en Angleterre des possessions, des revenus et de l'argent, et d'être devenu, en séduisant le roi et les évêques , un des premiers entre tous les seigneurs du royaume, par son opulence et ses richesses.

A la même époque, vers le temps des moissons, le seigneur roi s'approcha de Chester avec son armée qui était nombreuse ; aussi ceux qui le suivaient, ne vni. 24

voulant pas fournir de provisions aux Gallois , dévaslèrent immiséricordieusement ties moissons niagniliques et abondantes, ainsi que les autres fruits des arbres, faisant ainsi autant de tort à eux-mêmes quà autrui. Aussi en peu de temps la cherté des vivrej* devint telle dans l'armée, que les chevaux aussi bien que les hommes éprouvèrent unedisette Irès-facheuse. Sur ces entrefaites, le roi, pour précipiter dans un abîme de désespoir les Gallois qu'il appelait ses ennemis et ses traîtres, fit lever de nombreuses troupes d'hommes d'armes en Ecosse, en Irlande et en d'autres pays, pour environner les Gallois de toutes parts et les briser irréparablement , comme des vases de potier. Cependant Léolin, sur l'avis de ses seigneurs, ei.voya au roi des députés solennels, pour demander un traité de paix, à conditioiî toutefois que les Gallois obtiendraient en paix les lois de leurs ancêtres et Leurs libertés, comme ils avaient coutume dé le faire, et qu'ils ne seraient point soumis ni ne rendraient compte à Edouard ou 5 aucun autre qu'au roi ; car ils ne souffriraient en aucune façon à l'avenir, comme ils le déclaraient ouvertement, qu'on les donnât ou qu'on les vendît ainsi que des bœufs on des ânes. Mais le roi n'accueillit ni leurs humbles prières ni leurs demandes modérées; au contraire, animant ses chevaliers, et déployant son étendard royal, il s'avança de jour en jour à main armée, et, comme un dragon qui ne sait épargner personne , menaça le pays de Galles d'une extermination générale.

ANÎSÉE ^257. 525

Vers la fête du bienheureux Pierre, qu on appelle aux Liens, maître Simon de Wanton fut confirmé comme évêque de Norwich. Aussitôt après qu'il eut été élu par les moines de Norwich, il avait envoyé eu toute hate des messagers à la cour romaine, et en y répandant de riches présents, avail obtenu une dispense pour conserver pendant quatre ans ses anciens revenus, quoique son évêché fût suffisamment pourvu de tous biens. Ce genre de concession était déjà passé en coutume dans la cour romaine.

Le roi d'Angleterre perd l'affection du roi d'Espagne. — Il rentre sans gloire en Angleterre. — . Dépotés solennels envoyés au roi de France pour recouvrer LES droits du roi d'Angleterre. — Mort de Nicolas de Fernoam , ancien évêque de Durham. — Discorde entre les rois de Danemark et de Norwége. — Déposition d'Etienne de Lexinton, arbé de Clair- VALX. — Celte même année aussi, le cœur du roi d'Espagne fut détourné de l'amour du roi d'Angleterre. En effet, il disait que le comte de Cornouailles , frère du roi , l'avait supplanté dans le royaume d'Allemagne ou des Romains, Aussi exigeait-il du roi aide contre ses ennemis, aux termes de la charte conclue entre eux^ et qui portait qu'ils étaient tenus de s'entr'aider mutuellement l'un l'autre. A cela le roi d'Angleterre répondit : ce Donc le roi d'Espagne est « tenu de me secourir dans les besoins de mon frère à t qui je ne puis ni ne veux manquer. 11 a été élu ré- « gulièrement au royaume d'Allemagne, et couronné

« sons aucune opposition. Or, si quelqu'un avait ré- « clamé pour le roi d'Fspagne et pour sou droit, en « prouvant qu'il eût été élu réjrulièremefitle premier, « mon frère, le comte de Cornouailles Hichard, n'au- « rait point consenti à l'élection f<iite en sa faveur, et » moi-même je ne l'aurais soulfert eu aucune façon. » Par ainsi fut apaisé le courroux inconsidéré du roi d'Kspagne.

A la même époque, le roi voyant que les affaires (le Mars lui étaient contraires, que la cherté des vivres s'accroissait de jour en jour, que ceux qui lui avaient promis secours n'arrivaient pas, et que l'intempérie de l'hiver approchait, se disposa à revenir en Angleterre vers la fête de saint Michel, pour assister à la fête de saint Edouard, qui est dans la quinzaine de la Saint-Michel , et se mit sans gloire en route pour Londres.

Vers le même temps, des députés solennels furent envoyés au roi de France ; à savoir, l'évêque de Worcester Gaultier, le comte de Leicester Simon, le comte-maréchal Roger Bigod , Pierre de Savoie et Robert Waleran , pour négocier la restitution des possessions du roi d'Angleterre que le roi de France détenait depuis longtemps injustement. Le roi de France leur aurait répondu avec retenue; mais sou frère et les seigneurs français répondirent fort rudenicnl par un refus et par des sornettes. Ainsi les députés revinrent vers la Purilicalion de la bienheureuse Marie, sans avoir réussi rien.

Vers le même temps, mourut maître Nicolas de

AiMSÉE I2S7. 525

Fenihani, jadis évéque de Durham , qui avait résigné son évêché pour recueillir plus Iranquillemeiit et plus librement les fruits de la contemplation. Or, il mourut dans son beau manoir de Stockton, qui est situé sur le fleuve la Thees, et qui, lorsqu'on le pourvut , lui avait été cédé dans le partage qui fut fait , avec deux autres manoirs, ceux de Hoveden el de Eslinglon. Lorsque la nouvelle de cette mort fut parvenue à la connaissance du roi, il extorqua trois cents marcs à Tévêché de Durham, sous prétexte qu'il n'avait pas eu intégralement la garde de Tévêché, quand il était vacant, c'est-à-dire pendant le temps qui s'écoula entre la cession dudit Nicolas et la création ou l'institution de son successeur Gaultier. Or, l'archevêque d'York Gaultier, et l'évéque de Londres Foulques, avaient protégé, à titre de conservateurs, la part qui revenait audit Nicolas. Et les gens du roi ne rougirent pas d'avoir donné à leur seigneur un conseil aussi détestable.

Cette même année, une grande querelle s'éleva entre les rois de Dacie et de Norwége, et des combats particuliers furent livpés sur mer entre les vaisseaux marchands. Mais les évéques des deux royaumes ayant interposé avec vigilance leur médiation, la paix fut rétablie entre les deux rois. Cette même année, n)ourut le fils aîné et Théritier du même roi de Norwége, qui s'appelait Hacon comme son père, et était un jeune homme de belle mine.

