‹ Grande chronique; (volume 3)Chapitre 6 sur 59 · SUITE ET FIN DE HENRI III · texte numérisé non relu

SUITE ET FIN DE HENRI III

Séjour de Heniu III en France. —Derniers arrangements. — Fausse nouvelle de la mort de Conradin. — État de l'Angleterre. — Cette même année, le roi d'Angleterre Henri troisième depuis la conquête, étant dans la quarante-troisième année de son règne, passa la mer pour se rendre en France *, et demanda au roi de France la restitution des terres qui avaient été enlevées injustement à son père Jean et à lui par Philippe, aïeul du même roi de France, et par Louis sou père, et que le présent roi détenait outrageusement depuis cette époque. Mais les Fraii-

' Henri II [ ne passa en France qu'après la conclusion délinitive du traité, les serments avaient été échangés; il n'avait riejià réclamer et ne réclama rien. Le but de son voyage était de régler quelques intérêts d'argent et quelques questions en litige , et aussi de prêter hommage en qualité de duc de Guienne et de pair de France. Cet hommage fut prêté entre les mains de saint Louis par le roi d'Angleterre, dans le jardin du palais à Paris, le lundi avant la Saint-André ( fin de novembre ), selon Dutillet, le 4 décembre, selon l'abbé Choisy. Henri III n'ayant pu se loger au Louvre avec sa suite, demeurait à l'abbaye do Saint-Denis, où saint Louis allait souvent le visiter.

çais alléguèrent beaucoup d'objections contre le roi d'Angleterre, et prétendirent spécialement que l'antique donation de la Normandie n'avait pas été spontanée, mais avait été primitivement extorquée de force au roi de France, par le duc Rollon. Comme le roi n'avait pas assez de courage pour reconquérir ce qu'il avait perdu, ni assez d'argent pour payer une armée, comme surtout il voyait ses sujets prêts à s'insurger contre lui^ il accepta les conditions de paix suivantes, y étant en quelque façon forcé. Le roi de France devait conserver en paix le duché de Normandie et le comté d'Anjou , pour lesquels le roi de France payait au roi d'Angleterre trois cent mille livres petits tournois, et de plus il lui promettait la restitution de terres en Gascogne, valant vingt mille livres de revenus annuels \ Ce traité conclu, il renonça pleinement et purement à toutes les terres qui se trouvaient entre les mains du roi de France. Aussi désormais il abrégea l'intitulé de ses lettres et ne s'appela plus duc de Normandie ni comte d'Anjou.

* Saint Louis cédait aux Antjlais le Limousin , le Quercy et le Périgord, ainsi que TAgénois après la mort du comte et de la comtesse de Poitiers, au cas que ce pays , faute d'hoirs, revînt à la couronne de France; même stipulation pour la partie de la Saintonge, au delà de la Charente. (Voir le traité dans DuTILLET, pag. 475.)

Nous trouvons aussi que le roi de France s'engagea, par bonne caution, à payer en deux ans et à six termes la solde de cinq cents chevaliers; laquelle, évaluation faite par prud'hommes, s^éleva à cent trente quatre mille livres tournois , ce qui revient à peu près à la somme donnée dans le texte ; mais il no fut pas spécifié que c'était en dédommagement des provinces retenues par le roi de France.

Vers le même temps, Manfred , fils de Frédéric , se fit couronner roi de Sicile, sur la fausse nouvelle de la mort de son neveu Conradin\ Le pape Alexandre Tèxcommunia comme envahisseur du royaume et fauteur des Sarrasins, et, par son jugement et sa sentence, le priva de tout honneur et dignité.

