‹ Grande mythologie tintamarresqueChapitre 22 sur 72 · VÉNUS · texte numérisé non relu

VÉNUS

Les historiens ne sont pas d'accord sur la naissance de Vénus.

Les uns la disent fille adultérine de Jupiter et de la nymphe Dionée.

D'autres, qui ne veulent probablement pas faire de peine à Junon, prétendent qu'elle sortit simplement de l'onde un beau matin, en demandant très-tranquillement aux mortels émerveillés s'ils n'auraient pas, par hasard, vu sa chemise.

2ii6 GRANDE MYTHOLOGIE TIXTAMARIIESQUE

Les Tritons, ravis de tant de beauté, emportèrent

Vénus dans l'île de Cythère, dont elle devint la souveraine.

Les Grâces et les Ris firent partie de sa cour en qualité de demoiselles d'honneur et de pages.

Les Heures se mirent à l'instruire.

On ne sait pas au juste ce qu'elles lui apprirent. On suppose seulement qu'elles lui enseignèrent la façon de faire avancer la pendule afin que, lorsqu'elle se trouverait avec son mari, il s'en aille plus vite.

Lorsque l'éducation de la déesse fut complète, les Meures la conduisirent triomphalement vers l'Olympe, où elles savaient trouver un tas de vieux qui apprécieraient ses charmes.

Cela ne manqua pas.

A son entrée dans le grand foyer, les dieux, assemblés autour de la grande table où ils faisaient leur whist, furent saisis d'enthousiasme à la vue de ta ni de beauté.

Et Vénus fut immédiatement le point cle mire de toutes les lorgnettes masculines, qui se déployèrent

rapidement et se braquèrent vers elle avec une certaine effronterie.

Du côté des dames, l'effet — pour n'être pas le même — n'en était pas moins grand.

Un violent dépit de se voir éclipser par cette nouvelle venue se manifesta sur le visage de toutes les déesses.

Junon surtout se montrait excessivement courroucée de la persistance avec laquelle Jupiter lorgnait Vénus,

De la main gauche, elle lui pinça violemment la cuisse, pendant que, de l'autre, elle assénait une formidable claque sur la lorgnette de son mari, en lui disant d'une voix courroucée :

— Veux-tu replier ça, vieux polisson!...

Pendant ce temps, Minerve serrait les lèvres avec

(IRAN DE MYTHOLOfilE TINTAMARRESQUE

colère, en roulant des yeux furibonds à Mars, en train de donner un pli vainqueur à sa moustache.

Cérès, de son côté, ne paraissait pas moins vexée, et cherchait à détourner Apollon de sa contemplation, en lui demandant des socques pour s'en aller.

Et Diane, au comble de l'indignation, faisait des signes désespérés à Mercure, ébahi, pour qu'il se retournât de son côté.

Cette conspiration était tout à fait impuissante à soustraire les dieux à leur ravissement.

Alors, les clames essayèrent d'un autre moyen plus perfide. Elles commencèrent à débiner Vénus à mi-voix derrière leurs éventails.

GKANDE MYTHOLOGIE TINTAMARRESQL'E

— Ah ! ma chère ! . . . regarde donc ces pieds ! . . . sont-ils d'une longueur !...

— Je crois bien... ça doit lui être joliment commode pour aller chercher sa bobine, sans se baisser, quand elle est allée rouler sous son armoire à glace.

— Et ces cheveux!... Oh la... la!... Je les ai vus dans une vitrine du passage Jouffroy, la semaine dernière!...

— Et ce nez !...

— Et ces sourcils!...

— Quel âge peut-elle bien avoir ?

— Elle se donne vingt-deux ans.

— Tu veux rire!... Je te souhaiterais de moins ce qu'elle a de plus.

— Et quelle tournure !...

— Je ne comprends vraiment pas les hommes qui s'engouent de ce genre de créatures !...

Ce cassage de sucre se prolongea trois bons quarts d'heure.

Ces clames auraient bien voulu aussi critiquer le costume de Vénus.

Mais, malheureusement, c'était de toute impossibilité. Vénus avait eu le bon goût de venir à cette soirée intime dans une toilette qui ne donnait aucune prise à la discussion, ni sur la forme de ses vêtements, ni sur l'harmonie des couleurs.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARKESQUE

Aussi, en dépit de cette furieuse cabale, Vénus obtint d'emblée l'empire de la beauté, et entra immédiatement en fonctions.

Vénus, il faut en convenir, se montra bientôt de mœurs assez cascadeuses.

Mariée d'abord à Vulcain, nous avons eu l'occasion de voir dans les précédents chapitres le soin qu'elle mit ii transformer son contrat de mariage en poêle à faire griller les marrons.

Nous l'avons vue oublier ses devoirs les plus sacrés dans les bras de Mars, ce beau militaire qui l'avait sub-

de fourrer l'Espérance dans sa poche, afin de la garder pour lui tout seul.

Mais il fut en un instant couvert de tant de huées, de sifflets et de pommes cuites, qu'il n'osa affronter une si formidable indignation, et lança l'Espérance dans l'espace.

L'Espérance se pulvérisa dans les airs, et se réduisit en une poudre douce et calmante, dont un grain imperceptible vint se poser sur le cœur meurtri de chacun des humains.

C'est à ce petit grain que nous devons le bonheur inappréciable de ne jamais nous décourager, quels que soient les malheurs qui nous accablent.

C'est à ce petit grain que les malheureux doivent le courage qui les fait lutter.

C'est à ce petit grain que les exilés doivent la force de vivre.

C'est à cg petit grain que les bonapartistes doivent l'espoir de mettre les républicains dedans, et que ceux-ci doivent celui de les mettre dehors.

Ce petit grain soutient, console, encourage, rassure et vivifie.

Il nous aide à supporter les maux de dents, la faim, les tragédies en cinq actes, les articles de Saint-Genest, la vue de Louis Veuillot, les effronteries du Pays et les boniments des garçons perruquiers qui veulent vous fourrer pour quinze francs de parfumerie en vous coupant les cheveux.

11 est si bon de pouvoir se dire dans toutes les circonstances douloureuses de la vie, qu'il s'agisse d'un simple rhume cle cerveau ou d'un septennat ou... tout autre malaise :

— Ce sera fini dans cinq jours ou... dans deux ans et demi.

On représente Vulcain coiffé d'un bonnet pointu. Il tient un marteau et des tenailles à la main.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARRKSOr E

Voici, d'après des croquis authentiques, comment il était fagoté le jour où Jupiter le présenta pour la première fois à Vénus.

Les historiens ne sont pas d'accord sur la naissance de Vénus.

Les uns la disent fille adultérine de Jupiter et de la nymphe Dionée.

D'autres, qui ne veulent probablement pas faire de peine à Junon, prétendent qu'elle sortit simplement de l'onde un beau matin, en demandant très-tranquillement aux mortels émerveillés s'ils n'auraient pas, par hasard, vu sa chemise.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMÀ.RRESQUE

Les Tritons, ravis de tant de beauté, emportèrent Vénus dans File de Cythère, dont elle devint la souveraine.

Les Grâces et les Ris firent partie de sa cour en qualité de demoiselles d'honneur et de pages.

Les Heures se mirent à l'instruire.

On ne sait pas au juste ce qu'elles lui apprirent. On suppose seulement qu'elles lui enseignèrent la façon de faire avancer la pendule afin que, lorsqu'elle se trouverait avec son mari, il .s'en aille plus vite.

Lorsque l'éducation de la déesse fut complète, les Heures la conduisirent triomphalement vers l'Olympe, où elles savaient trouver un tas de vieux qui apprécieraient ses charmes.

Cela ne manqua pas.

A son entrée dans le grand foyer, les dieux, assemblés autour de la grande table où ils faisaient leur whist, furent saisis d'enthousiasme à la vue de tant de beauté.

Et Vénus fut immédiatement le point de mire rie toutes les lorgnettes masculines, qui se déployèrent

rapidement et se braquèrent vers elle avec une certaine effronterie.

Du côté des dames, l'effet — pour n'être pas le même — n'en était pas moins grand.

Un violent dépit de se voir éclipser par cette nouvelle venue se manifesta sur le visage de toutes les déesses.

Junon surtout se montrait excessivement courroucée de la persistance avec laquelle Jupiter lorgnait Vénus.

De la main gauche, elle lui pinça violemment la cuisse, pendant que, de l'autre, elle assénait une formidable claque sur la lorgnette de son mari, en lui disant d'une voix courroucée :

— Veux-tu replier ça, vieux polisson!...

Pendant ce temps, Minerve serrait les lèvres avec

colère, en roulant des yeux furibonds à Mars, en train de donner un pli vainqueur à sa moustache.

Cérès, de son côté, ne paraissait pas moins vexée, et cherchait à détourner Apollon de sa contemplation, en lui demandant des socques pour s'en aller.

Et Diane, au comble de l'indignation, faisait des signes désespérés à Mercure, ébahi, pour qu'il se retournât de son côté.

Cette conspiration était tout à fait impuissante à soustraire les dieux à leur ravissement.

Alors, les dames essayèrent d'un autre moyen plus perfide. Elles commencèrent à débiner Vénus à mi-voix derrière leurs éventails.

— Ah ! ma chère ! . . . regarde donc ces pieds ! . . . sont-ils d'une longueur !...

— Je crois bien... ça doit lui être joliment commode pour aller chercher sa bobine, sans se baisser, quand elle est allée rouler sous son armoire à glace.

— Et ces cheveux!... Oh la... la!... Je les ai vus dans une vitrine du passage Jouffroy, la semaine dernière!...

— Et ce nez !...

— Et ces sourcils!...

— Quel âge peut-elle bien avoir ?

— Elle se donne vingt-deux ans.

— Tu veux rire!... Je te souhaiterais de moins ce qu'elle a de plus.

— Et quelle tournure !...

— Je ne comprends vraiment pas les hommes qui s'engouent de ce genre de créatures !...

