XXX INTRODUCTION
dernières, Venise et son aristocratie récente déploient leur supériorité dans l^art de négocier des traités et de les tourner à leur agrandissement. Charles d'Anjou montre aussi qu'il a conservé quelques traditions de son aïeul ; la mort seule rerapêche, peut-être, de réaliser ses projets d'invasion dans la Grèce , à l'exemple de Robert Guiscard.
La jurisprudence antique, tirée de Toubli par Irnerius, refleurit dans les écoles de Fortius Azo et d'Accurse. Pierre de Gugnières, Nogaret, Taddeode Sessa, Pierre des Vignes sont remarqués parmi les légistes français et dans la chancellerie impériale. Un seul poëte domine le siècle et lui imprime toute sa gloire. Dante, élève de Brunetto Latini , apparaît sans rivaux , sans imitateurs , mais suivi de bien près par Pétrarque. De célèbres voyageurs furent ses contemporains ; Jean de Plancarpin , Rubruquis et Marco Polo révélèrent les premiers à l'Europe le chemin de la Tartarie et du Japon ; l'Italie et la France s'honorèrent de grands artistes, tels que Marchione et Margarilone d'Arezzo, Robert de Luzarches, Pierre de Montereau, Nicolas de Pise, Arnolfo di Lapo, Cimabué et Giotto.
D'innombrables historiens ecclésiastiques ou séculiers se consacrèrent alors à perpétuer le souvenir des événements dont ils avaient été les témoins. La plupart écrivirenten latin, quelques-uns dans la langue alors usitée. Cette innovation, déjà introduite dans la législation, eut pour résultat de commencer à supprimer la langue savante et générale ; mais elle mit l'étude à la portée d'une classe plus nombreuse , et créa dans chaque pays une Httérature avec son caractère et ses quahtés particulières.
Villani conçut le projet de ses chroniques, en se rendant
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à Rome au jubilé célébré l'an 4500: avec lui peuvent se ranger Barthélémy de Neocastro, Jamsilla , Ricobaldo de Ferrare, l'exact et naïf Catalan Ramon Muntaner, le Grec Georges Pachymères, et les historiens français Geoffroy de Villehardouin , Joinville , Guillaume de Nangis.
Le goût des études historiques s'était rapidement propagé dans le Nord. L'Islande, si éloignée des régions où la science était perfectionnée , se distingue de bonne heure par une sorte de culte pour les lettres. Dès le onzième siècle, Sâmund Sigfusson, prêtre chrétien, y recueille avec un heureux respect les traditions mythologiques des Scandinaves : cent ans plus tard , Snorre Sturlesou écrit THeimskringla , inépuisable trésor pour la poésie et l'histoire. Après eux, au treizième siècle, Sturla Thordson, neveu de Snorre Sturleson , a laissé des chants et différentes chroniques, spécialement celle du roi Hakon Hakonson, où brillent le mérite et l'exactitude de l'historien.
L'Irlande présente un phénomène intellectuel de même nature. Convertie au christianisme par saint Patrice , changeant de religion sans troubles et sans fanatisme, elle ne tarde pas à envoyer au dehors ses missionnaires zélés, mais charitables , dont les rapports avec Rome sont assidus , et dont les prédications se font entendre au septième siècle, en France , en Brabant et sur les bords du Rhin. En Irlande , la philosophie scolastique prend son essor ; la théologie et la physique y sont cultivées; Feargal, évéque et mis au rang des saints , avance sur la cosmographie des opinions aussi hardies qu'ingénieuses ; après lui brillent Clément et Dungal, estimés de Charlemagne; ils sont effacés par Jean Scot , dit Erigèue , dont la science