‹ Grande chronique; (volume 3)Chapitre 7 sur 59 · IX · texte numérisé non relu

IX

[Dans les mêmes jours, Philippe , fils du roi de France, reçut pour femme Isabelle, fille du roi d'Aragon *. A la même époque, le pape Urbain inscrivit au catalogue des saints le bienheureux Richard [évêque] de Chicester ^.]

Vers ce temps, revinrent de France ceux qui avaient assisté au parlement du roi de France , à savoir : le roi d'Angleterre Henri, la reine Alienor, l'archevêque de Cantorbéry Boniface, Pierre, évêque de Hereford, et Jean Mansel, qui tous ne cessaient de machiner contre les barons autant de maux qu'ils le pouvaient. Or, depuis cette époque s'éleva une nouvelle erreur pire que la première. En effet, beaucoup de seigneurs parjures renoncèrent à la fidélité qu'ils devaient au comte de Leicester qui combattait pour la justice. Henri, fils du roi d'Allemagne, ayant reçu Thonneur de Tikhelqui lui avait été conféré par le seigneur Edouard, fils du roi, vint trouver

* Ce mariage est du mois de mai 4262, à Clermont en Auvergne. Les premiers accords avaient eu lieu en \ 258 à Corbeil , Philippe n'étant encore que fils puîné. Par le traité conclu à cette époque avec le roi d'Aragon , Louis IX renonça à la suzeraineté que la France avait retenue sur le Roussillon et le comté de Barcelone. Jayme 1er céda tous les droits qu'il prétendait sur Narbonne, Nîmes, Alby, Foix , Cahors et autres terres de Languedoc mouvantes en arrière-fief de la couronne de France, ainsi qu'aux droits qu'il avait en Provence sur les comtés de Forcalquier et d'Arles et sur la ville de Marseille ; mais il conserva la baronnie de Montpellier. Louis IX assigna à sa belle-fille quinze cents livres de rente pour son douaire, qui devait être augmenté jusqu'à six mille livres, si Philippe parvenait à la couronne.

^ Intercalation fournie parle manuscrit de Saint-James. Les deux faits qu'elle mentionne trouvent ici leur véritable place.

le chef des ligués, et lui dit : « Seigneur comte, je « ne puis plus combattre davantage contre mou « père le roi d'Allemagne, contre mon oncle le roi « d'Angleterre et contre mes parents. Je me dépars « donc d'avec vous, au moyen du congé que je tiens « de votre bienveillance. Cependant je ne porterai « jamais les armes contre vous. » Le comte lui répondit sans se troubler : « Seigneur Henri, ce n'est « pas à cause de vos armes que je m'attriste, mais « à cause de l'inconstance que je vois en vous : allez « donc et revenez [comme il vous plaira] avec vos « armes; car je ne les crains en aucune façon. » Vers ce temps, Roger de Leyburne, Jean des Vallées, Aimon l'Estrange et plusieurs autres, aveuglés par les présents, renoncèrent à la fidélité qu'ils avaient jurée en commun au baronnage.

Vers ce temps, Roger de Mortemer, fauteur du parti du roi, se souleva contre le comte Simon, et mit au pillage ses terres et ses métairies. De son côté le comte, ayant fait alliance et amitié avec Léolin, prince de Galles, envoya de ce côté une belle armée qui envahit, détruisit et brûla les possessions dudit Roger. Vers ce temps, Edouard * assiégea et

