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Mais tandis que Venise, Gênes et Pise atteignent au faîte de la prospérité, en transportant les croisés, et en servant les rivalités des empereurs et des rois, tandis que le commerce enrichit Florence et les villes de Lombardie, les factions guelfe et gibeline entretiennent une continuelle guerre civile au sein des plus florissantes républiques. La noblesse y prend une part active; à Venise se fonde une aristocratie héréditaire ; les podestats , capitaines , et routiers des différentes villes, attendent ou préparent les occasions favorables pour s'emparer du pouvoir et le rendre despotique ; on voit apparaître des tyrans dont les cruautés surpassent ce que l'histoire a jusque-là raconté. Ainsi commence la chute de ces mémorables républiques, et se prépare leur transformation en petits états, qui, sous les ducs de Milan, de Toscane ou de Ferrare, auront aussi leur éclat, mêlé de terribles tragédies, auquel succédera la plus triste décadence, funeste précurseur de Tanéantissement politique.
Le treizième siècle nous montre encore d'autres républiques naissantes ; au nord de la France , les riches et puissantes communes de la Flandre, orgueilleuses et faisant sans crainte la guerre aux rois dont elles souffrent impatiemment le joug ; à Test , la Suisse , aussi pauvre que courageuse, prête à briser la chaîne de la maison d'Autriche; au midi, du pied des Pyrénées à celui des Alpes, on compte encore un grand nombre de villes libres se gouvernant par leurs propres lois, reste brillant et envié de la civilisation antique. Mais depuis que les princes capétiens sont devenus les héritiers des comtes de Toulouse et de Provence , on a vu la tutelle royale s'étendre sur les cités jadis si florissantes; Tindépendance s'est évanouie avec les derniers chants des troubadours. En
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même temps, toute l'Europe féodale se couvre de villes nflranchies, dont le nombre et l'opulence, devenant des obstacles à craindre ou de grandes ressources à mettre en usage, leur assurent un rang dans les assemblées où se votent les impôts , et où s'agitent les questions d'intérêt public. Telle est la première apparition du tiers état en France où il grandira dans une inquiète obéissance pour renverser la monarchie sur les ruines de la noblesse, en Angleterre, où il aidera l'aristocratie à maîtriser la royauté ; en Allemagne , où il s'effacera graduellement dans la soumission à un despotisme mitigé.
Ainsi , successivement et par la force des événements , le pouvoir est dévolu à qui peut l'exercer ou le partager 5 toujours abandonné à regret, quelquefois défendu avec acharnement et réclamé avec violence, il finit nécessairement par tomber entre les mains des forts , clergé , noblesse ou démocratie. Lorsqu'un des ordres l'a conquis, ses chefs, papes, rois, tribuns, veulent tout posséder sans partage et sans contrôle ; le temps, qui leur a donné l'autorité , la leur soustrait par une complication le plus souvent inattendue de causes et d'événements plus faciles à démêler pour la postérité que pour les contemporains. La féodalité ayant touché sa dernière limite, les rois conamencent à s'arroger une puissance plus vaste et plus indépendante. Philippe- Auguste et ses successeurs ont recours aux moyens juridiques pour dépouiller des vassaux dangereux et un ordre militaire trop riche dans leur royaume appauvri. La législation de saint Louis, celle de Frédéric II , la grande charte d'Angleterre , Ip code d'Alphonse de Castille, commencent à régler Tétât social, en assurant une justice plus éclairée, la liberté individuelle, des garanties contre l'arbitraire, le jugement
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par les pairs, l'abolition des guerres privées, des épreuves, des combats judiciaires, la nécessité des assemblées délibérantes. Rédigés par des hommes de loi, adversaires naturels de la féodalité, ces pactes, établissements, codes ou constitutions , respirent le même esprit ; l'on y reconnaît qu'alors toute l'Europe civilisée était animée simultanément des mêmes pensées politiques de réforme ou d'amélioration. Aux prétentions des papes sur le pouvoir temporel et aux exactions de leurs légats , le clergé d'Angleterre, d'Allemagne, de Norwége, de France, oppose une résistance inusitée , secondée par la noblesse et les princes les plus religieux. En revanche, tous les esprits sont pénétrés de vénération pour les reliques qu'une pieuse fraude dérobe à l'Asie ou achète en s'efforçant d'éviter la simonie. Une haine profonde pour les hérétiques favorise l'établissement des inquisiteurs, allume les bûchers dans tout le monde catholique, et inonde de sang le pays des Vaudois, des Albigeois et des Stadings. Dans ce temps où les rois eux-mêmes aident, comme de simples ouvriers, à la construction des édifices sacrés, le blasphème est puni de peines sévères. Un peu plus tard, l'horreur qu'inspire la magie avec ses cérémonies secrètes , désigne à la haine publique les personnages les plus illustres comme les plus obscurs. D'effroyables accusations de sacrilège et de pratiques infâmes font disparaître les Templiers ; un sombre fanatisme agite les esprits ; les croisades des Pastoureaux sont les inquiétants présages de la Jacquerie ; les lépreux et les Juifs expient par des massacres leur isolement physique et religieux, ainsi qiie leurs riches fondations et leurs trésors accumulés par l'usure.