Vers ce temps , par la sottise et Tincurie du roi, I^Angleterre était opprimée par la domination des Poitevins et des Romains, et principalement d'Athelraar, élu à Winchester; de Guillaume de Valence, frère utérin du roi ; de Pierre de Savoie, oncle de la reine, lesquels traitaient incivilement les religieux du royaume aussi bien que les autres séculiers. Si quelqu'un ayant souffert une injure venait demander justice au sénéchal dudit Guillaume, il en recevait la réponse suivante : « Si je te fais une injustice, qui « est-ce qui te fera droit? le seigneur roi veut tout c ce que veut mon seigneur, mais non point récipro- « quement. » C'est ainsi qu'ils ne témoignaient de déférence ni au roi, ni à aucun des seigneurs. De plus, à

* La date est fautive ( voir plus haut) ; mais le détail est exact. Matteo nous apprend en effet que la veuve de Conrad et le duc de Bavière, Henri son frère, envoyèrent une deputation pour annoncera Manfred queConradin, légitime héritier de Conrad, était encore vivant, pour redemander le royaume au nom de cet enfant, et pour solliciter la punition de ceux dont les discours mensongers avaient publié la mort du jeune roi, Manfred dans sa réponse ne voulut pas se dessaisir d'une couronne acquise par sa bravoure et par ses talents, et il fonda surtout son refus sur ce que la gente de lo Keame non haveriano comporiato di fare chiii signoreiare la natione Tudistha. ( Voir le texte des Diurn. et le comment, j)ar. 108 et 109.)

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cette époque, les Romains et leurs légats dominaient «n Angleterre, causant une foule de dommages, tant aux laïques qu'aux ecclésiastiques, au sujet des advocations des églises, et distribuant aux leurs, selon leur caprice et leur volonté , les amples bénéfices qui étaient vacants, se soulevant contre les évoques , les abbés et les autres religieux, et les enveloppant dans des sentences d'excommunication. Aussi arriva-l-il que les seigneurs, indignés de tant d'orgueil, entreprirent, quoique un peu tard, d'appliquer remède à ces maux, et forcèrent les étrangers à s'enfuir du loyaume , comme on le verra plus au long dans la suite* ; cependant tous les étrangers ne furent pas cbassés, mais principalement les Poitevins.

Faits divers. — Mort misérable d'un Juif. — Le

ROI SE REPENT DAVOIR ACCÉDÉ AUX STATUTS d'OxFORD. — DÉFAITE DES FLORENTINS. — GuERRE ENTRE LFS ROIS

DE Bohême et de Hongrie. — Retour sur les événements PRÉCÉDENTS. — L'an de grâce ^260, qui est la quarante-quatrième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le roi passa à Londres les fêtes de Noël avec une multitude d'étrangers ^.

* Le continuateur revient ici et plus bas sur un grand nombre de faits déjà connus. Il les place à des époques qui ne sont pas exactes, et introduit une grande confusion dans son récit. Il semble en quelque sorte vouloir préparer à ce qui doit suivre celui qui ne connaîtrait point Matthieu Paris. Nous relèverons les erreurs à mesure.

'^Il y a inexactitude dans la date et dans le fait. Henri 111 resta en France jusqu^aux fetes de Pâques 1260 , et açsista aux obsèques du flls âlné de «aint Louis.

ÎTÔ HENRI III.

— Cette même année, mourutle pape Alexandre, qui eut poursuccesseur Urbain IV, lequel étaitauparavant patriarche de Jérusalem*. Urbain, après son couronnement, mit en fuite, avec Taide des croisés, Tarmée des Romains que Manfred avait introduite dans le patrimoine de saint Pierre ^. Ce pape conféra le royaume de Sicile à Charles, frère du roi de France , et désormais les rois de Sicile commencèrent à porter les armoiries du roi de France; mais il lui conféra ce royaume, à condition qu^il en chasserait Manfred : ce qui fut fait.

Vers le même temps, à Tewkesbury, un Juif tomba dans les latrines; mais comme c'était jour de sabbat, il ne souffrit point qu'on Ten tirât, remettant la chose au lendemain dimanche, à cause du respect qu'il témoignait pour son sabbat. [Mais à cause de cela, -Richard de Clare, comte de Glocester, ne permit pas qu'on le tirât de là le dimanche.] C'est pourquoi il arriva que ce Juif mourut dans la pourriture. Cette année-là, une querelle s'éleva entre le roi et les seigneurs du royaume, au sujet des ordonnances rendue» dans le parlement tenu à Oxford, et que le roi n'observait pas ^, et surtout parce que le roi enrichissait et exaltait prodigalement et indiscrètement les

* Même remarque, Alexandre IV ne mourut qu'en 1261 , le jour de saint Urbain, 25 mai. Urbain IV monta sur le trône apostolique le 29 août de la même année.