* La conduite politique d^Édouard a besoin d'être éclairciej nous rétablissons les faits. Edouard prête serment le 12 juillet 1258. Il est forcé d'accepter, pour le gouvernement de la Guyenne , le contrôle de quatre réformateurs. Il persévère dans le parti de la ligue (1259), et est accusé par Ricbard de Glare de vouloir détrôner son père. Il se justifie et pasie en France, où il se signale dans les tournois ( 12G0). Appelé comme médiateur, il revient et se déclare de nouveau prêt à garder son

prit les châteaux de Hay et de Huntingdon, occupés par Humfroy de Bohun. Il s'empara aussi du château de Breknock, et donna en garde toutes ces conquêtes au susdit Roger. A cette même époque, Robert de Ferrières, comte de Derby, qui ne prenait parti ni pour le roi ni pour les barons, et qui, pour ainsi dire, ne pouvait être compté au nombre des barons, commit indistinctement de grands ravages. En effet, à la tête d'une forte armée, il s'empara de Worcester, y entra, y renversa la Juiverie \ pilla indifféremment les biens des religieux et des séculiers, détruisit les parcs du roi, et fit plusieurs autres maux. Aussi plus tard il fut pris, accusé et enfermé à

serment , tout en blâmant les statuts d^Oxford , comme attentatoires à l'autorité royale ( 1261 . ) Mais bientôt il accompagne son père à Bordeaux ( 1262) , y lève des troupes étrangères, et à son retour se déclare contre la ligue, en fortifiant ses châteaux et en enlevant une somme considérable déposée par les bourgeois au temple de Londres (1263). Il est assiégé dans le château de Bristol par les habitants de la ville , trompe l'évéque de Worcester en s'annonçant comme l'ami des barons; mais il est arrêté par Leicester à Kingston, et obligé de rendre V^indsor pour se tirer de ses mains. Le jugement de saint Louis lui permet ensuite d'agir sans déguisement.

* Il força de plus les Juifs dépouillés à recevoir le baptême. Au reste, cette persécution était alors générale. Le comte de Glocester fit aussi massacrer les Juifs à Gantorbéry. A Londres, Hugues le Dépensier (Despencer) les abandonna au fanatisme de la populace. Gock-ben- Abraham, que l'on regardait comme le personnage le plus riche de tout le royaume, fut égorgé de sang-froid par Jean Fitz Jean , qui partagea , dit-on , les dépouilles avec Leicester. On prétendit, pour justifier de pareils actes, que les Juifs étaient attachés au roi, qu'ils possédaient le feu grégeois, qu'ils avaient de fausses clefs pour ouvrir les portes des villes , qu'ils avaient pratiqué des souterrains qui conduisaient de leurs maisons hors des murailles, etc.

Londres dans une prison. Vers ce temps, Edouard, fils du roi, s'empara par ruse de Glocester et du château, et en haine des barons les força à racheter la ville pour mille livres.

Progrès des barons. — La reine est insoltée par la popdlace de londres. — conduite suspecte du prince Edouard. — Le comte de Leicester s'empare du chateau DE Windsor. — Ravages des Gallois. — Faits divers. — L'an de grâce 4264, qui est la quarante-huitième année du règne du roi Henri troisième depuis la conquête, le même roi passa les fêtes de Noël à Londres avec la reine, le roi d'Allemagne Richard et plusieurs autres. — Vers ce temps , Simon de Montfort, capitaine des barons, pillait les biens des partisans du roi et principalement de ceux qui, tenant à la reine par les liens du sang, avaient été introduits par elle en Angleterre, et qu'on appelait étrangers. Quelques seigneurs du parti des barons s'emparèrent de Tévêque d'Héreford, nommé Pierre et Bourguignon * de nation, qu'ils prirent dans son église cathédrale, le conduisirent au château d'Ordeley (?), et partagèrent entre eux son trésor par portions égales. Ensuite, sous la conduite de Simon de Montfort, une armée s'avança du côté de Glocester et assiégea le château pendant quatre jours. Les ligués firent prisonnier, sans beaucoup de peine, le gardien de ce château, Mattbieu de Résille, étranger,

' Matthieu Pôris a dit Prftvpn''al.

