‹ Grande chronique; (volume 3)Chapitre 4 sur 59 · AI\1\ÉE · texte numérisé non relu

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celle mort , ordonna que tous les biens du même Philippe fussent conBsqués, jusqu'à ce qu'il se trouvât satisfait à son gré.

[Dans les mêmes jours de Tannée suivante , Philippe, fils du roi de France, prit pour épouse la fille du roi d'Aragon.

Vers ce temps, dans Tannée qui suivit immédiatement, le pape Urbain inscrivit au catalogue des saints le bienheureux Richard, évêque de Chicester \]

Vers le même temps, les moines de Winchester, comprenant que le roi n'accepterait pour évêque aucun de ceux qu'ils éliraient, à moins que ce ne fût quelqu'un qu'il aimât beaucoup, surtout après Texil de son frère Athelmar, élurent pour évêque et pour pasteur de leurs âmes le seigneur Henri de Wengham, chancelier du seigneur roi. Mais lui, considérant que la chose était litigieuse et incertaine , ne voulut pas encore consentir pleinement à Télection faite en sa faveur, quoiqu'il ne doutât pas des bonnes dispositions du roi à son égard. En effet, il déclara qu'il était insuffisant pour une si haute dignité et pour la garde des âmes, et qu'il n'était instruit ni en théologie ni dans les autres divines écritures; enfin il refusa, ainsi qu'il convenait de le faire. Cependant, quand il eut à peu près consenti, il fut accepté de bonne grâce par le seigneur roi, mais con-^ ditionnellement, à savoir que, dans le cas où son

* Le contexte à lui seul suffirait pour prouver Tinlerpolation cl l'anactronisme de ces deux paragraphes, qui manquent d'ailleurs dans plusieurs manuscrits. Us sont mis à leur place dans l'Appendice.

frère Athelmar, précédemment élu, parviendrait k obtenir du seigneur pape le btnéfice de consécration, ledit Athelmar serait institué dans la même église de Winchester, de préférence à tout autre, et que s'il n'y parvenait pas, ledit Henri serait subrogé à sa place, sauf toutefois, pour son frère, le droit d'avoir de quoi fournir à sa subsistance.

DÉrCTÉS ENVOYÉS AD-DEVANT DU ROI o'AlLEMAGNE. —

Henri HI se rend a sa rencontre. — Réponse hautaine DE Richard aux députés. —Son arrivée en Angleterre. — Il fait serment a Cantorbéry de prêter aide aux seigneurs ANGLAIS. -^ Les Allemands de sa suite retournent EN Allemagne. — Vers la fête de saint Hllaire , les barons ayant tenu conseil en commun, et ayant délibéré avec soin au sujet de l'arrivée du roi Richard en Angleterre, envoyèrent à sa rencontre des députés solennels; à savoir : l'évêque de Worcester, l abbé de Saint- Edmond y Pierre de Savoie, Jean Mansel, pour que le même roi leur fît connaître la cause d'une arrivée si subite et si inopinée, et ce qu'il comptait faire pendant son séjour en Angleterre. Or le comte de Leicester Simon demeurait encore dans les pays d^outre-mcr, à la grande surprise de plusieurs. Aussi le conseil du baronage était mutilé en grande partie, et les barons ne redoutaient pas médiocrement des pièges cachés. En effet, ils craignaient que le roi, bien qu'il montrât un visage serein, ne compatît au sort de ses frères exilés, et qu'il ne se plaignît amèrement à son Irère le susdit

roi d'Allemagde, de ce que les Anglais, après avoir poursuivi d'une haine funeste jusqu à la mort son père le roi Jean , poursuivaient semblablement à main armée, et avec une colère qui ne se démentait pas, les fils et les petits-fils dudit roi, et qu'il n'ajoutât que les injures du roi d'Angleterre devaient être ressenties pareillement parle roi d'Allemagne. Les seigneurs d'Angleterre se proposèrent donc d exiger dudit roi d'Allemagne, avant son débarquement, le serment de ne nuire en aucune façon au royaume d'Angleterre, et de ne pas mettre obstacle aux provisions d'Oxford. Mais à quoi cela servirait-il? ne pourrait-il pas dire plus tard qu'il avait fait ce serment malgré lui et par force? Toutefois, comme la plupart ignorent si leschoses se passèrent ainsi, je ne prétends pas décider la question dans ce livre. Ce qu'il y eut de certain pour la plupart, c'est qu'il prêta le serment dont nous avons parlé, et qu'il écrivit même k cet égard des lettres patentes.

Cependant le roi se rendit vers le bord de la mer, et avec lui une nombreuse multitude de seigneurs^, tous prémunis d'armes et de chevaux par précaution. En effet, on disait que le même roi Richard se proposait d'amener avec lui un ou plusieurs des frères du roi, qui avaient été exilés sur l'avis de l'assemblée générale, de faire casser ce jugement et de les rétablir, s'il pouvait, dans leur ancien état; ce que les barons auraient supporté avec peine. Or le roi fit proclamer à Londres, par la voix du héraut, que la ville devait être débarrassée des souches et troncs^

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de bois, de la boue et des immondices, qu'elle devait êlre ornée de courtines, que tout ce qui pouvait choquer les yeux des spectateurs devait être enlevé , et qu'il fallait qu'elle resplendît de tous les nouveaux appareils d'une fête.