2 Le fait dont il est ici question ne pent être placé qu'en i26î. Voir le commentaire au parag. \b\ de Matteo. — Charles d'Anjou appelé au royaume de Naples ( même année. ) I oy. plus bas pag. {05.

^ Observans. Nous lisons et traduisons Observatis.

étran^îers , qui n'étaient ni utiles au royaume, ni féaux. C'est pourquoi les seigneurs conjurés ensemble ordonnèrent à Guillaume de Valence et à ses complices d'évacuer TAngleterre pour n'y plus revenir, comme on le dira plus bas *.

Cependantle roi, qui avait juré, avec Edouard, son iils aîné, et avec tout le baronnage, d'observer inviolablement les provisions d'Oxford, se repentait d'avoir prêté ce serment; mais craignant quelque peu d'être accusé de parjure, il envoya secrètement des députés au pape , lui demandant qu'il le relevât de ce serment; ce que le pape lui accorda très-facilement.

Vers ce temps-là, les justiciers du roi d'Angleterre, qui sont appelés justiciers en tournée, furent envoyés à Hereford pour exécuter leur office; mais les principaux de ces pays refusèrent de les admettre, alléguant qu'ils étaient venus pour agir contre la teneur des provisions récemment faites à Oxford ; et par ainsi ils s'en revinrent sans avoir accompli leur mission.

A la même époque ^, les Florentins, qui s'étaient

1 Inexact quant à la date : nous ne faisons cette observation que ponr mémoire.

^ Ici le fait et la date sont exacts. La bataille de i^Ârbia ( 4 septembre 1260) fut en effet gagnée par les Siennois , grâce à un renfort de buit cents cavaliers allemands, que commandait le comte Giordano Lancia, oncle de Manfred, Giordano , maître de Florence , y établit pour vicaire, gibelin le comte Gui Novello, seigneur de Gasentino. Les Guelfes de Florence avaient mis sur pied jusqu^à soixante-dix mille hommes. Cette défaite est aussi connue sous le nom de bataille de Monteaperti. Elle avait été prédite par le cardinal f^lanc, aussi renommé comme astrologue que coinme médecin.

H8 HENRI l\\.

ligués pour renverser la ville deSienne, furent vaincus par les chevaliers de Manfred , et par le comte Jordano, qui favorisait le parti de Manfred. Leur ville fut prise et en partie détruite, et eux-mêmes furent soumis à la domination des Siennois et de Manfred.

Vers ce temps-là , un combat sanglant fut livré entre les rois de Hongrie et de Bohème, au sujet de quelques terres \ Les Hongrois y ayant été mis en fuite, un grand nombre d'entre eux furent égorgés par le glaive, mais un bien plus grand nombreuse noya dans le fleuve que les fuyards étaient obligés de traverser. Aussi le roi de Bohême étant entré dans le royaume de Hongrie , le roi de Hongrie restitua les terres usurpées, fit la paix, et affermit pour Ta venir Tamitié entre les deux peuples par Tentremise d'un , mariage.

^ Dans ce temps, Simon de Montfort, comte de Leicester; Richard de Clare, comte de Glocester; iNicolas, (ils de Jean ; Jean, fils de Geoffroi , et beaucoup de seigneurs leurs adhérents, se rassemblèrent à Oxford, suffisamment munis d'armes et de chevaux , et fermement résolus dans leurs cœurs ou

* Le roi de Bohême était alors le fameux Prémislas Ottokar li, qui fut l'adversaire de Rodolphe de Habsbourg, Vainqueur des Prussiens , il marcha contre le roi de Hongrie Béla IV, qui voulait lui disputer la Slyric. Prémislas chassa son ennemi de cette province, et remporta sur lui de nouveaux avantages dans la Moravie et dans l'Autriche, Cetteguerre fut en effet terminée par un traité de paix. .