Ce cassage de sucre se prolongea trois bons quarts d'heure.

Ces clames auraient bien voulu aussi critiquer le costume de Vénus.

Mais, malheureusement, c'était de toute impossibilité. Vénus avait eu le bon goût de venir à celte soirée intime dans une toilette qui ne donnait aucune prise à la discussion, ni sur la forme de ses vêtements, ni sur l'harmonie des couleurs.

Aussi, en dépit de cette furieuse cabale, Vénus obtint d'emblée l'empire de la beauté, et entra immédiatement en fonctions.

Vénus, il faut en convenir, se montra bientôt de moeurs assez cascadeuses.

Mariée d'abord à Vulcain, nous avons eu l'occasion de voir dans les précédents chapitres le soin qu'elle mit à transformer son contrat de mariage en poêle à faire griller les marrons.

Nous l'avons vue oublier ses devoirs les plus sacrés dans les bras de Mars, ce beau militaire qui l'avait sub-

j uguée en disant crânement un jour, en plein conseil des dieux, qu'il était toujours cinq fois prêt.

Nous avons vu la façon dont Vulcain s'était vengé des deux coupables en les enfermant dans une cage de fer, un soir qu'en rentrant chez lui il avait trouvé une botte à 1 ecuyère sous l'éclredon de sa femme.

Vénus ne s'en tint pas là.

Elle aima tour à tour des dieux, des demi-dieux et même des quarts de dieux.

Jupiter essayait quelquefois de lui faire un peu de morale.

— Voyons, ma fille, — lui disait-il, — à quoi penses-tu?... Que tu fasses des farces avec des dieux... bon!... mais voilà que tu te galvaudes avec des demiquarts de dieux!... tu te déconsidères!...

Vénus répondait victorieusement :

— Oh mais! n'ayez pas peur, sire!... quand ce sont des demi-quarts de dieux, j'en aime huit à la fois!...

Jupiter, ahuri, comptait sur ses doigts en murmurant : un demi-quart, deux demi-quarts, trois demiquarts...

Et il ajouta en baisant Vénus au front :

— Tu as raison, ma fille... ça fait le compte.

Les poètes se plaisent à raconter que Vénus devait son pouvoir fascinateur à une ceinture merveilleuse qu'elle avait achetée aux Trois Quartiers, et qui contenait toutes les séductions.

On manque de renseignements précis sur la nature de cet ornement.

Mais plusieurs auteurs penchent à croire qu'il s'agissait simplement d'une ceinture de sauvetage, par la raison que Vénus s'en servait souvent pour faire la planche.

Un jour, Junon, qui était en froid avec Jupiter parce qu'il avait découché toute la semaine, mit tout amourpropre sous ses pieds et alla trouver Vénus, la priant de lui prêter jusqu'au lendemain cette fameuse ceinture pour l'aider à se réconcilier avec son mari.

Vénus consentit.

De retour chez elle, Junon mit la ceinture, mais elle s'aperçut qu'elle était trop courte pour sa taille un peu montalantesquc.

Il manquait vingt-deux centimètres.

Junon combla cette lacune au moyen d'un de ses bas qu'elle cousit à chaque bout de l'écharpe, ayant soin de dissimuler ce raccord en le plaçant derrière le dos.

Une demi-heure après, Jupiter rentra.

Mais au moment où il passait devant la chambre de sa femme — et sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller — il fut attiré par un charme inconnu qui l'amena insensiblemeni à coller son œil au trou de la serrure.

La ceinture magique le plongea dans un long ravissement.

Il eut un sourire coquin, tira de sa poche la boîte qui contenait ses allumettes et se mit à les frotter une à une — par le bout non soufré — sur la porte de Junon, en disant tout haut, d'un air de mauvaise humeur :

— Sapristi!... depuis l'impôt, ces allumettes sontelles assez exécrables!... Il n'y en a pas une qui prendra, ventre de Diane! Voyons la dernière!... Cric!... cric!... Rien!... Mille noms d'un Cyclope!... Il y a de quoi se casser le cou, dans cet escalier!...

Et en disant ces derniers mots, il laissa tomber sa foudre sur le carré avec un fracas épouvantable.

Junon, qui guettait, lui dit doucement à travers la porte :

— Vous cherchez quelque chose, mon ami...

GRANDE MYTHOLOGIE TlNTAMARKESyUE

Jupiter répondit :

— Parbleu !... je cherche... je cherche mon chemin... Je n'y vois goutte et je me suis flanqué par terre... J'ai en ce moment la tète prise entre deux barreaux de la rampe et un pied sur le bec de gaz du second !... Viens vite, Augustine !...

Junon reprit d'un ton perfide :

— Je ne puis pourtant pas aller vous ouvrir en chemise, mon ami, cela vous ferait attendre...

Et elle se présenta rapidement sur le palier, une bougie à la main.

Là, à sa grande surprise, elle trouva Jupiter debout et souriant.

Il avança vivement son pied dans rentre-bâillement de la porte.

— Oh! que c'est vilain, Ernest !... dit Junon d'un ton de reproche en courant se blottir dans le fond de la chambre.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAHRESQUE

La réconciliation fut complète. Jupiter avoua tous ses torts et en eut même d'autres.

Junon pardonna encore une fois.

Le lendemain matin, à sept heures, un commissionnaire se présenta chez Junon de la part de Vénus et lui dit :

■ — Madame Vénuche m'envoie vous demanda cha cheinture qu'elle vous ja présenta hier au choir, elle en a de bejoin pour chette après-midi, parche qu'elle est invita à choupa chez la princhêch'e Mathilcle.

Le premier mouvement de Junon fut de rendre loyalement la ceinture qui lui avait été confiée.

Déjà elle prenait ses ciseaux pour découdre le bas qu'elle avait été forcée d'y ajouter afin de l'allonger,

Quand tout à coup elle renoua résolument sa ceinture autour de sa taille avec un sourire qui signifiait : Je serais bien bête, au fait!

Et elle répondit au commissionnaire, qui n'était autre que Mercure déguisé en Auvergnat :

— Dites à votre maîtresse que je suis bien fâchée, mais que je m'en sers.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAMIESQUE

GRANDE MYTHOLOGIE TINTA MAURESQUE loi

Vénus fut scandalisée de ce sans-gêne, et envoya immédiatement à Junon un petit billet très-pointu, conçu en ces termes :

« Ma chère,

« Vous avez des procédés peu délicats. J'ai absoluce ment besoin de ma ceinture pour ce soir. Je vais dans « une maison où il y a beaucoup de jeunes attachés « d'ambassade. J'ai bien voulu vous obliger; mais ce « n'est pas une raison pour que vous me laissiez dans « l'embarras.

« Je vous averlis que si vous ne me renvoyez pas « immédiatement ma ceinture, je vous fais citer devant « le juge de paix.

« Votre servante,

« Vénus. »

Jnnon fut excessivement vexée; mais ne voulant pas risquer un scandale que n'eût guère manqué d'amener un tel procès, elle rendit la ceinture.

Le soir même — et les suivants — Jupiter, en allant se coucher, doubla, calme et digne, le paillasson de la porte de la chambre de sa femme, sans seulement avoir l'air de remarquer que celle-ci toussait avec persistance chaque fois qu'elle l'entendait passer sur son carré.

L'infernale ceinture de Vénus devait, plus tard, être la cause d'un tumulte bien autrement sérieux et qui mit l'Olympe sens dessus dessous.

Un samedi, tous les dieux étaient rassemblés sur le mont Ida pour assister aux noces de Pelée et de Thétis.

Pelée était roi d'Egine.

EtThétis, fille de l'Océan.

Pelée, qui avait le petit mot pour rire, s'amusait, tout le temps du diner, à appeler l'Océan sa belle-mer.

Bref, la noce était très-joyeuse; on s'amusait beaucoup et l'on en était aux chansons de circonstance...

Quand tout à coup il se fit un grand bruit clans l'antichambre.

— Je vous dis que j'entrerai ! . . . criait une voix sifflante aux garçons du restaurant, qui s'efforçaient de barrer la porte du grand salon de 75 couverts.

Ce convive inattendu, c'était la Discorde, une déesse gâteuse que l'on avait fait exprès de ne pas inviter, parce que l'on savait qu'elle avait l'habitude de toujours parler politique au dessert.

Pour se venger de cet affront, la Discorde était accou-

rue dans la salle du festin en disant d'un air sarcastique :

— Bon appétit, messieurs!...

On comprit qu'elle était horriblement dépitée, et cela jeta un froid.

En vain Mars voulut essayer d'arranger la chose cl; offrit galamment un siège à la nouvelle arrivée, en lui disant avec d'immenses roulements d'R :

— Belle madame !... Pourquoi donc subséquemment n'êtes- vous pas venue manger la soupe avec nous?... Est-ce que Mercure, intempestivement, ne vous a pas porté notre lettre de faire part?

Mercure, lui, très embarrassé, faisait semblant de fouiller dans toutes ses poches en balbutiant :

— C'est singulier... aurais-je oublié de la remettre au concierge de madame!...

Et chaque dieu de répéter, avec l'accent d'un regret violent :

— Quel dommage!... quel contre-temps!... Combien nous sommes désolés!... Madame la Discorde est si gaie en société ! . . .

Apollon surenchérissait et s'écriait :

— C'est vrai!... il n'y a pas de belle fête sans madame!... C'est grâce à elle, si j'ai bonne mémoire, qu'à notre réveillon dernier, nous nous sommes tous mangé le nez au dessert !... Ça reposa des petits fours et des quatre-mendiants !... .

— Mais enfin, ajoutait Cérès de son air le plus gracieux, il vaut mieux tard que jamais; vous allez toujours, chère madame, manger un peu de compote avec nous !...

Malheureusement, toutes ces politesses étaient débitées avec un embarras tellement visible que la Discorde — peu disposée d'ailleurs à l'indulgence — ne pouvait s'y laisser prendre.