Les députés solennels ayant donc été envoyés au nom de l'assemblée générale d'Angleterre, trouvèrent le roi d'Allemagne arrêté sur les côtes ultérieures de la mer, et occupé à rassembler une forte et nombreuse armée. Il leur répondit avee un visage irrité et un ton menaçant, et en jurant par la gorge de Dieu : « Ni je ne prêterai le serment que vous exi- « gez, ni je ne vous fixerai le terme de mon séjour « en Angleterre. » Puis il ajouta : « Je n'ai point de « pair en Angleterre : car je suis le fils du dernier « roi, le frère du présent roi, et de plus comte de Corce nouailles. Si donc les seigneurs d'Angleterre vouée laient réformer le royaume d'Angleterre délabré, « ils devaient commencer par me faire venir, et ne « pas entreprendre une affaire aussi grave, d'une « manière si violente et si présomptueuse, sans ma « connivence ou ma présence. » Comme un des députés voulait répondre à ces paroles, il fut arrêté par un de ses collègues qui le pria tout bas de se moderer. Or la réponse qu'il eût faite était celle-ci : « Nous <( t'avons maintes fois chargé de réformer le royaume a en décadence, comme étant le seigneur le plus « haut placé pour cela; mais toujours, poussé par « Tavarice, tu t'es efforcé astucieusement et soudai- « ncmcntdenous prendre au piège sans que nous

« pussions soupçonner rien de semblable, nous « tous qui cherchions à améliorer la condition du « seigneur roi et du royaume. Aussi le roi renonçant « n ses intentions salutaires, a endommagé par la « suite ceux qu'il a pu. » Mais de peur que de pareilles récriminations n'engendrassent des querelles, les députés, assez bien instruits des dispositions peu pacifiques du roi d'Allemagne, se hâtèrent de reveuirsur-le-champ, aussi vite que possible, sur le rivage, où les attendait un peuple nombreux diversement préparé [à s'opposer à une descente]. Quand cette nouvelle fut annoncée aux seigneurs anglais sur le rivage citérieur de la mer, ils firent rassembler en jifrand nombre les vaisseaux et les galères, tant des cinq ports que des autres lieux. Tous animes du plus grand enthousiasme et couverts des armes qu'ils avaient apportées par précaution, se préparèrent à se précipiter hostilemetit contre les ennemis qui leur arrivaient, et à leur résister intrépidement : car on se souvenait qu'anciennement, au temps de l'invasion de Louis, fils du roi de France, en Angleterre, un très-petit nombre de vaisseaux anglais avaient attaqué et écrasé, contre toute espérance, la flotte nombreuse et copieuse des Français. Les barons rassemblèrent aussi sur le rivage une armée de cavaliers et de fantassins, afin de recevoir à la pointe de l'épée, vigoureusement et fortement, sur le rivage et sur la terre ferme, les ennemis à leur débarquement, dans le cas où ils auraient eu l'avantage dans le combat naval : ce qu'on ne redoutait nullement Lorsque

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le roi d'Allemagne llicliard eut appris tous ces pré^ paratifs par le rapport fidèle de ses éclaireurs attentifs, il céda aux conseils d'amis communs, adoucit sa colère, et promit de bonne grâce de prêter par charte le serment tel (Jue Texigeaient les barons d'Angleterre zélés pour le bien de l'état.

Le roi d'Allemagne Richard, accompagné de la reine [sa femme], fit donc voile pour T Angleterre, et aborda à Douvres le jour de saint Julien. Il n'entra en Angleterre qu'avec sa famille privée et une escorte très-restreinte, à savoir , deux comtes d'Allemagne qui avaient seulement avec eux trois chevaliers. Le roi lui-même n'avait que huit chevaliers pour l'accompagner lui, la reine sa femme et son fils Edmond. Cependant, quand ils eurent débarqué ,sur le rivage, ils ne furent pas admis dans le chateau de Douvres, pas plus que le roi d'Angleterre lui-même , parce que les seigneurs d'Angleterre re doutaient de laisser entrer dans ledit château, qui était la barrière principale de l'Angleterre, quelqu'un qui n'eût pas encore prêté le serment. Le roi alla à la rencontre de Richard à sa sortie de son vaisseau, et l'accueillit avec la plus vive joie. Ils allèrent ensuite festoyer avec Tarchevêque de Canlorbéry, et célébrer avec allégresse la fête de leur réunion.

