MERCURE
Il s'était fait tour à tour le dieu des bergers, des hercules de foire et celui des voleurs.
Plus tard, il devint le protecteur des orateurs, des arts libéraux et des belles-lettres.
Enfin, il enseigna le commerce aux mortels, qui l'apprirent d'ailleurs admirablement, surtout les pharmaciens.
Ce fut aussi Mercure qui imagina ce système admirable des poids et mesures, et rédigea la fameuse instruction pour s'en servir dans l'épicerie.
Le chapitre consacré au coup de pouce est un chefd'œuvre, ainsi que celui où l'auteur recommande de peser très-peu de sucre dans beaucoup de papier fait avec du sable et de la limaille de fonte.
On doit aussi à Mercure un Guide du parfait commerçant, qui contient de remarquables recettes pour faire une prompte et honnête fortune.
C'est dans ce recueil curieux que l'on trouve :
La façon dont les charcutiers intelligents doivent truffer leurs pieds de cochon avec des bouts de laine noire, empruntés aux chaussons de lisière réformés;
Mille et une manières de remplacer le sucre dans le sucre en poudre ;
Plus de quinze cents modèles d'affiches de liquidation forcée, à l'usage des magasins de nouveautés qui changent de domicile pendant quinze ans à la même place.
Les attributions de Mercure ayant été très-multiples, ce dieu est représenté avec une grande quantité d'emblèmes qui lui donnent l'air d'un véritable marchand de bric-à-brac.
Ses triples ailes indiquent qu'il fut le facteur rural de l'Olympe.
La chaîne d'or qui sort de sa bouche exprime la puissance de l'éloquence, mais doit le gêner beaucoup pour manger des asperges.
D'une main, il tient le caducée, dont nous avons raconté l'origine : c'est l'emblème de la conciliation et cle l'apaisement:
De l'autre, il tient une bourse, pour bien faire comprendre aux mortels qu'avec de l'argent on passe partout, et même pour un homme d'esprit.
On voit à ses pieds un coq et une tortue.
La tortue rappelle l'invention de la lyre qui, primitivement, était fabriquée avec une écaille de cet animal, ce qui, par parenthèse, ne rendait cet instrument propre qu'à jouer des airs très lents.
Le coq est l'emblème de la vigilance qu'il faut déployer dans le négoce et dans la finance.
Il signifie que, pour prospérer dans les affaires, il faut se lever de bonne heure, et justifie ainsi cette pensée profonde du Tintamarre :
« Pour le commerçant : petits sommes, grosses sommes. »
On a supposé longtemps que Mercure et Vénus avaient été au mieux ensemble.
Comme ils ont eu le soin de ne point laisser traîner de lettres, la chose n'a pas été absolument prouvée.
Ce qui parait certain, c'est que le dieu de l'éloquence chérissait la déesse de la beauté au point de réparer
lui-même, en secret et en voyage, les peccadilles que celle-ci pouvait commettre à l'égard des mortels.
Et des historiens sérieux affirment que depuis des siècles un grand nombre de cascades de Vénus fussent devenues irréparables sans Mercure.
Quoi qu'il pût être de ces différents racontars, quelques auteurs n'en persistent pas moins à prétendre que Mercure et Vénus furent liés très-intimement.
Ils leur donnent comme fils l'Amour, ce petit mauvais sujet dont nous nous occuperons à son tour, et qui, par ses fredaines, semble bien justifier une telle origine.