Quand la saison d'automne approcha de sa fin , <|ue déjà riiiver eut abrégé les jours et amené les

526 HEÎNRI III.

froids, et que la cherté des vivres fut extrême dans rarméedu roi, le seigneur roi, sur Tavis de ses conseillers intimes qui supportaient avec peine cette disette, revint des pays de Chester vers Londres, pour assister à la fête de la translation de saint Edouard. Léolin, apprenant son départ, le suivit longtemps, et s'il voyait quelqu'un qui se séparât et s'écartât de Tarmée du roi, il tombait sur lui et le tuait. Ainsi le roi revint tout à coup, sans gloire et après avoir dépensé beaucoup d'argent, dans des pays plus sûrs, mais non sans exciter les rires et les moqueries de ses ennemis ; et cependant [naguère] il parcourait ses troupes armé de toutes pièces, faisait déployer Fétendard royal et exhortait avec allégresse ses compagnons d'armes à massacrer ces Gallois , le rebut des hommes.

Pendant que le cours de ces jours s'écoulait , Etienne, surnommé de Lexinton, abbé de Clairvaux, fut déposé ignominieusementparce qu'il avait obtenu, contre les statuts de Tordre deCiteaux, le privilège d'être abbé à perpétuité; mais on assure que cela fut machiné contre lui malicieusement et par envie, parce qu'il avait fondé à Paris cette école qu'on appelle Chardenay , qu'il avait pourvu à son entretien après l'avoir fondée, qu'il était élevé au-dessus des autres par ses vertus et la supériorité de sa science, et qu'il était en outre Anglais de nation. A cette nouvelle, le seigneur pape voulut l'absoudre et le rétablir dans son ancien état; mais les adversaires du même Etienne, en répandant dans la cour ro-

mai ne de grandes sommes d'argent, obtinrent que la sentence de déposition qu'ils avaient prononcée définitivement contre lui serait maintenue.

Nouveau statut par lequel tout élu doit se rendre A Rome en personne. — Henri, fils du roi d'Allemagne, se rend en Angleterre. — L'archevêque dTork est EXCOMMUNIÉ. — La reine se rend a Saint-Albans. — Fécondité de Béatrice, comtesse de Provence. — Progrès des Tartares en Orient ; ils détruisent les Assassins. — Pierre d'Orival succède a Hurtold , conseiller du roi. — Dans le cours des mêmes jours, l'élu à Ély et l'élu à Fégiise de Saint-Edmond dépensèrent tant d'argent en cour romaine , tant en donnant qu'en promettant, pour obtenir leurs droits, que les hommes prudents, en considérant la quantité du trésor dépensé, pouvaient s'étonner et être saisis d'une stupeur profonde. Enûn , les prélats ayant réussi dans leur demande, mais se trouvant endettés énorniément, revinrent fort tristes d'être la cause ou le sujet d'un si grand péril pour leurs églises. Tel est le résultat de cet abominable statut de la cour romaine par lequel il faut que tout élu passe les Alpes en personne et grossisse , à sa lésion ou plutôt à sa ruine, les escarcelles des Romains. Or, lorsque le roi, qui avait réduit à rien les églises desdits prélats, eut appris cela , i! rougit ou du moins dut rougir et être confondu de. ce qu'à la ruine de sa dignité , le royauuje d'Angleterre était assailli par tant de scandales et tourmenté par tant d'adversités. Voilà le

vexations nouvelles exercées sur les personnes des prélats I Voilà aussi le pillage des églises sous le roi et les gens du roi ! Voilà la désolation lamentable et funeste des couvents! Si par hasard Télu meurt en chemin, si le même élu ou Télection susdite est réprouvé, toutes les lamentations seront encore renouvelées. Si l'on vient désormais à élire dans un couvent quelque personne insuffisante, qui ne compte pour rien défaire des voyages à chevalet de parcourir séculièrement des contrées lointaines et séculières, le couvent dépérira sous un pareil supérieur * ; comme il faudra que cet élu contracte avar^t son installation des dettes qu'il ne pourra payer, les biens temporels dépériront aussi.

Vers la fête de saint Michel , Henri , fils du seigneur roi d'Allemagne Richard , que son père avait créé chevalier, comme nous l'avons dit, le lendemain de son courpnnement, revint en Angleterre et fut accompagné par quelques seigneurs anglais qui avaient suivi ledit roi, à savoir le seigneur Hugues de Spencer, Jacques d'Audeley^, Etienne Cheinduit et plusieurs autres. On ne sait pour quelle cause ils revinrent ; mais on croit, et c'est un lait affirmé par des gens dignes de foi, que les Allemands ne souffrent pas, comme les Anglais, que le cœur de leur roi soit

* Sub tali rigore. Nous lisons priore.

' On trouve aussi cette famille nommée d'Andela^ ou d'Andely. Un de ses descendants, qui se signala par sa bravoure et sa générosité à la bataille de Poiliçrs, est appelé par Froissard Jasmez d'Andellée.

courbé ainsi qu'un roseau, par les conseils des étrangers.

Vers le même temps, le seigneur pape appesantit sa main sur Tarchevéque d'York , et ordonna qu il fût excommunié ignominieusement dans toute TAngleterre, à la lueur des cierges et au son des clociies, afin d'énerver sa constance par une mesure aussi violente et aussi terrible. Mais ledit archevêque, instruit par l'exemple du bienheureux Thomas , martyr , ainsi que par l'exemple et les leçons du bienheureux Edmond , jadis son maître , fortifié aussi par la fidélité du bienheureux Robert, évêque de Lincoln, ne désespéra nullement de recevoir d'en haut des consolations, et supporta patiemment toute la tyrannie du pape; car il ne voulait pas conférer les revenus abondants de son église 5 des gens indignes et inconnus, venus d'au delà des Alpes, et n'avait point souci d'obéir et de se soumettre comme une femme h la volonté du pape , en abandonnant la rigueur du droit. C'est pourquoi, plus il était maudit d'après les injonctions du pape, plus il était béni par le peuple, mais pourtant en secret, à cause de la crainte qu'inspiraient les Romains.