Elle répondit d'un petit air sec :

— Ne vous dérangez pas... c'est inutile... j'ai apporté mon plat.

Et tirant rapidement de son cabas une superbe pomme d'or, elle y traça, avec la pointe d'un couteau, ces mois :

« A LA PLUS 15ELLEÎ... »

Et la jeta à toute volée sur la table.

Il faut renoncer à peindre la scène qui suivit. Un prix de beauté pour trois femmes!... cela n'a pas de pendant au monde comme effet dramatique. Si!... pourtant.

Une autre situation pourrait être comparée à celle-là.

C'est : une couronne vacante pour trois prétendants.

Nous n'insistons pas sur ce rapprochement, parce qu'il pourrait nous mener trop loin.

Mais nous n'en sommes pas moins heureux de l'avoir indiqué sommairement à nos lecteurs, qui pourront ainsi se faire une idée très exacte du brouhaha qui suivit le lancement de cette fatale pomme.

D'un élan formidable, Junon, Vénus et Minerve bondirent et sautèrent à pieds joints dans leur assiette en

G n AN DE MYTHOLOGIE T I N T A M A H H E SOL 1!

étendant: le bras pour saisir la pomme qui roulait entre les plats, les bouteilles et les verres.

Il y eut pour plus de 885 francs de casse.

Les corbeilles de fleurs étaient culbutées; les flacons de chartreuse verte renversés. — Mars en reçut un tout entier sur sa culotte de peau.

Un instant, on vit la pomme bondir.

Minerve voulut l'attraper au vol : elle manqua son coup et le plat de sa main vint flaquer en plein au beau milieu d'une marmelade de pommes dont furent éclaboussés tous les assistants.

La pomme roula à terre.

Les trois déesses se précipitèrent sous la table, décalant tous les sièges où étaient assis les dieux, et jonchant le parquet de culs couronnés.

Cela devint bientôt du délire.

Tables, fauteuils, dieux, demi -dieux, vaisselle, déesses, argenterie, nougats, cave à liqueurs, faux chignons, boites de londrès, candélabres et coussins de canapés jonchaient le sol clans une promiscuité épouvantable.

Vulcain, élalé sur le dos, un tabouret de piano sur l'estomac et aveuglé par une bombe glacée à la groseille qui lui était tombée sur la ligure, essayait à tâtons de se relever en allongeant des coups de pied au hasard.

Jupiter, voulant reprendre son aplomb, se raccrochait au baudrier de Mars, qui perdait de nouveau l'équilibre et retombait lourdement assis sur le ventre deson président.

Comprimée avec tant de violence par ce choc imprévu, la foudre de Jupiter éclata avec fracas.

Et ces effrayantes détonations, se mêlant aux cris des dieux culbutés et des trois déesses furibondes, ne tardèrent pas à ameuter devant la porte de l'établissement une foule compacte et inquiète qui se demandait ce qui pouvait bien se passer là-dedans.

Une telle situation ne pouvait se prolonger.

La pomme roulait toujours et personne ne parvenait à la saisir.

Cependant Jupiter était arrivé à se redresser. Il eut une inspiration.

Saisissant de chaque main un siphon plein d'eau de sellz, il se mit à doucher violemment tous les convives qui se roulaient sur le tnpis, et principalement Junon, Vénus et Minerve qui commençaient à se griffer et à se mordre avec acharnement.

Cette sensation froide calma un instant la colère de ces déesses et rétablit l'ordre.

GHANDE MYTHOLOGIE TINTAMAIIRESQUE

Alors Jupiter prit la pomme en ses mains et la parole en ces termes :

— Mes bons amis... Vous vous conduisez comme de vrais bonapartistes!... C'est honteux!... Cette pomme est « à la plus belle ! » dit l'inscription qui l'accompagne!... Eh bien! au lieu de nous faire remarquer ainsi, le plus simple n'est-il pas de voter tranquillement, entre nous, et cle décider ainsi à laquelle de ces dames elle revient de droit?

Cette sage proposition fut d'abord acceptée avec enthousiasme,

G R A Mil': M Y T I ! 0 1,0 1 ; [E TINT AMAHH F. SQU E

Mais quand il s'agit de la mettre à exécution, on se heurta à un rude obstacle.

Chaque dieu, ne voulant pas se compromet! re, réclama le scrutin secret.

Jupiter , indigné d'une pareille lâcheté, s'écria:

Jamais!... Vous n'éles que des parlementaires en caoutchouc durci !... II faut avoir le courage de ses opinions...

Ce fut en vain que Jupiter essaya de faire triompher le principe du scrul in à bulletin ouvert, les dieux s'y refusèrent absolument.

Heureusement, vint à passer un jeune berger phrygien, que les trois déesses consentirent à prendre pour juge.

Elles l'appelèrent par la fenêtre, le firent monter et lui remirent la pomme, en le priant de la rendre à celle qu'il trouverait digne de l'obtenir.

Ce jeune berger était Paris, fils de Priant, roi de Troie, que sa mère avait donné secrètement en nourrice à un paysan du mont Ida, pour le soustraire à la mort.

Un somnambule avait prédit que cet enfant serait la cause de la destruction de Troie, et Priam, son père, n'avait rien trouvé de mieux, pour conjurer ce danger, que d'ordonner la mort de son fils.

Ilécube, mère de Paris, avait corrompu le monsieur Roch de l'endroit et obtenu de lui qu'il cachât l'enfant, et en guillotinât un autre à la place.

Paris avait donc été porté sur le mont Ida, où il garda consciencieusement les troupeaux, en se faisant des

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARHESOl'E

flûtes avec de petits morceaux de sureau, sans se douter qu'il eût dans les veines la moindre goutte de sang royal .

os s «

Du reste, on a vu, depuis, tant de jeunes gens élevés sur les marches du trône se croire les veines absolument remplies de ce liquide de luxe, quand ils n'étaient que les fds de quelques domestiques de la maison !...

Cela fait compensation.

Bref, Paris prit la pomme avec assez d'aisance. Mais lorsqu'il s'agit de la rendre à l'une des trois déesses, son embarras devint très visible.

Comme on le pense, Junon, Vénus et Minerve mirent tout en œuvre pour séduire le jeune berger et se faire décerner le prix de beauté.

L'histoire prétend même qu'elles se livrèrent toutes trois à des actes de concurrence on ne peut plus déloyale.

Nous le croyons sans peine.

Comme chacune d'elles avait son genre de beauté particulier, Paris était dans un état cruel d'indécision.

Quand il regarda Minerve, grande, belle, calme et sévère, le port noble, la tète hère, il se trouva d'abord empoigné par ce parfum honnête de sagesse et de vertu.

Alors, il s'avança vers elle en se disant :

— Décidément, c'est à celle-là qu'il faut donner la pomme... Elle est superbe et distinguée... Et puis, c'est une gaillarde qui n'a pas l'air de se laisser pincer les genoux en omnibus...

Mais au moment où il allait lui remettre le prix,

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAHRESQUE

Junon, sans avoir l'air de le faire exprès, passa devant lui et feignit de glisser sur le parquet.

Naturellement, Paris se précipita pour l'empêcher de tomber, et, pendant qu'il l'aidait à reprendre son équilibre, Junon lui lança un œil...

Un œil à conduire à la faillite les plus solides Compagnies d'assurances contre l'incendie de l'Olympe.

Il va sans dire que Junon avait eu le soin aussi de glisser avec assez de présence d'esprit pour qu'en la relevant respectueusement Paris pût baisser les yeux sans trop y perdre.

Aussi Pâris, au sortir de cette épreuve, laissa-t-il échapper cette exclamation :

— Bigre !... une bien belle femme aussi...

Junon était, en effet, dans tout l'épanouissement de sa beauté, la beauté de trente ans.

Formes opulentes, mais pas encore massives, épaules splcndidcs, cheveux d'ébene, sourire... encourageant, dents magnifiques, œil enveloppant.

Pâris n'hésita plus, il résolut d'offrir la pomme à Junon.

Mais il n'en avait pas fini avec ses tribulations.

Au moment où il allait la lui remettre, Vénus, qui était arrivée à pas de loup derrière lui, le pinça très fort à la fesse et le força à se retourner tout à coup.

Cruellement meurtri, Paris, après avoir jeté un cri de douleur très aigu, allait ébaucher un juron de colère énorme; mais ce blasphème expira sur ses lèvres à la vue de Vénus, plus belle et plus séduisante que jamais.

— Joli garçon, dit-elle au jeune berger, j'aurais deux mots à vous dire.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARUESQUE

Et elle l'emmena dans l'embrasure d'un nuage où ils causèrent à voix basse pendant quelques instants.

Pendant ce temps, Junon et Minerve, fort vexées, cassaient du sucre sur le dos de leur rivale.

— L'intrigante!... elle l'emmène dans le demi-jour pour qu'il ne voie pas qu'elle a les sourcils peints.

— La péronnelle!... elle empoisonne le musc... C'est bien sûr là-dessus qu'elle compte pour l'enjôler!...

Bref, on n'a jamais su au juste par quels moyens Vénus triompha ; mais ce qui est certain, c'est qu'au bout de quelques instants, Paris revint seul et les mains vides.

Junon et Minerve se précipitèrent au devant de lui en lui criant :

— Et la pomme?...

— La pomme?... répondit Paris avec un petit sourire capable. Eh bien !... je l'ai donnée...

— Comment, donnée ?

— y ans doute, donnée!...

— Mais... donnée à qui?

— A Vénus, parbleu !

— A Vénus ! exclamèrent à la fois les deux déesses évincées!... A Vénus!... Mais c'est impossible!...

— Parfaitement!... reprit Paris.

— Mais elle a les cheveux roux ! dit Junon.

— Mais non... pas tant que ça !...

— Les dents noires !... continua Minerve.

— Mais non... mais non... pas tant que ça!

— Elle a la taille courte... les jambes cagneuses... l'oreille sans ourlets... les pieds énormes...