vaillant homme d'ailleurs et chevalier intrépide. Il fut conduit, comme Tévéque, au château d'Ordeley, pour être enfermé dans la même prison. Puis Tarmée marcha sur Worcester et sur Salop ou Shrewsbury, qui se rendirent sans difficulté, et dont elle prit possession. De là le comte partit avec Tarmée des barons, pour les pays de Test * du royaume. Il pénétra dans Tile d'Ély avec un nombreux corps de troupes, et subjugua toute cette contrée. Le roi et la reine demeuraient pendant ce temps à Londres. En ce moment Jean Mansel, clerc et conseiller trèsspécial du roi et de la reine, l'homme le plus riche du monde entier, à ce qu'on prétendait, s'enfuit de la tour et se cacha, redoutant la cruauté dés barons. Vers ce temps, Henri, fils du roi d'Allemagne, qui favorisait le parti du comte et des barons, fut pris par les satellites duroi^. Sur ces entrefaites, Edouard, fils du roi, arrivant des pays d'outre-mer, fortifia le château de Windsor, soutenu par les troupes étrangères qu'il avait ramenées avec lui peu de temps auparavant ^

Cependant le roi, crai^jnant de se voir resserré dans la tour par l'armée des barons, fit pour le mo-

* Australes partes\eal dire ordinairement contrées du midi ; mais la marche de Tarmée des barons autorise la traduction que nous adoptons,

* L'auteur l'a déjà représenté comme quittant le parti des ligués. Mais nous n'avons pas besoin de revenir sur l'étrange confusion de ce récit.

■' C'était un corps considérable d'aventuriers gascons. Il avait aussi vauîené en Angleterre ses oncles do la Miirchi-, si odieux à la nation.

meal la paix avec les barons par la iiiédiaiion de gens pusillanimes *, el promit d'observer les provisions d'Oxford. Mais la reine, dirigée par la malignité féminine, s'y opposa autant qu'elle le put. C'est pourquoi elle voulut se retirer au château de Windsor. Comme elle devait s'y rendre par la Tamise, elle monta sur une barque ; mais la multitude de la populace de la ville, rassemblée près du pont au-dessous duquel elle devait passer, Taccueillit à son approche par des clameurs confuses, l'accabla d'outrages et de malédictions, lui jeta de la boue et des pierres, et l'obligea à revenir dans la tour de Londres. Le traité de paix entre le roi, le comte de Leicester et les barons fut conclu aux conditions suivantes : qu'en premier lieu, Henri, fils du roi d'Allemagne, serait remis en liberté ; que tous les châteaux du roi, dans toute l'étendue de l'Angleterre, seraient livrés à la garde des barons; que les provisions d'Oxford seraient inviolablement observées ; que tous les étrangers évacueraient le royaume dans un laps de temps fixé^ à l'exception de ceux dont le commun assentiment du baronuage regarderait comme féal le séjour en Angleterre ; qu'enfin les indigènes féaux et utiles au royaume régleraient à l'avenir les affaires du royaume, sous la direction du roi.

Quelques jours après la conclusion de ce traité,

' Timuraiis^ dit le texte ; peut-être de gens timorés : c'est à-dire qiû rougissaient des progrès de CeXte guerre civile.

quelques chevaliers du parti du roi, nonobstant les conventions, les promesses et les serments, garnirent d'armes et de provisions en abondance le château de Windsor. Cependant Edouard, fils du roi, vint vers ce temps au château de Bristol, et une querelle s'étant élevée dans cette ville entre ses chevaliers et les bourgeois, ceux-ci se préparèrent à mettre le siège autour du château. Edouard, redoutant cela, fit venir Gaultier, évêque de Worcester, qui favorisait le parti des barons, demandant à pouvoir, sous la conduite de l'évéque, retourner en toute sécurité à la cour de son père, et promettant d'employer des efforts efficaces auprès du roi et de son conseil pour amener la paix; il partit donc avec Tévêque; mais quand il approcha du château de Windsor, il y entra. L'évéque, trouvant cette conduite suspecte, en fut très-chagriné.