" Mutuo plus ; nous lisons : multo plus.

' Les trois paragraphes qui vont suivre doivent être rapportés à l'année 1258. Jean, fils de Geoffroi, était mort en 1238, comme on a pu l« voir dans Matt, Paris,

0 mourir pour la paix de la patrie, ou à cliasser du pays les perturbateurs de la paix. Athclinar^ élu à Winchester, Guillaume de Valence, et les autres Poitevins et étrangers s'étaient aussi rendus au lieu susdit, entourés d'une troupe nombreuse de satellites et de partisans. Mais comme les seigneurs voulaient les citera comparaître en justice pour leurs méfaits, et leur faire jurer communément avec eux l'observation des provisions faites pour Futilité du royaume, comme d'ailleurs les étrangers se sentaient inférieurs en courage et redoutaient de subir un jugement, ils s'enfuirent de nuit au château de Winchelsey '. Les barons, s'élanl mis à leur poursuite , les forcèrent à rendre le chateau et à sortir sur-le-champ du royaume.

Cependant les seigneurs, craignant que Télu à Winchester ^, s'il se rendait à Rome , n'obtînt sa promotion à force d argent et ne devînt ainsi plus puissant pour nuire, envoyèrent quatre chevaliers assez éloquents, qui devaient montrer une lettre revêtue de leurs sceaux, au pape et aux cardinaux. Dans cette lettre étaient mentionnés les crimes qu'avaient commis le susdit élu et ses frères, en homicides, rapines, injustices et oppressions de tout genre, dont ils avaient accablé et écrasé le peuple du pays.

^ Wilneseya (texte ftrc). Matthieu Paris a dit Winchester. Faisons remarquer que Lingard donne Wolvesham.

- Adhcinar de la Marche mourut à Paris vers la fin de l'année 1238,

1 Voij. Fleurv, Hist, ecclés., tom. XVII.) Matt. Paris, au commencement de 1250, ignorait probablement ce fait qu'il n'eftt pas manqué de mentionner.

90 IlEÎNKl 111.

De plus, les susdits seigneurs mandèreiit aux religieux qui tenaient à ferme les églises des Romains, qu'ils ne devaient pas leur rendre compte de leurs fermes, mais qu'ils devaient remettre lesdites fermes et les revenus entre les mains des procurateurs des seigneurs, au jour et au lieu assignés par les barons; S'ils agissaient autrement, leurs biens seraient livrés aux flammes, et ils n'en courraient pas moins euxmêmes dans leurs personnes le péril qui menaçait les Romains. Ils adressèrent la même injonction aux évêques, pour que nul ne se mêlât de recevoir, au nom des Romains , les revenus de ces étrangers, sous la peine qu'on vient de voir. Par cette provision des barons, l'Angleterre fut délivrée des exacteurs pendant près de trois ans, jusqu'à ce que le même Simon de Montfort eut succombé à la mort, couronné du martyre, à ce qu'on croit ■.

* Pour combler aussi brièvement que possible les nombreuses lacunes du texte, nous allons retracer chronologiquement la suite des faits, d'après les meilleurs historiens anglais.

Fin de 1239. — Pétition des chevaliers bacheliers qui prient le conseil de hâter la réformation. — Publication d'un projet de réforme dont les principaux objets sont de défendre les tenanciers inférieurs contre l'oppression de leurs seigneurs, et d'épurer l'administration de la justice.— Départ de Leicester.

1260. — l^r mai. Parlement de Londres. — Attitude menaçante des barons. — Pacification spécieuse conclue sous les auspices du roi des Romains.