Mais non... mais non... pas tant que ça, répondait toujours Paris en souriant.

N'y tenant plus, Junon eut recours au grand jeu. — Et puis, ajouta-t-ellc d'un ton pointu, si Vénus veut être consciencieuse, elle donnera un bon morceau

GRANDE MYTHOLOGIE TINT AM AH IlESQUE

de la pomme à sa couturière, car il n'y a guère que celle-ci qui sache au juste ce qu'il faut rabattre de ses charmes...

— Oh!... pour cela, madame!... reprit J-'âris avec animation... Je vous assure que vous êtes dans l'erreur!...

— Comment le savez-vous?... riposta Junon triomphante d'avoir amené Paris à se couper.

Pârjs rougit et balbutia.

Alors, ce fut fie la part des deux déesses un concert d'imprécations.

Elles l'accablèrent de reproches et d'invectives.

— Ah ! c'est comme cela que tu es un juge intègre... Polisson !... s'écria Minerve.

— Ah !... mauvais drôle!... vociféra Junon; tu étudies à fond les pièces d'un dossier sur trois, et tu prononces sans avoir seulement regardé les autres.

— Est-ce que j'ai refusé de te fournir mes titres, moi, dis?... espèce de gommeux, reprit Minerve.

— Et moi, dit à son tour Junon, est-ce que tu crois que je ne t'aurais pas aussi bien convaincu que Vénus? méchant blanc bec!...

Paris ne savait quelle contenance tenir, car, au fond, il se sentait bien un peu en défaut.

Quant à Vénus, cachée derrière une petite nuée, elle assistait à cette scène en riant comme une folle. Elle avait la pomme; c'était pour elle l'essentiel.

Vénus, nous avons eu l'occasion de le voir souvent, était d'un caractère assez conciliant.

Il était rare qu'elle refusât quelque chose à un mortel.

Elle lui donnait plutôt plus qu'il n'avait demandé.

Mais elle ne pouvait pardonner qu'on ne lui demandât rien.

Et ceux: qui avaient commis cette grave maladresse pouvaient compter sur une haine implacable.

Un seul exemple suffira pour prouver à quel point cette déesse était susceptible :

Hippomène, par de fréquentes offrandes, avait su mériter la protection de Vénus.

Aussi eut-il recours à elle pour conquérir le cœur d'une belle princesse de laquelle il était devenu éperdument épris.

Cette princesse était Atalante, la fille de Sehœnée, roi de Scyros.

Mais, par malheur, la jeune fille n'avait aucun goût pour le mariage.

Sa seule passion était la chasse, exercice dans lequel elle excellait, grâce à sa force et à son agilité.

En vain Ilippomène renouvelait-il à chaque instant ses déclarations d'amour, en vain suppliait-il sa cruelle maîtresse de couronner sa flamme; Atalante, insensible, filait toujours dans le bois à la poursuite de quelque gibier, en disant à son amoureux infortuné :

— Mon cher, je vous le répète, j'ai vu tant de daims à la chasse, que cela m'a dégoûtée des hommes.

CUriDON

Un jour cependant, pour se délivrer des obsessions de tous ses prétendants, Atalante fit annoncer par le tambour de l'Olympe qu'elle consentait à épouser celui qui parviendrait à la devancer à la course.

Grande joie d'Hippomène qui se mit immédiatement sur les rangs.

C'est alors qu'il alla trouver Vénus et lui demanda un talisman pour vaincre.

La déesse lui fit bien quelques qbsspyations. EJle lui dit3 entre autres choses, qu'un ménage où le mari était un coureur et la femme une coureuse, ne lui semblait pas devoir être très-heureux. "

Mais Hippomène insista, et Vénus lui remit trois pommes d'or en lui indiquant la manière de s'en servir pendant la course.

Le jour de l'épreuve arriva.

Depuis quarante-cinq heures, Hippomène n'avait rien mangé pour être plus alerte.

On plaça tous les concurrents et Atalante sur la même ligne.

Et à un signal convenu, tout le monde partit.

En moins de cinq minutes, tous les prétendants d'Atilante furent distancés et culbutés dans la poussière.

Chaque obstacle la débarrassait d'une bonne demido uzai n e d ' am o u reu x .

Les uns tombaient dans une mare qu'ils n'avaient pu franchir.

Les autres s'étalaient à plat ventre sur la banquette irlandaise.

Seul Hippomène tenait encore, quoiqu'il commençât à transpirer fortement.

La course touchait à son terme. Atalante allait l'em-

porter de quatre longueurs d'alexandrins lorgeriliens (environ un demi-kilomètre),

Lorsque Ilippomène se souvint à point des recommandations de Vénus.

Il lança devant lui une des trois pommes d'or que lui avait remises la déesse.

Atalante se retourna, ramassa le fruit et reprit sa course.

Pendant ce temps, Ilippomène avait regagné un peu de terrain.

Il jeta la seconde pomme.

Même jeu de la part cl' Atalante, qui perdit encore cette fois une partie de son avance.

Enfin, au moment où elle allait toucher le but, son

rival lança la dernière pomme à terre et prit un élan formidable.

Atalante, se croyant toujours sûre de la victoire — ou peut-être môme désirant un peu la défaite, — se baissa une troisième fois pour relever la pomme, ce qui permit à Hippomène cle toucher le poteau, arrivant bon premier aux applaudissements de la foule.

Le vainqueur réclama le prix du tournoi et l'obtint. Huit jours après, on publiait les bans, et, au bout de trois semaines, Atalante était sa femme.

Mais leur félicité devait être courte.

Vénus, aussi susceptible qu'elle avait été obligeante, ne pardonna pas au jeune ménage d'avoir oublié un soir d'offrir un sacrifice sur ses autels.

En vain Hippomène essaya-t-il de s'excuser cle cet oubli en alléguant qu'il en avait offert deux la veille et trois le lendemain.

Vénus fut impitoyable et fît changer les deux époux en lions par Cérès.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTA MAURESQUE ZiV

Moralité. — En amour, les compensations ne sont pas admises.

Et les offrandes du lundi combinées avec celles du mercredi — fussent-elles doubles ou triples — ne comptent jamais pour le mardi.

Tous les peuples de la terre élevèrent des temples à Vénus. Partout on y brûlait de l'encens et des parfums.

Cette déesse est représentée montée sur un char traîné par des colombes, des cygnes ou des moineaux.

Le sculpteur Praxitèle en avait fait une statue qui passait pour un chef-d'œuvre.

Ii avait donné à Vénus les traits et les formes d'une beauté irréprochable, idéalisant en elle l'amour pour l'amour.

Ce marbre paraîtrait aujourd'hui d'un genre trésrococo.

Et si quelque statuaire se mettait en tête de sculpter aujourd'hui une Vénus contemporaine, une Vénus à la gomme, s'il voulait qu'elle fût au diapason des mœurs du jour, il faudrait qu'il la représentât, non plus blonde, mais teinte, — non plus belle, mais maquillée, — non plus passionnée, mais vénale, — non plus ardente, mais ordurière.

11 faudrait que celte Vénus fût l'antipode de l'autre ;

Que l'œil fût lubrique au lieu d'être sensuel ;

Que le teint fût plâtré au lieu d'être pur ;

Que la voix fût érailléé au lieu d'être chaude;

El surtout que la lèvre, au lieu de promettre des (trésors d'amour, semblât demander beaucoup de pièces de vingt francs.

Quel est le ciseau qu'une pareille œuvre tentera?

Il y a une belle réputation à se faire pour lui... dans les colonnes du Figaro.

L'AMOUR ou GUPIDON Cupidon eut Vénus pour mère.

Quant à son père, les historiens ne sont point encore parvenus à se mettre d'accord pour lui en attribuer un.

Il n'est même pas probable qu'ils y arrivent jamais maintenant.

Les uns le disent fils de Mars ; Les autres fils de Mercure.

Et pendant qu'ils se disputent pour essayer de faire triompher leur opinion, Vénus rit comme une folle, dans son coin, de l'air de quelqu'un qui a caché un objet dans un meuble et qui voit tout le monde s'entêter à le chercher dans tous les autres

Cupidon tint de sa mère le pouvoir d'exciter les pas sions humaines.

Il en usa et en abusa.

lllt AN UK M Y T H 0 L 0 G I È TI N T A M A II R Ë S Q U E

Pondant son enfance., il se livra aux fantaisies les plus extravagantes.

Sa mère lui avait fait cadeau d'un petit carquois armé de flèches aiguës, qui avaient la vertu de triompher de celle des rosières les plus résolues.

Cupidon ne sortait jamais sans ce jouet et s'amusait à lancer ses traits sur tous les gens qui passaient à sa porlée.

Son grand plaisir était de monter dans un omnibus et d'aviser un vieux à lunettes d'or assis à côté d'une jeune fleuriste.

Alors, il ajustait le vieux et lui envoyait une flèche sous le côté gauche de son gilet.

Immédiatement, l'œil du vieux s'émérillounait. 11 posait son Constitution) tel sur ses genoux et sa main sur ceux de sa voisine, laquelle lui flanquait une cle ces gifles qui marquent dans l'existence- et sur la figure d'un homme.

Après avoir fait maintes fredaines et porté, avec une véritable cruauté, le trouble dans les cœurs de modistes, de facteurs, d'ouvreuses de loges, de clercs d'huissiers, de bonnes d'enfants, de vieux invalides à nez d'aluminium, etc., etc., Cupidon futà son tour pincé.

A force de jouer avec son arc à tout propos, il se planta un beau jour une de ses flèches dans le doigt.

Et personne ne le plaignit, bien entendu.

Voici comment la chose lui arriva :

Un matin qu'il se promenait au bord de la mer, il aperçut une jeune fille, nommée Psyché, qui s'était endormie sur la plage.

Cette jeune personne élait fort belle, et, naturellement, la première pensée de Cupiclon, en la voyant, fut de lui décocher un de ses traits en plein dans l'estomac.

