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LATONE

La belle Latone, qu'Homère fait fille de Saturne, était une superbe créature qui était venue se fixer dans l'Olympe, où elle avait loué un coquet entre-sol.

Naturellement Jupiter ne tarda pas à aller cascader de ce côté, et Junon, qui était toujours à la piste, acquit bientôt la preuve, en fouillant la nuit dans les poches de son mari, que ce dernier payait les factures de modistes de cette créature.

Nous avons déjà eu de fréquentes occasions de cons tater que Junon ne plaisantait pas avec ces choses-là.

Elle chassa Latone du séjour des dieux ; et, pour comble de cruauté, fit jurer à la Terre de lui refuser un lieu de repos pour y faire ses couches, — car, nous ne l'avions pas dit, Latone allait être mère.

On conçoit sans peine l'horrible situation de cette malheureuse femme en proie à toutes les persécutions des mortels.

Le terme de la grossesse approchait; elle était énorme, et partout où elle passait les gens la raillaient avec grossièreté.

Quand elle demandait l'adresse d'une sage-femme à

un i^assant, celui-ci prenait plaisir à lui faire faire des courses énormes du côté où il n'y en avait pas.

Et si elle montait en omnibus, le conducteur ne manquait jamais de lui dire avec un gros rire bête :

— Dites donc, ma petite mère, ne vous placez pas en face d'une autre femme enceinte, parce que je no pourrais jamais passer dans le milieu pour faire ma recette.

Enfin, touché de tant de malheurs, Neptune, le dieu des mers, fit surgir tout exprès pour elle du fond des eaux une ile, l'ilc Délos, dont il lui lit présent pour refuge.

Transformée en oiseau, Latone gagna cette île et s'y fixa.

Il n'était que 1 emps ! . . .

A peine était-elle installée qu'elle fut prise des douleurs de l'enfantement.

Dix minutes après, elle mettait au monde Apollon et Diane, deux jumeaux beaux comme le jour.

Ce vieux paillard de Jupiter lit bien les choses.

11 reconnut les deux enfants de sa maitresse.

Ce qui, par parenthèse, lui valut une scène à tout casser de Junon, sa femme.

Elle le traita de libertin, de sans-cœur, etc..., etc., lui reprocha d'employer tout l'argent du ménage à entretenir les enfants de ses gourgandines.

Cependant, Latone, une fois délivrée, ne fut pas inaccessible à la joie d'une douce vengeance.

Elle se souvint, entre autres choses, que les paysans de Lycie s'étaient moqués d'elle quand elle était passée devant eux dans les derniers moments de sa grossesse.

L'un d'eux même, — elle en avait gardé une profonde rancune, — s'était permis à son égard une plaisanterie de fumiste, en lui demandant de jouer une polka, puisqu'elle avait apporté son orgue de Barbarie.

Latone métamorphosa en grenouilles tous les paysans de Lycie.

Apollon, son fils, essaya de la faire renoncer à ce projet en lui disant cpje ça ferait énormément trop de grenouilles.

Mais le dieu Mercure répondit qu'il n'y en aurait jamais assez pour que les futurs fonctionnaires du second Empire de Vélocipède père pussent en manger chacun une.

Latone, qui, décidément, n'était point un modèle d'indulgence, se vengea cruellement aussi d'une certaine

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Niobé, reine de Thèbes, qui s'était divertie de sa beauté un peu grasse, en prétendant que si Latone avait beaucoup de nombrils semés régulièrement sur le corps, elle ressemblerait à un matelas fraîchement refait.

Latone ne trouva pas la plaisanterie de son goût.

Et, pendant une fête, elle fit frapper de flèches invisibles tous les enfants de Niobé.

L'infortunée mère, accablée par la douleur, fut changée en un marbre d'où les larmes s'échappaient sans cesse.

Ce fut ce qui donna l'idée de ces lavabos en marbre blanc, que l'on voit chez les coiffeurs, et dont l'eau coule continuellement.

A part ces quelques petits mouvements de mauvaise humeur, Latone fut une assez aimable personne.

Son accouchement de deux jumeaux, d'une grande beauté, lui avait fait une assez grande réputation.

Et toutes les femmes en mal d'enfant l'invoquaient pour lui demander une heureuse délivrance.

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Mais comme l'on est toujours victime de sa popularité;, il arriva que les paysans grecs placèrent nonseulement leurs femmes grosses sous la protection de Latone, mais encore leurs vaches, leurs ânesses, leurs chèvres et leurs lapines pleines.

Ils adressèrent à la déesse de la fécondité les prières les plus extravagantes.

Et Ton raconte môme à ce propos qu'un certain paysan rapace, nommé Madrékès, dont la femme était enceinte de huit mois et demi et la vache sur le point de mettre bas, ne se couchait jamais sans solliciter, en ces termes, les faveurs de Latone :

— Bonne Latone !... je ma recommandions à toi... si not' femme et not' vacque ailes dcviont accoucher de trois enfants à elles deux, fais que ce soyont not' femme qui n'auriont qu'un gars et not' vacque qu'auriont deux viaux!... Bonne Latone, j'te bénissons !...

Latone était représentée sous les traits d'une forte femme un peu plantureuse.

On lui sacrifiait plusieurs sortes de victimes.

Les femmes stériles, et qui pensaient n'en être pas la cause, lui sacrifiaient volontiers... leur mari.

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