Le 8 avant les ides d'octobre, la dame reine se rendit 5 Saint-Albans , accompagnée de l'épouse d'Edouard et de beaucoup d'autres dames, pour accomplir les vœux d'actions de grâces et de remercîments qu'elle avait faits audit martyr, etpour offrir un présent à son vénérable tombeau. En effet, tandis qu'elle était atteinte de la maladie très-grave

dont nous avons parlé, elle s'était fait mesurer * et avait promis au marlyr de se rendre à Saint-Albans et d'y porter un présent votif; elle offrit donc à l'autel une tenture précieuse et convenable que nous appelons vulgairement baldaquin.

Comme la remarque qu'on va lire m'a été fournie en teinps opportun par des gens dignes de foi, je ne crois pas à propos de passer sous silence ce qu'on m'a rapporté du très-fécond et très-noble ventre de la comtesse de Provence Béatrice. Elle avait déjà donné le jour à trois reines très-illustres; à savoir, la reine de France, la reine d'Angleterre et la reine d'Allemagne. Deux de ces reines, à savoir celle de France et celle d'Angleterre, avaient aussi fait naître deux reines, c'est-à-dire la reine d'Ecosse et la reine de Navarre. C'est ainsi que, par une lignée si magnifique, la susdite comtesse Béatrice, non sans qu'on dût reconnaître en cela le doigt de Dieu, avait illustré Tétendue de la chrétienté par cinq reines sorties d'elle, ce qui est admirable. D'autre part, cette même comtesse Béatrice, si féconde, procréa deux autres filles très-illustres ; l'une et l'autre méritèrent d'être unies par mariage à des fils de reine, à savoir aux comtes d'Anjou et de Provence ^.

Au milieu de la tempête générale qui agitait le monde , et dont la guerre entre les Gallois et les Anglais, dans les pays d'Occident, n'était pas le

* Cet usage a drjà ôtê expliqué h la page 5-17 du deuxième volume. ? Nous avons précédemment relevé deux fois la même erreur.

moindre sujet de trouble, riuimitie hostile et tyrannique des Tartares et des Sarrasins se déchaîna dans les pays d'Orient, et une mullitude de nations furent soumises au tribut envers les mêmes Tartares, à savoir les soudans, les admiraux, les princes, et même les califes. Les Tartares, voulant faire la même chose aux chrétiens, sommèrent les frères du Temple et de THôpital, et tous les habitants de la Terre- Sainte , de se soumettre à leur joug insupportable. Ceux-ci, ayant tenu conseil pendant la nuit et en ayant longuement et très-soigneusement délibéré , répondirent tous d'une seule voix aux députés des Tartares qu'ils ne s'étaient point voués au service de Dieu et n'avaient point pris Thabit religieux pour vivre dans les délices, mais plutôt afin de mourir pour le Christ, qui, dans cette même terre, n'avait point refusé de souffrir le supplice de mort pour la rédemption du genre humain. Viennent donc les Tartares, viennent donc ces démons tarlaréens, et ils trouveront les serviteurs du Christ rangés en bataille et prêts à combattre contre eux pour la dé-^ fense de la loi chrétienne.

Dans le cours de cette même année, les détes^ tables Tartares détruisirent les Assassins, race plus détestable encore , et que nous appelons porte-cou--, teaux. Si quelqu'un désire connaître les impuretés, la vie et les mœurs de ces Tartares, aussi bien qua la fureur et la superstition des Assassins,' il pourra,

* Vo»/. reddition XLITI à la fin dti volume. Mai» ce document ne four-

en cherchant avec soin, trouver à Saint-Albans des détails à ce sujet.

Vers la fête de saint Michel, Hurtold, qui était le conseiller, le clerc spécial du seigneur roi, el de plus le trésorier de la chambre du roi, étant venu à mourir, on lui substitua Pierre d'Orival^ et un étranger succéda à un étranger.

Les grands d'Ecosse prennent la tutelle de leur ROI. — Combats entre Jacques d'Audeley et les Gallois. — Le roi d'EsPAGNE prétend avoir été élu roi d'Allemagne avant Richard. — Il écrit au roi d'Angleterre POUR RÉCLAMER SON APPUI. DÉPUTÉS SOLENNELS

ENVOYÉS EN FrANCE. — FRONTIERES DU PAYS DE G ALLES RÉ- DUITES EN DÉSERT. — CoUP d'oEIL SUR l'aNNÉE >I257. —

Dans le cours des mêmes jours, le roi d'Ecosse Alexandre, de Tadolescence duquel on espérait des fruits trèsutiles pour le royaume , s'étant engagé indécemment

nit aucun détail sur les Assassins. Quant au passage eu lui-même, il est exact, si ce n^est qu'il faut entendre les Assassins de Perse, distinction que Matt. Paris ne pouvait connaître, bien qu'en un passage il les désigne par le nom à'arsacidœ, La formidable armée qu'Holagou-Khan conduisait à la conquête de la Perse, de 12oo à l2o8, écrasa sur son passage les Ismaélites, qui, depuis plus decent soixante ans, régnaient avec impunité dans les montagnes situées au sud de la mer Caspienne. Les Ismaélites de Syrie, qui avaient élevé dix forteresses dans les montagnes de Tortose, étaient une colonie de ceux de Perse, dont le prince ou iman nommait un lieutenant pour conduire et gouverner les Assassins du Liban. Ces derniers furent exterminés par les Mamelucks vers Tan 4280, et la ruine de leurs frères de Perse leur ôtailtout moyen de résistance. ( Voy. Gibbon, torn, xil, chap. Cî, et les Mémoires de Falcomiei, )

dans une mauvaise voie en exaltant les étrangers , en suivant leurs conseils et en les élevant et établissant au-dessus de ses hommes naturels^ ses sujets indigènes et naturels s'en indignèrent, et, pour qu'il ne se laissât pas entraîner à des actes plus odieux encore , remirent eu garde ledit roi et la reine ; ils séparèrent aussi la reine de lui, afin qu'elle ne marchât pas sur les traces de son père, et les gardèrent tous deux prudemment, agissant ainsi à l'exemple des Allemands, jusqu'à ce que tous les étrangers eussent été éloignés et expulsés. Dès lors les seigneurs d'Ecosse tinrent plus librement et avec plus de sécurité les rênes du gouvernement de leur royaume. Ils reprochaient de plus à la reine d'avoir appelé son père le roi d'Angleterre et de l'avoir excité à venir contre eux hostilement avec son armée, pour les exterminer misérablement ; ils disaient qu'à cause de cela Robert de Ros, le plus eminent de tous les seigneurs du nord , avait été ruiné immiséricordieusement et irréparablement. En effet , tout ce qui lui appartenait et pouvait être vendu était confisqué et mis en vente.

