XX INTRODUCTION
Le système féodal, malgré la régularité de son ensemble théorique, n^a jamais été réalisé absolument ou simultanément et sans entraves. Au moment où il dominait le plus généralement en Europe, ses vices radicaux se faisaient déjà sentir; les ennemis de son existence grandissaient auprès de lui ou dans son sein. Auprès de lui, et entourée de ses respects, s'élevait l'église qui, aspirant à slmmiscer dans les affaires temporelles, se faisait charger de dons, investir de fiefs, et qui, pauvre dans l'origine, obtint ensuite delà piété immodérée des empereurs, rois et seigneurs, la plus belle part du territoire européen, avec les plus larges Immunités, une juridiction séparée, une hiérarchie relevant seulement du saint- siège, et une autorité morale qui ne redoutait aucune censure. Les évêques et les abbés, plus tard les papes, profitèrent très- habilement de ces immenses avantages.
Au sein du système féodal croissait uïi ennemi moins puissant dans l'origine, mais plus durable que le clergé.
Depuis le temps de Louis le Gros, les #igneurs, appauvris par leurs querelles et surtout par les croisades, ont augmenté leurs ressources pécuniaires sans diminuer leurs revenus, en accordant à leurs serfs la faculté d'acheter l'affranchissement. En Italie, quelques villes délibèrent sur cette mesure, la considèrent comme politique et générale, la décrètent, et indemnisent les maîtres dépossédés; en Allemagne, la nécessité de repeupler les contrées désertées par des populations entières, croisées contre les Slaves , amène l'établissement des cultivateurs libres. Un peu plus tard, en France, Louis X supprimera le servage dans les domaines royaux , en proclamant comme un principe la liberté et l'égalité naturelles de tous les hommes. Los grandes communes des pays féodaux ont, au treizième
INTRODUCTION. xxi
siècle, maintenu , conquis ou acheté leur indépendance. Les villes marchandes des bords de la Baltique ont déjà formé cette confédération qui deviendra puissante sous le nom de ligue hanséatique; la faveur ou la pénurie des rois, les combinaisons politiques des empereurs, TafOuence des honmies émancipés , ont multiplié les communes affranchies, jusqu'au sein de la plus rigide féodalité. Ce système ainsi ébranlé penche vers sa ruine; elle va s'opérer graduellement, malgré la forte constitution hiérarchique du moyen âge , par l'effet des éléments destructeurs quMl n'a pu s'empêcher d'associer à sa maturité. L'ère purement guerrière et barbare approche de son terme ; celle du commerce, des sciences et des arls est née dans ces illustres républiques italiennes qui fixent tous les regards de l'Europe attentive, par leur éclat surprenant et leur prospérité trop passagère.
Nées d'elles-mêmes, durant les querelles des empereurs avec leurs vassaux ou avec les papes, ces républiques ont grandi à l'ombre de la protection pontificale. Richesse, population, courage militaire, union, chefs habiles et puissants, rien ne leur a manqué pour conquérir leur liberté. Les deux plus grands empereurs de la maison de Souabe ont vu leurs talents et leurs armées échouer devant la ligue de Lombardie. Depuis Milan jusqu'à Naples, s'élèvent de nombreuses cités fières de leur indépendance, dans toute l'activité et la fécondité de la jeunesse, produisant une foule de grands hommes, jurisconsultes profonds qui ressuscitent le droit romain, braves guerriers, orateurs et politiques intelligents, marins intrépides, poètes immortels , artistes dont les œuvres conservées jusqu'à nos jours attestent le génie comme la grandeur du temps dont ils nous retracent le splendide souvenir.