Le lendemain, les seigneurs d'Angleterre entrèrent dans le chapitre de Cantorbéry, conduisant avec respect les rois d'Angleterre et d'Allemagne, et firent poser sur le pupitre le texte de l'Évangile. Alors le comte de Glocester Richard se leva au milieu de

rassemblée et appela à lui respectueusement et à haute voix le comte de Cornouailles, ne le désignant pas par ces mots roi d'Allemagne, mais parson nom Richard , comte de Cornouailles. Celui-ci s'avança avec soumission et déférence, et on lui fit prononcer à haute et intelligible voix le serment que voici :

« Oyez tous tant que vous êtes, que je jure ici sur « les très-saints et sacrés Evangiles que moi, Richard, « comte de Cornouailles, serai féal et soigneux pour « réformer avec vous le royaume d'Angleterre, gran- « dement déformé jusqu'ici par le conseil des mé- « chants. Je serai votre soutien efficace pour expulser « les rebelles et les perturbateurs du même royaume, « et j'observerai inviolablement ce serment sous w peine de perdre toutes les terres que je possède en « Angleterre. » Comme chacun des assistants disait : « Il suffit, il est assez tenu comme cela à la fidélité,» le comte de Glocester répondit : « Jadis n'avons- « nous pas été énormément lésés en cas semblable ? « Celui qui a été excommunié une lois, redoute tou- « jours les eaux bouillantes. Aussi je ne suis pas en- « core bien rassuré, craignant que nous n'en ayons « fait trop peu : ce dont nous garde le Seigneur tout- « puissant. »

Le jour de la Purification de la bienheureuse Marie, les deux rois, les reines leurs épouses et une multitude de seigneurs anglais se réunirent à Londres. La ville avait été débarrassée de toute immondice, comme il a été dit, pour l'arrivée de si grands princes, et elle brillait, toute resplendissante de ten-

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tures magnifiques et d ornements de tout genre. Une nombreuse multitude de citoyens alla à leur rencontre quand ils arrivèrent, avec de grandes acclamations.

De toutes parts la ville était tellement remplie de monde , que les pavés des rues étaient couverts d'une foule épaisse qui se précipitait en masse. Comme les frères utérins de Richard ne le suivaient point malgré la menace qu'il en avait faite, et ainsi qu'on Tavait craint, mais qu'ils étaient restés dans les pays d'outre-mer, tous se livraient communément à des transports de joie plus vifs. On s'étonnait seulement beaucoup de ce que les Allemands lui avaient ainsi lâché les rênes et lui avaient permis de se rendre en Angleterre avec la reine et son lîls qui lui étaient -si chers, sans retenir au moins l'un ou Tautre comme pour servir d'otage , et de ce qu'il avait ensuite laissé ses Allemands derrière lui pour venir vers les Anglais de meilleure grace et plus vite. Mais bientôt sa renommée commença à diminuer, et son pouvoir comme roi finit par être peu ou point redouté parmi les Anglais. Aussi les seigneurs d'Allemagne qui avaient accompagné le roi jusqu'en Angleterre, considérant qu'il n'était pas aussi favorablement vu et aussi respecté en Angleterre qu'il convenait à la dignité royale, se départirent de lui avec indignation, et regagnèrent leur patrie avec empressement, en se disant : « Puisque ses compatriotes ne le respectent « guère, pourquoi, nous, aurions-nous souci de lui « faire honneur? Nous avons ce que nous avons

« souhaité en Télisant, un trésor plutôt qu'un theft sauriseur, des richesses amassées, et non un « homme qui en amasse. Aussi, s'il nous conférait « pleinement ce qui lui reste encore d'argent, nous « ne nous inquiéterions plus en aucune façon de sa « personne. » En effet, ils désiraient ardemment, comme ils l'avaient fait en majeure partie, engloutir le reste de ses trésors.

Parlement tenu a Londres. — Gaultier de Scotenny et guillaume de bussy sont arretes pour leurs CRIMES. — Action détestable de celui-ci. — Guillaume DE HORTON revient d'uNE MISSION EN ÉcOSSE.

Mort de Thomas, ancien comte de Flandre. — A Toctave de la Purification, les seigneurs anglais se rassemblèrent à Londres, comme ils en étaient précédemment convenus entre eux. Le comte de Leicester, dont la longue absence avait affligé toute l'Angleterre, sans qu'on pût savoir le motif qui Pavait retenu dans les pays d'outre-mer, arriva pour assister à rassemblée susdite. De plus, un certain conseiller secret du roi de France, à savoir le doyen de Bourges, s'y trouva aussi. On s'y occupa fort activement de l'affaire en litige entre les deux rois de France et d'Angleterre, et l'on vit par là ce qui avait été fait dans les pays d'outre-mer. Aussi, avant qu'un espace de temps assez court se fût écoulé, c'est-à-dire le jour de saint Valentin, les articles de paix furent dressés et faits entre eux à Londres, à condition que les deux parties voudraient observer sans dis'

f,2 HKNm 111.

sension ce qui avait été convenu el déterminé entre leurs députés spéciaux etsolennels, comme on le dira plus tard plus pleinement en son lieu\

Cette même année, à l'approche du commencement de mars, Gaultier de Scotenny, très-principal et très-spécial conseiller du comte de Glocester, et son sénéchal, fut arrêté à Londres. En effet, il était soupçonné d'avoir donné au même comte et à son frère Guillaume le breuvage empoisonné qui avait rendu le comte malade au point de se voir aux portes de la mort, et qui avait fait mourir tout à fait le susdit Guillaume. Il avait déjà été pris et mis sous la sûre garde de bons fidéjusseurs; mais alors il fut conduit dans la tour de Londres, pour y être incarcéré et y élre enchaîné de la manière la plus étroite. -Il en fut de même pour Guillaume de Bussy, sénéchal et principal conseiller de Guillaume de Valence, frère utérin du roi. Il faudrait des traités spéciaux pour décrire pleinement tous ses crimes. Après avoir été retenu jusqu'alors sous la garde des fidéjusseurs, il fut amené pour être jugé devant les juges. Gomme il ne pouvait répondre aux objections, parce qu'il était enveloppé par une foule de crimes, il voulut délier les cordons de sa coiffe^ pour montrer publi-

* La mort sans douto arrêta Matt. Paris dans les détails qu'il se proposait de donner.