A cette époque aussi, un des seigneurs qui étaient récemment revenus d'Allemagne , à savoir Jactjues d'Audeley, homme puissant et riche, qui avait sur les confins du pays de Galles des terres , des possessions et des châteaux que les Gallois avaient attaqués à main armée en y commettant des incendies et des massacres, assaillit à son tour ces malfaiteurs , tua et précipita un grand nombre d'entre eux dans les enfers, et redemanlo cofnpte aux mains des en-

55 i HENRI m.

nemis du sang de ses frères [d'armes]. Mais les Gallois, sortant à l'improviste de leurs retraites de renards et des anfractuosilés de leurs rochers, le surprirent sur un terrain marécageux, coupèrent les jarrets des plus beaux chevaux (?) ou leséventrèrent, et réduisirent en cendres les maisons et les chateaux, sans distinction , massacrant les hommes qu'ils y trouvaient. C'est ainsi que TAngleterre perdait misérablement sa force chaque jour. En effet, l'Angleterre avait coutume de tirer fréquemment du pays de Galles, par la voie du commerce, des chevaux, des bœufs, et d'autres marchandises, qui tournaient au profit des habitants des deux pays.

Vers le même temps, se répandirent des bruits fort déplaisants pour plusieurs, à savoir que le roi d'Espagne prétendait avoir été élu régulièrement avant que le comte Richard eût été élu au royaume des Romains. En témoignage de quoi l'archevêque de Trêves, et quelques autres seigneurs d'Allemagne avec lui , tenaient ferme sans varier pour ledit roi d'Espagne, et le roi de France fournissait aide et conseil à ce parti. En effet, les Français s'affligeaient de l'honneur conféré au comte Richard, et du proflt que les Allemands devaient retirer de cette élection : car il y avait entre les deux peuples une ancienne haine native et inexorable qu'avait redoublée encore le grand combat livré récemment entre les Allemands et entre les Français et les fauteurs des mêmes Français, à savoir les Flamands. Mais l'établissement du nouveau roi d'Allemagne Richard était certain , ré-

gulier el incommutable. En effet , quand Tannée précédente les seigneurs d'Allemagne donnèrent connaissance de cette élection au seigneur roi d'Angleterre et à ses seigneurs siégeante Londres, il n'y eut pas même une ombre d'opposition ; plus lard , quand l'arclievêque de Cologne, qui est le grand cbancelier de Tempire, et beaucoupd'aulresgrands d'Allemagne, vinrent avec lui en Angleterre, ils ne firent en aucune façon mention du roi d'Espagne ou de son élection. Les messagers très-sagaces qui avaient été envoyés pour explorer l'état des choses en Allemagne , n'en parlèrent pas davantage. Aussi le roi d'Allemagne, affermi dans une possession tranquille , méprisa à juste titre les menaces du roi d'Espagne, quoique ce dernier menaçât d'une manière terrible de venir l'attaquer à main armée avec toutes les forces des rois de France , d'Aragon et de Navarre. De plus , le môme roi d'Espagne , dans ses lettres , s'intitulait et se qualifiait élu roi des Romains ou élu roi d'Allemagne. Mais en apprenant ces menaces , le roi d'Allemagne Richard répondit avec allégresse et intrépidité : « Qu'il vienne avec toutes ses « forces et toute sa puissance, et moi j'irai au-devant « de lui hors des limites de mon royaume. »

Dans le cours des mêmes jours, le roi d'Espagne écrivit au roi d'Angleterre , et lui demanda instamment de l'aider puissamment et magnifiquement^ comme il convenait, contre le comte de Cornouailles Richard, qui avait usurpé témérairement la couronne d'AlIeniagne, et avait supplanté frauduleuse-

ment ledit roi d'Espagne qui ne s'atteiidait à rîen de pareil. H demandait que le roi Taidât, nous le répétons, aux termes de la charte conclue entre eux , et qui portait que Tun devait aider l'autre contre tout adversaire; charte qui fut rédigée quand la paix fut rétablie entre eux en Gascogne. En apprenant cela , le roi d'Angleterre répondit : « Et moi , je demande « plus expressément eiicore qu'il m'aide moi et « mon frère contre nos rebelles et nos adversaires. « Quiconque est l'adversaire de mon frère , doit être « regardé justement comme rebelle envers moi ; « car celui qui n'est pas avec moi , est contre moi. » Or, il faut se rappeler que la Gascogne avait été octroyée au roi d'Espagne Alphonse , par le roi d'Angleterre Henri , en lui donnant sa fille , et que ce roi en avait eu saisine en vertu d'une charte et de la confirmation qu'en avaient faite les rois Richard et Jean. Aussi le roi d'Espagne avait fait une convention avec le roi Henri troisième, présentement régnant, laquelle portait que le fils de Henri épouserait la sœur du roi d'Espagne , que l'un des alliés aiderait l'autre en cas de nécessité, et que le roi d'Espagne déclarerait renoncer a toute prétention sur la Gascogne envers le roi d'Angleterre et ses héritiers. Une charte fut rédigée pour fixer ces conventions mutuelles. Déplus, le roi d'Angleterre accorda une charte assez hbnleuse, par laquelle il s'engageait à donner satisfaction à tous les Gascons sur les dommages qu'ils avaient éprouvés par sa venue. Or, le roi d'Angleterre subit tous ces opprobres

et toutes ces perles , pai'ce qu'au moment où le comte de Leicester Simon avait dompté presque complètement les Gascons rebelles , le roi avait signifié aux seigneurs de Gascogne de ne rien faire pour lui; ce qui avait anéanti totalement Taulorité du même comte. Par cette malheureuse démarche, le roi encourut une perte inestimable t»int en teries qu en trésors, et un détriment irréparable dans son honneur : et le roi agit ainsi au mépris <le la charte que le comte avait obtenue de lui. Toutefois, plus tard , le roi la racheta pour six mille marcs , afin de ne point paraître commettre un vol. Ensuite il passa la mer avec une nombreuse armée, comme nousFavons dit plus haut, et cette expédition n'en tourna pas moins à son détriment ; mais nous avons déjà parlé de tout cela.