Déjà il avait bandé son arc et y plaçait une flèche, lorsque la distraction dont nous avons parlé tout à l'heure fit qu'il se blessa lui-même.

Immédiatement les rôles changèrent.

Et ce fut Cupidon qui se sentit subjugué par les charmes de la belle dormeuse.

Il voulut s'emparer de Psyché et s'avança vers elle; mais le bruit de ses pas menaçant de la réveiller, il a-' arrêta. Comment faire?...

Heureusement, un des amis de Cupidon vint à passer. Cet ami, c'était Zéphire.

Zéphire était une sorte de gommeux très ondoyant qui avait reçu, de nous ne savons quelle déesse du

demi-monde, le pouvoir de soulever les objets sans y toucher, et de les emporter au loin sans secousse et sans bruit.

C'était on ne peut mieux l'affaire de Cupidon.

Il appela Zéphire à son aide, et le pria d'emporter Psyché, mais en ayant bien soin de ne pas la réveiller, dans un certain palais enchanté qu'il avait fait construire pour y faire ses farces, à deux ou trois kilomètres au delà des fortifications de l'Olympe.

Zéphire s'empressa de se mettre à la disposition de Cupidon et se dirigea silencieusement vers Psyché qui dormait toujours étendue sur le dos.

Il eut d'abord assez cle mal à l'enlever, la jolie dormeuse, étant aplatie sur le sable, ne lui laissait aucune prise pour passer en dessous les petits coulis qui devaient la soulever de terre.

Mais Zéphire était très malin.

Ne pouvant rien de ce côté, il se tourna d'un autre et,

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAHItESQUE

d'un petit souffle sec, il s'engouffra sous la crinoline de Psyché.

La crinoline fit immédiatement ballon, et la jeune fille, ramassée légèrement de terre, fut enlevée dans les airs avant même d'avoir eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait.

Elle fut bien, il est vrai, réveillée en sursaut par la

caresse fraîche de l'indiscret Zéphire, et. toute troublée, elle lança au hasard ce mot de convention : — Insolent !...

Mais il était trop tard. A peine cette exclamation étaitelle achevée que Zéphire et Psyché étaient à trois mille mètres au-dessus de tout sergent de ville protecteur.

Psyché le comprit et se laissa aller au gré du vent.

Un quart d'heure après, Psyché était transportée dans un ravissant petit entre-nuages très confortablement meublé.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle fut émerveillée des richesses qui l'entouraient.

Or, pierreries, bijoux, dentelles étaient réunis à profusion.

Elle parcourut les différentes pièces qui composaient l'appartement.

Puis, rêveuse et rougissante, elle vint s'asseoir sur un charmant petit canapé jaune.

Là, elle cacha sa figure dans ses mains et se mit à songer.

Qui l'eût vue dans cette attitude eût pensé :

— Voilà une pauvre petite fille qui est en train de se dire : « Oh! ma mère ! »

Elle se disait tout simplement :

— Ce doit être un monsieur très chic!...

Pour expliquer cette réflexion originale de Psyché, il faut rappeler qu'un oracle lui avait annoncé qu'elle aurait un époux puissant et immortel.

Et, naturellement, elle ne voyait dans l'événement qui venait de s'accomplir que la réalisation de cette promesse.

Cependant, le jour tout entier se passa et l'époux n'arriva pas.

Vers les neuf heures, Psyché se décida à se mettre au lit.

A onze heures trois quarts, au milieu des plus épaisses ténèbres, elle entendit, près de la table de nuit, une voix très douce et très tendre qui ne lui parlait pas de l'urgence des lois constitutionnelles.

Elle voulut voir et étendit la main vers le porte-allumettes; mais une main l'arrêta. Et la voix douce reprit :

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARUESQUE "89

PSYCHÉ BRULANT CUFIDON

— Charmante Psyché... je vous ai choisie pour compagne... mais je ne puis ni me montrer à vous, ni me nommer... Je reviendrai chaque nuit... Ne cherchez jamais à pénétrer un mystère duquel dépend notre félicité à tous deux... D'ailleurs, que vous importe cette obscurité ?... En amour, adorable Psyché... la bougie ne fait pas le bonheur!...

Cette voix, nos lecteurs l'ont deviné, était celle de Cupidon.

Tl ne voulait pas que l'on vit du dehors de la lumière clans la chambre, parce qu'il craignait que Vénus, sa mère, ne l'eût fait suivre et qu'il savait qu'elle ne permettrait jamais qit'ime femme fût aimée de lui.

Pendant les quelques nuits qui suivirent, Psyché s'accommoda à peu près de ces entrevues oû elle n'entrevoyait rien.

Cupidon faisait d'ailleurs tout son possible pour la distraire.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAIUIESQUE

Avant le jouir, il disparaissait, et Psyché restait toute seule en proie à ses réflexions.

D'abord, elle prit son parti de cette étrange existence et se dit :

— Bah !... après tout !... c'est peut-être un vieux sénateur marié qui ne veut pas être vu !...

Mais, peu à peu, une irrésistible curiosité s'empara d'elle.

— En somme, pensa-t-elle, ce n'est pas une existence!... Qui me dit que je n'aime pas un monstre effroyable qui n'ose se montrera moi !... C'est horrible!... Cet amant peut être le plus beau des immortels!... Oui !... Mais il est peut-être aussi le plus laid... le plus hideux!... Si c'était Veuillot!... ou Littré!... Oh!... ma mère!...

Puis, poussant un cri déchirant, Psyché se laissa tomber terrifiée sur le parquet. Une idée effroyable venait de lui traverser l'esprit.

— Malheureuse!... s'écria-t-elle, c'est Albert Wolff, peut-être!...

Puis, immédiatement, avec un sourire ineffable :

— Oh ! non... que je suis bête!

Nous avons laissé Psyché au moment où elle se demandait quel pouvait bien être cet amant mystérieux qui ne venait la voir que la nuit et n'allumait jamais les feux de l'amour qu'après avoir éteint ceux des becs de gaz de toute la maison.

Psyché n'y put tenir plus longtemps.

Et malgré la défense formelle de Cupidon, qui lui avait bien recommandé de ne jamais avoir de veilleuse clans sa chambre à coucher;

Malgré la menace terrible qu'il lui avait faite en lui disant :

— Le jour où tu me verrais, tu ne me reverrais plus !...

Elle résolut de ne plus aimer à tâtons.

Un soir, avant l'arrivée de Cupidon, elle prépara une

294 GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARHESQUE

petite lampe qu'elle cacha dans son cabinet de toilette.

Et vers le milieu de la nuit, lorsque Cupidon fut

endormi, elle alla prendre cette lumière et vint tout

doucement vers le lit clans lequel elle fit semblant de

chercher une puce.

Tout à coup, sans paraître le faire exprès, elle dirigea

la lumière vers la figure de Cupidon.

Et son saisissement fut tel de le voir si beau que sa

main tremblante laissa tomber une goutte d'huile brû-

lante sur le front du dieu.

La douleur réveilla subitement Cupidon.

Il entra dans une colère terrible, se leva foudroyant,

enfila son caleçon, prit le reste de ses vêtements sous

son bras, ses bottines de la main droite, sa montre de

la main gauche.

Et sortit majestueux, en laissant trois francs sur la

OUIllIIlULlc.

La pauvre Psyché était plus morte que vive.

Mais ses chagrins ne faisaient que commencer.

Terrifiée, elle écoutait le bruit des pas de Cupidon qui

descendait l'escalier.

Elle l'entendit passer dans l'allée devant le concierge,

en disant d'un ton sec :

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARUESQUE

— Cordon, s'il vous plaît.

Et à peine le bruit de la porte cochère qu'il refermait violemment s'était-il éteint que la maison dans laquelle Psyché avait passé de si belles nuits s'écroulait autour d'elle.

Deux minutes après, il n'en restait rien.

Et la couche au bord de laquelle Psyché s'était assise consternée, cette couche naguère composée de trois matelas, un sommier et un lit de plume, se trouva transformée en un bloc de rocher aride au milieu d'une nature désolée.

Pendant ce temps, Vénus avait appris l'escapade de Cupiclon. Furieuse que son fils eût pu aimer une femme, elle résolut de se venger et fit venir Psyché, qu'elle accabla de mauvais compliments.

Elle l'envoya ensuite en enfer auprès de Proserpine.

Celle-ci, à qui Vénus avait fait le mot, remit à Psyché une jolie boite en velours bleu, en lui disant que cette boite était le nécessaire de toilette de Vénus et qu'elle contenait toutes les pommades, tous les fards, tous les crayons de couleur au moyen desquels la célèbre déesse entretenait son éternelle beauté, plus un flacon <¥Eau des Fées et d'Eaic Laferrière.

Toute joyeuse à l'idée qu'elle allait pouvoir se maquiller, Psyché ouvrit la boite, qui ne contenait en réalité qu'une affreuse vapeur noire.

Immédiatement le visage de la belle enfant se couvrit d'une épaisse couche de suie.

Mais ce n'était pas assez d'humiliations!... Cochinat s'approcha galamment d'elle d'un air empressé et chercha à l'enlacer dans ses bras, en lui disant :

— Petite moricaude plaire à petit Victor... Petit Victor li bon petit mari... vouloir embrasser toujours...

C'en était trop... Psyché, succombant à la douleur, implora l'époux qui l'avait si cruellement délaissée.

Cupidon accourut à sa voix et dispersa Cochinat, qui dans son ardeur brutale avait commencé à employer la violence et serrait déjà Psyché par le bras de façon à lui faire un noir.

L'Olympe s'intéressa à ces deux tourtereaux, et Junon se chargea d'apaiser Vénus, qu'elle alla trouver afin d'obtenir d'elle son consentement au mariage.

— Voyons, ma chère, lui dit-elle... vous ne pouvez pourtant pas espérer qu'un grand garçon de seize ans bientôt rentrera tous les soirs à huit heures pour vous faire votre cent de piquet.