* Les sergents ad legem ^ qui ont la plus grande analogie avec les clercs ès-lois dont nous avons parlé ailleurs, en avaient aussi les indignes. On les investissait par la coiffe : de là le nom sergeanis of ihc ^oife.

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quement qu'il avail la tonsure cléricale ; mais on ne le laissa pas faire, et sur l'ordre des juges il fut entraîné avec violence et force bourrades, pour être jeté au fond du plus noir cachot. Le satellite qui Tappréhenda au corps le saisit, non par les cordons de sa coiffe, mais à la gorge, Tenlraîna en prison, et dit en se moquant de lui : « Si je te fais injustice, « qui est-ce qui te fera justice?» C'étaient les paroles que le susdit Guillaume avait coutume d'adresser aux plaignants qui avaient souffert des injustices, et qui venaient fréquemment demander devant lui qu'on leur fît droit. De plus il avait coutume de leur répéter maintes fois : « Le seigneur roi veut tout ce « que veut mon seigneur Guillaume, mais non pas « réciproquement. » Ainsi il ne daignait témoigner aucun respect pour le roi, ni pour aucun des seigneurs, ni ne s'occupait de rendre la justice au peuple, assurant que son' seigneur avait obtenu du seigneur roi une liberté telle, qu'aucun bref ne pouvait être délivré contre lui à la chancellerie, et qu'il ne devait répondre à tout lésé, pour quelque offense que ce fût, que comme il lui plairait. Aussi, au moment où le susdit Guillaume était traîné violemment en prison , tous le tournaient en dérision et insultaient à sa misère , lui reprochant son intolérable orgueil, sa tyrannie inexorable, et ses rapines injurieuses. Comme il serait fort long d'énumérer ses actes criminels, nous avons jugé à propos d'en insérer un dans ce livre pour faire comprendre les autres. Un jour un jeune homme traversait une petite rue

de Trumpington. Un chien se mit à aboyer après lui; pour le faire laire, il lui jeta maladroitement une pierre qui fit un ricochet de côté, et écrasa dans sa chute une poule qui appartenait à une pauvre femme. Celle-ci, sortant de sa maison, vit le coup, poussa des cris plaintifs, et rassembla une foule do voisins. Le jeune homme attesta humblement et avec serment que la chose était arrivée par hasard, et il offrit raisonnablement pour la poule morte la valeur de la poule, et pour Toffense deux fois plus. Mais cette méchante femme refusa tout, et insista pour avoir une vengeance plus profitable. Alors un sergent de Guillaume de Valence, homme brutal et à qui le pouvoir de son maître donnait de Taudace, saisit ce jeune homme innocent, le fit garrotter trèsétroitement, etlejetadans une prison où il expira au bout de quelques jours^ succombant sous le poids démesuré de ses chaînes. Cependant le prêtre ayant convoqué les voisins, et ayant reconnu Pinnocence de ce jeune homme, enterra dans le cimetière, après avoir célébré la cérémonie tellement quellement, ce pauvre corps qui depuis deux jours était jeté sur le fumier, et commençait à être fétide. Il arriva qu'au bout de trois jours Guillaume de Bussy passa par là : apprenant ce qui s'était passé, il ordonna que ce corps, qui depuis quatre jours était fétide, fût tiré hors du cimetière, et suspendu à la potence. Toutes ces cruautés, et des cruautés semblables, furent exercées sans jugement, mais non sans vengeance de la part du Seigneur. Or, la femme du mort ayant porté

plainte ik ce crime, en poursuit la punition en justice, et le souverain ju^e pèse maintenant les actions de ce juge très-pervers, pour le frapper d'une perdition [éternelle].

Cette même année, vers les calendes de mars, le seigneur Guillaume de Horton, moine et camérier de l'église de Saint-Albans, revint des pays les plus reculés de l'Ecosse où il avait entrepris un laborieux voyage longtemps auparavant, c'est-à-dire vers la fête de sainte Catherine de Tannée précédente, sur Tordre du seigneur roi, d'après la provision des conseillers royaux, et avec la permission de Tabbé de Saint-Albans. En effet, il était chargé par le roi, la reine et les seigneurs d'Angleterre d'affaires importantes, mais secrètes, qu'il lui était enjoint de communiquer au roi, à la reine et aux seigneurs d*Écosse. Quand il fut arrivé dans ce pays, il y trouva le roi d'Ecosse, la reine et les seigneurs du royaume rassemblés en parlement, comme il le pouvait souhaiter. Ayant donc exposé la cause de sa venue, au nom du seigneur roi d'Angleterre, de la reine et des barons, il demanda très-instamment, en montrant ses lettres de créance et de faveur, que le seigneur roi d'Ecosse et la reine ne négligeassent pas de venir en Angleterre, pour y prendre connaissance et s'y occuper d'une affaire qui demandait avec urgence des négociations difficiles et secrètes. Comme Tassemblée lui opposait une foule de contradictions, d'empêchements et d'objections, Guillaume, persistant avec force dans sa demande, finit, après de IX. 5