Dans le cours des mêmes jours , des députés solennels furent envoyés de la part du roi au roi de France , à savoir Tévéque de Worcester , Télu à Winchester , Tabbé de Westminster , le comte de Leicester, le comte Roger ^ Bigod, grand maréchal, Pierre de Savoie, et Robert Waleran, afin que, si la chose pouvait se faire honorablement d'une façon ou d'une autre, avant qu'il en résultât guerre sanglante, inimitiés et effusion de sang, le roi de France restituât au roi d'Angleterre les droits qui jui appartenaient de toute antiquité. En effet , il ne paraît pas conforme au droit ou à la piété que le

« Le texte dit fautivement Hvgues.

viil. 22

538 niiNRl 111.

fib suit condaiiuié à porter la peine de l'iniquité du père. Kn tout cas , Tun et Tautrc ont été assez punis et endommagés, puisque, depuis près de cinquante nus, \e. roi d'Angleterre s'afflige d'être dépouillé de de ses terres d'outre-mer. Mais les députés envoyés ejik France revinrent tristement aj)rès avoir entendu des paroles dures , des sornettes et un refus formel. Aussi tous les seigneurs que le roi avait convoqués à Londres pour le parlement, furent contremandés , parce qu'on réfléchissait que les députés étaient revenus sans avoir réussi à rien et sans rapporter autre chose que des moqueries. De plus, le roi d'Allemagne Richard demandait au roi de France, avec d'humbles prières, qu'on lui rendît ses droits ; mais cette affaire et la précédente furent ajournées, pour une réponse définitive, 5 la levée du parlement que le roi de France devait tenir au milieu du carême. C/est pour cela qu'au dé|)art de ses collègues, Fabbé de Westminster resta en France, afin de savoir à cet égard quelque chose de certain.

Les frontières du pays de Galles étaient réduites, ô douleur! en un désert inhabitable; les hommes étaient consumés par le glaive, les châteaux et les mais<ms j)ar Fincendie, ks forêts j)ar le hoyau et la hache, les troupeaux par la maigreur ou par le couteau du boucher. Ainsi l'Angleterre était mutilée lamentablement dans une bonne partie d'elle-même.

Ainsi se passa cette année stérile et maigre. En effet, tout ce que l'hiver avait semé, tout ce que l'été avait fait mûrir, fut étouffé par les inondations de

raulomne. De plus, le manque d'argent monnayé, dont le royaume d'Angleterre était dépouillé par le pape et par le roi, engendra une pauvreté inouïe. Les terres restèrent incultes, et une multitude nombreuse de peuple mourut par la disette; car vers la naissance du Seigneur, le prix d'une charge de froment monta à dix sols. De plus, les pommes furent rares, les poires plus rares encore ; ks figues , les glands bons à manger, les cerises, les prunes, et, pour le dire en peu de mots , tous les fruits qui sont contenus dans des coques^, furent complètement détroits. En outre, cette année amena des pestes et des fièvres mortelles, au point qu'à Saint-Edmond, pour ne pas citer d'autres exemples, plus de deux mille morts remplirent le vaste espace du cimetière, pendant Tété, principalement pendant les ardeurs des jours caniculaires. 11 y avait des vieillards qui jadis a\ aient vu la charge de froment monter à un marc ou même à vingt sols, sans que pour cela fies Jiommes fussent épuisés par les angoisses de la faim, jusqu'à en mourir. Pour comble de misères, le roi d'Allemagne, Richard, avait dépouillé le royaume d'Angleterre de plusieurs milliers de marcs, qu'il avait fait lever sur ses terres en Angleterre. La Terre- Sainte languissait désolée et troublée par la crainte des Tartares. En effet, le roi des Tartares avait dans sa compagnie quarante fois cent mille combattants armés. Déjà, à ce que nous avons appris de gens habiles et dignes de foi , ils avaient soumis ave« féro-

* Probablement noix, châtofi^nes, etc.

cité la moitié dii monde à leur domination. Un observateur attentif pourra trouver à Saint-Albans des détails sur la vie très-immonde de ces Tartares*. Celte année, qui engendra des infirmités chroniques, permit à peine de respirer en aucune façon à ceux qui en étaient atteints. En effet on n'y vit pas un seul beau jour froid et serein ; la plus légère gelée ne couvrit pas d'une couche de glace, comme à l'ordinaire, la surface des étangs, ou n'endurcit pas les eaux qui tombaient des gouttières ; mais des brouillards et de continuelles inondations de pluies obscurcirent l'air jusqu'à la Purification de la bienheureuse Vierge .

Le roi célèbre a Londres les fêtes de Noel. — Retour de l'évéque d'Ély et de l'abbé de Saint- Edmond. — SÉDITION ÉLEVÉE A RoME.— MORT DE GUIL- LAUME Heiron, vicomte de Northumberland. — Grave accusation contre quelques citoyens de Londres. — Mort de Jean d'Avesnes. — Cruauté des Gallois. — L'an du Seigneur 4258, qui est la quarantièmedeuxième année du règne du roi Henri , le même roi, à la naissance du Seigneur, se trouva à Londres, oil il célébra magnifiquement les solennités de Noël avec plusieurs seigneurs, attendant l'arrivée des députés qu'il avait envoyés en France. Le môme roi avait aussi assisté à la fête de saint Edouard.

Vers la même époque, abordèrent en Angleterre l'évéque d'Ély et l'abbé de Saint-Edmond, revenani

' Voy. l'addition XLIII h la fin du volume.

\mEE «258. 54^

de la cour romaine, où ils avaieiil obtenu du sei{]neur pape d'être con6rinés dans leur étal prospère, malgré l'opposition et le mauvais vouloir du roi et de l'archevêque de Cantorbéry. Ainsi de jour en jour le roi, séduit par d'exécrables conseils, perdait de sa dignité royale, et s'efforçait d'endommager l'église de toutes les manières.

Dans les présents jours, et peu de jours auparavant, une grave sédition s'éleva dans la ville de Rome, parce que le sénateur, à savoir M...*, citoyen de Brescia, s'était détourné du sentier de la justice, accablait le peuple romain d'injustices de tout genre, l'appauvrissait sous tous les prétextes, à l'instigation des nobles, et s'efforçait de complaire aux seuls nobles, principalement aux Annibaldi. Les gens du peuple, s'étant donc confédérés, sur l'avis d'un maître boulanger^ nommé Matthieu, qui, bien que devenu leur concitoyen, était Anglais d'origine et natif de Belvair, firent une attaque violente, se précipitèrent en foule et avec impétuosité, brisèrent la prison danslaquellel'anciensénateurBrancaléonétaitrelenu enchaîné, et, l'ayant délivré, l'établirent sénateur, en lui prêtant serment de fidélité, selon l'ancienne coutume de la ville. Brancaléon,se voyant donc for-

* Nous no retrouvons pas le nom cîc ce porsonuajje, dont le rôle parait, au reste, fort secondaire. La délivrance de Brancalcon et le départ du pape sont de Tannée 425r, comme le prouvent les dates des lettres d'Alexandre IV. Mansi ( Notes sur Rmjnaidi ) cite à cet égard les indications conformes de iNaugis.