GRANDE MYTHOLOGIE TIXTAMARUESQUK

Après s'être fait beaucoup prier, Vénus se résigna, non sans douleur, à la perspective de devenir grand'mère.

Jupiter voulut connaître la jeune mortelle qui avait fait tant de bruit.

Il chargea Mercure de la lui amener.

Junon ne vit pas sans une réelle inquiétude cet empressement de son mari.

Aussi voulut-elle assister à l'entrevue.

Elle n'avait pas tort.

Aussitôt que Jupiter aperçut Psyché, sa vieille foudre eut des crépitements, sur la nature desquels Junon, qui connaissait à fond son mari, ne pouvait guère se méprendre.

Aussi lança-t-elle un œil furibond à Jupiter, en lui disant d'un ton pointu :

— Dis donc... Ernest!... est-ce que ça va recommencer ?

Jupiter, qui ne voulait pas avoir de scènes devant le monde, fit le bon apôtre et dit à Junon, avec un sourire de vieux sénateur rangé :

— Ob! y penses-tu, ma chérie !... Elle serait ma Cille. Et prenant, en effet, Fair respectable d'un maire de

banlieue couronnant une rosière, il dit à Psyché :

— Mon enfant!... soyez toujours aussi vertueuse que vous êtes belle!... Comme cadeau de noces, je vous donne l'immortalité.

Et dans un aparté canaille, il ajouta, de façon à n'être entendu que de sa moustache :

— Ça me donnera Je temps de me retourner.

L'union de Cupidon et de Psyché fut célébrée par des fêtes publiques et un grand dîner.

Mars, comme toujours, se conduisit au dessert comme un palefrenier; il chanta des chansons de circonstance à faire rougir Emile Zola.

Ainsi se terminèrent les malheurs de la jeune épouse qui avait failli payer bien cher un simple mouvement de curiosité.

Pendant les premiers temps de leur mariage, l'Amour et Psyché avaient repris leurs anciennes habitudes; Psyché éteignait régulièrement la lampe de sa chambre à coucher sur les dix heures, au moment où Cupidon allait rentrer de son cercle.

Mais Cupidon ne tarda pas à lever cette consigne et exigea que Psyché allumât, chaque soir, sur la table de nuit, une forte veilleuse.

Ce retour se produisit dans son esprit à la suite d'un incident très insignifiant en lui-même, mais qui lui donna cependant à réfléchir.

La veille, il était rentré comme de coutume à 10 heures 10 minutes et s'était, toujours comme de coutume, mis au lit dans la plus complète obscurité.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAKRESQUE

Vers minuit et demi, Psyché lui dit tendrement :

— C'est toi, mon ami?...

Comme, en effet, c'était bien lui, Cupidon n'attacha

pas d'importance à cette question, et il se contenta de

répondre tout naturellement et sans bien se rendre compte :

— Dame !... sans doute... c'est moi !...

Mais, immédiatement, il se dit à part lui : — Fichtre! mais!... au fait!... elle aurait bien pu me demander cela plus tôt.

NEPTUNE et AMPHITPJTE, SA DAME

Neptune n'était pas un dieu ordinaire. Il était le frère de Jupiter, en compagnie de qui il avait même un jour détrôné Saturne, leur propre père.

Car c'était déjà comme ça six mille ans avant l'invention des prominciabsinlho.

Doublement unis par les liens du sang et de la complicité, les deux frères paraissaient devoir vivre toujours en bonne intelligence.

Il n'en fut rien pourtant.

Lorsqu'ils eurent, de concert, détrôné leur père pour prendre sa place, il fallut se partager le pouvoir.

C'est toujours à ce moment-là que case gâte. Heureusement, du reste!...

Car sans cette douce et riante perspective, il y a des masses de choses que l'on supporterait avec moins de philosophie.

Ce partage, qui avait été fait par Jupiter, en sa qualité de... plus fort, — ce qui était déjà un titre plus que suffisant six mille ans avant l'invention de l'état de siège, — ce partage, disons-nous, n'avait pas contenté tout le monde.

GRANDE MYTHOLOGIE TIXTAMAIUIESQUE

Neptune, surtout, à qui Jupiter avait colloque l'empire des mers, avait été fort peu satisfait cle son lot.

Il trouvait que c'était trop humide.

Aussi ne s'était-il point fait prier pour entrer dans une conjuration ayant pour but de renverser Jupiter, son frère et ancien collègue cle barricades.

Vaincu, Neptune passa devant le conseil de guerre cle l'Olympe et fut, avec Apollon, condamné à un an de déportation.

Chassés du ciel, tous deux vinrent passer leur année d'exil sur la terre, clans l'intention d'y publier une Lanterne foudroyante, pleine de détails piquants sur la conduite légèrement cascadeuse de Jupiter.

N'ayant pas trouvé d'éditeur, ils se décidèrent à gagner leur vie au moyen d'un travail manuel.

Justement le roi Laomédon était en train d'étudier le plan cle nouvelles fortifications pour la ville de Troie. Apollon et Neptune soumissionnèrent pour la concession cle l'entreprise et l'obtinrent.

Apollon se chargeait d'entourer la ville de hautes murailles, du haut desquelles le roi pourrait aisément, selon les circonstances, repousser une attaque étrangère, ou homharcler son peuple s'il se révoltait pour obtenir le suffrage universel.

C'était déjà dans cet esprit-là que l'on construisait les fortilications six mille ans avant M. Thiers.

Neptune, lui, devait élever une digue assez puissante pour contenir la mer dans ses limites.

Laomédon avait promis une somme de 3,057,8"25 francs

13 centimes pour prix de ces importants travaux.

Mais lorsqu'ils furent terminés, il prétendit rabattre les francs et ne payer que les centimes.

Grande colère des deux entrepreneurs, qui cherchèrent immédiatement le moyen de se venger d'un procédé qui sentait par trop sa branche cadette.

Neptune souleva du sein des ondes un épouvantable monstre marin qui sortait chaque nuit du fond de la mer et venait dévorer par centaines des Troyens et des Troyennes. Quaut à Détroyat, le monstre lui fit grâce, afin qu'il pût plus tard nous faire éclater de rire en dirigeant Y Estafette dans le sens que l'on sait.

Apollon, cle son côté, imagina 'des représailles terribles, il frappa le pays de la peste, en râpant au-dessus de tous les toits de la margarine Mouriès durcie.

Cet état de choses ne tarda pas à épouvanter les Troyens, qui allèrent en toute hâte consulter l'oracle, afin qu'il leur indiquât un moyen d'apaiser le courroux des dieux.

La Pythie trouva le cas grave, se fit donner quarante francs d'avance, et commença la consultation.

Elle mit infuser, dans un grand chaudron à 'demi plein d'Eau des Fées, trois douzaines et demie de punaises desséchées, un vieux jeu de piquet ayant trente-trois mois de service dans une cantine, onze cents billets cle faveur du théâtre du Vaudeville, aban-

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARIIESQUE

donnés nuitamment au coin des bornes sur la voie publique; trois mille actions des Galions du Vigo, achetées au cours du pair (15 centimes le demi-kil.), un vêtement de la Belle Jardinière non décousu, quoique ayant été porté une fois (on a su depuis que c'était au Montde- Piété), et enfin plusieurs antres ingrédients, dont la nomenclature serait trop longue.

Quand le tout fut en ébullition, la Pythie leva les yeux au ciel et prononça des paroles cabalistiques.

Un reporter du Figaro, de Troie, qui se trouvait là pour prendre des notes, lui demanda ce qu'elle disait.

L'oracle lui répondit aigrement :

GRANDE MYTHOLOGIE T1NTAMARRESQUE

— J'évoque des esprits... ce n'est pas à vous que je parle!...

Enfin, au bout d'un quart d'heure, la Pythie rendit sa sentence.

— Troyens, dit-elle, vos malheurs ne cesseront que le jour où Ilésione, la fille du roi, aéra dévorée pur le monstre marin qui désole votre pays!...

Le peuple alla trouver Laomédon et lui apprit le sacrifice qu'il avait à accomplir pour sauver ses sujets.

On s'attendait à une explosion de désespoir de la part de ce père, auquel on imposait la mort de son enfant.

Il répondit tout simplement :

— Ah!... mes amis, je respire !.. . Je craignais bien que l'oracle me demandât trois ou quatre mille francs !..

On prit donc la princesse Hésione, et on l'enchaina sur le rivage dix minutes avant l'heure habituelle du déjeuner du monstre.

Déjà l'immonde animal apparaissait à la surface des eaux et passait sensuellement la langue sur les lèvres à la vue du succulent repas qui lui était offert.

Quand tout à coup un vaisseau apparut.

D'abord, de loin, Ilésionc crut que c'était YOrénoquc qui revenait de Civita-Vecchia, rappelé 'par le gouvernement, et elle se dit :

— Ce n'est pas dommage!... Pour ce qu'il nous faisait pendre au nez, en restant là-bas... il fera mieux de se mettre à transporter des pommes cle terre!...

Mais, lorsque le bâtiment fut plus près, Hésione reconnut que c'était le vaisseau des Argonautes qui faisait voile vers la Golchicle.

Ce trois-mâts était commandé par le capitaine Hercule, un demi-dieu très bien planté, sur le compte de qui nous aurons l'occasion de revenir.

Hercule, qui justement était en train d'interroger l'horizon avec sa lorgnette, aperçut Hésione attachée sur son rocher.

Le point de vue ne lui parut sans doute point désagréable, car les matelots remarquèrent qu'il regardait longtemps du même côté.

GRANDE MYTHOLOGIE TtNTAMARRESQUE

Il faut dire qu'Hésione avait des vêtements d'une richesse inouïe.

Seulement ils étaient tous déposés en tas à six pas d'elle sur la plage.

Ce détail n'échappa point à Hercule, qui se dit à part lui :

— Fichtre ! . . . voilà un pays où les femmes portent joliment bien la toilette.