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longues discussions , par amener prudemment les seigneurs écossaise donner leur assentiment comme il le désirait. Ayant donc remis entre les mains dudit Guillaume leurs lettres patentes scellées communément, tant du sceau du roi que des sceaux de tous les seigneurs d'Éco^se, et adressées au roi, et à tout le baronage d'Angleterre, ils consentirent de bon cœur à faire les volontés dudit roi, pourvu que le roi d'Angleterre et les seigneurs leur donnassent assurance formelle au sujet de l'écrit qui leur avait été fidèlement promis précédemment. Ils rédigèrent de plus des lettres de recommandation pressantes, adressées au seigneur roi d'Angleterre, à la reine et aux seigneurs du pays, au sujet de la diligence discrète et infatigable dont ledit Guillaume avait usé pour l'affaire qui lui avait été confiée. Aussitôt après son départ, ils envoyèrent en Angleterre leurs députés solennels, à savoir le comte de Buchan, maître <juillaume, chancelier, et le seigneur Alain, huissier [du palais], pour traiter plus pleinement de l'affaire susdite avec le roi d'Angleterre et son conseil. Ceuxci étant arrivés, et ayant eu une conférence avec ledit Guillaume, qui les avait devancés, ne laissèrent, en s'en retournant, aucun renseignement avéré et public sur l'affaire qu'ils avaient du expédier de concert avec le roi et l'assemblée générale du royaume. Vers le même temps, mourut Thomas, jadis comte de Flandre, qui avait extorqué à la simplicité du roi ^t de la reine tant de milliers de marcs sur leurs dépenses secrètes. Cet argent avait été perdu comme

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des semences jetées dans le sable, ainsi que tant d'autres richesses qui, livrées en pillage aux étrangers, avaient été tant de fois dispersées à la lésion et au dooîmage du royaume. Ce même Thomas, portant aussi atteinte sans motif à l'église du bienheureux Albans, lui causa d'énormes dommages, en suscitant impudemment la discorde entre elle et le roi. Ayant donc été empoisonné, à ce qu'on prétend, dans les pays d'outre-mer, il ferma les yeux à la lumière de ce monde pour aller recueillir le fruit de ses voies.

DÉPUTÉS ENVOYÉS PAR HeNRI 111 AU PARLEMENT DU

ROI DE France. — Les frères Prêcheurs s'établissent A Dunstable. — Troubles a Rome. — Faits divers. — Vers les calendes d'avril , d'après l'ordre et l'avis du seigneur roi d'Angleterre et de tout le baronage, les comtes de Clare et de Leicester, Jean Mansel , Pierre de Savoie et Robert Waleran se mirent en route pour passer la mer, et pour se rendre au grand parlement que le roi de France devait tenir en France, au sujet de plusieurs affaires importantes qui concernaient les royaumes de France et d'Angleterre, ils emportaient avec eux une charte du seigneur roi d'Angleterre , relative à la résignation de la Normandie, et des lettres de créance pour entrer en compo sition avec le roi de France et son conseil, au sujet des affaires depuis longtemps en litige entre les mêmes rois et leurs royaumes, et pour que les conventions précédentes, faites, ainsi qu'il a été dit, entre les députés spéciaux et très-habiles des mêmes

rois , restassent alfermies et inébranlables. Mais coname, à cause de la dispersion des mêmes députés, aucun bruit de ce qui s'est passé n'a publiquement transpiré, il n'est pas encore temps d'en parler dans ce H\re avec toute certitude*.

1 On voit ici qu'à cette époque (avril 4239) on ne connaissait encore rien de définitif au sujet des premières négociations ; nous allons en retracer riiistoire par ordre chronologique.

La trêve entre les deux rois avait été prorogée en 4248 et en 1255. Les négociations ponr convertir cette trêve en une paix durable prennent un caractère régulier au commencement de 4258.

1238. — 10 février. — Ratification de Richard, roi des Romains, et de Henri son fils, pour le traité à conclure.

Lundi après la Saint-Valentin (seconde quinzaine de février). — Pouvoir donné par Henri III à Hunfroy de Bohun, comte d'Héreford, connétable d'Angleterre, et à Guillaume de Forêt, comte d'Aumale, de jurer en son âme les articles en litige.

8 mai. — Pouvoir donné par Henri III à ses ambassadeurs pour faire la paix.

32^ et 24 mai. — Nouveaux pouvoirs donnés par Richard à son pro* cureur.

Mardi après la quinzaine de la Pentecôte (fift de mai). — Les articles sont accordés par saint Louis.

4er juin. — Acceptation des ambassadeurs anglais.

20 juin. — Ratification donnée par Richard et par son fils.

8 juillet. — Ratification faite par le procureur de Richard, sauf le droit de ce dernier et de son fils au comté d'Angoulême et à la succession d'Angleterre.

Première quinzaine de novembre. — Assemblée inutile de Cambrai. 4259. — Octave de la Purification ( commencement de février). — Parlement tenu à Londres.

9 février. — Pouvoir donné par Henri III, à Simon de Leicester et à ses collègues, de jurer ladite paix.