Dans le même siècle fleurit par toute l'Europe FiDstilution singulière de la chevalerie , qui , vers le onzième siècle,
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dut son origine à un profond sentiment d'humanité et des devoirs féodaux chez quelques nobles, lorsque tant d'autres oubUaient leurs obligations de bonne garde et de protection envers leurs vassaux ou les étrangers. La chevalerie fut développée par l'amour des aventures , qui entraînait les Français à la croisade et à la conquête de pays inconnus. Elle fut encouragée par les éclatants succès des Normands dans TApulie, des croisés dans l'Asie, des Latins à Constantinople, des Espagnols et des Portugais contre les Maures. L'exemple des ordres militaires excita les confréries d'armes à se former parmi les séculiers ; les chants des poètes et les fables des romanciers illustrèrent ces sociétés. Le culte de l'honneur et celui des dames régnèrent ensemble dans l'esprit des chevaliers et jusque dans leurs cris de bataille ; les tournois devinrent leurs exercices les plus habituels , la défense des faibles était le devoir de toute leur \ie.
La France , qui fut le pays le plus féodal de l'Europe , en fut aussi le plus chevaleresque. Dans ses provinces méridionales se tinrent les célèbres cours d'amour dont les sentences attestent la facile chasteté de cette époque. A l'école de Bertrand de Born et des autres troubadours Richard Cœur -de -Lion puisa le goût pour la poésie et les prouesses qui , malgré son caractère farouche, en ont fait un des types héroïques du moyen âge. C'est à la chevalerie que les Français durent des faits d'armes admirables, mais encore plus d'impardonnables témérités et de sanglantes catastrophes, entre la défaite de la Massoure et la bataille de Pavie.
L'éclat particulier dont brille le treizième siècle dans l'histoire du moyen âge est dû aux grands hommes qui l'ont honoré autant qu'aux tristes périodes dont il fut suin.
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Dans l'église paraissent des fondateurs d'ordres célèbres: saint François d'Assise, qui personniûa l'exaltation et l'hurailité chrétiennes ; saint Dominique, dont le zèle inexorable fit trembler le Midi devant le nouveau tribunal de Finquisition. Parmi les théologiens , saint Thomas d'Aquin , saint Bonaventure, Élienne Langton, Jean Scot, Raymond LuUe et le philosophe alchimiste Roger Bacon. Trois conciles généraux furent réunis : celui de Latran contre les Albigeois et pour la défense de la Terre-Sainte ; le premier concile de Lyon, en présence duquel Innocent IV déposa Frédéric II son ennemi ; le second, où Grégoire X et l'empereur Paléologue s'efforcèrent de réunir dans une seule foi les églises d'Orient et d'Occident , si longtemps divisées.
En France, régnent successivement l'habile et heureux politique Philippe- Auguste, Louis YIII qui porta la couronne d'Angleterre malgré le pape, et mourut en servant l'église contre les Albigeois ; Louis IX , le plus parfait des hommes et des rois, dont les vertus furent à lui, et dont les fautes furent causées par l'esprit religieux de son temps ou par son ardent amour pour l'équité. Ses croisades infructueuses, les dernières qui furent entreprises , le montrent aussi grand dans la captivité que dans les combats ou sur le trône. Roi généreux, équitable et fidèle, âme noble, ferme et candide, il ne cessa de songer à ses devoirs qu'en expirant sur les sables de l'Afrique. Quel homme aurait pu mériter de lui succéder?
L'Italie nous présente en même temps Theureuse jeunesse et la vie agitée de Frédéric II, avec la grande et touchante catastrophe de sa maison. Depuis longtemps entreprise par les papes, on la voit accomplie par Charles d'Anjou, l'homme noir et sans sommeil, vassal redouté du
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pontife devant lequel il fléchissait le genou. En Sicile, l'intrépide don Pèdre d'Aragon , bravant la colère apostolique, vient, avec ses almogavares et son bon amiral Roger de Luria , arracher à Charles d'Anjou le pays inondé du sang français à l'instigatioti de Jean de Procida. Les noéoies événements ébranlent l'Allemagne, y affaiblissent le poirvoir impérial , jettent la perturbation et la haine parmi les familles dominantes, créent des empereurs rivaux, et transmettent le sceptre de Frédéric anathematise à Henri Raspe , à Guillaume de Hollande , à Richard de Cornouailles , enfin à Rodolphe de Habsbourg , qui commence une ère nouvelle.