Et d'une voix de tonnerre, il commanda à son équipage de cingler vers le rocher.

Le premier soin d'Hercule, aussitôt 'débarqué, fut de délivrer l'infortunée princesse et de la ramener au roi Laomédon son père, à qui il offrit de tuer le monstre, cause de tous les malheurs de Troie.

Il n'y mit qu'une condition : ce fut que Laomédon lu

ferait cadeau, pour prix de la victoire, d'une paire de chevaux invincibles dont il était le possesseur et qui lui avaient déjà fait gagner plus de cent cinquante mille francs aux courses de Longchamps.

Laomédon promit en roi et nous allons voir tout à l'heure qu'il tint de môme.

Confiant dans la parole du père d'IIésione, Hercule se mit en devoir d'aller combattre le monstre.

Cela promettait un beau spectacle. Tous les Troyens s'étaient rendus sur la plage pour y assister.

Voici comment les choses se passèrent : Hercule, armé de toutes pièces, se rendit sur le bord de la mer à l'heure où le monstre en sortait habituellement.

Il s'assit tranquillement sur le galet, alluma une pipe et attendit.

Outre un armement complet, sabre, hache, revolvers, etc., etc,, Hercule portait au côté un très gros sac de nuit, une couverture de voyage, une casserole, un irrigateur et une petite lampe à esprit de vin.

Cette partie de son accoutrement intriguait beaucoup les Troyens, qui ne comprenaient pas du tout à quoi tout cela pourrait bien lui servir.

Il ressemblait à un garde national parisien de 1870 allant au rempart.

Leur curiosité ne tarda pas à être satisfaite.

A dix heures trente-cinq, le monstre sortit la tête de l'eau et, voyant les cent cinquante mille Troyens qui stationnaient sur la rive, il eut un mauvais sourire qui signifiait :

— Je ne mourrai pas encore de faim aujourd'hui.

Au moment où il se dirigeait vers cette foule, cherchant des yeux un citoyen bien gras pour commencer, Hercule se dressa vivement devant lui.

Le monstre s'arrêta un instant surpris, puis reprit sa marche vers Hercule d'un air insouciant, en se disant :

— Autant celui-là qu'un autre !

Quand il fut à (rois pas, il ouvrit une gueule effrayante.

Hercule n'ai tendait que ce moment; il se précipita dedans au pas de course.

La gueule se referma avec [un fracas épouvantable. Hercule disparut aux yeux des Troyens, qui poussèrent un grand cri d'effroi et se sauvèrent dans toutes les

directions, pensant que leur tour allait venir.

Le soir, ils revinrent timidement sur la plage ; mais quel fut leur étonnement en voyant le monstre, à la même place où le matin il avait avalé Hercule, faire des grimaces épouvantables et secouer sa tête colossale avec fureur, comme pour se débarrasser d'une démangeaison importune.

Les Troyens, devinant qu'il y avait là quelque chose d 'extraordinaire, s'approchèrent doucement et entendirent des coups sourds qui semblaient partir de l'intérieur de la mâchoire du monstre.

Puis à ces coups sourds succédaient de rapides détonations; et à chaque secousse le hideux animal se livrait à des contorsions qui dénotaient chez lui une vive contrariété.

C'était Hercule qui, depuis le matin, s'était installé dans la gueule clu monstre, lui taillait les gencives à

l'aide d'un fort merlin et essayait de lui défoncer la voûte du palais à coups de revolver.

Ce combat dura trois jours et trois nuits sans relâche.

A peine Hercule, qui s'était établi un lit do camp clans une dent creuse du monstre, prenait-il de temps à autre quelques minutes de repos après avoir mangé un morceau sur le pouce.

Immédiatement il se remettait au travail, piochant, taillant, sciant, brisant cette mâchoire phénoménale dans laquelle il pouvait se promener debout et courir.

La langue du monstre le gênait beaucoup. Quand il voulait monter dessus pour aller démolir la partie supérieure de la mâchoire, il glissait sur la salive

visqueuse et retombait dans les cavernes de la partie basse.

Heureusement, il avait eu la précaution d'apporter un sac de sable fin ; il en jetait de temps en temps quelques poignées sur la langue et, en ôtant ses chaussures, il put arriver à se tenir à peu près en équilibre sur cette espèce de verglas.

A chaque instant, le monstre essayait d'ouvrir la gueule et d'éternuer pour rejeter Hercule.

Mais celui-ci, à chaque tentative, avait la présence d'esprit cle se blottir dans la dent cariée qui lui servait de chambre à coucher, cle sorte que les éternuments ne parvenaient point à l'expulser.

§ tu

Le second jour, l'intérieur de la mâchoire du monstre était presque hors de service.

Hercule, après avoir mis toutes les dents en tas dans un coin de la bouche et, clans un autre coin, tous les morceaux cle la langue dépecée qu'il salait au fur et à mesure, entra résolument clans le gosier, puis clans l'estomac.

Irrité de n'avoir pu éternuer Hercule, le monstre essaya alors de le vomir.

D'un haut-le-corps formidable, il le repoussa dans le tunnel laryngien qu'il venait de franchir.

Mais Hercule s'arc-bouta contre la voûte à l'aide de ses pieds et de ses mains, et put enfin entrer définitivement dans le corps de l'animal vexé qu'il parcourut en tous sens, abattant, coupant, sapant, démolissant tous les organes, l'un après l'autre, avec une énergie incroyable.

Le monstre faisait des bonds énormes; cette opération lui donnait des crampes d'estomac très douloureuses.

Et quand Hercule traversa les intestins le sabre au poing, ce furent des coliques à se tordre.

Enfin, le troisième jour, à dix heures trente-cinq juste, les Troyens, qui étaient toujours restés là, attendant le dénouement d'une lutte dont ils ne pouvaient soupçonner toutes les péripéties, entendirent un grand bruit clans la partie postérieure du monstre.

Ils se précipitèrent tous du côté de la sortie des artistes.

Il était temps !...

Un grondement terrible se fit entendre, suivi d'une détonation formidable à la suite de laquelle Hercule apparut à la foule nu-tête, les cheveux en désordre, la hache au poing, la chemise toute chiffonnée et fait comme un vrai voleur.

De nombreux vivats l'accueillirent.

A ce moment, il s'aperçut qu'il avait perdu son chapeau.

Il voulait absolument retourner le chercher. On le retint.

Une minute après, le monstre [expirait dans d'atroces douleurs.

Hercule, porté en triomphe par la population troyenne, alla rendre compte au roi Laomédon du résultat de ses travaux, et en réclama le prix convenu.

Lorsqu'il fallut livrer les deux chevaux invincibles qu'Hercule avait demandés, Laomédon lui répondit d'un ton très digne :

— C'est juste !... quand on promet il faut tenir... Je vous ai promis deux chevaux, je les tiens... Pour que je les tienne, il faut que je les garde... Si je vous les donnais, je ne les tiendrais plus... et comme, les ayant promis, l'honneur m'ordonne de les tenir...

Hercule comprit trop tard qu'il était refait. Plein d'un légitime courroux, il tua Laomédon et saccagea la ville de Troie.

le parjure et les crimes d'un roi.

Plusieurs auteurs prétendent que c'est à Neptune que l'on doit le cheval.

Pour l'offrir aux Athéniens, il le fit sortir de la vase.

Nous ne savons si cette version est exacte.

En tous cas, elle peut l'être pour les chevaux de limon.

Ce qui parait certain, c'est que Neptune était souverain ahsolu dans son aquarium.

Du fond de la mer, il commandait aux flots qui, à sa voix, se soulevaient et disparaissaient.

Quand il protégeait une flotte, elle arrivait toujours

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARHESQUE

à bon port. Pendant toute la traversée, le temps était calme, les vents propices, ehaquG navire semblait glisser sur un rail invisible qui le conduisait à travers les récifs.

Mais si, au contraire, le capitaine d'un bâtiment avait eu l'imprudence de mettre à la voile sans aller déposer sa carte cornée chez le concierge de Neptune, avec un sac de marrons glacés pour Amphitrite, il pouvait s'attendre au voyage le plus horrible et souvent même au naufrage.

Froissé dans son amour-propre, il n'était pas de niches désagréables auxquelles ne se livrât Neptune à l'égard des matelots qui lui avaient manqué de respect.

Aussitôt que le navire avait pris le large, tous les contre-temps possibles l'assiégeaient.

Le vent soufflait tout de travers.

Le brouillard rendait invisibles les phares des côtes et les feux des autres bâtiments.

Si bien qu'à chaque instant le malheureux trois-ponts

allait s'engager dans des bancs de sable ou se cogner clans une flotte blindée.

A tout moment une bourrasque couchait le navire sur le flanc, jetant ainsi le plus grand trouble dans les hamacs conjugaux où dormaient les passagers.

Cela donnait même à beaucoup de femmes le mal de mer.

Enfin la situation ne tardait pas à devenir intolérable, par suite de l'acharnement que mettait Neptune à tout agiter, déchaîner et bouleverser autour de l'équipage infortuné.

Il ne lui laissait pas une seule minute de trêve.

Tantôt il envoyait ses domestiques remuer les flots sous la quille du navire pour le ballotter fortement et déranger les billes du billard au moment où le capitaine

allait faire un carambolage sûr et gagner une partie à son second.

Une autre fois, d'un furieux coup de vent, il brisait la mâture.

Et enfin il choisissait .toujours pour faire balayer le pont par une lame terrible, le moment où aucune des belles-mères de l'équipage ne- se promenait dessus.

Comme on le voit, il ne faisait pas bon d'être en mauvais termes avec ce dieu mal intentionné.

Mais il était encore bien autrement redoutable.

S'il pouvait jouer de très vilains tours à la marine marchande, sa malveillance était diablement plus à craindre quand il en voulait à la marine militaire.

S'il se mêlait d'un combat naval, il n'y avait ni force, ni bravoure, ni adresse qui pût tenir contre les moyens dont il pouvait user en faveur de l'un ou de l'autre des combattants.

