INTRODUCTION
Au treizième siècle , la race germanique et chrétienne , la race sémitique et musulmane sont en présence des bords du Bosphore au pied des Pyrénées. Depuis cmq cents ans leur lutte est commencée. Propagé avec une incroyable rapidité , soutenu par les armes de tribus belliqueuses sans cesse accrues et renouvelées , Tislamisme s'est assis en Asie sur les ruines de Tempire d'Orieqt , a conquis TAfrique, asservi l'Espagne et partagé la Sicile.
Comme la vie se retire des extrémités vers le cœur , le christianisme s'est réfugié dans l'Europe. Sous son influence salutaire , les farouches destructeurs de la civilition romaine, Huns , Visigoths , Lombards, Francs ou
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Scandinaves , peuples nombreux et vaillants , sont demeutrhalres mais reconnaissent le lien sacré qm les ;;; ce Te^r rudesse même qui fait leur force. Tan- Ts nue dans les murs de Constantinople . les orgueilleux «ursdeJustinientremblentaumilieudeleurs Grecs
Srés, les Francs ont arrêté Abdérame dans sa mar- Tvlctoneuse; et quatre siècles plus tard, les nations cTorminiaues ont délivré le saint Sépulcre. 'T a vlx de Pierre l'Ermite , de saint Bernard et des nontifesromains, les croisades succèdent aux croisades; Te oTLdente, universelle, capable de tous les prod.- Is Ï^e les trésors, les populations et les guerriers de l'Europe, pour accomplir de grandes et sang antes e piations U L conquête matériellement improflUble dont le résultat éloigné demeure mconnu, et dont la iquence immédiate sera l'augmentation du ^uvorapostolique au détriment des princes séculiers. PU - Surs siècles encore doivent s'écouler dans ce confl. XUle. L'empire de Constantinople, momentanément aSue sous les croisés, ressaisi peu d'années âpre nar MtehelPaléologue, est destiné a recevoir les lois Z seteteurs du prophète; les rochers de Mal e et les ZTL Vienne seront les dernières limites de l'mvas.on
'Trcroisades, commencées par l'enthousiasme populaire prêchées par l'église, dirigées par elle, chan^rent «.adùdlemenlde nature et d'objet. A mesure que se refro.- SÏentLèleetl'espérancedeconserverlesconquetesde
tr l'inûuence pontificale appliquait Vactiv. e rehgiei. eStairedes nations catholiques à des expeditions dun Xt moins abstrait, d'abord contre des peuples «loîes e hérétiques, ensuite contre les ennem.s politiques
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du saiut-siége. Ce fut à regret que les papes approuvèrent les deux croisades de Louis IX ; le trésor des indulgences était prodigué aux champions de la puissance apostolique contre les souverains coupables de la méconnaître. Cette puissance était en effet arrivée à son apogée. Créée par Grégoire YII, qui réussit à lui donner une réalité formidable, étendue par Thabileté d'Alexandre 111 , elle avait reçu du génie d'Innocent III un développement inespéré. Ce grand homme, souverain ou protecteur de l'Italie, avait su mettre l'Europe entière à ses pieds, rendre ses vassaux la plupart des rois cathohques , et commander en même temps aux églises d'Orient et d'Occident. Tuteur d'un des princes les plus illustres de son siècle , distributeur de couronnes et du sceptre impérial qu'il donnait ou retirait à son gré , plus riche qu'aucun des princes chrétiens, sans armées, mais puissant par la domination morale qui lui était dévolue, Innocent III, par son étonnante activité, la fermeté de son esprit, la justesse et la sûreté de ses vues, réaUsant les projets de Grégoire VII, put se considérer comme le maître spirituel et temporel de l'Europe, le suzerain des suzerains, dernière expression de la constitution idéale du moyen âge et peutêtre aussi de la société catholique.