Le comte Simon était alors en marche pour aller assiéger le château [de Windsor] (, lorsque Edouard vint le trouver auprès de la ville de Kingston, et lui offrit d'entrer en arrangement pour la paix. Mais le comte, se rendant à l'avis du susdit évêque Gaultier, rejeta les propositions d'Edouard, et sut l'arrêter et l'occuper quand il voulut retourner à Windsor. Par ce moyen, le château de Windsor fut rendu au comte Simon, qui accorda aux gardiens de ce château la libre faculté de se retirer où ils voudraient avec tous leurs hommes. Des sauf- conduits furent octroyés aux étrangers, et à ceux qui voulaient s'en retourner au delà de la mer. Vers ce temps, Lcolin, prince de

Galles, coiïfédéré avec le comte Simon, dévasta sur ces entrefaites le comté de Chester et la Marche, et détruisit deux châteaux appartenant à Edouard, ceux de Diffard et de Gannok, qu'il rasa jusqu'au sol. Après cela, un parlement fut convoqué à Londres; dans cette assemblée, plusieurs de ceux qui s'étaient d'abord attachés au parti du comte passèrent du côté du roi. Le principal d'entre eux fut Henri d'Allemagne, fils de Richard, roi d'Allemagne, et issu de son premier mariage. Aussi le pouvoir royal commença à reprendre quelque force. Ensuite le roi s'approcha de Douvres et s'efforça d'arracher ce château aux mains du comte ; mais, frustré dans son projet, il se retira.

Le pape donne a Charles d'Anjou le royaume de Sicile. — Le roi et ses partisans font prisonniers plusieurs barons dans le CHATEAU DE NORTHAMPTON.

Marche des deux armées. — Lettre des barons au roi, — RÉPONSES DE Henri 111 et de son frère Richard. — Le comte Charles fut élu sénateur perpétuel de la ville de Rome \ Le pape Urbain lui conféra le

* L'élection de Charles d'Anjou comme sénateur est du mois d'août 1265. Urbain IV, qui depuis longtemps traitait avec le comte de Provence, pour lui conférer le lief de Sicile, rompit toutes les négociations entamées par ses prédécesseurs avec Henri 111 , au nom de son fils Edouard. Agissant comme si la promesse d'investiture n'avait plus de valeur, puisque le Tassai de l'église n'exécutait pas la sienne, le pape se regarda comme libéré de tout engagement à partir du 25 avril I2C4 ; et se réservant la concession finale avec Tinvcstiture, il envoya le cardinal de Sainte-Cécile traiter, au nom de l'église, avec Charles d'Anjou et le roi Louis IX. I^a renonciation formelle de Henri 111 ne fut cependant don-

^06 HENUI III.

royaume de Sicile, jusqu'à son quatrième héritier, à condition qu'il enlèverait ce royaume à Manfred. Vers ce temps, le roi Henri, étant venu en personne à Oxford pour s'y mettre en prières, visita * le tombeau de sainte Frédeswitlie, ce qu'aucun des rois d'Angleterre ses prédécesseurs n'avait osé faire, et il ne redouta pas l'opinion superstitieuse de ceux qui pensent qu'il n'est point permis aux rois d'Angleterre d'entrer dans la ville, parce que cette vierge exerce contre eux une vieille vengeance. Son fils Edouard étant venu le rejoindre à Oxford, ils réunirent leurs armées et se disposèrent à repousser les barons par une attaque vigoureuse. Edouard commença par chasser d'Oxford le clergé ^, et pendant ce temps les habitants de Londres se saisirent des justiciers du roi et des barons de l'échiquier, qu'ils mirent en prison. Le roi avait alors avec lui d'illustres princes, Richard, roi d'Allemagne, son frère

née qu'en 1263 le 26 juin, pendant sa captivité, et adressée à Clément IV. Les pourparlers à la cour de France durèrent quelques mois. Charles, acceptant les conditions stipulées, promit d^enlrer à Rome avec son armée à la Saint-Michel de la même année ( 1264), mais il ne put partir qu'au printemps de i26o, et arriva par mer à Rome le 21 mai. Il y attendit jusqu'aux fêtes de Noël l'armée des Croisés, qui avait pris la route de terre sous les ordres de Gilles le Brun, connétable de France , de Philippe de Montfort et du jeune comte de Flandre Robert. Dans cet intervalle il eut à lutter contre Manfred qui , avec l'aide des Gibelins romains, tentait une nouvelle invasion sur les terres de l'église. (Voyez le commentaire sur Mattco, parag. 168, <75, 173.) Quant au traité dinvestilure, on le trouve dans tous les historiens.