126! . — 2 février. Dissensions des barons. — Henri se résout à ressaisir l'autorité. Son discours et ses reproches dans le conseil. — Il s'empare du trésor de Londres et maintient la ville. — On s'en remet à la décision d'Edouard, alors en France. — Juin. Le roi est relevé de son

Henri III se prépare a la guerre. — Il est absous DE SOIN SERMENT. —Négociations infructueuses.^ — Retour d'Edouard. — Les Francs chassés de Constantinople. — Coup d'oeil sur cette année. —L'an de grâce >I261, qui est la quarante-cinquième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le même roi aux fêtes de Noël se trouva à Londres, dans la tour avec la reine. Or, il était détourné, par les méchants conseils de quelques-uns, des conventions faites avec les seigneurs, et il songeait à manifester publiquement le ressentiment qu'il éprouvait. C'est pourquoi il s'enferma dans la tour, fit rompre

serment par le pape. — 8 juillet. Il change les officiers de sa maison.

— 5 août. Proclamation royale. — 6 décembre. Première entrevue entre les parties. — Les barons accèdent au plan de paciflcation proposé par le roi.

4262. — 2 février. Deuxième entrevue. On y propose la médiation du roi de France et du roi des Romains. — Avril. Troisième entrevue. Le roi sanctionne quelques-uns des articles. — 2 mai. Nouveau départ de Leicester. — Nouvelle proclamation royale, — 5 octobre. Départ de Henri pour la France. — Retour de Leicester. — La ligue se resserre par Tadhésion de Gilbert de Clare.

4265. — 10 mars. Retour de Henri qui se fait prêter serment de fidélité par les citoyens de Londres et les cinq ports. — Les barons s'assemblent en armes à Oxford. — 23 avril. Commencement des hostilités.

— M juillet. Edouard se retire à Windsor. — La reine est insultée. -r Médiation du roi des Romains. — Henri cède à la force et revient à Westminster. — Nouvelles réclamations des ligueurs. — 9 septembre, 44 octobre. Parlements successifs et inutiles. — Nouvelles hostilités. — Leicester est introduit dans Londres par le peuple, — Du 44 décembre 4205 au 25 janvier 4264. Jugement de s^Mnt Louis.

4264. — Février. Renouvellement de la guerre civile.— Puissance de Leicester. - 54 mars. Massacre des Juifs et cruautés des barons. — Guerre ouverte. — 44 mai. Bataille de Lewes.

n HENRI m.

les serrures qui gardaient un trésor déposé depuis fort longtemps en ce lieu, et distribua cet argent sans utilité; il loua, de plus, des ouvriers pour réparer et fortifier la même tour, dans les endroits les jdus pro|)ices. 11 ordonna aussi que la ville de Londres fût garnie, à toutes les portes de son enceinte , de serrures et de barrières; puis , ayant convoqué tous les habitants de la ville depuis douze ans et audessus, il leur fit jurer à tous qu'ils lui tiendraient fidélité, et fit proclamer, par la voix du héraut, que tous ceux qui voulaient combattre pour le service du roi n'avaient qu'à venir avec ardeur et seraient entretenus à ses frais. A ces nouvelles, les barons affluèrent de toutes parts avec de grandes troupes de guerriers ; mais ils logèrent hors des murs, parce qu'on leur refusa absolument des logements dans l'intérieur de la ville.

Vers ce temps-là, furent obtenues publiquement les lettres qui déliaient le roi et son fils Edouard des serments qu'ils avaient prêtés, comme nous l'avons dit. Edouard refusa de profiter de cette absolution , mais le roi persista dans son opiniâtreté. Les seigneurs, apprenant que le roi était absous de cette façon, lui envoyèrent des députés pour le prier humblement de vouloir bien observer inviolablement le serment prêté en commun , ajoutant que si quelque chose lui déplaisait, il n'avait qu'à leur en faire part et que cela serait corrigé. Mais le roi, n'acquiesçant nullement à cette demande, répondit d'un ton dur et menaçant , en disant que puisque eux-méme:?