L'esprit profondément religieux des populations à cette époque peut seul expliquer comment furent vaincues tant de rébellions contre l'autorité des papes, inspirées par le sentiment d'un extrême péril , depuis l'empereur Henri IV jusqu'à Louis de Bavière. Appuyés sur un pouvoir supérieur à toutes les lois , élevés par la vénération publique au-dessus de la condition humaine , les papes avaient fondé leur droit canonique sur les fausses Décrétâtes d'Isidore et sur le recueil de Gratien complété par Grégoire IX. La
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faculté qu'ils s'étaient graduellement arrogée de lever des taxes sur le clergé et de disposer des bénéfices ecclésiastiques, les dispenses du vœu de croisade , les redevances payées par les rois vassaux de l'église, constituèrent leur trésor et subvinrent à leurs énormes dépenses ; l'Inquisition leur donna dans tous les pays des espions et des délateurs; elle leur fournit auprès des grands et du clergé des agents accrédités de persécution et d'un contrôle inexorable; ils trouvèrent dans les ordres mendiants des émissaires infatigables et gratuits , habiles à s'insinuer dans la confiance des princes. L'excommunication qui frappait les personnes , l'interdit qui atteignait les églises , les villes ou les états , leur donnaient la faculté de maîtriser les rois et de pousser les peuples à la révolte. En déliant les vassaux de leur serment , et en disposant des couronnes , ils ébranlèrent la hiérarchie féodale; mais cette atteinte hardie eut souvent des résultats trop funestes pour ne pas exciter la résistance des rois les plus dévoués à l'église : la sentence de Jean- sans-Terre et celle de Frédéric II produisirent la pragmatique sanction de Louis IX , et peu de temps après, les violences d'Anagni, que le successeur de Boniface VIII dut oublier au lieu de les punir.
La suprématie sacerdotale avait jeté ses racines dans le monde féodal ébauché par les Mérovingiens. Pépin et Charlemagne la reconnurent , Louis le Débonnaire s'humilia et se prosterna devant elle. Depuis Hildebrand, toute cette suprématie fut déposée dans la main des papes. Les églises et les monastères avaient perdu leur indépendance, les conciles provinciaux une partie de leur autorité. L'évêque de Rome grandit jusqu'à devenir une tète impérieuse dont les volontés communiquaient la vie et une force extraordinaire à la caste sacrée dont il était le chef. L'é-
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glise, essentiellement hiérarchique depuis les apôtres, n'avait pu se préserver de Torganisation féodale ; elle y trouva la cause de sa grandeur et l'occasion de sa ruine. Les papes s'étaient montrés intrépides et obstinés même dans la fuite et la défaite. Malgré toute leur fermeté, Henri II et Philippe-Auguste n'avaient pas échappé aux censures ; Frédéric II soutint une lutte prolongée où sa popularité, le dévouement des siens, ses talents, son courage , ne purent le garantir d'être déposé dans un concile solennel. Après lui, quelques années suffirent pour précipiter dans la tombe son fils Conrad , Manfred et l'infortuné Gonradin. La vengeance apostolique avait frappé jusqu'au dernier rejeton de l'arbre maudit ; TAllemagne, étonnée de tant de catastrophes, resta sans chef véritable jusqu'à l'élection de Rodolphe de Habsbourg.
Les conquérants de l'empire d'Occident avaient mis huit cents ans à effacer les institutions romaines; encore avaientelles été conservées dans quelques heux, pour jeter bientôt un nouvel éclat, en modifiant profondément la civihsation nouvelle. A la fin du douzième siècle celle-ci est encore concentrée dans l'Europe occidentale , tandis qu'à l'autre extrémité, des populations féroces et guerrières, idolâtres et barbares, s'entre-détruisent , souffrent ou végètent en attendant des lumières qui pourront les conduire vers un état meilleur. Encore ébranlé par les derniers ravages des Scandinaves et des Maures , l'ancien empire de Charlemagne s'est divisé en trois principales fractions : l'Allemagne , qui depuis Othon le Grand s'est approprié ritahe, source de tousses maux; la France, où l'habileté des Capétiens a créé une grande monarchie ; l'Angleterre, qui s'est subitenàent transformée sous la main tyranniqiie et conquérante de Guillaume le Bâtard.