Les canonniers avaient beau pointer leurs pièces sur le navire ennemi.

Si celui-ci était protégé par Neptune, au moment où la bordée arrivait, un mouvement du flot le faisait plonger et tous les boulets passaient par dessus les mâts.

Un jour, le dieu des mers joua un tour indigne â une flotte dont l'amiral avait négligé de lui faire une visite.

11 creusa un grand trou dans l'eau sur le chemin que devait parcourir cette flotte, et tous les vaisseaux, avan-

çant sans crainte sur l'Océan, disparurent ensemble dans le gouffre.

Quelques milliers d'années après, une Compagnie financière se monta sous le nom alléchant de Galions du Vigo, promettant à ses actionnaires d'aller repêcher les trésors engloutis par cette mauvaise farce de Neptune.

Aussitôt que les premiers fonds furent versés, on commença les opérations du sondage.

A l'heure où nous écrivons ces lignes — voilà à peine cinq ans que le travail est en train — on a déjà retiré du fond de la mer, à l'endroit précis où ont été engloutis ces vaisseaux, il y a huit mille ans, une pièce de cinq

francs en or très bien conservée, à l'effigie de Napoléon III.

Cela a naturellement ravivé l'ardeur des actionnaires, qui ont immédiatement fait un nouveau versement afin de faciliter des travaux de sondage sur lesquels ils fondent de très belles espérances et le plus clair de leur fortune.

Lorsque Neptune épousa Ampbitrite, ce fut l'occasion d'une fête aquatique splendide.

Tout l'Olympe y fut convié, naturellement.

Un repas de six mille couverts fut servi au fond de la mer éclairée par la lumière électrique.

Après le diner, il y eut grande soirée et bal.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAttRESQUE

Neptune et Amphitrite se tenaient gracieusement à la surface de l'eau pour recevoir leurs invités. Ils leur faisaient revêtir des appareils à plongeur pour qu'ils pussent se rendre au bal qui avait lieu à huit cent quinze mètres au-dessous.

Quand tout le monde fut arrivé, les danses commencèrent et durèrent jusqu'à quatre heures du matin.

Do temps en temps, il tombait quelque chose dans le bal.

C'était un navire qui passait à la surface de l'eau et qui, sans se douter qu'il y eût une soirée au-dessous, jetait par-dessus bord tout ce qui lui était inutile.

Beaucoup de toilettes furent abimées et pas mal de rafraîchissements mis hors de service.

Vers quatre heures, le bal effréné fut interrompu par un incident vraiment extraordinaire.

Au beau milieu cle la pastourelle d'un quadrille, les vingt mille invités tombèrent tous à plat, les uns sur le dos, les autres sur le ventre.

Une grande ficelle, rasant rapidement le fond de la mer, avait ramassé d'un seul coup toutes les jambes

à la hauteur de la cheville et avait étalé les danseurs comme par enchantement.

C'était le câble transatlantique que l'on était en train de poser.

Avant d'épouser Amphitrite, Neptune avait demandé la main do sa sœur Thétis, comme elle fille de l'Océan.

L'Océan, on beau-père consciencieux, avait répondu à Neptune :

— Mon cher, si vous voulez, je veux bien. . vous comprenez qu'il m'est tout à fait égal de vous donner ma fille cadette ou ma fille ainée. Si même vous vouliez me débarrasser des deux, cela m'arrangerait encore mieux; mais je dois vous prévenir que pour Thétis, il y a un petit inconvénient à affronter.

Neptune s'était gratté l'oreille et avait répondu à l'Océan :

GIUNDE MYTHOLOGIE TINTAMARRESQUE

— Ah! diable !... Est-ce qu'elle se serait égarée dans les algues avec quelque jeune phoque?

— Oh non... voici ce que c'est : l'oracle a prédit que Thétis aurait un fils plus grand que son père... Alors, vous comprenez... ça pourrait vous contrarier... Déjà Jupiter et Apollon, qui avaient fait la cour à ma fille, se sont retirés devant cette perspective... On n'aime pas généralement à avoir des enfants qui, en devenant grands, vous proposent d'être leur concierge... Réfléchissez.

Pas plus qu'Apollon et Jupiter, Neptune ne s'était soucié d'avoir un fils qui, plus tard, fût plus puissat.t que lui.

Et il avait renoncé à cette alliance.

Un simple mortel, Pelée, roi d'Egine, épousa Thétis et en eut beaucoup d'enfants.

Seulement, ils ne lui coûtèrent pas cher à nourrir, car Thétis, qui était immortelle, en voulant clouer ses enfants du même privilège, les faisait tous mourir clans des épreuves insensées.

Aussitôt qu'il lui naissait un fils, son premier soin était de lui faire subir une préparation qui devait, selon elle, lui donner l'immortalité.

Elle le plongeait dans du phénol pur ;

Ou bien elle le bourrait de revalescière.

loi le en tua comme cela une demi-douzaine.

GRANDE M VTH0L0GII5 TINTA M A K UESQ U E

Pour l'avant-dernier, elle s'était imaginé de lui délayer sa bouillie dans de l'eau Laferrière.

Quant au dernier, elle avait eu l'idée, pour le conserver inaltérable, de le faire bronzer dans un bain g-alvanoplastique.

Pelée était furieux. Plus il faisait d'enfants à sa femme, moins il lui en restait. Il voulut en avoir le cœur net et guetta Thétis pour voir comment elle s'y prenait pour soigner sa progéniture.

Il n'attendit pas longtemps.

Un matin, il vit Thétis, qui venait de mettre au monde Achille, se diriger vers le Styx, emportant le nouveau-né dans un panier ;t secouer la salade.

Il suivit sa femme.

Il la vit bientôt se promener sur la berge, chercher un endroit propice, puis tout à coup plonger à différentes reprises le panier à salade dans l'eau.

Le petit Achille, qui avait la tète dans le fond du panier, poussait des cris féroces à chaque immersion et buvait des coups affreux.

Mais Thétis ne tenait aucun compte de ces protestations et n'en plongeait que de plus belle le pauvre petit bébé clans le fleuve.

Achille allait indubitablement périr victime de la tendresse de sa mère quand Pelée accourut l'arracher des mains de Thétis.

Ce bain, interrompu à temps, avait pourtant rendu l'enfant invulnérable.

Son corps était désormais à l'abri de toute blessure, de toute atteinte, à l'exception, toutefois, du talon qui n'avait pas assez trempé.

Nous aurons occasion de voir plus tard ce qu'il en coûte de ne pas se laver soigneusement les pieds.

Si l'on en juge d'après le nombre incalculable d'enfants que l'on attribue à Neptune, le dieu des mers devait è(re un fameux coureur.

Il parait que vers la fin de son règne, ça devenait dégoûtant : on ne trouvait plus dans toute l'étendue

3'lO GRANDE MYTHOLOGIE TINTA MARRESQUE

des mers une seule baleine de huit mois qui pût être couronnée rosière à la Pentecôte.

Nephine passe généralement pour être d'un commerce assez désagréable.

Il paraît qu'il était très volontaire, très personnel, et, de plus, absolument intolérant.

A chaque instant, il avait des discussions et des procès avec ses voisins pour les empiétements qu'il se permettait sur leur propriété.

Il plaida avec tout le monde.

Mais ce fut surtout avec Minerve qu'il eut de violents démêlés.

Minerve avait fait de superbes plantations d'artichauts dans les champs de Trézène, quand, un beau matin, Neptune submergea tout.

Minerve, furieuse de voir sa récolte perdue, voulut au moins se dédommager et se mit à pêcher à la ligue dans les eaux qui avaient recouvert s:>n terrain.

Mais Neptune, insociable et grincheux, prétond il que Minerve n'avait pas le droit de lui prendre son poisson. Cela lit un tapage de tous les diables.

Et Jupiter fut obligé d'intervenir pour faire entendre raison à Neptune et apaiser Minerve qui parlait déjà, pour se venger, d'attacher des casseroles à la queue de tous les requins qui étaient sur son territoire pour qu'ils devinssent enragés et allassent, en l'entrant dans l'Océan, mordre tous les autres.

Bref, on s'accorde à dire que Neptune est un très mauvais coucheur, irascible, querelleur, chicanier.

Et l'on croit que s'il peut nous faire une bonne niche, quand nous percerons le tunnel sous-marin qui doit relier l'Angleterre à la France, il n'y manquera pas.

Pour en finir avec le dieu des mers, nous consignerons ici — ce que tout le monde sait d'ailleurs — que du fond de son empire, il produit, par sa respiration, ce double mouvement des flots que l'on a appelé vulgairement flux et reflux.

L'OCÉAN, TIIÉTIS, NÉRÉE A côté de Neptune et d'Amphitrite, qui régnaient sur

les mers, il y eut d'autres divinités secondaires qui semblaient partager cet empire.

Entre autres : l'Océan et Thétis.

Ce couple donna naissance lui-môme à Nérée, dieu marin, qui épousa Doris, sa sœur, et en eut cinquante filles, appelées Néréides.

Les Néréides étaient de jolies femmes qui aidaient les marins en péril à sortir des endroits dangereux.

Cependant Neptune ne voyait pas sans un peu de colère certains empiétements de ces divinités subalternes sur son pouvoir.

Un jour l'Océan et Thétis se permirent de sauver un navire sur lequel Neptune avait déchaîné une tempête terrible. Neptune fut courroucé et menaça l'Océan et Tnêtis de les pulvériser.

Ces derniers, pleins de frayeur ù la voix formidable de leur chef d'emploi, s'étaient sauvés où ils avaient pu sur le continent.

A un certain moment, Neptune grondait si fort et ils

eurent une telle peur qu'ils en pissèrent tous deux par terre.

Ils donnèrent ainsi naissance aux fleuves, rivières, lacs, étangs, mares, dont notre globe est depuis ce temps fourni.

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