^ Magistripistorum. rcut-èlre le chef de la corporation des bou- Jangers.

542 HKNUI III.

lement soutenu, chassa de Rome ses adversaires, et fit pendre à une potence, sans se soucier des égards dus au pape, deux Annibaldi qui étaient cousins d'un cardinal. Le pape ayant excommunié le sénateur Brancaléon et ses partisans, ceux-ci assurèrent qu'ils avaient le privilège de ne pouvoir être excommuniés par aucun pape, et menacèrent le pape et ses cardinaux, avec force railleries, de les persécuter et de les endommager jusqu'à extermination. A cette nouvelle, le pape craignit pour lui, et dit à ses frères:

« Quand la fureur est dans sod cours, cédez à la violence de la fu-

reur.

Aussi , de peur que de plus grands maux ne succédassent aux maux présents , il se retira sur-lechamp à Viterbe, se proposant même de se sauver plus loin encore, c'est-à-dire à Assise.

Vers le même temps, mourut Guillaume Heiron, vicomte de Northumbrie, le marteau des pauvres, le persécuteur des religieux, et le plus avare de tous les hommes. Après avoir éprouvé cette soif et cette avarice temporelle, il s'en alla dans les enfers, à ce qu'on croit, pour y éprouver la soif de Tantale. — VersTÉpiphanie du Seigneur, revinrent les seigneurs qui avaient été envoyés par, le seigneur roi d'Angleterre, en présencedu seigneur roi de France, lequel les avait fait venir, les avait reçus avec courtoisie, et leur avait répondu avec bienveillance au sujet de la Normandie qu'ils redemandaient, et delà restitution des autres possessions d'outre>mer. Mais ses frères et plusieurs autres seigneurs s'y étaient opposés avec

ANNÉK "125$. 545

fermeté, et les députés avaient dû revenir dôiis l(Mir pays sans avoir réussi dans celte affaire.

Ala même époque, les petits bourgeois de Londres, le menu peuple et la populace se plaignirent très-lbrlejnent'devant le roi de ce que ceux qui avaient été désignés pour lever l'argent destiné à réédifîer les murailles de la ville, ainsi que le roi Tavait ordonné en leur honneur, avaient mis frauduleusement dans leurs propres escarcelles, au détriment du pauvr-e peuple, la majeure partie de cet aident; que, de plus, ils commettaient pareil vol dans toutes les collectes et lai Mages qui avaient lieu. Aussi ceux qui furent accusés et convaincus de ce crime, furent délivi^s à grand' peine du danger de mort par rintercession du seigneur Jean Mansel; mais ils ne purent se racheter qu'à prix d'argent.

Vers le même temps aussi, mourut Jean d'Avesnes, sénéchal du seigneur roi d'Allemagne, dans le sein duquel toutes les espérances du roi étaient déposées.

A la même époque, les Gallois, désespérant tout à fait d'obtenir la paix, et ne se fiant aucunement dans la miséricorde du roi , s'emparèrent de quelques bourgades situées sur les confins du pays de Galles, et appartenant tant à Edouard qu'à d'autres seigneurs; emportèrent tous les biens dont ces bourgades étaient garnies, rasèrent et réduisirent en cendres tout le reste, et coupèrent sur-le-champ la lête, sans merci comme sans rançon, à tous les hommes qu ils y avaient pris.

Le pape s'humilie devant le sénateur Bbancaléon. — Colère du pape contre le roi d'Angleterre. — Retour de Rustand en Angleterre. — Consécration de trois évêques a Cantorbéry. — Accord sur les vivres ET LES dettes ENTRE l'aBBÉ ET LE COUVENT DE

Saint-Albans. — Charte pour la confirmatiojs de cet ACCORD. — Noms des témoins les plus illustres. — Vers le même temps, si la ville de Londres, comme nous Tavons dit, fut agitée par une grande perturbation, une sédition s'éleva aussi à Rome, et causa dans cette ville des troubles violents et un schisme. En effet, comme les seigneurs de Rome, s'étant plaints au seigneur pape, s'efforçaient de déterminer le pape à excommunier le peuple romain, aiasi que Brancaléon, sénateur du peuple, et tous leurs partisans, ceux-ci, prenant la chose en raillerie, méprisaient ces menaces, et non-seulement faisaient fi du pouvoir qui devait s exercer contre eux, mais encore le vilipendaient avec force dérisions. Or, le sénateur Brancaléon , qui avait été élevé récemment à la dignité sénatoriale, et qui était chéri du peuple entier , se mit à sévir intrépidement contre tous les malfaiteurs de la ville, et principalement contre ceux qui avaient été les auteurs de son emprisonnement, se vengeant d'eux par des sentences inexorables, et les suspendant aux potences, sans épargner les amis ou les parents du pape, et sans se laisser fléchir par les prières, les menaces ou les présents de qui que ce fut. Bien plus, il ordonna, par un edit général, sous peine d'exhérédation et d'exil perpétuel, que tout le

ANlNÉK ^258. 545

peuple, revêtu de ses armes, sortît de la ville comme un seul homme , et marchât hostilement contre Anagni , lieu de la naissance du seigneur pape. En apprenant cela, les habitants d'Anagni, mais surtout les parents et les amis du pape, vinrent le trouver en pleurant et en se lamentant pitoyablement, et dirent au seigneur pape, d'une voix entrecoupée de sanglots: « Seigneur, ayez au moins pitié de vos « amis et de vos parents, ainsi que de la ville en- « lièred' Anagni, lieu de votre naissance. En effet, « par le décret que viennent de rendre le sénateur « Brancaléon et le peuple romain, tous, revêtus de « leurs armes, vont venir, comme un seul homme, « assiéger notre ville. Dans leur fureur et dans leur « grande violence, ils en abattront les murailles, « détruiront les tours, renverseront les maisons, « pilleront les biens des assiégés, et n'épargneront « nullement les habitants, peut-être même les tue- « ront tous. » A ces mots, le pape quoique irrité, et ayant en haine le sénateur Brancaléon, lui envoya, bon gré mal gré, des députés solennels pour le prier etle supplier, delà manière la plus humble, d'apaiser l'indignation de son cœur, et d'épargner Anagni, lieu de la naissance du pape, de peur qu'il ne devînt en opprobre éternel à toute chair. Le sénateur, saisi de compassion, acquiesça aux prières du pape qui s'humiliait; mais il eut grand'peine à réprimer la fureur du peuple qui voulait raser sans pitié tout ce qui s'opposait à sa marche. Cependant Manfred, qui avait le pape en haine, et qui chérissait du fond