44 février (jour de saint Valentin). — La paix est acceptée dans le parlement.

1er avril. — Départ des ambassadeurs. Commencement d'octobre. — Assemblée d' Abbeville, conclusion définitive du traité.

Vers ce même temps, une maison et le manoir qui eu dépendait, à Dunstable, furent conférés charitablement aux frères Prêcheurs. Mais quelques-uns d'entre eux, à force d'instances, s'introduisirent secrètement dans le même lieu, à l'énorme détriment du prieur et du couvent de Dunstable, instruits qu'ils étaient par l'exemple des frères Mineurs, qui, ayant obtenu un manoir à Saint-Edmond, malgré l'abbé et le couvent du même lieu, avaient construit, à la grande lésion de cette maison, des demeures tellement somptueuses, que tous ceux qui les voyaient devaient être saisis de surprise de ce que de pauvres frères , qui avaient fait profession de pauvreté volontaire, pussent faire en aussi peu de temps d'aussi grandes dépenses. Donc les susdits frères, avec une violence soudaine et clandestine , élevèrent un autel et y célébrèrent solennellement les offices divins, sans attendre la permission de personne. Kn effet, ce qui leur donnait de l'audace, c'était la facilité avec laquelle ils avaient obtenu tous les privilèges qu'ils avaient voulu, et la protection très-puissante du cardinal frère Hugues. De jour en jour ils bâtissaient de nouveaux édifices, et parvenaient, en peu de temps, 5 augmenter leurs possessions an grand dé-

-15 ou 46 octobre ( lundi avant la Saint-Luc ). — Le traité est juré à Londres, sur l'âme du roi d'Angleterre et en sa présence, par ses fiis Edouard et Edmond .

Même jour. — Confirmation et approbation de la paix par les prélats ot barons d'Angleterre.

( Voij. LE PÈRE Daniel. — Mati . Parts , passim , et en particulier, DiiTlLLEï, Recueil des traités. )

70 mmï m.

Iriiiient de ia maison de Dunstable, en se faisant conférer, par plusieurs, les lieux circonvoisins sur lesquels le prieur et le couvent devaient percevoir des revenus. Plus les Prêcheurs s'agrandissaient en édifices et en vastes terrains, plus le prieur et le couvent étaient resserrés dans leurs biens et dans leurs droits, parce qu'ils se trouvaient maintenant frustrés des revenus qu'ils avaient coutume de tirer des mesnages* conférés aux frères Prêcheurs, et parce que ces frères, arrivés tout récemment, usurpaient complètement, parleurs prédications urgentes, les offrandes qui d'ordinaire étaient données à la communauté.

Celte même année aussi, à savoir pendant la première quinzaine du carême, mourut la comtesse de Boulogne ^ par la tyrannie de laquelle, peu d'an-

* Terme fort usité au moyen âge, pour désigner la maison d'un chef de famille avec cours, jardins, étables, colombiers et dépendances. Dans les lois d'Ecosse, il signifiait la demeure d'un baron ou de tout autre seigneur d'un manoir, et équivalait à ce dernier terme. Mesnagium n'a point laisse de trace dans la langue anglaise, en français il forma longtemps mesnilj et nous l'avons conservé, mais seulement dans le sens de mobilier qu'il avait aussi dans l'origine.

2]Nous ne pouvons nous expliquer ce paragraphe^ les termes du texte semblent s'appliquer à la comtesse de Flandre Marguerite. Mais cette princesse ne mourut qu'en -1275; d'autres disent en \2S0. S'il s'agit de la comtesse de Boulogne Mahaud, veuve en premières noces de Renaud de Daramartin, et répudiée ensuite par le roi de Portugal, Alphonse III, Ducange a prouvé qu'elle mourut avant 1258. D'ailleurs, pourquoi cette invective? Il n'est question d'elle en aucun endroit de Matt. Paris. Enfin, si on lit Lovaniœ au lieu de Hononiœ^ conformément à la correction indiquée à la pag. 475 du vol. précédent, cette allusion à Sophie de Thuringc est également sans valeur, puisque cette princesse mourut en 1275.

nées auparavant, tant de milliers d'hommes avaient péri pari'épée ; et elle alla recueillir, selon ses mérites, les fruits de ses œuvres.

A cette époque, les tours de la ville de Rome ayant été démolies et renversées , les Romains se rassemblèrent avec indignation et fureur, et se nommèrent deux nouveaux sénateurs qui formèrent une nombreuse armée composée du moyen peuple de Rome, se soulevèrent contre le sénateur nouvellement créé, à savoir Tonde de Brancaléon, et Tassiégèrent dans un château de Rome pour le couper en morceaux s'ils parvenaient à le prendre. Cependant ledit sénateur, se fiant dans le serment de fidélité qu'on lui avait prêté et dans les otages qu'il tenait en garde dans la ville dont il était natif, c'està-dire à Bologne, se défendit vaillamment pour ne dévier ni ne rétrograder de la noblesse de son neveu et prédécesseur. C'est ainsi que Rome se rongeait elle-même, et consumait en grande partie ses forces contre elle-même.