ANNKE I2(îl. 95

avaient maïujué aux conventions , il ne s'y soumet^ trait plus; mais que désormais chacun devait pourvoir à défendre ses propres prétentions. Enfin, par Ja médiation de quelques-uns, on resta d'accord que deux personnes seraient choisies, Tune au nom du roi, l'autre au nom des barons; que ces deux personnes s'adjoindraient une troisième, et que ces trois, entendant les plaintes des deux partis, établiraient une paix solide des deux côtés. Mais on convint de laisser la présente affaire en suspens jusqu'à l'arrivée d'Edouard , qui se trouvait alors dans les pays d'outre-mer.

Edouard, apprenant cela dans les contrées lointaines où il était, revint aussitôt en Angleterre, pour que la paix ne fût pas différée à cause de son absence, et amena avec lui Guillaume de Valence, récemment chassé du royaume, lequel ne put obtenir entrée en ce moment, avant d'avoir prêté serment d'obéir en tous points à la provision des barons, et de répondre humblement, si besoin était, aux plaintes qui pourraient être déposées contre lui. Or, quand Edouard fut arrivé et qu'il fut instruit des mauvais conseils que suivait le roi , il entra fort en colère et se dispensa de paraître devant son père, se joignant aux barons sur ce point, ainsi qu'il l'avait juré, et une conjuration fut faite entre eux, dans le but de s'emparer des mauvais conseillers et de leurs fauteurs, et de les éloigner du roi autant que faire se pourrait. Le roi, pressentant cela, se retira aussitôt dans la

<J4 HENRI ni.

tour (le Londres avec ses conseillers. Edouard, son fils , resta en dehors avec les seigneurs.

Cette année, Baudouin, encipereur des Grecs, fut chassé avec les Français et les Latins par les Grecs , qui étaient secondés par les Génois , en haine des Vénitiens\AinsilesGrecs, ayant recouvré le royaume, élevèrent à Fempire un des leurs qui s'appelait Paléologue.Quantà Baudouin, qui avait pris la fuite, il vécut exilé en France.

Ainsi se passa cette année redoutable pour l'Angleterre, pleine de soucis pour le roi et pour les barons, joyeuse pour les Grecs, funeste pour les Latins, médiocrement heureuse sous le rapport des fruits et de la température.

Le roi cherche a s'asscrer des places fortes. — Les

^ Per auxilium lanueusium et Venetorum (texte Air), ce qui est inadmissible; nous adoptons la variante in Odium Venetorum. Les deux républiques engagées dans leur première guerre navale, se disputaient l'empire de la mer et le commerce de l'Orient. Gènes s'allia avec les Grecs pour expulser les Vénitiens de Constantinople; et bien que les historiens grecs, honteux de ce secours étranger, gardent le silence à cet égard, le fait est prouvé par Jean Viltani et Guillaume de Nangis. Urbain IV menaça même de priver Gènes de son archevêché. Quand Alexis Stratégopule, général de.Michel Paléoiogue, eut pénétré dans Constantinople par le dévouement des volontaires (ôsXYijAaxaptoi) et la trahison d'un Grec de rintérieur, les marchands génois furent les premiers à prendre les armes, et à crier victoire et lo^igue vie à Michel et à Jean^ les augustes empereurs fies ï\omaîns. Ils reçurent en récompense le faubourg de Galata avec les immunités les plus étendues, et ne tardèrent pas à se rendre assez puissants, pour disputer aux empereurs grecs la possession de leur propre capitale. (V'o?/. DUCANGE, Hist, de C. P. Gibbon, chap. 61 et fi,".)