L'empire d'Orient subit aussi les vicissitudes les plus imprévues. Une armée de croisés, conduite par le doge de Venise, s'interpose d'abord pour pacifier les troubles civils de Constantinople, puis s'en empare et établit sur le trône de Justinien des empereurs français promptement renversés par l'habile et courageux Michel Paléologue.
Richard I", Jean et Henri IH, héritiers de Henri Plautagenet , apportent successivement sur le trône d'Angleterre la vaillance imprévoyante, une lâche démence et la faiblesse avec le parjure. Mais la nation anglaise n'a pas été plutôt conquise, qu'elle a reçu une vie nouvelle ; Tintelligence normande la pénètre , la fortifie et la prépare à devancer toute l'Europe dans la carrière des institutions qui succéderont à celles du moyen âge.
A cette époque, les connaissances pratiques d'économie politique paraissent avoir reçu leurs premiers développements chez les nations du Midi. En Espagne, les Maures introduisent un système d'agriculture savamment combiné et malheureusement oublié par leurs vainqueurs; en Italie, les Lombards, les Toscans, les Apuliens se livrent aux mêmes
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travaux. Les Siciliens continuent de s'y adonner, et, par l'ordre de Frédéric II, essayent de planter et d'exploiter la canne à sucre. L'Angleterre élève de nombreux troupeaux dont elle envoie la laine à tisser aux Flamands ; la France et l'Allemagne, encore couvertes de forêts, poursuivent des défrichements, des plantations de vignes et des exploitations rurales dans les régions les mieux partagées, soit pour leclimat, soit pour la fertilité. L'industrie s'associe à leurs efforts. Les fabriques de drap et les corps de métiers de Flandre élèvent cette province à une prospérité immense et prématurée. Les plus riches étoffes sont importées d'Orient ou imitées avec succès. Le commerce des pelleteries , du fer, des cuirs, du verre, Torfévrerie, l'immense activité occasionnée par les magnifiques monuments religieux et civils élevés à l'envi dans tout le monde chrétien et par les grands événements militaires des croisades , toutes ces causes produisent , surtout dans les républiques italiennes, une prospérité qui va s'éteindre devant les guerres funestes et les fléaux exterminateurs du quatorzième siècle. C'est encore dans ces pays méridionaux que la navigation est le plus encouragée ; le commerce avec l'Orient n'est pas interrompu par les guerres des chrétiens contre les musulmans; Gênes et Venise rivalisent d'efforts pour se supplanter et se nuire ; la cupidité de leurs marchands va jusqu'à vendre aux infidèles des armes et des vaisseaux , et la rivalité de leurs marins jusqu'à se livrer des batailles acharnées ; mais l'influence de Venise l'emporte, et cette république cédera la dernière aux conquérants de l'empire grec.
L'administration des finances paraît aussi mieux combinée dans les républiques commerçantes que dans les pays monarchiques. L'ignorance des véritables causes de
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la richesse , un mauvais système d'impôts, une dilapidation effrénée des deniers publics, et les excessives immunités de réglise, mettent les rois d'Angleterre à la merci de leurs baisons, les empereurs d'Allemagne dans l'impuissance de tenir tête à leurs ennemis, et font disparaître en France les dernières traces des économies de Philippe-Auguste. Les successeurs de saint Louis ont recours à l'expédient aussi honteux que funeste d'altérer le litre de leurs monnaies ; les emprunts deviennent difficiles et si dangereux pour les prêteurs, que les Juifs, les Lombards et les Caursins peuvent seuls se résoudre à devenir les créanciers des hommes puissants ou des princes ; l'usure, justifiée par le péril et par la déloyauté des emprunteurs, irrite tous les esprits ; l'église la flétrit ; l'abolition des dettes est virtuellement prononcée par la persécution, l'expulsion ou le massacre; les survivants recommencent, cependant, quelques années après, n'ignorant pas le sort qui leur est réservé; tellement, dans les pays mal administrés, leur intervention est devenue nécessaire et lucrative.
Nous avons déjà pu observer que les finances des papes mettant à contribution le clergé de toute l'Europe, et levant des impôts sur tous les rois leurs vassaux, étaient les plus intarissables du monde chrétien. La politique pontificale est aussi la mieux conduite ; on y reconnaît les lumières et la vigoureuse persistance qui , seules , peuvent accomplir de grands desseins. Aucune race royale , pas même celle de Souabe, ne peut se comparer, sous ce rapport , à celte série de princes spirituels et temporels à la fois, tous couronnés dans l'âge mûr, choisis dans le sein d'un collège d'hommes habiles et exercés, par les fonctions de légat , à traiter avec les chrétiens et les barbares , avec les monarques comme avec les républiques. Parmi ces