* Rfiiiit; nous lisons adiii.

^ C'est-à-dire l'université.

germain, Edouard, son lils; Guillaume de Valence, son frère utérin, et des chevaliers très-illustres, tels que Jean Cumin, seigneur d'Ecosse, accompagné d'une multitude d'Écossais; Jean de Bailleul, seigneur de Galloway; Robert de Brus, seigneur d'Annandale *; Roger de Clifford^ Philippe Marmion, Jean des Vallées, Roger de Leyburne, Henri Percy, Philippe Basset, Roger de Mortemer. Il partit à la tête de cette armée, et assiégea la ville de Northampton. 11 y entra le dimanche de la Passion, par la brèche qui avait été pratiquée aux murailles, et y fît prisonniers quinze chevaliers bannerets; à savoir : Simon le jeune, Guillaume de Ferrières, Pierre de Monlfort, Baudouin Wake, Adam de Neufmarché, Roger Bertrand, Simon, hls de Simon, qui le premier avait levé l'étendard contre le roi; Bérenger de Waterville, Hugues Gubion, Thomas Mansel, Roger Boutevilain , Nicolas Wake , Robert de Norwinton, Philippe de Drieby, Rimbauld Pansenont, qu'il envoya tous dans divers châteaux, pour y être tenus sous bonne garde. Des chevaliers de moins grand renom y furent pris aussi au nombre d'environ quarante, ainsi que plusieurs écuyers.

De là le roi se dirigea vers Nottingham, dévastant partout les manoirs des barons, aussi bien par l'incendie que par Tépée, et le nombre des royalistes s'accrut grandement. A ces nouvelles, le comte Simon se rendit à Londres, et, îiyant préparé ses machines ,

< Dominum Rallis^ dit le texte. Nous adoptons la variante, (hmiuum vaJlis Anandiœ.

résolut de prendre d'assaut la ville de Rochester que Jean, conn te de Warenne, tenait alors et défendait. 11 s'était déjà emparé de la première porte ainsi que du pont, lorsqu'on vint annoncer à Simon et aux siens que le roi marchait sur Londres. Laissant donc le siège à cause de cela, ils revinrent en toute hâte à sa rencontre. Mais le roi, se détournant de la ville de Londres, alla prendre le château de Kingston qui appartenait au comte de Glocester, puis , s*acheminant vers Rochester, il mit en fuite ceux qui étaient restés au siège, et en tua un grand nombre. Ensuite il prit le château de Tunbridge, et dans ce château la comtesse de Glocester, à qui il permit cependant de se retirer en liberté, et ayant laissé une chevalerie convenable à la garde de Tunbridge, il passa à Winchelsey, où il admit à la paix les gardiens des ports; enfin, poussant plus loin, parvint jusqu'à Lew es \ Il y fut reçu dans le prieuré, et son fils dans le château. Pendant qu'il y demeurait, les barons lui écrivirent une lettre dont voici la teneur : « A leur très-excellent seigneur Henri, par la grâce deDieu, illustre roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc d'Aquitaine, ses barons et autres ses féaux, voulant garder à Dieu et à lui leur serment et leur fidélité, salut et soumission entière, avec l'honneur et le respect qu'ils lui doivent. L'expérience nous a maintes fois appris que quelques-uns de ceux qui

' Dans le comté de Sussex. Le prieuré de Lewes avait été fondé par le premier Guillaume de Warenne. ( Voir la table indicative des comtes à la fin du volume. I