:^m HENRI III.

du cœur le sénateur Brancaléon, se réjouit grandement de ce que celui qui, peu de temps auparavant, se répandait en menaces, et menaçait de fulminer une sentence d'excommunication, avait été humilié au point d'être forcé de solliciter des conditions de paix. Le prince Manfred promit donc au même sénateur Brancaléon de lui fournir tous les secours nécessaires. Ainsi de toutes parts était abandonné [ le pape], ami du roi d'Angleterre Henri, dont il avait <50«tume de soutenir puissamment le parti. Toutes ces sommes inestimables que le roi avait dépensées pour acquérir le royaume d'Apulie, et qu'il avait fait passer en Italie, ne suffisaient même pas à acquitter les usures qui, se glissant à la sourdine, enveloppaient le ix)i, sans qu'il s'en doutât ou cherchât à s'en garantir. De plus, le pape lui reprochait d'avoir trompé et circonvenu l'église. Aussi sa renommée fut-elle obscurcie grandement entre toutes les nations.

A la même époque, la colère du pape s'enllamma contre le roi d'Angleterre, parce qu'il n'observait pas des promesses tant de fois renouvelées, après s'être obligé de lui-même, sous peine de perd re son royaume, à corriger ses excès accoutumés. C'est pourquoi, sur les instances très-urgentes de l'évêque de Rochester Laurent, et de plusieurs autres , le pape, voyant ses admonitions infructueuses, se proposa de fulminer contre le roi une sentence d'excommunication, d'interdire son royaume, et d'accumuler successivement châtiments sur châtiments. Aussi, le roi, confus dans

son esprit, compta au seijjneur pape cinq mille mares pour qu'il tempérât la colère de son cœur, et prorogeât et différât cette sentence pour un temps. Le seijjneur pape se laissa aussitôt fléchir par les prières du roi;, et par la somme d'argent dont il appuyait sa requête. C'est ainsi que le royaume d'Angleterre étant appauvri et dépouillé de tous côtés de ses biens, toute espérance d'obtenir le royaume d'Apulie s'évanouit presque comme un souffle, si ce n'est qu'une dernière espérance resta placée dans le sein du nouveau roi d'Allemagne Richard , mais une espérance bien fragile, puisqu'il n'était pas encore parvenu au faîte impérial.

Vers le même temps aussi, arriva en Angleterre, on ne sait pour quel motif, maître Rustaud, clerc du seigneur pape; son seul but sans doute était de visiter et de loucher ses revenus ; car il possédait eu Angleterre beaucoup de richesses, qui lui avaient été conférées et qu'il avait acquises en peu de temps. Aussi, dans son dernier voyage à Rome, il avait encouru l'indignation violente de plusieurs, et même celle du seigneur pape. S'il n'avait point pourvu à cette infirmité par le remède ordinaire, il aurait éprouvé un dommage considérable.

Le dimanche de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, à Cantorbéry, trois évêques furent consacrés; à savoir, maître Simon de Wanton, à Norwich, nîaître Roger de Meulan, à Chester, maître Gaultier d'Exeter , à Exeter. Ces trois prélats, qui avaient été élus dans la même quinzaine, furent con-

348 HENRI lir.

firmes et consacrés solennellement cvéques par Tar clievéque de Cantorbéry Boniface.

Cette même année aussi ^ comme le couvent de Saint-Albans se plaignait fortement et fréquemment, mais non sans raison, par -devant son abbé Jean , de n'être pas restauré, selon qu'il convenait et était avantageux, dans le pain et dans la cervoise qui devaient être honorablement distribués au couvent et à tous les hôtes, tant religieux que séculiers, puisque ce monastère avait été fondé pour que les choses susdites leur fussent fournies en subsistance suffisante, le seigneur abbé susdit corrigea ce défaut en y appliquant conseil et aide convenables et salutaires. Aussi, par un accord qui fut fait entre Tabbé et le couvent, il fut décidé que le couvent recevrait désormais une portion fixe et assignée en pain et en cervoise, pour la réfection convenable autant qu'honorable du couvent et des hôtes, comme la chose est contenue dans la charte d'accommodement dressée à cet égard, laquelle fut revêtue du sceau des deux parties , et confirmée par le roi. En récompense de cette charte d'accommodement, et du bienfait qui lui était octroyé^ et pour les reconnaître dignement, le couvent acquittait bénévolement envers les marchands d'outre-mer, par lui-même et par les prieurs des monastères dépendants de Saint-Albans, certaines dettes dudit abbé, portant paiement de marcs. Toutefois d'autres grandes et fortes dettes restaient à acquitter à l'abbé. Pour que ce bienfait libéral et gratuit soit connu clairement par tous ceux qui voudront s'en instruire, nous

avons jugé à propos d'insérer d'une nnanière indélébile, dans le présent livre, la charte et la confirmation du seigneur roi.

« Henri , par la grâce de Dieu , roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou , aux archevêques , évéques , abbés , prieurs, comtes, barons, justiciers, vicomtes, prévôts, officiers, et à tous ses baillis et ses féaux, salut. Nous avons considéré la provision et l'accommodement fait entre Jean de Hartford, abbé de Saint-Albans et son couvent au même lieu, en ces termes : ce Jean de Hartford, par la grâce de Dieu, abbé de Saint-Albans, à tous les fidèles du Christ, salut dans le Seigneur. H est convenable que nous prêtions un consentement facile aux justes désirs de ceux qui nous sollicitent, et que nous accomplissions , en les faisant suivre d'effet, les vœux qui ne s'écartent pas du sentier de la raison. C'est pourquoi nous avons jugé à propos (le faire savoir à vous tous tant que vous êtes , que nous, aussi bien que nos prédécesseurs les abbés de vSaint-Albans, avons coutume, dès les temps passés, de fournir communément, tant à notre couvent dudit monastère qu'aux hôtes survenant , des vivres en fait de pain et de cervoise , tant sur notre baronnie que sur nos églises, dans lesquelles nous avons droits pontificaux, et sur les autres églises aussi dans lesquelles nous n'avons pas droits pontificaux, ainsi que sur nos fermes et ^os revenus appartenant audit monastère. Touché par un double motif de charité , vou lant améliorer plus honorablement la condition du-