ANNÉE 4202. 9i>

BARONS S'OPPOSEIST A SES ENTREPRISES. — 1l SE RENFERME

DANS LA TOUR DE LoNDREs. — L'an de grâce ^2G2, qui estla quarante-sixième année du règne du roi Henri, le méine roi se trouva à Noël dans la tour de Londres avec la reine et ses conseillers, qui ne lui étaient ni utiles ni fidèles. Ceux-ci, craignant qu'on ne leur fît violence, se prémunirent et se retirèrent derrière les remparts de la tour. Mais enfin, par Tintervention de la reine , ils firent la paix à grand'peine avec quelques-uns des seigneurs, et ils se donnèrent réciproquement les baisers de paix. Cela fait, le seigneur roi se montra avec plus de confiance hors de la tour, et ayant laissé le seigneur Jean Mansel dans la tour, il se rendit à Douvres et entra dans le château, sans que Taccès de cette place lui eût été ni refusé ni offert. Ce fut alors que le roi comprit pour la première fois qu'il était circonvenu par de fausses déceptions, quand il vit que ce château, si soigneusement gardé et ravitaillé par les barons, lui était ouvert si facilement pour qu'il y entrât. Or, le roi confia la garde de ce château à Robert (?) Waleran, puis se rendit au château de Rochester et à quelques autres. Partout il trouva libre entrée et libre sortie, selon ses désirs.

Vers ce temps, le roi, se regardant comme en servitude, résolutderenoncerpubliquement aux promesses qu'il avait faites, puisqu'il était absous parle pape du serment qu'il avait prêté. Il parcourut donc audacieusement les cités et les châteaux , voulant posséder pleinement la domination de ces places et du royaume

entier, encouragé surtout qu'il était, parce que le roi de France, de concert avec les seigneurs français, lui avait déclaré et promis qu'il enverrait à son secours un nombreux corps de troupes \ Le roi étant donc venu à Winchester, priva de leurs offices le justicier et le chancelier institués naguère par le baronnage, et en créa de nouveaux d'après le bon plaisir de sa volonté. A cette nouvelle, les barons, prenant les armes, marchèrent avec toutes leurs forces sur Winchester. Jean Mansel, pressentant cela, alla secrètement trouver le roi, l'avertit du péril qu'il courait, et le décida à revenir en toute hâte se renfermer dans la tour de Londres. Ainsi se passa cette année assez abondante en fruits de la terre et en fruits des arbres, trompeuse et pleine de fraude pour les Anglais.

Louis IX arbitre eintre le roi d'Angleterre et ses BARONS. — Ceux-ci refusent de se soumettre a la décision DU roi de France. —Défection de Henri, fils du ROI d'Allemagne. — Commencement des hostilités. — L'an de grâce ^ 265, qui est la quarante-septième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le roi se trouva à Noël avec la reine et avec ses conseillers dans la tour de Londres. Vers ce temps, les pontifes du royaume d'Angleterre, aussi bien que les prélats du royaume de France, travaillèrent à réta-

• Ce renfort était déjà arrivé. Il était commandé par Guy de Châ- UJlon, comte de Saint-Pol.

blir la paix entre le roi d'Angleterre et ses barons. On s'arrêta à convenir que le roi et les seigneurs se soumettraient à l'arbitrage du roi de France pour les susdites provisions d'Oxford, ainsi qu'au sujet des déprédations et dommages faits et soufferts par les deux partis.

Une foule presque innombrable de peuple s'étant donc rassemblée à Amiens, le lendemain de la Saint- Vincent, le roi de France Louis, en présence des évéques et des comtes, et des autres grands de France, rendit solennellement sa sentence en faveur du roi d'Angleterre contre les barons. Les statuts, provisions , ordonnances et obligations d'Oxford furent absolument annulés; toutefois le roi de France, par cette sentence, n'entendait déroger complètement en rien à l'antique cbarte concédée à l'universalité du royaume par le roi d'Angleterre Jean V. Aussi cette exception confirma le comte de Leicester et les autres, qui savaient interpréter habilement les choses, dans le ferme propos de maintenir les statuts d'Oxford, qui avaient celte même charte pour fondement. Dans ce temps, le prince de Galles Léolin, adversaire du roi d'Angleterre, commit des massacres et des rapines sur les terres d'Edouard, fils du roi Henri.'

' Louis IX, appuyé sur la Bible el le droit romain, décidait ainsi quUi fallait obéir aux puissances ; ces deux influences, celle du clergé et des légistes, le préoccupaient de l'idée du droit absolu de la royauté, et il sortait delà réserve qu'il s'était jusqu'alors imposée; il venait d'accepter un royaume pour son frère. Or cette sentence arbitrale ne tranchait pas la question, et la remarque de Uish.inger est fort juste.

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