VOUS approchent ne cessent de nous décrier, auprès de votre domination, par toute sorte de mensonges, nous faisant tout le mal qu'ils peuvent, aussi bien qu'à vous et à tout votre royaume. Que votre excellence sache que nous voulons conserver le salut et la santé de votre corps, de toutes nos forces et avec la fidélité qui vous est due, et que nous nous proposons de vexer, non-seulement nos ennemis, mais encore les vôtres et ceux de tout votre royaume, selon notre pouvoir, vous conjurant, s'il vous plaît, de ne pas ajouter foi à leurs discours. Pour nous, on nous trouvera toujours vos féaux, et nous, comte de Leicester et Gilbert de Clare*, avons, sur la demande des autres, apposé nos sceaux, en notre nom, à la présente lettre. Donné, etc. » Le roi, méprisant cette missive, souhaitait de tous ses désirs tenter l'événement d'une bataille; il récrivit donc aux barons une lettre de défi conçue dans les termes qui vont suivre :

« Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande, duc d'Aquitaine, à Simon de Montfort, à Gilbert de Clare et à leurs complices. La guerre et la perturbation générale causées depuis longtemps par vous dans notre royaume, les incendies et les autres dommages énormes que vous avez commis, font voir manifestement que vous ne nous gardez pas la fidélité qui nous est due, et que vous ne prenez en rien souci de la sécurité de notre corps. Vous en êtes

t Richard, comte de Glocester, était mort en 1262, et Gilbert, son fils et son successeur, avait embrassé le parti des ligués avec une nouvelle ardeur. ftO'^i

410 HENRI m.

si éloignés, que vous avez grevé énormément les seigneurs et les autres nos féaux attachés fermement à noire foi, et que vous vous proposez de les grever encore selon votre pouvoir, ainsi que vous nous le faites savoir par vos lettres. Or, nous regardons leurs griefs comme nos propres griefs, et leurs ennemis comme nos ennemis personnels. Aussi, comme principalement nos féaux susdits nous assistent puissamment contre votre infidélité, en nous gardant leur fidélité, nous n'avons point souci de votre fidélité ou de votre amitié, et nous défions les ennemis de nos bons serviteurs. Fait sous mes yeux, à Lewes, le douzième jour de mai, Tan quarante-huitième de notre règne. » Le roi d'Allemagne et Edouard, fils du roi, écrivirent aussi aux comtes susdits et à leurs adhérents, en ces termes, en leur nom et au nom des autres partisans du roi :

« Richard , par la grâce de Dieu, roi des Romains , toujours auguste; Edouard, fils aîné de Tillustre roi d'Angleterre, et tous autres barons et chevaliers attachés fermement au susdit roi d'Angleterre, par une foi sincère et de tous leurs biens, à Simon de Montfort, à Gilbert de Clare et à tous les complices de leur perfidie, en général et en particulier. — D'après vos lettres, que vous avez adressées à l'illustre roi d'Angleterre notre seigneur, nous avons compris que nous étions défiés par vous j mais ce défi verbal était peu nécessaire, puisque précédemment ce défi avait été prouvé par les faits, et mis en exécution contre nous à main armée par l'incendie de nos nos-

ANNÉE 1264. JJU

sessions, et par les ravages commis sur «os terres. Nous voulons donc que vous sachiez que nous, tous tant que nous sommes, en général et en particulier \ vous défions comme ennemis publics à titre d*ennemis, et vous déclarons que nous travaillerons désormais de toutes nos forces à vous faire du mal dans vos personnes et dans vos biens, partout où nous aurons faculté pour cela. Quant à ce que vous nous imposez à tort, que nous sommes infidèles au seigneur roi, et que nous ne lui donnons pas dé bons conseils, vous ne dites aucunement la vérité. Et si vous, seigneur Simon deMontfort, et vous, Gilbert declare, voulez soutenir cette fausseté dans la cour du seigneur roi, nous sommes prêts à vous procurer un sauf-conduit pour venir dans ladite cour, et à faire prouver la vérité de notre innocence et le mensonge de vous deux qui êtes des traîtres perfides , par un tenant qui soit votre pair en naissance et en dignité. Nous tous, nous contentons des sceaux du susdit seigneur, à savoir du seigneur roi des Romains et du seigneur Edouard. Donné. » Comme plus haut.

