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Autour de ces pays dont la régénération est la plus avancée , les contrées voisines s'éclairent graduellement , en adoptant la foi catholique et la constitution féodale. L'exemple des Normands a entraîné la conversion religieuse et politique de leurs frères les Norwégiens, les Suédois et les Danois. Ceux-ci , à leur tour , entraînés par l'exemple , le prosélytisme , l'ardeur guerrière ou l'intérêt , entreprennent, contre les nations idolâtres des bords delà Baltique, des croisades plus fructueuses que celles de la Terre- Sainte.
Sur les frontières de T Allemagne, l'ordre militaire des Chevaliers teutoniques appelle une autre croisade pour détruire les païens habitants de la Prusse, et leur substituer de nouvelles colonies. Déjà chrétiens , encore à demi sauvages , les Polonais , agités par les irréconciliables dissensions de leurs princes , succombent à l'invasion la plus formidable qui ait menacé l'Europe, depuis le temps d'Attila. Partis des frontières de la Chine sous le commandement de Tchinghiskhan , les Mongols inondent l'Asie de leur cavalerie innombrable. Chrétiens, idolâtres, musulmans, tout cède et fuit à leur approche. Aucune armée ne leur résiste , aucune soumission ne les désarme ; la Russie plie tout entière sous leur joug qu'elle subit pendant plus de deux siècles. L'intrépide et sauvage Hongrie expie, par un désastre épouvantable, la témérité de sa noblesse ; les Mongols ne s'arrêtent enfin qu'après avoir vu leur dernière attaque repoussée, près du Danube, par les Allemands sous les ordres des deux fils de Frédéric II, et retournent en arrière, laissant, depuis les rives de la Dalmatie et de l'Esclavonie, les traces longtemps ineffaçables de leur terrible passage,
Pendant que les peuples limitrophes de l'empire germa-
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nique amortissent le choc des barbares , au sud des Pyrénées, les vaUlants chrétiens deCastille, de Léon, d'Arragon et de Navarre repoussent graduellement les Maures vers le détroit. La bataille de Las-Navas-de-Tolosa décide la ruine des Almohades : depuis cette époque , les chrétiens restent les maîtres en Espagne , excepté dans le royaume de Grenade. Le même succès accompagne les armes de la dynastie française en Portugal ; aidés de leur courage, soutenus par l'autorité des papes, dont ils reconnaissent la suzeraineté, Alphonse Henriquez et ses fils commencent, avec le douzième siècle, leurs conquêtes qu'ils achèvent avant le milieu du treizième.
Ainsi , à travers de nombreux désastres et de cruelles dissensions, l'Europe occidentale, ramenée à une sorte d'unité, d'abord par la prépondérance de l'empire d'Allemagne , et plus tard par les croisades , est garantie contre les invasions des barbares, poursuit l'expulsion des musulmans sur son propre territoire, et les attaque jusqu'en Asie et en Afrique.
A la faveur d'événements si inattendus, un état social. que personne n'avait préparé ni prévu, s'est substitué aux sociétés romaine et germanique. De la combinaison des coutumes barbares avec le reste de la haute civilisation latine, est né un système qui s'est développé lentement et qui tend aussitôt à des transformations nouvelles. Depuis le douzième siècle, ce système embrasse et gouverne par des lois précises tous les individus, du plus grand au plus petit, de l'homme libre à l'esclave. Ce dernier, sous le nom de serf, soit qu'il ait vendu ou perdu sa liberté, soit qu'il descende de race gauloise ou de race germanique, est attaché à la glèbe et aux métiers ; il s'aliène avec le sol auquel il est fixé, et se transmet comme une chose. Au-dessus de lui, et
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l'exploitant à son profit, Thomme libre est presque toujours le vassal de quelque seigneur auquel il doit fidélité, service de cour et de guerre pour le fief qu'il en a reçu. A son tour, le seigneur doit à son vassal protection et assistance. Leurs obligations sont mutuelles , saintes , garanties par rbonneur et l'intérêt. Si tous les deux doivent à leurs serfs secours et aliments , s'ils peuvent composer avec eux pour leur affranchissement partiel ou définitif, le seigneur, sauf les aides et services fixés par la collation môme du fief, ne peut réclamer rien au delà et devient le tuteur vigilant des enfants de son vassal, le gardien de son épouse et de son manoir. Lui-même est aussi le vassal d'un suzerain encore plus puissant, qui dans l'origine a possédé le sol et l'a d'abord aliéné viagèrement , héréditairement ensuite, aux mêmes conditions. Ces engagements peuvent, dans toute la classe des hommes libres , être dissous par un consentement réciproque ou par forfaiture et félonie. Le fief vacant retourne alors à son seigneur immédiat , qui le conserve ou en investit un nouveau vassal. Car de ce système, il résulte qu'il n'y a nulle terre sans seigneur et nul seigneur sans terre , que le fief régit le fief et impose à quiconque l'occupe les obligations par lesquelles il est régi. Au seigneur appartient la justice, le droit de guerre privée , celui de monnayage ; ses revenus consistent dans les produits de ses domaines non inféodés, dans les tailles imposées à ses proprés serfs, dans les confiscations et amendes ordonnées par ses tribunaux , dans les péages , droits et exemptions qu'il fait lever à son profit, dans les aides que lui donnent ses vassaux , dans les lods et ventes qu'ils lui doivent pour les mutations de fief et le rachat ou droit de succession qu'il prélève sur leurs héritiers . Les rois eux-mêmes n'ont pas
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d'autres droits ni d'autres finances, et c'est comme chefsseigneurs c[u'ils possèdent leur couronne.
Cet état de choses découle du principe féodal ; déjà en vigueur, mais viager, sous Charlemagne , il a été complété par la faiblesse des Carolingiens , qui ont irrévocablement aliéné leurs domaines en rendant les fiefs héréditaires. Lorsque le roi n'a plus eu de fiefs à conférer, il s'est trouvé le plus pauvre des seigneurs, et le plus riche a saisi la couronne. Telle est l'origine du pouvoir royal dans la famille de Hugues Gapet. Ses successeurs, instruits par l'expérience, se gardèrent de tomber dans les mêmes fautes que ceux de Charlemagne.
Depuis les faibles et timides efforts de Phihppe P% on voit ses habiles descendants hâter l'émancipation des communes, aboUr les justices seigneuriales, et ajouter au fief de France toutes les réunions que le hasard favorise ou que leur habileté prépare. Au contraire, en Allemagne, où le pouvoir suprême est limité dès l'origine, les étals voulant eiflj;)êcher la ruine de la féodalité, maintiennent l'élection pour le trône impérial, et s'opposent à ce que les grands fiefs restent au delà d'un temps déterminé, sans être conférés à quelque nouveau vassal. En Angleterre, le partage est fait dès le jour de la conquête, entre le roi et les barons ; les réunions au domaine de la couronne ne peuvent avoir lieu, et dans leurs querelles avec les rois, les barons protègent les communes. De ces trois conditions différentes résulte, pour la France, l'abaissement des feudataires et l'agrandissement de l'autorité royale jusqu'à la puissance absolue; en Allemagne, Tégalité du droit de l'empereur avec celui des électeurs ; en Angleterre , la soumission du pouvoir monarchique à la tutelle de l'aristocratie.