Dans ce même carême, une très-grave querelle «éleva à Oxford et à Cambridge, parce que les clercs avaient enlevé de force un condamné à mort qui était enfermé dans une prison, après avoir brisé ses fers et les portes de son cachot, et l'avaient entraîné dans une église pour qu'il y trouvât un asile. De plus, l'université de Paris n'était pas médiocrement troublée par les Prêcheurs et les Mineurs. En effet, tant d'ordres divers apparaissaient dans le monde, que ceux-ci supplantaient-ceuxlà et réciproquement;

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et le peuple ne suftisait plus comme d'ordinaire à les soutenir par ses aumônes plébéiennes.

Querelle entre les comtes de Glocester et de Leicester. — La paix entre le roi de France et le roi d Angleterre est différée. — Combat entre les Templiers et les Hospitaliers. — Le pape travaille secrètement a donner l empire au roid'Allfmagne. — Peste générale. — Mort de Foulques, évêqle de Londres. — Condamnation de Gaultier de Scotenny. — Dans ces mêmes temps, tandis que Ton s'occupait avec diligence, pendant la suspension du parlement, de faire exécuter les statuts salutaires, des paroles injurieuses furent prononcées entre les comtes de Gloceslèr et de Leicester, en sorte que le comte de Leicester, outré de colère de ce que Fautre comte hésitait à poursuivre leur projet commun, se laissa entraîner à dire : « Je n'ai point souci de vivre ou (c de me trouver en rapport avec des hommes si chan- « géants et si trompeurs. En effet, n'avons-nous pas tt promis ensemble, et juré ensemble de poursuivre « Taffaire qui nous occupe?Et vous, seigneur comte M de Glocester, plus vous êtes élevé au-dessus de « tous, plus vous êtes obligé à l'exécution de ces start tuts salutaires. » Bientôt après il quitta l'Angleterre. Lorsque le comte d Hereford, les autres seigneurs et leurs collègues eurent appris cela, ils tirent savoir au comte de Glocester que le comte de Leicester, éloigné par lui, devait être rappelé au plus tôt, et que, loin de le provoquer par de pareilles injures,

il fallait 1 apaiser pour qu'il revînt siéger au milieu des ligués ; que, de plus, ledit comte de Glocester exécutant fidèlement ses statuts et ses serments, y acquiescerait, et corrigerait, selon eux, cequ'il y aurait à réformer dans ses terres. A cette nouvelle, ledit comte, craignant pour lui, envoya dans toute l'étendue de ses terres son sénéchal Herwene, pour y faire observer le droit tel qu'il avait été statué et promis, et pour que toutes choses y fussent faites sans délai , selon la forme des nouvelles ordonnances. C'est ainsi que la tempête fut apaisée pour la plus grande partie. Quoique le comte de Leicester denieurât encore dans les pays d'outre-mer, cette réforme des abus fit cependant concevoir des espérances plus solides sur son retour qui devait causer tant de joie.

Sur ces entrefaites, la paix, qui devait se faire, comme on l'a vu plus haut, entre les rois de France et d'Angleterre par l'entremise des députés solennels, puissants et nombreux, dont nous avons donné les noms, éprouva un empêchement inopiné, au moment où on la croyait sur le point d'être conclue. En effet, la comtesse de Leicester ne consentit en aucune façon à renoncer à ses prétentions sur sa pari de la Normandie, province que le roi d'Angleterre devait résigner au roi de France , aux termes du traité proposé. Ce qui fit que le conite de Glocester lança comme des traits des paroles humiliantes au conite de Leicester. De son côté, le comte de Leicester repoussa ces paroles par des paroles acérées; ce qui

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aurait presque donné lieu à un combat sanglant, si des amis communs ne les eussent apaisés > de peur que les Français ne se réjouissent de cette discorde. C'est ainsi que les députés revinrent, sans avoir réussi à terminer cette affaire, au milieu des éclats de rire des Français '.

Vers le même temps aussi, à Acre, les Templiers, les frèresde Saint-Lazare et de Saint-Thomas, les Hospitaliers, leurs partisans dans la ville et les environs, et même les autres habitants, tels que les Génois et les Pisans, remplirent la Terre-Sainte de leurs discordes, et ceux sur qui I église avait coutume de compter comme sur ses défenseurs légitimes se montrèrent alors les destructeurs de la paix et d'euxmêmes, ainsi que les plus cruels exterminateurs de ladite église. En effet, les Hospitaliers se soulevèrent unanimement contre les Templiers, au sujet d'une dissension mortelle qui s'était élevée entre eux, les massacrèrent jusqu'au dernier, à ce qu'on prétend, non sans avoir perdu une grande partie des leurs, ^n sorte que du côté des Templiers il ne resta plus

* Nous pensons qu'il y a un déplacement chronologique entre les deux paragraphes, et qu'il faut lire celui que nous annotons avant le précédant. Simon de Leicester est parti avec ses collègues. Les prétentions de sa femme entravent la conclusion du traité ; ce qui motive les reproches du comte de Glocester. Les deux rivaux reviennent en Angleterre, ft, en traitant des affaires de ce pays, la dispute se rallume. Simon repasse en France et met la dernière main au traité, en le confirmant en son nom et au nom de sa femme. La renonciation d'Eléonor, sœur de Henri 111, à tous les droits qu'elle pourrait avoir en Normandie, en Anjou, en Tourainc, dans le Maine et dans le Poitou, est datée du jeudi iiprès la Saint-André <239 (premiers jours de décembre ).