Nouvelles négociations inutiles. — Bataille de

LeWES. DÉFAITE ET CAPTIVITÉ DU ROI. — EdOUARD SE

CONSTITUE PRISONNIER. — DÉSOLATION DE l' ANGLETERRE.

Coup d'oeil sur l'année A 264 . — Or, les barons avaient envoyé au roi, comme médiateur de la paix, Henri*,

* Nous adoptons la variante pour ce membre de phrase. ' La table indicative du texte donne Henri de Sandwich. Le continuateur n'a pas fait mention jusqu'ici du successeur de Foulques Basset.

évêque do Londres, et Gaultier de Canteloup, évêque de Worcester, et avaient offert trente mille livres pour les dommages faits par eux dans le royaume, sauf en tous points les statuts d'Oxford. Mais le roi d'Allemagne, qui ne voulait en aucune façon entendre parler de paix, outré qu'il était de la plus violente indignation, parce que les barons s'étaient soulevés contre lui et avaient mis ses biens au pillage, empêcha pour le moment la conclusion de la paix par ses réclamations. Quand ceux qui avaient été envoyés furent revenus, ils déclarèrent que le parti de leurs adversaires ne voulait plus s'en rapporter qu'à la décision des armes. C'est pourquoi le comte Simon passa toute cette nuit-là sans dormir, et s'occupa, selon son habitude, d'offices divins et d'oraisons, exhortant les siens à faire des confessions pleines et entières. Gaultier de Canteloup, évêque de Worcester, octroya à tous l'absolution, et leur ordonna de combattre ce jour-là vigoureusement pour la justice, leur promettant que cela leur serait compté en rémission de leurs péchés, et que tous ceux qui mourraient pour cette cause entreraient dans le royaume céleste. L'armée, étant donc instruite que la bataille était imminente, sortit de grand matin, avantleleverdu soleil, de la ville de Fleching, où la plus grande partie des troupes avait passé toute la nuit. Cette ville était à une distance de six milles de la ville de Lewes. Avant qu'on se mît en marche, le comte Simon de Montfort ceignit le baudrier militaire à Gilbert de Clare.

ANNEE 1264. il 3

Lorsqu'on approcha de la ville de Lewes, el qu'on fut arrivé à un lieu qui en était éloigné de deux milles tout au plus, Simon, avec les siens, monta sur une eminence et y plaça son char au milieu des bagages et des bêtes de somme. ïl attacha très-fortement à ce char sa bannière, qu'il fît déployer dans les airs à dessein, et disposa à Tentour une troupe d hommes d'armes. Pour lui, avec son armée, il occupa les deux ailes, et attendit Tévénement. H avait aussi enfermé dans un [autre] char quatre habitants de Londres, qui, peu de temps auparavant, avaient conspiré pour le trahir, une nuit qu'il couchait à Soutwark. Or, il fit ces préparatifs par précaution. Ayant donc rangé sagement ses troupes en bataille, il leur ordonna de coudre, par-dessus leurs armes, des croix blanches sur la poitrine et sur le dos, afin qu'ils fussent reconnus par les ennemis, et qu'ils montrassent qu'ils combattaient pour la justice*. Ce même jour, au matin, l'armée des barons surprit tout à coup des partisans du roi qui étaient sortis pour chercher des vivres et des fourrages , et en mit un grand nombre à mort.

Le roi, étant donc averti de l'arrivée des barons, se mit bientôt en marche avec les siens, bannières déployées : on portait en tête l'enseigne royale qu'on

' « La veille de la bataille de Lewes, dit M. MicUelet, Leicester or- « doDna à chaque soldat de s'attacher une croix blanche sur la poitrine « et sur l'épaule, et d'employer le soir suivant à des actes de religion : « il voulait, comme son père, associer la religion à ses projets, el faire « de cette guerre une croisade, »

Page 1