dit couvent en ce qui touche lesdites provisions de vivres, afln qu'il puisse à Tavenir rester à perpétuité en toute paix et tranquillité, désirant semblablement décharger les abbés nos successeurs, de la fourniture des vivres susdits,- qui doivent sustenter ledit couvent, nous avons jugé à propos, en ayant Dieu devant les yeux et avec la volonté commune, Tavis et la connivence de nos frères, d'assigner au couvent les portions qui vont suivre, à savoir : les églises de Herteburn et de Eglingam, dans le diocèse de Durham ; }es églises de Norton et de Walden , avec quarante sols que le vicaire de Walden, celui qui sera selon le temps, paiera en rente annuelle; les dimes avec le foin que nous avons coutume de percevoir dans fa paroisse de Watford, avec dix marcs payables parfe vicaire de Watford, celui qui sera selon te temps; Téglise de Hocton avec six marcs annuels, payables par le vicaire de Potesgrave, avec deux marcs et demi payables par l'église de Herteburn, dans le diocèse de Lincoln, et avec six marcs annuels payables par Téglise d'Apelton, dans le diocèse dTork; toutes les oblations provenant des deux fêtes de Saint-Albans ; de plus, le manoir de Kingsbury avec toutes ses dépendances , avec cinq hommes dans le bourg de Westwike et avec le fumier de la cour * de Saint-

* Curia n'est pas sans analogie avec ce qu'on appelait au moyen âge le préau. Foy. aussi, au sujet de ce mot, la note Idelapag. 494 du deuxième volume. On sait qu'il était d'usage au moyen àgp de joncher les appartements de feuilles et de paille fraîche; en sorte que le mot compostum s'applique non seulement aux écuries, mais encore à tous les logements «oiYipris dans Vencpiuie du monastère.

ANNEE *2S8. 55i

Albans, pour améliorer le susdit manoir, quand le couvent le jugera convenable. 11 est bon de savoir que le blé et Forge à brasser doivent être moulus à nos moulins, tant dans Tenceinte de la métairie du monastère qu'au dehors de cette enceinte, tout aussi librement que noire blé propre , sans qu'il en coûte absolument rien au couvent, pour meules, pour mou lins, pour réparation d'étangs, ou sous tout autre prétexte, quel qu'il soit. Nous fournirons au môme couvent des maisons convenables et nécessaires pour brasser, pour enfourner, pour préparer Torge à brasser, pour déposer ie blé, ainsi qu'une écurie pour ses chevaux, et tous les ustensiles nécessaires à la fabrication du pain et de la cervoise. Quant à nos manoirs où sont situées les dîmes susdites, nous fournirons aussi [au couvent] des maisons convenables pour déposer le blé et le foin, pour loger ses hommes et ses chevaux , les ustensiles nécessaires pour préparer la nourriture, du bois à brûler en suffisance, tant dans Tenceinte de la métairie du monastère qu'au dehors, et enfin du terrain toutes les fois qu'il en aura besoin pour réparer lesdites maisons. Nous et tous nos successeurs garantirons, acquitterons et défendrons à nos frais, contre tous hommes envers le susdit couvent, les susdites portions avec toutes leurs dépendances, aises, et libertés dessus dites ; et nous supporterons à perpétuité dans les susdites églises et pensions, au cas échéant, tous les fardeaux ordinaires et extraordinaires. Pour plus grande sûreté du présent accommodement, nous promulguerons sen-

lence d'excommunication contre tous ceux qui in6rmeraient ou chercheraient à infirmer le susdit règlement, soit par le pape, soit par le roi , soit par leur propre volonté, à moins qu'il n'arrive que celte modification ne procède de l'aveu commun et du plein gré tant du seigneur abbé que du couvent tout entier, pour le plus grand bien du couvent et la plus grande utilité de cette église. De plus, nous nous obligeons nous et nos successeurs, de notre volonté spontanée et du consentement unanime de notre couvent susdit, tant envers le seigneur roi, qui est notre patron, et ses héritiers, ceux qui seront selon le temps, qu'envers le seigneur pape et ses successeurs, à ce que si nous ou nos successeurs, venions en aucun temps, ce dont Dieu nous garde , à enfreindre par une audace téméraire le susdit règlement en tout ou en partie, sans le commun assentiment du même couvent, ainsi qu'il est dit plus haut, ledit seigneur et ses héritiers, par la saisie de notre baronnie, et ledit seigneur pape et ses successeurs, par la censure ecclésiastique, puissent licitement nous forcer nous et nos successeurs , et nous contraindre efficacement à l'observation du susdit accommodement tout entier, ainsi que partons les moyens qu'ils jugeront convenables. Et pour que toutes les choses plus haut dites obtiennent force et vigueur à perpétuité , nous avons fait apposer à cet écrit notre sceau avec le sceau de notre couvent. Donné à Saint-Albans en notre plein chapitre;,le plus prochain jour de mercredi après la fête de saint Matthieu , apôtre, l'an du Seigneur mil deux cent [cin-

qualité] sept. » —Comme nous avons appris, d'après l'enquêle que nous avons fait faire , que la susdite provision et le susdit règlement tournait à la décharge et au profit de nous et de nos héritiers, nous avons cet accommodement pour bon et agréable, et nous Toetroyons et confirmons en notre nom et au nom de nos héritiers, à savoir les conventions attestées dans le susdit écrit fait entre eux. En outre, pour plus grande évidence de la chose, nous voulons et octroyons, en notre nom et au nom de nos héritiers, que le prieur et le couvent du même lieu, au cas où le susdit abbé et ses successeurs les abbés de ladite église de Saint-Albans , viendraient à résigner leur office ou à décéder , tiennent et possèdent bien et en paix toutes les portions susdites pour les usages susdits, tant aux époques où ladite abbaye sera vacante, qu'aux autres temps, à perpétuité, et qu'ils disposent d'icelles selon leur volonté, sans aucun empêchement de notre part, de la part de nos héritiers, de la part de tous autres, nos baillis et nos gardiens. Nous ne permettions pas non plus que ledit règlement de ladite abbaye soit altéré ou enfreint en aucune façon par nos gardiens quelconques ou autres nos baillis. « Les témoins sont les suivants : Geoffroi de Lusignan et Guillaume de Valence, nos frères ; Simon de Monlfort, comte de Leicester; Richard deClare, comte de Glocester et de Hartford ; Roger Bigod, comte de Norfolk * et maréchal d'x\ngleterre; Pierre de Sa-voie, Hu^îues Bigod, Jean Mansel, trésorier d'York ;

* Comes Xorthumhriœ : évidemment Norfolkiœ.

vili. 25

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