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un seul chevalier, à ce qu'on assure; tandis que les Hospitaliers survivants étaient encore nombreux. Jamais si grand et si lamentable carnage n'avait eu lieu entre des chrétiens, principalement entre des religieux. C'est pourquoi tous les autres Templiers demeurant en Terre-Sainte, s'étant réunis en conseil dans ces circonstances pressantes, firent savoir en toute hâte, selon le bruit qui courut, aux frères de leur ordre, tous tant qu'ils étaient, lesquels habitaient dans les maisons de l'ordre répandues en tous pays, qu'ils laissassent les gardiens nécessaires à chaque maison, et qu'ils accourussent tous à l'envi en Terre-Sainte, sans prétexter aucun délai ni aucune excuse, tant pour remplir et restaurer quelque peu leurs maisons devenues vides à Acre et aux environs par la mort d'une foule de leurs frères, que pour tirer à main armée une vengeance terrible des Hospitaliers. Aussi redoutait-on grandement dans le monde entier, que la paix et la stabilité de la chrétienté ne dépérissent en grande partie à cause de la fureur intolérable de ces deux ordres, à moins que le Tout-Puissant n'envoyât quelque adoucissement à leur colère.

Sur ces entrefaites, pendant que le roi d'Allemagne demeurait en paix en Angleterre, les voies lui furent ouvertes pour recevoir librement Tempire. Or le seigneur pape préparait adroitement cette affaire en silence, afin de ne point paraître l'adversaire manifeste du roi d'Espagne. Mais le roi d'Allemagne, pour se précaulionner de trésors plus abondants, se tenait encore fort tranquille en Angleterre, attendant

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et se cachant, pour ainsi dire. Quant aux grands d'Angleterre, ils poursuivaient salutai rement Texécution des statuts, comme ils avaient commencé de le faire, s'inquiétant peu ou point du séjour ou de la promotion dudit roi ; et fortement confédérés, ils travaillaient avec assiduité à détruire complètement les mauvaises coutumes, les injustices et les abus de tout genre.

Cette même [année], au moment où le soleil monta au signe du Cancer, la peste et la mortalité vinrent frapper soudainement les hommes, en sorte qu'en une foule de lieux le nombre des morts était considérable, et qu'à Paris seulement plus de mille personnes furent descendues en terre. En effet, Thuile, le vin et les grains se gâtaient. Comme la faux * de la -mort qui n'épargne personne, tranche tantôt celuici, tantôt celui-là, en abattant également le pauvre et le riche, le seigneur Foulques, évêque de Londres, succomba aux atteintes de cette peste mortelle. C'était un homme noble et d'une grande illustration, qui aurait été l'ancre de tout le royaume, et le bouclier de la stabilité et de la défense, s'il n'eût chancelé peu de temps auparavant dans le soutien de la ligue des seigneurs pour les ordonnances communes. Enfin il fut enseveli solennellement dans l'église (le Saint-Paul de Londres, le jour de saint Urbain,

' Romphea mortis. Ce mot n'est point dans les glossaires. Nous proposons roncea^ en français ronde ^ terme qui désignait les faux «le combat.

comme le pasteur et le respectable père de celle éghse.

Dans cette même semaine, Gaultier de Scotenny , jadis sénéchal principal du comte de Glocester, après avoir été accusé, comme il a été dit, d'avoir donné des breuvages empoisonnés , et après avoir été pris et enfermé dans d'étroites prisons, dans trois comtés différents, mais principalement à Winchester, offrit de présenîer sa justification. Mais, ce qu'on ne peut dire ou apprendre sans pleurer, cela même qui lui faisait concevoir des espérances plus sûres de délivrance, fut cause pour lui d'une condamnation plus prompte, en faisant connaître la vérité. En effet, ceux qui furent requis par les juges de témoigner en justice de ce qu'ils savaient véridiquement à cet égard répondirent : <* Nous n'avons jamais su ou appris que « ledit Guillaume de Valence, ou aucun de ses frères, « se soit trouvé en rien le débiteur du même Gaultier; « mais ce que nous savons bien et véritablement , « c'est que le même Gaultier a reçu récemment du « susdit Guillaume une très-forte somme d'argent. « Or , nous avons pensé que c'était plutôt un salaire « donné par les mêmes exilés audit Gaultier , qui «» avait présenté une potion empoisonnée au comte « son seigneur, à Guillaume de Clare, frère du comte, « et à beaucoup d'autres, à qu'on ce prétend, et qui <( avait ainsi servi leur vengeance, que le paiement « d'aucune dette contractée ou stipuléepréalablement « entre eux. Ce qui nous a confirmés dans cette opi- « nion, c'est que Guillaume de Clare, se sentant em-

« poisoimé et sur le point de mourir, a dit publique- « ment : « Sachez tous indubitablement que c'est « Gaultier de Scotenny qui me livre aux griffes vo- (« races de la mort. » En entendant cela, les juges condamnèrent Gaultier^ comme convaincu de cette trahison : il fut traîné à Winchester, et pendu horriblement à la potence.

FIN DE LÀ liRÀNDE CBRONIQUK.

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